Quand The Brick achète notre fierté pour 25$
6 janvier 2010

Combien vaut notre fierté linguistique? L’entreprise The Brick a réussi à répondre à cette question: vingt-cinq piastres! C’est ce qu’elle a offert à un client offusqué d’avoir reçu une circulaire publiée entièrement en anglais et distribuée dans le temps des Fêtes un peu partout dans la région de Montréal. Pas d’excuses officielles dans les journaux, pas de mea culpa sur la place publique pour avoir violé la loi fondamentale des Québécois, pas d’explications alambiquées; chez The Brick, on sort une poignée de pinottes et on les garoche au premier venu.

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Quand Claude Dumoulin est arrivé aux bureaux de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal pour se plaindre, lundi, il n’était vraiment pas de bonne humeur. Qu’importe, l’individu habitant Laval-des-Rapides a opéré un large détour pour dénoncer cette situation. « C’est très fâchant, c’est une insulte », a-t-il expliqué à Mario Beaulieu, président de la SSJB. « Ils m’ont donné vingt-cinq dollars pour me faire taire ».

Déjà, le 21 décembre, des lecteurs de ce blogue m’avaient averti de la situation, et quelques jours plus tard, Impératif français avait dénoncé la dite circulaire, envoyée à Saint-Léonard cette fois. Il semble donc que l’envoi ait eu lieu à plusieurs endroits et qu’il ne s’agit pas d’une erreur isolée. Ce sont des milliers de foyers qui ont reçu ce « cadeau » de Noël.

En outre, il était possible de lire, dans les petits caractères, que certaines des promotions affichaient des prix différents au Québec, que la livraison était disponible à Montréal, que les heures d’ouvertures variaient pour la province. Bref, quoi qu’on en dise, cette circulaire s’adressait effectivement aux citoyens du Québec, et on n’avait pas envoyé par méprise celle de Winnipeg ou de Vancouver. Pour The Brick, le Québec n’existe pas; le Canada forme une même et unique nation anglophone d’un océan à l’autre. Et si vous osez vous plaindre, on vous enfoncera la face de la reine et du « Siré » Wilfrid Laurier dans la gorge.

Quel est le prix de la fierté?

The Brick a peut-être considéré qu’il était plus rentable d’envoyer une circulaire entièrement anglophone au Québec et de payer vingt-cinq dollars aux aborigènes qui osaient se plaindre que d’en imprimer une dans la langue nationale. Simple question de ratio coûts/bénéfice: quand la population est apathique, quand elle n’ose plus exiger qu’on la respecte, quand la priorité numéro un de la cheffe du Parti Québécois est l’apprentissage d’une langue étrangère, et quand notre loi 101 ressemble de plus en plus à un chihuahua qui jappe mais qui ne mort pas, c’est ce genre de situations qui risque de se produire. On regarde le pitou aboyer, et on part avec le téléviseur.

En fait, cet épisode en dit plus long sur nous, Québécois, que sur The Brick elle-même. Que The Brick nous insulte en refusant de s’adresser à nous en français ou qu’elle tourne le fer dans la plaie en cherchant à acheter le silence des plaignants ne devrait même plus nous surprendre. Nous avons peur d’exiger le français, nous nous contentons de peu; un français de qualité médiocre, des publicités bilingues, puis éventuellement le remplacement de notre langue par l’anglais. Nous sommes des moutons avec un néon lumineux accroché sur les fesses où est écrit « Tondez-moi » et nous feignons la surprise lorsqu’on se retrouve dénudé l’hiver venu.

The Brick a fixé le prix de notre fierté parce que nous avons refusé de le faire. Nous préférons l’accommodement, la bonne entente, la ronde où tout-le-monde-il-est-gentil, où tout-le-monde-il-est-fin, où tout-le-monde-il-se-tient-par-la-main-et-danse. Nous acceptons de travailler dans une langue étrangère pour des salaires médiocres, nous décidons de faire fi de nos valeurs quand nous acceptons de nous faire servir en anglais dans des commerces, nous refusons de donner la moindre valeur à notre spécificité humaine. Nous sommes uniques, nous sommes riches, nous avons une culture merveilleuse, mais nous la méprisons en refusant de la protéger. Nous nous traitons comme de la merde, et The Brick a simplement donné un prix à ces excréments culturels.

Que des gens un peu partout se soient sentis offensés constitue une bonne chose. Que des citoyens bien ordinaires, des travailleurs, des hommes d’affaires, des Québécois comme Claude Dumoulin, ait décidé de réagir montre qu’il y a de l’espoir. Mais pour chacun d’eux, combien se sont simplement contentés de hocher la tête et d’accepter qu’on les traite comme des citoyens de seconde classe? Pour quoi, au fait: un téléviseur à écran plat, un divan, une laveuse frontale?

Le jour où nous serons réellement fiers de notre héritage, de telles situations ne pourront plus se produire. La personne qui aura pris la décision d’envoyer ces circulaires ou d’offrir le vingt-cinq dollars sera déjà à attendre dans une file de chômage et une juteuse amende pénalisera la compagnie. Et on n’aura plus à se demander si la loi 101 doit couvrir telle entreprise, telle publicité, tel pourcentage de prédominance du français; il sera simplement normal qu’au Québec, au sein de cette grande nation francophone, tout se fait en français car c’est la seule et unique langue commune.

Et ça, ça n’a pas de prix.

L’engagement moral
30 octobre 2008

Engagement moral

Qu’on le dise dès le départ: si la politique d’intégration des immigrants du Parti Libéral du Québec constituait la fine glace qui nous séparait des eaux, nous serions déjà tous mouillés jusqu’aux oreilles tellement celle-ci s’avère mince et fragile. On demande un « engagement moral » aux immigrants en les incitant à signer un contrat sans valeur afin qu’ils respectent nos valeurs de base, notamment l’utilisation du français: n’importe quoi, comme le note Patrick Lagacé.

Pourtant, la controverse n’est pas nouvelle. Ici-même, en février dernier, il y avait eu un fort débat suite à un de mes billets où je m’en prenais à un blogueur ayant choisi de faire la promotion de l’indépendance du Québec… en anglais. Je lui avais reproché de contribuer ainsi à la normalisation de l’anglais comme langue d’usage au Québec et à réduire l’attrait du français chez les immigrants, nuisant effectivement au combat qu’il prétendait mener. Car n’en déplaise aux grands linguistes de ce monde, une langue n’est rarement apprise par plaisir, mais plutôt par nécessité.

En effet, c’est bien beau de se fier au « sens moral » des gens, mais la vérité c’est que nous n’agissons souvent que selon notre propre intérêt. Tiens, par exemple, le gros bon sens nous dit que l’hiver on doit mettre des pneus d’hiver. Mais il a fallu passer une loi pour forcer les gens à les installer. Et c’est la même chose pour tout: qui s’arrêterait la nuit aux feux rouges si ce n’était pas obligatoire? Quel commis de dépanneur gagnerait le salaire minimum si on se contentait de dire aux entreprises qu’elles ont « l’engagement moral » de bien payer leurs employés? Et à quoi ressemblerait un match de hockey où il n’y aurait pas de règles mais seulement un « engagement moral » de ne pas déroger à un code d’éthique?

Qu’on soit d’accord ou non, un engagement doit être accompagné de conséquences si on ne le respecte pas. Tout comme on me donne une contravention si je dépasse la limite permise ou si je roule sur le trottoir avec ma voiture, il doit y avoir des conséquences pour les immigrants qui refusent d’apprendre le français.

Oh, et à certains de nos amis qui ne vivent pas à Montréal et qui voient l’immigration avec des lunettes rose-bonbon, une GRANDE partie des immigrants ne veulent rien, mais absolument rien savoir d’apprendre ne serait-ce qu’un seul mot de français. J’en vois tous les jours qui sont ici depuis des années et qui ne sont même pas capables de dire « bonjour » ou « merci ». C’est ça le Montréal d’aujourd’hui, et c’est à cause de l’applaventrisme de Québécois mous et à l’amour-propre déficient, relayés par un gouvernement libéral mollasse et sans fierté que cette situation perdure.

La seule façon de franciser les immigrants est de leur parler en français, toujours, sans compromis, sans exception. Ceux-ci doivent comprendre que s’ils n’apprennent pas le français ils ne pourront pas fonctionner. Soudainement, ces gens qu’on croyait trop âgés ou trop peu scolarisés feront des merveilles d’apprentissage sitôt que leur intérêt personnel se trouve en jeu.

Dans tous les cas, c’est à nous d’agir. À nous d’être fiers de ce que nous sommes et de refuser de parler anglais sur notre territoire, d’exiger le français en tant que client ET en tant que travailleur. Cesser de croire que nous sommes polis parce que nous parlons anglais à quelqu’un qui ne comprend pas le français; notre politesse n’est qu’une lâcheté en tenue de soirée.

La vraie politesse, c’est de respecter le rythme d’apprentissage de l’autre, d’être patient, de lui répéter en articulant bien, mais de le faire, toujours et sans compromis, en français.

Sinon, autant fermer la shop right now.

Au fait, où en serions-nous aujourd’hui sans loi 101 ou si on s’était contenté de « l’engagement moral » des parents d’envoyer leurs enfants à l’école francophone?

Doit-on se séparer de Quebec City?
21 juillet 2008

Il existe une culture de la médiocrité et de l’à -plat-ventrisme à Quebec City. Une haine et une jalousie de « Mourial » et de tous ceux qui sont fiers de ce qu’ils sont et qui s’affirment sans complexe et qui laisse l’arrière-goût amer du complexe d’infériorité qui afflige une ville qui fut un jour une capitale mais qui aujourd’hui n’est plus qu’une petite banlieue recluse vivant dans l’espoir de se faire reconnaître et apprécier par le vaste monde.

Quebec City me fait penser à un enfant orphelin, abandonné par sa mère-patrie, et qui désire avant tout se faire reconnaître et aimer et qui est prêt à tout pour cela. Même à renier sa culture, ses valeurs, et son histoire. Pourquoi Quebec City en est-elle rendue si bas?

Historiquement, quand les Anglais ont pris Québec, en 1759, cela a entraîné la fuite des élites françaises vers la France. Québec s’est donc trouvée isolée, sans élites, et la seule façon pour une grande partie de la population de survivre a été de s’amouracher des nouvelles élites anglophones et d’embrasser cette culture qu’on a appris à considérer comme supérieure. Cet à -plat-ventrisme s’est perpétué de génération en générations, et est-ce si surprenant de considérer que Quebec City fut un des endroits au Québec où les Québécois (francophones) ont voté en plus grand nombre pour le NON en 1995? Est-ce si surprenant de constater que c’est Quebec City qui a voté majoritairement pour l’ADQ en 2006? Et encore Quebec City qui a porté des Conservateurs au pouvoir?

Car Quebec City se fout des enjeux, se fout de la culture (quelle culture?), se fout de tout… Tout ce qu’elle veut, c’est se faire dire qu’elle est spéciale et unique. Elle veut voir Harper venir lui parler à elle et à elle seule (surtout s’il ne va pas à « Mourial » après!) ou Dumont lui chanter ses louanges. Quebec City veut être aimée et c’est tout ce qui compte pour elle. Et ceux qui représentent le gros village doivent agir en ce sens.

En effet, avez-vous regardé l’entrevue de Denis Lévesque avec Paul McCartney? Je l’ai écouté: c’était fascinant. Fascinant de voir un Denis Lévesque agir comme le roi-nègre d’une obscure colonie d’Afrique recevant un roi européen et lui poser des questions du genre: « Aimez-vous Céline Dion? Car nous sommes bien fiers d’elle! » (Et McCartney de répondre: elle vient du Québec?) Ou encore mieux: « Vous ennuyez-vous de votre femme? » (à€ quoi t’attends-tu comme réponse, le casque? « Non je ne m’en ennuie pas du tout, qu’elle crève en enfer la salope? » Du grand journalisme.) Un sujet devant sa majesté. Un colonisé. J’ai honte d’être Québécois quand je vois ça.

Et à qui avait-on droit en première partie du spectacle de sa majesté McCartney, payée grassement à même les fonds publics? à€ Éric Lapointe, aux Loco Locass, aux Cowboys Fringants, à Gilles Vigneault? à€ un hommage à Félix Leclerc? à€ quelque chose qui nous rappelle qu’on fête effectivement un peuple francophone et une ville francophone. Non. Ce furent les groupes The Stills (imposé par McCartney) et la très anglophile Pascale Picard (prononcer: Péskà´à´le Paà¯khà´rde ). Nous fêtons le 400e de l’établissement de la première ville francophone en Amérique du Nord et le spectacle est 100% anglophone. Quelle honte! Nous faisons vraiment rire de nous! (Voilà un argument qui pourrait toucher nos amis de Quebec City, pour qui tout ce qui compte est ce qu’en disent les autres… c’est comme ça quand on a peu d’estime de soi!)

Évidemment, les gens de Quebec City se trouvent des arguments pour défendre leur pathétisme culturel et leur à -plat-ventrisme linguistique. Ils accusent Montréal de jalousie, ils se disent ouverts sur le monde. J’ai des nouvelles pour vous, mes amis de Quebec City, mais l’ouverture sur le monde c’est aussi l’ouverture sur la diversité du monde, sur la multitude des peuples et des cultures, des histoires et des langues, des destins et des possibles. C’est tout sauf de se plier à la langue impériale anglaise et de se prostituer en acclamant des Pascale Picard ou des Simple Plan qui sont trop niais pour chanter leur réalité dans leur langue. L’ouverture d’esprit, c’est la volonté d’enrichir la culture mondiale en affirmant haut et fort sa propre culture (sans se fermer à celle des autres) et en n’ayant pas peur de se célébrer soi-même, non pas pour ce qu’on est, mais également parce qu’en se célébrant soi-même on contribue à assurer la diversité des cultures humaines! L’ouverture d’esprit, c’est tout, absolument tout sauf aller se brancher sur un spectacle anglophone et nier ainsi sa réalité.

Contrairement à ce que pensent certains bien-pensants, ce n’était pas qu’une histoire de McCartney et de ses ex-Coccinelles grisonnantes. Ce qui a fait autant réagir les gens (avec justesse!) c’est plutà´t parce qu’il s’agit d’un signe supplémentaire du peu de considération qu’a la ville de Quebec City pour notre histoire et du peu de respect qu’elle a pour nous. Elle se fout éperdument de son rà´le historique, de sa culture, de sa langue, de ses valeurs. Elle aurait invité Lord Durham à chanter le God Save the Queen si Durham avait été encore vivant. Elle se prostitue, mais c’est nous, notre culture, qu’elle vend ainsi à rabais.

Finalement, puisque tout ce qui compte pour les Quebec-cityois, quelle image a-t-on donné au touriste étranger venu dans la ville? L’image d’un endroit où il fait bon parler anglais, où l’histoire est sans importance, où même les artistes locaux chantent en anglais. L’image d’une ville sans fierté et dont la culture n’est pas différente de n’importe quel bled perdu au Mid-West. Une ville dont les seules particularités sont son architecture et le fait que les nègres locaux vous parlent avec un accent quand ils s’empressent de vous servir dans la langue de Shakespeare.

Et c’est cette ville-là que vous voulez pour capitale dans votre Québec indépendant?

Pas moi. Je crois que la capitale de notre pays doit être une ville qui nous rend fiers, et donc les citoyens sont conscients de leur histoire et de leur rà´le dans le monde. Une ville qui nous représente, qui nous donne envie de continuer à nous battre pour protéger notre langue et notre culture. Une ville qui s’estime assez pour voter elle-même pour le pays à créer.

Aujourd’hui, j’ai honte d’être Québécois. Honte d’être associé aux gens de Québec. Honte de ce spectacle aliénant qui transforme notre histoire en une petite parenthèse qu’il faut vite effacer pour s’intégrer au monde… anglo-saxon!

à€ lire: La petite noirceur