La FEUQ: une nuisance pour le Québec
13 septembre 2011

Dans un récent billet, je dénonçais l’anglicisation de la campagne Facebook de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). La FEUQ va encore plus loin maintenant avec un site internet entièrement en anglais, copie conforme de son site dans la langue nationale. Dans une véritable fuite vers l’avant, la FEUQ continue son approche clientéliste et assure ainsi l’échec de toute tentative de bloquer la hausse des frais de scolarité. Pire: si on adopte la mentalité et le discours de la FEUQ, on doit logiquement accepter une telle hausse. Je m’explique.

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En anglicisant sa campagne et son site web d’opposition à la hausse des frais de scolarité, la FÉUQ adopte une attitude de type « service à la clientèle », c’est-à-dire qu’elle considère l’étudiant non pas comme faisant partie d’une classe sociale étudiante elle-même faisant partie de la collectivité qu’est le Québec, mais plutôt comme un individu désolidarisé, isolé, auquel on doit offrir des « services » corporatifs. Dans le cas présent, ces services sont la langue anglaise, mais également la (tentative de) protection contre la hausse des frais de scolarité.

Ainsi, plutôt que de rappeler à l’étudiant de langue anglaise qu’il fait partie d’une collectivité québécoise ayant la langue française comme langue commune et que son sort individuel ne peut être détaché du désir COLLECTIF d’avoir une éducation aussi accessible que possible dans l’optique d’un enrichissement collectif de la nation québécoise, on le traite comme un client. Tu paies pour des services, tu obtiens des services. Et tant pis si ton anglicisation comporte un coût pour la collectivité.

Parallèlement, même l’argumentaire de la FEUQ est basé sur ce concept de clientélisme et de marchandisation de l’éducation. Dans sa conclusion, après quelques entourloupettes à la sauce « société du savoir » et autres charesteries, la FEUQ met clairement l’accent sur l’étudiant, sur son endettement, sur l’endettement de sa famille, sur son accès, etc. On effleure à peine le sujet des gains COLLECTIFS issus de l’éducation sinon pour parler du contribuable et de l’impôt qu’il peut payer. Quant à l’idée même qu’il puisse exister une nation dont l’éducation permettrait d’améliorer le bien-être intellectuel, on n’en souffle pas mot. Pour la FEUQ, la nation québécoise n’existe pas; seuls les étudiants – ses étudiants, ses clients – ont leur importance.

Les lecteurs de ce blogue savent que je suis en faveur de la gratuité scolaire. Ce désir qui est le mien d’assurer une éducation gratuite est basé sur la compréhension de l’enrichissement COLLECTIF issu d’une telle gratuité. Si je suivais la logique individualiste de la FEUQ, je ne pourrais pas m’opposer à la hausse des frais de scolarité. À partir du moment où on considère l’étudiant comme un client, à qui on s’adresse en anglais (et tant pis si les francophones seront minoritaires sur l’île de Montréal dans vingt ans, comme nous l’apprenait l’OQLF cette semaine), et pour lequel on se soucie strictement de « ses » frais, de « son » endettement, de « son » accessibilité, on légitime de facto le même genre de raisonnement clientéliste et individualiste chez n’importe qui d’autre au sein de la société.

Ainsi, moi, par exemple, payeur de taxes et d’impôts, je pourrais affirmer que je ne veux pas qu’on prenne « mon » argent et qu’on augmente ainsi « mon » endettement pour payer l’éducation des étudiants. Vous comprenez la logique? C’est simple: si les étudiants deviennent des clients devant jouir de services individualisés, moi, toi, vous, n’importe qui peut exiger le même traitement. Si on considère comme normal de mettre en danger la langue française au Québec en anglicisant les communications avec les étudiants du Québec, ou si on considère comme acceptable de considérer avant tout le problème de la hausse des frais de scolarité comme étant celui des étudiants eux-mêmes, pourquoi devrait-on éprouver la moindre solidarité pour cette cause? À la limite: « Qu’ils paient, ces étudiants! »

L’éducation et la langue sont des enjeux COLLECTIFS

En vérité, l’éducation et la langue sont des enjeux collectifs. On ne peut pas davantage adopter une approche individualiste pour l’un que pour l’autre. Ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante et ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer la situation du français dans les années soixante-dix.

Or, il n’y a pas de mesure collective sans limitation, même marginale, des libertés individuelles. Pour améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante, on a limité la liberté individuelle des collèges de charger le prix qu’ils voulaient. Pour améliorer la situation du français, on a limité la liberté individuelle d’avoir accès aux études en anglais au primaire et au secondaire. Il en est de même pour quantité d’autres aspects de notre vivre-ensemble: nommez-moi un gain collectif issu d’une loi ou d’une règle et je vous parlerai d’une liberté individuelle bafouée. Même quand on m’oblige à arrêter au feu rouge on limite ma liberté individuelle de ne pas le faire.

C’est ainsi que fonctionne une société. On limite légèrement et équitablement la liberté des individus pour augmenter la liberté de la collectivité. On paie des impôts élevés pour payer les frais de scolarité des étudiants et en échange on s’enrichit collectivement. On s’adresse aux étudiants en français et en échange on favorise leur intégration dans la langue commune et officielle du Québec.

La FEUQ, en tournant le dos aux enjeux collectifs et en transformant son discours en verbiage de spécialistes du service à la clientèle, nuit ainsi non seulement à la cause des frais de scolarité des étudiants, mais également à notre capacité collective à assurer la survie de notre langue nationale à Montréal et au Québec. Plutôt que de se mettre à genoux devant une minorité anglophone historique formant 5,6% de la population du Québec, la FEUQ ferait mieux de se battre pour que cette minorité cesse de recevoir 29,3% du financement pour ses institutions universitaires et que l’argent soit réinvesti pour les institutions profitant à l’ensemble de la société québécoise et ne servant pas principalement de tremplin vers les États-Unis ou le Canada.

En se désolidarisant des enjeux collectifs nécessaires à notre mieux-être, la FEUQ perd toute crédibilité pour parler au nom des étudiants et elle façonne elle-même le retentissant échec qu’aura sa campagne à faire reculer le gouvernement.

Quand on s’adresse aux individus plutôt qu’à la collectivité, on obtient des réponses individuelles plutôt que collectives.

La FEUQ veut aider les étudiants-individus; elle est devenue une nuisance pour le Québec-nation.

L’anglomanie de la FEUQ
22 août 2011

Le discours de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) est tout à fait incohérent. D’un côté, cette organisation se prétend au service des étudiants et lance une vaste campagne contre la hausse des frais de scolarité. De l’autre, elle méprise notre langue nationale et anglicise sa manifestation organisée le 10 novembre prochain.

En effet, si vous allez sur l’événement créé sur une page Facebook, vous verrez que non seulement on a imposé une traduction anglaise, mais qu’on a en plus ajouté un « English version follows » avant le texte en français. Qu’on comprenne bien: cet événement concerne uniquement le Québec et les Québécois, et la langue commune du Québec et des Québécois est le français. Non seulement méprise-t-on ce fait en traduisant l’événement en anglais, mais on a le culot d’avertir les personnes intéressées par celui-ci qu’une version anglaise s’y trouve plus bas, question qu’elles ne se salissent pas trop les yeux en ayant à endurer la langue nationale du Québec.

Il s’agit ici d’une profonde contradiction de la part de la FEUQ, représentée sur cette page par Yanick Grégoire et David Charbonneau, qui n’ont pas hésité à censurer plusieurs Patriotes ayant souligné l’aberration de leur démarche. Lorsque interrogés sur la raison de ce mépris de la langue nationale des Québécois, M. Grégoire a répondu qu’il fallait respecter les anglophones et les allophones. Outre le fait que celui-ci semble assimiler implicitement les allophones à la langue anglaise, à l’opposé de toute démarche d’intégration, il méprise également le fait que la langue française doit être amplement suffisante pour fonctionner au Québec.

La vraie question, en fait, est la suivante: comment peut-on prôner une action collective visant le bien commun – une éducation accessible pour le plus grand nombre – et en même temps adopter une approche clientéliste visant à traiter les étudiants non pas comme un groupe collectif favorisant le mieux-être de notre nation mais comme des individus pouvant étudier ici et mépriser notre langue nationale? Comment peut-on oser demander au citoyen lambda de s’opposer aux hausses de frais de scolarité, d’adopter un comportement en faveur du bien commun et du même souffle fouler de ses pieds la langue commune des Québécois? Qui a décidé que l’éducation valait plus que la langue?

Cette approche clientéliste est vouée à l’échec. À partir du moment où on considère l’étudiant québécois comme un client ayant le droit de se faire servir dans une langue étrangère s’il le désire – For English Press Nine – on perd de facto toute crédibilité pour prétendre parler au nom d’un quelconque « mouvement » étudiant. Un mouvement, n’en déplaise aux anglomanes de la FEUQ, vise une embellie collective de ses conditions et fait passer le bien commun avant les intérêts particuliers.

En matière d’éducation, le bien commun constitue des études gratuites ou à peu de frais. En matière de langue, le bien commun consiste à respecter la langue nationale des Québécois comme seule langue en mesure de tous nous rallier. La FEUQ, en prônant d’un côté la primauté du bien collectif sur le bien individuel et de l’autre l’exact opposé, tient un discours tout à fait contradictoire. Elle méprise au mieux l’intelligence des Québécois sensibles au discours en faveur de frais d’éducation raisonnables, au pire celle des Québécois conscients de la nécessité de protéger notre langue d’autant plus fortement qu’elle est intensément menacée.

Il fut une époque où le mouvement étudiant était en phase avec sa communauté, allant au front pour l’amélioration de l’ensemble de la société. Aujourd’hui, si on devait résumer ce mouvement à la FEUQ, on y verrait un conglomérat d’individus désolidarisés se considérant chacun comme des PME déçues de voir leur ratio investissement-retour sur l’investissement baisser et méprisant non seulement le combat pour la préservation de notre langue nationale, mais également l’intelligence de Québécois.

L’éducation doit être gratuite du primaire au doctorat.

Mais pas au prix de notre disparition.

La FEUQ ferait mieux de militer pour qu’on mette fin au sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec, qui reçoivent 29,3% du financement alors que la minorité anglophone historique forme seulement 5,6% de la population.

Voilà un enjeu COLLECTIF cohérent avec cet autre enjeu collectif que constituent les frais de scolarité.