La Presse en guerre contre les étudiants
1 mai 2012

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

La fin des journaux?
3 avril 2009

Faut-il tuer les journaux? Ces temps-ci, on dirait que tout le monde a quelque chose à dire sur la question. Si à terme l’existence des journaux traditionnels semble menacée, je ne crois pas pour autant que la méthode journalistique leur ayant permis de prospérer disparaîtra. Le gigantesque édifice avec ses centaines de prolétaires de la prose et son imprimerie rejoindront le musée, mais l’organisation elle-même se transformera. Ou disparaîtra.

La crise actuelle est profonde. Le Pew Research Center américain indiquait l’an dernier que la proportion de citoyens ayant lu un journal la veille était passée de 49% en 1994 à 40% en 2006. Pire, seulement 29% des 18-29 ans l’avait fait, contre 47% pour les 50-64 ans et 58% pour les plus de 65 ans. En clair, la génération montante ne lit pas le journal.

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Source de l’image

Traditionnellement, les journaux disposaient de plusieurs avantages:

  • La crédibilité offerte par la pérennité de l’institution;
  • Des journalistes compétents adhérant à un ordre et à des pratiques établies;
  • Un accès à des bases de données journalistiques;
  • La capacité de rejoindre les gens directement dans leur foyer;
  • Un format pratique, qui peut être lu n’importe où.

Ce sont là des avantages indéniables, mais font-ils le poids face à la révolution internet?

La crédibilité

Antoine Robitaille a raison de souligner le manque de crédibilité d’une large partie de la blogosphère. Certains animent même de véritables dépotoirs virtuels où la calomnie et la manipulation consciente sont la règle.

Par contre, un changement est en train de s’opérer. L’euphorie du début des blogues semble terminée et on peut établir une carte de blogues crédibles et qui offrent du contenu de qualité. Aux États-Unis, déjà, de nombreux blogueurs sont devenus des références au même titre que des journalistes établis. Le même phénomène semble en train de se produire au Québec également, notamment avec des individus comme Michelle Blanc, dont le blogue fait figure d’autorité quant aux nouvelles technologies.

En fait, la clef de la crédibilité des blogues tient à la spécificité des niches choisies. Contrairement au journal traditionnel dont le nom garantie la crédibilité de tous ceux qui y travaillent, le blogueur bâtit sa propre crédibilité dans secteur spécifique, et cela prend du temps.

Pour le moment, les journaux traditionnels ont encore l’avantage dans ce domaine, mais pour combien de temps?

Des journalistes compétents adhérant à un ordre et à des pratiques établies

De nombreux blogueurs n’appliquent pas toujours la démarche journalistique requise pour construire le sens nécessaire à une nouvelle. Au téléphone ce matin, Antoine Robitaille me rappelait un épisode où il a été informé par Olivier Niquet du plagiat d’une personnalité connue. Suite au travail de vérification journalistique et de mise en contexte effectuée par le journaliste du Devoir, M. Niquet avait affirmé que le Devoir avait repris sa nouvelle. Dans les faits, M. Niquet n’avait jamais eu de nouvelle en tant que tel, car le travail du journaliste ne consiste pas à simplement relater un fait non-vérifié à l’état brut, mais plutôt de vérifier sa véracité et d’organiser ce fait autour d’une pensée structurée afin de créer une plus-value autour de la nouvelle elle-même.

Ce problème rejoint également celui de la crédibilité. Si je marche dans la rue et entend (sans voir) un accident se produire derrière moi et que je demande à une des deux personnes impliquées qui en a été responsable, ai-je fait un travail journalistique suffisant? « C’est elle la folle, elle a pas fait son stop! » Si je rentre chez moi et présente un super-scoop sur mon blogue en mettant en vedette la « folle » qui n’a pas fait son arrêt obligatoire, suis un bon journaliste? Et si je me contente de relayer les faits sans en dégager le sens profond (dangerosité d’une intersection, nécessité de voitures plus sécuritaires, etc.), suis-je un bon journaliste ou un simple rapporteur de nouvelle?

Les pratiques et le code journalistiques existent pour une raison bien simple: assurer la crédibilité de la profession en général. De nombreux blogueurs se contentent de rapporter la nouvelle sans polir ce diamant brut. Comme je l’écrivais dans un texte précédent:

Ce n’est pas parce qu’on peut sortir quelques accords d’une vieille guitare qu’on est prêt à aller faire un concert. De la même manière, ce n’est pas parce que quelqu’un commence à appliquer les techniques journalistiques qu’il peut se considérer d’égal à égal avec des journalistes et croire que ce qu’il donne comme valeur – sa pierre légèrement polie – vaut celle d’un autre.

À ce titre, de nombreux blogueurs ou journalistes en ligne ont adopté des pratiques se rapprochant de celles des journalistes établis et travaillant pour les journaux traditionnels. Ils sont une minorité, mais une minorité en constante progression. Et ceux-ci ont souvent une crédibilité presque aussi bonne que les meilleurs journalistes traditionnels.

Un accès à des bases de données journalistiques

Les bases de données journalistiques sont essentielles pour tout journaliste. Vous entrez un mot-clef, dans Eureka par exemple, et vous obtenez immédiatement tout article sur le sujet écrit dans à peu près tous les médias.

Pourtant, avec le temps, les recherches simples sur des moteurs de recherche comme Google s’améliorent et la quantité d’articles en ligne progresse régulièrement. Conséquence? La valeur-ajoutée de la base de données journalistiques tend à diminuer, plaçant peu à peu sur un quasi-pied d’égalité journalistes institutionnels et journalistes sur le web.

Si le premier possède encore un léger avantage, quiconque ayant un minimum de motivation peut arriver à se débrouiller sans ces bases de données. De toute façon, si les journaux en format papier n’existent plus, ces bases de données auront perdu leur utilité.

La capacité de rejoindre les gens directement dans leur foyer

Traditionnellement, le rituel matinal ressemblait à ceci: lever, toilette, et on allait chercher le journal sur le pas de la porte. Si, si, parole d’un camelot qui a livré les journaux pendant six ans! Rares étaient mes clients qui venaient chercher leur journal sans avoir l’oreiller encore imprimé dans le visage.

Aujourd’hui, êtes-vous comme moi? La première chose que je fais au réveil, c’est d’ouvrir mon ordinateur. Le voici, mon contact avec le monde. Évidemment, je ne peux pas encore facilement manger devant mon journal en ligne, mais ce n’est qu’une question de temps…

Un format pratique, qui peut être lu n’importe où

Voici le seul argument de vente réellement concret pour les journaux traditionnels. On les imagine presque nous dire: « Ah, ah! Vous pouvez nous déchirer, nous barbouiller, nous amener aux chiottes, mais pourriez-vous faire la même chose avec votre écran d’ordinateur? » En fait, oui. Presque.

Le Kindle 2 permet déjà de lire des livres ou des journaux. À peine plus épais qu’un gros carton, il peut être amené partout.

Bien sûr, on est loin ici du grand journal ouvert sur la table le matin. Mais qui aurait pu prédire il y a dix ans que j’écrirais sur un écran plat de 22 pouces? La technologie existe, et ce n’est qu’une question de temps avant que différents formats soient offerts et permettent aux lecteurs de ne plus avoir besoin du journal en format papier.

On objectera que plusieurs avaient prédit la disparition du livre avec Internet, mais l’exemple ne tient pas. Un livre se lit du début à la fin. Aurait-on idée de sauter une vingtaine de pages d’un roman de Patrick Sénécal ou Stephen King? Le journalisme, au contraire, est un style permettant la captation rapide du sens d’un texte et il invite le lecteur à le survoler, voire à ne lire qu’une partie du texte. Bernard Poulet, l’auteur de La fin des journaux (Gallimard) écrit : « Un texte n’a plus un début, un milieu et une fin, mais représente un ensemble de morceaux autonomes. On télécharge la page, le paragraphe ou la phrase qui nous est utile. » ((Le Soleil, Livres, dimanche, 29 mars 2009, p. 39, Les journaux au musée!, Fessou, Didier, La place des journaux est-elle au musée?))

On peut très bien imaginer des textes disponibles sur un outil comme Kindle 2 et offrant des hyperliens vers d’autres textes au contenu semblable.

Qui paiera les journalistes?

La question qui tue. Si tout le monde télécharge gratuitement son information et la lit sur un Kindle 2 (ou autre outil semblable), qui paiera les journalistes? La question est cruciale: si on affirme que le travail de polissage du journaliste, qui consiste à rendre intelligible et à donner un sens à une nouvelle, est essentiel, qui paiera son salaire? Mario Asselin pose la question et se base sur les calculs de Jeff Mignon, qui affirme qu’ il serait difficile de payer les journalistes selon le présent modèle publicitaire.

À mon avis la réponse est la même qu’elle a toujours été: par la publicité et l’abonnement.

La publicité

Le calcul de Jeff Mignon ne fonctionne pas. Il prend le problème dans le mauvais sens. Il tente d’appliquer un modèle de publicité actuel qui rapporte peu à une entreprise qui doit entretenir une lourde charge physique (gros immeuble, les presses, etc.).

Quand on affirme que les revenus publicitaires dans les journaux traditionnels ont baissé de plus de 23% en deux ans, signifie-t-on que cet argent a simplement disparu? Non. Même avec la crise, une large partie de ces ressources ont simplement été réaffectées ailleurs, notamment en ligne.

Concrètement, au fur et à mesure que le lectorat des journaux traditionnels diminue, la compétition entre les publicitaires pour annoncer en ligne augmente, contribuant à oser les revenus pour ceux qui écrivent en ligne.

Les journaux traditionnels opposent néanmoins l’argument suivant: le nombre de lecteurs en ligne de tel ou tel site internet est toujours moindre que les leurs. Vrai. Mais ils sont également plus ciblés.

En fait, quand vous ouvrez un journal, vous voyez des tonnes de publicités qui ne vous intéresse pas. Spectacles, voitures, ameublement… Est-ce que ces choses vous intéressent vraiment? En ligne, la publicité est ciblée. Sur un site qui se consacre aux troubles paniques, par exemple, on y voit de la publicité sur les troubles paniques. Au hasard, visitez le site Symptoms of panic attacks: voyez-vous des annonces de spectacles, voitures ou ameublement? Non. La publicité est extrêmement ciblée, et cela s’avère très profitable pour les annonceurs. Au fur et à mesure que les journaux en format papier disparaîtront, les publicitaires se tourneront vers ce type de publicités et leur compétition entraînera le coût à la hausse, et permettra peut-être à certaines entreprises de journalisme de survivre. La majorité devra pourtant offrir du contenu payant.

L’abonnement

Hérésie! Faire payer pour ce qui se trouve en ligne gratuitement? « Es-tu fou Louis ou quoi? » Peut-être, mais ce sera le sujet d’un autre article. Pour le moment, je vous invite à réfléchir à la situation actuelle: quel est le modèle financier qui vous permet d’avoir accès à vos nouvelles sur Cyberpresse, par exemple? Croyez-vous que les publicités sur ce site permettent de payer le salaire de tous les journalistes qui y contribuent?

Évidemment, non. En grande partie, ce sont les gens qui s’abonnent à La Presse ou à un autre journal du groupe Gesca qui permettent à Cyberpresse d’exister. Enlevez ces revenus, et je ne crois pas que même les recettes publicitaires montantes permettraient de compenser cette perte.

La vérité, c’est que le contenu de qualité se paie. Actuellement, nous sommes dans une période où nous avons le meilleur des deux mondes. Un peu comme à la fin des années 1990 dans le domaine de la musique, où il était possible de tout télécharger gratuitement. Le buffet à volonté. Mais la source s’est tarie et l’industrie de la musique a réagi: le téléchargement gratuit est aujourd’hui illégal. Résultat? De nombreux sites offrent maintenant la possibilité de télécharger de la musique à la carte pour un coût ridiculement bas.

D’ici quelques années, la situation risque d’être la même dans le domaine journalistique. Tant qu’il y aura une masse critique de personnes plus âgées qui continuent à payer pour leurs journaux, il n’y aura que du contenu gratuit en ligne. Éventuellement, pourtant, il faudra également faire payer les gens pour télécharger une partie du contenu sur leur lecteur numérique. Un prix insignifiant. Juste assez pour que ce soit plus d’effort essayer de voler le contenu que de le payer. Et cette source de revenu, couplée avec la publicité, permettra à l’entreprise journalistique de survivre.

La guerre du sens

Aujourd’hui, l’information ne fonctionne plus à sens unique. Les citoyens n’ont plus envie de se laisser dicter quoi penser par les journalistes. Ils refusent le sens qu’on leur offre et internet leur permet de s’allier avec n’importe qui qui pense comme eux. À la limite, Internet permet à tous les weirdos de s’unir et de former une super-République de weirdos. Ils lisent leurs blogues de weirdos, s’informent auprès d’amis weirdos, et ils ont une vision complètement déconnecté de la réalité. Ils refusent le sens qu’on leur donne et choisissent leur propre sens.

Pour la majorité de la population, la crise de confiance vis à vis du journalisme n’atteint pas de telles disproportions. Malgré tout, comme l’explique JD Lasica, rédacteur au Online Journalism Review, « la multiplication des sources d’informations a soudainement fait prendre conscience au public que ce qu’ils lisent dans les journaux ou ce qu’ils voient à la télé ne reflète pas nécessairement leur propre réalité. » ((Le Devoir, CONVERGENCE, lundi, 11 août 2003, p. B7, Technologie, À propos du journalisme citoyen, Fondamentalement engagé, ce type de journalisme peut servir de contrepoids aux dérives qui, quelquefois, affligent l’industrie des communications, Dumais, Michel))

Ainsi, il y a deux solutions possibles:

  1. On laisse le lecteur se créer son propre sens grâce à une « information » constamment mise à jour, tel un diamant que n’aurait pas poli le journaliste. Il devient donc de la responsabilité du lecteur de créer son propre sens. Cette option est peu coûteuse car le journaliste devient quasi-inutile.
  2. On offre au lecteur une multitude de sens possibles en permettant au journaliste de polir la pierre précieuse et d’inter-connecter les nouvelles en leur donnant un sens. Le lecteur choisit son journaliste et adhère ou non au sens; il peut commenter la nouvelle ou y répliquer lui-même. Cette option est plus coûteuse et implique un travail journalistique accompli.

Actuellement, Quebecor et son Journal de Montréal semblent avoir adopté la première voie et La Presse l’autre option. Le Devoir, lui, traîne de la patte. Étant principalement lu par l’élite intellectuelle, il peut se permettre d’attendre, mais s’il attend trop il prendra bien vite le même chemin que le tape à cassette huit pistes ou le vidéocassette BETA.

Il n’y a pas des milliers de solutions. On peut soit refuser de considérer le sérieux de la situation actuelle et considérer cela comme une mode ou une situation temporaire. Ou bien on comprend la profonde mutation en cours et on agit.

Le journaliste, quoi qu’il arrive, survivra. On aura toujours besoin de sens, et celui qui parviendra à en faire le plus pour la majorité sera le plus lu. Mais il ne le sera plus sur papier, et sûrement pas dans le cadre professoral à sens unique actuel. Il trouvera sa niche, se spécialisera, et s’adressera à un public spécifique cherchant dans ses mots le sens perdu d’une société en perte de cohésion.

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…

Pendant que la droite continue sa propagande…
9 mai 2008

Pendant que la droite continue sa propagande quant aux prétendus avantages de la privatisation des soins de santé (lire: les avantages pour Power Corporation, qui est à la fois patron de Alain Dubuc et propriétaire de la compagnie Great West, une des plus importantes compagnies d’assurance dans la santé en Amérique du Nord), en Angleterre ils font face aux conséquences désastreuses des choix pris depuis quelques décennies par tous leurs gouvernements de droite (incluant celui de Tony Blair, qui a détruit l’héritage du Parti travailliste).

Voici à lire, bien loin dans un torchon de Gesca inc., le 22 février dernier.

Étude britannique sur les soins de santé

La sous-traitance au privé est un échec
par André Noël

La sous-traitance des soins de santé dans des cliniques privées a nui au réseau de santé public en Grande-Bretagne, indique une étude qui paraît aujourd’hui dans le British Medical Journal, alors que cette réforme est en train de se mettre en place au Québec.

Le réseau de la santé britannique fonctionne sur la base de National Health Services (NHS) auxquels s’apparentent, au Québec, les agences régionales de la santé et des services sociaux. En 2003, le gouvernement britannique a demandé aux NHS de sous-traiter une partie des soins dans des centres médicaux privés, une pratique qu’encourage désormais le ministère de la Santé du Québec.

En établissant un système de sous-traitance, le gouvernement britannique a indiqué qu’il visait à accroître l’offre de services des NHS et à réduire les temps d’attente pour les chirurgies électives. Ce sont exactement les mêmes objectifs que vise le ministre Philippe Couillard, avec la création de centres médicaux associés.

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« Cette politique de détourner les ressources limitées des NHS vers le secteur indépendant des centres de soins provoque la fragmentation et l’instabilité. Les lits et les services des NHS sont fermés pour que s’épanouisse le secteur privé lucratif. Malgré les assurances données par le secrétaire (ministre) de la Santé, Alan Johnson, la preuve disponible montre que le secteur privé fait des profits au détriment des patients, du public et des NHS. »

En 2006, à Londres, le comité sur la santé de la Chambre des communes a entendu des témoignages suggérant que certains centres privés offraient des soins bien en deçà des normes, ajoutent les chercheurs.

« Des organismes et des associations professionnels ont rapporté divers problèmes, comme l’utilisation de médecins formés à l’étranger et peu familiers avec les techniques chirurgicales des NHS, du laisser-aller dans la formation et la vérification, un manque de continuité des soins, et un grand nombre de litiges non résolus.

« Le Collège royal des chirurgiens d’Angleterre a fait état de preuves croissantes montrant que ces centres étaient incapables de gérer les complications, avec pour conséquence le transfert des patients dans les établissements existants des NHS. »

Les garanties initiales n’ont pas été respectées : les centres privés ont siphonné du personnel dans le réseau public, alors qu’ils n’étaient pas censés faire des embauches dans les NHS, ajoutent les auteurs. « Les définitions de pénurie de personnel ont été redéfinies pour faire en sorte que presque tout le personnel des NHS ait désormais le droit de travailler dans les centres privés. »

Les établissements publics se font parfois avoir en signant des contrats avec des centres privés, affirment les chercheurs. Ainsi, lorsque des retards ont empêché un fournisseur de services d’ouvrir un centre à temps, l’établissement public a quand même dû lui verser un million de livres (environ deux millions de dollars) pour les patients qui auraient dû y être traités pendant la durée du retard.

Source : La Presse, page A-7, 22 février 2008

Quel beau résultat. Alors que l’arrière-garde droitiste répète ad nauseam que le privé est la solution à tous les maux, on constate dans la RÉALITÉ que les arguments de ceux qui s’y opposent sont les meilleurs. Comme prévu, le personnel du public a été siphonné vers le privé. Comme prévu, il y a eu du laisser-aller dans la formation et la vérification (le but est de faire du profit, pas de former ou de vérifier, après tout). Comme prévu, le secteur privé fait des profits au détriment des patients et des contribuables. Et comme privé, la qualité des soins offerts dans le privé est inférieure à celle dans le public.

Et c’est cette pilule-là qu’on veut nous faire avaler de force?

NON MERCI!

L’idéologie d’Alain Dubuc
5 novembre 2007

On ne risque plus de choquer grand monde en affirmant qu’Alain Dubuc est un piètre éditorialiste dont l’oeuvre se rapproche davantage de celle d’un propagandiste de la droite qu’autre chose. Je ne le lis plus qu’un oeil, le sourire en coin, le plus souvent pour rigoler. Mais rendons à César ce qui lui appartient: le chien-chien de Power Corporation a du talent.

Dans son dernier torchon, Dubuc laisse entendre que le PQ serait un parti de droite parce que la gauche et la droite ne seraient soudainement plus ce qu’ils étaient. Rien de moins.

« Dans les sociétés industrialisées, la ligne de partage repose de moins en moins sur l’opposition entre l’économique et le social. Ce qui distingue maintenant la gauche de la droite, c’est bien davantage le traitement des minorités, l’accueil des immigrants et l’exclusion. »

Dubuc est un apôtre de la fin des idéologies. Selon lui, l’idéologie n’existe plus que chez les autres, et elle aurait été remplacée par le « gros bon sens ». C’est un phénomène assez connu que les idéologies au pouvoir ont tendance à justifier leur place au soleil en se réclamant du bien commun et en affirmant que rien d’autre ne saurait exister en-dehors d’eux. Mais c’est faux. Dubuc a une idéologie, et son idéologie est le libéralisme économique à outrance, et cette idéologie est tout à fait de droite.

En cherchant à réduire le débat gauche-droite à de simples trivialités sur l’immigration et le traitement des minorités, Dubuc chercher à discréditer les politiques sociales qui pourraient émaner du PQ et à semer la zizanie au sein du parti, espérant qu’en lançant des roches à l’aile-gauche celle-ci réagira en critiquant le soi-disant virage à droite du PQ.

Oui, on a le droit d’affirmer que le PQ est un parti de droite. On peut parler de la désassurance des frais dentaires en 1982, du déficit zéro, etc. Ce ne sont pas là des mesures du « gros bon sens », mais un choix idéologique ayant toute une trainée de conséquences. Le virage à droite du PQ, s’il a eu lieu, n’est pas le moindrement relié aux minorités ou à l’exclusion au sens où l’entend Dubuc.

Et puis, si on en parlait d’exclusion? Si on parlait de ces personnes aujourd’hui à la bouche hideuse, qui n’ont pas été chez le dentiste depuis 1982 car elles n’en ont pas le moyens? Et si on parlait des jeunes qui ne poursuivent pas leurs études à cause des frais de scolarité trop élevés? Et si on parlait de jeunes immigrés qui doivent vivre dans la criminalité car un travail au salaire minimum n’arrive pas à leur permettre de vivre décemment? Et si on parlait de l’exclusion de la droite, de la vraie droite, de celle dont Dubuc fait la promotion à tous les jours dans ses torchons mais dont il n’ose à peine se réclamer?

Au fond, le vrai danger n’est pas que Dubuc arrive à convaincre quiconque ayant un minimum de culture politique. Il est trop évident que ce qu’il avance est faux et que son seul désir est de nuire au PQ. Non, le seul danger est qu’à force de répéter ses mensonges, il arrive à convaincre ceux qui ne s’y intéressent que d’un oeil. L’autre, celui que je tiens fermé.

« Un mensonge répété mille fois reste mensonge, un mensonge répété un million de fois devient vérité. »
-Joseph Goebbels

Et la question à mille dollars: pourquoi les journaux de Gesca lui permettent-ils de mentir aux Québécois jour après jour après jour après jours?

La majorité a raison (André Pratte n’aime pas la démocratie)
29 octobre 2007

J’aurais voulu en parler plus tôt, mais j’ai beaucoup travaillé en fin de semaine, ayant notamment passé mon samedi soir à servir des immigrants incapables de dire « bonjour », « merci », ou de dire n’importe quel mot de français même après des années ici. Avez-vous lu le dernier torchon de André Pratte? Voici quelques extraits de sa dernière merde, intitulée « La majorité a tort ».

Même si on leur posait des questions plus directes, les Québécois francophones se montreraient peut-être favorables au projet de loi de Mme Marois. Cela ne donnerait pas davantage raison à la leader péquiste. On parle ici des droits des minorités. C’est justement pour protéger les minorités de la «dictature de la majorité» qu’existent les chartes des droits.

On ne prive pas une minorité de ses droits pour satisfaire les fantasmes de militants déçus, ni même pour calmer la paranoïa de la majorité.

Ok, dans le désordre, démêlons cette désinformation.

Premièrement, M. Pratte invalide l’argument selon lequel la majorité aurait bien choisi en laissant sous-entendre que les questions du sondage, démontrant que la majorité des Québécois appuient le projet du PQ, auraient été imprécises, induisant ainsi la population en erreur. Mais c’est ce même André Pratte qui, à d’autres moments, va se servir de sondages pour faire valoir les intérêts du privé, de baisses d’impôts ou autres mesures néolibérales. Comme quoi on dit bien ce qu’on veut dire…

Ensuite, en mettant l’accent sur la « protection des minorités », c’est la démocratique que M. Pratte invalide. Une charte défendant les minorités contre des exagérations de la majorité, personne n’est contre. Mais de faire passer un test de français aux immigrants n’est pas tout à fait de la torture. Bref, sous prétexte de défendre la charte, M. Pratte démontre son peu de respect pour la démocratie qui est, qu’on le veuille ou non, une dictature de la majorité. Ce n’est peut-être pas le meilleur système, mais c’est de loin le moins pire.

Finalement, les immigrants n’ont pas à avoir le « droit » de venir ici, de parasiter notre mode de vie et de lever le nez sur nos valeurs, d’engorger nos tribubaux avec leurs demandes d’accomodements et de cracher sur notre langue. Immigrer au Québec est un privilège, et non un droit. Il n’est pas question de soulager la paranoïa de la majorité, comme l’affirme le bouffon de Gesca inc. (Power Corporation), mais bien d’inciter positivement les immigrants à s’intégrer, en leur imposant d’apprendre le français et de mieux connaître nos valeurs.

Peut-être que si André Pratte sortait de son VUS ou de sa grosse baraque pour venir faire un tour rue Décarie à Ville Saint-Laurent, il aurait une autre vision des choses. Parce que ce que moi j’y vois – et ce n’est pas le seul endroit à Montréal – est une majorité d’immigrants qui ne veulent rien savoir d’apprendre le français, et une majorité de Québécois trop lâches pour leur imposer notre langue et nos valeurs.

Le fait que Gesca et Power Corporation mobilisent ainsi tous leurs laquais pour détruire le projet du Parti Québécois ne fait que démontrer à quel point ce projet est non seulement utile, mais indispensable.

J’ai toujours été très critique du Parti Québécois, mais s’il place ce projet au coeur de son programme électoral lors des prochaines élections, il ne fait plus de doute dans mon esprit qu’il aura mon vote (en autant qu’il n’adopte pas trop de politiques néolibérales en contre-partie).

Parce que la majorité a raison de s’inquiéter pour sa langue et sa culture. Met ça dans ta pipe, André Pratte.

Les raccourcis de Lagacé
24 octobre 2007

Patrick Lagacé remet ça ce matin:

Tiens, tiens, Bernard Landry égratigne le projet de loi de Pauline Marois sur la citoyenneté à deux vitesses.

Alors je me demande, là, comme ça, tout bouleversé, pensif, quelques trucs…

Bernard Landry est-il un colonisé ?

Bernard Landry est-il une marionnette à la solde des intérêts fédéralistes ?

Bernard Landry couche-t-il avec André Pratte ?

Ce que Lagacé ne dit pas, c’est que la principale critique de Landry concerne surtout les Canadiens hors-Québec qui viennent s’établir au Québec. Bref, il veut simplement modifier le projet de loi pour inclure ceux-ci. C’est tout.

On est loin, très loin d’une remise en question totale du projet.

De toute façon, je me demande ce que Lagacé pourrait y trouver de constructif de toute façon. Je lui ai écrit pour lui demander pourquoi il s’acharnait sur un projet aussi important pour l’identité québécoise, peut-être plus important encore que la loi 101, et il m’a répondu que « c’est un projet de merde ».

Et bien, peut-être devrions-nous échanger de travail pour une journée. Moi j’enverrai des tas de billets rapides et faciles toute la journée sur Cyberpresse, et lui ira travailler à Ville Saint-Laurent avec 50% des gens qui ne parlent pas français, même après des années ici. Peut-être que ça lui montrera l’urgence de la situation. Peut-être que d’être une minorité dans son propre pays, comme je le suis, lui ouvrira les yeux sur l’urgence de la situation.

Lagacé m’a répondu que la fin ne justifie pas les moyens. Et je lui ai répondu qu’on ne torturera pas ces gens, on va juste leur faire passer un test pour vérifier leurs connaissances et leur désir d’intégration à la communauté!

Je ne me souviens plus qui a dit qu’on va toujours trop loin pour ceux qui ne font nulle part. Et bien, pendant que Lagacé fait du sur-place et calomnie un projet hyper-motivant et intégrateur pour la culture québécoise, permettant d’espérer une meilleure compréhension de notre culture de la part des immigrants, le reste du Québec continue d’avancer.

Et plus nous distancerons des Lagacé, Pratte, Roy ou Dubuc (ou d’autres chroniqueurs de Gesca inc.), plus ceux-ci tenteront d’utiliser des raccourcis pour nous rejoindre. Mais ça ne marchera pas; ils sont déjà trop loin derrière.

Colonialisme, P.Q.
15 octobre 2007

Ça avait commencé avec un billet tout à fait pathétique de Patrick Lagacé, où il s’en prenait à l’anglais de Pauline Marois. C’est à se demander si Lagacé a signé un contrat lui demandant d’appuyer la ligne éditoriale de Gesca inc. (Power Corporation) dans tous ses billets, lui qui ce matin se permet de citer l’idiot congénital Alain Dubuc, valeureux dinosaure de la vieille droite du 19e siècle. Mais peu importe, les critiques ont porté: Pauline Marois va suivre des cours d’anglais.

Tout de mêne particulier, ne trouvez-vous pas, qu’au même moment où un gouvernement libéral fait la promotion par une vaste campagne de publicités radiophoniques du fait que « parler français au travail, c’est se respecter », au même moment la cheffe du Parti Québécois fait dans l’à-plat-ventrisme en se colonisant dans la langue étrangère.

Oh, évidemment, les choses seraient différentes si le PQ était un parti pancanadien, mais puisque le Parti Québécois croit dans un Québec francophone, où le français est la seule langue des affaires publiques, comment ne pas trouver ridicule le fait que Marois cherche à apprendre l’anglais pour faire plaisir aux minables journalistes de la Gazette ou du Globe and Mail?

Dans la vie, il y a ceux qui se respectent et ceux qui se laissent piler dessus. Et si le projet indépendantiste est une façon de se faire respecter, comment en faire la promotion si celle qui doit en être le porte-parole se laisse écraser dans un coin et se laisse coloniser en english?

Le message lancé aux francophones est le suivant: apprenez l’anglais, c’est la seule langue digne d’intérêt. Et aux anglophones, le message est celui-ci: vous pouvez baragouiner un français incompréhensible et on s’en fout, tant que vous parlez anglais! Et les petites vieilles tabarnacs de l’ouest de l’île vont continuer à m’aborder en me disant « in english please » et moi je vais continuer de leur répondre en français parce que moi je suis fier d’être Québécois et je ne laisserai pas Montréal devenir une ville anglophone.

Car la vraie lutte pour le français, c’est une affaire personnelle. Chaque Québécois doit être assez fier pour refuser de travailler en anglais, de parler en anglais sur le territoire du Québec ou de s’écraser devant l’envahisseur linguistique en cherchant à lui plaire dans sa langue quand l’autre se fout éperdument de la majorité.

Et malheureusement, dans cette lutte individuelle pour la survie du français, la cheffe des troupes souverainistes vient de lancer un signal clair à la population: on s’en fout du français! Après la remise au rancart du projet souverainiste, voici la promotion de l’anglais dans la sphère publique. Prochaine étape pour Pauline Marois? Peut-être une profession de foi fédéraliste, qui sait…

Le vrai message
29 juin 2007

Avec l’arrivée de Pauline Marois à la tête du Parti québécois, les trois principales formations politiques du Québec s’entendent sur la nécessité de créer de la richesse. Le mot «richesse» n’est donc plus tabou, en grande partie grâce au livre Éloge de la richesse publié l’an dernier par notre collègue Alain Dubuc.

C’est par ce paragraphe qu’André Pratte commence son dernier éditorial; à ses yeux il faudrait suivre les idées de la droite sarkozienne consistant à privilégier le travail sans tenir compte des conditions de vie des gens; bref de transformer la société en une société de workaholics. Venant du propagandiste habituel de La Presse, un tel discours rétrograde est peu surprenant.

Cependant, ce qui est un peu choquant, c’est cette prétention selon laquelle l’intrusion du discours de droite au sein de la société québécoise aurait quelque chose à voir avec le livre-torchon d’Alain Dubuc, un véritable éloge du cheap labor et de l’accumulation de la richesse pour une minorité.

Bref, d’un côté Pratte entend justifier un programme rejetant tout le concept de partage de la productivité (permettant à tout le monde de pouvoir bien vivre en travaillant moins et en ayant davantage de loisirs) et de l’autre il plug son copain du Soleil et tente de faire croire que c’est un peu à cause de lui que la société s’en va dans cette direction.

Il reconnaît donc implicitement le rôle de l’équipe d’éditorialistes de Gesca comme en étant un d’influence sur la société québécoise. Non seulement considère-t-il qu’il faut aller plus à droite mais en plus il se félicite et félicite son copain Dubuc de promouvoir la bonne nouvelle!

Heureusement, les gens ne sont pas dupes: Pratte et Dubuc sont les deux mêmes faces de la même propagande néolibérale des médias de Power Corporation. Deux éditorialistes gagnant dans les six chiffres par année et qui défendent leur niveau de vie et celui de leurs propriétaires.

C’est ça le vrai message: « je suis riche et laissez-moi le devenir davantage ». Et tant pis pour les autres! Et tant pis si les autres doivent travailler 60 heures par semaine pour joindre les deux bouts!


Je suis toujours pris dans le déménagement et je n’ai pas encore internet dans mon nouvel appartement. Je vous écris donc du travail; je serait de retour très bientôt. Merci beaucoup à Renart et à Jimmy pour leurs textes et merci à tous de continuer à visiter le blogue même s’il y a temporairement moins de textes!