Méga-hôpital anglophone: le sur-financement doit cesser
1 avril 2010

Aujourd’hui, premier avril 2010, est un jour triste pour Montréal et l’ensemble du Québec. Jean Charest, après avoir saigné la classe moyenne et les plus démunis avec son dernier budget, va inaugurer la construction du McGill University Health Centre (MUHC), un super-hôpital qui coûtera près de 1,5 milliards de dollars au contribuable québécois pour une minorité de 8,2% d’anglophones.

Source de l’image

En fait, le déséquilibre de financement entre le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) et le MUHC est à ce point critique qu’on ne pourrait qu’en rire si ce n’était de la survie de notre langue qu’il est question. Pensez-y: 1,5 milliards de dollars pour 575 555 anglophones de langue maternelle et 1,8 milliards pour un CHUM desservant les 5 877 660 francophones. (( Statistique Canada, 2006. )) L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660) contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un francophone vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone!

Certains rétorqueront qu’on ne peut pas utiliser ces chiffres car l’hôpital servirait principalement aux anglophones de la région métropolitaine. Même s’il a été démontré que pareille structure permettrait le développement de la recherche et serait au service de l’ensemble du territoire québécois, le déséquilibre est criant même si on accepte l’idée que les méga-hôpitaux profiteraient surtout à la population de la région métropolitaine. Selon des données que j’ai compilées pour un billet précédent sur l’anglicisation des banlieues, j’ai calculé qu’il y a 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le MUHC. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Qu’on se comprenne bien: personne ne s’offusque du fait que les anglophones de souche aient le droit de recevoir des soins dans leur langue. Leurs acquis sont protégés à la fois par la Charte des droits et libertés et par la loi 101. Il s’agit d’une simple demande de respect. Comment peut-on accepter, dans un Québec où le français est si gravement menacé, de financer une institution anglophone à trois ou huit fois la hauteur de ce qu’on consacre à son équivalent francophone? Comment peut-on tolérer le fait que les francophones soient des citoyens de seconde classe en leur propre pays?

Le sur-financement des institutions anglophones, que ce soit le MUHC ou les universités anglophones, qui reçoivent 27% du financement pour 8,2% de la population, est ce qui permet non seulement à la minorité anglophone de se maintenir, mais de prospérer, et de gagner du terrain sur les francophones. Ce sur-financement, en fait, permet à la minorité anglophone du Québec de s’arrimer à la vaste majorité linguistique du continent et de contribuer à faire régresser le fait français.

Soyons honnêtes un peu. Nous aimons le français, nous voulons le protéger. Mais comment rivaliser avec des institutions qui, grâce à leur sur-financement, constituent autant de pôles d’attraction pour les nouveaux arrivants? Comment convaincre un Pakistanais ou un Hindou d’apprendre la langue commune si, à l’ombre de son modeste appartement, se dresse ce gigantesque majeur de 1,5 milliards de dollars?

Le ministre Bachand a parlé d’une révolution culturelle pour justifier son budget rétrograde. Il serait peut-être temps de penser à une révolution linguistique et à financer les institutions anglophones à la hauteur de la population des anglophones de langue maternelle au Québec. Ceux-ci représentent 8,2%; qu’on finance leur MUHC à 8,2% de ce que coûtera le CHUM. Et si on obtient une binerie avec cela, c’est peut-être que le nombre d’anglophones ne justifie pas autre chose qu’une binerie, après tout. La différence, entre cette binerie et cette grosse verrue de 1,5 milliards de dollars qu’on veut implanter sur le statut francophone de notre métropole, porte un nom: assimilation.

Il serait peut-être temps d’arrêter de tergiverser dans le dossier linguistique à Montréal et au Québec. Si on ne fait rien, les reculs majeurs enregistrés depuis une décennie vont s’accentuer et il risque de devenir encore plus difficile d’agir pour renverser la vapeur.

Jacques Parizeau a déjà dit: « Toute l’histoire du Québec, avant même la bataille des plaines d’Abraham, est une quête : celle de la reconnaissance de ce que nous sommes et de l’égalité avec les autres peuples. » Il serait peut-être temps pour nos politiciens, et surtout ceux de son ancien parti, qui se prétendent de l’opposition sans jamais s’opposer autrement que pour la forme, de prendre acte de cette quête et de réclamer, pour les Québécois du présent et du futur, l’égalité du financement des institutions de la santé à Montréal et la fin d’un sur-financement non seulement coûteux au niveau financer, mais peut-être encore davantage quant à notre identité et à notre capacité à survivre en tant que collectivité ayant adopté le français comme langue commune.

Quand on a une épine dans le pied, on l’enlève. On n’y rentre pas un cure-dent de 1,5 milliards de dollars en plus.

Pour en finir avec le projet Lisée
19 novembre 2009

Il y a quelques jours, j’écrivais un texte où je dénonçais la dernière proposition de Jean-François Lisée, qui consiste à fusionner les cégeps anglophones et francophones au sein d’un même réseau. Bon joueur, celui-ci a pris la peine de répondre à quelques-uns de mes arguments. On ne montre peut-être pas à un vieux singe à faire des grimaces, mais on peut le renvoyer à sa propre image dans notre miroir collectif.

lisee

Source de l’image

En effet, il me semble que la meilleure façon d’en finir avec cette idée dangereuse est de s’attaquer aux préjugés qui la sous-tendent. Il faut prendre le miroir, et nous regarder, Québécois, avec honnêteté et clairvoyance. M. Lisée part du principe qu’aucun cégep ne deviendrait bilingue, qu’il ne serait pas possible d’aider des Québécois souffrant d’un complexe d’infériorité face à l’anglais et que ceux-ci ont une assez bonne colonne vertébrale identitaire pour se défendre. Ce sont des idées ne reflétant pas la réalité et qui constituent de fragiles fondations pour une entreprise aussi ambitieuse. En deux mots: pensée magique. Prenons-les point par point.

Première pensée magique: aucun cégep ne deviendrait bilingue.

Comme le note Pierre Dubuc, dans L’aut’journal, actuellement 82% des étudiants suivent des cours dans des cégeps francophones, contre 18% dans des cégeps anglophones. En attribuant le même calcul mathématique qui s’est appliqué après l’imposition de la loi 101 aux écoles primaires et secondaires, on pourrait faire monter ce taux à 89% dans les cégeps francophones en appliquant cette loi aux cégeps.

Or, la proposition Lisée parle d’enseignement à 75% en français, contre 25% en anglais. C’est donc dire que si on l’adoptait, on se retrouverait dans une situation où le français aurait une influence de 14% moins forte que si on étendait la loi 101 aux Cégeps.

Le problème, c’est que ces chiffres ne sont pas neutres, c’est-à-dires que les transferts linguistiques ne s’opèrent pas d’une manière équitable. L’attrait de l’anglais, et peu importe les croyances de Lisée, s’avère infiniment plus fort que celui du français. Comme je le notais ici, l’Indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue, atteint 1,43 pour les anglophones de Montréal, contre seulement 1,09, à peine la parité, pour les francophones. Dans la pratique, si on met ensemble francophones et anglophones, les premiers s’assimileront éventuellement aux seconds, et peu importe s’ils sont majoritaires.

Deuxième pensée magique: les Québécois n’auraient pas de comportement d’infériorité face leur langue.

Lisée considère que les Québécois ne souffrent pas d’un complexe d’infériorité, car « si telle est la lecture que l’on fait de la vitalité francophone de la nouvelle génération rien, mal alors rien, n’est dès lors envisageable ». En d’autres mots: selon lui, il faut partir du point de vue que les Québécois ne se sentent pas inférieurs face à leur propre langue, sinon rien ne serait possible. C’est faire abstraction ici de toute conception historique et s’enchaîner dans une logique défaitiste où l’État québécois ne pourrait plus rien pour ses citoyens.

En fait, c’est précisément grâce aux lois linguistiques que les Québécois ont pu relever la tête dans les années 70 et se débarrasser d’une partie de leur sentiment d’infériorité. Avant la loi 101 – à l’époque du « libre » choix – près de 80% des immigrants choisissaient l’école anglaise. Vingt ans plus tard, la proportion s’était entièrement inversée. C’est précisément à cause de lois comme la loi 101 qu’on a permis à un peuple habitué à plier l’échine devant le « foreman », de travailler à la « shop » et qui avait intégré le « speak white » jusqu’au fond de son âme, de pouvoir concevoir son futur en français. Oui, les Québécois ont un sentiment d’infériorité, et c’est grâce à des politiques linguistiques courageuses qu’on a pu leur permettre de s’épanouir.

En octobre 2008, lors d’un « Rendez-vous des gens d’affaires » sur le français dans les petites entreprises, organisé par la chambre de commerce de Montréal, on a dévoilé des chiffres qui, à eux seuls, invalident complètement les prétentions de Jean-François Lisée: 60% des Montréalais ne demandent pas à être servis en français dans les commerces de moins de 50 employés. Ne s’agit-il pas précisément d’une autre preuve du sentiment d’infériorité des Québécois? De nombreux citoyens, dans leur quotidien, n’exigent même pas le français. On leur parle dans une langue qui n’est pas la leur et ils ne disent rien, ils s’accommodent, nous, les champions de l’accommodement des autres.

Pourquoi est-ce que cette situation changerait, par magie, au cégep? Pourquoi est-ce que, soudainement, les Québécois cesseraient de s’adresser en anglais aux anglophones et imposeraient enfin leur langue? Quand on baisse la tête depuis des siècles, comment peut-on espérer la lever bien haut d’un coup de baguette magique?

Troisième pensée magique: les Québécois peuvent apprendre l’anglais car ils ont une bonne colonne vertébrale identitaire.

Individuellement, rien n’est plus vrai:quiconque veut apprendre une langue étrangère et se sent assez confiant dans ce qu’il est peut le faire. Le problème est collectif. Collectivement, les Québécois n’ont aucune autre façon de se considérer comme tel autrement que par la langue qui les unit: le français.

Jacques Parizeau explique dans son dernier livre qu’à l’ère de la mondialisation, c’est grâce à leur culture (et donc à leur langue) que s’expriment les nations. C’est une position que partage l’économiste et philosophe Jacques Attali, qui écrivait que la composition des six éléments traditionnels de l’identité d’un peuple (un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun) se transforme et que le poids de la langue y augmente considérablement. En clair, la nation du futur, c’est celle qui a su respecter sa langue commune et en faire le principal outil d’intégration.

Le problème n’est pas que Lisée désire apprendre l’anglais aux Québécois, comme on offrirait des cours de langues étrangères à ceux qui s’y intéressent. Non. L’achoppement, c’est qu’il désire systématiser cet apprentissage, le rendre obligatoire en proposant des cours d’histoire ou d’autres matières en anglais. Il s’agit donc d’un bilinguisme institutionnel qu’il désire imposer, à l’encontre non seulement du caractère francophone du Québec, mais – surtout – de la capacité de survie d’un peuple bilingue dans un contexte minoritaire.

Qu’on soit honnête un peu. Dans toute l’histoire de l’humanité, vous connaissez combien de peuples minoritaires qui ont survécu après avoir adopté la langue de la majorité? Le bilinguisme institutionnel constitue la première étape vers l’assimilation finale. C’est en rendant les franco-canadiens bilingues qu’on les a assimilés, et ce sont maintenant nos propres élites qui nous proposent la même recette.

Alors non, la fusion des cégeps francophones et anglophones ne constitue pas une bonne idée. Elle n’est pas meilleure que celle d’augmenter les tarifs d’Hydro-Québec, de privatiser la société d’État à 25%, de supprimer l’impôt sur le revenu pour le remplacer par des taxes sur la consommation et de nombreuses autres proposition de Lisée, qui, s’enrobant de l’édulcorant de la « gauche efficace », propose toute sortes de réformes de droite dont les conséquences n’ont pas été assez étudiées. Je respecte beaucoup M. Lisée, mais il semble parfois camoufler un certain manque de courage politique derrière un compromis souvent plus dangereux que ce que proposent nos propres adversaires.

Le vrai courage, actuellement, n’est plus de rechercher le consensus pour accommoder Québécois et anglophones, mais de savoir imposer les valeurs de la majorité et de se donner les moyens d’assurer un futur pour notre langue et notre culture. Dans un contexte où notre poids démographique en Amérique du Nord régresse année après années, cela commence par l’application de la loi 101 aux cégeps et par la diminution des subventions à un réseau anglophone sur-financé. Et à terme – osons le dire – il faudra faire comme la plupart des pays du monde et ne financer que les institutions publiques dans la langue commune.

Et si on cessait d’avoir peur d’agir comme tout peuple souverain qui se respecte? Et si osait appliquer la loi 101 aux cégeps, n’en déplaise à des anglophones qui ont tout un continent pour vivre en anglais?

Ma ville n’est plus hockey
8 novembre 2009

« As-tu vu la game hier? » Quelle game, que je réponds parfois. De quelle partie parles-tu, des Canadiens de Montréal, de hockey, de ces pousseux de caoutchouc venant de l’autre bout du monde et qui jouent contre d’autres pousseux de caoutchouc? « Ah bon, t’aimes pas le hockey », me réplique-t-on. Oh que non. C’est précisément parce que j’ai beaucoup aimé et que j’aime toujours le hockey que je ne m’émoustille plus devant les pérégrinations de cette bande de mercenaires.

ville-est-hockey

Source de l’image

J’ai grandi avec le hockey. J’avais trois ans et on écoutait, en famille, le traditionnel rendez-vous du jour de l’an entre le Canadien et les Nordiques. J’étais déjà impressionné par les montées à l’emporte-pièce de Guy Lafleur, la chevelure au vent. Et au fil des ans, j’ai appris le nom de ces autres héros qui me faisaient tant vibrer. Au milieu des années 80: Guy Carbonneau, Stéphane Richer, Patrick Roy, Claude Lemieux. Au début des années 90: Patrice Brisebois, Benoît Brunet, Vincent Damphousse, Éric Desjardins, Denis Savard. Le soir, j’écoutais la fin des matchs dans mon lit à la radio, et, plus tard, je me faufilais subrepticement jusqu’au téléviseur du sous-sol, prêt à revenir au lit en vitesse au moindre bruit suspect. J’ai grandi avec le hockey. J’aime le hockey.

Pourtant, objectivement, ce ne sont que des hommes qui poussent sur une rondelle de caoutchouc avec des bâtons de bois. Les femmes, pour la plupart, l’ont compris; elles ont saisi la stupidité apparente de cette activité. Mais ce qu’elles ne comprennent pas toujours, c’est que le véritable jeu, la vraie game se situe à un autre niveau. Le sport d’équipe ne possède aucune autre fonction que de créer un sentiment de fierté collective, une union permettant de rapprocher les membres d’une même communauté autour de ses héros. C’est un succédané de violence; au lieu de sortir dans la rue et de se taper sur la gueule, les nôtres affrontent les autres sur la patinoire. Il s’agit de quelque chose d’extrêmement sain.

Or, que se passe-t-il lorsqu’on n’arrive plus à s’identifier à ceux qu’on aimerait nous présenter comme les nôtres? On se désaffilie, on se cherche d’autres objets de fierté. C’est ce que je fais: je ne ressens aucun sentiment d’appartenance à voir des Russes d’ici se battre contre d’autres Russes de là-bas. C’est plutôt un sentiment de tristesse, voire de honte, de constater que ce qui fut un grand club de hockey représentant les « habitants », figure traditionnel du Canadien-français, contre les « Anglais », est devenu un club d’ailleurs. Physiquement ici, au centre Bell, sur l’avenue des Canadiens-de-Montréal, mais aucunement enraciné dans notre communauté. Il s’agit d’une plante robuste qui peut donner ses fruits, mais c’est d’un végétal étranger, simplement enraciné dans un pot qu’on a posé ici, presque par hasard. Ses racines ne toucheront jamais la terre.

On me dit qu’il faut « évoluer », que le hockey s’internationalise, que le talent québécois s’en trouve dilué. On me regarde presque comme une relique du passé parce que je considère que le sport devrait toujours permettre de s’identifier à des vedettes ayant vécu ici, grandi ici, qui savent ce que représente cet uniforme. On me juge négativement parce que je crois toujours que le hockey, cette guerre par procuration, devrait continuer de permettre l’exaltation des passions collectives et leur saine canalisation dans une activité non dangereuse socialement.

Le livre de Bob Sirois parle de racisme anti-québécois. À mon avis, le problème est plus profond que cela: les dirigeants du Canadien de Montréal ne comprennent rien au hockey. Bien sûr, ils regardent les statistiques, les chiffres, les buts, les passes, les mises en échec, les revirements, les plus et les moins, les moyennes d’efficacité aux mises en jeu, le nombre de lancers, alouette. Mais ils oublient l’essentiel: l’émotion. Cette émotion qui peut se substituer au talent et transformer un joueur moyen en Dieu de l’aréna, lorsqu’il se considère comme le prolongement des espoirs refoulés de tout un peuple et où, acclamé comme un héros, il se défonce à chaque présence sur la patinoire.

Cette émotion n’existe plus. Les joueurs de hockey sont devenus des mercenaires, et on joue avec le vieux sentiment d’appartenance à une tradition qui n’existe plus pour vendre des billets hors-de-prix permettant d’aller voir des étrangers pousser du plastique contre d’autres étrangers. La fierté, la ville, Montréal, vous dites? Mais quelle fierté? En quoi ces joueurs représentent-ils Montréal? On pourrait déménager l’équipe à Rio de Janeiro, qu’est-ce que cela changerait? Ce seraient les mêmes mercenaire poussant la même rondelle et se battant contre les mêmes autres mercenaires.

Et le petit peuple, celui qui aimerait vivre par procuration toutes sortes de guerre épiques, que lui reste-t-il, sinon l’oubli devant suivre chaque saison et les nouvelles racines à créer après chaque été? Quel sentiment d’appartenance? Quel identité?

Rien. Que du vide. On lui demande de cracher quelques billets bruns, on lui vend la bière à neuf dollars et on exige qu’il s’assoit en silence et observe, penaud, le triste spectacle d’une glorieuse épopée transformée en gigantesque combat de nouilles dans un bol de Dinner Kraft. Le passé est mort; mais tant que 21 273 Chrétiens seront présents à chaque joute, la supercherie d’une « tradition glorieuse » se perpétuera.

Non, ma ville n’est plus hockey. Sauf peut-être les samedis après-midi de janvier, quand des milliers de jeunes jouent dans les parcs pour le plaisir et s’imaginent en quelque vedette d’ici participant à une quelconque odyssée homérique. Cette image, ces jeunes aux joues rouges, éblouis par le soleil et luttant contre les engelures, au moins, on ne l’a pas encore récupérée.

Pour le moment.

Le mythe de l’exode francophone vers les banlieues
4 novembre 2009

Il ne se passe plus une semaine sans qu’on me répète cette incroyable fausseté: « Si Montréal s’anglicise, c’est parce que les francophones quittent l’île ». Depuis la parution d’une lettre ouverte de Pierre Curzi à ce sujet, le premier octobre, c’est même devenu l’argument numéro un de Projet Montréal pour inciter les Québécois à les appuyer. Même mon ami Carl Boileau (bravo pour son élection!) en parle longuement sur son blogue. Pour ceux qui ne veulent pas prendre de front le problème de l’anglicisation de la métropole, il s’agit d’un nouveau sésame permettant de se déresponsabiliser et de rejeter sur autrui ses propres responsabilités.

exode-francophone-banlieues

Source de l’image

En effet, tant Curzi que Boileau prennent le problème dans le mauvais sens. Curzi affirme que « le retour des francophones à Montréal est une condition nécessaire au renversement de l’anglicisation du coeur économique du Québec » tandis que Boileau soutient que dès « que l’on aura donné [de la quiétude, sécurité, verdure et air pur] aux Québécois francophones, on verra bien s’ils persisteront à déménager en banlieue pour y vivre entre eux, reclus du monde, dos tourné au Montréal de l’avenir ». À mon avis, il faut tout inverser: les Québécois reviendront peut-être à Montréal quand nos élites politiques auront réussi à juguler la saignée francophone et ils y réclameront les conditions de vie qu’ils ont envie d’obtenir lorsqu’ils redeviendront majoritaires à Montréal.

En vérité, toute la conception d’une ville de Montréal s’anglicisant parce que les francophones quittent pour les couronnes Nord et Sud est fausse. Comme l’explique Charles Castonguay, dans l’Aut’Journal, si on soustrait les données de l’île de Montréal à celles de la région métropolitaine de Montréal, on obtient les données pour la banlieue. Et celles-ci sont inquiétantes: entre 2001 et 2006, la population de langue d’usage française y a augmenté de 4,7%, contre 16,4% pour celle de langue anglaise! Cela invalide complètement les théories de Curzi et de Projet Montréal: en pourcentage, l’anglais progresse plus rapidement en banlieue qu’à Montréal!

Cela rejoint ce que j’avais déjà expliqué à Alexander Norris, un autre candidat de Projet Montréal: il n’y a pas de gène francophone ou anglophone privilégiant la banlieue. Les francophones ne sont pas davantage attirés par la quiétude, la sécurité, la verdure et l’air pur que les anglophones. Les anglophones ne sont pas immunisés contre la grisaille de la ville; il n’y a pas non plus de muraille de fer entre le centre-ville et la rive-sud qui empêcherait ceux-ci de déménager en banlieue. Ils le font, ils y déménagent, et les banlieues s’anglicisent rapidement.

La raison se trouve ailleurs. Ce n’est pas en culpabilisant les Québécois, ni en construisant des tramways ou des parcs, qu’on va refranciser Montréal. Croire le contraire relève du déni de la réalité le plus primaire, car c’est toute la région métropolitaine en entier qui s’anglicise.

On pourrait faire de Montréal un petit paradis de verdure, de transports en commun, d’accès au fleuve, de trains de surface, de rues piétonnes, de protection de la qualité de vie des gens que ce ne seraient pas davantage des francophones qui en profiteraient. Comme je l’écrivais ici, j’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant. Ou autrement dit: à quoi bon faire de Montréal un paradis d’urbanisme s’il n’y a plus de Québécois pour en profiter?

La solution sera politique

Une des meilleures réponses aux théories de Curzi et de Projet Montréal, outre de démontrer statistiquement leurs faussetés, a été écrite par Caroline Moreno.

L’anglicisation de Montréal, cher [monsieur Curzi], vient en partie du fait que nous surfinançons honteusement les institutions de langue anglaise. Peut-être n’êtes-vous pas au courant, mais votre parti se montre favorable à la construction d’un mégacentre hospitalier pour les Anglais afin qu’ils puissent continuer à faire bande à part. Et tandis que l’UQAM croule sous les dettes, les cégeps et universités de langue anglaise prennent de l’expansion.

Voilà des arguments beaucoup plus percutants. Comment espère-t-on refranciser Montréal quand les universités anglophones, dont McGill et Concordia, reçoivent 27% du financement pour une population anglophone de souche de 8,2%? Comment croit-on donner le goût aux immigrants de s’intégrer en français quand on construit deux méga-hôpitaux de 1,5 milliards de dollars; un pour une population de 8,2%, l’autre pour la balance des citoyens?

La solution sera politique ou ne sera pas: il faut avoir le courage d’exiger un financement adéquat des institutions québécoises à Montréal. Faire porter le blâme aux familles pour l’incapacité des politiciens à avoir les couilles nécessaires pour s’attaquer à une minorité ultra-choyée relève d’une irresponsabilité innommable.

Or, en évacuant toute forme de projet politique pouvant « nous diviser », comme me le déclarait Étienne Coutu, candidat défait de Projet Montréal dans Outremont, sur Facebook, on empêche les changements nécessaires permettant de redonner un visage francophone à Montréal. Il est peut-être temps d’arrêter de se gargariser de multiculturalisme, d’unions entre anglophones, allophones et francophones, et de prendre conscience d’une réalité toute simple: dans un contexte où nous ne représentons que 2% de l’Amérique du Nord, nous sommes vulnérables à toute union directe avec une langue qui, historiquement, nous a infériorisé. Bref, ce n’est pas en faisant une union entre la poule et le renard ou entre la brebis et le loup qu’on permettra de prendre les difficiles décisions pour sauver le français à Montréal.

Il faut développer un rapport de force

N’en déplaise à certaines personnes d’une génération Passe-Partout où tout le monde se tient par la main et fait une ronde, nous sommes dans une situation de rapport de force. Nous avons le choix entre ne rien faire et blâmer les familles tout en construisant des tramways et des parcs dans un consensus montréalais ne modifiant en rien l’équilibre des forces, ou de réagir et de proposer des politiques agressives pour le français, tant au niveau provincial que municipal. Projet Montréal et les autres partis municipaux ne peuvent pas continuer de se cacher en disant que la langue ne constitue pas un enjeu municipal; la protection de notre langue commune est l’affaire de tous, et ça commence par un maire et un parti qui respectent le caractère francophone de notre métropole.

Montréal, c’est notre ville. Et ses banlieues, ce sont nos banlieues. Qu’on arrête un peu de nous culpabiliser et de nous demander de demeurer dans une ville où on a de la difficulté à se faire comprendre, et qu’on nous donne plutôt le goût de faire des enfants ici, et d’intégrer ici, en français, les nombreux immigrants que nous recevons. Qu’on nous donne des institutions francophones bien financées nous incitant à nous épanouir ici.

Car au rythme où vont les choses, quelle sera la prochaine étape? Quand Laval et Longueuil seront devenues anglophones, y proposera-t-on des tramways pour inciter les francophones à cesser de s’exiler vers les régions?

Il faut que ça cesse. À quand des politiciens responsables osant s’attaquer aux privilèges de la minorité anglophone et combattant de front le véritable problème: la perte de vitalité du français à l’échelle du Québec et l’anglicisation de TOUTE la région métropolitaine? À quand une loi 101 avec des dents et la fin du surfinancement des institutions anglophones? À quand des élus municipaux osant prendre des mesures originales, dans les limites de leurs pouvoirs, pour refranciser notre ville, quartier par quartier?

Et si le vingt-unième siècle constituait autre chose que de l’environnement et de l’urbanisme? Et si on osait remettre le profond malaise identitaire québécois à l’ordre du jour?

Le vote ethnique en statistiques
3 novembre 2009

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que les anglophones et les allophones montréalais ont voté d’une manière ethnique le 1er novembre, ce n’étaient pas des mots en l’air. On peut presque faire un copier-coller des arrondissements et districts largement anglicisés et les superposer aux résultats pour Union Montréal (UM).

vote-ethnique-stats

Source de l’image

Regardez le tableau ci-dessous:Ce tableau est basé sur des résultats qui sont parfois fragmentaires, mais plus de 85% des votes ont été compilés dans chaque district (et souvent il ne manquait qu’une boîte de scrutin ou deux), ce qui signifie que ces chiffres sont extrêmement près des résultats finaux. Le pourcentage ded non-francophones a été normalisé en fonction des réponses multiples, basées sur le recensement de 2006 et tenant compte de la langue utilisée à la maison. La même méthode qu’ici a été utilisée.

Arrondissements Districts électoraux % non-francophones % Union Montréal %Vision Montréal %Projet Montréal
Arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville 38.1% 33.0% 32.0% 35.0%
Sault-au-Récollet 26.2% 24.4% 32.0% 31.3%
Saint-Sulpice 39.1% 35.6% 35.2% 29.3%
Ahuntsic 26.2% 32.8% 32.9% 34.3%
Bordeaux-Cartierville 57.9% 37.7% 32.0% 25.3%
Arrondissement d’Anjou 22.0% 55.4% 29.4% 15.2%
22.0% 51.4% 31.6% 17.1%
Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce 69.4% 52.2% 17.1% 26.0%
Darlington 74.9% 43.5% 14.8% 21.6%
Côte-des-Neiges 42.3% 42.0% 22.0% 33.7%
Snowdon 77.5% 59.8% 15.7% 17.8%
Notre-Dame-de-Grâce 63.6% 32.3% 22.0% 41.8%
Loyola 83.2% 33.5% 7.4% 19.6%
Arrondissement de Lachine 36.7% 63.3% 19.0% 17.7%
36.7% 57.9% 19.2% 22.9%
Arrondissement de LaSalle 57.4% 49.2% 26.9% 11.3%
Sault-Saint-Louis 49.5% 48.3% 24.5% 12.1%
Cecil-P.-Newman 64.3% 45.8% 23.9% 13.0%
Arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève 38.6% 55.9% 22.7% 18.0%
Arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve 13.5% 22.3% 52.4% 25.3%
Tétreaultville 11.3% 23.4% 45.6% 31.0%
Maisonneuve–Longue-Pointe 10.2% 20.1% 53.6% 26.3%
Hochelaga 10.2% 12.9% 57.3% 29.8%
Louis-Riel 24.1% 31.0% 39.8% 25.7%
Arrondissement de Montréal-Nord 31.1% 40.3% 26.0% 14.4%
Marie-Clarac 29.0% 37.8% 31.2% 16.1%
Ovide-Clermont 31.5% 49.3% 26.4% 11.9%
Arrondissement d’Outremont 32.0% 45.9% 30.0% 24.1%
Arrondissement de Pierrefonds-Roxboro 65.4% 53.2% 13.2% 33.6%
Est 62.9% 49.8% 23.7% 26.6%
Ouest 68.5% 54.2% 13.6% 32.2%
Arrondissement du Plateau-Mont-Royal 28.9% 25.8% 27.2% 44.7%
Mile-End 36.6% 21.0% 28.5% 47.5%
DeLorimier 10.2% 12.8% 35.8% 49.5%
Jeanne-Mance 40.7% 22.0% 29.4% 39.9%
Arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles 26.2% 40.7% 36.5% 19.9%
La Pointe-aux-Prairies 23.0% 35.6% 40.6% 23.8%
Pointe-aux-Trembles 5.1% 25.5% 50.1% 21.5%
Rivière-des-Prairies 51.7% 59.6% 23.0% 17.4%
Arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie 26.2% 31.7% 35.6% 32.7%
Saint-Édouard 19.9% 19.7% 30.9% 46.7%
Étienne-Desmarteaux 13.3% 22.7% 37.8% 39.5%
Vieux-Rosemont 13.5% 23.6% 42.4% 34.0%
Marie-Victorin 23.0% 31.5% 45.2% 23.4%
Arrondissement de Saint-Laurent 64.7% 72.9% 13.4% 13.7%
Côte-de-Liesse 64.3% 67.9% 16.4% 15.8%
Norman-McLaren 65.1% 57.3% 20.2% 16.8%
Arrondissement de Saint-Léonard 57.2% 69.6% 11.4% 7.5%
Saint-Léonard-Est 56.1% 63.5% 14.6% 12.2%
Saint-Léonard-Ouest 58.3% 66.7% 13.6% 7.9%
Arrondissement du Sud-Ouest 36.6% 28.2% 28.3% 19.2%
Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe-Saint-Charles 42.8% 28.44% 30.2% 28.3%
Saint-Paul–Émard 30.0% 38.2% 37.6% 24.2%
Arrondissement de Verdun 33.1% 40.1% 31.7% 22.2%
Champlain–L’Île-des-Soeurs 33.1% 36.6% 35.1% 22.9%
Desmarchais-Crawford 33.7% 38.6% 30.4% 23.5%
Arrondissement de Ville-Marie Peter-McGill 76.9% 38.4% 12.2% 13.8%
Sainte-Marie 16.4% 20.4% 0.0% 64.3%
Saint-Jacques 31.4% 26.0% 40.7% 29.9%
Arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension 47.6% 31.7% 39.9% 24.2%
Saint-Michel 48.2% 43.4% 37.1% 13.4%
François-Perrault 41.2% 36.3% 32.2% 28.0%
Villeray 21.0% 17.3% 26.7% 54.2%
Parc-Extension 80.6% 50.6% 23.4% 13.2%

On le constate, sur les 27 conseillers de villes ayant été élus dans des districts où plus de 40% de la population ne parle pas le français à la maison, 23 portaient les couleurs d’Union Montréal, contre seulement deux pour Vision Montréal (VM) et Projet Montréal (PM). Le vote non-francophone fut donc tout à fait prévisible et monolithique; qu’importe les scandales et la corruption, les non-francophones ont voté pour Gérald Tremblay.

En fait, si on applique une corrélation linéaire en comparant les données totales du pourcentage d’anglophones dans chaque district et du niveau total de vote pour Vision Montréal, on obtient un résultat de -0.71. À 1, la corrélation est totale, à 0 elle est nulle, à -1 elle est entièrement inversée; au-dessus de 0.70, elle est très forte. Statistiquement, la corrélation entre la non-francité des électeurs et le vote pour Vision Montréal indique donc que le fait d’être allophone ou anglophone constitue un facteur déterminant incitant à ne pas voter Vision Montréal. Ou, autrement dit, que le vote de ces individus en fut un basé sur leur appartenance linguistique ou ethnique. Bref, un vote à la limite du racisme.

À l’opposé, les Québécois ont voté d’une manière très ouverte et diversifiée. Dans les seize districts comportant moins de 25% de non-francophones, ils ont élu deux conseillers de Union Montréal, six de Projet Montréal et huit de Vision Montréal (une de ces victoires de PM fut dans le district où Labonté s’est retiré). Il n’y a absolument aucune corrélation significative entre le fait d’être francophone et d’avoir voté pour un parti ou un autre.

Par ailleurs, en compilant ces données, j’ai découvert une injustice quant au pouvoir politique des francophones dans la ville actuelle. Considérant qu’il y a 1 100 206 électeurs inscrits sur la liste électorale et qui doivent voter pour 64 conseillers de ville, cela donne une moyenne de 17 191 électeurs par conseiller. Bref, chaque conseiller représente une moyenne d’un peu plus de 17 000 citoyens.

Or, les arrondissement à large majorité francophone sont désavantagés. Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, chaque conseiller de ville représente 19 249 citoyens, dans Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles, 19 398, et dans Rosemont-La-Petite-Patrie, 19 360 électeurs. À l’opposé, des arrondissements à plus forte population non-francophone ont moins de citoyens par conseiller: 16 906 pour Ahuntsic-Cartierville, 15 905 pour Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, 13 150 pour l’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, 15 151 pour Pierrefonds-Roxboro. Concrètement, le vote d’un Québécois dans un arrondissement où les francophones sont plus nombreux vaut moins que celui d’un anglophone ou d’un allophone dans un autre arrondissement. Le résultat électoral n’aurait pas été dramatiquement différent sans cette injustice, mais il serait intéressant de la noter pour l’avenir.

La honte la plus totale

Aujourd’hui, à cause du vote monolithique d’une minorité souvent imperméable aux efforts de francisation et d’un système politique défavorisant la représentation des arrondissements à forte majorité québécoise, nous nous retrouvons avec Gérald Tremblay à la tête de la ville. Nous sommes la risée du monde entier parce que nous avons failli à la tâche de nous unir et de prendre en considération, nous aussi, les enjeux linguistiques et identitaires sous-jacents. Nous avons cru que nous pouvions évacuer du débat ce qui crève pourtant les yeux de n’importe quel touriste débarquant au centre-ville: la profonde division linguistique de cette ville et le malaise identitaire durable qui y perdure, engendrant d’innombrables petites guerre larvées pour un oui ou un non.

Cette élection de Gérald Tremblay constitue peut-être un véritable cadeau du ciel. C’est l’occasion inespérée pour les Québécois de réaliser qu’ils feraient mieux de se regrouper politiquement dans un parti ne se contentant pas de parler de tramways et de rues piétonnes, mais qui les représente identitairement. Un parti qui serait capable de se concevoir autrement que comme un fourre-tout multiculturel où les Québécois ne constitueraient qu’une ethnie comme une autre. Un parti qui s’assumerait comme francophone et dont le chef n’aurait pas à s’excuser d’exister à toutes les deux phrases comme une Louise Harel pathétique qui adressait ses remerciements en anglais à la suite de sa défaite. Un parti qui considérerait Montréal comme le prolongement de l’identité québécois plutôt que comme une excroissance mondialisée où tout ce qui nous représente doit être éradiqué sur l’autel de la sacro-sainte liberté de minorités refusant de partager nos valeurs.

Si c’était à refaire, vous croyez que Louise Harel militerait pour les fusions municipales, maintenant que la seule grande ville francophone d’Amérique du Nord est passée sous contrôle anglophone? Ceux-ci nous donnent une leçon. Ils ont pris l’Hôtel de ville simplement parce qu’ils ont osé voter pour ce qu’ils sont dans un système municipal les favorisant.

À quand notre tour? Faudra-t-il attendre que le français disparaisse complètement avant de réagir et de porter au pouvoir un maire nous rendant fier d’être à la fois Montréalais et Québécois?

Louise Harel: la force de ses faiblesses
5 octobre 2009

« Mise sur tes forces et oublie tes faiblesses! » Voici grosso modo ce que me répétait ad nauseam mon professeur d’échecs. Il ne sert à rien de se concentrer à améliorer ses faiblesses; mieux vaut travailler sur ses avantages et les rendre tellement colossaux que l’adversaire n’aura de choix que de s’incliner. Voilà la leçon de base m’ayant servi le plus aux échecs et qui m’inspire, encore aujourd’hui, dans la vie. Une leçon qu’aurait grand avantage à suivre Louise Harel, au lieu de s’enliser dans ses principes de grandes amitiés anglophones et de « certification iso-diversité ».

louise-harel-forces-faiblesses1

Source de l’image

En effet, au lieu de servir de son unilinguisme francophone pour promouvoir la francité de la métropole québécoise, Harel a choisi de s’investir dans une campagne contre-productive intitulée Friends of Louise Harel (Les amis de Louise Harel). Ce site Internet, publié en anglais, vise principalement les anglophones et les allophones. Oui, les allophones. Dans le Montréal de Louise Harel, les allophones parlent anglais – y a-t-il un plus puissant aveu d’échec pour l’ancienne ministre péquiste?

Or, pourquoi Louise Harel ne prendrait-elle pas acte non pas de l’anglicisation de Montréal en tant que composante politique à exploiter, mais plutôt d’un phénomène à enrayer? Qu’on se comprenne bien: Louise Harel ne parle pas anglais et croit à une ville francophone et a tenté d’agir, tout au long de sa carrière politique, pour la préservation du fait français. Qu’a-t-elle à gagner à travestir ses idéaux d’une ville où le français constitue la langue rassembleuse et universelle pour espérer grappiller quelques votes allophones ou anglophones?

Plutôt que de se servir de son unilinguisme francophone comme d’une force, d’un tremplin permettant de remettre dans l’actualité l’incapacité croissante des Québécois à pouvoir travailler ou vivre dans leur propre langue à Montréal, elle préfère faire de la vieille politique, camouflant tout ce qui pourrait le moindrement susciter les passions. Elle lance le message, aux Québécois qui espèrent un coup de main pour refranciser notre ville, qu’elle ne sera pas celle qui osera imposer le français et le considérer comme ce qu’il doit être: la langue qui unit tous les Montréalais.

En outre, elle se discrédite elle-même, faisant un gros plan sur son unilinguisme et le faisant apparaître comme une tare plutôt que la richesse qu’il devrait être, c’est-à-dire cette fierté de pouvoir atteindre les plus échelons politiques dans sa propre langue et cette fierté de maîtriser la langue française comme elle la maîtrise. Elle donne raison à ses adversaires en se concentrant sur ses faiblesses plutôt que de les transformer en force.

De la même manière, Harel veut créer un « bureau de la diversité » et une « certification iso-diversité » afin d’aider les « communautés culturelles » à se trouver un emploi. Pourquoi, aurait-on envie de se demander? Déjà, en 2005, on apprenait que « sur les 392 étudiants embauchés durant l’été 2005, 309 étaient des femmes, 51 provenaient des minorités visibles, 30 des minorités ethniques et deux étaient des autochtones. Aucun étudiant mâle francophone n’a obtenu d’emploi au sein de la ville cet été ». (( Raymond Gervais, L’hôtel de ville est fier de son plan d’embauche des minorités, La Presse, 19 septembre 2005)) Et on veut en plus créer une « certification iso-diversité »? Quelle sera la prochaine étape? Ne serons-nous heureux que lorsque les visiteurs des soupes populaires seront tous blancs et francophones?

En opposition à des « communautés culturelles » où Harel a autant de chance de percer que le Bloc Québécois en Alberta, ne vaudrait-il pas mieux plutôt valoriser la « communauté québécoise »? Je suis Québécois, et je fais partie d’une communauté partageant une certaine culture. Pourquoi ainsi contribuer à isoler davantage les immigrants en leur donnant l’impression qu’ils sont différents, qu’ils ne font pas partie de notre communauté québécoise? Louise Harel, en cherchant à colmater une autre brèche dans sa campagne, manque de rappeler ce qui devrait véritablement nous unir: la citoyenneté québécoise. Le fait d’avoir la peau brune, jaune ou bleu avec des taches orangées ne devrait pas déranger qui que ce soit. On ne peut pas prétendre s’opposer à de soi-disant injustices en en créant de nouvelles.

La candidate à la mairie, de par son historique péquiste et favorable à la langue française, devrait plutôt encourager l’intégration des immigrants en leur parlant en tant que Québécois, peu importe leur pays d’origine. Les immigrants ne demandent que cela. Leur rend-t-on service en les engageant à cause de leur couleur de peau? Au lieu de chercher à acheter le vote des « communautés culturelles », Harel devrait plutôt s’intéresser à la plus grande des « communautés culturelles », celle des Québécois qui sont ouverts à la différence et qui désirent qu’on engage des individus non pas en fonction de leur race ou de leur sexe, mais plutôt de leurs strictes compétences. En faisant ces propositions à la Jeune Chambre de commerce haïtienne, Harel tourne le dos au reste des citoyens et manque encore une fois l’occasion de mettre de l’avant ses forces.

Aux échecs, quand on choisit de s’attarder à ce qui nous amoindrit plutôt qu’à ce qui fait notre puissance, on s’enferme dans une logique négative de repli sur soi qui conduit inévitablement à un manque d’espace et à une lente asphyxie, menant irrémédiablement à la défaite si l’adversaire joue correctement. En utilisant ce type de stratégie sans-issue, Vision Montréal mène une campagne négative, espérant seulement une erreur des adversaires pour pouvoir s’imposer. Le parti veut se faire élire sans provoquer de débat, sans la moindre controverse, sans risque de choquer qui que ce soit.

Dans un monde politique aseptisé où la langue de bois semble constituer la seule parole acceptable, ne faudrait-il pas plutôt des politiciens municipaux fiers de ce qu’ils sont et osant véritablement affirmer leurs idéaux sans avoir à leur passer une muselière et à se défendre de n’être pas ceci ou cela? Je rêve du jour où un candidat se lèvera et affirmera clairement: « Je crois en ce que je suis, et si vous n’êtes pas d’accord, et bien tant pis pour vous! »

Peut-être que si nos politiciens avaient moins peur de provoquer des débats et des controverses; peut-être s’ils osaient encore haranguer les foules et leur donner matière à véritable fierté, peut-être que la majorité des citoyens ne resterait pas chez eux le jour du vote.

Pour une Saint-Jean en français
20 juin 2009

Parfois, il faut revenir à la base. Prendre le problème et le résumer.  Par exemple, au sujet de la Saint-Jean bilingue: il faut se battre pour que notre fête nationale se déroule dans notre langue.  C’est ainsi que je résume la situation.

Avouez que c’est fort.  Nous sommes au Québec, une province certes officiellement comme les autres, mais qui a été reconnue comme nation et qui a une seule langue officielle et commune, le français.  L’anglais n’a aucun statut au Québec, pas plus que le mandarin ou le farsi.  Le Québec est français, ça c’est ce qui compte.

Malheureusement, certains bien-pensants essaient de nous vendre le fait que la Saint-Jean-Baptiste serait la fête de « tous les Québécois », c’est-à-dire de tous les habitants de la province de Québec.  C’est faux.  La Saint-Jean n’est pas plus la fête des gens qui habitent ici sans reconnaître  notre culture que le 4 juillet américain est la fête des touristes étrangers.

Le 24 juin, c’est la fête des francophones, des descendants des Canadiens-français, de la culture du peuple québécois.   Le soi-disant « nationalisme inclusif » proné par le PQ depuis plusieurs années est un échec; on ne peut pas fêter une nation si on ne s’y identifie pas.  Et ne venez pas me dire que les anglos de Westmount s’identifient à la culture québécoise.  Ces gens sont autant Québécois que moi je suis Américain après trois jours aux États-Unis.

À partir du moment où on accepte que des groupes anglophones, des étrangers à notre culture et à notre langue, se produisent lors de notre fête nationale, nous abdiquons.  Nous renonçons à ce que nous avons de plus précieux: notre langue.

Car contrairement à ce qu’affirment certains, une langue consiste en bien d’autres choses qu’un moyen de communication.  La langue, de par son étymologie, transmet des valeurs, une culture, une façon de voir le monde.  Abdiquer face à l’anglais, c’est renoncer à ce que nous sommes.

Pourtant, nous ne demandons pas grand chose.  364 jours par années, nous plions l’échine.  Une journée, une seule, nous voulons être fiers de ce que nous sommes et nous fêter.  Nous n’excluons personne; quiconque s’identifie à notre culture et à notre combat pour la préservation du fait français en Amérique est le bienvenu.  Notre ouverture n’a d’égale que notre désir de continuer à exister.

Voilà pourquoi il est important de s’opposer à l’anglicisation de notre fête nationale.  En nous enlevant la seule journée où nous pouvons être réellement fiers de nous-mêmes, il ne s’agit pas d’ouverture sur les autres, mais plutôt de fermeture sur notre identité, sur nos racines, et sur nous-mêmes.  Nous nous perdons dans la grande Amérique anglo-saxonne et nous légitimisons le fait de parler anglais au Québec.

Si nous acceptons que des groupes chantent en anglais à notre fête,  nous lançons le message qu’il est correct de parler anglais au Québec et que cette langue a sa place comme outil de communication et de transmission de valeurs.

Est-ce que nous voulons?  Je ne crois pas.  Les Québécois ont majoritairement démontré leur appui à la loi 101 et à la protection du français.   Ces gens qui se produiront le 23 juin ont démontré qu’ils ne savent rien du Québec. Ils vivent ici depuis des années sans avoir démontré la moindre volonté de s’intégrer.

Et si on leur montrait qu’on ne veut rien savoir d’eux et de leur fermeture d’esprit, voire de leur racisme latent?

La Saint-Jean-Baptiste, c’est en français que ça se passe!

La crise
10 juin 2009

« Le PQ cherche la crise », affirme Jean Charest.  Réagissant aux propos de Jacques Parizeau comme quoi une crise pouvait être bénéfique en vue d’un prochain référendum, la premier ministre n’a pas hésité à accuser le Parti Québécois de chercher à créer la crise.  Il a tout faux: on ne peut pas créer ce qui existe déjà.  La crise est là, purement et simplement.  Le PQ a peut-être simplement décidé de ne plus jouer le jeu des apparences, de faire « comme si » tout allait bien.

crise

Source de l’image

En effet, ne venez pas me dire que tout va bien.  Politiquement, le Québec n’a plus de poids; ses ministres sont des béni-oui-oui désarticulés que Stephen Harper fait mouvoir à sa guise.   Ils sont tout sauf le relais des revendications de la population qu’ils sont censés représenter.   Culturellement, il faut se battre pour nos artistes, pour notre télévision publique, pour nos médias.  Identitairement, Montréal s’anglicise de jour en jour, on se fait parler en anglais à Laval et sur la rive-sud, voire même en région, et les anglophones semblent démontrer de plus en plus de mépris pour la loi 101.  Ne me dites pas que tout va bien!

La crise, elle est permanente.  Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre.    Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Ainsi, prétendre que de ramener à l’avant-plan le désir des Québécois de prendre en main leur destinée est le prétexte à une crise s’avère une pure mauvaise foi.   C’est faux de dire que les gens ne veulent plus entendre parler de « chicanes constitutionnelles ».  Selon un récent sondage, la majorité des Québécois aimeraient que le Québec obtienne davantage de pouvoir.   Le calme constitutionnel ne fonctionne qu’en situation d’équilibre, quand le bateau ne tangue ni d’un côté ni de l’autre.

Cependant, actuellement, nous reculons.  Et face à ce recul, il était plus que temps de développer une stratégie remettant à l’ordre du jour une crise latente mais réelle, celle de la lente et cruelle agonie des Francophones d’Amérique du Nord.

Le PQ ne cherche pas la crise; il veut y faire face au lieu de se défiler, lâchement, comme Jean Charest et son gouvernement.

Soirée ordinaire à St. Laurent Town
3 janvier 2009

Il y a des jours et des soirées comme celles-là. Et il y a des gens comme ceux-là, qui ne sont pas du tout une minorité comme on pourrait peut-être le croire en-dehors de l’île de Montréal. Trois clients, trois exemples de ce qui ne fonctionne pas au Québec et qui démontrent pourquoi il devient de plus en plus difficile de protéger notre langue.

Client 1: « Why don’t you go to France if you want to speak French? » (Pourquoi ne vas-tu pas en France si tu veux parler français?)

Comme je l’ai déjà écrit ailleurs, mon enthousiasme est contagieux et j’ai un impact positif sur mes collègues de travail. Quand j’ai été engagé, il y a deux ans et demi, j’étais presque le seul qui « osait » s’adresser à tous les clients en français, et sans exception. Aujourd’hui, nous sommes trois ou quatre, et je travaille pour améliorer ces chiffres. Individuellement, mon impact est négligeable, mais si tous les Québécois dans tous les commerces refusaient de travailler dans une langue étrangère sur le territoire du Québec, nous intégrerions tous les immigrants en quelques semaines. Bref, je fais ma part. Et mon collègue qui servait ce client aussi.

Il l’a simplement servi en français. « Bonjour » avec un sourire, le prix en français (en pointant la caisse enregistreuse où le prix était affiché), toujours très poli. Et quand le client lui posait des questions en anglais, il répondait en français. Mais ce client, un Pakistanais ou un Hindou, ne comprenait pas qu’on puisse lui parler en français ici. Il semblait vraiment déstabilisé: « pourquoi ne vas-tu pas en France si tu veux parler français? » Mon collègue et moi-même nous sommes regardés, et je crois qu’on peut dire qu’on a vraiment compris l’ampleur du problème. Non seulement est-il possible de vivre en anglais au Québec, mais il est également possible de ne pas comprendre que ça se passe en français ici et de ne même pas réaliser qu’il y a ici un peuple qui parle français.

Client 2: « I didn’t talk to you in French. Are you a comedian or what? » (Je ne t’ai pas parlé en français. Es-tu un comédien ou quoi?)

Ça s’est passé environ dix minutes avant la fermeture. Même situation que la précédente, sauf que cette fois-ci c’était un anglo d’ici, car il semblait comprendre ce que je lui disais en français mais refusait le fait de se faire servir dans cette langue. Pour ce jeune dans la vingtaine, il allait de soi que s’il parlait en anglais on DEVAIT le servir en anglais. Mais peut-on le blâmer, quand on constate les ravages que le bilinguisme institutionnalisé a causé et que de nombreux petits Québécois sont devenus fiers de délaisser leur langue au profit de l’anglais dès que possible?

Pour ce client, c’était clair: on lui manquait de respect en lui parlant en français. Il se trouvait dans une province francophone, où tout est affiché en français, où les employés du commerce se parlaient en français, mais à ses yeux il fallait absolument et impérativement changer pour l’anglais et quiconque ne le faisait pas jouait la comédie et ne le servait pas correctement.

Sauf que, encore une fois, comment le blâmer? Il se trouve toujours un Québécois, quelque part, pour le servir en anglais. C’est devenu une habitude pour lui. Il n’a pas besoin d’apprendre le français parce que partout où il va, que ce soit à l’épicerie, à la banque, au restaurant ou même au dépanneur, on lui parle en anglais. Pourquoi apprendrait-il une langue dont il n’a pas besoin?

Client 3: « I think you can speak English. Talk to me in English. » (Je crois que tu peux parler anglais. Parle-moi en anglais.)

Ce client était aussi un anglo d’ici. Début quarantaine, bien habillé, le regard franc. Et encore une fois, il comprenait très bien tout ce que je lui disais en français. Sauf qu’il me répondait en anglais, et quand je lui ai poliment dit que je ne parlais pas anglais, il s’est mis à déblatérer beaucoup plus rapidement et il a pris mon nom en note pour faire une plainte.

Et quel était mon crime, encore une fois? Hé oui, d’avoir parlé dans ma langue dans mon pays.

La vérité, la vraie, c’est que le combat pour le français est une lutte quotidienne. Seul, l’antagonisme devient rapidement épuisant et il faut une force extraordinaire pour ne pas se laisser engloutir par le laisser-faire ambiant. Par contre, quand on réussit à faire équipe avec ses collègues de travail, il devient possible de développer une franche camaraderie et un esprit de fierté dans le fait de se faire respecter en parlant français au travail.

Au début, on a l’impression de faire quelque chose de tabou, de mauvais, d’illégal. Mais tranquillement, au fur et à mesure d’expériences positives (car il y en a!) où des clients réguliers jusqu’alors anglophones commencent à nous parler en français – ne serait-ce que quelques mots – on ressent cette fierté nous envahir et faire taire toutes ces petites voix centenaires d’un peuple qui a appris le « Speak White » en se regardant ses souliers, le dos courbé. On constate qu’il est possible de travailler dans sa langue et que s’il y aura toujours des clients comme les trois ci-haut, ceux-ci deviendront de moins en moins nombreux au fur et à mesure qu’on incite ses collègues, ses amis, sa famille à ne parler que français au Québec et à ainsi contribuer à franciser les immigrants et les anglophones qui vivent ici sans aucun désir ni nécessité de s’intégrer.

Car qu’on le veuille ou non, on n’apprend pas une langue par plaisir, mais par nécessité. Et le jour où tous les Québécois refuseront de parler une langue étrangère dans leur pays, nous aurons régler tous les problèmes d’intégration et la culture québécois pourra enfin rayonner et devenir véritablement inclusive, c’est-à-dire qu’on pourra enfin accueillir l’autre sans avoir peur de perdre ce que nous avons déjà.

Nous sommes dépossédés de nous-mêmes. Reprenons conscience de ce que nous sommes, soyons-en fiers, et nous donnerons peut-être envie aux autres de se joindre à nous et de bâtir le Québec du futur. Un Québec multicolore, mais francophone.

Quand le Parti Québécois désire angliciser le Québec
25 novembre 2008

speak_quebec_anglicisationCe ne doit plus être un secret pour personne: je travaille à Ville Saint-Laurent, un des quartiers les plus multi-ethniques de Montréal, où près de 49% de la population a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais et où une grande proportion de ces immigrants ou fils et filles d’immigrants s’intègrent vers l’anglais. Je connais cette réalité d’immigrants qui sont ici depuis deux, cinq, dix ou vingt ans et qui ne parlent pas un mot en français. En fait, oui, ils savent souvent dire « bonjour » ou « merci » mais ils n’ont pas besoin de le faire: un petit Québécois mou s’empresse de les servir en anglais et leur enlève ainsi toute nécessité d’apprendre notre langue.

Pourtant, il existe des solutions pour faire face à cette vague d’anglicisation qui touche non seulement les immigrants, mais également des Québécois francophones qui sont fiers de délaisser leur langue – une langue qu’ils maîtrisent souvent mal – pour servir des clients qui, parfois, ne demanderaient qu’à ce qu’on les laisse essayer de parler français. Sauf que pour que les solutions soient efficaces, elles doivent être concertées, cohérentes. Elles doivent appuyer mon combat (et celui de nombre de mes collègues) consistant à ne parler que le français au travail, à refuser de servir les clients dans une langue étrangère, que ce soit le mandarin, l’allemand, le russe ou l’anglais. Elles doivent valoriser la fierté de la langue de Molière et ainsi faire de notre langue commune un véritable phare, une lumière vers laquelle les immigrants doivent se tourner s’ils espèrent être compris et pouvoir fonctionner au Québec. Elles doivent être le ciment sur lequel repose la maison que nous essayons de construire.

En effet, ce n’est pas seulement un travail que j’occupe, tout comme je ne suis pas qu’un automobiliste sur la route ou un simple client quand je vais chez IGA. Je suis plus que ça. Je représente quelque chose. Je prends la décision de parler français, d’être prudent sur la route ou d’être courtois à l’épicerie en partant de la conviction suivante: si tout le monde faisait ainsi, le monde irait beaucoup mieux. Tout ceci relève de cette certitude: j’ai du pouvoir, je contrôle ma vie, et je peux être un exemple pour d’autres. Je peux, de par mes maigres actions, avoir une influence sur les autres. Et c’est exactement ce que je fais au travail. Me croiriez-vous si je vous disais que 95% des clients qui m’abordent en anglais vont immédiatement changer pour le français quand je leur réponds en français? Que même ceux qui me disent « je parle très peu la française (sic) » sont très bien capables de se faire comprendre quand on les encourage un peu, qu’on fait montre de patience et qu’on les aide un peu, par des gestes, par une reformulation à propos, etc? Me croiriez-vous si je vous disais que devant les succès de ma façon de travailler quelques-uns de mes collègues ont commencé à faire pareil? Me croiriez-vous si je vous disais que certains immigrants commencent à me dire « merci », « bonne soirée » alors qu’ils ne savaient pas dire un mot de français auparavant?

Me croiriez-vous si je vous disais que je suis un simple citoyen travaillant dans sa langue dans son pays?

C’est cette réalité qu’on est en train de perdre. Alors que les actions des milliers de Québécois fiers comme moi et qui travaillent à la francisation des immigrants mériteraient d’être appuyées, on lance plutôt des signaux contradictoires. Même le Parti Québécois a décidé de se faire champion de l’applaventrisme devant la langue de Shakespeare.

Évidemment, comment passer sous silence l’empressement de Pauline Marois à mieux parler anglais? À vrai dire, il s’agissait d’une événement épisodique. Ce qui l’est moins, c’est de constater à quel point il semble plus important d’avoir un chef de parti qui nous représente qui parle une langue étrangère, mais d’un autre côté ça ne nous dérange pas trop d’avoir un capitaine de notre club de hockey qui n’est pas capable de dire deux mots dans notre langue. Nous avons placé l’apprentissage de la langue étrangère au-dessus de la maîtrise de notre propre langue. Mais tout ceci est anecdotique.

Ce qui me révulse violemment chez le Parti Québécois de Pauline Marois, c’est son désir d’imposer l’apprentissage de l’anglais intensif au primaire, notamment en enseignant les mathématiques et la géographie en anglais. Encore une fois, quel message lance-t-on à ces jeunes enfants? Celui-ci: « l’anglais est primordial; tu ne sais pas encore écrire un paragraphe dans ta langue maternelle sans faire dix fautes d’orthographe, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! »   « Tu as un vocabulaire déficient, tu ne connais rien à la littérature, tu es incapable d’utiliser des mots légèrement complexes, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! » Et que deviendront ces enfants dix ans plus tard? Ils seront devenus exactement ce à quoi je m’oppose: des Québécois mêlés, à l’identité culturelle confuse, empressés de parler anglais aux immigrants, et qui, de par leurs actions, annihilent les projets d’intégration des milliers de Québécois comme moi qui ont à coeur leur langue.

Il me semble qu’il serait beaucoup plus important d’apprendre le français correctement à nos jeunes avant de leur permettre l’apprentissage d’une langue étrangère, que ce soit l’espagnol, le mandarin ou l’anglais. Quand je lis ce qu’écrivent certains de mes collègues « bilingues », je n’en reviens pas. J’ai déjà comptabilisé vingt-deux fautes d’orthographe en quatre phrases.

La vérité, c’est qu’il faut choisir ses priorités. Collectivement, désirons-nous intégrer les immigrants vers le français ou intégrer les Québécois vers l’anglais? C’est ça, la vraie question. Le bilinguisme chez l’élite, personne n’est contre. Mais quand on impose le bilinguisme à tous les enfants du Québec et qu’on demande de bien connaître une langue étrangère à un enfant dont le but dans la vie est peut-être d’être mécanicien ou coiffeur, on incite à l’anglicisation de l’ensemble du Québec. Car c’est bien connu, un peuple minoritaire bilingue est un peuple qui s’assimile.

Ce que fait le Parti Québécois, en ce moment, c’est ajouter au problème au lieu de le régler. Le problème n’est pas que les Québécois ne sont pas assez bilingues; le problème est justement que trop d’emplois exigent le bilinguisme. Le PQ devrait travailler à ce que les plus hauts échelons de la société soient disponibles pour les francophones au lieu de vouloir que l’éboueur de Saint-Calixte sache parler anglais. Le Parti Québécois devrait proposer l’apprentissage intensif du français au primaire pour aider à mieux ancrer l’identité de nos jeunes dans la langue française au lieu de leur offrir une alternative vers l’anglais dans un monde où la culture anglophone est déjà une force de prédation.  Sinon, si vraiment le but est d’offrir un maximum de « chances » aux Québécois dans un monde qu’on considère anglophile, autant tout enseigner en anglais, et à partir du préscolaire, et pourquoi pas saborder la loi 101 en passant?  Soyons cohérents!

Voilà donc une raison supplémentaire pourquoi ne ne voterai pas pour le Parti Québécois. Je travaille chaque jour à la francisation des immigrants, mais si le Parti Québécois prenait le pouvoir et imposait l’apprentissage intensif de l’anglais, mon combat deviendrait une cause perdue. Au lieu de lancer des messages confus et contradictoires, du style « nous voulons intégrer les immigrants vers le français » tout en imposant l’anglais au primaire, il faudrait plutôt que le message soit clair et que nous parlions d’une même voix: au Québec, ça se passe en français, ou bien vous apprenez le français, ou bien personne ne va vous comprendre et vous ne pourrez pas fonctionner.

Et pour ce faire, il faut lutter contre le pire ennemi de notre cause: le bilinguisme, cette anglicisation forcée que le Parti Québécois espère imposer à nos jeunes au lieu de leur apprendre la richesse de notre langue et la fierté de la parler. Quand tout est une question de message, lançons-en un cohérent, appuyé, et clair: au Québec, c’est en français que ça se passe, et nous travaillons à ce qu’il soit possible de travailler dans notre langue partout sur notre territoire. C’est bien beau de « vouloir » franciser les immigrants, mais ça doit commencer par des actions concrètes pour faire rayonner le français partout et donner le goût à la prochaine génération de ne pas être aussi soumise et passive que la nôtre devant cette dépossession tranquille qui afflige notre culture et notre langue.

Aujourd’hui, nous avons encore le choix.  Mais dans vingt ans?