Le spin des pointeurs de doigt
2 avril 2012

« C’est à notre existence même qu’on en veut et nous serons d’autant plus attaqués que nous serons plus dignes de vivre »

-Olivar Asselin

La règle cardinale pour tout peuple colonisé est de ne jamais questionner ou attaquer ses colonisateurs. Cette directive non écrite est violée par le dernier sondage L’Actualité, qui fait état de l’hostilité de plus en plus manifeste de la minorité de langue anglaise du Québec à l’égard de la langue nationale des Québécois. Le sondage est d’une telle éloquence et il pointe avec une telle précision les plus grands coupables de l’anglicisation de Montréal et du Québec, que les larbins de service n’ont pas tardé à imaginer toutes sortes de répliques pour tenter de nier l’indéniable.

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Ainsi, François Cardinal, dans La Presse, questionne les points d’exclamation et les tournures de phrases dans le sondage. Il affirme notamment que de parler de pouvoir d’attraction de l’anglais ou de la mondialisation serait tendancieux (!). Puisqu’il ne peut pas attaquer le résultat du sondage lui-même, il utilise la vieille tactique consistant à attaquer la forme pour discréditer l’essence. Pas subtil.

De la même manière, l’extrémiste de la droite économique Joanne Marcotte a publié une série de quatre (!) textes sur le sujet dans la feuille de chou de Péladeau. En clair, elle tente de tailler le sondage en pièces sous prétexte qu’il ne serait basé que sur 504 répondants (ce qui, statistiquement, est pourtant bien suffisant pour établir une tendance), qu’il encourage la division, ou – quelle horreur ! – que Jean-François Lisée, cet ancien péquiste, y est relié. Encore une fois, on s’attaque à la forme parce que l’essence est inattaquable : les anglophones rejettent massivement la langue nationale. Marcotte termine sa (trop longue) série en affirmant qu’il faudrait mieux commencer par cibler notre « communauté linguistique » (depuis quand la langue nationale est-elle une simple « communauté linguistique » ?) que de nous attaquer aux anglophones.

La palme du déni de soi-même et de la manipulation revient à Lysiane Gagnon qui, dans un torchon de langue anglaise, a ressassé une litanie de mensonges. Parmi ceux-ci, elle affirme que le sondage reproche aux anglophones de ne pas écouter Marie-Mai. En fait, le sondage demande plutôt aux anglophones s’ils CONNAISSENT Marie-Mai, et la réponse est la même que pour Régis Labeaume : non ! Autre mensonge : elle termine son texte en blâmant le soi-disant exil des francophones de l’île de Montréal pour expliquer le recul du français. Cet argument-bidon a pourtant maintes fois été invalidé par de nombreux chercheurs. À cet effet, mon essai APARTHEID UNIVERSITAIRE fait d’ailleurs état d’une anglicisation plus rapide pour les banlieues que pour Montréal : entre 2001 et 2006, la population de langue d’usage anglaise a augmenté de 4,9% à Montréal, contre 7,9% pour les banlieues, ce qui signifie que les banlieues s’anglicisent plus rapidement que Montréal ! Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…

Le but : intimider

Cette charge coordonnée contre le sondage L’Actualité vise avant toute chose à décourager toute initiative semblable dans le futur. En tentant de discréditer le magazine, on incite tout autre média à y penser à deux fois avant de penser cibler les anglophones du Québec.

Cette attitude est hautement anti-scientifique, voire obscurantiste. Il s’agit d’une tentative DÉLIBÉRÉE de camoufler la vérité aux Québécois et de ranimer en eux les vieux réflexes d’auto-flagellation à la sauce « c’est de notre faute si nous disparaissons ». On tente de décourager toute forme de réflexion critique quant au rôle des anglophones dans l’anglicisation de Montréal.

Ces anglophones méprisent notre loi fondamentale, ignorent tout de notre culture, souhaitent la disparition de notre langue, ne ressentent pas la moindre identification au français, mais ce serait de notre faute si nous nous anglicisons. Que dis-je, ce serait même une idée à la limite du racisme que d’imaginer que ces anglophones puissent constituer une des causes de notre anglicisation.

Tout peuple vaincu porte en lui le poids de la défaite comme une tache qu’il faudrait laver pour l’éternité. Nous, Québécois, en sommes tellement venus à croire nous-mêmes en notre propre infériorité que nous acceptons bêtement le mépris d’autrui comme le miroir de nos propres défauts. Nous ne nous croyons pas dignes d’exister, alors nous devons inventer toutes sortes de schémas paranoïdes pour tenter d’invalider la réalité qui devrait pourtant nous sauter en plein visage : ces anglophones nous ont toujours méprisé et ils nous mépriserons toujours tant que nous oserons tenter de vivre comme un peuple normal, dans notre langue et selon nos valeurs.

Les François Cardinal, Joanne Marcotte et Lysiane Gagnon de ce monde ne sont que l’expression de cette haine de soi qui nous incite encore et toujours à pointer le doigt vers nous quand il faudrait impérativement le faire à la face d’une minorité anglophone québécoise se croyant majorité canadienne et qui agit comme si nous n’avions aucunement le droit à l’existence.

Ça fait un quart de millénaire qu’on pointe le doigt sur nous-mêmes ; ne pourrait-on pas parfois le pointer sur autrui, surtout quand les faits le justifient ?


Vous venez de lire mon millième billet.

Huntingdon : les francophones se font assimiler !
7 mars 2012

Un ami m’a fait part d’une communication personnelle qu’il a eue avec Stéphane Gendron, maire de Huntingdon. Voici la réponse de Gendron à une requête lui demandant de respecter la langue nationale des Québécois :

Sincèrement, la solution de la ville fonctionne et ne vous enlève rien personnellement. […] Ca fait quand même presque 200 ans que l’on fonctionne comme ça. Alors pourquoi cesser?

Pourquoi cesser ? Parce que ça ne fonctionne pas du tout.

Population de langue maternelle, de langue d’usage française et assimilation des locuteurs français à une autre langue, Huntingdon, de 1996 à 2006.
Langue maternelle Langue d’usage Assimilation brute Taux d’assimilation
1996 1 548 1 435 -113 -7,3%
2001 1 488 1 395 -93 -6,2%
2006 1 450 1 350 -100 -6,9%

Source : Statistique Canada

N’en déplaise aux divagations du maire de la municipalité, la situation ne va pas du tout. Alors que la langue nationale, officielle et commune des Québécois est le français depuis 1977, sa ville assimile les francophones. Des individus ayant le français comme langue maternelle choisissent de laisser tomber cette langue au cours de leur vie à Huntingdon.

À l’inverse, la situation des anglophones est fort enviable. Non seulement l’ensemble de l’assimilation des francophones se fait à leur profit, mais la différence entre les données d’assimilation des francophones et de l’intégration des anglophones s’explique par une intégration quasi-exclusive des immigrants à l’anglais.

Population de langue maternelle, de langue d’usage anglaise et intégration des locuteurs d’autres langues à la langue anglaise, Huntingdon, de 1996 à 2006.
Langue maternelle Langue d’usage Intégration brute Taux d’intégration
1996 1 063 1 205 143 13,4%
2001 1 018 1 170 153 15,0%
2006 1 000 1 150 150 15,0%

Source : Statistique Canada

En clair, quand Stéphane Gendron affirme que la situation fonctionne, et que son mépris de la Loi 101 n’a pas de conséquences, il ment. Les données sont éloquentes : les francophones de Huntingdon sont victimes d’une assimilation vers l’anglais. Ce taux d’assimilation atteint près de 7% en 2006, soit seulement 2% de moins que le taux d’assimilation des francophones du Nouveau-Brunswick. Personne, évidemment, n’aurait l’idée de suggérer que la situation des francophones se porte bien dans cette province.

Ce n’est donc pas l’anglais qu’il faut protéger à Huntingdon. Cette langue se porte très bien et il y a encore près de 400 habitants de Huntingdon qui ne comprennent pas un seul mot de français, merci à la politique de bilinguisme forcé imposée par la ville. Huntingdon encourage le repli sur soi des anglophones et favorise l’intégration des immigrants non pas dans la langue nationale, comme cela devrait être le cas et est la normalité partout dans le monde, mais dans la langue de la minorité.

Il est inacceptable de laisser un médiocre roitelet comme Gendron mépriser ainsi la loi la plus fondamentale des Québécois, la seule qui les sépare d’une assimilation à plus grande échelle.

Si Gendron croit qu’il n’y a pas de problème, cela prouve une de deux choses : ou bien il n’a rien à foutre de la langue des Québécois, ou bien c’est un maire misérable et totalement ignorant de ce qui se passe dans sa ville.

Dans les deux cas, c’est un incompétent et son départ annoncé de la vie politique constitue une bonne nouvelle non seulement pour ceux des nôtres qui subissent l’assimilation à Huntingdon, mais pour l’ensemble des Québécois dont la langue est plus menacée que jamais, précisément à cause d’un anglomane comme lui.


Je vous invite à vous joindre à cette page Facebook, qui suggère un pèlerinage à Huntingdon, avec un appareil photo dans une main et un paquet de formulaires de plaintes à l’OQLF dans l’autre…

Un racisme ordinaire
4 mars 2012

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

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Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

CHUM-CUSM: l’apartheid linguistique
8 décembre 2009

Que le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) coûte 300 millions de dollars de plus ne constitue pas un énorme scandale en soi. Que cette explosion artificielle des coûts soit causée par l’aveuglement idéologique d’un gouvernement obnubilé par ses foutus PPP, voilà qui est choquant. Mais ce qui est réellement enrageant, c’est de constater qu’en 2009, il existe deux classes de malades au Québec: des Québécois sous-financés et des anglophones sur-financés.

apartheid

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Ainsi, le CUSM anglophone devrait coûter 1,5 milliards de dollars, contre 1,8 milliards $ pour le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) francophone. Le premier sera construit pour une population de langue maternelle anglophone de 575 555 personnes tandis que le second servira 5 877 660 Québécois. L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660) contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un Québécois vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone. (( Toutes les données proviennent du recensement de l’année 2006 de Statistique Canada))

Certains m’objecteront que ces hôpitaux desserviront principalement la population de la région de Montréal. C’est faux. Ils constitueront de véritables laboratoires de la santé, des outils de soins de haute-technologie pour l’ensemble des Québécois. Ces centres serviront à soigner des patients de tout le Québec, ce que confirme d’ailleurs le docteur Paul Perrotte, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) dans cette brochure. Ce ne seront pas des hôpitaux ordinaires où on échoue lorsqu’on se brise le bras ou qu’une femme accouche; s’il y aura des services de première ligne concernant principalement les Montréalais, la plus grande partie des soins serviront à tous les Québécois.

Certains m’objecteront également d’avoir utilisé la langue maternelle plutôt que la langue d’usage pour ce calcul. Si j’ai choisi cette première, c’est par un soucis de respect de la position historique de la minorité anglophone. Autrement dit: il ne faut pas chercher à savoir combien de personnes parlent actuellement l’anglais – ce qui identifie une anglicisation et une assimilation à l’anglais des immigrants, ce que nous ne voulons pas – mais plutôt à quelle hauteur devrait être le financement des institutions anglophones historiques. En clair, nous ne voulons pas financer les institutions anglophones en fonction d’une assimilation vers l’anglais qu’elles ont contribué à créer, mais plutôt en fonction du poids traditionnel de ses habitants.

Malgré tout, je serai bon joueur. Imaginons – même si ce n’est pas le cas – que ces hôpitaux serviraient principalement à la région montréalaise et utilisons la langue d’usage au lieu de la langue maternelle. Dans un dernier billet, j’ai compilé des statistiques sur la défrancisation des banlieues. Dans les données brutes, on pouvait considérer le nombre total d’anglophones et de Québécois à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. Il y a donc 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones dans la région. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le CUSM. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Or, comment se fait-il que nous, Québécois, acceptons cette injustice? Pourquoi sommes-nous les premiers à plaindre la veuve ou l’éploré, à nous culpabiliser pour les Amérindiens, à nous blâmer pour notre difficulté à intégrer les immigrants, à nous condamner pour un ci ou un ça et à nous flageller d’autres mantras destructeurs pour notre fierté collective, au même moment où on ne dit mot quand le gouvernement nous traite comme des citoyens de seconde classe?

Si le Québec est une nation et que sa langue commune est le français, il serait peut-être temps d’agir comme tel. Aurait-on idée, dans n’importe quel autre pays civilisé, de voir une minorité aussi chouchoutée, dorlotée, engraissée et flattée que les anglophones montréalais obtenir de tels avantages indus? Presque partout sur la planète, on finance surtout les institutions dans la langue commune et jamais, JAMAIS, on n’accepterait que la majorité des citoyens soient traités aussi vulgairement.

Cette façon d’agir – et quoi qu’on en dise – possède un petit relent d’apartheid. Une élite rhodésienne accapare nos richesses collectives et taxe le labeur d’une majorité de subalternes n’ayant pas droit aux mêmes privilèges. Et si les petits nègres blancs d’Amérique veulent se faire bien soigner, qu’ils apprennent le SPEAK WHITE! Lorsque le peuple lui-même a intériorisé son propre sentiment d’infériorité linguistique, plus personne ne peut se choquer de ce qu’on se serve de ses bras et de sa sueur pour porter bien haut des élites qui le méprise.

Il serait peut-être temps d’en finir avec le sur-financement des institutions anglophones et d’exiger l’égalité pour les Québécois… en leur propre nation!

Et si on se dotait d’un seul méga-hôpital francophone à Montréal?

De la viande morte à la langue morte
7 décembre 2009

Viande morte. C’était dans ces mots qu’un célèbre politicien québécois avait qualifié les francophones hors-Québec. Un vieux steak oublié sur le comptoir de l’assimilation. Et comme toute pièce de viande abandonnée à l’air non-libre, si elle se met à bouger, ce n’est certainement pas l’animal qui s’exprime, mais peut-être simplement le signe d’une putréfaction en progression. J’en ai le coeur brisé dès que j’y pense, mais la polémique entourant la publicité unilingue anglaise envoyée aux Franco-Ontariens ne constitue que les derniers soubresauts de ce qui fut autrefois une belle bête vivace qu’on a trucidée, dépecée et passée au robot culinaire d’un bilinguisme anglicisant.

viande-morte

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Quand M. Jean-Marie Leduc, l’homme par qui est arrivé à le scandale, parle du « million de francophones » en Ontario et du « 150 000 à 200 000 » à Ottawa, ce qui aurait dû suggérer la francisation partielle de la documentation de Tourisme Québec, il vit dans le passé. Ces chiffres, c’était il y a une génération. Un francophone, ce n’est pas quelqu’un qui est né comme tel; c’est quelqu’un qui parle le français. Ce n’est pas la langue maternelle qui compte, mais la langue d’usage, celle parlée dans l’intimité. Et à ce niveau, le niveau d’assimilation des Franco-Ontariens est de loin supérieur à ce qu’affirme M. Leduc.

Province of Ontario

Dans l’ensemble de la province, si on se fie au dernier recensement de Statistique Canada, il n’y a plus que 290 000 francophones d’usage dans la province (sur une population totale de près de 10 millions d’habitants). Dans une province où les locuteurs de langues autres que l’anglais ou le français dépassent 1 800 000 personnes, les francophones sont devenus une ethnie comme une autre. Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue (un résultat au-dessus de 1 indique une progression; en-dessous un déclin), le français (0,59) se fait dépasser par l’Ourdou (0,71), le Persan (0,73), le Russe (0,75), le Pendjabi (0,77), le Tamoul (0,80), le Mandarin (0,84) et le Cantonnais (0,85)! Concrètement, toutes ces langues étrangères possèdent davantage de vitalité que le français en Ontario. Un individu espérant léguer sa langue et sa culture à sa descendance aurait plus de chances de le faire s’il parle le Tamoul ou le Pendjabi que le français!

À Ottawa, la situation n’est guère plus réjouissante. Sur une population de près de 800 000 habitants, le nombre de locuteurs francophones atteint 85 000, soit à peine plus de dix pourcent. Bien sûr, on offre un bilinguisme de façade (quoi que…), mais le soir venu, après une journée de faire-semblant et de savonnage de langue pour faire plaisir à des touristes émerveillés par la grandiose capitale du plus-meilleur-pays bilingue du monde, c’est en anglais qu’on se parle.

Un rapport sur la francophonie en Ontario, publié en 1995, expliquait déjà:

Pour de nombreux jeunes Franco-Ontariens, le français demeure la langue maternelle, mais il devient effectivement une langue seconde, enseignée comme un outil de communication, mais un outil plus ou moins efficace dans le contexte ontarien. Inconsciemment et naturellement, l’anglais, qui était au point de départ la langue seconde, se transforme subrepticement en langue première, celle qui exprime les réalités fondamentales de la vie, celle dont les mots portent une charge émotive, celle qui baigne dans une culture et une histoire ; en d’autres mots, la langue de Shakespeare. Pour plusieurs francophones minoritaires, Molière est rentré à Versailles ; ils ont le français comme langue maternelle, mais l’anglais comme langue première. De la bilinguisation de l’univers culturel, nous passons maintenant à la secondarisation de la langue française.

Ces Franco-Ontariens à qui on a appris le français comme d’autres s’embarrassent de quelque bibelot doré, ont conscience de l’inutilité pratique de leur langue. Quand toute la vie autour de soi se meut en anglais, on a beau aimer son héritage culturel, on n’arrive pas à le transmettre convenablement. On finit toujours par le laisser tomber. On a beau chérir sa douce béquille et l’amener partout avec soi, on finit par la laisser derrière pour un emploi ou lorsqu’on nous demande de parler la réelle langue commune: l’anglais. Car quoi qu’on en dise, la majorité ne parle pas une langue par amour, mais par nécessité.

La vraie leçon

Au lieu de nous culpabiliser sur le triste sort des Franco-Ontariens et de saisir les tribunaux ou le Commissaire aux langues officielles, cet organe de surveillance de l’assimilation tranquille des francophones hors-Québec, M. Leduc devrait se servir de l’apparente bévue de Tourisme Québec pour nous rappeler, à nous, Québécois, ce qui arrive à un peuple qui se bilinguise.

Car pour un Leduc qui s’offusque, combien de Franco-Ontariens n’ont même pas levé un sourcil en lisant cette brochure entièrement en anglais au milieu d’un millier d’autres brochures tout autant anglaises? Quand on a intégré la réalité que sa propre langue constitue une béquille, on ne s’offusque même plus lorsqu’on s’adresse à soi dans une langue étrangère.

La voilà, la réelle leçon de ce « scandale ». Le Québec ne constitue pas une exception sur cette planète: tous les peuples minoritaires qui sont devenus bilingues sont disparus. Ce qui fut une forte minorité francophone ontarienne est devenue une chiure de goéland qu’on enlève avec l’essuie-glace d’un bilinguisme de façade et le liquide antigel du culte du multiculturalisme.

Une langue, quoi qu’on en dise, ne se défend pas dans les brochures et les affiches. C’est dans la rue, au travail, à la maison, sur Internet, à chaque fois qu’on interagit avec autrui qu’il faut la chérir, la protéger, la partager comme ce merveilleux cadeau d’intégration.

Sinon, autant déclarer le Québec bilingue et mettre la clef immédiatement dans notre désir de voir nos descendants parler encore notre langue et se faire les porteurs de nos valeurs.

Nous, nous avons encore le choix. Les Franco-Ontariens l’ont perdu il y a longtemps, brochure anglaise ou pas. La viande morte, chez eux, s’est déjà transformée en langue morte.

Et si on se décidait à n’encourager que le tourisme francophone en publiant des brochures en français? Et si on se décidait, enfin, à parler notre langue… chez nous? Voilà au moins qui aurait le mérite d’être clair pour quiconque désire venir nous visiter: ici, c’est en français que ça se passe!

Banlieue: la défrancisation tranquille
26 novembre 2009

Il y a quelques semaines, j’écrivais un billet démontant le mythe de l’exode des francophones de Montréal vers la banlieue. À écouter certains, il aurait suffit de redonner le goût de Montréal aux francophones en y plantant des arbres et en y inaugurant des parcs pour qu’ils quittent une banlieue soi-disant hyper-francophone et reviennent dans la métropole. J’ai utilisé les chiffres de Charles Castonguay pour détruire cette idée: entre 2001 et 2006, la population de langue maternelle française a connu une croissance de 4,7% dans la banlieue montréalaise, contre 16,4% pour celle anglaise. Mais il me fallait aller plus loin.

defrancisation-banlieue

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Ainsi, dans un soucis de transparence, je me suis demandé si les statistiques iraient dans le même sens si on ne prenait pas la langue maternelle comme référence, mais plutôt la langue utilisée à la maison. Il me semblait que dans un contexte où nous recevons plus de 50 000 immigrants chaque année et où nous espérons en franciser la vaste majorité, la langue de naissance était moins importante que la langue utilisée aujourd’hui dans son quotidien le plus intime, chez soi. On peut baragouiner le français en public ou être né dans une famille francophone, mais la vraie langue, celle qui compte, celle qui nous transporte et qui est réellement vivante, c’est celle qu’on parle chez soi.

Les résultats sont tout aussi définitifs: la banlieue s’anglicise presque aussi rapidement que la ville. Il n’y a donc pas d’exode des francophones de Montréal, mais une anglicisation généralisée de toute la région.

Observez le graphique ci-bas. (( J’ai utilisé la même méthode que dans ce billet. J’ai distribué au pro-rata de chaque langue les résultats des réponses multiples. Tous les chiffres proviennent des recensements de 2001 et 2006 de Statistique Canada. J’ai calculé les statistiques en tenant compte des fusions et défusions municipales.)) (Vous pouvez également consulter les données brutes qui m’ont permis de faire ce tableau)

2001 2006 2001-2006 2001-2006 2001-2006
Nom de la municipalité ou de la région Pourcentage de la population parlant français à la maison* Pourcentage de la population parlant français à la maison* Différence entre les pourcentages de locuteurs français*
Croissance totale des locuteurs de langue anglaise Croissance totale des locuteurs de langue française
Couronne sud
Boucherville 96.7% 96.4% -0.3% 2.7% 7.6%
Brossard 60.4% 56.2% -4.2% 6.9% 1.5%
Candiac 82.8% 83.7% 0.9% 21.2% 26.4%
Châteauguay 67.2% 66.3% -0.9% 0.3% 2.2%
Delson 94.9% 90.2% -4.7% 84.8% -1.6%
La Prairie 93.8% 92.2% -1.6% 9.7% 14.6%
Longueuil 88.3% 85.1% -3.2% 4.8% -2.6%
Notre-Dame-de-l’Île-Perrot 77.0% 72.0% -5.0% 37.2% 8.7%
Saint-Bruno-de-Montarville 85.9% 86.6% 0.7% 19% 0%
Pincourt 59.9% 54.6% -5.3% -8.2% 4.2%
Saint-Constant 93.5% 93.0% -0.5% 13.7% 6.4%
Sainte-Catherine 94.6% 95.4% 0.8% -25.9% 2.2%
Sainte-Julie 98.1% 98.2% 0.1% -34.0% 9.8%
Varennes 98.9% 98.6% -0.2% 7.3% 6.0%
Vaudreuil-Dorion 83.1% 74.5% -8.6% 67.6% 15.4%
Vaudreuil-sur-le-Lac 86.1% 73.9% -12.3% 185.0% 24.7%
Laval 78.8% 73.4% -5.4% 30.0% -0.3%
Couronne nord
Blainville 96.2% 94.8% -1.4% 90.1% 27.4%
Boisbriand 89.2% 90.4% 1.2% -5.6% 0.1%
Bois-des-Filion 97.7% 98.0% 0.3% -42.4% 10.0%
Deux-Montagnes 77.6% 77.8% 0.2% -4.4% 1.7%
Lorraine 88.9% 88.5% -0.4% 2.0% 0.9%
Mascouche 96.8% 96.2% -0.5% 19.1% 14.7%
Repentigny 98.8% 97.4% -1.3% 69.3% 3.8%
Rosemère 78.3% 78.4% 0.0% 9.7% 7.2%
Sainte-Anne-des-Plaines 99.3% 97.6% -1.8% 87.5% 0.1%
Sainte-Marthe-sur-le-Lac 95.2% 92.7% -2.5% 66.3% 25.2%
Sainte-Thérèse 95.1% 94.8% -0.3% 20.3% 3.9%
Saint-Eustache 96.2% 95.3% -0.9% 15.7% 2.8%
Terrebonne 98.0% 96.4% -1.5% 60.4% 15.4%
Banlieues insulaires
Baie-d’Urfé 17.4% 15.4% -1.9% 3.0% -10.2%
Beaconsfield 22.1% 24.0% 1.9% -3.7% 7.9%
Côte-Saint-Luc 13.1% 14.0% 0.9% -1.7% 11.1%
Dollard-des-Ormeaux 18.7% 16.1% -2.6% 1.1% -11.5%
Dorval 32.1% 29.4% -2.7% 2.2% -5.2%
Hampstead 12.7% 12.4% -0.3% 1.9% -1.2%
Kirkland 22.2% 20.6% -1.6% 3.4% -6.0%
Mont-Royal 48.6% 49.9% 1.2% -5.2% 2.6%
Montréal-Est 93.0% 91.3% -1.7% -15.2% 5.0%
Montréal-Ouest 13.9% 12.8% -1.2% 6.4% -7.9%
Pointe-Claire 21.0% 19.9% -1.1% -1.0% -1.7%
Sainte-Anne-de-Bellevue 43.7% 39.5% -4.2% 11.7% -2.9%
Senneville 41.3% 36.2% -5.1% 12.4% -13.0%
Westmount 18.7% 20.1% 1.4% -3.5% 8.3%
Couronne sud 84.5% 82.0% -2.6% 9.2% 2.7%
Laval 78.8% 73.4% -5.4% 30.0% -0.3%
Couronne nord 95.0% 94.2% -0.8% 19.1% 9.6%
Banlieues insulaires 23.8% 23.1% -0.7% 0% -1%
Montréal 62.0% 59.6% -2.4% 4.4% -1.8%
Total des banlieues rapprochées 77.0% 75.0% -2.0% 7.6% 4.2%

*Données comprenant les réponses multiples distribuées au pro-rata des réponses francophones et anglophones.

Malgré quelques gains très localisés, on constate un recul généralisé du français dans les banlieues, principalement à Laval. Dans cette ville, l’anglicisation est spectaculaire: baisse de 5% du nombre de personnes parlant le français à la maison en cinq ans, et une croissance de 30% de la population anglophone! À ce rythme, les francophones seront minoritaires dans l’Île-Jésus vers 2026. Dans la couronne sud, la situation n’est guère beaucoup plus réjouissante. Une croissance très modeste de 2,7% de la population francophone, contre 9,2% pour les anglophones!

En fait, seules les banlieues sur l’île de Montréal n’enregistrent pas de perte majeure quant au français. Si on habite la métropole et qu’on désire vivre dans un endroit où le français progresse, il faut viser Beaconsfield, Ville Mont-Royal ou Westmount. Les gains du français y sont insignifiants en comparaison des pertes dans les autres localités de la région, mais un gain n’est-il pas un gain?

On le constate: ceux qui veulent résumer le problème linguistique à une question de qualité de vie ou de retour à la ville des francophones ont tout faux. Même si demain matin on rapatriait des dizaines de milliers de francophones à Montréal, il ne s’agirait que d’un trou supplémentaire dans la banlieue. C’est toute la région métropolitaine qui s’anglicise.

On a cru que les anglophones finiraient par se franciser lorsqu’ils quitteraient l’île, mais c’est le contraire qui s’est produit: ce sont les francophones qui s’anglicisent et qui contribuent à augmenter la tension linguistique sur des banlieues de plus en plus éloignées. Les anglophones, même s’ils sont ultra-minoritaires, réussissent à imposer leur langue partout où ils vont. Ils trouvent toujours un petit Québécois à-plat-ventriste pour leur parler en anglais.

Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir de la création officielle, dimanche prochain, du Mouvement Montérégie français. Pour le moment, il s’agit d’un bien petit pansement sur l’hémorragie, mais il faut commencer quelque part. L’anglicisation progresse, le français recule, mais la résistance s’organise. Et, surtout, elle n’a plus peur de s’afficher.

À quand un Mouvement Laval français? Et surtout, à quand des Québécois assez fiers de leur langue pour avoir envie de la partager avec les nouveaux arrivants, de les aider à s’intégrer en leur parlant strictement en français?


AJOUT: Lysiane Gagnon perpétue, encore aujourd’hui, le mythe de l’exode des francophones de Montréal. Pourtant, les chiffres sont sans équivoque: la banlieue s’anglicise aussi rapidement que la ville-centre, ce qui démontre on-ne-peut-plus-clairement que ce n’est pas en « ramenant les jeunes familles à Montréal » qu’on empêchera l’anglicisation de la région, mais bien en prenant le problème de front et en s’attaquant à de qui permet à la langue anglaise d’être aussi vivace non seulement à Montréal, mais également en banlieue.

La fin ne justifie pas les moyens
23 septembre 2009

N’ayez crainte, je ne réinventerez pas la roue. La question de savoir si la fin justifie les moyens est trop complexe pour être débattue en quelques lignes. Ceci dit, trois événements récents m’ont poussé à me questionner sur le sujet. Doit-on tout faire pour gagner, et quelle est la valeur d’une victoire obtenue au prix d’une autre défaite?

la-fin-justifie-les-moyens

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1) On ne devrait pas parler des liens entre Projet Montréal et Québec Solidaire

Récemment, je m’entretenais avec une candidate de Projet Montréal. La question des liens entre son parti et Québec Solidaire est naturellement venue dans la discussion; après tout, c’est un secret de polichinelle que l’influence d’Amir Khadir dans le parti dépasse le simple fait d’avoir une épouse qui y est candidate. J’ai laissé entendre que j’allais en parler dans mon texte. Elle m’a répondu, inquiète: « Si tu fais ça, tu vas tuer Projet Montréal ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle disait cela, elle m’a répondu que Projet Montréal ne devait pas être associé à la gauche, qu’il devait viser le « grand public ».

Ainsi, selon cette candidate, il était acceptable de cacher la vérité aux citoyens afin d’aider le parti à se faire élire. Comprenez bien: « nous savons ce qui est bon pour vous et vous n’avez pas à savoir qui nous sommes vraiment ». Bref, la fin justifie les moyens. Tant pis si les citoyens votent sans savoir.

Or, quel est le grand danger de savoir que Québec Solidaire (QS) et Projet Montréal (PM) partagent des convictions communes et ont des machines électorales très reliées? À court terme, d’accord, on risque d’enlever quelques votes à PM car QS est encore un parti marginal. Mais en refusant de s’afficher clairement aux côtés de QS, on lance également le message que QS n’est pas un parti fréquentable, et on nuit à la crédibilité du parti en tant que force politique majeure sur la scène provinciale. On se prive d’un soutien potentiel à long terme. Tout ça pour espérer aller chercher quelques votes de plus.

Et puis, pour un parti qui se dit le champion de la transparence et qui tire ses origines de la base, ne devrait-il pas plutôt se faire le relai de ses supporters, qui votent également massivement pour QS? À trop vouloir devenir « présentable », on devient exactement comme ceux qu’on dénonce. Cacher les liens entre QS et PM, à mon avis, ne contribue qu’à perpétuer la politique des cachotteries.

Et même si elle permettait de faire élire PM, qu’aurait-on réellement accompli, en fait? On aurait donné l’expérience du pouvoir à des gens qui auraient utilisé le secret pour se faire élire. Ne seraient-il pas tentés de recommencer?

2) On doit parler aux anglophones en anglais pour les sensibiliser

Un candidat aux prochaines élections municipales me demandait: ne devrais-je pas parler en anglais et envoyer de la documentation en anglais aux anglophones dans mon quartier afin de les inciter à voter pour moi? Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

3) « Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour Projet Montréal »

C’était, grosso modo, l’argument que m’ont répété ad nauseam les membres du réseau Lapointe/Brisson. Ils ont travaillé pour Harel pendant qu’ils étaient membres de PM. Ils ont tenté d’avoir la tête de Richard Bergeron, le chef de PM. Ils ont magouillé, ils ont fait du chantage, ils ont harcelé une candidate pour l’inciter à se retirer. Mais tout ça, c’était, évidemment, pour le bien-être du parti. On se débarrasse du chef, on manipule les membres, on fait de la grosse politique sale, mais c’est pour le « bien du parti ». « Madame, on va couper vos deux jambes et vos deux bras, et c’est pour votre bien. »

Dans les faits, pour cet exemple comme pour les deux autres, je ne crois pas que la fin justifie les moyens. S’il faut, soi-disant pour le bien-être d’un parti, manipuler tout le monde et faire ce que ces gens ont fait, que vaut le parti en question? Un parti qui gagne ses élections en utilisant de telles méthodes a-t-il respecté la volonté des citoyens? Quand on harcèle quelqu’un pour l’inciter à démissionner, est-ce qu’on respecte les citoyens qui ont placé leur confiance en cet individu?

Dans tous les cas, on m’accusera d’être naïf. Et c’était aussi le plus grand des reproches qu’on adressait à Richard Bergeron quand on essayait de s’en débarrasser.

Mais la naïveté, dans un contexte où les citoyens sont désabusés de la politique et n’ont pas la moindre confiance en les politiciens, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus grand besoin? De pouvoir marcher dans la rue, de s’afficher comme politicien, et de savoir qu’on n’a rien à cacher, qu’on a été intègre du début à la fin dans tout le processus et qu’on a refusé les raccourcis faciles de la dissimulation, de l’aplatventrisme ou des tractations de coulisse… Quelle valeur ont l’honnêteté et l’intégrité?

Oui, je suis naïf, et je suis fier de l’être. Et je sais même que ce billet n’est pas mon meilleur. Il n’est peut-être même pas bon car je l’ai écrit d’un trait. Mais je l’assume comme tel et je ne cherche pas à maquiller ce que je suis pour faire plaisir à un tel ou un tel autre. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je suis honnête; je ne me prostitue pas pour de l’argent ou du pouvoir. Quand je suis payé pour écrire, je le suis parce que j’y crois et parce que j’aime ça. Je suis naïf, mais je suis honnête. La naïveté, c’est ce qui précède l’honnêteté.

Et c’est ce que j’aime chez Richard Bergeron, de Projet Montréal: jusqu’au bout, il a été honnête et intègre avec ses idées, même quand on le manipulait. Dans un système municipal corrompu, c’est exactement le genre d’individu incorruptible que j’aimerais avoir à la tête de Montréal.

Alors, que tous ceux qui croient que la fin justifie les moyens et qu’il faudrait cacher certaines choses aux citoyens ou refuser de voir les conséquences de ses actions à long terme, je vous dis que vous avez tort. Vous gagnerez peut-être la bataille de cette façon, mais inévitablement, vous perdrez la guerre.

Et plus que tout, en bout de ligne, ce sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur qui en pâtiront.

Bien mal acquis ne profite jamais.

L’indépendance… en anglais?!
4 juillet 2009

C’est un ensemble de circonstances qui sont à l’origine de ce billlet. Une sorte d’effet papillon m’ayant catapulté au coeur d’un nouveau débat.

D’abord, j’avais toujours été sceptique vis à vis de la grande marche vers l’indépendance. Je me demandais: à quoi bon? Est-ce en marchant qu’on fait avancer les idées? À ce que je sache, des centaines de milliers de Québécois se déplacent à tous les 24 juin pour qu’on se célèbre et ça n’empêche pas notre langue de régresser à Montréal ni même nos élites de tourner le dos, sous couvert d’étapisme, à la souveraineté du Québec.

independance-anglais

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Puis, par un incroyable hasard, j’ai lu la chronique de Steve Proulx, où celui-ci s’interrogeait également sur la signification de la banderole de la manifestation, intitulée « L’Indépendance est en marche et rien ne pourra l’arrêter! ». Tout comme lui, je me demandais où voulaient en venir les organisateurs, et j’ai ressenti un innommable malaise, une tension qui me grugeait de l’intérieur sans que je puisse la définir.

Et ça m’est apparu, encore par hasard, sur Facebook. J’adore Facebook, vous l’ai-je déjà dit? J’ai laissé tomber Twitter, car tout ce que je pouvais y faire, Facebook le fait en mieux. Ce que j’aime particulièrement, c’est la possibilité de créer des groupes pour partager avec des gens qui ont des idéaux semblables. C’est ainsi que j’ai créé le groupe Au Québec, on travaille en français! qui en date d’aujourd’hui compte 134 membres. Et hier soir, j’ai découvert, encore une fois par hasard (ça s’accumule!) un nouveau groupe, intitulé Independence Now for Quebec!. Et qui a créé ce groupe entièrement en anglais et s’adressant aux anglophones? Julie-Blanche Graveline, la même personne qui est derrière la marche pour l’indépendance.

Et *pouf*, tout s’est mis en place dans ma tête. J’ai compris d’où provenait mon malaise.

La marque de l’indépendance

Le problème avec la marche pour l’indépendance et la création d’un groupe unilingue anglophone, c’est qu’on dénature l’idée même d’indépendance. Au lieu d’être un outil permettant d’assurer notre survie collective en tant que peuple francophone d’Amérique du Nord, celle-ci devient une sorte de marque ce commerce, un simple branding qu’on lance haut et fort sans en mesurer les conséquences. L’indépendance ne constitue plus un cheminement collectif impliquant un combat politique, mais une simple idée dont on espère qu’elle se réalisera comme par magie, sans trop savoir pourquoi ou comment.

Dans le cas de la marche pour l’indépendance, on proclame que celle-ci est en marche, mais de quelle indépendance parle-t-on? De quelle façon est-elle en marche? Concrètement, appuie-t-on les référendums sectoriels de Marois ou croit-on qu’une déclaration unilatérale d’un parlement souverain suffirait? Croyons-nous que le véhicule de l’indépendance est le Parti Québécois, ou bien un autre parti? Pourquoi voulons-nous l’indépendance, au fait?

C’est cette dernière question qui m’a interpelé dans le cas du groupe pour les anglophones. En créant un groupe entièrement en anglais, quel message lance-t-on à ces anglophones, sinon qu’il est légitime d’habiter ici et de ne pas apprendre notre langue? Dans un message, Julie-Blanche Graveline m’écrit: « J’ai beaucoup de respect pour mes amis anglais qui sont souverainistes.» Tous les sondages démontrent qu’une des plus importantes valeurs des Québécois est la langue française. Pourquoi, alors, ne pas inciter ces anglophones à devenir des francophones s’ils espèrent partager notre destinée? On ne peut pas à la fois se réclamer Québécois et au même moment cracher sur ce que nous avons de plus précieux en refusant d’apprendre notre langue. L’idée même d’indépendantistes anglophones me semble douteuse.

À moins… bien sûr, que l’indépendance ne soit qu’une marque, qu’un concept creux, vide.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi l’indépendance est autre chose qu’un putain de pays sur une putain de carte. J’en ai rien à foutre des frontières et d’entendre jouer « Gens du pays » à Paris ou à Washington. Non. Ça, c’est une marque de commerce. Pays au Québec, et ici c’est Coca-Cola. Et ailleurs c’est Nike. Ce qui m’intéresse, c’est une indépendance en tant que moyen d’assurer la survivance de ce que nous sommes, c’est-à-dire le seul peuple francophone d’Amérique du Nord ayant encore la capacité de se sauver des affres de l’assimilation. Ce n’est pas rien.

Alors, qu’on ne vienne pas me dire qu’il faudrait s’adresser aux anglophones en anglais pour les inciter à devenir indépendantistes comme nous. Quand ta culture ne représente que 2% de l’Amérique du Nord et que tu dois t’adresser à tes propres concitoyens dans la langue de la majorité, tu as déjà perdu. Game over. Tu lances le message suivant aux anglophones: « notre indépendance vaut tellement peu que nous sommes prêts à accepter que vous refusiez nos valeurs fondamentales pour avoir votre vote ». Ce marchandisage porte un nom: prostitution.

En fait, de nombreux indépendantistes ont tellement peur de se faire accuser de sectarisme, de xénophobie ou de racisme qu’ils en viennent à avoir peur d’exister. Ils se dépêchent de dénaturer l’indépendance, de lui enlever tout élément le moindrement révolutionnaire, de la blanchir, de l’édulcorer, de la rendre tellement insipide qu’elle n’enflamme plus personne. On dirait à les écouter qu’ils ont adopté le discours de tous les André Pratte et Alain Dubuc de ce monde.

Et bien moi, je réclame le droit à la fierté. Je ne suis ni sectaire, ni xénophobe, ni raciste. Je suis fier d’être ce que je suis et à mes yeux l’indépendance est et doit demeurer le moyen de préserver notre culture et nos valeurs. J’accepte quiconque respecte nos valeurs de base. Et notre principale valeur, peu importe ce qu’en disent ces peureux qui se réclament indépendantistes mais qui veulent la faire sans choquer personne ni faire le moindre acte politique, c’est le français. Quémander l’aide des anglophones en les confortant dans leur choix de ne pas s’intégrer est suicidaire. Ne faudrait-il pas plutôt leur parler en français et leur lancer le message qu’ici, au Québec, notre langue commune est le français?

Car si la liberté n’est pas une marque de yogurt, l’indépendance ne constitue aucunement une bébelle qu’on peut dénaturer jusqu’à ce qu’elle se fonde dans la banalité d’un quotidien évacué de toute forme de fierté.  Si elle représente vraiment notre survie, elle doit se faire en français, et sans compromis.

Quand le Parti Québécois désire angliciser le Québec
25 novembre 2008

speak_quebec_anglicisationCe ne doit plus être un secret pour personne: je travaille à Ville Saint-Laurent, un des quartiers les plus multi-ethniques de Montréal, où près de 49% de la population a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais et où une grande proportion de ces immigrants ou fils et filles d’immigrants s’intègrent vers l’anglais. Je connais cette réalité d’immigrants qui sont ici depuis deux, cinq, dix ou vingt ans et qui ne parlent pas un mot en français. En fait, oui, ils savent souvent dire « bonjour » ou « merci » mais ils n’ont pas besoin de le faire: un petit Québécois mou s’empresse de les servir en anglais et leur enlève ainsi toute nécessité d’apprendre notre langue.

Pourtant, il existe des solutions pour faire face à cette vague d’anglicisation qui touche non seulement les immigrants, mais également des Québécois francophones qui sont fiers de délaisser leur langue – une langue qu’ils maîtrisent souvent mal – pour servir des clients qui, parfois, ne demanderaient qu’à ce qu’on les laisse essayer de parler français. Sauf que pour que les solutions soient efficaces, elles doivent être concertées, cohérentes. Elles doivent appuyer mon combat (et celui de nombre de mes collègues) consistant à ne parler que le français au travail, à refuser de servir les clients dans une langue étrangère, que ce soit le mandarin, l’allemand, le russe ou l’anglais. Elles doivent valoriser la fierté de la langue de Molière et ainsi faire de notre langue commune un véritable phare, une lumière vers laquelle les immigrants doivent se tourner s’ils espèrent être compris et pouvoir fonctionner au Québec. Elles doivent être le ciment sur lequel repose la maison que nous essayons de construire.

En effet, ce n’est pas seulement un travail que j’occupe, tout comme je ne suis pas qu’un automobiliste sur la route ou un simple client quand je vais chez IGA. Je suis plus que ça. Je représente quelque chose. Je prends la décision de parler français, d’être prudent sur la route ou d’être courtois à l’épicerie en partant de la conviction suivante: si tout le monde faisait ainsi, le monde irait beaucoup mieux. Tout ceci relève de cette certitude: j’ai du pouvoir, je contrôle ma vie, et je peux être un exemple pour d’autres. Je peux, de par mes maigres actions, avoir une influence sur les autres. Et c’est exactement ce que je fais au travail. Me croiriez-vous si je vous disais que 95% des clients qui m’abordent en anglais vont immédiatement changer pour le français quand je leur réponds en français? Que même ceux qui me disent « je parle très peu la française (sic) » sont très bien capables de se faire comprendre quand on les encourage un peu, qu’on fait montre de patience et qu’on les aide un peu, par des gestes, par une reformulation à propos, etc? Me croiriez-vous si je vous disais que devant les succès de ma façon de travailler quelques-uns de mes collègues ont commencé à faire pareil? Me croiriez-vous si je vous disais que certains immigrants commencent à me dire « merci », « bonne soirée » alors qu’ils ne savaient pas dire un mot de français auparavant?

Me croiriez-vous si je vous disais que je suis un simple citoyen travaillant dans sa langue dans son pays?

C’est cette réalité qu’on est en train de perdre. Alors que les actions des milliers de Québécois fiers comme moi et qui travaillent à la francisation des immigrants mériteraient d’être appuyées, on lance plutôt des signaux contradictoires. Même le Parti Québécois a décidé de se faire champion de l’applaventrisme devant la langue de Shakespeare.

Évidemment, comment passer sous silence l’empressement de Pauline Marois à mieux parler anglais? À vrai dire, il s’agissait d’une événement épisodique. Ce qui l’est moins, c’est de constater à quel point il semble plus important d’avoir un chef de parti qui nous représente qui parle une langue étrangère, mais d’un autre côté ça ne nous dérange pas trop d’avoir un capitaine de notre club de hockey qui n’est pas capable de dire deux mots dans notre langue. Nous avons placé l’apprentissage de la langue étrangère au-dessus de la maîtrise de notre propre langue. Mais tout ceci est anecdotique.

Ce qui me révulse violemment chez le Parti Québécois de Pauline Marois, c’est son désir d’imposer l’apprentissage de l’anglais intensif au primaire, notamment en enseignant les mathématiques et la géographie en anglais. Encore une fois, quel message lance-t-on à ces jeunes enfants? Celui-ci: « l’anglais est primordial; tu ne sais pas encore écrire un paragraphe dans ta langue maternelle sans faire dix fautes d’orthographe, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! »   « Tu as un vocabulaire déficient, tu ne connais rien à la littérature, tu es incapable d’utiliser des mots légèrement complexes, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! » Et que deviendront ces enfants dix ans plus tard? Ils seront devenus exactement ce à quoi je m’oppose: des Québécois mêlés, à l’identité culturelle confuse, empressés de parler anglais aux immigrants, et qui, de par leurs actions, annihilent les projets d’intégration des milliers de Québécois comme moi qui ont à coeur leur langue.

Il me semble qu’il serait beaucoup plus important d’apprendre le français correctement à nos jeunes avant de leur permettre l’apprentissage d’une langue étrangère, que ce soit l’espagnol, le mandarin ou l’anglais. Quand je lis ce qu’écrivent certains de mes collègues « bilingues », je n’en reviens pas. J’ai déjà comptabilisé vingt-deux fautes d’orthographe en quatre phrases.

La vérité, c’est qu’il faut choisir ses priorités. Collectivement, désirons-nous intégrer les immigrants vers le français ou intégrer les Québécois vers l’anglais? C’est ça, la vraie question. Le bilinguisme chez l’élite, personne n’est contre. Mais quand on impose le bilinguisme à tous les enfants du Québec et qu’on demande de bien connaître une langue étrangère à un enfant dont le but dans la vie est peut-être d’être mécanicien ou coiffeur, on incite à l’anglicisation de l’ensemble du Québec. Car c’est bien connu, un peuple minoritaire bilingue est un peuple qui s’assimile.

Ce que fait le Parti Québécois, en ce moment, c’est ajouter au problème au lieu de le régler. Le problème n’est pas que les Québécois ne sont pas assez bilingues; le problème est justement que trop d’emplois exigent le bilinguisme. Le PQ devrait travailler à ce que les plus hauts échelons de la société soient disponibles pour les francophones au lieu de vouloir que l’éboueur de Saint-Calixte sache parler anglais. Le Parti Québécois devrait proposer l’apprentissage intensif du français au primaire pour aider à mieux ancrer l’identité de nos jeunes dans la langue française au lieu de leur offrir une alternative vers l’anglais dans un monde où la culture anglophone est déjà une force de prédation.  Sinon, si vraiment le but est d’offrir un maximum de « chances » aux Québécois dans un monde qu’on considère anglophile, autant tout enseigner en anglais, et à partir du préscolaire, et pourquoi pas saborder la loi 101 en passant?  Soyons cohérents!

Voilà donc une raison supplémentaire pourquoi ne ne voterai pas pour le Parti Québécois. Je travaille chaque jour à la francisation des immigrants, mais si le Parti Québécois prenait le pouvoir et imposait l’apprentissage intensif de l’anglais, mon combat deviendrait une cause perdue. Au lieu de lancer des messages confus et contradictoires, du style « nous voulons intégrer les immigrants vers le français » tout en imposant l’anglais au primaire, il faudrait plutôt que le message soit clair et que nous parlions d’une même voix: au Québec, ça se passe en français, ou bien vous apprenez le français, ou bien personne ne va vous comprendre et vous ne pourrez pas fonctionner.

Et pour ce faire, il faut lutter contre le pire ennemi de notre cause: le bilinguisme, cette anglicisation forcée que le Parti Québécois espère imposer à nos jeunes au lieu de leur apprendre la richesse de notre langue et la fierté de la parler. Quand tout est une question de message, lançons-en un cohérent, appuyé, et clair: au Québec, c’est en français que ça se passe, et nous travaillons à ce qu’il soit possible de travailler dans notre langue partout sur notre territoire. C’est bien beau de « vouloir » franciser les immigrants, mais ça doit commencer par des actions concrètes pour faire rayonner le français partout et donner le goût à la prochaine génération de ne pas être aussi soumise et passive que la nôtre devant cette dépossession tranquille qui afflige notre culture et notre langue.

Aujourd’hui, nous avons encore le choix.  Mais dans vingt ans?

Ce bilinguisme qui empêche l’intégration des immigrants
8 novembre 2008

Immigrants

Il y a de ces mystérieux hasards dont on aimerait parfois comprendre le sens. Je réfléchissais à la meilleure façon de (re)parler de ces Afghans qui possèdent la fruiterie près de chez moi et de mes quelques visites à leur domicile ces derniers jours. Je cherchai donc le premier texte que j’avais écrit à leur sujet et je fus littéralement stupéfait de constater que le dit texte a été écrit il y a précisément un an, jour pour jour. Comme si le rythme des saisons offrait l’opportunité des questionnements et des bilans.

Alors oui, je connais un Afghan. En fait, je devrais être honnête: je connais des Québécois d’origine afghane, car ceux-ci sont parfaitement intégrés. Oh, certes, quand je suis allé jeter un coup d’oeil à un problème informatique chez eux j’ai appris qu’ils avaient un satellite pour regarder des programmes afghans, mais c’est une bien agréable et jolie jeune fille d’une quinzaine d’années qui me l’a expliqué, et dans un français qui ferait rougir bien des Québécois « de souche » si seulement ces derniers pouvaient avoir la conscience culturelle pour avoir honte de la piètre qualité de leur langue.

Ces gens, mes amis afghans, représentent l’apothéose de l’intégration à la culture québécoise. Le père, la mère, l’oncle, le fils, la fille; tous parlent un excellent français à peine un peu rêche à cause d’un accent persistant, tel un morceau de bois ne demandant qu’à être poli.

Ils ont immigré ici il y a un vingtaine d’années, directement dans l’Est. Ici, pas d’anglais: tout se faisait en français à cette époque avant que le bilinguisme ne soit quasi-institutionnalisé. Pas question de se faire répondre en anglais à tout moment par un Québécois soucieux d’être aimable et qui ne se rend pas compte qu’il ne rend pas service aux immigrants en les empêchant de réaliser toute l’importance de l’apprentissage de notre langue. Non, ils ont appris le français parce qu’il était nécessaire d’apprendre le français. Pas par amour romantique de la beauté de notre phonation. Parce que c’était absolument et impérativement nécessaire.

Je travaille toujours dans l’Ouest, et je vois quotidiennement les mêmes immigrants qui n’ont aucun désir d’apprendre notre langue. Pourquoi le feraient-ils, d’ailleurs? Contrairement à mes amis afghans, ils n’ont aucun besoin du français: tout le monde s’adresse à eux en anglais, depuis le caissier au dépanneur jusqu’à la dame à la banque en passant par le commis chez Jean Coutu. Pourquoi s’échineraient-ils à apprendre une langue qu’ils perçoivent comme morte et inutile?

Ces immigrants n’en ont rien à foutre de notre combat. Ils parlent la langue qui leur permet de fonctionner, et cette langue est l’anglais, car il se trouve toujours un Québécois pour leur parler en anglais.

Deux situations identiques à l’origine, et deux comportements opposés à la fin: intégration francophone dans une société unilingue francophone et repli sur soi, voire intégration en anglais dans une société bilingue francophone.

Il faut le répéter: à partir du moment où tous les petits Québécois parlent anglais, pourquoi un immigrant apprendrait-il le français?

Je pensais à tout ça en lisant certains commentateurs du blogue de Patrick Lagacé, qui reprochaient à Pauline Marois de ne pas bien parler anglais. D’une certaine manière, il y a un côté sublime dans cette perversion de l’esprit plaçant la maîtrise d’une langue étrangère comme un objectif essentiel à atteindre. En effet, comment ne pas y voir une certaine forme de beauté vicieuse, de triomphe tardif des objectifs de Lord Durham ou d’autres anglophones souhaitant notre élimination? Nous en sommes venus à considérer l’expertise de cette langue extrinsèque comme une obligation, reléguant les demandes historiques des francophones pour avoir le droit d’atteindre les plus hauts échelons sociaux dans leur langue au rang de folklore passéiste.

En somme, au lieu de réclamer le droit de pouvoir vivre en français, de travailler en français, et ainsi contribuer à la francisation des dizaines de milliers de nouveaux arrivants, nous avons décidé collectivement que le français doit jouer un rôle de figurant au sein de nos vies, une langue honteuse qu’il faut chuchoter et oublier dès qu’un anglophone nous adresse la parole.

Et bien, si mes amis afghans étaient arrivés au Québec en 2008 au lieu de 1988, ils n’auraient probablement jamais appris le français car il y aurait toujours eu un petit Québécois sans fierté et bilingue (l’un semble aller avec l’autre) pour escamoter son rôle linguistique historique et jouer le sous-fifre d’une immigration qui ne demanderait qu’à s’intégrer si on lui donnait seulement un signal clair sur l’exclusivité du français au Québec.

Il ne faudra jamais l’oublier: l’ennemi n’est pas la langue anglaise, mais le bilinguisme qu’on a décidé d’imposer à l’ensemble d’un peuple. Dans un contexte de minorité culturelle et linguistique, nous signons notre arrêt de mort dès que nous substituons l’anglais au français et que nous contribuons ainsi de par notre mollesse et notre manque de conviction, à l’anglicisation des nouveaux arrivants.

Car ceux-ci ne sont pas ici pour l’amour de nos beaux yeux, mais pour améliorer leurs conditions de vie; en leur parlant français, nous les obligeons à apprendre notre langue et nous leur lançons le message que leur élévation dans l’échelle sociale passe obligatoirement par l’apprentissage de notre langue.

Soyons fiers, parlons français partout, au travail, à la maison, sur internet, PARTOUT!


p.s. Et pour ceux qui en douteraient encore, je vais voter pour le Parti Indépendantiste, la seule organisation politique sociale-démocrate, indépendantiste et possédant une réelle volonté de protéger notre langue!