Perdre sa session
27 avril 2012

Ce soir, j’ai réalisé quelque chose, d’abord en lisant les discussions sur la page Facebook de la manifestation, puis en y participant avec ma conjointe. J’ai réalisé que la réalité est peut-être à l’inverse de celle qu’on croit : ce sont peut-être les « verts » qui sont en train de perdre leur session et les « rouges » qui sont en train de la gagner.

Pendant qu’une minorité d’individus centrés sur leur nombril prend d’assaut les tribunaux pour faire valoir la primauté de son petit cul assis sur un banc d’école sur celle de l’ensemble des étudiants, ces derniers se livrent à une session intensive d’apprentissage dans la meilleure des écoles qui soit : la rue.

Mathématiques : Ils apprennent à calculer tous les détails de la hausse, des propositions bidons du gouvernement, du remboursement proportionnel au revenu, etc. Ils amènent ces arguments dans leurs assemblées et en discutent ouvertement.

Arts : Ils se dépassent dans des projets artistiques contre la grève. Ce soir, j’ai vu quantité d’idées originales, que ce soit un étendard à la romaine, un chapeau avec un gigantesque carré rouge, un arbre de Noël ; ce sont de véritables œuvres d’art.

Philosophie : Je lisais une discussion sur la page Facebook de la manifestation, où chaque commentaire était très long et qui portait sur la nécessité ou non d’une certaine forme de violence pour faire bouger le gouvernement. On parlait du bien commun, de la nécessité de bien faire les choses. On citait Marx, mais également d’autres philosophes. On argumentait très bien.

Droit : De nombreux manifestants ont appris à mieux connaître leurs droits, à comprendre ce qui constitue un attroupement illégal, à utiliser la loi pour atteindre leur but.

Histoire : Les étudiants étudient d’autres luttes similaires, tentent d’établir des stratégies, utilisent les échecs du passé (comme en 2005) pour se coordonner. Ils analysent les impacts de la non-violence, de la désobéissance civile, etc.

Et ainsi de suite.

Cette grève, loin de mettre une session en danger, la bonifie. Elle transforme une éducation aseptisée et théorique en modèle vivant ; elle sort la classe dans la rue et, à l’aide d’un discours cohérent, force les étudiants à pousser leur logique toujours plus loin.

Ce ne sont pas les étudiants ayant voté contre la grève ou ayant utilisé les tribunaux pour continuer à étudier qui mériteraient de réussir leur session. Ce sont ceux qui, depuis plus de soixante-dix jours, participent à un gigantesque événement démocratique qui devraient recevoir un diplôme.

Les renier, les empêcher de savourer ne serait-ce qu’une parcelle de victoire, continuer de les marginaliser et de les infantiliser comme le fait le gouvernement Charest, c’est toucher à l’obscurantisme et c’est refuser cet apport éducatif MAJEUR qui laissera des traces pour de nombreuses années à venir.

Je n’ai pas seulement réalisé quelque chose en manifestant aujourd’hui.

Non, j’ai été éduqué en manifestant aujourd’hui.

Je ne suis plus étudiant, mais je les remercie de contribuer à mon éducation et de lutter pour celle de mes enfants.

Tout est permis
20 avril 2012

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

— John F. Kennedy

Le 20 avril 2012 restera gravé comme une date de rupture. Jusqu’à maintenant, nous avions un gouvernement insensible, mais nous pouvions croire qu’il démontrait un certain intérêt pour les revendications des étudiants. Aujourd’hui, Jean Charest a dépassé les bornes en faisant de l’humour noir sur leur dos. Il n’a plus la crédibilité pour gouverner. Il est indigne de sa fonction et, désormais, tout est permis pour le déloger de son piédestal et lutter contre la violence et le mépris de ses propos.

Quand le mépris remplace le dialogue, les bombes commencent à pleuvoir. Les choses ont toujours fonctionné ainsi. C’est la fin du dialogue entre les Patriotes et le gouverneur britannique qui a mené à la Révolte de 1837-38. C’est également la fin du dialogue entre le mouvement indépendantiste québécois et le gouvernement canadien qui a mené à Octobre 1970. Quand les oreilles se ferment, quand la personne en face de soi cesse d’être un interlocuteur valable, quand on n’attend même plus à voir une parcelle d’humanité dans son regard, tout est permis.

L’attitude du gouvernement Charest est celle d’un pyromane. Il se promène dans l’ombre et il fout le feu. Il envoie ses sbires, dans son parti ou chez Gesca, faire le sale travail et lui se félicite de voir l’édifice de nos idéaux brûler pour qu’il puisse enfin y envoyer ses pompiers. Montréal ressemble de plus en plus à chaque jour à une ville assiégée et il blague. Des étudiants se font matraquer ou gazer, et lui suggère de les envoyer dans le Nord pour leur « trouver un emploi ». Ce gouvernement ne représente plus la population.

Tout est permis.

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

Et puisque tous les ponts ont été coupés, puisque Jean Charest lui-même trouve le moyen de rigoler pendant qu’on assassine la démocratie étudiante, puisque celui-ci méprise jusqu’aux valeurs fondamentales des Québécois, désormais, tout est permis.

Tout est permis.

Lock-out au Journal de Montéal: les singes se révoltent
25 janvier 2009

monkey-writerVous les méprisez les journalistes du Journal de Montréal, pas vrai? Ces syndiqués qui travaillent quatre jours par semaine et qui s’accrochent à une convention collective « d’un autre temps » (dixit la direction du JdM) pour publier leurs chroniques de chats écrasés. Ces pousseux de crayon ou tapeux de claviers interchangeables dont vous ne voulez même pas savoir le nom quand vous les lisez. Soyez honnête : la seule présence du nom d’un journaliste dans « votre » journal constitue selon vous un gaspillage d’espace.

En effet, à vos yeux, les journalistes sont des ouvriers à la chaîne qui suivent un plan pré-établi pour répondre à votre demande d’information. Un peu comme l’ado boutonneux qui prépare votre Big Mac selon la même vieille recette éprouvée, vous ne voyez pas la nécessité ni de bien les rémunérer ni même de les respecter. Ce sont de simples boulons dans la chaîne bien huilée de la production d’information en série.

Oh, mais attendez, vous voulez davantage de qualité? Vous aimeriez obtenir un cornichon supplémentaire dans votre Big Mac? Meuh non, vous ne comprenez rien. La recette du Big Mac fonctionne, vous l’avez toujours aimé ainsi et nous avons fait tout un tas de tests qui ont déterminé que c’est ce que vous désirez vraiment. Nous le savons que vous aimez ça les chroniques de chats écrasés et les mémoires de putes rive-sudoises. Vous raffolez de ces histoires-là qui auraient pu être rédigées par n’importe quel cégépien au-dessus de la moyenne.

Alors, pourquoi endurer les états d’âme de ces professionnels du chiâlage qui se disent journalistes en levant le nez et qui réclament des conditions de travail qu’on offre généralement à l’élite? A-t-on besoin d’un chef cuisinier pour produire un Big Mac? Alors pourquoi offrir de bonnes conditions de travail à des gens qui se prétendent experts avec les mots mais à qui on demande d’effectuer un travail en série visant le plus simple dénominateur commun?

À quelque part, la position de Quebecor avec ce lock-out ne manque pas de logique : on offre de l’information de qualité douteuse, on la produit en série à partir de directives claires forçant les « journalistes » à favoriser les produits et entreprises du groupe et si jamais les petits singes se révoltent et exigent qu’on les respecte on leur lance à la figure le fait qu’ils ne sont pas des créateurs, mais des exécutants et qu’en tant que tels ils ne devraient pas jouir du moindre privilège.

S’agit-il là du nouveau rôle du journaliste contemporain, condamné à jouer les publicistes pour les patrons et à vivre dans la précarité? Si vraiment nous vivons dans une société qui rétribue ses travailleurs selon la juste valeur de leur travail, pourquoi pénaliser ainsi les journalistes en les ostracisant parce qu’ils jouissent de conditions de travail avantageuses? Ce ne sont pas eux qui ont choisi volontairement de faire de la jaunisse textuelle; plusieurs ont un incroyable talent qui ne demande qu’à s’exprimer, mais devant la nécessité de gagner leur croûte plusieurs ont dû laisser tomber leurs idéaux et se résoudre à réduire la qualité de leur travail pour plaire à leurs patrons.

Me comprenez-vous vraiment? Vraiment? Approchez-vous. Plus près. Plus près encore. Regardez :

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Me voyez-vous? Ce point, c’est moi qui me cogne la tête sur l’écran et qui vous gueule que vous êtes responsables de cette situation. Quand vous achetez le Journal de Montréal, vous encouragez la médiocrité et vous faites passer les faits divers devant les vrais enjeux. Vous votez en payant; vous tranchez en faveur d’une entreprise qui ne se contente pas seulement de mépriser ses employés mais qui se joue également de vous en vous présentant une information qui escamote systématiquement les enjeux importants pour jouer sur vos instincts primaires tout en encourageant les projets de convergence de Quebecor.

. . . . .

Et si je me cogne la tête plus fort sur votre écran, me voyez-vous, maintenant? Je suis le journaliste qui veut sortir de sa bulle d’éther et qui espère créer de la qualité pour le plus grand nombre. Vous n’êtes pas des idiots, et moi non plus. A-t-on nécessairement besoin d’écrire de la merde pour rejoindre un maximum de personnes? Allez, dites-moi que ce n’est pas le cas. Dites-moi que vous êtes plus intéressés par notre futur et par notre vivre-ensemble que par les dernières folies de stars ou meurtres crapuleux. Allez, s’il-vous-plaît, dites-moi que l’avenir de notre pays, de l’humanité sont plus importants que ces conneries.

Sinon, si vraiment vous aimez votre Journal de Montréal tel qu’il est, si vous assumez votre indifférence vis-à-vis d’une information déficiente et trompeuse, respectez au moins le sacrifice qu’ont dû accomplir de nombreux journalistes talentueux pour vous livrer votre dose quotidienne de banalité et encouragez-les afin qu’ils puissent continuer à jouir de ce monde et gagner assez d’argent pour être en mesure de piler sur leur orgueil de créateurs pour persister dans leur rôle d’exécutants façonnant pour une direction cupide de la merde en boîte que vous payez sottement.

Il fût une époque où les journalistes étaient des représentants du peuple dont le rôle de chiens de gardes du pouvoir leur méritait un grand prestige auprès de la population. Peut-être qu’aujourd’hui plus personne ne s’intéresse véritablement au pouvoir, ne veut même plus le surveiller, ne veut même plus savoir qu’il existe, sauf quand le pouvoir s’occupe d’eux personnellement. Au fond, c’est peut-être notre égoïsme à tous et notre refus d’effectuer le nécessaire travail de surveillance du pouvoir qui est à la base de cette situation?

Bientôt près de chez vous : une formation en publicité pour écrire dans votre Journal de Montréal?  Et tout va bien dans le petit monde des petits singes esclaves de nos passions les plus petites.

La méthode Toyota
15 juillet 2008

Ainsi, l’entreprise Toyota sert d’inspiration à notre nouveau ministre – non-élu! – de la santé, Yves Bolduc. Soi-disant un exemple de performance et de respect des gens. Performance, d’accord, mais respect des gens?!

Comme le souligne Lise Payette dans Le Devoir, oui on peut parler de performance, mais à quel prix?

Je n’avais surtout pas envie d’entendre qui que ce soit m’expliquer que j’allais être traitée comme une Toyota sur la chaîne de montage lors de mon prochain séjour à l’hà´pital. Je n’ai rien contre Toyota, mais l’image des corps alignés sur un tapis roulant me déplaît. J’aurais préféré un ministre de la Santé qui me dise qu’il allait s’assurer que je serais traitée comme un être humain tout simplement, avec un peu de respect et une touche de dignité, comme on doit traiter un être humain. Je me fous de la Toyota.

Hé, la mémé, assis-toi en ligne comme tout le monde et prends tes pilules, et ne ralentis surtout pas la chaîne de médication! Quelle belle image: des dizaines de patients catatoniques en attente d’un petit tour de vis dans le cerveau. Que de progrès!

Et pour le respect? Allons donc!

Juillet 1998: La CSN dépose une plainte contre Toyota Drumondville parce que l’entreprise refuse de remettre les cotisations syndicales prélevées à la source à l’organisation syndicale et parce que l’entreprise cherche à dominer le syndicat.

2001: 136 ouvriers philippins sont licenciés par Toyota parce qu’ils avaient voulu créer un syndicat indépendant, clamant que le premier syndicat était contrà´lé par les cadres de l’entreprise.

Janvier 2004: Toyota tente d’intimider et de nuire au travail d’un représentant syndical dans une usine en France.

Janvier 2007: En Inde, la direction de Toyota Kirloskar Motor Private Ltd. a licencié trois chefs syndicaux soi-disant pour fautes professionnelles alors que dans les faits c’était pour casser le syndicat. Il y a eu une grève des employés pour soutenir leurs chefs, mais la réaction de Toyota a été de mettre les employés en lock-out et de congédier 27 autres membres du syndicat.

Mars 2008: L’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) a porté plainte contre Toyota devant la Commission des relations de travail de l’Ontario pour dénoncer l’intimidation dont sont victimes les syndiqués à l’approche d’un scrutin en accréditation syndicale.

Mars 2008: Un livre intitulé « Toyota: l’usine du désespoir » est publié. Il dénonce la « méthode Toyota » et ses conséquences néfastes.

L’augmentation continue de la productivité, le fameux « système de production Toyota », peut engendrer maladies professionnelles, accidents et, dans des cas extrêmes, suicides. La titularisation éventuelle des intérimaires sert de levier pour réduire leurs protestations dans un système qui laisse peu de place aux syndicats.

Voici donc à quoi ressemblerait un nuage de tags de cette fameuse « méthode Toyota »: intimidation, harcèlement, anti-syndicalisme, maladies professionnelles, accidents, suicides, désespoir, conflits, lock-out, grève.

Et c’est cette merde que notre nouveau ministre de la santé – NON-ÉLU! – veut nous imposer?!

NON MERCI!

Pourquoi il FAUT appuyer les étudiants
15 novembre 2007

La grève des étudiants pour protester contre la hausse des frais de scolarité – qui augmentera effectivement les frais de près de 33% d’ici quatre ans – est non seulement juste et nécessaire, mais elle est également indispensable pour le bien-être non seulement du monde de l’éducation mais de la société en général.

On ne le dira jamais assez: une société éduquée est une société en santé. Et puisqu’il existe un lien de causalité indéniable entre les frais chargés aux étudiants et le niveau de fréquentation des établissements scolaires (ce n’est pas pour rien que le Québec est troisième au Canada à ce chapitre; malheureusement il y a fort à parier que les hausses feront reculer la fréquentation scolaire) c’est toute la génération future qui écopera de cette hausse des frais.

À cause de cette mesure néolibérale proposée par le PLQ et appuyée par l’ADQ (il faut le souligner), de nombreux étudiants devront désormais choisir entre travailler ou étudier. Car, n’en déplaise à certains vieux cons de la vieille droite, ce n’est pas tout le monde qui peut suivre cinq cours à l’université tout en travaillant 25 heures par semaine. Le résultat: les élèves provenant des couches sociales les plus défavorisées seront tentés de lâcher leurs études, perpétuant une pauvreté intergénérationnelle et détruisant effectivement le mythe de la mobilité sociale.

Et demain, dans vingt ans, le Québec sera perdant, car il y aura moins de diplômés, moins de gens compétents, mais aussi moins de citoyens politisés, moins de personnes instruites. C’est un grand recul dont nous ferons les frais pendant des décennies.

Conséquemment, la seule position logique et cohérente pour quiconque a les intérêts du Québec à coeur est d’appuyer la grève des étudiants et de demander non seulement l’élimination des hausses des frais de scolarité, mais une baisse de ceux-ci, permettant à un maximum de citoyens d’avoir accès au système d’éducation.

Car l’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement. Voilà une vérité que la droite, du PLQ à l’ADQ en passant par les éditorialistes pathétiques de La Presse, n’a toujours pas compris.

Ou fait semblant de ne pas comprendre, protégeant les intérêts qui sont les siens.

La méthode brutale
12 juin 2007

Mario Dumont n’est pas reconnu pour sa subtilité. Dernière démonstration en liste: son désir de passer une loi pour assurer un service à 80% dans le transport en commun en cas de grève. Évidemment, personne n’est dupe: Dumont cherche encore une fois à surfer sur une vague de mécontentement alimentée par des médias corporatistes (dont certains appartiennent à des compagnies qui sont en conflit de travail avec leurs employés) pour espérer gruger quelques voix. Sauf que cette fois-ci il y a péril dans la demeure.

En effet, de quelle genre de grève parle-t-on quand elle n’est appliquée qu’à 20%? Ce n’est pas une grève; on empêche donc les travailleurs d’exprimer leur refus des propositions patronales et on les accule au pied du mur en les forçant à se rendre au travail. Bref, on donne le gros bout du bâton aux patrons. Mais c’est extrêmement dangereux socialement, puisque ultimement le seul recours des employés contre l’intransigeance d’un employeur est justement de refuser de travailler et de forcer le retour à la table de négociations. Si on passe une loi limitant le droit de grève, on donne de facto carte blanche aux patrons pour bloquer les négociations, puisque de toute façon les conséquences ne seraient pas trop difficiles à endurer.

Par ailleurs, quel est l’intérêt d’une telle loi? Un sondage pendant la grève des employés d’entretien de la STM a démontré que près de 70% des usagés étaient satisfaits du service. Et puis, est-ce que ces grèves sont si fréquentes? Les chauffeurs d’autobus et les opérateurs de métro n’ont pas fait la grève depuis 20 ans à Montréal! Mais à droite on préfère évidemment mettre l’emphase sur une plus longue période, faisant fi des améliorations du climat de travail depuis.

Ce qui risque de se produire avec une telle loi, c’est une détérioration notable de ce climat de travail. Puisqu’on enlève aux travailleurs le droit de se faire respecter et de négocier une convention collective d’égal à égal avec la partie patronale, ceux-ci devraient trouver d’autres moyens pour se faire entendre, ce qui risque d’être bien pire pour la population.

Au Japon, on dit « If it ain’t broken, don’t fix it ». Si ça fonctionne bien, pourquoi tout changer? Pourquoi risquer de faire reculer la classe moyenne avec ces mesures anti-syndicales?

Encore une fois, on constate l’amateurisme de Mario Dumont et son incapacité d’établir des stratégies cohérentes à long terme. Il surfe sur n’importe quel thème d’actualité et son seul but est d’atteindre le pouvoir. Et que fera-t-il ensuite, suite à son élection?

Il travaillera à se faire réélire.

Le pouvoir pour le pouvoir, c’est ça son leitmotiv. Et tant pis si la classe moyenne écope au passage.

Le fusil sur la tempe
26 mai 2007

La fin de la grève dans le réseau de transport en commun de Montréal est certes une excellente nouvelle pour tous les utilisateurs du réseau. Mais de l’autre côté de la médaille, il s’agit d’un recul pour les travailleurs de l’entreprise, forcés de plier devant la menace d’une loi spéciale.

En effet, comment peut-on croire que ce règlement est « normal », puisque les travailleurs rentrent au travail sans que la direction de la STM n’ait eu à céder sur le moindre petit point? Ces derniers ont perdu sur toute la ligne, et c’est le fusil sur la tempe qu’ils renoncent à leur droit – tout à fait légitime et légal – d’être en grève.

Tant qu’à cela, pourquoi ne pas éliminer le droit de grève? Les conditions de travail aux employés des corporations seraient imposées directement par le gouvernement, ce qui porte un nom: corporatisme, ou fascisme. Tout le monde au salaire minimum, travaillant 40 heures par semaine pour un salaire à peine suffisant pour vivre dans un petit 3 1/2 et même pas assez pour dépenser dans les commerces du coin. C’est ça qu’on veut, s’acharner à détruire ce qui reste de la classe moyenne sous prétexte que c’est être trop bien payé que de pouvoir vivre décemment des fruits de son labeur?

Une grève, ce n’est jamais facile pour qui que ce soit. Mais dans une société évoluée et progressiste, c’est le seul moyen pour les travailleurs de faire face à une direction intransigeante qui se moque de ses employés en leur proposant des gels de salaire et en refusant la moindre concession.

Malheureusement, en menaçant d’imposer une loi spéciale, le gouvernement a littéralement mis un fusil sur la tempe du syndicat, et il a ainsi démontré que le Québec de 2007 a évolué: nous ne sommes plus cette société progressiste où un contrat de travail se négocie, mais désormais le monde politique se sent investi du droit de courrt-circuiter le processus démocratique de négociation collective afin d’y imposer sa vision idéologique.

Oui, la grève est terminée. Mais il n’y a rien à fêter, sinon un autre recul pour le monde syndical, pour la classe moyenne et pour le Québec en général.

Au sujet de la classe moyenne
23 mai 2007

On a beaucoup entendu Mario Dumont parler au nom de la classe moyenne au cours de la dernière campagne électorale. Tellement, qu’on avait presque l’impression qu’il était le champion défenseur de celle-ci, ayant à coeur ses intérêts, et que sa seule mission au parlement serait de l’aider à prospérer.

Pourtant, depuis qu’il est à l’Assemblée nationale, Mario Dumont n’a rien fait pour la classe moyenne, bien au contraire. Dernière attaque en règle contre celle ci: il exige davantage de fermeté contre les travailleurs d’entretien de la STM qui se sont vus forcés de déclencher la grève devant l’intransigeance de la partie patronale.

Évidemment, il est normal de vouloir régler le conflit à la STM. Mais pourquoi prendre automatiquement le parti des patrons? Ceux-ci ont refusé toute forme de compromis depuis le début, rejetant du revers de la main les nouvelles propositions de la part du syndicat. À quelques heures de la grève ils auraient encore pu négocier, faire de nouvelles propositions, démontrer une ouverture. C’est précisément la fermeté et l’obstination de la direction de la STM qui ont mené à cette grève.

Mais derrière cette contradiction évidente de Mario Dumont, qui s’attaque à la classe moyenne au nom de la classe moyenne, il y a quelque chose de beaucoup plus dangereux: c’est toute l’idéologie néolibérale de la nouvelle droite qui s’oppose à toute forme de syndicalisation, soi-disant au nom de la classe moyenne. Tous ces gens au discours haineux, revanchard,malheureux de leur propre exploitation et de leur salaire insuffisant, qui s’attaquent à d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne et aux syndicats, qu’ils accusent d’être responsables de tous les maux.

Puisque le Québec n’est pas un vase clos, regardons un peu ce qui se produit dans une société où le taux de syndicalisation diminue.

Aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de près de 35% il y a quelques décennies à seulement 13% aujourd’hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la « drouate », on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d’achat en général. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit.

En effet, les revenus réels nets du cinquième des foyers les plus pauvres a crû de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augmenté de 15% en moyenne sur la même période. Au contraire, pour le cinquième le plus riche, la croissance a été de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l’augmentation moyenne des revenus a été de près 111%. Tout ceci au même moment où la productivité augmentait de près de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 à 15,23$ en 2004.

Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n’a pas profité à la classe moyenne, loin de là. Les écarts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentués et la hausse de la productivité n’a pas le moindrement profité aux travailleurs. On a plutôt assisté à une désintégration sociale caractérisée par un appauvrissement marqué des plus pauvres et un enrichissement très important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s’est déchiré entre la majorité vers le bas et une minorité vers le haut.

Devant ces résultats éloquents, on ne peut que constater et dénoncer le manque de vision et de cohérence du discours de Dumont et de ses fans de la droite. Au nom de la classe moyenne, ils s’attaquent à des travailleurs et à des syndicats qui représentent le progrès social et la survivance à long terme de cette même classe moyenne.

Voilà pourquoi le combat des travailleurs de la STM est aussi le nôtre. Car le jour où les syndicats auront été brisés – le rêve de la droite – sera aussi le jour où notre niveau de vie en général baissera et le jour où on pourra enterrer le concept même de classe moyenne. Puisque le taux de syndicalisation est un excellent indicateur de la richesse du tissu social d’une société, voilà pourquoi chaque victoire des travailleurs est à célébrer, et chaque défaite à craindre comme un nouveau recul non seulement pour la classe moyenne, mais pour l’ensemble de la société québécoise.

Au fond, c’est facile de s’attaquer à la classe moyenne et à d’honnêtes travailleurs qui ne demandent qu’à gagner honorablement leur vie. C’est beaucoup plus difficile et exigeant intellectuellement de s’attaquer aux vraies plaies sociétales que sont les profits astronomiques des pétrolières, des pharmaceutiques, des compagnies de télécommunications, des banques, des compagnies minières…