Honduras: dernier coup d’État de l’administration Bush?
30 juin 2009

Que le nouveau régime issu du coup d’État au Honduras arrive ou non à s’implanter n’est pas seulement lourd de conséquences pour les Honduriens eux-mêmes. Il s’agit avant tout d’un test pour Obama et pour sa capacité à rompre avec la doctrine de son prédécesseur. Quand celui-ci refuse de reconnaître les nouveaux dirigeants auto-proclamés du petit pays d’Amérique centrale, il envoie un message clair aux autres puschistes tentés par les mêmes méthodes: le pouvoir a changé de main à Washington, prenez-en note!

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Source de l’image

En effet, pour George W. Bush, la fin justifiait les moyens. C’est bel et bien sous sa présidence que les États-Unis ont tenté de renverser Hugo Chavez, président du Vénézuela, en 2002. C’est également grâce à lui que les États-Unis ont renversé Jean-Bertrand Aristide, président élu d’Haïti en 2004. Pour l’ancien dirigeant américain, tout comme pour Reagan, qui a renversé le gouvernement de gauche sandiniste au Nicaragua quelques décennies plus tôt, tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins et mettre en place des régimes plus sympathiques aux intérêts de Washington et des transnationales qui représentent le pays.

Obama, par contre, reprend les idéaux de Clinton: démocratie, liberté, respect du droit. On ne veut plus gagner par la force, mais par les coeurs. On espère qu’en se montrant ouvert et attaché au respect de ces valeurs, les gouvernements d’Amérique latine se déradicaliseront.

Pourtant, le but est le même: empêcher les peuples de l’Amérique latine de s’organiser et de prendre le contrôle de leur destin.

Ce conflit entre ces deux visions du monde s’est cristallisé au Honduras.

À l’origine du conflit, ce n’est pas tant le désir du président Zelaya d’organiser un référendum pour avoir le droit de se représenter aux prochaines élections, mais bien la décision de ce dernier de transformer la base aérienne de Soto Cano, abritant un contingent américain de 600 militaires, en aéroport affecté au trafic commercial. Comme l’explique Thierry Meyssan, Soto Cano possède la seule piste permettant d’accueillir de gros transporteurs en Amérique Centrale et est une base d’écoute indispensable pour le commandement militaire américain affecté à l’Amérique du Sud. De plus, Soto Cano est dirigée par le colonel Richard A. Juergens, qui aurait dirigé l’enlèvement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide alors qu’il était le directeur du SOC (Special Operations Command).

Ainsi, lorsque le président Zelaya a révoqué Roméo Vasquez, son chef d’état-major qui tentait de bloquer l’organisation du référendum, celui-ci a pu trouver une oreille attentive pour ourdir ses plans. Surtout que Vasquez a été formé à la très infâme School of the Americas, un centre américain de formation de militaires sud-américains aux techniques de violence contre les civils. Vasquez y a « étudié » deux fois: en 1976 et en 1984. Le chef des forces de l’air, Gen. Luis Javier Prince Suazo, y a « étudié » en 1996. Notons que lorsque l’armée a refusé de distribuer les bulletins de vote, ceux-ci étaient stockés sur une base de l’Air Force et que c’est également à partir de cette même base que Zelaya fut déporté vers le Costa Rica après le coup d’État.

Malgré tout, avant le coup d’État, Zelaya assurait avoir le soutien des États-Unis: « Si je suis assis ici au palais présidentiel, en train de vous parler, c’est grâce aux États-Unis ». Il affirmait avoir discuté avec Washington et s’être assuré de son soutien contre quelque élément subversif que ce soit. Quelques heures plus tard, il était renversé.

Ce que cet enchaînement démontre, c’est que de nombreux militaires américains et sud-américains attachés aux méthodes de Bush n’ont pas encore pris acte du changement de cap de l’administration Obama. Le but est toujours le même (dominer l’Amérique du Sud), mais les méthodes ont changé. Selon l’administration Obama, un tel coup d’État ne peut que refroidir les relations entre les autres gouvernements progressistes du sous-continent et Washington et ainsi nuire aux efforts du président pour normaliser les relations avec le Vénézuela, entre autres. Aurait-on voulu nuire à Obama qu’on n’aurait pas agi différemment.

Lorsqu’il dénonce ce coup d’État, Obama est logique et cohérent avec lui-même. Maintenant, et au-delà des mots, aura-t-il le courage d’ordonner une action militaire pour redonner aux Honduriens leur démocratie?

Car ce n’est pas avec les mots qu’on juge un individu, mais avec ses gestes.

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Obama: Yes We Can, mais quoi au juste?
18 janvier 2009

yes-we-can-obamaJe ne suis plus capable d’entendre parler de l’investiture de Barack Obama. Nos médias rivalisent d’applaventrisme pour présenter chaque faits et gestes de l’homme – que dis-je, du demi-dieu – censé représenter le changement. Oh et quel changement, au fait? Le changement en tant que marque de commerce, « changement inc. », une formule tellement vague et creuse qu’elle peut faire vibrer tous un et chacun selon leurs propres valeurs, du protecteur de l’environnement au spéculateur en passant par le militaire et la veuve de soldat éplorée. Chacun trouve une parcelle de rêve en Obama et qu’importe si tous ces rêves sont contradictoires ou impossibles à réaliser : « Yes We can (inc.) ».

En fait, Obama n’est même plus un humain, c’est une idée. L’idée qu’un pays sur la pente descendante puisse retrouver miraculeusement un fragment de son prestige passé. L’espoir qu’une société désarticulée, fragmentée jusqu’à la moelle redevienne cohérente, que les lendemains chantent à nouveau, qu’il soit possible de laisser ses enfants jouer dehors jusqu’à 21h00, d’aller au drive-in dans une Cadillac 1957 décapotable, de s’acheter un hamburger et une frite pour 35 cents, d’organiser un bal de fin de secondaire sans qu’il soit même question d’alcool ou de drogue. Obama, c’est le rêve d’une Amérique qui a perdu son innocence et qui espère la retrouver, telle une Musulmane qui se fait recoudre l’hymen en espérant effacer les marques d’un passé jugé impur.

Sauf que le passé ne s’efface pas. On ne retrouve jamais son innocence, tout comme on ne peut oublier volontairement quoi que ce soit, à moins de vivre dans un déni proche de la schizophrénie. Que conseille-t-on à la fillette victime de viol devenue grande? De faire face à son passé. À l’enfant battu? De faire face à son passé. Grandir, devenir cohérent et adulte signifie de faire face à son passé et d’accepter ses blessures afin que s’opère une cicatrisation psychologique permettant de passer à autre chose et d’anticiper la vie telle qu’elle est, avec les ressources du présent, sans devoir constamment affronter quelque hideux fantôme dans le garde-robe de son subconscient.

Malheureusement, il semble que les Etats-Unis aient choisi une autre voie. Au lieu d’accepter les leçons du passé et de réaliser que leur pays n’est plus le « phare de la liberté dans le monde libre », dixit George W. Bush, et que d’autres modèles alternatifs prennent forme un peu partout (Vénézuela, Chine, Inde, Brésil, etc.), ils ont choisi de régresser en enfance et de se trouver un bon petit papi pour les rassurer et leur dire que rien n’est perdu et leur chanter les louanges d’un espoir aussi tangible qu’inexplicable.

Qu’importe si le pays a passé son pic de production de pétrole depuis quarante ans et est devenu dépendant du reste du monde. Yes We Can! Qu’importe si la balance commerciale déficitaire atteint de nouveaux abîmes année après années. Yes We Can! Qu’importe si la Chine peut faire s’écrouler le dollar vert demain matin si elle vend ses réserves. Yes We Can! Un slogan, un simple slogan, mais qui ne veut rien dire, tout simplement parce qu’Obama ne peut rien faire. De nombreux autres empires ont progressivement perdu leurs avantages compétitifs et se sont écroulés, parfois brutalement, parfois dans la douceur, mais la chute est irrémédiable : on ne reste pas éternellement sur le toit du monde.

Conséquemment, au lieu de berner sa population et le monde entier en proposant une image de rêve infantilisant empêchant les gens de réellement prendre conscience de l’état réel et irrémédiable de la situation d’un État en déclin, Obama devrait faire preuve d’honnêteté et envisager un rôle réduit des Etats-Unis dans le monde (au lieu de vouloir envoyer l’armée au Pakistan), une meilleure redistribution de la richesse (au lieu de baisser les impôts des plus riches, dans la lignée des politiques fiscales de Bush) et surtout, SURTOUT, crever cette bulle de vanité qui gonfle l’égo d’un peuple qui se croit élu par l’Histoire pour diriger le destin de tous les autres peuples de la Terre.

Or, si Obama avait été honnête et avait dit la vérité à son peuple, il n’aurait jamais été élu. Après huit ans du cauchemar Bush, les Etats-Unis ont choisi de se rendormir afin de rêver un peu au lieu de se réveiller et de constater que leur maison est en feu et qu’il n’est plus temps de penser à la restaurer mais bien à la quitter et de changer sa façon de vivre pour toujours.

Obama n’est pas un sauveur, mais un entertainer qui fait rêver le monde sur le soi-disant grand changement que présenterait sa couleur de peau différente à la Maison Blanche pendant qu’il applique les mêmes politiques autodestructrices que ses prédécesseurs, mais celles-ci soutenues d’un hypocrite sourire et d’une vision du monde qui ne s’est toujours pas débarrassée de l’idée nuisible selon laquelle les Etats-Unis auraient le devoir moral d’intervenir partout dans le monde au gré de leurs intérêts.

Comme si nous étions toujours dans une version disneyland des années 1950 et que rien n’avait changé depuis. En fait, oui, le président est Noir. Toujours agréable à savoir pendant que le monde s’enfonce dans les inégalités et le chaos. Vous avez peur du futur, vous perdez pied dans ce monde qui vous semble de plus en plus dangereux. Surtout, ne cherchez pas à comprendre (ce n’est pas important), prenez votre petite pilule « Yes We Can inc. » et continuez à rêver!

Car si on aime bien ça les beaux slogans rassembleurs, un peu de contenu ne ferait pas de tort.  Et tiens, pourquoi ne pas commencer par ce qui se passe en Palestine?

L’intégrité d’Amir Khadir
1 janvier 2009

Il faudrait choisir. On se plaint du désabusement des jeunes vis-à-vis de la politique, de leur manque d’implication, et on blâme souvent la langue de bois des politiciens et leur cynisme, leur incapacité à être fidèles à leurs valeurs et à réellement travailler pour le bien commun. On les accuse d’être des girouettes, de cacher leurs véritables ambitions, d’être des affairistes, des opportunistes. D’être incapables de prendre position par peur de déplaire à une partie de leur électorat. D’être mous, des quasi-larves qu’on méprise.

Pourtant, lorsqu’un d’eux sort du lot et affirme haut et fort ses positions, on cherche à le faire taire. Tel cet enseignant du très conservateur Cégep de Sainte-Foy, Gilbert Gagnon, qui a porté plainte contre Amir Khadir parce que ce dernier a lancé une chaussure contre une image de George W. Bush.

On lui reproche quoi, au fait, au nouveau député de Québec Solidaire? On réprouve sa capacité d’être un humain contre les autres, qui puisse descendre à hauteur de rue plutôt que de vivre isolé dans ses bureaux ou une cossue résidence, et qui a des émotions et peut les exprimer. On réprime sa capacité à faire ce que la majorité des Québécois rêverait pourtant de faire: lancer une chaussure contre ce Bush qui a violé à peu près toutes les lois internationales durant son sanglant mandat à la tête des États-Unis. On le condamne parce qu’il a osé faire ce que beaucoup auraient fait eux-mêmes.

Sauf que ce n’était pas politiquement correct.

Évidemment que ce n’était pas politiquement correct. Mais le politiquement correct est précisément ce qui ne fonctionne pas dans notre démocratie. Nos élus n’osent plus dire ce qu’ils pensent parce que ce n’est pas politiquement correct. Nos représentants ne nous représentent plus. Ils changent leurs idées comme leurs chemises, mentent fréquemment, camouflent leurs véritables positions. Le politique des idées, des valeurs, des enjeux a capitulé devant les politicards de la petite politique des stratégies à la petite semaine et qui consiste à ne jamais rien dire qui puisse être controversé.

Au contraire, il en faudrait des dizaines d’Amir Khadir. Des politiciens qui vivent au niveau de la rue, qui peuvent serrer des mains et regarder leurs électeurs dans le blanc des yeux en disant « je vais me battre pour cet enjeu ». Des hommes politiques dont on connaît les positions et qu’on élit non pas en fonction d’un vote stratégique ou d’un jeu de chaise musicale mais parce que leurs valeurs sont connues et nous représentent.

Des politiciens qu’on connaît et qui nous connaissent.

On peut être en désaccord avec les valeurs prônées par Amir Khadir et Québec Solidaire. Beaucoup de gens dans une région aussi conservatrice que Québec ne se sentent pas rejoints par les enjeux sociaux défendus par QS. Ils ont le droit. Cependant, en cherchant à remettre le couvercle sur la marmite des idées, Gilbert Gagnon contribue à favoriser la langue de bois et à promouvoir une façon de faire de la politique qui empêchera les idées et les valeurs que lui et sa région peuvent avoir en commun de véritablement s’exprimer au niveau politique. Bref, en réprimant un député qui sort du lot il empêchera d’autres députés de se lever et de défendre ses propres valeurs à une autre occasion. Il se tire donc dans le pied.

En démocratie, le véritable pouvoir doit aller aux électeurs. Si un député agit excessivement, les électeurs ont le pouvoir de le condamner en lui retirant leur confiance lors des prochaines élections. Ceci dit, l’inverse doit également être vrai. Si un député ne fait rien du tout, fuit les débats, refuse de prendre position, vit sa vie comme une marmotte qui a peur de son ombre, les électeurs ont non seulement le pouvoir mais l’obligation morale de lui retirer leur confiance et d’élire un député qui les représente réellement. Et si aucun des deux principaux partis n’offre de candidats réellement authentiques et qui sauront se tenir debout pour ce qu’ils croient, les électeurs ont le même devoir de refuser ce petit jeu et de voter pour un autre candidat d’un parti mineur, même si celui-ci n’a pas de chance d’être élu.

La prochaine fois qu’on se plaindra du manque d’intérêt des jeunes pour la politique ou du fait que ceux-ci ne se sentent pas rejoints par les enjeux proposés, il serait intéressant de se rappeler que le problème ne vient peut-être pas du soi-disant manque d’intérêt de la prochaine génération quant aux affaires publiques, mais peut-être de leur lucidité vis-à-vis de députés qui ont abdiqué de leur rôle de protecteurs des valeurs citoyennes pour se soumettre à des intérêts partisans ou financiers qui échappent à toute forme de contrôle.

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Obama ou McCain: bof, tu sais…
3 novembre 2008

Démocratie?Ma première idée consistait à écrire en détails pourquoi je me fous éperdument de savoir qui de Barack Obama ou John McCain gagnera les élections présidentielles états-uniennes de demain. Je m’étais préparé mentalement à mettre à l’eau cette vieille chaloupe dans la mare aux arguments où je puise généralement mes idées et à y jeter ma ligne, me préparant à repêcher quelque signe de l’inutilité de ces élections. J’aurais sûrement déniché de beaux poissons, et j’aurais pu parler du fait qu’Obama a donné son premier discours en tant que candidat officiel du Parti Démocrate devant le plus puissant lobby juif, qu’il désire bombarder le Pakistan, qu’il ne remet pas en question l’unilatéralisme de Washington, qu’il propose des politiques économiques très à droite s’adressant principalement aux gens faisant un bon salaire, etc.

« Bof, tu sais… »

À l’époque, quand j’étais adolescent et que je me croyais adulte parce que deux-trois poils noircissaient mon menton, j’avais adopté cette expression: « bof, tu sais… ». Concrètement, ça voulait dire: « tout m’est égal, c’est du pareil au même, j’en ai rien à cirer ». Et c’est comme cela que je me sens aujourd’hui face aux élections états-uniennes: j’en ai rien à cirer. Car Obama ou McCain, c’est la même merde et ce ne sont que des pantins au service d’une élite non-élue qui s’approprie les richesses collectives et appauvrit la population de ce pays depuis des décennies.

Si je pouvais m’imaginer un fantasme, celui de prendre possession des ondes et de me payer un trente minutes de publicité pour m’adresser directement au peuple états-unien, je lui dirais franchement: « Bof, tu sais… » Et je m’imagine la réponse: « Non, on ne sait pas! On veut croire! »

J’ai toujours trouvé que le « We believe » de Obama ressemblait au « I want to believe » des X-Files. « I want to believe » que George W. Bush était une aberration et qu’un autre président saurait redonner un peu de lustre à une classe moyenne disloquée, détruite après plus de trente ans de réformes néolibérales. « I want to believe ». Les gens veulent tellement croire Obama; ils ne voient même plus que ce que ce dernier propose est une version édulcorée de la même politique de Bush, Clinton, l’autre Bush, Reagan, alouette! Le vrai pouvoir ne s’élit pas à Washington; il choisit ses pions qui pourront le mieux représenter ses intérêts tout en plaisant au peuple. Obama est noir, jeune, fringant, nouveau… mais ses idées sont aussi vieilles que la nuit. Seule l’apparence du pouvoir a changé, pas le pouvoir lui-même.

Alors excusez-moi, mais mercredi matin pour moi il n’y aura qu’un perdant, peu importe le résultat: le peuple états-unien. Ce sera encore une fois le triste constat d’une démocratie abâtardie où l’argent peut tout acheter et où le mensonge et la manipulation sont les deux mamelles auxquelles s’accrochent des désespérés qui ne réalisent pas que le parti Démocrate et le parti Républicain sont les deux facettes d’une même élite de droite qui a davantage à coeur son profit que les intérêts de la majorité.

La liberté… d’emprisonner!
23 septembre 2007

Une vidéo assez troublante disponible sur Youtube. Merci à Tetoine pour le lien.

Dans ce vidéo, le gars demande à Kerry pourquoi il n’a pas contesté les résultats de la présidentielle de 2004, et s’il est membre du groupe secret Skull and Bones, dont fait partie George W. Bush. Il est vrai que l’homme a pris un certain temps pour élaborer sa question, mais regardez la suite!

Et le pire, c’est que les gens ne font RIEN avant qu’il se fasse électrocuter!

Andrew Meyer, qui a bel et bien été arrêté, a maintenant son site internet grâce auquel on espère le faire libérer. Ira-t-il rejoindre la plus grandes population carcérale per capita des pays développés?

Le Pays de la liberté d’expression? Ou celui du contrôle de l’information et de la dissidence…

Source

On peut se le demander, surtout quand on regarde ce graphique, où les États-Unis dépassent largement tous les autres pays de l’OCDE quant au nombre de prisonniers par 100 000 habitants. En fait, les États-Unis triplent leur plus proche poursuivant en la matière, avec ses 783 prisonniers par 100 000 habitants contre 228 pour la Pologne.

Et dire qu’il se trouve des gens pour nous présenter ce pays comme un modèle à suivre!

Allez demander à Andrew Meyer ce qu’il en pense…

La Grande Noirceur
27 mars 2007

DuplessisLorsque le Québec a décidé de tourner le dos au populisme de droite de Duplessis et à son mélange de politiques économiques libérales et de politiques sociales conservatrices, le mouvement est parti des villes vers les campagnes. C’était la ville, Montréal surtout, qui avait connu les désastres de la révolution industrielle, et qui souffrait le plus de politiques encourageant la division et la fracture sociale. Et c’était aussi de Montréal, l’éduquée, la politisée, qu’était née la flamme du changement, qui a embrasé le Québec et été à la source de la Révolution tranquille.

Aujourd’hui, c’est la revanche de la campagne. Toutes ces régions, qui ont été convaincues sur le tard de la nécessité de mieux partager la richesse, sur le désir de s’ouvrir à l’autre, ce sont aujourd’hui elles qui se referment sur elles-mêmes et tentent de réécrire le passé, se réenfermant dans de vieilles idées périmées d’un temps soi-disant idyllique où nous étions « entre nous » et où celui qui ne réussit pas était absolument un incapable.

Exit la redistribution de la richesse! Exit nos programmes sociaux! Exit notre capacité intégratoire et notre désir de vivre ensemble. Cette revanche des régions, c’est celle d’une population sous-scolarisée, dépolitisée, et à qui on a fait croire qu’un vote pour l’ADQ était le germe d’un meilleur futur alors que beaucoup de ces gens ne savent même pas ce qu’est une idéologie et n’a pas la moindre compréhension des « idées » adéquistes.

Avec le résultat de ce soir, il apparaît de plus en plus que Montréal est Montréal et quelques comtés en région sont un îlot de lumière au centre d’une grande noirceur. Comme si le temps s’était arrêté en région et qu’on se retrouvait à nouveau à l’aube des années 60 et que celles-ci avaient fait un choix différent. Au lieu d’embarquer dans le train du progrès social, de l’apprentissage à mieux vivre ensemble, à partager la richesse, elles ont choisi les préjugés, le conservatisme, la fracture sociale et la xénophobie. Aujourd’hui, il y a deux Québec: celui urbain, qui croit encore aux Lumières, qui veut se servir du progrès pour améliorer la vie de la population, et l’autre, le rural, qui aurait voté pour « Mario » même si celui-ci avait proposé un suicide collectif (en est-on si loin, avec ses politiques draconiennes?).

On parle ici de gens qui ont voté pour « Mario » par anticipation, avant même qu’il ne dépose le cadre financier de son parti. Des gens qui ont voté pour d’illustres inconnus sans la moindre expérience politique, des poteaux, des gens incapables d’expliquer leur programme (de 27 petites pages!) à une classe d’étudiants du secondaire. On parle de gens qui, malgré toute la sympathique que je peux avoir pour eux, mes amis Québécois, sont profondément en retard sur le progressisme de Montréal et se complaisent dans leur situation de retardataires du développement.

Aujourd’hui, ce n’est pas le retour complet à la Grande Noirceur – heureusement le PLQ a gagné et le PQ dispose de la balance du pouvoir – mais le Québec marque un grand recul en faisant passer les clips de préjugés et de haine devant le discours articulé et cohérent de Boisclair, par exemple.

Aujourd’hui, les gens des régions ont décidé de se peinturer dans le coin, de tourner le dos à ce qui fait la grandeur du Québec, et en ce sens ils sont la honte du Québec moderne, un anachronisme politique et une insulte à toute notion d’intelligence politique.

On dira que le Québec a choisi. Non. Une grande partie de la population a été manipulée par un démagogue populiste qui lui a promis mer et monde et qui, pour améliorer une situation pourrie par dix ans de néolibéralisme, a promis davantage de néolibéralisme.

Malgré tout, il y a du positif à voir l’ADQ se positionner si près du pouvoir: elle aura toute la chance du monde de prouver une fois pour toute que c’est le parti d’un seul homme, que cet homme n’a à coeur que son intérêt personnel, et que ce parti n’a rien de mieux à proposer aux Québécois qu’un Mike Harris en Ontario ou un George W. Bush aux États-Unis. Deux populistes conservateurs qui ont passablement fait reculer leurs entités d’un point de vue social. Et deux tristes personnages qui ont causé des torts qui prendront des années à se régler.

Mise à jour (mardi, 8h15):

Merci à Inkognitho de me ramener à l’ordre. Je n’ai rien contre les régions en général, et je ne les considère par comme des gens attardés d’une manière générale. De nombreuses régions ont résisté à la vague obscurantiste hier soir: Matane, Gaspésie, Chicoutimi, Charlevoix, Ungava, Abitibi, quelques comtés dans les Laurentides, un ou deux comtés en Montérégie, et plusieurs comtés en Estrie. Bravo à tous ceux qui ont refusé la vague obscurantiste et qui croient encore en un Québec progressiste, ouvert, pluraliste, égalitaire, et tourné vers l’avenir. Si Montréal est un ilôt de lumière, toutes ces régions sont comme des milliers de petits soleils dans la froide nuit adéquiste.

Faire la différence
23 mars 2007

PauvretéQuel est ce spectacle dont on nous dit acteur mais dont la plupart se contente d’un rôle de spectateur? Est-ce vraiment cela la démocratie, que de se casser la tête pendant des semaines à décider pour qui voter pour ensuite se rendre compte que notre vote vaut autant que celui ou celle qui vote pour n’importe qui, sous prétexte de changement? Et bien oui, c’est ça: chaque vote compte!

Mais si chaque vote compte, c’est aussi que chaque personne a une parcelle de pouvoir entre les mains. Et cette énergie peut être partagée; chacun a le pouvoir d’agir non seulement dans les urnes, mais aussi d’en parler autour de lui, d’expliquer ses positions, de renseigner ses amis/parents/collègues face à l’important choix qui s’en vient.

Des problèmes, il y en a partout. On veut du changement, c’est classique. La même vieille rengaine: on veut du changement, mais on n’obtient jamais qu’une infime partie de ce qu’on voulait comme changement. Mais le changement, c’est quoi au fait?

Est-ce que le changement, c’était de voter pour Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, qui a été une des premières à imposé le néolibéralisme? Elle avait du charisme, elle voulait « faire le ménage », elle disait qu’elle allait « mater la bureaucratie ». Avant son arrivée, une personne sur dix était sous le seuil de la pauvreté en Angleterre. Aujourd’hui, c’est une personne sur quatre.

Est-ce que le changement, c’était de voter pour Ronald Reagan? Lui aussi était charismatique, lui aussi voulait réduire la taille de l’État et couper dans les dépenses sociales. Pendant la décennie 1980, les revenus des 10% des plus riches familles aux États-Unis ont augmenté de 16%. Les 1% des plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 50%. Les 80% des plus pauvres ont vu leurs revenus baisser pendant cette décennie.

Est-ce que le changement, c’était de livrer l’Amérique du Sud aux politiques de « changement » du FMI? Ces politiques de privatisations, de réductions de la taille de l’État, de coupures dans les dépenses sociales, qui ont fait passer le nombre de personnes dans la pauvreté la plus totale de 120 millions en 1980 à 220 millions de personnes en 1999 (45% de la population, incluant les Caraïbes). Réussite, dites-vous?

Est-ce que le changement, c’était de voter George W. Bush en 2000 aux États-Unis? Celui-ci a offert des baisses d’impôts de 412 milliards $ (3,6% du PIB) aux plus riches, est en train de privatiser les retraites, et sous son règne on voit l’extrême-pauvreté progresser extrêmement rapidement. Il a du charisme, il est un bon père de famille, et il est l’homme des régions. Mais il a quand même foutu son pays dans la merde.

Est-ce que le changement, c’est de voter Mario Dumont?

Non, ce n’est pas ça le changement. Et nous, nous avons le pouvoir d’en parler autour de nous. De convaincre une personne, qui peut en convaincre une autre ensuite. Nous avons non seulement le pouvoir, mais la responsabilité de le faire, de se battre pour protéger ce que nos parents et grands-parents ont construit. Nous devons dénoncer le populisme de droite quand nous l’apercevons. Nous devons dénoncer les menaces face à l’État et à sa capacité de redistribuer la richesse.

Mais surtout: nous devons faire comprendre à tous que l’ADQ ne propose rien de neuf et que partout où ses idées politiques ont été appliquées la pauvreté a augmenté et le tissu social s’est désintégré.

Parce que chaque vote compte. Nous avons le pouvoir. De faire la différence.

Mise à jour (samedi, 10h00):

Un texte très intéressant à lire qui parle de la place de plus en plus grande de la droite au sein du système politique actuel: Quiz : où commence la satire ?

J’ai oublié un personnage important sans mon texte ci-haut: Mike Harris. Il a été élu en Ontario en se disant le champion « du gros bon sens », qui allait remettre l’Ontario au travail, la faire prospérer. S’en sont suivies des coupures dans les programmes sociaux, des privatisations, des politiques anti-syndicales féroces, et une augmentation de la pauvreté, puis, finalement, l’Ontario aujourd’hui a perdu son rôle de leader de l’économie canadienne et Harris y a laissé un héritage de cassure sociale qui prendra des années à se résorber.

Et un petit bonbon pour terminer: Maurice Duplessis. Duplessis était jeune et avait du charisme, le culte du chef était pratiquement la base de son parti, il refusait les programmes sociaux universels, il était à-plat-ventriste devant les grandes entreprises, il prônait un nationalisme mou du type autonomiste, il utilisait le patronage à outrance sous prétexte d’éliminer la bureaucratie. Maurice Duplessis a représenté l’époque la plus sombre du Québec moderne, une Grande Noirceur qu’il a été très difficile à illuminer par la suite.

Ces deux politiciens ne vous rappellent pas quelqu’un?