Cessons de financer le Festival d’été de Québec
17 décembre 2010

La radio-poubelle de Québec a atteint les plus profonds abysses d’une pleutrerie qu’on croyait déjà inégalable. En organisant une campagne de boycottage de la musique québécoise pour le temps des fêtes, son Opération Merry Christmas du FM93 s’en prend au cœur et à l’âme des Québécois. Et tout ça pour quoi, dites-moi? Parce que de nombreuses personnes, dont Luc Plamondon, Nicolas Lemieux, Nathalie Petrowsky et votre humble serviteur ont souligné l’anglomanie croissante d’un festival de plus en plus déconnecté de ses racines et allant jusqu’à mépriser le caractère francophone du Québec en folklorisant et en dévalorisant sa musique. Tempête dans un verre d’eau? Pas du tout. Il s’agit à la fois d’un symptôme de plus de la bâtardise d’une population frustrée de ne pas pouvoir disparaître un peu plus vite et un signe de la nécessité croissante de couper toute subvention publique à ce festival.

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Comment meurt une langue? Elle meurt lorsque l’élite, d’abord, la considère comme superflue, comme un boulet qu’on traîne pour satisfaire une populace trop niaise pour parler la langue qu’on considère comme supérieure. Elle meurt lorsque des gens comme Dominique Goulet, responsable de la programmation du Festival d’été de Québec, affirme que « la chanson française ne semble pas être la voie d’avenir ». Si NOTRE chanson ne constitue pas une voie d’avenir, qu’est-ce que cela implique, sinon l’acceptation du caractère irréversible de notre disparition? L’avenir se crée de nos mains, pourtant, et il y a encore des Québécois ici, des survivants, des résistants, qui ont envie de rêver et de se chanter autrement que dans une langue étrangère. Des Québécois qui n’ont pas la chance de vivre dans une ville aussi francophone que Québec et qui sont sur la première ligne de l’anglicisation qui nous gangrène. Des Québécois qui méritent la solidarité des gens de Québec. Si la musique québécoise n’a pas d’avenir, alors nous n’avons pas d’avenir, et c’est là une réalité qu’il serait suicidaire d’accepter.

Une langue meurt également quand les jeunes la considèrent de plus en plus comme étant ringarde et se dissocient de ses expressions culturelles. Elle meurt quand on considère comme quétaine la majorité de nos chanteurs et artistes, qu’on plaint le ton plaintif des complaintes représentant pertinemment la détresse d’un peuple d’Amérique du Nord constatant le recul, année après année, de son influence. Elle meurt parce que des attardés sur les ondes d’une radio polluant les ondes de la capitale nationale accusent nos artistes de ne vouloir que de l’argent. Ne manque-t-on pas un peu de souffle pour affirmer qu’un artiste qui choisit de se faire la voix de son peuple et de chanter dans sa langue veut s’enrichir, quand on contemple le triste guidounage de produits culturels aussi vides qu’insipides que forment les Simple Plan de ce monde? Qu’on vienne me dire, à moi, qu’un homme dans son sous-sol s’est dit, un bon matin: « je veux devenir riche, alors je vais chanter en français »! Quand on fait le choix de chanter pour faire de l’argent, on le fait comme un prédateur à la recherche de nouveaux marchés et on le fait en anglais.

Une langue meurt aussi comme est mort le gaélique irlandais: quand les enfants avaient honte de leurs parents qui osaient encore le parler. « Labhraím Béarla. Je parle anglais. » Le bilinguisme et « l’ouverture sur le monde » n’ont pas permis aux Irlandais de conserver leur langue autrement que dans un musée (ou à peu près); au contraire, ils l’ont perdue, parce qu’ils en étaient rendus à ce point où ils la considéraient comme étant inférieure à l’anglais et à mépriser quiconque espérait un futur en irlandais. Nous n’en sommes heureusement pas là encore, mais comment apprécier autrement le mépris le plus total dont fait acte une certaine frange de la population à l’égard de la culture musicale de leurs parents? Ces gens, n’en doutez pas, ont honte de leur musique. Ils crachent leur dédain d’une machine artistique commerciale québécoise, mais n’hésitent pas à embrasser une machine commerciale étrangère, sous prétexte qu’il s’agirait « d’une voie d’avenir ». Voie d’avenir? Je ne crois pas. Voie d’assimilation? Certainement. Quand il n’y aura plus personne pour écouter de la musique en français, c’est qu’il n’y aura plus rien de français en nous. Ce ne sont tout de même pas les Black Eyed Peas qui serviront d’exemple à une culture québécoise forte et fière…

Vouloir boycotter nos artistes sous prétexte qu’on s’en prend à un festival étant devenu une grosse machine à faire de l’argent et à rassembler des foules – avec l’argent de nos impôts – autour d’événements aussi futiles qu’étrangers à la culture québécoise, c’est contribuer au recul de notre langue commune et à sa marginalisation.

La culture est subventionnée au Québec, et c’est tant mieux. L’argent public, c’est NOTRE argent. C’est notre force collective, notre capacité à nous opposer COLLECTIVEMENT à des forces anglicisantes nous isolant dans nos petites réalités et arrachant petit à petit le peu d’amour que nous puissions avoir pour ce tout que constitue la nation québécoise. Cet argent, cette force, il faut qu’elle serve non pas à encourager les pressions anglicisantes et marginalisantes sur le français, mais plutôt à s’y opposer. Il faut que l’argent public serve précisément à encourager NOTRE culture et NOTRE langue parce qu’il s’agit bel et bien de NOTRE argent.

Même si nous ne pouvons rien faire, à court terme, pour nous opposer aux radio-poubelles et à leurs sales tactiques tenant davantage du suicide collectif que de quoi que ce soit d’autre, nous pouvons tout de même réclamer que ce festival ne reçoive plus un seul dollar de l’argent public et qu’il auto-finance ses activités anglophiles et dénationalisantes.

Sauf que cela nécessiterait des politiciens ayant le désir de se battre pour le mieux-être du peuple québécois, au risque de déplaire à quelques colonisés qui aimeraient pouvoir continuer d’agoniser en paix.

Ce n’est pas gagné.


Vous pouvez écouter l’entrevue que j’ai effectuée au FM93 avec Sylvain Bouchard.

La Loi du plus faible
10 mai 2010

« Laissez donc les gens libres de faire ce qu’ils ont envie de faire », disent-ils. À propos de la controverse sur ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les Anglofolies de Québec, le discours de ceux qui appuient l’événement anglomane se limite toujours à peu près à ceci: laissez faire le marché. Qu’importe si, dans le marché tout-puissant, c’est toujours le plus fort qui gagne. Et si nous, Québécois comptant pour moins de 2% de l’Amérique du Nord, sommes précisément dans une situation de faiblesse.

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En fait, ce qui impressionne avec la logique de ceux qui aimeraient qu’on cesse de réglementer ou de contrôler ce qui touche à la langue et à la culture, c’est précisément l’élasticité de leurs conceptions. Quand il est question d’une loi pour protéger la jeunesse des affres de la pédophilie, ils sont au front. Quand un criminel à cravate se fait arrêter, ils réclament un durcissement des peines. Quand un politicien s’acoquine avec des entreprises privées, ils veulent des lois anti-lobby. Quand un promoteur veut détruire des espaces verts pour construire des condos, ils réclament qu’on réglemente pour l’empêcher. Quand une espèce animale est menacée, ils exigent sa protection. Mais quand il est question de protéger la langue française et la culture québécoise, ils brillent d’une éclatante absence.

Or, s’il est normal et obligatoire de protéger notre jeunesse, de lutter contre les crimes économiques, de protéger notre faune et notre flore, s’il est compréhensible de les soustraire au libre-marché, pourquoi serait-ce différent dès lors qu’il est question de notre langue et de notre culture? Pourquoi serait-il plus acceptable de brimer la « liberté » d’un citoyen désirant polluer un lac contenant une espèce rare de poissons que celle d’un festival recevant des millions de dollars de l’État et qui contribue, même modestement, à accélérer le recul de nos valeurs communes?

Certains diront pourtant – et ils me l’ont affirmé plusieurs fois – que ce n’est qu’un festival. « Le français ne va pas disparaître du Québec parce qu’on invite surtout des groupes anglophones! » déclamait à peu près un individu sur le groupe Facebook dénonçant le peu de présence francophone au festival. C’est une évidence qu’individuellement cet événement ne scellera pas davantage la fin de notre expérience francophone en Amérique du Nord qu’un déversement de cyanure dans un lac protégé ne détruirait toutes les espèces menacées. Est-ce que cela rend la chose morale pour autant? Non. Il n’y a aucune morale qui puisse justifier l’inaction, que ce soit pour protéger un seul lac menacé ou pour promouvoir notre langue lors d’un seul événement. Une espèce en danger est en danger, que ce soit dans le lac de l’île Notre-Dame ou dans le Lac St-Jean; une langue menacée est menacée, que ce soit à Montréal toute l’année ou à Québec pendant un festival de onze jours.

La peur de la Loi

Il semble y avoir une gêne à légiférer dès qu’il est question de culture et de langue. Comme si, collectivement, nous avions oublié la raison d’être de tels règlements; comme si nous nous étions déconnectés de ce qui avait rendu la Loi 101, les quotas de contenu francophone à la radio et d’autres mesures nécessaires à la survie du français il y a à peine une génération.

Aujourd’hui, alors qu’on a laissé la Loi 101 se faire détruire morceau par morceau et qu’on remet parfois ouvertement en question les quotas radiophoniques, nos politiciens sont devenus de véritables pleutres du français. Ils craignent le dossier linguistique comme la peste. Ils se sont dépêchés, par exemple, de voter une résolution d’appui au Festival d’été de Québec. Plutôt que de prendre le problème de front et d’exiger l’établissement de règles garantissant que les subventions gouvernementales en matière de culture doivent assurer une présence satisfaisante du français, ils se sont avachis, unanimement, et ont décidé ainsi de récompenser l’anglomanie triomphante d’un festival n’ayant désormais de québécois que le nom de la ville, ou presque.

Alors que dans la plupart des pays il s’agit d’une normalité que de subventionner ce qui sert à renforcer et à promouvoir la culture locale et nationale, le Québec fait bande à part précisément dans un domaine où son statut de simple province le rend plus vulnérable. Concrètement: si d’autres pays sont conscients de la nécessité d’utiliser les deniers publics dans un objectif de cohésion sociale, culturelle et linguistique, comment une simple province comme le Québec pourrait-elle arriver à un tel objectif en finançant un festival où près de 60% des artistes joueront dans la langue qui la menace directement? Pire: comment peut-on se montrer fier d’un tel à-plat-ventrisme et d’un tel refus de protéger notre plus grande richesse, le français, et de favoriser l’émergence et la réussite de groupes s’exprimant dans notre langue commune?

On ne le dira jamais assez: le libre-marché, ce je-m’en-foutisme érigé en dogme absolu, ne peut pas assurer la survie du faible. Le français a réussi à prospérer au Québec et à intégrer les immigrants grâce à la Loi 101. Avant celle-ci, 90% des nouveaux arrivants s’intégraient en anglais. Notre culture s’est raffermie parce que des hommes courageux ont décidé de ne pas laisser la main invisible du marché décider à notre place. Notre langue est devenue langue commune et d’inclusion parce que des politiciens conscients de leur rôle historique ont décidé que, parfois, une Loi est nécessaire et que si cette Loi peut brimer une minorité de la population, elle assure la plus grande des libertés à la majorité, celle d’assurer la survie de ses valeurs fondamentales.

Nous ne sommes que 2% de l’Amérique du Nord. Si nous étions une espèce animalière, nous serions aussi protégés que peut l’être le béluga du St-Laurent ou le carcajou. Mais puisque nous sommes des Québécois, nous finançons nous-mêmes notre propre disparition et nous élisons des députés pour qu’ils applaudissent quand on méprise nos valeurs et qu’on nous impose un festival d’une telle aridité culturelle que même la beauté de la verve d’un Vigneault ne pourrait s’y enraciner.

Cette liberté de laisser-faire, ce n’est pas une liberté, mais bien le pire des marchés de dupes, où on nous couvre de fausses idoles pendant qu’on nous dépossède de nos âmes et qu’on nous propose des tas de plantes exotiques en pots pour remplacer la forêt vivace qui peuplait l’imaginaire de nos ancêtres.

Faut-il boycotter le Festival d'été de Québec?
3 mai 2010

L’anglomanie croissante du Festival d’été de Québec, qui a saupoudré une programmation anglophone d’une pincée de Vigneault et d’une soirée franco-québécoise comme on ajoute du sucre à n’importe quel plat indigeste, démontre à quel point cette organisation n’a rien à foutre de notre langue et de notre culture. Neuf mois après avoir versé des larmes de crocodile sur le déménagement des Francofolies de Montréal, on offre désormais aux citoyens un ramassis de tout ce qui se fait en anglais et on lance le message aux touristes qu’à Québec, c’est dans la langue de Shakespeare que ça se passe.

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Iron Maiden, Black Eyed Peas, Billy Talent, Rammstein, Dream Theater, Great Lake Swimmers, Roger Hodgson, Arcade Fire, Bedouin Soundclash et John Butler Trio (qui se produiront, en anglais, au Parc de la Francophonie, haha!) seront présents. Québec, disiez-vous? On croirait plutôt qu’il s’agit du festival d’une quelconque ville canadienne ou américaine. Au touriste anglophone qui vient ici et qui – déjà – se fait (trop) largement servir dans sa langue, on lui sert en plus sa propre musique. Que lui restera-t-il, ensuite, de son passage à Québec lorsqu’il retournera chez lui? Une carte postale aux sonorités anglaises et à la musique de fond anglaise. C’est cela le message que lance un tel festival, avec seulement huit spectacles en français sur onze jours de festival et trois scènes.

Bien sûr, les bien-pensants de la Vieille Capitale – et ils sont nombreux – rétorqueront, bien à l’abri dans leur ville ne subissant pas l’anglicisation accélérée vécue par la région métropolitaine, qu’il faudrait « s’ouvrir sur le monde » et célébrer la « diversité ».

Or, comment peut-on parler d’ouverture sur le monde quand on ne choisit qu’une seule langue pour la vivre? Comment parler de diversité quand la plupart des spectacles auront lieu dans une même langue, selon des sonorités semblables et une culture musicale commune? La diversité, c’est nous. La survie du français au Québec et notre capacité à nous créer et à appuyer une culture riche et vivante assurent notre présence dans le temps et notre contribution à l’enrichissement et à la diversité culturelle mondiale.

Présenter des groupes étrangers ou d’autres ayant fait le choix de renier leurs origines ou la culture de la société qui les accueille (c’est le cas de Arcade Fire), personne n’est contre, si cela se fait d’une manière modérée, un peu comme on accompagnerait un met local, dans un pays du Sud, avec un peu de ketchup Heinz. Mais lorsque les hamburgers remplacent le poisson exotique, lorsque les frites se substituent aux légumes du pays, ce n’est plus un met offrant une quelconque diversité qu’on se met sous la dent, mais la même bouillie graisseuse que n’importe où ailleurs sur la planète anglo-saxonne. On réduit la diversité, simplement, et on fait le choix – un choix qu’on offre désormais au touriste venant à Québec cet été – de rejeter à son tour notre propre culture.

Think big

Évidemment, organiser un festival plus respectueux du caractère francophone du Québec nécessiterait d’en réduire l’ampleur. Il y aurait probablement moins de personnes à chaque spectacle, moins de touristes, mais vaut-il mieux habiter la grosse baraque du voisin ou posséder sa propre maison plus modeste, mais plus chaleureuse?

De même, l’an dernier, le coût du laisser-passer du festival était de 35$; cette année c’est plus de 50$. Avec un festival à hauteur d’homme, il y a fort à parier que le prix serait moindre, et on pourrait probablement s’offrir davantage de spectacles gratuits.

Le problème, malheureusement, c’est cette mentalité du « think big » qui s’est emparée des organisateurs. Plus gros, toujours plus gros. Et qu’importe si on y perd son identité au passage. Qu’importe si le festival, qui devrait constituer l’image de marque de la ville, ne nous représente plus le moins du monde. Qu’importe si un tel événement pourrait aider des artistes d’ici à se faire connaître et à performer; il faut être gros, toujours plus gros.

Et à ceux qui s’offusquent, on agite la liasse de billets verts que les touristes viennent dépenser pendant le festival. Comme si l’argent constituait l’argument suprême. Comme si un festival n’était qu’un simple outil financier servant à prostituer une ville en entier pour avoir le loisir d’accueillir de gros Américains venant écouter Black Eyed Peas un soir avant de repartir le lendemain matin en rotant leur McDonald ou leur Burger King. Comme si c’était cela, la vie culturelle. Comme si la ville de Québec ne constituait qu’une entreprise devant avant tout faire des profits.

Dites-moi, combien vaut la mort du français en Amérique du Nord?

On me dira: ce n’est qu’un festival, tout comme on m’a dit, précédemment, ce n’est que le slogan d’une école, ce n’est que la ville de Laval, ce n’est qu’Alain Dubuc, ce n’est qu’un hôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est qu’un groupe Facebook bilingue, ce n’est qu’une Saint-Jean bilingue, ce ne sont que des clients ordinaires, ce n’est que de la musique au Centre Bell, ce n’est que Pascale Picard

Et un jour, insidieusement, on dira: ce n’est que le peuple québécois.

Sur le bord du précipice linguistique, ce n’est pas la longueur du pas vers le vide qui compte, mais la distance qui nous y sépare. Ce festival anglomane constitue simplement le millimètre supplémentaire nous rapprochant de l’abîme et contribuant à faire du Québec une prochaine Louisiane.

Que ceux qui sont encore fiers d’être des Québécois se lèvent et boycottent ce festival.

AJOUT: Vous pouvez écouter mon entrevue au FM 93 (ça commence vers 8 minutes).

Faut-il boycotter le Festival d’été de Québec?
3 mai 2010

L’anglomanie croissante du Festival d’été de Québec, qui a saupoudré une programmation anglophone d’une pincée de Vigneault et d’une soirée franco-québécoise comme on ajoute du sucre à n’importe quel plat indigeste, démontre à quel point cette organisation n’a rien à foutre de notre langue et de notre culture. Neuf mois après avoir versé des larmes de crocodile sur le déménagement des Francofolies de Montréal, on offre désormais aux citoyens un ramassis de tout ce qui se fait en anglais et on lance le message aux touristes qu’à Québec, c’est dans la langue de Shakespeare que ça se passe.

Source de l’image
Iron Maiden, Black Eyed Peas, Billy Talent, Rammstein, Dream Theater, Great Lake Swimmers, Roger Hodgson, Arcade Fire, Bedouin Soundclash et John Butler Trio (qui se produiront, en anglais, au Parc de la Francophonie, haha!) seront présents. Québec, disiez-vous? On croirait plutôt qu’il s’agit du festival d’une quelconque ville canadienne ou américaine. Au touriste anglophone qui vient ici et qui – déjà – se fait (trop) largement servir dans sa langue, on lui sert en plus sa propre musique. Que lui restera-t-il, ensuite, de son passage à Québec lorsqu’il retournera chez lui? Une carte postale aux sonorités anglaises et à la musique de fond anglaise. C’est cela le message que lance un tel festival, avec seulement huit spectacles en français sur onze jours de festival et trois scènes.
Bien sûr, les bien-pensants de la Vieille Capitale – et ils sont nombreux – rétorqueront, bien à l’abri dans leur ville ne subissant pas l’anglicisation accélérée vécue par la région métropolitaine, qu’il faudrait « s’ouvrir sur le monde » et célébrer la « diversité ».
Or, comment peut-on parler d’ouverture sur le monde quand on ne choisit qu’une seule langue pour la vivre? Comment parler de diversité quand la plupart des spectacles auront lieu dans une même langue, selon des sonorités semblables et une culture musicale commune? La diversité, c’est nous. La survie du français au Québec et notre capacité à nous créer et à appuyer une culture riche et vivante assurent notre présence dans le temps et notre contribution à l’enrichissement et à la diversité culturelle mondiale.
Présenter des groupes étrangers ou d’autres ayant fait le choix de renier leurs origines ou la culture de la société qui les accueille (c’est le cas de Arcade Fire), personne n’est contre, si cela se fait d’une manière modérée, un peu comme on accompagnerait un met local, dans un pays du Sud, avec un peu de ketchup Heinz. Mais lorsque les hamburgers remplacent le poisson exotique, lorsque les frites se substituent aux légumes du pays, ce n’est plus un met offrant une quelconque diversité qu’on se met sous la dent, mais la même bouillie graisseuse que n’importe où ailleurs sur la planète anglo-saxonne. On réduit la diversité, simplement, et on fait le choix – un choix qu’on offre désormais au touriste venant à Québec cet été – de rejeter à son tour notre propre culture.
Think big
Évidemment, organiser un festival plus respectueux du caractère francophone du Québec nécessiterait d’en réduire l’ampleur. Il y aurait probablement moins de personnes à chaque spectacle, moins de touristes, mais vaut-il mieux habiter la grosse baraque du voisin ou posséder sa propre maison plus modeste, mais plus chaleureuse?
De même, l’an dernier, le coût du laisser-passer du festival était de 35$; cette année c’est plus de 50$. Avec un festival à hauteur d’homme, il y a fort à parier que le prix serait moindre, et on pourrait probablement s’offrir davantage de spectacles gratuits.
Le problème, malheureusement, c’est cette mentalité du « think big » qui s’est emparée des organisateurs. Plus gros, toujours plus gros. Et qu’importe si on y perd son identité au passage. Qu’importe si le festival, qui devrait constituer l’image de marque de la ville, ne nous représente plus le moins du monde. Qu’importe si un tel événement pourrait aider des artistes d’ici à se faire connaître et à performer; il faut être gros, toujours plus gros.
Et à ceux qui s’offusquent, on agite la liasse de billets verts que les touristes viennent dépenser pendant le festival. Comme si l’argent constituait l’argument suprême. Comme si un festival n’était qu’un simple outil financier servant à prostituer une ville en entier pour avoir le loisir d’accueillir de gros Américains venant écouter Black Eyed Peas un soir avant de repartir le lendemain matin en rotant leur McDonald ou leur Burger King. Comme si c’était cela, la vie culturelle. Comme si la ville de Québec ne constituait qu’une entreprise devant avant tout faire des profits.
Dites-moi, combien vaut la mort du français en Amérique du Nord?
On me dira: ce n’est qu’un festival, tout comme on m’a dit, précédemment, ce n’est que le slogan d’une école, ce n’est que la ville de Laval, ce n’est qu’Alain Dubuc, ce n’est qu’un hôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est qu’un groupe Facebook bilingue, ce n’est qu’une Saint-Jean bilingue, ce ne sont que des clients ordinaires, ce n’est que de la musique au Centre Bell, ce n’est que Pascale Picard
Et un jour, insidieusement, on dira: ce n’est que le peuple québécois.
Sur le bord du précipice linguistique, ce n’est pas la longueur du pas vers le vide qui compte, mais la distance qui nous y sépare. Ce festival anglomane constitue simplement le millimètre supplémentaire nous rapprochant de l’abîme et contribuant à faire du Québec une prochaine Louisiane.
Que ceux qui sont encore fiers d’être des Québécois se lèvent et boycottent ce festival.
AJOUT: Vous pouvez écouter mon entrevue au FM 93 (ça commence vers 8 minutes).