Une race de ti-counes
3 mai 2011

Qu’on me pardonne de parler ainsi du peuple québécois, mais ce sont les seuls mots qui me viennent en tête. On parle ici d’un peuple luttant pour sa survie depuis des siècles, faisant face à un ethnocide de la part du gouvernement canadien, tentant de s’émanciper depuis des décennies, de se libérer d’un pays qui fait tout pour éliminer sa langue et en faire une ethnie parmi d’autres. Et ce soir, c’est un vote ethnique qui a propulsé le NPD vers les étoiles et presque rayé le Bloc Québécois de la carte. Un vote ethnique, celui de la race des ti-counes.

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Des ti-counes, tellement ignorants, tellement sans colonne, tellement abrutis par le poids d’un destin trop lourd pour eux, qui ont décidé de voter pour Ruth-Ellen Brosseau, une unilingue anglophone ayant choisi de prendre des vacances à Las Vegas pendant la campagne électorale. Une race de ti-counes ayant voté pour Tyrone Benskin, à peu près incapable d’aligner trois ou quatre mots dans notre langue.

Soyons honnêtes: les Québécois font les choses en grand. Pas question de se faire violence à moitié. Tant qu’à renier ce que nous sommes, à s’écraser devant la nation canadienne, on le fait de manière totale et absolue: on élimine le seul parti qui était réellement à notre service et on appuie des candidats tellement étrangers à ce que nous sommes qu’ils ne connaissent ni notre langue, ni notre culture, ni notre identité, ni nos régions, ni rien de nous. On a décidé de se suicider collectivement, mais pas question pour nous d’agoniser pendant des décennies à souffrir le lent martyr d’une destruction arrachée péniblement par un gouvernement étranger devant se battre contre le rempart de notre volonté de survivre. Nenni. On se tue, mais on se tue élégamment; on détruit ce qui nous représente, on vote pour le symbole le plus éloquent de notre futur: des candidats avec un nom à consonance francophone mais qui ont perdu leur langue. On fait les choses comme il faut; il y a de la beauté dans ce suicide.

Certains diront: ah, mais ce n’est pas si pire, il y a ce bon Jack! Oui, qu’il est doux le sourire de ce bon Jack! Qu’il est agréable de se faire dire « travaillons ensemble » pendant que ce même Jack votait contre une résolution du Bloc, en 2008, demandant que le Québec puisse se soustraire au multiculturalisme à la canadienne. Pour ce bon Jack, voyez-vous, les Québécois forment une ethnie parmi d’autres, au même titre que les Sikhs de Toronto qui lui ont mis un turban sur la tête et l’ont acclamé avec vigueur. Oui, on l’adore ce bon Jack! Ce bon vieux Jack qui a voté contre la demande du Bloc d’accorder le pouvoir au Québec de se retirer de programmes fédéraux violant les compétences du Québec. Mais on l’aime, ce bon Jack!

Nous ne voulons plus être petits. « Think big, stie », disait Elvis Gratton. Nous voulons conquérir le monde. Nous voulons qu’on nous reconnaisse comme des géants. C’est fait. Nous sommes maintenant un objet de rigolade pour tous ceux qui s’intéressent le moindrement à la politique. Un peuple de consanguins ayant opéré une gigantesque vague de droite adéquiste en 2007 pour ensuite, quatre ans plus tard, en opérer une de gauche pour le NPD. Nous sommes une farce, le summum du ridicule qu’on érige en désir de changement, celui d’un peuple de dégénérés tellement illettrés et abrutis que ceux-ci ne voient même pas la contradiction entre ces deux votes. Nous avons un tel désir, enfoui au fond de nous, de mourir, de crever de cette mort qui attend tous les peuples vaincus et qui ont cessé de croire en eux-mêmes, que nous avons rendu le Bloc Québécois, le seul parti qui nous défendait effectivement contre la nation canadienne, responsable d’un blocage qui était, dans le faits, celui d’une fédération incapable de satisfaire nos aspirations.

Méritons-nous encore de vivre et de survivre? J’en doute. Des individus me donnent envie de le croire. Mais une masse, la masse de l’ignorance qu’on confond avec la passion me laisse ce goût amer d’un venin qu’on a distillé dans nos veines depuis trop longtemps et qui a fini par gangrener jusqu’à notre capacité à nous imaginer libres. Notre choix ne semble plus se résumer qu’à un blocage permanent dans une fédération canadienne que nous n’avons pas le courage d’affronter, trop pleutres que nous sommes, ou à embrasser un parti typiquement canadien et tout à fait hostile à ce qui pourrait permettre à notre nation de réellement s’émanciper.

Cette race de ti-counes, c’est la nôtre. Des ti-counes de classe mondiale, devenus la risée de la planète, ce peuple qui vit en suspens depuis une génération parce qu’il est trop peureux pour se donner un pays et trop stupide pour accepter consciemment sa propre disparition.

« La démocratie a parlé » a dit Gilles Duceppe avant d’annoncer sa démission. Oui, la démocratie a parlé. La majorité d’une race d’abâtardis par des siècles de colonialisme s’est mis à genoux devant la nation qui la domine et a décidé qu’il valait mieux laisser mourir ce que nous sommes que de vivre dans le blocage d’une résistance contre des valeurs qui nous sont contraires.

Et le résultat? Plutôt que d’avoir cinquante députés du Bloc faisant des pieds et des mains pour défendre le Québec contre un gouvernement conservateur majoritaire, nous aurons soixante députés du NPD dont plusieurs ne peuvent même pas lire les panneaux routiers en français et dont la seule loyauté ira à un parti dont le centre est situé à Toronto et qui voit dans le Québec non pas une nation en attente d’un pays, mais une province de ti-counes en attente de disparition.

Pourquoi je vais voter pour le Bloc Québécois
25 avril 2011

J’ai fait mon choix: je vais voter pour le Bloc Québécois. Moins de trois ans après la dernière élection fédérale, je mesure d’autant mieux le cheminement de ma pensée politique que j’avais écrit, à cette occasion, un texte où j’expliquais les raisons m’ayant poussé à préférer le Nouveau Parti Démocratique. J’avais tout faux, et s’il m’a fallu réfléchir longuement sur les conséquences d’un choix sur un autre, il n’y a plus de doute dans mon esprit: cette élection oppose d’un côté des partis canadiens, et de l’autre un parti québécois. Quand ceci est dit, tout est dit.

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En 2008, je basais ma décision de voter pour le NPD essentiellement sur deux raisons: le chef de ce parti, Jack Layton, avait mené une très bonne campagne électorale et le NPD était le seul parti à valoriser activement la répartition de la richesse et des programmes sociaux permettant de nous enrichir collectivement. Paradoxalement, je pourrais tirer exactement les mêmes conclusions aujourd’hui: non seulement Layton est-il encore supérieur à ce qu’il était il y a trois ans – et Gilles Duceppe beaucoup plus faible – mais le NPD est encore une fois le seul des principaux partis politiques fédéraux à parler de mesures sociales progressistes.

Pourtant, j’ai choisi d’appuyer le Bloc Québécois. Je reconnais aujourd’hui les erreurs de ma pensée d’il y a trois ans. D’abord, on ne doit pas voter pour un parti ou un autre en fonction de la performance médiatique d’un chef; nous sommes en démocratie et c’est le parlement qui doit être souverain. Si un homme ou un autre peut nous paraître sympathique ou antipathique, il faut autant que possible exclure ces émotions du raisonnement: on doit voter pour les idées, pas parce que la bouille d’un type nous revient davantage que celle d’un autre. De la même manière, si le NPD a de loin le meilleur programme économique et social des principaux partis, il faut rappeler qu’il ne fait rien pour s’attaquer au principal problème de cette fédération, l’éléphant dans la pièce que les Canadiens-anglais ont choisi d’ignorer: le fait que le Québec n’a pas signé la constitution et que sa situation n’est toujours pas réglée au sein du Canada.

Si cette vérité d’un parti centralisateur et typiquement canadian a été soulignée par plusieurs auteurs, ce sont des expériences personnelles qui m’ont convaincu de la dangerosité d’un vote pour ce parti. Au nombre de ces expériences, on peut penser au fait que le NPD communique systématiquement avec ses membres du Québec en anglais et en français, au mépris de la seule langue officielle du Québec. On peut également souligner le fait que si la quasi-totalité des pages provinciales du NPD sur Facebook sont en anglais, celle du Québec est entièrement bilingue; on lance ainsi le message que s’il est justifiable pour le parti de fonctionner entièrement en anglais dans des provinces anglophones, il ne peut l’être de respecter de la même manière la langue nationale des Québécois. Ajoutez à cela un discours tenu par nombre de ses membres selon quoi la question linguistique ne serait pas importante, qu’il faudrait « passer à autre chose », et vous avez comme résultat un parti qui ne peut pas représenter adéquatement les intérêts du Québec.

Dans cette situation, deux valeurs s’affrontent: d’un côté la volonté des Québécois d’assurer des politiques sociales plus progressistes, et de l’autre leur volonté d’assurer la survie de leur langue dans un contexte où elle est en régression et, osons le dire, en danger de mort. Ces valeurs – qui sont exactement les miennes – ne devraient pas pouvoir être subordonnées l’une à l’autre; dans les faits, on doit se forcer à le faire et j’ai décidé de le faire. La vérité est la suivante: si le français survit, mais que la société opère un terrible virage à droite, nous appauvrissant collectivement et nous faisant régresser socialement, rien n’est perdu, car il serait toujours possible de faire marche arrière plus tard. Par contre, si le français ne survit pas, si nous passons le rubicon de notre déclin et que nous n’arrivons plus à assurer la pérennité de notre langue, quand bien même nous vivrions dans un paradis social-démocrate, nous serions morts. Game Over, pour le dire dans une langue qui serait désormais la nôtre. D’un côté, un recul temporaire, de l’autre, un recul permanent. Oui, ces valeurs peuvent et DOIVENT être subordonnées: on ne peut pas, sous aucun prétexte, mettre en danger ce que nous sommes pour quelque raison que ce soit.

À partir du moment où on comprend l’extrême précarité de notre situation et où on accepte l’idée qu’il est impossible qu’un parti désirant se faire élire d’un bout à l’autre du Canada puisse respecter notre spécificité sans heurter les sensibilités de ceux qui désirent « passer à autre chose » en nous passant sur le corps, on n’a d’autre choix que de mettre de côté l’échelle gauche-droite pour nous concentrer sur le vieux paradigme Québec-Canada qui, loin d’être usé, sera pertinent tant et aussi longtemps que d’une chose le Québec sera séparé, d’autre chose le peuple québécois sera décimé et le français y sera aussi mort que dans les autres provinces.

Oui, on peut trouver que la situation stagne, que rien ne bouge. Oui, on peut questionner la présence du Bloc à Ottawa, d’autant plus que Gilles Duceppe est possiblement l’un des politiciens les plus frileux sur les questions linguistique et identitaire. Par contre, on doit avoir l’honnêteté de reconnaître que ce blocage n’est pas celui du Bloc, mais celui d’une fédération dont la vaste majorité des habitants a décidé de « passer à autre chose » pendant que la minorité québécoise continue d’affirmer que son existence et ses intérêts ne peuvent être ignorés.

Il est légitime d’avoir un désir de changement, de vouloir faire confiance au visage sympathique de Jack Layton et de lui « donner une chance ». Ceci dit, ce changement ne peut pas aller à l’encontre de l’existence du peuple québécois et toute réduction de l’influence du Bloc Québécois à Ottawa aurait comme conséquence l’embellie des forces de ceux qui désirent implanter au Québec l’idée que notre existence et notre survie sont des choses du passé.

Le 2 mai, je vais voter Bloc Québécois. Pas parce que son chef mène une bonne campagne ou parce que je n’aime pas le NPD. Simplement, parce que je suis Québécois et que mes intérêts en tant que Québécois ne pourront jamais être mieux respectés que par un parti qui considère le Québec non pas comme une province parmi d’autres, mais comme un pays en devenir.

Marois doit partir
1 novembre 2010

Quand le malade vivote sur le respirateur artificiel et que tout espoir de guérison a été écarté, il faut parfois agir d’une manière humaine et le débrancher. C’est ce à quoi aspirent réellement le groupe des cinquante ayant signé une lettre pour mettre au rancart (l’étapisme de) Pauline Marois. Ces jeunes péquistes ne devraient pas être ostracisés ou traités de « no-name » (sans-noms) comme l’a fait avec si peu de classe et de fierté francophone l’ancien président de l’aile-jeunesse du parti, Alexandre Thériault-Marois. Il faudrait plutôt les féliciter, voire les récompenser pour leur tentative de sauver ce qui reste du parti de René Lévesque.

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En effet, Pauline Marois est devenu un boulet pour le Parti Québécois. Alors que le gouvernement Charest atteint un niveau d’insatisfaction stratosphérique dans les sondages, Marois n’arrive qu’à égalité avec le premier ministre au niveau des intentions de vote. Pire: un hypothétique parti n’existant même pas encore sur papier et dirigé par deux anciens péquistes prendrait le pouvoir si des élections étaient déclenchées demain matin!

On peut chercher des solutions de midi à quatorze heures, on peut vouloir mieux « vendre » Marois, on peut travailler sur ses manières, on peut dépenser des dizaines de milliers de dollars pour améliorer son image médiatique: rien n’y fait. Le courant ne passe pas. La population ne fait pas confiance à Pauline Marois. Elle est compétente, probablement très intègre, sûrement une excellente politicienne, mais les gens ne veulent pas d’elle, peu importe les raisons. Nous aimerions tous nous identifier au légitime rêve de Marois de devenir première ministre et de diriger un gouvernement du Parti Québécois, mais la particularité du rêve consiste à s’estomper quand sonne le réveil du matin.

Or, ce réveil a sonné depuis bien assez longtemps. Quand ce sont des députés libéraux qui rigolent du leadership de Marois, c’est qu’il est temps d’agir. La récente sortie de Jacques Parizeau doit sonner le réveil des troupes. Ce n’est plus le temps d’appuyer sur « snooze » et d’oublier la réalité. Si le Parti Québécois aspire à prendre le pouvoir et à réaliser l’indépendance, il lui faudra trouver des solutions à la fois au problème Marois et améliorer son plan de match en faveur de l’indépendance.

Gilles Duceppe doit prendre la tête du Parti Québécois

Gilles Duceppe n’est ni René Lévesque ni même Jacques Parizeau. Sur plusieurs points, on pourrait même affirmer qu’il fait partie de ces politiciens qu’on trouve un peu trop « langue de bois ». Ceci dit, ses convictions sont claires, nettes et précises. Il ne manque pas une occasion de parler de souveraineté. Il ne le fait pas du bout des lèvres comme Marois, presque comme une éruction involontaire; il le dit haut et fort et il semble davantage prêt à agir en faveur de celle-ci.

De plus, la population l’aime. Oui, il est imparfait. On se rappelle tous l’avoir vu avec un bonnet sur la tête ou s’être mêlé dans ses mots alors qu’il faisait une entrevue télévisée. Peu importe: il est imparfait et il nous ressemble. N’importe quel citoyen du fond d’une ruelle de Montréal ou d’un rang de la région peut s’identifier à Gilles Duceppe.

Or, au-delà du discours, des idées, de la rhétorique, à la fin, dans l’isoloir, la question se résume souvent à celle-ci: « est-ce que je fais confiance à cette personne? » Et Duceppe, dominant outrageusement les élections fédérales au Québec depuis plus d’une décennie, inspire confiance.

Le Parti Québécois doit refuser tout projet de gouvernance et bâtir l’indépendance dès maintenant

Outre la question du chef, celle du discours reste importante. La « gouvernance souverainiste » de Pauline Marois est vouée à l’échec. Le concept-même de gouverner une province – et peu importe les fantasmes de bizarreries du genre « indépendance sectorielle » – implique de faire des choix selon l’axe gauche-droite et non plus selon celui indépendantisme-fédéralisme. Une gouvernance provinciale du PQ ne peut qu’entraîner des déchirures à ce niveau; l’aile-gauche (ou ce qui en reste) et l’aile-droite ne pourraient jamais être satisfaits. Le parti serait constamment écartelé entre sa gauche et sa droite. On l’a vu sous les règnes de Bouchard et Landry. Ne dit-on pas que la folie consiste à agir d’une même manière en espérant des résultats différents?

L’indépendance constitue un geste de rupture. Par essence, il s’agit d’une position radicale. On ne peut pas constamment agir sur la pointe des pieds en ayant peur des sondages. Les plus grandes réalisations du Québec moderne ont constitué autant de gestes de rupture. Croyez-vous qu’on aurait nationalisé l’hydro-électricité en parlant de « nationalisation sectorielle » ou qu’on aurait appliqué la Loi 101 en revendiquant des gains linguistiques circonscrits? Il arrive un moment pour un peuple où celui-ci doit rompre avec un passé le sclérosant et lui faire mordre la poussière.

Le Québec stagne ou recule depuis des années précisément parce qu’on n’a pas définitivement réglé la question nationale et qu’on a préféré avancer sur la pointe des pieds en se contentant des miettes lâchées par le gouvernement de l’autre nation. L’indépendance ne tombe pas du ciel comme un fruit mûr, malgré ce qu’affirment certains rêveurs. Ce n’est pas parce que l’identité québécoise s’avère de plus en plus forte – qui se définit encore principalement comme Canadien aujourd’hui? – que l’indépendance approche; au contraire, c’est peut-être parce que nous avons de moins en moins l’impression de voir les chaînes qui nous limitent que nous avons peur des gestes de rupture.

Autrement dit: l’idée d’indépendance s’est bâtie sur une opposition entre un Québec français et un Canada anglicisant. Or, nous assistons à la naissance du concept de Québécois francophone – et à la légitimation de l’oxymore « Québécois anglophone » – laissant entrevoir non pas un rapprochement vers la réalisation de l’indépendance, mais plutôt vers la bilinguisation puis l’anglicisation du Québec. Loin de constituer une amélioration vis-à-vis du statu quo, la stratégie des petits pas et de la création d’une identité québécoise à l’intérieur du Canada nous rapproche plutôt du précipice.

Voilà précisément pourquoi il est d’une importance capitale de rejeter la stratégie de l’étapisme prônée depuis des décennies par les bonzes péquistes. Elle a échoué. Et elle échouera encore. Les peuples qui sont devenus libres ont d’abord planifié leur libération, l’ont exécuté, puis sont passé à d’autres enjeux.

Si l’article premier du Parti Québécois affirme que le but du parti est de réaliser l’indépendance du Québec, il doit s’y atteler dès maintenant en se débarrassant à la fois du boulet Marois et de son plan d’étapisme ne constituant qu’un énième recul pour la cause. S’il faut une élection référendaire, qu’à cela ne tienne. Le but, le seul, doit être d’utiliser tous les moyens possibles pour libérer définitivement le peuple québécois de l’État canadien.

Sinon, qu’il change son article premier et qu’il devienne un simple parti provincial.

Et nous disparaîtrons en silence à grands renforts de bilinguisme et de « In English Please » (en anglais SVP) éructé de la bouche pointue d’un individu faisant partie d’une nation qui, elle, se respecte.

La résistance, de Duceppe à Royal
23 mars 2010

Le Québec est-il encore colonisé? Plusieurs auraient envie d’affirmer que cette époque où nous étions infériorisés, où nous laissions les Anglais définir ce que nous étions – évidemment des méchants racistes, et peu importe si nos institutions étaient plus ouvertes aux Juifs et aux étrangers que les leurs -, que cette époque est révolue. Ils ont tort. L’unanimité des partis politiques et de la presse anglophone à dénoncer les propos de « résistance » de Gilles Duceppe démontre, encore une fois, à quel point nous sommes loin d’être un peuple mature, que nous n’avons pas encore conquis la plus grande des libertés: celle de nous définir nous-mêmes.

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Qu’a donc dit Duceppe de si terrible, lors de la célébration des vingt ans du Bloc Québécois, pour mériter l’opprobre général des anglophones? Il a affirmé: « Pour le moment, nous sommes des résistants. Mais les résistants d’hier seront les vainqueurs de demain. » Le mot résistance, a immédiatement affirmé Lawrence Cannon, ferait référence à la résistance française contre les nazis, ce qui impliquerait que le Bloc Québécois traiterait le Canada de naziste. Logique tordue, ne trouvez-vous pas?

Or, puisqu’il est question de résistance française, pourquoi ne pas regarder le discours de Ségolène Royal, cheffe du Parti Socialiste, après les élections régionales? La même journée, à quelques heures d’intervalle:

J’avais appelé dimanche dernier à un vote d’espérance; vous avez répondu. Le vote d’aujourd’hui montre que notre capacité de résistance a été reconnue.

Voilà. Quand Gilles Duceppe parle de résistance, on en fait tout un plat, mais si une politicienne française – dans un pays ayant effectivement subi le joug nazi – utilise le même mot, dans un contexte semblable, aucun problème. Comme une lettre à la poste, affirme le dicton. Qu’on parle de résistance contre le Canada, et les insultes pleuvent; qu’on parle de résistance contre les politiques de Sarkozy, et tout va bien. Vous y comprenez quelque chose?

En fait, la différence est de taille: la France constitue un pays sûr de son identité, ayant pris possession de son histoire et ne laissant ni le passé ni les autres définir sa nature-propre. En France, on est Français, on a le droit d’être Français, et on a le droit de s’exprimer en tant que Français. Et si vous n’êtes pas d’accord, et bien lâchez-moi les baskets.

Au Québec, par contre, il y a toujours cet infect relent de culpabilité qui rode, cette honte qui brise la fenêtre et s’immisce dans la chambre à coucher pour troubler notre endormissement. On nous a tellement affirmé que nous étions mauvais de vouloir seulement exister qu’on a fini par le croire. Non seulement on nous enlève la capacité d’espérer voir nos valeurs et notre langue se perpétuer dans le temps en nous enchaînant dans ce Canada, tombeau des francophones, mais on ajoute l’insulte à l’injure en nous empêchant de même imaginer qu’il puisse être possible de résister à cet état de fait. Pire: ce sont des ministres québécois, issus de notre propre peuple, qui se font les hérauts des culpabilisateurs qui, dans leurs fantasmes, considèrent leur mission civilisatrice à l’égard des barbares québécois comme étant la chose la plus humaine à faire. Le Québec, résister au rouleau-compresseur identitaire canadien, vous voulez rire?

François-Albert Angers, ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, économiste et un des plus grands nationalistes du vingtième siècle, a bien expliqué ce phénomène:

Les « Canadians » […] croient que nous sommes un peuple dégénéré et que l’état de notre langue est la preuve de notre décadence. Cette attitude est normale. Les colonisateurs ne pouvant fonder leur occupation sur la justice, s’appuient sur un sentiment de supériorité. Ils croient que le peuple dominé a besoin de lui, que, privé de sa présence, il sombrerait dans l’anarchie et la pauvreté. ((ANGER, François-Albert, Les droits du français au Québec, Éditions du Jour, 1971, p. 133 ))

Comprenez. Les ministres canadiens qui blâment Duceppe pour avoir parlé de « résistance » ne se sentent pas le moins du monde mal à l’aise avec l’idée que Ségolène Royal puisse, pratiquement au même moment, utiliser la même expression en France. Non, non… C’est que NOUS, petit peuple inférieur, avons besoin de la compassion canadienne; nous avons besoin d’être ramenés dans le droit chemin. Nous sommes le mal, nous portons en nous tous les germes des pires cataclysmes infernaux des quatre cavaliers de l’Apocalypse du nationalisme, et c’est avec tendresse, presque bienveillance, que le pays qui est responsable de notre quasi-disparition nous couve de son amour incestueux et réprimande nos élites comme on s’adresse à un enfant. C’est cela la leçon: nous sommes le mal, et les Canadiens-anglais vont nous protéger de nous-mêmes.

Dans une autre société, on rirait un bon coup en écoutant les propos de Cannon et de ses émules qui, lorsqu’il est question du Québec, font front commun contre l’identité québécoise. On se dirait: « non, mais quels idiots » et on changerait de poste. Mais nous ne sommes pas une autre société, et celle-ci, après 250 ans de culpabilisation identitaire, tend l’oreille, répercute toutes les stupidités de ceux qui, au quotidien, participent au génocide culturel des francophones du Canada. En France, par exemple, avez-vous lu un seul chroniqueur blâmer Ségolène Royal pour son appel à la résistance? Non. Seulement au Québec, évidemment. Nous sommes tellement mauvais intrinsèquement. C’est à se demander comment nous pouvons même souhaiter survivre.

Signe des temps, Duceppe a persisté et signé. C’est tout à son honneur. Il y a dix ou quinze ans, il se serait peut-être confondu en excuses et en explications boiteuses. Mais les temps changent. Lentement, mais fermement, les Québécois relèvent la tête et réalisent qu’ils ont non seulement le droit d’exister, mais qu’ils peuvent, qu’ils doivent s’opposer à ceux qui les en empêchent.

La résistance, pour beaucoup de Québécois, elle se vit au quotidien, dans des villes, des entreprises, des écoles où leur langue et leur culture sont devenues des éléments folkloriques. Qu’un politicien se lève et reconnaisse publiquement que nous avons le droit de résister, voilà qui fait grand bien et apporte un fragile baume sur la plaie béante de notre propre aliénation.

Duceppe a parlé; qu’il agisse maintenant!

Une coalition Bloc-NPD?
25 septembre 2008

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.

Le vote stratégique
16 septembre 2008

Signe que le Bloc Québécois commence à sentir la soupe chaude (et que le NPD a le vent dans les voiles), celui-ci a lancé une campagne de dénigrement du parti de Jack Layton sous le slogan: « 1 vote pour le NPD = 1 vote pour Harper ». On peut voir ce type de pancartes notamment dans la circonscription de Jeanne-Le Ber, où la division du vote fédéraliste avait permis au Bloc de se faire élire lors des dernières élections.

L’idée n’est pas nouvelle: les Libéraux de Paul Martin l’avaient déjà utilisée en 2006 pour attaquer le NPD quand ils avaient réalisé qu’ils risquaient de perdre le pouvoir et c’est un stratagème qui revient régulièrement lorsqu’un parti majeur sent le tapis de dérober sous c’est pied. C’est la stratégie de la dernière chance: le vote stratégique. On essaie de convaincre les électeurs de se boucher le nez et de voter pour un parti qu’ils n’appuient pas pour éviter de se retrouver avec un gouvernement qu’ils détestent encore plus.

Le problème avec cette stratégie, c’est qu’elle nuit à l’esprit démocratique d’une élection et éloigne les électeurs d’un gouvernement qui pourrait être plus près de leurs valeurs et de leurs idéaux.

En effet, que vaut un vote, au juste? A-t-on déjà vu un seul vote faire une différence? A-t-on déjà vu un député se faire élire avec 34 563 votes devant un adversaire qui en aurait eu 34 562? Ça prend beaucoup d’humilité pour le reconnaître, mais individuellement notre vote ne change rien au résultat. Ce vote n’est qu’un poil de gorille, une goutte d’eau dans la piscine ou un grain de pollen perdu dans l’air. Sa présence passe inaperçue, son absence ne crée pas de manque.

En fait, individuellement, la seule raison justifiant de voter est le sentiment d’avoir fait tout ce qui était possible de faire pour exprimer ses valeurs, ses idéaux, sa conception de ce que doit être un bon gouvernement. Entre deux élections je suis passif, je me contente d’être le spectateur morose du grand cirque politique, mais lorsqu’on me demande mon avis je le donne au mieux de mes connaissances et en accord avec ce que je considère être le meilleur choix pour le futur.

C’est la seule raison qui justifie de voter, individuellement.

Or, collectivement, le vote est ultra-puissant. Il fait ou défait les gouvernements, il brise des carrières, détruit des hommes ou en consacre d’autres. Il constitue le grand TOUT du système, l’ignition donnant sa force et son mouvement à la machine gouvernementale. Si je peux contrôler le vote collectif, je contrôle l’issu de l’élection et je serai celui qui influencera les politiques du gouvernement. Le problème, c’est que je ne contrôle que mon vote.

Collectivement, le vote n’est donc que l’amalgame des idéaux et des valeurs de chaque individu. Il est la somme des espérances, craintes, espoirs et appréhensions de chaque citoyen. Il est le ciment qui attend un peu d’air pour prendre et se figer jusqu’aux prochaines élections.

Or, quand on choisit de voter stratégique, on pervertit l’ensemble du processus. Individuellement, on gaspille son vote en appuyant un parti suboptimal qui ne représente pas au mieux ses valeurs et ses intérêts. On se prive donc de cet éternel droit de se plaindre qui est le luxe de ceux qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire valoir ce qu’ils croyaient être juste. Collectivement, on annihile les choix légitimes de nos concitoyens en refusant d’être la courroie de transmission permettant aux idéaux de chacun de pouvoir s’exprimer politiquement.

Suivez bien mon raisonnement: si individuellement mon vote ne vaut rien mais que collectivement il est ultra-puissant, en votant « stratégique » non seulement je m’empêche de voter pour le meilleur parti mais en plus j’essaie d’utiliser la puissance du vote collectif non pas au service de mes valeurs et de mes intérêts, mais plutôt pour faire plaisir à un parti qui voit ses appuis diminuer.

En somme, puisque mon vote ne change rien, il ne sert à rien de voter contre un-tel ou pour qu’un-tel puisse battre un-tel autre ou utiliser n’importe quelle autre logique tordue. Mon vote est la preuve de mon existence politique. Si je ne l’utilise pas au mieux de mes valeurs et de mes convictions, il ne sert à rien. Il a la même valeur que celui qui ne se déplace pas voter. En fait, il vaut moins que celui qui s’abstient, car ce dernier le fait peut-être par considération politique et exprime ainsi ses valeurs à la face de la démocratie, alors que celui qui vote stratégique mentit sur ce qu’il est, sur ses idéaux et contribue à empêcher que de la somme des valeurs et idéaux de l’ensemble de la population jaillisse une vérité permettant l’élection d’un gouvernement nous représentant davantage.

Au fait, quel serait le résultat si le vote stratégique fonctionnait et que des dizaines de milliers de sympathisants du NPD votaient pour le Bloc à chaque élection pour bloquer un autre parti? Le NPD ne serait jamais élu et tous ceux qui auraient voté Bloc en se pinçant le nez auraient perdu leur vote, purement et simplement.

Voter stratégique, c’est donc l’apanage des menteurs, des manipulateurs et de ceux qui auront perdu tout droit de se plaindre devant le résultat final. Ils auront gaspillé leur vote, travesti leur réalité et perverti le processus démocratique. Un vote stratégique, c’est un vote perdu.

Car un vote pour le NPD n’est pas un vote pour Harper. C’est un vote pour le NPD. Un vote exprimant la conviction, très personnelle, que le NPD est le meilleur parti pour gouverner ce pays. Et un vote reconnaissant que je ne changerai rien, individuellement, au résultat, mais que je peux voter selon ma conscience et mes valeurs.


À vendredi ou samedi…

Pourquoi je vais voter NPD
14 septembre 2008

J’ai fait mon choix. Ça n’a pas été long cette fois-ci; alors qu’il y a une semaine à peine j’hésitais encore entre donner mon vote au Bloc Québécois ou au Nouveau Parti Démocratique, c’est finalement ce dernier que je désire appuyer. Pourquoi? Pour deux raisons principales.

La première, c’est que Jack Layton mène une campagne exceptionnelle, donnant l’impression que Stéphane Dion et Gilles Duceppe ne sont que de simples figurants. Je crois de plus en plus que le NPD va former l’opposition officielle aux prochaines élections si rien ne change et j’estime que la meilleure façon de contrer le gouvernement de droite de Stephen Harper est de se rallier au parti de Jack Layton, le seul qui, grâce à sa position de centre-gauche, sait s’opposer à Stephen Harper tout en ratissant assez large pour espérer obtenir le vote des Libéraux déçus.

En outre, le programme électoral du NPD me rejoint: investissements dans la petite enfance (tout en respectant les CPE québécois), écologisme (on a tendance à oublier que c’est grâce à M. Layton que le centre-ville de Toronto est climatisé avec l’eau des Grands Lacs), éducation, amélioration des soins de santé publique, lutte contre la pauvreté, lutte contre les escroqueries des grandes entreprises telles que les pétrolières.

Layton a compris ce que beaucoup de politiciens et de citoyens ont oublié: le problème n’est pas la richesse du pays, mais plutôt comment on redistribue cette richesse. Il ne faut surtout pas oublier que Stephen Harper a donné des réductions d’impôts de plusieurs dizaines de milliards $ à de grandes entreprises comme les pétrolières ou les compagnies de téléphonie cellulaire. Ni qu’il a prolongé de trois ans les droits de monopole sur les médicaments de marque, ce qui rend l’accès aux médicaments génériques moins chers beaucoup plus difficile à obtenir. La richesse existe, mais le présent gouvernement a décidé que celle-ci devait aller dans les poches d’actionnaires anonymes ou pour défendre les intérêts américains en Afghanistan (en faisant de nos soldats des tueurs) au lieu de profiter à l’ensemble des citoyens du pays.

Ça doit changer. Et le NPD constitue le meilleur parti pour changer les choses. Il est le seul qui permettra de redonner vie à une classe moyenne dont la condition stagne depuis des décennies.

La seconde raison pour laquelle je vais voter NPD, et non pas Bloc Québécois, est la piètre performance de Gilles Duceppe et du parti en général. Duceppe a le mot « perdant » écrit sur le front avec le même marqueur que Stéphane Dion. Il a perdu ses marques; il a l’air de quelqu’un ne voulant pas être là, ayant simplement hâte de constater l’étendue de son échec pour annoncer son retrait de la vie politique.

Évidemment, ce n’est pas de sa faute. En jetant aux oubliettes le projet souverainiste, Pauline Marois a enlevé toutes les munitions du camp bloquiste, si bien que le parti se retrouve à faire la guerre à poings nus devant l’armada conservatrice. Il ne fait pas le poids, malheureusement, car il ne peut plus rallier les souverainistes (quand même 40 à 50% des citoyens!) derrière lui, si bien que ceux-ci préfèrent maintenant voter pour leurs allégeances sur l’échelle gauche-droite au lieu de voter pour un parti se disant « présent » sans expliquer en quoi sa présence constituerait un plus pour l’indépendance ou, à défaut, pour la vie des citoyens en général.

Si j’étais Gilles Duceppe, j’appellerais Pauline Marois et je la remercierais chaudement d’avoir contribué à une défaite qui s’annonce majeure pour le Bloc en éliminant le seul facteur de cohérence pouvant inciter des gens aux opinions politiques diverses à se rallier derrière la souveraineté.

Ceci dit, je peux encore changer d’idée. Je suis également ouvert aux arguments du Parti Libéral, qui me semble un peu moins à droite que par le passé, de même qu’au parti Vert, même si à mes yeux ce parti n’a pas sa raison d’exister puisque ses politiques environnementales sont déjà inclues au sein du NPD.

Et ne me parlez pas de vote stratégique, SVP. Je vote avec mon coeur, avec ma tête, et selon mes convictions. À mes yeux, s’empêcher de voter pour un parti parce qu’il ne risque pas de gagner dès la prochaine élection constitue une forme particulièrement abrutissante de tautologie; il ne gagnera jamais si tout le monde se dit qu’il ne gagnera pas. À mon avis, il faut voter pour le parti qu’on croit être en mesure de faire le meilleur travail pour améliorer non seulement sa situation personnelle, mais celle de la majorité de la population.

Et ce parti, j’en suis maintenant convaincu, c’est le Nouveau Parti Démocratique.

Je peux encore changer d’idée, mais ça prendrait un gros revirement pour le Bloc et une contre-performance majeure du NPD. Et je ne crois pas que ça va se produire, malheureusement pour mes amis bloquistes.


AJOUT:

Même si je critique durement le Bloc dans ce billet, je ne souscris pas du tout à l’analyse bâclée de l’ancienne aile-droite du parti qui, maintenant que le projet souverainiste est sur la glace, ne se sent plus rejoint par les politiques sociales-démocrates du parti.

On peut évidemment se questionner sur la crédibilité de cette « nouvelle » de La Presse, quand on connaît le penchant fédéraliste de ce journal, de même que sur la crédibilité des auteurs de cette « dénonciation », dont fait partie Richard Délisle, qui a été candidat pour la Canadian Alliance (ex-Reform Party) en 2000 (ça dit tout).

Ceci dit, il faut quand même prendre le temps de réfuter l’argument selon lequel la prétendue proximité du Bloc vis-à-vis des syndicats serait un problème.

En effet, ils ne sont que quatre au Bloc à venir de la CSN. Mais oublie-t-on qu’ils sont des dizaines du Parti Conservateur à venir du milieu des affaires ou de professions libérales? Entre un parti qui est relié aux syndicats, des organisations démocratiques qui défendent les intérêts de la classe moyenne (puisque celle-ci est majoritairement syndiquée), et un autre qui s’acoquine à des intérêts privés sur lesquels les citoyens n’ont pas le moindre contrôle, je préfère – et de loin! – la première option.

La vérité, c’est que sans échéancier référendaire, même à long terme, la droite n’a plus envie de se boucher le nez et de rester au Bloc, avec tous ses députés et militants intéressés par des choses aussi inutiles (à ses yeux) que la redistribution de la richesse. Elle entend faire valoir ses opinions et préfère s’acoquiner avec le gouvernement Harper, « gérant de la franchise du Parti républicain » selon l’analyse très imagée mais tout à fait réelle de Denis Coderre.

C’est Pauline Marois qui est la source de tous ces problèmes. Si elle n’avait pas relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, on n’en serait pas là aujourd’hui. Le Bloc n’aurait pas à choisir entre la droite et la gauche et il pourrait continuer d’être la coalition arc-en-ciel qu’il était à l’origine. Les indépendantistes pourraient mettre de côté leurs différences et se coordonner dans le but de réaliser le projet inachevé.

La sortie publique de ces vieux épouvantails ne doit surtout pas nous faire oublier la cause réelle de l’actuelle apathie bloquiste.


Bonne journée à tous. Je serai de retour demain, mercredi, ou jeudi. J’ai écrit ce petit ajout ce matin car j’ai eu beaucoup de temps pour penser cette nuit. Imaginez-vous que la Ville de Montréal a eu la merveilleuse (que dis-je, splendide, grandiose!) idée de faire des tests de sirène d’urgence de 4h30 à 6h30 (!) ce matin. Juste pour vous donner une idée, fallait élever légèrement la voix à l’intérieur de l’appartement pour bien se comprendre… Y a des coups de pied au cul qui se perdent des fois. Ils ne peuvent pas avertir les gens, ou bien tester leurs machins le jour? Non, la nuit, quand tout le monde a chaud et a les fenêtres ouvertes et qu’on a rangé le climatiseur (qui aurait pu couvrir l’affreuse sirène). (*Soupir*)

Le bout du chemin pour le Bloc?
11 septembre 2008

Des lettres ouvertes, La Presse en reçoit des dizaines de milliers par année. Elles finissent, pour la plupart, à la fin du premier cahier, sous la section « Opinions », et si on gratifie les personnalités plus connues d’une photo et d’une demi-page, les autres n’ont droit qu’à un petit espace plus que limité où on y encastre leurs idées, n’hésitant pas à couper leurs textes s’ils ne s’y insèrent pas parfaitement.

Dans le cas de Jacques Brassard, cependant, on a mis sa lettre ouverte en première page du journal. À mon avis, il s’agit simplement d’une tentative de manipulation de l’opinion publique de la part de La Presse et d’une énième attaque camouflée contre le Bloc Québécois, la seule alternative sérieuse au Parti Conservateur au Québec.

Ceci dit, le débat est lancé, qu’on le veuille ou non. Et je suis d’accord avec le plupart des analystes et blogueurs qui qualifient l’analyse de Brassard de faible, voire simpliste, et qui dénoncent les idées très à droite de l’ex-ministre péquiste.

Chantal Hébert souligne l’extrême simplicité de son analyse:

La comparaison avec le NPD est simpliste. L’idée d’une déviation à tout crin vers la gauche ne résiste pas à l’analyse du travail du Bloc aux Communes.

La tête à Papineau publie deux textes que M. Brassard a déjà envoyés au journal Le Quotidien plus tôt cette année, où l’ancien homme politique qualifie les changements climatiques d’insignifiants et encense George Bush tout en affirmant que John McCain sera le meilleur pour lui succéder.

Le Lendemain de Brosse a écrit un texte particulièrement corrosif pour dénoncer le « torchon » de Brassard:

Il va sans dire que Brassard a une admiration sans borne pour les États-Unis, ce pays qui a réussi à créer 7 millions de nouveaux pauvres durant le règne de Bush, une ancienne superpuissance économique qui est maintenant l’ombre d’elle-même, un royaume devenu une cabane, où la pauvreté monte en flèche et la dégénération des services sociaux menace véritablement le fameux rêve américain. Et dire le contraire ferait de vous le porte-étendard de la gau-gauche à go-go, selon les Jacques Brassard de ce monde.

Même si le texte de Jacques Brassard est grosso modo un ramassis de préjugés et de pré-réchauffé semblant sortir tout droit du passé et dont un enfant de dix ans n’aurait pas la moindre difficulté à relever les incohérences, il y a un point sur lequel l’ex-ministre ne se trompe pas: le Bloc Québécois est effectivement désemparé d’avoir perdu ses chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal.

En fait, et si vous me permettez de mettre de côté le vieil épouvantail Brassard, je crois que le Bloc est plus que désemparé: il s’en va nulle part. Et j’irais même plus loin: à mon avis, si la tendance se maintient, se sera la dernière élection du Bloc Québécois en tant que parti réellement majeur au Canada et en tant que super-puissance du Québec. C’est le bout du chemin qui s’annonce.

En effet, et comme je l’écrivais à propos du PQ il y a quelque temps déjà, le Bloc Québécois (tout comme son grand frère de Québec) est une coalition arc-en-ciel intégrant en son sein des gens aux opinions politiques extrêmement diverses et qui se situent en différents endroits sur le continuum gauche-droite et dont le seul ciment est l’option souverainiste. Un peu comme lorsqu’en période d’extrême-sécheresse la gazelle et le lion partagent un même plan d’eau, la seule condition empêchant aux gauchistes et aux droitistes de se livrer une lutte à mort est la perspective d’un idéal plus grand à atteindre: l’indépendance du Québec.

Voici ce que j’écrivais en mai 2007, à propos du Parti Québécois:

Si la raison d’être du parti est l’indépendance du Québec, il doit recréer cette coalition et décider que la prochaine élection est une élection référendaire. Pas de place pour un programme de gauche ou de droite risquant de semer la division: on promet que si on est élu on déclare l’indépendance et relance des élections dans le pays du Québec. Le PQ se saborde dès la souveraineté réalisée et on recrée des partis en fonction de nos allégeances de gauche ou de droite, comme en France.

Il y a exactement une semaine, j’écrivais que le rejet de l’option souverainiste par Pauline Marois équivaut à un sabordage du Bloc:

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Voilà. C’est exactement ce qui est en train de se produire: un souverainiste comme Brassard ne voit plus l’intérêt de voter pour le Bloc et préfère voter Conservateur.

Mais que se produirait-il si le Bloc effectuait un virage plus à droite? Car il faut l’avouer, si le parti est encore de centre-droit au niveau économique, il est résolument de centre-gauche sur de nombreuses autres questions, surtout morales. Le Bloc Québécois a pris un pari qui a fonctionné pendant quelques années: avoir un programme légèrement plus à gauche pour séduire l’électorat urbain tout en prenant pour acquis que les régions allaient toujours voter Bloc. À quelque part, on peut comprendre les régions de s’être senties délaissées. Mais le Bloc avait-il le choix?

Si le parti avait fait le pari inverse, c’est-à-dire s’il avait orienté ses politiques davantage vers la droite, notamment en appuyant la guerre en Irak, en s’opposant au registre des armes à feu et en n’appuyant pas Kyoto (le genre de mesures qu’aurait affectionné M. Brassard), il aurait perdu tous ses appuis dans la région de Montréal sans en conquérir de nouveaux en région. Bref, la situation n’aurait pas été meilleure.

Dans les faits, le Bloc est dans une situation impossible. Depuis que Marois a définitivement tué le projet indépendantiste, il n’y a plus rien qui puisse unir ce parti. Rien qui puisse justifier de voir le lion et la gazelle boire la même eau. La sécheresse est terminée; c’est le retour de la loi de la jungle. Le retour d’autres enjeux, ceux, éternels, de la lutte entre la gauche et la droite.

Dans ces conditions, je ne vois pas comment le Bloc Québécois pourra justifier sa présence au cours des prochaines années. Certes, il pourra défendre le « consensus québécois », mais malheureusement ce consensus n’existe que rarement. La plupart du temps, il y a de profondes divergences entre la région de Montréal, plus ouverte et sensible aux problèmes sociaux, et des régions aux idées plus conservatrices. Sans le parapluie protecteur du projet souverainiste, c’est la douche froide pour le Bloc Québécois, écartelé qu’il est entre son aile-gauche et son aile-droite.

À terme, la carte électorale risque de changer en profondeur. Le NPD pourrait établir de nouvelles places fortes à Montréal et le Parti Conservateur à Québec. Et le Bloc? Sans projet indépendantiste en vue, la seule question est de se demander s’il choisira une mort lente ou rapide.

Et s’il choisit de se battre? Alors il devra convaincre les péquistes de se débarrasser de Pauline Marois et de la remplacer par un vrai leader remettant le projet indépendantiste sur les rails.

Qui veut le pouvoir?
1 septembre 2008

Généralement, dans un pays démocratique, le but des partis politiques d’opposition est d’atteindre le pouvoir. Ils doivent dénoncer les erreurs gouvernementales, le manque de vision du parti au pouvoir et essayer de convaincre qu’ils sont davantage en mesure d’effectuer le travail. Tout ça, en théorie, bien sûr.

Or, il semble que personne ne veuille du pouvoir au Canada. Pendant que le Parti Conservateur, pourtant minoritaire, navigue sans cap et sans la moindre orientation claire sur l’océan d’une période pourtant trouble, se permettant même au passage de couper les fonds aux artistes sans la moindre raison, on a l’impression que les trois autres partis ne veulent rien savoir du pouvoir.

Le Bloc Québécois a peur de reculer dans les régions au Québec, le Nouveau Parti Démocratique doit gagner le vote de l’aile-gauche de Libéraux plus occupés à clamer haut et fort l’amour de leur chef qu’à proposer un programme intelligible à la population, et ces mêmes Libéraux vivent dans la terreur de voir Stéphane Dion se faire écraser en campagne électorale. Bref, on a un gouvernement qui ne fait rien et une opposition, divisée, résolue à attendre.

Ci-bien qu’on se retrouve dans la situation loufoque actuelle, où le premier ministre devra lui-même violer propre sa loi pour déclencher des élections. Et le plus drôle dans toute cette saga, c’est que M. Harper tente de justifier sa contradiction en affirmant que l’opposition aurait cherché à le défaire plus tard, avant le terme de son mandat en octobre 2009. Faut vraiment prendre les gens pour des crétins. Comme le souligne L’Esprit Vagabond:

Bref, tu veux déclencher des élections, mets tes culottes, déclenche-les et pointe pas un autre du doigt pour justifier ta décision!

On aime ça au Canada se blâmer les uns et les autres à savoir qui portera l’odieux du déclenchement d’une campagne électorale. Comme si celle-ci était inutile, voire nuisible, et que celui qui en est responsable devait être traité comme s’il avait amené la peste bubonique au village. Pourtant, cette élection serait la chance de réaffirmer nos valeurs et de voter pour un parti différent, proposant un futur plus à notre image.

Quand un gouvernement méprise autant la population que le Parti Conservateur, on devrait s’attendre à constater une rapide progression et de grandes envolées lyriques de la part de l’opposition. Son silence ne fait que démontrer la force d’une mouvance conservatrice satisfaite d’elle-même jusqu’à l’excès et n’ayant même pas besoin d’avoir de programme électoral pour espérer gagner, jouant plutôt sur les sentiments anti-intellectuels d’une partie de la population comme d’autres l’ont déjà fait auparavant.

Quand on n’a rien à offrir et aucun plan, il suffit alors de se laisser porter par les flots et de jouer les petits bénis-oui-oui face à nos voisins du sud. Et le plus triste dans tout cela, c’est que ce sont peut-être eux qui ont raison: le plus stable et le « meilleur » des gouvernements coloniaux n’est-il pas celui qui se contente de suivre les ordres de la métropole?

Voilà peut-être qui explique pourquoi personne ne semble vouloir du pouvoir. Peut-être parce qu’il n’existe plus. Ou presque.