L’ennemi n’est plus que canadien
11 novembre 2009

Plusieurs ont sursauté en lisant un passage de mon dernier billet, où je défendais l’idée qu’il faille se débarrasser des vieilles querelles Québec-Canada et inventer de nouvelles structures permettant d’assurer notre survie. J’ai peut-être « garoché » un peu trop vite ces idées en quelques paragraphes, mais voici ce que je veux vraiment dire: la lutte pour la survie du peuple québécois constitue une lutte révolutionnaire, en ce sens qu’on propose une rupture avec le système en place. Si depuis des décennies, l’ennemi était canadien, aujourd’hui il est global.

ennemi-canada

Source de l’image

C’est ce glissement de sens que de nombreux indépendantistes ne semblent pas avoir compris. Dans certains milieux, on croit que le jour où l’indépendance sera acquise, tout sera réglé. On appelle cela de la pensée magique. Les faits sont accablants: alors même que le gouvernement du Québec contrôle son immigration à 75% et qu’il est maître de ses politiques linguistiques, le français et la culture québécoise reculent. Certes, la Cour suprême participe à ce recul, mais combien gagez-vous qu’un Québec indépendant adopterait le même genre de charte des droits et libertés que le Canada s’est doté il y a vingt-sept ans? Et même si ce n’était pas le cas, qui croit sérieusement que ce sont seulement les politiques d’Ottawa qui nous anglicisent? Ce ne sont tout de même pas de vieux juges en toge qui ont décidé d’apprendre l’anglais à nos jeunes de première année du primaire ou qui permettent qu’on exige l’anglais pour pouvoir être caissier dans un dépanneur. Ce sont nos gouvernements, péquistes et libéraux, qui ont participé à notre déclin.

En fait, la mondialisation et l’explosion des technologies de l’information ont transformé les identités. De moins en moins de Québécois et de Canadiens se considèrent comme tels. Avant d’appartenir à un peuple ou à une nation, on considère ses petites identités multiples: goûts musicaux, styles vestimentaires, activités sportives, orientation sexuelle, activités sociales, etc. Concrètement, on est gay avant d’être Québécois, punk avant d’être Canadien, planchiste extrême avant d’être Américain. Les identités se sont diluées. La nation, autrefois le ciment rassembleur de toutes ces particularités, a été reléguée au mieux rang de folklore, au pire comme une identité comme une autre. « Yo man, moi j’chill sur le skate, pis toi? – Moi j’trippe ben Québec power man! »

Or, qu’est-ce que cela nous enseigne? Simplement que le concept de nation, l’idée même de regroupement humain selon une culture, une langue et une histoire communes, trouvant son apogée dans un État indépendant reconnu par d’autres États indépendants, est un concept à l’agonie. Et cela dépasse de loin la question identitaire: la plupart des pays sont devenus de simples vassaux de pouvoirs supérieurs à son contrôle direct: OMC, FMI, OMS, États-Unis, Cour internationale, etc.

D’une certaine manière, nous vivons dans un empire, un empire global dont chaque pays, chaque nation, ne contrôle plus entièrement sa destinée. Des compagnies peuvent poursuivre des États en cour, des organisation transnationales peuvent en juger d’autres, le pouvoir suprême d’un État à disposer de lui-même et à protéger ses valeurs s’avère de plus en plus dilué. Le néolibéralisme a éliminé les frontières, si bien qu’il devient plus difficile pour un peuple, surtout s’il est minoritaire, de défendre ses intérêts. Et un État faible, dilué, n’incite pas ses citoyens à s’en réclamer fièrement.

Même le Canada n’est plus indépendant

Ainsi, il n’y a pas des dizaines de solutions. Deux, en fait. Ou bien on fait l’indépendance dans un contexte de revalorisation de l’État et de lutte au néolibéralisme, ou bien on invente d’autres structures permettant de protéger nos valeurs et notre culture dans le contexte actuel.

Le problème, c’est que de nombreux indépendantistes restent agrippés à leur vision un peu passéiste d’un ennemi canadien. Il faut se rendre à l’évidence: même le Canada ne constitue plus un pays réellement indépendant. Ses politiques sont alignées au quart de tour sur celles des autres pays du G8, et lorsque le géant du sud tousse, le Canada sort le mouchoir. Comment espérer un Québec « indépendant » agissant différemment, alors, sans remettre en question l’ordre néolibéral des choses?

En conséquence, la seule façon de réellement permettre au Québec de devenir indépendant, dans les structures actuelles, c’est de s’opposer à l’ordre néolibéral des choses. S’opposer à la conception selon laquelle une nation doit avoir comme seul but de favoriser les intérêts des entreprises et de gérer au minimum la vie de ses citoyens. Résister à une conception, très largement répandue chez nos deux principaux partis de droite, qu’il faille réduire les impôts, couper les services aux citoyens et « rationaliser » l’État.

De nombreux péquistes – qui ont presque tous en commun d’être de droite, ce qui en dit long sur le parti lui-même – me disent: « bah, on s’obstinera entre gauche et droite lorsqu’on aura fait l’indépendance! ». Ça ne fonctionne pas ainsi. Quand un parti donne l’impression que l’indépendance d’un peuple se décide dans un conseil d’administration, où les mots « liberté » et « survie » sont devenus des annexes d’une page 57b, comment voulez-vous qu’il crée le momentum nécessaire pour enfin réaliser le pays? En adhérant aux dogmes néolibéraux, il enlève toute substance à son projet.

L’indépendance est révolutionnaire, et elle se fait contre l’idéologie dominante actuelle. Vouloir mettre un pays sur la carte tout en l’ouvrant tout grand aux carnassières multinationales ne fait aucun sens. Le Québec que propose le PQ, actuellement, ne serait pas plus indépendant que le Canada. La seule façon de le rendre libre de sa destinée, c’est de considérer l’indépendance comme un combat politique de gauche, un projet du peuple, un outil plutôt qu’une fin. Et le PQ, avec ses tristes politiques économiques de ses deux derniers mandats, y a échoué lamentablement.

Les nouvelles structures

L’autre solution, si on refuse de se donner les moyens d’atteindre une réelle indépendance, celle du peuple, consiste à se doter de nouvelles structures et de créer de nouvelles solidarités autour des structures existantes. Cela passe par des mouvements de citoyens, des organisations comme la Société Saint-Jean-Baptiste, le Mouvement Montréal français, le Réseau de Résistance du Québécois, Impératif français et d’autres encore. Cela veut dire descendre dans la rue sans l’État, sans un Parti Québécois frileux et ayant tourné le dos à la vraie indépendance.

Mais aussi – et surtout – cela veut dire s’allier avec tous les mouvements internationaux prônant la survie identitaire des peuples minoritaires et de développer des solidarités avec eux pour développer un argumentaire de contre-poids à la world-culture actuelle.

Tout, absolument tout reste à faire. Nous en sommes revenus à l’étape de construire des idées et de semer les graines qui permettront à d’autres, peut-être nos enfants, d’en récolter les fruits. Certains sont impatients, et je le suis moi-même. Mais il faut comprendre l’incroyable changement qui s’est opéré depuis une trentaine d’années et réaliser que si l’ennemi fut autrefois principalement le Canada, aujourd’hui il n’est plus qu’un opposant parmi d’autres, et peut-être moins vorace et cruel que le rouleau-compresseur néolibéral et anglophile qui aplatit tous les pays sans distinction.

Un Québec indépendant à la sauce néolibérale aiderait-il la cause du français? Empêcherait-il notre disparition sur l’autel d’une anglicisation imposée par des prémisses économiques et s’abreuvant d’une immigration trop nombreuse pour nos capacités d’intégration? J’en doute.

Il faut choisir. Ou bien on se bat pour rétablir la valeur des frontières et on s’oppose au néolibéralisme. Ou bien on se construit de nouvelles solidarités dès maintenant, sans attendre une indépendance de papier.

Toute autre position porte un nom: capitulation.

Les indépendantistes unis… contre Marois
9 novembre 2008

Disons-le tout de go: Jean-Claude St-André n’est pas un deux de pique au sein du Parti Québécois. Il a été membre du comité des jeunes pour le OUI en 1980 dans Anjou, secrétaire puis président du parti dans la même ville par la suite, membre du C.A. de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1985-1986, conseiller à l’exécutif régional dans Montréal-Ville-Marie entre 1988 et 1992, attaché politique du député d’Anjou Pierre Bélanger en 1992-1993, directeur de la campagne référendaire dans l’Assomption en 1995, puis député du même comté de 1996 à 2007. Voici une icône, un monument du Parti Québécois. Une statue que Pauline Marois a arraché de son socle et poussé au sol pour la remplacer par une fausse idole parachutée qu’on espère imposer aux électeurs du comté. Une situation prévisible qui éclaire sur ce qu’est devenu le Parti Québécois de Pauline Marois.

En effet, rien ne me surprend dans cette bagarre lors de l’assemblée d’investiture de Scott McKay; c’était écrit dans le ciel que le parti allait encore une fois s’entre-déchirer. Ça va bientôt faire deux ans que je blogue et ça fait deux ans que je tiens le même discours: le Parti Québécois était à l’origine une coalition composée d’une aile-gauche, d’une aile-droite, et de militants indépendantistes « purs et durs ». Le seul ciment qui permet à des gens aux horizons si divers de continuer à cohabiter est la perspective d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Pas de référendum, pas de cohabitation. En rejetant l’indépendance comme l’a fait Mme. Marois, elle fût à la source de ces conflits, bien davantage encore qu’en évinçant M. St-André de son comté.

Désormais, la leçon est acquise: le Parti Québécois n’est plus un parti indépendantiste. M. St-André a tout faux quand il affirme qu’il est « triste que des indépendantistes en viennent aux coups entre eux ». Des indépendantistes ne se sont pas battus hier; des indépendantistes ont affronté des immobilistes et des opportunistes du Parti Québécois. Le Parti Québécois de Pauline Marois n’est plus un parti indépendantiste, et on voit les premiers craquements dans la coalition qui permettait au PQ d’exister en tant que parti majeur. Les prochains à quitter seront probablement l’aile-gauche, quoi que Marois travaille fort pour ne pas les perdre.

J’aime bien l’analyse de Pierre JC Allard:

La valeur respective de St-André ni celle de McKay ne sont ici en cause, mais la question qu’on entend dans les tranchées de Verdun n’est pas tout à fait rhétorique. « Qu’est-ce que cette dame peut bien avoir dans la tête ? » Une dissension exposée sur la place. Ne veut-on vraiment pas reprendre le comté du vieux chef ? Madame contre Monsieur ? La question encore plus pertinente, en fait, serait de se demander à quoi pensait le Parti Québécois quand il la mis à sa tête cette dame qui n’en veut faire qu’à la sienne, en vert … et contre tous.

En effet, la véritable question est de savoir quelle mouche a piqué les péquistes lorsqu’ils ont mis à leur tête une vieille bourgeoise hautaine, arrogante et passéiste. André Boisclair s’est peut-être cassé la gueule, mais Marois est en train d’éclipser son prédécesseur en terme de destruction du parti. Car si le premier laissait suspicieux, la seconde incite ouvertement au mépris, voire à la haine.

On dit souvent que de chaque épreuve naît sa propre solution, que les plus belles fleurs poussent dans le fumier. Je ne sais pas ce que décidera M. St-André, mais il pourrait se présenter comme candidat indépendant ou – pourquoi pas? – au Parti Indépendantiste, car le Parti Québécois a préféré se passer d’un excellent candidat, apprécié de son comté et dont la seule faute a été de vouloir respecter l’article un du parti, et ainsi se débarrasser définitivement de ces indépendantistes qui n’ont plus leur place dans un parti devenu aussi fédéraliste que les deux autres clones de centre-droit.

Quand on renverse une idole, on attire le mauvais sort. Désormais, les plus farouches adversaires de Marois ne seront ni adéquistes ni libéraux, mais indépendantistes.

Les crétins
15 octobre 2008

Ce n’est pas le Parti Conservateur qui a gagné les élections, mais plutôt ceux qui ne sont pas allés voter, c’est-à-dire plus de 40% des électeurs! Quand on pense qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on ait le droit de vote, j’ai honte.

En fait, j’ai surtout honte car nous avions tout un éventail de choix, de la gauche (Parti Communiste, Parti Marxiste-Léniniste) à la droite (Parti Conservateur) en passant par le centre-gauche (Nouveau Parti Démocratique et Bloc Québécois) et le centre-droit (Parti Libéral). Il y en avait pour tous les goûts. Que quelqu’un ait préféré rester à la maison plutôt que de faire son devoir de citoyen et voter selon ses aspirations, c’est impardonnable.

Ceci dit, on doute parfois de l’intelligence des électeurs. Comment faire autrement, quand on constate la réélection de l’incompétente Josée Verner, trop conne pour savoir qu’elle peut voter dans le comté où elle se prétente et qui n’a donc pas pu voter Parti Conservateur puisque le parti n’avait pas présenté de candidat à son lieu de résidence. Ou encore quand on voit un Maxime Bernier, qui se moque de ses concitoyens (dixit Julie Couillard) tout en « oubliant » des documents top-secret chez sa blonde-qui-doit-faire-taire-les-rumeurs-sur-son-éventuelle-homosexualité obtenir plus de 60% des voix.

Et bien, c’est ça la démocratie. Et mieux vaut voir des idiots aux urnes que des gens qui se pensent intelligents mais qui restent le cul écrasé à la maison au lieu de faire leur devoir de citoyen.

Je préfère 10 000 électeurs qui ont voté Conservateur à un seul crétin qui est resté chez lui le jour du vote.

p.s. Je cherche toujours un programmeur pour bâtir un site web. SVP me contacter.

NPD-PLC: la nécessaire union contre-nature
23 septembre 2008

L’annonce de Jack Layton selon laquelle celui-ci considérait une possible coalition avec le Parti Libéral du Canada (PLC) tombe sous le sens: ensemble, les deux partis pourraient empêcher l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, fruit de la division du vote de l’opposition. Ceci dit, il y a pourtant un obstacle majeur à cette union, et il est idéologique: comment le NPD, un parti de centre-gauche, pourrait-il faire alliance avec le PLC, de centre-droit?

En effet, et contrairement aux affirmations – peu étayées – de Patrick Lagacé et de Vincent Marissal, le Parti Libéral du Canada n’est pas et n’a jamais été, du moins dans son histoire récente, un parti de gauche.

En voici quelques exemples pêle-mêle:

  • Loi C-17 (1994) : le gouvernement libéral de Jean Chrétien a réduit la durée des prestations d’assurance-emploi et fait passer le taux des prestations de 57 à 55%.
  • Loi C-12 (1996): le même gouvernement a décidé de changer la formule de calcul; désormais on ne calculait plus les semaines de travail, mais plutôt les heures travaillées. Alors que près de 80% des travailleurs étaient couverts, ce nombre est désormais passé à moins de 50%. Puisque ces gens n’étaient plus couverts et ne réclamaient plus d’argent, le gouvernement libéral pouvait ainsi détourner l’argent de la caisse à d’autres fins. Voici d’ailleurs ce qu’écrivait à ce sujet Gaétan Guérard, conseiller syndical au Syndicat de l’enseignement des Deux Rives (SEDR-CSQ) en 2000:

    Le ratio prestataires/chômeurs (p/c), qui est confectionné à partir de données de Statistique Canada est un bon indicateur de la couverture offerte par le régime aux chômeurs . Le niveau de ce ratio est passé de 83% en 1989 à 42% en 1997 . L’état de la couverture de ce régime agonisant est resté critique mais stable à 42% en 1998. C’est donc dire qu’en 1989, 8 chômeurs sur 10 avaient droit aux prestations mais que depuis 1997, environ 6 chômeurs sur 10 n’ont pas droit aux prestations. À force de soi-disant réformes qui ne visaient en fin de compte qu’à démanteler le régime, les conservateurs et libéraux peuvent dire  » Mission accomplie « !

  • Les transferts fédéraux en éducation ont été réduits de près de 2,2 milliards $ entre 1993 et 2006, pénalisant ainsi les étudiants, à qui les provinces ont refilé une partie de la facture.
  • En 1995, les Libéraux ont imposé des compressions à Environnement Canada en plus de couper plus de 40% du financement de Parcs Canada (jusqu’en 1998).
  • En 2000, Paul Martin, alors ministre des finances du PLC, a annoncé les plus importantes baisses d’impôts de l’histoire du pays: 100 milliards en cinq ans. Il a par la suite éliminé l’impôt sur le capital des sociétés et augmenté le seuil d’exemption fiscale pour les cotisations aux REER, qui a permis d’y inclure des revenus de plus de 75 000$ par année. Plus de 30% des avantages de ces baisses d’impôts ont ainsi profité aux 5,3% des contribuables au revenu le plus élevé.
  • Lors des élections de 2006, Paul Martin annonça de nouvelles baisses d’impôts de plusieurs dizaines de milliards de dollars, seulement dépassées en quantité par Stephen Harper et ses 44,9 milliards $.

On le constate, le Parti Libéral du Canada n’est pas un parti de gauche. Il volé les travailleurs en les empêchant de toucher l’assurance-emploi à laquelle ils avaient contribué, il a coupé dans l’environnement, dans l’éducation, il a réduit les impôts des plus aisés et de compagnies faisant déjà d’indécents profits. Il a seulement été battu par un parti encore plus à droite que lui en 2006.

Ainsi, une alliance entre le NPD et les Libéraux serait extrêmement contre-nature (même si Stéphane Dion a légèrement recentré le PLC depuis son élection). Depuis deux décennies que ces deux partis proposent deux visions diamétralement opposées aux citoyens, et là, soudainement, ils s’embrasseraient les uns les autres dans une virile étreinte et iraient boire de la bière et fumer des cigares aux mêmes assemblées? Non, c’est impossible.

Par contre, rien n’empêcherait une alliance ponctuelle. C’est-à-dire que deux ennemis, malgré leurs différences, peuvent reconnaître qu’ils font face à un danger encore plus grand, non seulement pour leurs formations politiques, mais également pour le pays en général. Comme en période de guerre, on pourrait voir un front uni se créer face à la menace d’un gouvernement Harper majoritaire. Il ne s’agirait pas de s’aimer, ni même d’être en accord les uns les autres, mais d’être pragmatiques et d’échanger des circonscriptions prenables.

Par exemple, dans un comté où le Parti Conservateur est en avance mais que l’addition des votes du NPD et du PLC donnerait une victoire claire à l’un ou à l’autre, un des deux candidats devrait se retirer et appeler ses supporters à voter pour l’autre. Contrairement au vote stratégique individuel, qui est une perte d’énergie et de temps, cette stratégie permettrait d’inclure les aspirations des votants dans le prochain gouvernement, en y intégrant des postes de prestige à des candidats de l’autre formation. Ou, plus simplement, permettre une plus grande diversité au Parlement et assurer au parti appuyé qui, s’il fera partie de l’opposition, ne le sera pas dans un contexte majoritaire où il n’a pas de pouvoir.

Jack Layton a fait les premiers pas. À Stéphane Dion maintenant de mettre de côté son égo et d’y répondre. S’il continue de faire l’oreille sourde, il se dirige vers une défaite des plus cinglantes, non seulement pour lui, mais pour la majorité des Canadiens qui ne veulent pas d’un Stephen Harper mettant en oeuvre un troisième mandat Bush au Canada.

Pourquoi je vais voter NPD
14 septembre 2008

J’ai fait mon choix. Ça n’a pas été long cette fois-ci; alors qu’il y a une semaine à peine j’hésitais encore entre donner mon vote au Bloc Québécois ou au Nouveau Parti Démocratique, c’est finalement ce dernier que je désire appuyer. Pourquoi? Pour deux raisons principales.

La première, c’est que Jack Layton mène une campagne exceptionnelle, donnant l’impression que Stéphane Dion et Gilles Duceppe ne sont que de simples figurants. Je crois de plus en plus que le NPD va former l’opposition officielle aux prochaines élections si rien ne change et j’estime que la meilleure façon de contrer le gouvernement de droite de Stephen Harper est de se rallier au parti de Jack Layton, le seul qui, grâce à sa position de centre-gauche, sait s’opposer à Stephen Harper tout en ratissant assez large pour espérer obtenir le vote des Libéraux déçus.

En outre, le programme électoral du NPD me rejoint: investissements dans la petite enfance (tout en respectant les CPE québécois), écologisme (on a tendance à oublier que c’est grâce à M. Layton que le centre-ville de Toronto est climatisé avec l’eau des Grands Lacs), éducation, amélioration des soins de santé publique, lutte contre la pauvreté, lutte contre les escroqueries des grandes entreprises telles que les pétrolières.

Layton a compris ce que beaucoup de politiciens et de citoyens ont oublié: le problème n’est pas la richesse du pays, mais plutôt comment on redistribue cette richesse. Il ne faut surtout pas oublier que Stephen Harper a donné des réductions d’impôts de plusieurs dizaines de milliards $ à de grandes entreprises comme les pétrolières ou les compagnies de téléphonie cellulaire. Ni qu’il a prolongé de trois ans les droits de monopole sur les médicaments de marque, ce qui rend l’accès aux médicaments génériques moins chers beaucoup plus difficile à obtenir. La richesse existe, mais le présent gouvernement a décidé que celle-ci devait aller dans les poches d’actionnaires anonymes ou pour défendre les intérêts américains en Afghanistan (en faisant de nos soldats des tueurs) au lieu de profiter à l’ensemble des citoyens du pays.

Ça doit changer. Et le NPD constitue le meilleur parti pour changer les choses. Il est le seul qui permettra de redonner vie à une classe moyenne dont la condition stagne depuis des décennies.

La seconde raison pour laquelle je vais voter NPD, et non pas Bloc Québécois, est la piètre performance de Gilles Duceppe et du parti en général. Duceppe a le mot « perdant » écrit sur le front avec le même marqueur que Stéphane Dion. Il a perdu ses marques; il a l’air de quelqu’un ne voulant pas être là, ayant simplement hâte de constater l’étendue de son échec pour annoncer son retrait de la vie politique.

Évidemment, ce n’est pas de sa faute. En jetant aux oubliettes le projet souverainiste, Pauline Marois a enlevé toutes les munitions du camp bloquiste, si bien que le parti se retrouve à faire la guerre à poings nus devant l’armada conservatrice. Il ne fait pas le poids, malheureusement, car il ne peut plus rallier les souverainistes (quand même 40 à 50% des citoyens!) derrière lui, si bien que ceux-ci préfèrent maintenant voter pour leurs allégeances sur l’échelle gauche-droite au lieu de voter pour un parti se disant « présent » sans expliquer en quoi sa présence constituerait un plus pour l’indépendance ou, à défaut, pour la vie des citoyens en général.

Si j’étais Gilles Duceppe, j’appellerais Pauline Marois et je la remercierais chaudement d’avoir contribué à une défaite qui s’annonce majeure pour le Bloc en éliminant le seul facteur de cohérence pouvant inciter des gens aux opinions politiques diverses à se rallier derrière la souveraineté.

Ceci dit, je peux encore changer d’idée. Je suis également ouvert aux arguments du Parti Libéral, qui me semble un peu moins à droite que par le passé, de même qu’au parti Vert, même si à mes yeux ce parti n’a pas sa raison d’exister puisque ses politiques environnementales sont déjà inclues au sein du NPD.

Et ne me parlez pas de vote stratégique, SVP. Je vote avec mon coeur, avec ma tête, et selon mes convictions. À mes yeux, s’empêcher de voter pour un parti parce qu’il ne risque pas de gagner dès la prochaine élection constitue une forme particulièrement abrutissante de tautologie; il ne gagnera jamais si tout le monde se dit qu’il ne gagnera pas. À mon avis, il faut voter pour le parti qu’on croit être en mesure de faire le meilleur travail pour améliorer non seulement sa situation personnelle, mais celle de la majorité de la population.

Et ce parti, j’en suis maintenant convaincu, c’est le Nouveau Parti Démocratique.

Je peux encore changer d’idée, mais ça prendrait un gros revirement pour le Bloc et une contre-performance majeure du NPD. Et je ne crois pas que ça va se produire, malheureusement pour mes amis bloquistes.


AJOUT:

Même si je critique durement le Bloc dans ce billet, je ne souscris pas du tout à l’analyse bâclée de l’ancienne aile-droite du parti qui, maintenant que le projet souverainiste est sur la glace, ne se sent plus rejoint par les politiques sociales-démocrates du parti.

On peut évidemment se questionner sur la crédibilité de cette « nouvelle » de La Presse, quand on connaît le penchant fédéraliste de ce journal, de même que sur la crédibilité des auteurs de cette « dénonciation », dont fait partie Richard Délisle, qui a été candidat pour la Canadian Alliance (ex-Reform Party) en 2000 (ça dit tout).

Ceci dit, il faut quand même prendre le temps de réfuter l’argument selon lequel la prétendue proximité du Bloc vis-à-vis des syndicats serait un problème.

En effet, ils ne sont que quatre au Bloc à venir de la CSN. Mais oublie-t-on qu’ils sont des dizaines du Parti Conservateur à venir du milieu des affaires ou de professions libérales? Entre un parti qui est relié aux syndicats, des organisations démocratiques qui défendent les intérêts de la classe moyenne (puisque celle-ci est majoritairement syndiquée), et un autre qui s’acoquine à des intérêts privés sur lesquels les citoyens n’ont pas le moindre contrôle, je préfère – et de loin! – la première option.

La vérité, c’est que sans échéancier référendaire, même à long terme, la droite n’a plus envie de se boucher le nez et de rester au Bloc, avec tous ses députés et militants intéressés par des choses aussi inutiles (à ses yeux) que la redistribution de la richesse. Elle entend faire valoir ses opinions et préfère s’acoquiner avec le gouvernement Harper, « gérant de la franchise du Parti républicain » selon l’analyse très imagée mais tout à fait réelle de Denis Coderre.

C’est Pauline Marois qui est la source de tous ces problèmes. Si elle n’avait pas relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, on n’en serait pas là aujourd’hui. Le Bloc n’aurait pas à choisir entre la droite et la gauche et il pourrait continuer d’être la coalition arc-en-ciel qu’il était à l’origine. Les indépendantistes pourraient mettre de côté leurs différences et se coordonner dans le but de réaliser le projet inachevé.

La sortie publique de ces vieux épouvantails ne doit surtout pas nous faire oublier la cause réelle de l’actuelle apathie bloquiste.


Bonne journée à tous. Je serai de retour demain, mercredi, ou jeudi. J’ai écrit ce petit ajout ce matin car j’ai eu beaucoup de temps pour penser cette nuit. Imaginez-vous que la Ville de Montréal a eu la merveilleuse (que dis-je, splendide, grandiose!) idée de faire des tests de sirène d’urgence de 4h30 à 6h30 (!) ce matin. Juste pour vous donner une idée, fallait élever légèrement la voix à l’intérieur de l’appartement pour bien se comprendre… Y a des coups de pied au cul qui se perdent des fois. Ils ne peuvent pas avertir les gens, ou bien tester leurs machins le jour? Non, la nuit, quand tout le monde a chaud et a les fenêtres ouvertes et qu’on a rangé le climatiseur (qui aurait pu couvrir l’affreuse sirène). (*Soupir*)

Le bout du chemin pour le Bloc?
11 septembre 2008

Des lettres ouvertes, La Presse en reçoit des dizaines de milliers par année. Elles finissent, pour la plupart, à la fin du premier cahier, sous la section « Opinions », et si on gratifie les personnalités plus connues d’une photo et d’une demi-page, les autres n’ont droit qu’à un petit espace plus que limité où on y encastre leurs idées, n’hésitant pas à couper leurs textes s’ils ne s’y insèrent pas parfaitement.

Dans le cas de Jacques Brassard, cependant, on a mis sa lettre ouverte en première page du journal. À mon avis, il s’agit simplement d’une tentative de manipulation de l’opinion publique de la part de La Presse et d’une énième attaque camouflée contre le Bloc Québécois, la seule alternative sérieuse au Parti Conservateur au Québec.

Ceci dit, le débat est lancé, qu’on le veuille ou non. Et je suis d’accord avec le plupart des analystes et blogueurs qui qualifient l’analyse de Brassard de faible, voire simpliste, et qui dénoncent les idées très à droite de l’ex-ministre péquiste.

Chantal Hébert souligne l’extrême simplicité de son analyse:

La comparaison avec le NPD est simpliste. L’idée d’une déviation à tout crin vers la gauche ne résiste pas à l’analyse du travail du Bloc aux Communes.

La tête à Papineau publie deux textes que M. Brassard a déjà envoyés au journal Le Quotidien plus tôt cette année, où l’ancien homme politique qualifie les changements climatiques d’insignifiants et encense George Bush tout en affirmant que John McCain sera le meilleur pour lui succéder.

Le Lendemain de Brosse a écrit un texte particulièrement corrosif pour dénoncer le « torchon » de Brassard:

Il va sans dire que Brassard a une admiration sans borne pour les États-Unis, ce pays qui a réussi à créer 7 millions de nouveaux pauvres durant le règne de Bush, une ancienne superpuissance économique qui est maintenant l’ombre d’elle-même, un royaume devenu une cabane, où la pauvreté monte en flèche et la dégénération des services sociaux menace véritablement le fameux rêve américain. Et dire le contraire ferait de vous le porte-étendard de la gau-gauche à go-go, selon les Jacques Brassard de ce monde.

Même si le texte de Jacques Brassard est grosso modo un ramassis de préjugés et de pré-réchauffé semblant sortir tout droit du passé et dont un enfant de dix ans n’aurait pas la moindre difficulté à relever les incohérences, il y a un point sur lequel l’ex-ministre ne se trompe pas: le Bloc Québécois est effectivement désemparé d’avoir perdu ses chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal.

En fait, et si vous me permettez de mettre de côté le vieil épouvantail Brassard, je crois que le Bloc est plus que désemparé: il s’en va nulle part. Et j’irais même plus loin: à mon avis, si la tendance se maintient, se sera la dernière élection du Bloc Québécois en tant que parti réellement majeur au Canada et en tant que super-puissance du Québec. C’est le bout du chemin qui s’annonce.

En effet, et comme je l’écrivais à propos du PQ il y a quelque temps déjà, le Bloc Québécois (tout comme son grand frère de Québec) est une coalition arc-en-ciel intégrant en son sein des gens aux opinions politiques extrêmement diverses et qui se situent en différents endroits sur le continuum gauche-droite et dont le seul ciment est l’option souverainiste. Un peu comme lorsqu’en période d’extrême-sécheresse la gazelle et le lion partagent un même plan d’eau, la seule condition empêchant aux gauchistes et aux droitistes de se livrer une lutte à mort est la perspective d’un idéal plus grand à atteindre: l’indépendance du Québec.

Voici ce que j’écrivais en mai 2007, à propos du Parti Québécois:

Si la raison d’être du parti est l’indépendance du Québec, il doit recréer cette coalition et décider que la prochaine élection est une élection référendaire. Pas de place pour un programme de gauche ou de droite risquant de semer la division: on promet que si on est élu on déclare l’indépendance et relance des élections dans le pays du Québec. Le PQ se saborde dès la souveraineté réalisée et on recrée des partis en fonction de nos allégeances de gauche ou de droite, comme en France.

Il y a exactement une semaine, j’écrivais que le rejet de l’option souverainiste par Pauline Marois équivaut à un sabordage du Bloc:

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Voilà. C’est exactement ce qui est en train de se produire: un souverainiste comme Brassard ne voit plus l’intérêt de voter pour le Bloc et préfère voter Conservateur.

Mais que se produirait-il si le Bloc effectuait un virage plus à droite? Car il faut l’avouer, si le parti est encore de centre-droit au niveau économique, il est résolument de centre-gauche sur de nombreuses autres questions, surtout morales. Le Bloc Québécois a pris un pari qui a fonctionné pendant quelques années: avoir un programme légèrement plus à gauche pour séduire l’électorat urbain tout en prenant pour acquis que les régions allaient toujours voter Bloc. À quelque part, on peut comprendre les régions de s’être senties délaissées. Mais le Bloc avait-il le choix?

Si le parti avait fait le pari inverse, c’est-à-dire s’il avait orienté ses politiques davantage vers la droite, notamment en appuyant la guerre en Irak, en s’opposant au registre des armes à feu et en n’appuyant pas Kyoto (le genre de mesures qu’aurait affectionné M. Brassard), il aurait perdu tous ses appuis dans la région de Montréal sans en conquérir de nouveaux en région. Bref, la situation n’aurait pas été meilleure.

Dans les faits, le Bloc est dans une situation impossible. Depuis que Marois a définitivement tué le projet indépendantiste, il n’y a plus rien qui puisse unir ce parti. Rien qui puisse justifier de voir le lion et la gazelle boire la même eau. La sécheresse est terminée; c’est le retour de la loi de la jungle. Le retour d’autres enjeux, ceux, éternels, de la lutte entre la gauche et la droite.

Dans ces conditions, je ne vois pas comment le Bloc Québécois pourra justifier sa présence au cours des prochaines années. Certes, il pourra défendre le « consensus québécois », mais malheureusement ce consensus n’existe que rarement. La plupart du temps, il y a de profondes divergences entre la région de Montréal, plus ouverte et sensible aux problèmes sociaux, et des régions aux idées plus conservatrices. Sans le parapluie protecteur du projet souverainiste, c’est la douche froide pour le Bloc Québécois, écartelé qu’il est entre son aile-gauche et son aile-droite.

À terme, la carte électorale risque de changer en profondeur. Le NPD pourrait établir de nouvelles places fortes à Montréal et le Parti Conservateur à Québec. Et le Bloc? Sans projet indépendantiste en vue, la seule question est de se demander s’il choisira une mort lente ou rapide.

Et s’il choisit de se battre? Alors il devra convaincre les péquistes de se débarrasser de Pauline Marois et de la remplacer par un vrai leader remettant le projet indépendantiste sur les rails.

Pourquoi Québec aime Harper
7 septembre 2008

Il y a quelque chose de hautement symbolique dans les actions de Stephen Harper aujourd’hui.

D’abord, comme le note Stéphane Laporte, Harper a pris une voiture pour se rendre du 24 Sussex jusque chez la gouverneure-générale pour lui annoncer son intention de dissoudre la chambre et de lancer le pays en élections. Quand on constate à quel point Harper se fout de l’environnement, voilà qui devrait confirmer le message.

Ensuite, en affirmant qu’il désire violer sa propre loi pour aller en élection parce que « le Parlement ne fonctionne pas et que son gouvernement ne peut pas faire adopter ses lois » il ment honteusement à la population, car son gouvernement ne va nulle part depuis des mois, sans direction, coupant par ci ou par là pour le plaisir de la chose.

Et finalement – le plus important – Harper s’est immédiatement dirigé vers Québec où il a tenu un discours devant une poignée de militants, vantant les soi-disant accomplissements de son gouvernement et demandant à son « coeur du parti Conservateur » dans la province de l’aider à gagner ses élections. Mais pourquoi Québec? Et pourquoi maintenant?

En fait, il s’agit peut-être de superstition ou de calcul politique. Un peu des deux, probablement. Le 19 décembre 2005, Stephen Harper lançait sa campagne électorale en grand à Québec, en promettant un « fédéralisme d’ouverture » et une place pour le Québec sur la scène internationale (ce qui n’a jamais été accompli, en passant). Par ce geste, il espérait profiter non seulement du désarroi de la population québécoise face aux Libéraux, à la suite du scandale des commandites, mais il espérait faire vibrer le profond sentiment conservateur, voire régionaliste, qui anime la région de Québec.

Bref, comme je l’écrivais il y a peu de temps, la région de Québec (et dans une moindre mesure la Beauce) est différente du reste du Québec. Traditionnellement plus à droite, plus conformiste, moins aventureuse. Elle ne vit souvent que pour détester Montréal et tous ceux qui sortent un peu du rang. Québec est le royaume du conformisme social et quiconque pourrait lui donner l’impression de lui donner la place qu’elle croit qu’elle devrait occuper dans l’Histoire obtient immédiatement tout son respect.

Le problème, comme je l’écrivais il y a déjà un an et demi, c’est que le Québec a changé trop vite. D’une société ultra-conservatrice régentée par l’Église nous sommes passés à un libéralisme moral et à une ouverture des consciences, à une liberté de l’esprit et une multiplication des possibles en très peu de temps, d’un point de vue historique. Il n’est donc pas surprenant de constater un retour du balancier, surtout chez ceux qui traînent le lourd poids historique d’une ville qui fût la capitale de tout un continent et qui a aujourd’hui la taille d’un gros village et le poids démographique de la ville de Laval. Beaucoup sont nostalgiques d’un passé idéalisé, d’une société pré-révolution tranquille, voire encore plus avant, quand Québec était encore LA ville de la province, et que Montréal n’avait pas pris encore complètement le statut de coeur financier, économique, culturel et démographique qu’elle a aujourd’hui.

N’oublions pas: Québec n’a pas connu l’extrême-pauvreté de Montréal. Elle n’a pas connu la misère sans nom que des politiques économiques de droite ont causée au début du siècle précédent. Elle a toujours été relativement épargnée grâce à son statut de ville gouvernementale, dominée par une petit élite bourgeoise canadienne-française, pouvant compter sur de nombreux emplois dans la fonction publique, notamment, et n’ayant donc pas grand chose à craindre. Québec, cette vieille capitale qui, si elle avait voté oui en 1995 nous aurait donné notre pays, a toujours vécu dans la ouate et se sent aujourd’hui dépossédée, frustrée face à un Québec qui a beaucoup avancé socialement et dont elle n’est plus le seul centre lumineux.

C’est ce sentiment de frustration et de peur à l’égard de la nouveauté et de ce qui pourrait représenter une expression culturelle dépassant son statut de parent pauvre dans le domaine (les plus grands artistes ne naissent pas souvent dans la ouate) qui précipite de nombreux citoyens de la région dans les bras du Parti Conservateur. Pour ces gens, le fait que Harper et sa clique ait coupé les vivres aux artistes est un argument EN FAVEUR du Parti Conservateur. Ils détestent la nouveauté, ils abhorrent ceux qui sortent du rang et qui semblent contaminés par le Grand « Mourial » satanique et corrompu.

S’en prendre aux artistes, aux B.S., aux pauvres, aux chômeurs, aux honnêtes travailleurs syndiqués; voilà le type de discours qui charme une population qui, n’ayant pas connu les conséquences désastreuses des inégalités sociales, se laisse charmer par le discours adéquiste ou conservateur proposant une politique plus à droite où le voleur n’est plus le millionnaire ne payant pas un cent d’impôt, mais son voisin, son semblable. Et Montréal, bien sûr. On déteste Montréal à Québec.

Voilà pourquoi Québec a autant besoin du Parti Conservateur que Harper a besoin de Québec. C’est une relation synergique où la ville assure une base électorale au parti alors que le parti offre une reconnaissance des idées vieillottes, anti-syndicales, néolibérales et revanchardes qui animent la ville. Gagnant-gagnant.

Et perdants. Perdants sont tous ceux qui croient à un Québec moderne, où on redistribue la richesse, où on valorise la culture, où on assure une égalité des chances à tout le monde et où on fait de la lutte aux exagérations du capitalisme une priorité. Perdants sont tous ceux qui rejettent ce grand retour en arrière proposé par un parti aux idées dépassées qui cherchent à utiliser une ville et sa population parfois naïve et en mal de reconnaissance.

* * *

Désormais, j’ai décidé de prendre congé de mon carnet le lundi. Alors il se peut que je ne vous lise pas ni vous réponde (ni ne puisse modérer quelques commentaires qui auraient échappé à mon contrôle). J’ai décidé de prendre cette décision pour avoir davantage de temps pour mes autres projets. À mardi!

Mauvaise conclusion, M. Lagacé!
12 juillet 2008

Je vous invite à lire ce texte de Patrick Lagacé, où celui-ci parle du fait que d’anciens supporters de Barack Obama ont décidé de voter pour pour le Parti Vert ou pour d’autres, en réaction à ses prises de position de droite.

La conclusion de Lagacé est la suivante:

Voici des gens qui vont donc voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner, devenant ainsi des alliés objectifs de McCain, un candidat conservateur dont le parti est justement tout ce qu’ils craignent et combattent. Donc, ma conviction est universelle : la gauche ne veut pas gagner. Elle veut avoir raison.

Quelle est cette mentalité anti-démocratique et de perdant? Parce qu’on vote selon ses convictions, on ne veut pas gagner? Parce qu’on refuse de voter pour quelqu’un auquel on ne s’identifie pas, on ne veut pas gagner?

La démocratie, ce n’est pas de voter pour la gagnant. Ça, c’est la dictature. La démocratie, c’est de voter pour celui ou ceux qui représentent le mieux nos idées. Et si Obama, dans son récent virage à droite , ne rejoint plus certains Américains, pourquoi ceux-ci devraient-ils voter pour lui?

McCain, Obama, c’est la même histoire. Le premier oppose un conservatisme moral à une économie ultralibérale alors que le second propose un libéralisme moral et une économie ultralibérale. Tous ceux qui espèrent une meilleure redistribution de la richesse perdent leur vote s’ils votent pour un de ces deux bandits.

Alors, bravo à ceux qui votent pour d’autres partis! Ce sont eux qui protègent la démocratie des mains de démagogues qui croient que parce qu’on refuse d’appuyer un candidat on appuie forcément son adversaire.

Car au-delà le victoire, il y a aussi les idées derrière celle-ci. à€ quoi bon voter pour Obama si on se retrouve avec quatre ans de la même vieille recette de droite qui a conduit les États-Unis vers ces écueils?

Pourquoi Renart a quitté UHEC… et la prostitution littéraire…
19 mai 2008

Bon, je ne voulais pas y revenir, mais je crois qu’il le faut. Je vais expliquer pourquoi Renart a quitté UHEC et je vais répondre par la même occasion à son dernier torchon.

Bon, commençons par le début. Renart est devenu collaborateur à UHEC parce que je lui ai dit que j’aimais son style et qu’il avait la possibilité de devenir un très grand blogueur s’il y mettait les efforts. C’était au printemps 2007 je crois. Il m’a donc soumis quelques textes, dont certains ont été refusés parce qu’ils étaient confus ou trop longs. Mais je lui ai donné quelques conseils et au bout d’un très court laps de temps il est devenu collaborateur du blogue. Même si son apport n’était pas apprécié de tous au début (plusieurs se demandaient ce qu’il faisait ici, avec sa vision apolitique, voire naïve des choses… lire à ce sujet ce commentaire, qui n’est pas exactement d’un de mes fans) je savais qu’il deviendrait un grand blogueur car sa vision naïve des choses amenait beaucoup de lecteurs. Peut-être pas des lecteurs qui avaient des opinions fortes et qui aimaient discuter, mais des lecteurs tout de même.

Ma vision de Renart a commencé a changé à partir de son texte Pourquoi je ne suis pas libertarien (mais que je suis quand même quelque peu sous le charme). Je trouvais sa position confuse, politiquement intenable, et je n’étais pas vraiment à l’aise qu’un blogueur affilié tienne des propos de droite sur le blogue. Et puis, à ce même moment, j’ai vécu une rupture et je n’avais pas trop le temps et le goût de bloguer. Alors j’ai laissé courir. Mais je commençais à me questionner sur notre collaboration, car il était clair que UHEC devait rester un blogue de gauche et un blogue politique.

Renart posait des questions, et il en pose d’ailleurs toujours. Il est bon pour ça, poser des questions. Mais il l’est moins pour trouver des réponses. Il écrivait le 20 octobre 2007:

Au-delà de la politicaillerie et des grands discours, il va bien falloir un jour trancher dans le compromis canadien, le multiculturalisme, le bilinguisme officiel insidieux, asymétrique, parasite maladroit du bilinguisme volontaire, utilitaire, qui lui s’appuie avec raison sur le statut mondialisant de la langue anglaise. Il faudra faire le tri. […] Sinon, aussi bien passer à un autre niveau et accélérer l’assimilation en intégrant la totalité des nouveaux immigrants par l’anglais et en offrant des cours d’anglais gratuits pour la population francophone.

Ce sont de bonnes questions, mais le tri, il aurait pu le faire en lui aussi, car c’est lui qui se trouvait constamment entre deux chaises, incapable de se décider sur la position à choisir. Incapable de prendre position sur le multiculturalisme, sur le bilinguisme, sur l’anglicisation rampante à Montréal. Puisque UHEC a toujours été un site « coup de gueule », disons que je commençais à trouver que ses positions étaient plus que floues et moins pertinentes. Le tri, il aurait fallu qu’il le fasse d’abord dans ses idées.

Par la suite, ce qui s’est passé est la chose suivante: j’ai compris. Oui, oui, j’ai compris. Compris qu’un blogue c’est juste des bits sur un écran. Je me suis fait une nouvelle copine (déjà cinq mois, ouhla! 🙂 ), et j’ai commencé un projet de programmation de système automatisé de transactions boursières. En quelques mois j’ai appris à programmer alors que je ne savais rien faire et que j’ignorais tout de la programmation. Depuis environ quatre mois, je passe en moyenne quarante à cinquante heures par semaine à programmer (ou en attente de résultats d’optimisations), trente heures à travailler, et je vois ma copine la balance du temps. Alors le blogue… Disons que j’ai commencé à m’en foutre. Et sérieusement.

Parallèlement, j’ai commencé à chérir l’idée de pouvoir écrire moins souvent sur le blogue, seulement de temps en temps quand je le pourrais. J’ai même pensé le fermer, et c’est venu très près que je le fasse. Mais j’ai décidé de continuer, de n’écrire que quand j’en avais vraiment envie. Renart m’a alors écrit, s’inquiétant de la baisse du lectorat et du ranking: « […] La différence entre ta présence forte sur ton blogue avant et ton silence de maintenant semble se faire ressentir au niveau des commentaires, du trafic, et surtout, de notre détermination à y participer. »

Bon, concernant l’épisode de AFG, Renart affirme que c’était de l’égocentrisme de ma part justifiée par le fait que AFG avait dépassé UHEC dans le classement de Toutlemondeenblogue. Rien n’est plus éloigné de la réalité. La vérité, c’est que UHEC était déjà quasi à l’abandon (mon texte précédent datait de presque une semaine!) et que je n’en avais rien à cirer du classement de blogue de machin-truc. Je m’en foutais éperdument. Comment je suis tombé sur le site d’AFG? Je ne m’en souviens plus. Je crois que cette semaine-là tout le monde en parlait, peut-être même Lagacé. Je ne savais même pas que AFG était plus visité que UHEC, et je m’en foutais honnêtement.

Alors, quand j’ai écrit ce que j’ai écrit à propos de AFG, je l’ai fait parce que je voulais bien le faire. Parce que j’ai fait le tri dans mes idées (contrairement à Renart) et que j’ai choisi: le bilinguisme est un ennemi car le bilinguisme dans une société minoritaire conduit à l’assimilation. J’ai choisi mes idées. J’ai pris possession de mes points, de vue, au risque de déplaire. J’ai préféré être cohérent et m’aliéner des lecteurs plutôt que d’être naïf et ignorant et de poser des questions sans jamais trouver de réponses. J’ai choisi de dénoncer le fait que d’écrire en anglais sur la vie québécoise n’incitait pas les immigrants à se franciser. Je l’ai fait, et je le referai encore. Parce que ce sont là mes valeurs. Je crois en la langue française et en l’intégration des immigrants. J’ai pris position, ce que Renart n’est pas capable de faire. (En passant, notez que Renart est son nom « d’artiste ». Personnellement si j’avais déjà été refusé de publication à 4-5 reprises je réfléchirais avant de me prendre un nom « d’artiste » et de traiter les autres d’égocentriques…)

Suite à ce texte, Renart a écrit quelque chose que je n’ai pas aimé et j’ai compris que lui et moi on ne pensait vraiment plus pareil et qu’il valait mieux terminer notre collaboration. Je n’étais plus à l’aise d’écrire à côté de ses textes naïfs et insipides et lui n’était plus à l’aise non plus avec quelqu’un qui assume ses positions. Alors nous avons décidé d’en rester là, et c’est tout.

* * *

Quand Renart m’accuse d’être égocentrique, il fait de la projection. En fait, depuis son départ, tout tourne autour de son égo. De ce qu’il a vu, à qui il a parlé, des textes qu’il a écrit sur Centpapiers ou ailleurs, de son rang dans les blogues (non mais quelle importance le « ranking », franchement!), etc. Il a écrit plusieurs textes pour me dénoncer, et il a continué ses petits textes insipides où il pose beaucoup de questions sans jamais trouver de réponses. Mais pour Renart, ce qui compte c’est d’être lu. Le ranking! Il m’avait d’ailleurs écrit cet hiver pour me signifier que UHEC baissait dans les rankings, c’est pour vous dire l’importance que ça avait pour lui. Être connu, connaître la gloire… Il semble bien parti pour réaliser son rêve, lui qui blogue à temps plein désormais.

Par ailleurs, il affirme qu’il avait changé de catégorie pour le ranking ou je-sais-pas-quoi. Il dit qu’il avait fait ça pour me faire descendre dans le ranking et que je lui avais écrit par la suite. Et bien je n’ai même pas été visité ce ranking et jusqu’à preuve du contraire il n’est pas possible de changer de catégorie, alors vraiment il est rendu bas ce Renart pour mentir comme ça!

* * *

Aujourd’hui, c’est la fête des Patriotes.

Les Patriotes, s’ils vivaient aujourd’hui, ils se révolteraient. Ils n’accepteraient pas de plier sur leur langue, sur leur culture, de devoir plier l’échine et s’angliciser inexorablement. Mais si des mous comme Renart étaient catapultés en 1837, ils seraient les premiers en avant de la ligne à dire: « mes amis, ça ne vaut pas la peine cette violence! Ce n’est pas grave si nous disparaissons, ou si nous nous faisons écraser! » Mous. Très mous. Et ils accepteraient un job de journaliste pour le compte de Sa Majesté et renieraient ensuite leur peuple pour quelques dollars.

Car c’est comme ça qu’ils sont les gens assoiffés par le prestige, le pouvoir… ou le ranking. Ils se disent indépendantistes, mais ils sont une honte, le genre de soi-disant indépendantistes qui sont en fait les pires collabos et dont les actions sont plus dommageables que plusieurs fédéralistes (qui eux au moins avance à visage découvert).

Ils posent des questions de la même manière que d’autres offrent une voiture à vendre; quand l’acheteur offre le bon prix, les réponses se trouvent immédiatement. Bref, c’est une forme de prostitution littéraire où l’auteur s’offre à celui qui lui offre le plus.

La seule chose que je regrette avec Renart, c’est de ne pas avoir suivi mes intuitions dès le début, et de l’avoir viré dès l’automne dernier, quand j’ai commencé à être mal à l’aise avec ses positions.

Ceci dit, je lui souhaite la meilleure des chances dans sa carrière de blogueur-naïf professionnel. Qui sait, il se retrouvera peut-être un jour sur Cyberpresse, à poser des questions et à ne jamais donner de réponses, sauf quand ça va dans la « bonne direction »…

La prostitution littéraire, c’est déjà mieux que de faire la rue, non?

L’erreur de Layton
6 octobre 2007

J’aime bien le NPD; je trouve qu’au fédéral c’est le seul parti qui soit clairement de centre-gauche et qui puisse offrir une alternative crédible aux Conservateurs ou aux Libéraux. Mais parfois, le chef du NPD, Jack Layton, ferait bien de mieux s’informer avant de proposer un peu n’importe qui comme candidat. Mulcair, c’était un coup de maître. Julius Grey – et même s’il n’a pas l’intension de se présenter immédiatement – c’est à peu près comme une claque dans la face des Québécois.

Grey, il faut le rappeler, c’est cet avocat qui a voulu invalider de larges parties de la loi 101, qui a été jusqu’en Cour Suprême pour permettre aux élèves Sikhs de se promener avec une arme blanche dans leurs poches, qui défend les propriétaires de bar qui s’opposent à la loi sur le tabac et qui est le défenseur numéro un des anglophones frustrés de la région de Montréal.

Layton espère-t-il vraiment faire déferler une vague orange sur le Québec avec des candidats assi nuls que Julius Grey? Si oui, il ferait mieux de se servir une bonne tasse de réalité, et sans sucre ni crème.