Demain, la chute
3 novembre 2011

Nous sommes sur une rivière, autrefois tranquille, paisible, maintenant féroce, et le torrent accélère. La chute est devant nous et il n’y a pas la moindre façon de l’éviter. Aucun plan d’aide économique à la Grèce, aucune mesure d’austérité, pas même l’éclatement de la zone Euro de plus en plus probable (même l’Allemagne recommence à imprimer des marks), pas même une redistribution de la richesse, pas même la mise au pas, hautement improbable, des banquiers. Nous approchons de ce tournant dans l’Histoire, de cette chute qui va, une fois de plus, renverser l’humanité.

On nous dit: « C’est une récession ». Aucune récession ne met en danger l’ensemble du système financier de cette manière. On nous dit: « C’est une crise de liquidités ». Aucune crise de liquidités ne peut exister partout à la fois, dans tous les secteurs, et d’une manière permanente. On nous dit: « Il suffit de baisser les taux d’intérêts ». Les taux d’intérêts sont au plancher. On nous dit: « Il suffit de relancer la demande ». Les gens sont endettés jusqu’au cou. On nous dit: « Il faut renflouer les banques et les États ». Aucune impression d’argent facile ne pourra contribuer à renflouer un trou noir d’argent facile.

Notre monnaie, c’est de la dette. Elle naît dans la dette. Tout dollar en circulation est un reçu émis pour le remboursement d’une dette, avec intérêts. Voilà pourquoi les dettes sont toujours de plus en plus importantes. Il n’y a pas, il n’y aura jamais moyen de les rembourser. Elles nous plombent non pas parce qu’on vit au-dessus de nos moyens, comme aimerait le faire croire une certaine droite, mais parce qu’elles sont à la base de l’ensemble de notre système financier. Pas de dette, pas de monnaie. C’est aussi simple que cela.

Il y a une seule manière de permettre au système actuel de fonctionner: la croissance doit toujours être supérieure à la dette. Et puisque la dette est exponentielle, la croissance doit l’être aussi. Or, non seulement notre planète constitue un univers clos (pour le moment), mais sa principale ressource, la seule ayant été en mesure de produire le système actuel, le pétrole à accès facile, sera bientôt du passé (voir image). Le système actuel est intenable.

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Demain

De quoi aura l’air notre monde, quand nous aurons chuté? À peu près le contraire de celui d’aujourd’hui.

  • Une monnaie stable.Notre monnaie-dette actuelle va mourir. Elle le fera dans la déflation ou l’hyperinflation, ou dans l’une suivie de l’autre, mais elle va mourir. Toutes les monnaies fiat, c’est-à-dire qui ne sont basées sur rien d’autre que la confiance qu’on a en elles, finissent par atteindre leur véritable valeur: zéro. La monnaie du future sera basée sur des valeurs réelles, qui ne peuvent être manipulées, et qui ont fait leur preuve: de l’or, de l’argent.
  • Un monde local. La mondialisation est déjà morte, mais le monde de demain officialisera ce fait. Oubliez vos bibelots fait au Japon ou en Chine. Les pays occidentaux vivront une réindustrialisation à l’échelle locale et on réapprendra à s’auto-suffire d’un point de vue économique. Les coûts élevés de l’énergie, et donc du transport, rendront toute production à l’étranger nettement désavantageuse.
  • Une société simplifiée. Selon l’anthropologue Joseph Tainter, l’effondrement d’une société constitue simplement une simplification massive et rapide. Ce sera notre monde, demain. Terminée l’ère des multi-spécialistes, des pousseurs de crayons, des rapaces de la finance vivant des micro-changements boursiers. Prospéreront ceux qui travailleront et travailleront ceux qui produiront quelque chose d’utile et de concret pour la collectivité immédiate.
  • Le retour du village. Ce monde simplifié sera également plus dangereux, parce que la fin du paradigme actuel impliquera une baisse de la population humaine et un appauvrissement généralisé. Survivront ceux qui vivront dans des petites collectivités près des zones d’agriculture et où chacun pourra prendre soin de son prochain.
  • Le retour des valeurs. L’introduction d’une monnaie stable aura comme conséquence une stabilisation des mœurs et un retour des valeurs. Historiquement, la dévaluation des monnaies s’est toujours accompagnée de périodes de débauches et de pertes des valeurs; Rome en est le meilleur exemple, mais on pourrait également parler de la République de Weimar, ayant mené à la montée de Hitler. Chacun devant se serrer les coudes, et pouvant le faire dans un monde où une pièce de monnaie vaudra toujours une pièce de monnaie dans le temps,  le contrat social reprendra de son importance et les relations entre concitoyens se feront sur des bases plus respectueuses, sans cette complexité consistant à devoir constamment courir après des rendements pour battre l’inflation.
  • La fin des banlieues. Ces banlieues, qui constituent le pinacle du paradigme actuel, vont disparaître. Le coût de l’énergie étant trop élevé, la densité trop faible, elles feront graduellement place à de petites villes, des villages, ou même des champs. Le stationnement du Wal-Mart au-dessus des meilleures terres arables de la région sera démoli et on recommencera à cultiver.

Ces changements ne sont qu’un exemple de ce qui se produira après la chute. Plusieurs, parmi nous, sentent déjà l’inéluctabilité de ceux-ci.

La vraie question, d’ici là, consiste simplement à se préparer. À anticiper la chute, à survivre pendant celle-ci. Trouver un moyen de s’assurer de pouvoir passer du paradigme actuel au paradigme futur sans y laisser sa peau.

Voilà toute la question.

Et ceux qui auront trouvé la meilleure manière de le faire seront ceux qui prospéreront dans le futur.

Et les autres, ceux qui chantent aujourd’hui, qui s’endettent, qui vivent au moment présent, telle les cigales de la fable, seront pris au dépourvu et viendront quémander à ceux qui se sont préparés.

Ce n’est pas la Grèce qui fait défaut, ce n’est pas une crise de liquidités, ce n’est pas une récession. C’est la chute de tout un système.

Préparez-vous.