Frais de scolarité : propagande de Quebecor
26 février 2012

Les grands manipulateurs l’ont toujours dit : pour contrôler la réponse à une question, il suffit avant tout de contrôler la question. C’est exactement ce que fait Quebecor avec son sondage demandant aux gens s’ils seraient prêts à payer plus d’impôts pour financer l’éducation. Alors que les sommes permettant un financement adéquat des études universitaires peuvent venir d’une foule de secteurs, Quebecor fait fi de cette réalité en rétrécissant le débat : ou bien on fait payer les étudiants, ou bien on hausse les impôts.

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Même s’il a maintes fois été démontré que l’éducation est très rentable, et que tout investissement public dans celle-ci entraîne une plus-value pour la société, partons du principe qu’il manquerait 265 millions de dollars au système actuel, soit la somme qu’on veut chercher dans les poches des étudiants, pour atteindre l’éden universitaire, version Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party.

Donc, s’il manque 265 millions de dollars, n’y aurait-il pas moyen d’aller chercher cette somme sans s’attaquer aux étudiants ou augmenter les impôts ? Bien sûr !

1) Une augmentation du nombre de paliers d’imposition. Entre 1988 et aujourd’hui, le nombre de paliers d’imposition est passé de 16 à 3. Cette situation réduit amplement le caractère progressif de l’impôt. Une étude de l’IRIS a démontré qu’un retour à dix paliers permettrait d’assurer une baisse des impôts pour 87% des contribuables tout en engrangeant des revenus supplémentaires de 1,2 milliard de dollars.

2) Une augmentation des redevances minières. Le Québec donne littéralement ses ressources à l’industrie. Son taux de redevance est parmi les plus bas en Amérique du Nord, ce qui n’est pas sans nous rappeler l’époque où Duplessis vendait la tonne de fer « une cenne ». Selon la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, l’État pourrait augmenter ses revenus entre 1 milliard et 4 milliards de dollars si le Québec rejoignait le peloton de tête en augmentant substantiellement ses redevances.

3) Faire payer le plein prix aux étudiants étrangers. Comme je le notais dans un billet précédent, le simple fait de faire payer le plein prix aux étudiants ne venant pas du Québec permettrait d’aller chercher un minimum de 444 millions de dollars par année. Accessoirement, cela permettrait d’améliorer la situation du français, surtout dans la région métropolitaine.

4) Réintroduire la taxe sur le capital. L’élimination progressive de cette taxe par le Parti Libéral du Québec / Liberal Party of Quebec entraîne un manque à gagner récurrent de près de 950 millions de dollars.

On pourrait ajouter d’autres idées, telles qu’exprimées par la coalition Non aux hausses : diminuer le plafond des RÉER (300 millions), moduler la taxe à la consommation en fonction des biens achetés (745 millions), lutter contre l’évitement et l’évasion fiscaux (800 millions), adopter des mesures de contrôle du prix des médicaments (1 milliard), abolir la règle de protection des brevets de 15 ans (200 millions), etc.

En clair, le choix ne se limite pas entre faire payer les étudiants ou hausser les impôts. Une foule de solutions existent et permettraient non seulement de maintenir le gel des frais de scolarité, mais également d’assurer la gratuité scolaire, qui coûterait entre 176 et 405 millions de dollars.

Quand Quebecor (ou le Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party) nous propose ce faux choix, il n’est donc pas question de faits, mais d’idéologie. Il n’est pas question de bien commun, mais de propagande. Il n’est pas question d’information, mais d’une vile désinformation de la part d’un média ayant décidé de limiter le débat à une guerre entre classe moyenne et moins nantis, pendant que son patron continue de compter ses millions, dont une grande partie ont été gagnés grâce au corporatisme des subventions de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

À nous de rappeler que si l’État est à court d’argent, ce n’est pas à cause de généreux programmes sociaux ou de l’éducation, mais bien parce qu’on fait le choix, collectivement, de baisser la tête pour juger ceux d’en bas, plutôt que d’avoir le courage de la garder bien droite et de questionner ceux d’en haut.