Il était une foi
24 janvier 2010

Je regardais les images du cardinal Turcotte, officiant hier une messe en français et en créole pour aider les Haïtiens. Sentiment de malaise, d’anachronisme. Comment se peut-il qu’une Église qui, autrefois pouvait prétendre parler pour tous les Québécois, n’en représente plus qu’une minorité aujourd’hui? Quelles trahisons, quelles manipulations, quel esprit corporatiste ont-ils poussé les Québécois à tourner le dos à cette Église? Puisque c’est le nationalisme québécois qui, avec la Révolution tranquille, a mis fin à la domination du clergé au Québec, ne faudrait-il pas s’attarder à ses causes, son origine?

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Puisque nos cours d’histoire ne nous enseignent pas ces réponses – il ne faudrait tout de même pas trop parler de la naissance de l’idée de nation du Québec dans le cadre d’un cours d’histoire du Québec – je nage toujours dans les eux noires de mon ignorance crasse et je m’émerveille quotidiennement en lisant le chef-d’oeuvre de Hélène Pelletier-Baillargeon, Olivar Asselin et son temps. De loin le livre le mieux écrit, avec le vocabulaire le plus riche et le sources les plus complètes sur les enjeux du tournant du siècle dernier que j’aie pu lire.

Donc, je regardais les nouvelles et je voyais le cardinal Turcotte jouer les faux-modestes devant une foule de convaincus, puis j’allais lire sur cette époque trouble où, face à l’intransigeance de provinces canadiennes ayant décidé d’abolir ou de limiter sévèrement l’enseignement du français dans les écoles du Manitoba (1890), du Nord-Ouest (1892), puis de l’Ontario (1912), est née l’idée que le Québec ne pouvait être que le seul endroit où les Canadiens-français, grâce à leur majorité numérique, seraient à l’abri de ces forces assimilatrices.

Et l’Église, face à ces crises? En 1910, alors que les orangistes ontariens, ces « Prussiens de l’Ontario » selon Henri Bourassa, fourbissaient leurs armes afin d’imiter les provinces de l’ouest dans leur combat pour l’assimilation définitive des francophones, le Congrès eucharistique international de Montréal accueillait des personnalités comme Mgr. Francis Bourne, archevêque de Westminster. Celui-ci a osé affirmé bien haut ce que plusieurs savaient déjà: l’Église catholique, l’institution, ne voulait pas défendre la langue française, mais plutôt assurer la diffusion de la foi dans la langue de la majorité anglaise en Amérique du Nord. Selon Bourne, le Canada était appelé à grandir, à se peupler, mais à parler anglais. À l’image des évêques irlandais cherchant à assimiler les exilés canadien-français dans le nord des États-Unis, la langue constituait un obstacle à la foi.

La réponse de Henri Bourassa, le plus grand tribun de son temps malgré sa pusillanimité politique, était historique, et marquerait le Québec pour les décennies à venir:

« Mais, dira-t-on, vous n’êtes qu’une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte? Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais ce n’est pas à l’école du Christ que j’ai appris à compter le droit et les forces morales d’après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre. »

Malgré tout, le ver était dans la pomme. L’Église ne pouvait plus se prétendre la grande défenseure des droits linguistiques des Canadiens-français. Face aux actions d’un Olivar Asselin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui lança une vaste campagne d’aide à la résistance franco-ontarienne en 1913, l’Église en appela encore à la docilité de ses ouailles et contribua, de par sa complaisance avec les autorités ontariennes, à désolidariser les Québécois et à empêcher de réunir une somme suffisante pour réellement permettre aux Franco-Ontariens de lutter effectivement contre les lois discriminatoires qui les ostracisaient.

Certes, la foi catholique continua de dominer au Québec pendant encore un demi-siècle, mais les forces nationalistes qui s’étaient pour une première fois éveillées avaient su saisir ce que nous avions à attendre d’une institution davantage intéressée par la diffusion maximale de ses idées que par la protection des valeurs du peuple qui a constitué son avant-garde pendant des siècles en Amérique du Nord.

Ainsi, je regarde le cardinal Turcotte et je vois: je vois une vieille Église qui, si elle s’est construite sur de nobles idéaux, n’a jamais su comprendre l’importance pour un peuple de défendre sa langue et qui a échoué tant à imposer sa foi à une Amérique du Nord anglophone qu’à conserver la confiance de francophones qui se sont sentis trahis, utilisés, et viciés par l’odeur fétide des intérêts institutionnels d’une organisation millénaire incapable de s’arrimer aux enjeux identitaires d’un monde voulant de moins en moins croire pour voir, mais plutôt voir pour croire.

Face à la désaffection des Québécois, l’Église ne peut que se regarder dans le miroir et se blâmer d’avoir réussi à transformer le peuple le plus pieux d’Amérique du Nord en collectivité de consommateurs individualistes célébrant leur culte du consumérisme dans tous les centres d’achats de la petite province, avec ses restants de ce qui fut un jour un grand peuple Canadien-français couvrant la plus grande partie de ce continent. Elle ne peut que faire face à elle-même et constater que la quasi-disparition des Canadiens-français à l’ouest du Québec ne s’est pas traduite par une montée de la foi catholique en Amérique du Nord, mais plutôt par l’exact contraire.

Alors non, Monsieur Turcotte, ne parlez pas pour les Québécois. Parlez en votre nom et au nom de votre institution. Mais laissez les Québécois exprimer leurs sympathies à Haïti autrement que par une Église qui a contribué à faire d’eux la fragile minorité qu’ils représentent aujourd’hui. S’ils croient en Dieu, malgré tout, laissez-les y croire sans le besoin du filtre ostentatoire de vos prétentions.

Retour sur la tempête
12 août 2008

Je savais que le vent allait souffler fort, mais c’est une véritable tempête qui s’est abattue sur ce blogue au cours des dernières trente-six heures! Au moment d’écrire ces lignes, c’est un total complètement fou de 391 commentaires qui ont été écrits. On peut les diviser comme suit:

  • Environ 50% des commentaires étaient écrits en majuscules, en texto, d’une écriture déficiente et comportaient leur lot d’insultes et de commentaires extrêmement racistes. Ces commentaires, écrits par des Noirs de Montréal-Nord, étaient supposés dénoncer mes propos et les commentaires de certains, mais ils ont surtout réussi à démontrer le racisme de ces individus, s’enfermant dans une logique du « black power », considérant que les Noirs sont supérieurs aux Blancs et autres arguments du style des suprémacistes noirs;
  • Environ 10-15% des commentaires étaient farouchement opposés à mes arguments mais utilisaient en retour d’autres arguments pour faire avancer le débat. Leur contribution fut plus que constructive.
  • Environ 25% des commentateurs semblaient en accord avec moi et ont refusé de victimiser la mort de Freddy Villanueva, et ont reconnu qu’il a été responsable de sa propre mort en tentant d’attaquer une policière;
  • Et un 10-15% de trolls ou de commentaires plus ou moins reliés au sujet.

Bon, c’est une approximation. Mais ça donne une idée.

Dans la première catégorie, quelques extraits choisis:
DaQueenie, qui dit qu’il/elle aurait désiré tuer la policière au lieu de l’atteindre aux jambes:

DIT TOI JUSTE KELLE A DLA CHANCE KE CETTE PERSONNE NE SACHE PAS VISÉ PCQ SI CETAIT MOI CROIS MOI KE JLAURAIS VRMT PAS RATÉ JLAURAIS FAIT SUBIR LE MM SORT KE FREDDY ET LES AUTRES ENFANTS DE PUTE DE POLICIER

Une mulâtre fière de ce quelle est qui nous démontre son racisme pour dénoncer… le prétendu racisme des autres:

OH FUCK LES BLANC BEC BANDE RACISTE LES BLACK SONT SUPÉRIEUR A VOUS.

DaQueenie qui nous fait encore la démonstration de son racisme:

vos blanches ne sont ke des BITCHS tjrs pres a sauter sur nimporte ki pour de largent

Ces gens extrêmement racistes méritent d’être dénoncés, ce que Le Satellite Voyageur fait d’ailleurs excessivement bien. Car ils représentent, malheureusement, une certaine forme de racisme extrêmement répandue chez plusieurs Noirs. Ça me rappelle… J’ai déjà habité avec un Noir d’une gang de rue quand j’étais plus jeune. à€ Longueuil. Il me contait que les Noirs s’attaquaient aux Latinos, et vis versa, et si jamais un Blanc venait s’interposer pour les calmer, les Noirs et les Latinos faisaient alliance pour s’attaquer au Blanc. J’avais jamais vu ou entendu autant de racisme avant. Mais, malheureusement, on le voit ici, ce type de pensée raciste est largement répandue chez de nombreux immigrants.

Deuxième groupe: ceux qui s’opposaient à mes idées mais qui ont eu des commentaires intéressants et pertinents.

Haitian509, avec lequel j’ai eu une discussion fort intéressante (je vous invite à tout lire notre échange) a écrit:

Pourquoi vous parlez par des Haitiens qui réussissent ? Notre faute si on est solidaire ?

Catherine, qui affirme que mes propos sont aussi violents que ces jeunes qui ont brûlé des voitures et tiré sur une policière:

Ces propos là sont chargée de la même violence, de la même émotivité et de la même agressivité que celle qui habite ces “noirs hostiles” dont tu parles.

J’ai beaucoup de respect pour ce deuxième groupe. Ils sont en désaccord avec moi, mais leurs idées font avancer la discussion et ils sont généralement respectueux et cohérents. Bravo!

Troisième groupe: ceux qui sont d’accord.

rawkenroll:

C’est bien d’avoir des couilles.
Mais c’est mieux d’avoir une tete et de s’en servir.
Devant un Policier, tu fermes ta yeule pis tu attends.
Point.

Neil Obstat:

Normand Brathwaite disait que quand il était petit il prenait l’autobus sans payer et quand le chauffeur lui reprochait, Normand traitait le chauffeur de raciste et il profitait donc de transport gratuit. Ce comportement , Brathwaite le comprend venant des jeunes mais ne l’approuve plus du tout. Il dit surtout que ca n’aide pas la cause, et qu’a force de crier au loup, il viendra un temps ou personne ne viendra a ton aide mais surtout, SURTOUT, tu entraineras les gens de ta communauté avec toi. Des gens de ta communauté qui ne partagent pas ta vision des choses et qui seront victimes a long terme des TES propres actions.

GarsOrdinaire:

Au tout debut si le jeune Freddy Villanueva laisse faire le travail des policiers , son frere se fait coffrer puis il s en va au poste puis il sort quelques heures plus tard

Ce groupe a tout autant contribué à la discussion que le groupe précédent, mais les arguments étaient opposés.

Pour le dernier groupe, les trolls ou les commentaires hors-sujet, vous comprendrez que ça ne sert à rien de les mettre ici.

J’espère avoir réussi, avec cette compilation, à rendre un peu plus intelligible cet incroyable fourre-tout.

Plusieurs m’ont demandé pourquoi je n’ai pas voulu modérer l’enfilade, surtout en réaction aux commentaires racistes de plusieurs intervenants. C’est simple: je crois aux échanges d’idées. Cessons d’avoir peur des idées des autres; à quoi servirait-il d’avoir un blogue si on était fermé aux idées des autres et qu’on les censurait? Je sais que certains blogueurs relativement bien connus censurent quiconque ne pense pas comme eux, et je me suis moi-même fait « modéré » hier parce que l’auteur du blogue en question n’aimait pas le texte que j’avais écrit sur mon blogue. (Le commentaire, lui, était anodin, banal.)

Je vois les choses différemment: laissons les gens s’exprimer, dans les limites du raisonnable.

On peut reprocher beaucoup de choses à un pays comme les États-Unis, mais une chose que j’admire chez eux, c’est leur liberté de parole. Peu importe tes idées, tu as le droit de les dire. Ça donne fréquemment de grands échanges et une forte confrontation des idées, et c’est de cet échange que peut ensuite jaillir la vérité. Se mettre les mains devant les yeux en espérant que l’autre n’existe pas, comme certains le font, est une forme de discrimination et une façon de se déconnecter de la réalité du monde dans lequel on vit. Laissons donc les gens s’exprimer, tant qu’il n’y a pas de menaces ou de violation de la loi. (Ceci dit, j’ai instauré un minimum de modération pour empêcher les dérives extrêmes; mais je n’ai pas empêché la publication d’un seul commentaire jusqu’à présent).

Après toute cette tempête, ne serait-il pas temps de chercher des solutions? J’ai proposé les miennes: augmentation du salaire minimum, gratuité de l’éducation, programmes sociaux pour favoriser l’intégration des immigrants, diminution de l’immigration, revalorisation de la nation et de la fierté d’être Québécois, etc. Radicarl propose de se servir de modèles de réussite, comme Joachim Alcine, pour mieux intégrer ces immigrants. C’est une excellente idée.

Parallèlement, il faudrait lancer un message aux organisateurs communautaires. Ce matin, j’ai vu Harry Delva, de la Maison d’Haà¯ti blâmer les policiers qui luttent contre les gangs de rue et affirmer que son organisme doit convaincre les jeunes qu’il ne fait pas de délation. Oui, vous avez bien lu. Il veut convaincre les jeunes de venir à la confesse raconter leurs crimes et lui ne va pas contacter la police. La belle mentalité ça! C’est pas dans la loi ça l’obligation de dénoncer un crime? Avec une mentalité pareille, pas surprenant que le quartier se soit enfoncé dans l’anarchie et la violence.

Ceci dit, la tempête est passée; il est temps de penser au futur et de ne pas oublier que ces jeunes, qui rejettent notre société et vivent dans le chaos et le déracinement, seront encore là dans vingt ou trente ans. Il faut les intégrer, et ça presse! Il faut les sortir de la rue, leur faire comprendre que la police est l’alliée des gens honnêtes et leur donner le goût de sortir de leur ghetto pour partager notre Histoire et notre futur. Bref, de devenir des Québécois à part entière, des gens respectables qui vivent en interrelation avec les autres citoyens du Québec.

Car, qu’on le veuille ou non, les jeunes d’aujourd’hui seront les adultes de demain. Et les voyous d’aujourd’hui ne deviendront pas respectables par magie. C’est à nous d’agir et de leur offrir des alternatives leur donnant le goût de se joindre à nous au lieu de nous dénigrer.