Le spin des pointeurs de doigt
2 avril 2012

« C’est à notre existence même qu’on en veut et nous serons d’autant plus attaqués que nous serons plus dignes de vivre »

-Olivar Asselin

La règle cardinale pour tout peuple colonisé est de ne jamais questionner ou attaquer ses colonisateurs. Cette directive non écrite est violée par le dernier sondage L’Actualité, qui fait état de l’hostilité de plus en plus manifeste de la minorité de langue anglaise du Québec à l’égard de la langue nationale des Québécois. Le sondage est d’une telle éloquence et il pointe avec une telle précision les plus grands coupables de l’anglicisation de Montréal et du Québec, que les larbins de service n’ont pas tardé à imaginer toutes sortes de répliques pour tenter de nier l’indéniable.

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Ainsi, François Cardinal, dans La Presse, questionne les points d’exclamation et les tournures de phrases dans le sondage. Il affirme notamment que de parler de pouvoir d’attraction de l’anglais ou de la mondialisation serait tendancieux (!). Puisqu’il ne peut pas attaquer le résultat du sondage lui-même, il utilise la vieille tactique consistant à attaquer la forme pour discréditer l’essence. Pas subtil.

De la même manière, l’extrémiste de la droite économique Joanne Marcotte a publié une série de quatre (!) textes sur le sujet dans la feuille de chou de Péladeau. En clair, elle tente de tailler le sondage en pièces sous prétexte qu’il ne serait basé que sur 504 répondants (ce qui, statistiquement, est pourtant bien suffisant pour établir une tendance), qu’il encourage la division, ou – quelle horreur ! – que Jean-François Lisée, cet ancien péquiste, y est relié. Encore une fois, on s’attaque à la forme parce que l’essence est inattaquable : les anglophones rejettent massivement la langue nationale. Marcotte termine sa (trop longue) série en affirmant qu’il faudrait mieux commencer par cibler notre « communauté linguistique » (depuis quand la langue nationale est-elle une simple « communauté linguistique » ?) que de nous attaquer aux anglophones.

La palme du déni de soi-même et de la manipulation revient à Lysiane Gagnon qui, dans un torchon de langue anglaise, a ressassé une litanie de mensonges. Parmi ceux-ci, elle affirme que le sondage reproche aux anglophones de ne pas écouter Marie-Mai. En fait, le sondage demande plutôt aux anglophones s’ils CONNAISSENT Marie-Mai, et la réponse est la même que pour Régis Labeaume : non ! Autre mensonge : elle termine son texte en blâmant le soi-disant exil des francophones de l’île de Montréal pour expliquer le recul du français. Cet argument-bidon a pourtant maintes fois été invalidé par de nombreux chercheurs. À cet effet, mon essai APARTHEID UNIVERSITAIRE fait d’ailleurs état d’une anglicisation plus rapide pour les banlieues que pour Montréal : entre 2001 et 2006, la population de langue d’usage anglaise a augmenté de 4,9% à Montréal, contre 7,9% pour les banlieues, ce qui signifie que les banlieues s’anglicisent plus rapidement que Montréal ! Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…

Le but : intimider

Cette charge coordonnée contre le sondage L’Actualité vise avant toute chose à décourager toute initiative semblable dans le futur. En tentant de discréditer le magazine, on incite tout autre média à y penser à deux fois avant de penser cibler les anglophones du Québec.

Cette attitude est hautement anti-scientifique, voire obscurantiste. Il s’agit d’une tentative DÉLIBÉRÉE de camoufler la vérité aux Québécois et de ranimer en eux les vieux réflexes d’auto-flagellation à la sauce « c’est de notre faute si nous disparaissons ». On tente de décourager toute forme de réflexion critique quant au rôle des anglophones dans l’anglicisation de Montréal.

Ces anglophones méprisent notre loi fondamentale, ignorent tout de notre culture, souhaitent la disparition de notre langue, ne ressentent pas la moindre identification au français, mais ce serait de notre faute si nous nous anglicisons. Que dis-je, ce serait même une idée à la limite du racisme que d’imaginer que ces anglophones puissent constituer une des causes de notre anglicisation.

Tout peuple vaincu porte en lui le poids de la défaite comme une tache qu’il faudrait laver pour l’éternité. Nous, Québécois, en sommes tellement venus à croire nous-mêmes en notre propre infériorité que nous acceptons bêtement le mépris d’autrui comme le miroir de nos propres défauts. Nous ne nous croyons pas dignes d’exister, alors nous devons inventer toutes sortes de schémas paranoïdes pour tenter d’invalider la réalité qui devrait pourtant nous sauter en plein visage : ces anglophones nous ont toujours méprisé et ils nous mépriserons toujours tant que nous oserons tenter de vivre comme un peuple normal, dans notre langue et selon nos valeurs.

Les François Cardinal, Joanne Marcotte et Lysiane Gagnon de ce monde ne sont que l’expression de cette haine de soi qui nous incite encore et toujours à pointer le doigt vers nous quand il faudrait impérativement le faire à la face d’une minorité anglophone québécoise se croyant majorité canadienne et qui agit comme si nous n’avions aucunement le droit à l’existence.

Ça fait un quart de millénaire qu’on pointe le doigt sur nous-mêmes ; ne pourrait-on pas parfois le pointer sur autrui, surtout quand les faits le justifient ?


Vous venez de lire mon millième billet.

Contre l’anglais intensif
11 février 2012

« Pour rendre les gens libres, indépendants et conscients, il n’y a pas de solution autre que collective. »

-Michel Chartrand

Dans un texte intitulé Pour l’anglais intensif, le journaliste François Cardinal reprend à son compte les arguments erronés des promoteurs de cette idée. Selon ceux-ci, la mesure n’aurait que des effets positifs et il faudrait impérativement répondre aux demandes des parents pour imposer davantage d’anglais à l’école. Trois points méritent d’être soulignés.

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D’abord, quand on parle des effets positifs, on les compare toujours à l’absence d’activité intensive. On ne compare pas les effets de l’anglais intensif par rapport aux mathématiques intensives, aux sciences intensives, à un atelier de pâtisserie intensif, mais toujours à l’absence d’enseignement intensif. Si on voulait adopter une approche logique, il faudrait comparer deux programmes intensifs côte à côte. Il ne fait aucun doute qu’un programme intensif peut être stimulant intellectuellement pour un enfant, mais ce n’est peut-être pas tant la matière enseignée – qui stimule les mêmes zones du cerveau que l’apprentissage de la langue maternelle, notons-le – mais le fait d’apprendre intensivement.

Ensuite, quand on parle de réussite, à quelle genre de réussite fait-on référence ? La réussite individuelle ou collective ? En clair, la qualité d’un système d’éducation se mesure-t-elle à la quantité d’élèves réussissant individuellement ou à la réussite collective d’une société profitant d’une éducation au service de la communauté ? Puisque l’éducation est payée par l’État, ne serait-il pas légitime d’exiger qu’elle profite à la collectivité québécoise ? Dans un contexte d’anglicisation rapide de la région métropolitaine de Montréal, et parce qu’il a déjà été démontré que le bilinguisme généralisé au sein d’une minorité linguistique entraîne son assimilation, ne faudrait-il pas, à tout le moins, s’interroger sur la pertinence d’une telle mesure d’un point de vue collectif ? La réussite individuelle n’est pas tout. Surtout en éducation.

Finalement, faut-il nécessairement répondre aux attentes des parents ? L’éducation n’est pas une marchandise ; elle n’a pas à être à l’écoute de « clients ». Si on écoutait les parents, l’école n’enseignerait ni la philosophie, ni les arts, ni l’histoire, ni quoi que ce soit qui ne soit directement relié à la réussite individuelle telle qu’exprimée généralement. L’éducation n’a pas à se soumettre aux diktats des parents, qui sont le plus souvent les simples représentants des dogmes de l’heure ; elle doit être intemporelle et viser à former non pas des technocrates de l’idéologie dominante, mais des êtres humains en mesure d’enrichir la collectivité.

L’anglais ne constitue qu’une matière comme une autre, qu’un langage parmi d’autres, pouvant être comparé aux mathématiques, aux sciences, aux arts, à la musique. Le placer sur un piédestal, et le faire au nom de la stricte réussite égoïste, selon une analyse erronée, et pour répondre aux exigences de parents déconnectés des réalités de l’éducation, constitue la meilleure manière non seulement d’assurer la marchandisation de l’école, mais d’affaiblir la collectivité québécoise.