Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Les crétins
15 octobre 2008

Ce n’est pas le Parti Conservateur qui a gagné les élections, mais plutôt ceux qui ne sont pas allés voter, c’est-à-dire plus de 40% des électeurs! Quand on pense qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on ait le droit de vote, j’ai honte.

En fait, j’ai surtout honte car nous avions tout un éventail de choix, de la gauche (Parti Communiste, Parti Marxiste-Léniniste) à la droite (Parti Conservateur) en passant par le centre-gauche (Nouveau Parti Démocratique et Bloc Québécois) et le centre-droit (Parti Libéral). Il y en avait pour tous les goûts. Que quelqu’un ait préféré rester à la maison plutôt que de faire son devoir de citoyen et voter selon ses aspirations, c’est impardonnable.

Ceci dit, on doute parfois de l’intelligence des électeurs. Comment faire autrement, quand on constate la réélection de l’incompétente Josée Verner, trop conne pour savoir qu’elle peut voter dans le comté où elle se prétente et qui n’a donc pas pu voter Parti Conservateur puisque le parti n’avait pas présenté de candidat à son lieu de résidence. Ou encore quand on voit un Maxime Bernier, qui se moque de ses concitoyens (dixit Julie Couillard) tout en « oubliant » des documents top-secret chez sa blonde-qui-doit-faire-taire-les-rumeurs-sur-son-éventuelle-homosexualité obtenir plus de 60% des voix.

Et bien, c’est ça la démocratie. Et mieux vaut voir des idiots aux urnes que des gens qui se pensent intelligents mais qui restent le cul écrasé à la maison au lieu de faire leur devoir de citoyen.

Je préfère 10 000 électeurs qui ont voté Conservateur à un seul crétin qui est resté chez lui le jour du vote.

p.s. Je cherche toujours un programmeur pour bâtir un site web. SVP me contacter.

Faites circuler
21 septembre 2008

Le vote stratégique
16 septembre 2008

Signe que le Bloc Québécois commence à sentir la soupe chaude (et que le NPD a le vent dans les voiles), celui-ci a lancé une campagne de dénigrement du parti de Jack Layton sous le slogan: « 1 vote pour le NPD = 1 vote pour Harper ». On peut voir ce type de pancartes notamment dans la circonscription de Jeanne-Le Ber, où la division du vote fédéraliste avait permis au Bloc de se faire élire lors des dernières élections.

L’idée n’est pas nouvelle: les Libéraux de Paul Martin l’avaient déjà utilisée en 2006 pour attaquer le NPD quand ils avaient réalisé qu’ils risquaient de perdre le pouvoir et c’est un stratagème qui revient régulièrement lorsqu’un parti majeur sent le tapis de dérober sous c’est pied. C’est la stratégie de la dernière chance: le vote stratégique. On essaie de convaincre les électeurs de se boucher le nez et de voter pour un parti qu’ils n’appuient pas pour éviter de se retrouver avec un gouvernement qu’ils détestent encore plus.

Le problème avec cette stratégie, c’est qu’elle nuit à l’esprit démocratique d’une élection et éloigne les électeurs d’un gouvernement qui pourrait être plus près de leurs valeurs et de leurs idéaux.

En effet, que vaut un vote, au juste? A-t-on déjà vu un seul vote faire une différence? A-t-on déjà vu un député se faire élire avec 34 563 votes devant un adversaire qui en aurait eu 34 562? Ça prend beaucoup d’humilité pour le reconnaître, mais individuellement notre vote ne change rien au résultat. Ce vote n’est qu’un poil de gorille, une goutte d’eau dans la piscine ou un grain de pollen perdu dans l’air. Sa présence passe inaperçue, son absence ne crée pas de manque.

En fait, individuellement, la seule raison justifiant de voter est le sentiment d’avoir fait tout ce qui était possible de faire pour exprimer ses valeurs, ses idéaux, sa conception de ce que doit être un bon gouvernement. Entre deux élections je suis passif, je me contente d’être le spectateur morose du grand cirque politique, mais lorsqu’on me demande mon avis je le donne au mieux de mes connaissances et en accord avec ce que je considère être le meilleur choix pour le futur.

C’est la seule raison qui justifie de voter, individuellement.

Or, collectivement, le vote est ultra-puissant. Il fait ou défait les gouvernements, il brise des carrières, détruit des hommes ou en consacre d’autres. Il constitue le grand TOUT du système, l’ignition donnant sa force et son mouvement à la machine gouvernementale. Si je peux contrôler le vote collectif, je contrôle l’issu de l’élection et je serai celui qui influencera les politiques du gouvernement. Le problème, c’est que je ne contrôle que mon vote.

Collectivement, le vote n’est donc que l’amalgame des idéaux et des valeurs de chaque individu. Il est la somme des espérances, craintes, espoirs et appréhensions de chaque citoyen. Il est le ciment qui attend un peu d’air pour prendre et se figer jusqu’aux prochaines élections.

Or, quand on choisit de voter stratégique, on pervertit l’ensemble du processus. Individuellement, on gaspille son vote en appuyant un parti suboptimal qui ne représente pas au mieux ses valeurs et ses intérêts. On se prive donc de cet éternel droit de se plaindre qui est le luxe de ceux qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire valoir ce qu’ils croyaient être juste. Collectivement, on annihile les choix légitimes de nos concitoyens en refusant d’être la courroie de transmission permettant aux idéaux de chacun de pouvoir s’exprimer politiquement.

Suivez bien mon raisonnement: si individuellement mon vote ne vaut rien mais que collectivement il est ultra-puissant, en votant « stratégique » non seulement je m’empêche de voter pour le meilleur parti mais en plus j’essaie d’utiliser la puissance du vote collectif non pas au service de mes valeurs et de mes intérêts, mais plutôt pour faire plaisir à un parti qui voit ses appuis diminuer.

En somme, puisque mon vote ne change rien, il ne sert à rien de voter contre un-tel ou pour qu’un-tel puisse battre un-tel autre ou utiliser n’importe quelle autre logique tordue. Mon vote est la preuve de mon existence politique. Si je ne l’utilise pas au mieux de mes valeurs et de mes convictions, il ne sert à rien. Il a la même valeur que celui qui ne se déplace pas voter. En fait, il vaut moins que celui qui s’abstient, car ce dernier le fait peut-être par considération politique et exprime ainsi ses valeurs à la face de la démocratie, alors que celui qui vote stratégique mentit sur ce qu’il est, sur ses idéaux et contribue à empêcher que de la somme des valeurs et idéaux de l’ensemble de la population jaillisse une vérité permettant l’élection d’un gouvernement nous représentant davantage.

Au fait, quel serait le résultat si le vote stratégique fonctionnait et que des dizaines de milliers de sympathisants du NPD votaient pour le Bloc à chaque élection pour bloquer un autre parti? Le NPD ne serait jamais élu et tous ceux qui auraient voté Bloc en se pinçant le nez auraient perdu leur vote, purement et simplement.

Voter stratégique, c’est donc l’apanage des menteurs, des manipulateurs et de ceux qui auront perdu tout droit de se plaindre devant le résultat final. Ils auront gaspillé leur vote, travesti leur réalité et perverti le processus démocratique. Un vote stratégique, c’est un vote perdu.

Car un vote pour le NPD n’est pas un vote pour Harper. C’est un vote pour le NPD. Un vote exprimant la conviction, très personnelle, que le NPD est le meilleur parti pour gouverner ce pays. Et un vote reconnaissant que je ne changerai rien, individuellement, au résultat, mais que je peux voter selon ma conscience et mes valeurs.


À vendredi ou samedi…

Les opinions ne se valent pas toutes
9 septembre 2008

Pendant une campagne électorale, on donne la parole au citoyen lambda. Soudainement, tous ces gens qui vivaient dans l’ombre se retrouvent avec un micro sous le nez et ils peuvent exprimer librement leurs idées. Et ceux qui prêchaient dans le désert reçoivent soudainement quelque oreille attentive pour s’attarder à leurs idées. Mais les opinions se valent-elles toutes pour autant? Je ne crois pas.

En effet, ce n’est pas parce que quelqu’un a une opinion que celle-ci vaut celle de son voisin. On dit souvent « tu as ton opinion et j’ai la mienne », mais ce n’est pas pour respecter celle de l’autre; on désire plutôt clore le débat, mettre un mur d’incompréhension où non seulement on comprend ne pas penser comme l’autre mais en plus on ne désire même pas en discuter. On ne veut pas confronter les arguments.

Car les arguments sont ce qui différencie une opinion crédible d’une opinion non-crédible. Tout le monde peut dire « le ciel est rose », mais la seule personne dont l’opinion doit réellement être prise en compte est celle qui peut apporter des arguments pour prouver que le ciel est rose. En ce sens, il serait tout à fait faux de croire que toutes les opinions se valent, peu importe les arguments, et qu’on devrait donner la même crédibilité aux élucubrations de tous les illuminés.

J’ai choisi quatre exemples tirés de la blogosphère au cours des derniers jours pour illustrer mon point de vue.

Tout d’abord, il y a ce texte de la part du Bum Intello (son site n’est pas un blogue stricto sensu puisqu’il n’accepte pas les commentaires, mais il représente bien ce que je désire démontrer). L’auteur de celui-ci dénonce le fait que la FTQ donne son appui au Bloc en disant que ce geste est « antidémocratique » et qu’il devrait être considéré par le Directeur général des élections (DGE) comme une dépense électorale.

Le problème majeur ici, outre le fait que l’auteur n’a pas pris le temps de vérifier le sens de l’expression « antidémocratique » (les syndicats sont effectivement une forme de démocratie, peu importe ce qu’on en pense), est qu’il ne connaît pas la loi électorale. Celle-ci ne s’applique pas aux suggestions. Va-t-on sérieusement inclure le revenu de Louis-Philippe Lafontaine parce que celui-ci vous suggère de voter NPD? Une suggestion demeure une suggestion, et ça ne fait pas partie de ce que le DGE sanctionne. Si l’auteur s’était donné la peine d’aller lire la loi, il aurait évité de dire n’importe quoi.

Ensuite, ce texte de l’Intelligence Consécutive qui parle de la nature « profondément “fasciste” du gouvernement conservateur. » Selon Wikipedia (et selon mes propres cours sur le fascisme), le fascisme « rejette les droits de l’homme, le communisme, l’anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme. » Le fascisme rejette également la démocratie. Si on peut s’entendre que Harper n’est pas un grand fan du communisme et de l’anarchisme, personne n’ira nié qu’il appuie une certaine forme de droits de l’homme et qu’il est en faveur des libertés individuelles. De même, malgré l’entorse à sa loi sur les élections à date fixe, il ne s’oppose pas complètement à la démocratie. Harper n’est donc pas un fasciste. C’est un menteur, peut-être, un manipulateur sûrement, mais pas un fasciste.

Troisièmement, et dans le même ordre d’idée, cette caricature du Parti Communiste du Québec qui parle de « Stephen « Adolf » Harper » en montrant le chef conservateur dans les habits bruns nazis. Encore une fois ici, les mots comptent. On a beau détester Harper, le trouver rétrograde, et juger sévèrement les reculs qu’il impose à notre pays, mais de le comparer à un homme responsable de millions de morts est, à tout le moins, exagéré.

Finalement, la palme du manque d’arguments revient, à mon avis, au site du Blogueur Dan, qui parle systématiquement du « Bloc Communiste » au lieu du « Bloc Québécois ».

Outre de faire abstraction de ce qu’était le Bloc communiste, ce blogueur se fout de la logique la plus élémentaire en qualifiant de « communiste » un parti qui ne remet en question ni la propriété privée ni l’existence de classes sociales ni l’État, et qui ne propose absolument pas de dictature du prolétariat. Ce blogueur aurait avantage à aller lire sur le communisme avant d’écrire de telles insanités.

On le constate, les opinions de ces quatre blogueurs manquent cruellement d’arguments. Ils affirment que la Terre est plate, n’expliquent pas pourquoi la Terre est plate, et demandent à quiconque les lisent de partir du point de vue que la Terre est plate pour ensuite pouvoir discuter.

Non, les opinions ne se valent pas toutes. Quand on me dit le contraire de tout ce qui me semble logique et cohérent, j’espère qu’on va me donner un minimum d’arguments pour appuyer ces opinions. Sinon, à mon avis, ces opinions ne valent rien.

Les mots sont importants. Ce sont eux qui nous permettent de comprendre le monde dans lequel on vit. Savoir les utiliser correctement est d’une importance capitale. Sinon, les auteurs de cette cacophonie discordante ne font que rajouter leur violon mal accordé dans le chaos des opinions sans arguments.

Des opinions qui ne se valent pas toutes, car elles ne sont pas fondées sur l’intelligence et la confrontation des idées, mais sur les préjugés, l’absence d’arguments et la manipulation. Ce sont de gros monstres en caoutchouc qu’on a beau gonfler mais qui restent aussi vides que la pensée politique de leurs auteurs.

Pourquoi Québec aime Harper
7 septembre 2008

Il y a quelque chose de hautement symbolique dans les actions de Stephen Harper aujourd’hui.

D’abord, comme le note Stéphane Laporte, Harper a pris une voiture pour se rendre du 24 Sussex jusque chez la gouverneure-générale pour lui annoncer son intention de dissoudre la chambre et de lancer le pays en élections. Quand on constate à quel point Harper se fout de l’environnement, voilà qui devrait confirmer le message.

Ensuite, en affirmant qu’il désire violer sa propre loi pour aller en élection parce que « le Parlement ne fonctionne pas et que son gouvernement ne peut pas faire adopter ses lois » il ment honteusement à la population, car son gouvernement ne va nulle part depuis des mois, sans direction, coupant par ci ou par là pour le plaisir de la chose.

Et finalement – le plus important – Harper s’est immédiatement dirigé vers Québec où il a tenu un discours devant une poignée de militants, vantant les soi-disant accomplissements de son gouvernement et demandant à son « coeur du parti Conservateur » dans la province de l’aider à gagner ses élections. Mais pourquoi Québec? Et pourquoi maintenant?

En fait, il s’agit peut-être de superstition ou de calcul politique. Un peu des deux, probablement. Le 19 décembre 2005, Stephen Harper lançait sa campagne électorale en grand à Québec, en promettant un « fédéralisme d’ouverture » et une place pour le Québec sur la scène internationale (ce qui n’a jamais été accompli, en passant). Par ce geste, il espérait profiter non seulement du désarroi de la population québécoise face aux Libéraux, à la suite du scandale des commandites, mais il espérait faire vibrer le profond sentiment conservateur, voire régionaliste, qui anime la région de Québec.

Bref, comme je l’écrivais il y a peu de temps, la région de Québec (et dans une moindre mesure la Beauce) est différente du reste du Québec. Traditionnellement plus à droite, plus conformiste, moins aventureuse. Elle ne vit souvent que pour détester Montréal et tous ceux qui sortent un peu du rang. Québec est le royaume du conformisme social et quiconque pourrait lui donner l’impression de lui donner la place qu’elle croit qu’elle devrait occuper dans l’Histoire obtient immédiatement tout son respect.

Le problème, comme je l’écrivais il y a déjà un an et demi, c’est que le Québec a changé trop vite. D’une société ultra-conservatrice régentée par l’Église nous sommes passés à un libéralisme moral et à une ouverture des consciences, à une liberté de l’esprit et une multiplication des possibles en très peu de temps, d’un point de vue historique. Il n’est donc pas surprenant de constater un retour du balancier, surtout chez ceux qui traînent le lourd poids historique d’une ville qui fût la capitale de tout un continent et qui a aujourd’hui la taille d’un gros village et le poids démographique de la ville de Laval. Beaucoup sont nostalgiques d’un passé idéalisé, d’une société pré-révolution tranquille, voire encore plus avant, quand Québec était encore LA ville de la province, et que Montréal n’avait pas pris encore complètement le statut de coeur financier, économique, culturel et démographique qu’elle a aujourd’hui.

N’oublions pas: Québec n’a pas connu l’extrême-pauvreté de Montréal. Elle n’a pas connu la misère sans nom que des politiques économiques de droite ont causée au début du siècle précédent. Elle a toujours été relativement épargnée grâce à son statut de ville gouvernementale, dominée par une petit élite bourgeoise canadienne-française, pouvant compter sur de nombreux emplois dans la fonction publique, notamment, et n’ayant donc pas grand chose à craindre. Québec, cette vieille capitale qui, si elle avait voté oui en 1995 nous aurait donné notre pays, a toujours vécu dans la ouate et se sent aujourd’hui dépossédée, frustrée face à un Québec qui a beaucoup avancé socialement et dont elle n’est plus le seul centre lumineux.

C’est ce sentiment de frustration et de peur à l’égard de la nouveauté et de ce qui pourrait représenter une expression culturelle dépassant son statut de parent pauvre dans le domaine (les plus grands artistes ne naissent pas souvent dans la ouate) qui précipite de nombreux citoyens de la région dans les bras du Parti Conservateur. Pour ces gens, le fait que Harper et sa clique ait coupé les vivres aux artistes est un argument EN FAVEUR du Parti Conservateur. Ils détestent la nouveauté, ils abhorrent ceux qui sortent du rang et qui semblent contaminés par le Grand « Mourial » satanique et corrompu.

S’en prendre aux artistes, aux B.S., aux pauvres, aux chômeurs, aux honnêtes travailleurs syndiqués; voilà le type de discours qui charme une population qui, n’ayant pas connu les conséquences désastreuses des inégalités sociales, se laisse charmer par le discours adéquiste ou conservateur proposant une politique plus à droite où le voleur n’est plus le millionnaire ne payant pas un cent d’impôt, mais son voisin, son semblable. Et Montréal, bien sûr. On déteste Montréal à Québec.

Voilà pourquoi Québec a autant besoin du Parti Conservateur que Harper a besoin de Québec. C’est une relation synergique où la ville assure une base électorale au parti alors que le parti offre une reconnaissance des idées vieillottes, anti-syndicales, néolibérales et revanchardes qui animent la ville. Gagnant-gagnant.

Et perdants. Perdants sont tous ceux qui croient à un Québec moderne, où on redistribue la richesse, où on valorise la culture, où on assure une égalité des chances à tout le monde et où on fait de la lutte aux exagérations du capitalisme une priorité. Perdants sont tous ceux qui rejettent ce grand retour en arrière proposé par un parti aux idées dépassées qui cherchent à utiliser une ville et sa population parfois naïve et en mal de reconnaissance.

* * *

Désormais, j’ai décidé de prendre congé de mon carnet le lundi. Alors il se peut que je ne vous lise pas ni vous réponde (ni ne puisse modérer quelques commentaires qui auraient échappé à mon contrôle). J’ai décidé de prendre cette décision pour avoir davantage de temps pour mes autres projets. À mardi!

Les Conservateurs ont compris
2 avril 2008

Les Conservateurs ont compris comment se joue la game. Le Québec profond ne veut pas de mesures de ceci, de commissions de cela, de pouvoirs de ceci ou de cela. Non, le Québec profond veut de la reconnaissance, surtout si celle-ci se fait contre « Mourial ». Voilà pourquoi les ruraux ont voté pour le Parti Conservateur la dernière fois, et voilà bien pourquoi le Bloc Québécois doit être profondément inquiet des déclarations de Blackburn selon lesquelles le PC serait prêt à rouvrir la Constitution pour faire une place au Québec.

Mais ne soyons pas dupes: de reconnaître le Québec en tant que nation et même de l’enchâsser dans la constitution ne changera rien. Ça n’empêchera pas des Québécois d’aller se faire exploser la cervelle en Afghanistan pour l’Oncle Sam, ou le Canada de se tenir loin de l’accord de Kyoto, ou le PC d’accentuer le virage à droite entreprit depuis une bonne décennie. Ça ne changera rien.

Sauf que…

Sauf qu’avec le Parti Québécois qui a renié son article un et qui est désormais devenu un parti fédéraliste comme les autres, le Bloc Québécois peut de moins en moins justifier sa présence à Ottawa. Auparavant, il pouvait toujours affirmer « nous préparons le terrain pour l’accession à la souveraineté », mais à quoi ça peut bien servir maintenant que le Parti Québécois a tué le projet? Le PC l’a compris: puisque le projet souverainiste est à l’agonie, c’est le moment idéal pour couper l’herbe sous les pieds du Bloc et leur rappeler qu’ils sont bien loin de chez eux à Ottawa.

Oui, les Conservateurs ont compris. Ils ont compris que la meilleure façon de prendre le pouvoir n’est pas d’offrir la lune, mais simplement de profiter des faiblesses de ses adversaires pour offrir le strict minimum… plus un. Et peu importe si par la suite on gouverne en allant à l’encontre des valeurs des Québécois. « On vous aime, on a reconnu votre nation, maintenant fermez votre gueule et marchez au pas! »

La patate chaude
17 octobre 2007

Ira-t-on en élections, oui, non, peut-être? Harper a démontré qu’il était en plein contrôle de la situation en tendant un piège à Stéphane Dion. Ce n’est pas un gros piège, mais c’en est un tout de même.

En effet, si Dion vote contre le discours du trône et respecte les positions libérales quant à Kyoto ou au retrait des troupes d’occupation de l’Afghanistan, ses chances de gagner les prochaines élections sont très faibles. Les sondages donnent près de 40% des votes au Parti Conservateur, et le Parti Libéral a presque été éliminé du Québec.

Mais d’un autre côté, si le PLC vote en faveur du discours du trône – ou si un nombre suffisant de ses députés d’abstiennent – le parti perdre toute crédibilité au cours des prochains mois lorsqu’il critiquera les choix du gouvernement. Harper pourra alors prendre son air de porc frais et dire: « Vous avez appuyez les orientations du gouvernement quand vous ne vous êtes pas opposés au discours du trône, alors arrêtez de vous plaindre! ». Et au Québec, on pourra profiter de ce temps pour mieux organiser les troupes conservatrices, notamment en utilisant les réseaux créés par l’ADQ. Et si Dion devait quitter la chefferie du Parti Libéral? Pas de problème, on s’arrange pour faire passer les mesures les plus radicales car aucun parti ne voudra aller en élections sans chef!

On peut détester les positions politiques de droite vieillottes et dépassées de Harper et de ses amis conservateurs (ou adéquistes, au Québec), mais force est d’admettre qu’il joue très bien le jeu politique. Comme quoi un manipulateur sachant manipuler aura souvent l’avantage sur un idéologue un peu naïf comme Dion.

Comme on dit, la balle est dans le camp de ce dernier. Et voilà bien une rare situation où celui qui a le pouvoir entre ses mains souhaiterait avant tout ne pas posséder cette puissance. Ce n’est plus une balle que doit frappper Dion, mais plutôt une patate chaude qui lui a remis Stephen Harper, convaincu qu’il ne peut pas perdre. Sans marge de maneuvre, Dion a maintenant le choix entre une mort rapide et violente ou la lente asphyxie de celui qui se décide à jouer la « game », mais qui commence avec la moitié du match en retard.

La cible
28 avril 2007

Ainsi donc, même l’ancien gouvernement libéral de Paul Martin savait que les prisonniers afghans remis aux autorités de ce pays étaient torturés. Le Canada, fort de sa longue tradition d’aide humanitaire et de respect des droits de la personne a-t-il immédiatement résilié son appui au gouvernement Karzaï et envisagé un retrait rapide du pays pour protester contre ces manquements graves aux droits humains? Non. Au contraire, on a augmenté la présence canadienne en Afghanistan.

En appuyant ainsi un gouvernement torturant ses prisonniers et en gonflant l’importance de ses troupes dans le pays, le Canada se dessine une grosse cible bien visible et juteuse. Cette cible, cet appel aux attentats terroristes visant des citoyens canadiens – nous – et des institutions canadiennes, elle risque de nous lancer dans une spirale infernale dont nul ne peut prédire les conséquences ultimes.

On peut très bien imaginer un attentat terroriste se produisant dans le métro de Montréal, par exemple. Et en représailles à ces représailles Stephen Harper imaginerait d’autres représailles. Et sans le savoir, nous aurions en quelques années détruit complètement tout le capital de sympathie mondial à l’égard de ce pays. Aux yeux de plusieurs, nous serions réellement devenus le laquais de service des États-Unis, un cinquante-unième État américain vengeur et assoiffé de sang.

Pourtant, d’autres solutions sont possibles. Retirer nos troupes d’Afghanistan ne veut pas dire laisser tomber la population. Combien d’écoles peut-on bâtir avec l’argent nécessaire pour envoyer 500 soldats? Combien d’organismes communautaires peut-on financer avec ce que coûte les nouveaux véhicules de l’armée?

En agissant comme le fait le Canada actuellement, nous donnons raisons à tous les extrémistes qui voient dans la mission en Afghanistan une nouvelle croisade de l’Occident et qui ne rêvent que d’aller se faire exploser au milieu de notre population, de nos enfants.

Nous qui sommes si offusqués qu’un malade mental comme Clermont Bégin soit en liberté, nous laissons le gouvernement Harper – notre gouvernement – dessiner une cible sur nous et nos enfants?