Décrochage des garçons: inquiétant?
28 juillet 2009

On affirme souvent qu’on peut faire dire bien des choses aux chiffres. La publication des résultats indiquant que le taux de diplomation des garçons au secondaire dans les temps prévus continue de baisser – atteignant un maigre 35% à Montréal et dans Lanaudière – ne fait pas exception: on tire l’alarme et on s’arrache les cheveux. « Mais que va-t-on faire? » La situation n’est peut-être pas si catastrophique si on y regarde de plus près.

decrochage

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En effet, le choix d’observer les résultats après cinq ans est trompeur: de nombreuses personnes terminent leur secondaire en six, sept ou davantage d’années. Comme le démontre Daniel Parent, professeur du département d’économie à l’université McGill, la fraction des 20-21 ans sans diplôme secondaire est en constante baisse depuis le début des années 80. Ces données sont confirmées par Statistique Canada, qui établit que le pourcentage de jeunes de 20 à 24 ans sans diplôme du secondaire au Québec a chuté de 14,7% de 1990 à 1993 à 9,7% de 2002 à 2005. À long terme, la situation générale s’améliore et on peut affirmer sans se tromper que les jeunes d’aujourd’hui sont plus instruits que leurs parents.

Cependant, cela ne signifie pas que cette embellie soit constante ou égale entre les sexes. On peut le constater en observant notamment les données du collégial, bon indicateur de l’attrait qu’ont les études sur les jeunes: entre 1992-1993 et 2004-2005, le pourcentage de diplômés du niveau collégial de sexe masculin au Québec est passé de 42,1% à 39,7%. (( Statistique Canada, Tableau 477-0016, Diplômés des collèges selon le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au niveau canadien, seule la Colombie-Britannique a obtenu un pire résultat au niveau de la diplomation de ses garçons. Le malaise est profond et ne sembler pas se corriger.

Or, que démontrent ces chiffres? Ils constituent un simple état de fait, une radiographie de nos valeurs et de ce que nous encourageons socialement. Ils attestent d’une situation où les jeunes hommes, pour une foule de raisons, ne voient pas l’intérêt de poursuivre leurs études et préfèrent décrocher là où leurs camarades féminines restent sur les bancs d’écoles.

L’expérience ontarienne

Et si l’école était trop théorique, ne permettait pas suffisamment aux jeunes hommes de toucher, de sentir, de s’investir dans du concret leur permettant d’anticiper un travail où ils pourraient s’affairer de leurs mains?

En Ontario, on a fait face au problème: des investissements massifs se chiffrant en centaines de millions de dollars pour inciter les jeunes à demeurer à l’école. On a créé une multitude de programmes spécialisés permettant aux élèves ayant moins d’intérêt pour les cours théoriques de se familiariser avec un domaine qui les intéresse, sur le terrain. On a instauré la double reconnaissance des crédits, permettant que les cours réussis comptent à la fois dans le cadre du secondaire et du collégial, permettant aux élèves intéressés de compléter leur DEC en deux ans au lieu de trois. Les résultats ont été spectaculaires: le taux de décrochage a chuté de 7% dans les deux années suivant cette réforme. Les jeunes hommes ont enfin pu s’inscrire dans des formations valorisant leur travail physique et leur offrant une chance concrète d’obtenir un emploi de qualité.

Parallèlement, l’éducation publique ontarienne est plus inclusive qu’au Québec. Comme je le notais dans un texte précédent, la province ne subventionne pas les écoles privées, ce qui signifie que la vaste majorité des parents envoient leurs enfants à l’école publique, permettant de créer un environnement d’étude plus stimulant en évitant l’écrémage de l’élite. Le mélange social ontarien permet d’éviter qu’une trop grande concentration de décrocheurs potentiels ne démotivent ceux qui ont des chances de s’en sortir.

En fait, nos voisins de l’ouest semblent avoir appliqué le gros bon sens: préparer les générations futures à la société de l’avenir en mélangeant toutes ses composantes et en offrant aux hommes, naturellement plus intéressés par le travail manuel, des possibilités de s’émanciper à l’intérieur du système scolaire.

Évidemment, la réforme ontarienne ne constitue pas la panacée et ne peut solutionner l’entièreté du problème du décrochage chez les garçons au Québec. Les anglophones habitant dans notre province, par exemple, ont systématiquement de meilleurs résultats que ceux des Québécois. On peut croire qu’il s’agit simplement de leur meilleure position sociale, de leur richesse. Mais s’il y avait autre chose?

Si, peut-être, nous étions simplement pris dans notre ancien rôle historique de force ouvrière manuelle et que nous avions intégré la conviction que les études et toute forme d’intellectualisme ne nous étaient pas digne? Et si nous étions encore empêtrés dans cette croyance passéiste que les grands mots et les grandes pensées étaient l’oeuvre de « péteux de broue » déconnectés de cette bonne vieille réalité catholique canadienne-française?

Si on espère réellement réduire le décrochage chez les garçons, c’est peut-être aussi à cet anti-intellectualisme qu’il faudrait s’attaquer. Et si on encourageait la formation manuelle tout en valorisant une culture intellectuelle permettant de faire comprendre à tous que l’une et l’autre ne s’opposent pas, mais sont complémentaires?

Un peu théorique tout ça, vous en conviendrez. Il en faudra des jeunes hommes charpentés et des intellectuels motivés pour faire bouger les choses et s’assurer que les gains à long terme du taux de diplomation vont se poursuivre.

Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette
23 décembre 2008

Hier matin, je regardais RDI en direct et j’écoutais Céline Hervieux-Payette parler de ses impressions quant à la future composition des dix-huit sénateurs que Harper nommerait un peu plus tard dans la journée. J’étais en train de manger et il n’y avait rien aux autres postes, car entre nous, Céline Hervieux-Payette est d’une platitude proverbiale.

Soudainement, elle a dit ceci, avec des trémolos d’émotion dans la voix:

« J’ai fait un rêve; j’ai rêve que Harper nommait dix-huit femmes. »

Pour Mme. Hervieux-Payette, ce serait formidable de choisir dix-huit femmes sur les dix-huit nouveaux sénateurs. Et l’animateur de RDI a conclu son intervention en souhaitant « qu’il y en ait au moins neuf ».

Je ne sais pas pour vous, mais j’aimerais m’imaginer la situation inverse un moment. Si un homme avait affirmé avoir rêvé de dix-huit nouveaux sénateurs masculins en se montrant émotif face à cette perspective, et si l’animateur avait souhaité « qu’au moins la moitié soit des hommes », comment auraient réagi les féministes radicales, selon vous? Elles auraient envahi les ondes, écrit des lettres de dénonciation afin de s’attaquer à ce dangereux sexisme qui tente de ramener les femmes à la maison, à leur vaisselle, à leur lessive. Elles auraient crié à la discrimination, et elles auraient eu raison de le faire.

La vraie question, alors, est la suivante: pourquoi est-ce que la discrimination doit forcément être à sens unique? Souhaiter qu’on choisisse quelqu’un parce qu’il est un homme serait du sexisme alors que de choisir quelqu’un parce qu’elle est une femme serait une chose souhaitable. Cautionnez-vous ce deux poids, deux mesures? Pas moi.

Comment se surprendre d’une telle situation? Yvon Dallaire esquisse un début de réponse dans son livre « Homme et fier de l’être »:

Les féministes ont accusé les hommes d’être responsables de tout ce qui allait mal sur cette planète et que c’était à cause d’eux si les femmes se retrouvaient dans des situations socioéconomiques défavorables.   Elles leur ont dit qu’ils étaient des violeurs et des violents en puissance, qu’ils étaient insensibles et inexpressifs, qu’ils étaient des pères absents… et quoi d’autre encore! Beaucoup d’hommes ont copié et confirmé ces discours mis de l’avant par les féministes des années 60-70. Les hommes sont, à l’heure actuelle, le seul groupe contre lequel on peut déblatérer publiquement sans que personne, ni eux-mêmes, n’ose prendre leur défense. L’homme a laissé dire parce que lui-même en est venu à croire qu’aujourd’hui être homme, c’est tout ce qu’il ne faut pas être.

Évidemment, dans la situation présente, il n’est pas question d’avoir déblatéré ouvertement sur les hommes. La discrimination est silencieuse et sous-jacente: en souhaitant l’élection de sénatrices, c’est-à-dire en prétendant qu’il faut choisir les sénateurs en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences, le message lancé est le suivant: les femmes sont supérieures aux hommes. Il s’agit d’un message constamment relayé dans de nombreux médias et alimentés par les groupes féministes, dénonçant le moindre bout de peau de femme à la télévision mais ne s’offusquant pas le moins du monde quand on donne un rôle d’attardé mental ou d’animal aux hommes dans les publicités.

C’est Denise Bombardier, pourtant une féministe de la première heure, à une époque où le féminisme avait sa raison d’être, qui a le mieux résumé le problème lors d’un discours prononcé en mars 1996 aux Rencontres philosophiques de l’UNESCO:

« Le Québec est une société matriarcale, c’est un matriarcat psychologique. […] Il existe un problème d’identité entre les garçons et les filles, et il est évident que le désarroi est plus présent chez le garçon, d’autant plus que, dans notre société, le mouvement féministe a été très fort. Les petites filles sont particulièrement valorisées dans le système scolaire. Que leur dit-on? : « Tu peux faire tout ce que ta mère a fait, et tu peux faire tout ce que ton père a fait. » Et que dit-on aux petits garçons? : « Il ne faut surtout pas que tu fasses comme ton père. »

En clair, on valorise systématiquement les modèles féminins et on lance le message suivant aux jeunes garçons des nouvelles générations, par la publicité, le système scolaire, la justice ou les médias : tu es inférieur, tu es du mauvais sexe, et peu importe ta valeur on va prendre une femme avant toi parce que les femmes sont supérieures à toi. On peut te traîner dans la boue parce que tu es un homme, mais n’ose jamais faire la même chose à une femme, parce qu’elles sont intouchables.

Le voilà, le féminisme contemporain. Et voilà de quelle façon il s’insinue dans les médias et qu’il contamine nos esprits. Sous couvert de faire une « place aux femmes » nous en sommes venus à désirer inconsciemment une société de femmes pour les femmes et à ne plus choisir les gens en fonction de leurs compétences mais plutôt en fonction de leur sexe.

Si les hommes ont peut-être exagéré par le passé, et que le féminisme a été trop loin, il reste à souhaiter que le retour du balancier se fasse en douceur et qu’on puisse «déféministériser » la société sans pour autant recréer des inégalités envers les femmes. Car l’égalité, ça commence avant tout dans les esprits, avec la conviction que les sexes sont égaux et qu’on doit traiter les gens indifféremment de leur sexe tout en respectant leurs différences individuelles.

À quand une dénonciation du discours de Céline Hervieux-Payette par les groupes féministes?

Mathématiques féministes
12 décembre 2008

Dernièrement, je m’en suis pris au sexisme de Québec Solidaire, qui impose un quota de femmes dans la sélection de ses candidats, et les choisit donc en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences. Je vais faire amende honorable ici et souligner que ce type de sexisme n’est pas l’apanage d’une certaine vieille gauche. Même le Parti Libéral du Québec (PLQ) prend cette direction.

En effet, le PLQ a « fièrement » annoncé que son prochain cabinet ministériel proposerait la parité hommes-femmes. Comme le souligne ce texte, le prochain conseil des ministres devrait compter 24 élus, ce qui discrimine les hommes et réduit la qualité des ministres qui serviront la population du Québec. Observons.

Dans mon petit calcul, je pars du principe que les sexes sont égaux et que la qualité des députés élus des deux sexes est généralement égale. Même s’il est normal qu’il y ait davantage d’hommes dans un jeu aussi extrême et argumentatif que la politique (tout comme on s’attend à voir davantage de femmes dans les Centres de la Petite Enfance (CPE) et les hôpitaux), je crois qu’une femme qui a ce qu’il faut pour faire de la politique est l’égale d’un homme; ni meilleure, ni pire.

Ainsi, il est possible d’utiliser les mêmes chiffres pour les deux sexes. Je divise les députés en quatre catégories: les meilleurs, les bons, les ordinaires, et les incompétents. J’attribue 25% des députés à chaque catégorie. Considérant qu’il y a 44 hommes et 22 femmes qui ont été élus, ça donne 11 députés masculins de chaque type et 5,5 députés féminins. Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, si Jean Charest suit sa politique d’imposer un quota de femmes dans son prochain cabinet, cela voudrait dire qu’il y aurait 12 députés de chaque sexe. Pour les femmes, cela voudrait dire qu’on prendrait les 6 (j’arrondis le 5,5) meilleures, auxquelles on ajouterait les 5 bonnes et une ordinaire. Pour les hommes, on choisirait les 11 meilleurs députés auxquels on ajouterait un bon député.

Prochaine étape?

Prochaine étape?

Vous voyez le résultat?

Avec une telle formule, on a été obligé d’aller piger dans la catégorie « ordinaire » pour les femmes alors qu’il restait de la place pour 10 bons députés masculins. Conséquemment, on s’est privé du talent de 10 bons candidats pour choisir une femme « ordinaire » afin de respecter la parité. Bref, on a choisi un candidat en fonction de son sexe plutôt que de ses compétences.

En fait, la seule façon de faire fonctionner adéquatement la formule que semble avoir choisi Jean Charest, c’est de partir du postulat qu’une femme en politique vaut deux fois davantage qu’un homme. Si les hommes sont deux fois moins bons que les femmes, alors le calcul fonctionne très bien. On se retrouve avec 12,5% de meilleurs, 12,5% de bons, 37,5% d’ordinaires et 37,5% d’incompétents. Ce qui donne 5,5 meilleurs, 5,5 bons et un seul ordinaire, tout comme pour les femmes. Le calcul fonctionne très bien.

On le constate, la seule façon logique de se retrouver avec un cabinet de ministres de compétence égale consiste à partir de l’idée que les hommes sont inférieurs aux femmes. Tout calcul partant du principe que les sexes sont égaux échoue et on se retrouve avec de moins bons ministres femmes alors que des hommes ont été laissés de côté.

Si vraiment on veut avoir un système équitable permettant une juste représentation des deux sexes, il faudrait que le conseil des ministres représente en pourcentage le rapport d’élus hommes/femmes. Tout ça, bien sûr, si on veut persister dans la voie contre-productive où on choisit les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences.

L’autre possibilité? On choisit les meilleurs, peu importe le sexe. On s’assoit devant un dossier, on regarde les acquis, on évalue les forces et faiblesses et on fait abstraction du sexe tout comme on le ferait pour la race ou l’orientation sexuelle. On choisit en fonction des compétences, contrairement à ce que Charest veut mettre en place.

Malheureusement, qui ne dit mot consent. Tant que nous, les hommes, ne réaliserons pas que nous sommes progressivement infériorisés dans de nombreuses sphères de la société, les choses ne changeront pas et nous assisterons à l’augmentation du sexisme, tel qu’imposé par des féministes ou des gens qui ont adopté les valeurs féministes revanchardes. C’est à nous, mais aussi à nos femmes, nos amis, bref tous ceux de notre génération qui constatent que de nouvelles formes de discriminations se mettent en place contre les hommes, de refuser ce nouvel état de fait et de nous opposer, démocratiquement, à tout parti qui propose de telles mesures sexistes.

En attendant, j’ai une suggestion pour les féministes-sexistes: pourquoi ne pas vous battre pour la parité hommes-femmes à l’université? Aux dernières nouvelles, il y avait entre 60 et 75% de femmes, dépendant du secteur.

(Vous voyez dans quel panier de crabe on fout la main quand on veut choisir les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences!)

Pourquoi je ne voterai jamais Québec Solidaire
22 novembre 2008

Je suis un homme de convictions, personne ne pourra jamais en douter.  Comme je l’écrivais sur le blogue de Carl (mon blogueur préféré, mais dont je suis tout de même déçu de l’appui qu’il donne à Québec Solidaire, lui qui est de ma génération et qui doit être témoin des progrès réalisés par les femmes et des nouvelles inégalités qui frappent les hommes) j’ai beau aimer le programme proposé par Québec Solidaire, le seul parti qui semble réellement connecté avec la réalité de l’échec retentissant de l’économie néolibérale, mais je ne voterai pas pour ce parti.

En effet, autant j’apprécie leur sensibilité pour les gens ordinaires, la classe moyenne et les moins fortunés, je ne peux m’imaginer voter pour un parti aussi sexiste que l’est Québec Solidaire.  Soyons clairs, précis, et disons les vraies choses: un parti qui s’impose un quota de femmes candidats, c’est-à-dire qui choisit ses candidats en fonction non pas de leur compétence mais de leur sexe, c’est la définition texto du sexisme, et je ne mange pas de ce pain-là.

Contrairement au discours passéiste adopté par Françoise David, celle dont l’égo avait empêché de se joindre à l’UFP et l’avait incité à créer son propre parti avant de le fusionner avec celui de Amir Khadir, les choses ont beaucoup évoluées depuis quelques décennies.  Aujourd’hui, les femmes sont majoritaires dans la santé, dans l’éducation, et elles sont largement favorisées dans une foule de secteurs, que ce soit dans la justice ou en ayant un Conseil du Statut de la Femme qui les défendent.  Les jeunes femmes sont libérées, et ce sont les hommes qui font pâle figure à leurs côtés, une réalité qui ne semble pas déranger les vaginocrates de Québec Solidaire…

Qu’on le veuille ou non, la politique est un monde d’hommes.  Cela ne veut pas dire qu’on doit refuser les femmes, mais la politique est un sport extrême et il est normal que les hommes soient naturellement davantage portés vers un secteur de lutte agressive et d’échanges d’idées hyper-rationnelles que les femmes.   Si une femme se sent d’attaque et a les compétences requises pour se lancer en politique, bravo!  Mais de quel droit peut-on décider que les femmes doivent obligatoirement composer 50% de l’effectif de Québec Solidaire?  De quel droit peut-on se priver d’un candidat compétent sous prétexte qu’il est un homme?  Aurait-on idée d’imposer un quota de coiffeurs, d’infirmiers ou d’instituteur?  On crierait à l’injustice, et on aurait raison de le faire: on doit choisir les gens en fonction de leurs talents et non pas de leur sexe.

On pourrait pourtant me rétorquer qu’il s’agit d’un point mineur et que cette situation ne devrait pas m’empêcher de voir les points positifs proposés par le parti.  Je ne suis pas d’accord.  Cette façon de concevoir la politique ne m’inspire pas confiance et ne me lance pas le message que Québec Solidaire est un parti ancré dans le présent et relié à la génération montante.  Je reste sur l’impression d’un parti qu’on a oublié dans le passé et qui n’a pas su se débarrasser des vieux dogmes féministes radicaux qui empêchent une réelle égalité des sexes.

Je voudrais appuyer Québec Solidaire, mais je ne peux pas.  C’est plus fort que moi, mais je vois en Françoise David une ennemie, une femme du passé qui n’a pas constaté l’extrême chance des femmes d’aujourd’hui et qui analyse la société à partir d’un passé révolu au lieu de s’ancrer dans le présent et de représenter un espoir pour le futur de toute la société, les femmes comme les hommes.

Le roi-nègre Obama
17 novembre 2008

J’ai beaucoup parlé depuis quelques mois du fait que Barack Obama ne tenait pas un discours progressiste et que son élection ne changerait strictement rien pour la majorité des États-Uniens. La vraie question, alors, c’est de savoir pourquoi il est devenu une telle icône de ce que certains appellent le « renouveau du Parti Démocrate ».

En fait, l’élection d’Obama d’abord à la tête de son parti puis à la présidence n’est que l’aboutissement d’une logique de dépolitisation et de fragmentation de la population telle que mise en oeuvre par le Parti Démocrate depuis un demi-siècle. On a l’impression d’avancer, mais dans les faits on recule: en misant sur le consensus, le Parti Démocrate a laissé tomber ses thèmes traditionnels de redistribution de la richesse et de lutte contre la corruption des élites.

Contrairement à ce que certains affirment, la société états-unienne a reculé, et substantiellement, depuis cette époque pas si lointaine où existait la ségrégation:

À bien des égards, elle est même encore moins ouverte et moins égalitaire aujourd’hui qu’elle ne l’était à l’époque des ségrégationnistes dans le Sud, quand le racisme non seulement prédominait, mais pouvait se prévaloir de la caution des autorités. Un tel paradoxe ne devrait plus surprendre: une politique économique néolibérale s’accompagne souvent d’une exacerbation de l’intérêt porté aux différences identitaires (culturelles, ethniques, parfois religieuses) et d’un surcroît de tolérance envers les disparités de richesse et de revenu. Les indices relatifs aux inégalités économiques, tel le coefficient de Gini, qui va de 0 quand l’égalité de revenu est parfaite à 1 quand l’inégalité est totale, montrent que l’égalité a régressé aux États-Unis. En 1947 (à l’apogée des lois ségrégationnistes dites « Jim Crow », en vigueur dans le sud du pays), ce coefficient était de 0,376. En 2006, il atteignait 0,464. Il s’agit là d’une hausse tout à fait significative. En 1947, les États-Unis appartenaient à la même catégorie (bien qu’étant un peu plus inégalitaires) que les pays d’Europe occidentale; en 2006, ils sont tombés au rang du Mexique et de la Chine. ((« Toutes les inégalités n’offensent pas le candidat démocrate », Walter Benn Michaels, Manière de Voir, Octobre-novembre 2008, o.66))

En somme, toutes les luttes soi-disant de libérations, que ce soit des Noirs, des homosexuels, des femmes, ou tout autre particularisme contribuant à la fragmentation du la société, n’ont pas touché à la plus profonde inégalité, celle de l’économie, qui touche indépendamment à tout le monde.

Désormais, on peu très bien s’accomoder du néolibéralisme et des élites économiques au Parti Démocrate. Quand on sait que Hillary Clinton entendait baisser les impôts de la « classe moyenne » jusqu’à 250 000$ (et Obama jusqu’à 200 000$) alors que seulement 7% des ménages gagnent plus de 150 000$, 18% plus de 100 000$ mais 50% moins de 50 000$, on constate que la lutte contre les inégalités économiques n’est PAS une priorité pour le parti.

[…] Mme Clinton et M. Obama sont les emblèmes d’un progressisme américain dont l’éthique politique désapprouve et combat les inégalités qui découlent du racisme et du sexisme avec d’autant plus de vigueur que, simultanément, elle ignore les inégalités qui ne sont pas le fait de la discrimination mais de ce que nous avions l’habitude d’appeler l’exploitation ((Ibid., p. 67))

Obama est donc simplement l’aboutissement de ce processus; il incarne à lui seul l’accomplissement suprême de cette fragmentation: il représente l’absolue prise de pouvoir « du » Noir, mais non pas celle « des » Noirs, qui outre d’avoir la peau foncée ont en commun avec les Blancs de subir une société extrêmement inégalitaire.

On peut très bien imaginer un futur glorieux pour les Homosexuels en tant qu’homosexuels, pour les Femmes en tant que femmes ou pour les Noirs en tant que noirs tandis qu’au même moment toutes ces personnes qu’on a isolé les unes des autres partagent la même misère d’un pays en décrépitude et en guerre contre un peu n’importe qui et où la même petite élite obtient toujours tous les privilèges.

Tant que tu ne changes pas comment l’argent fonctionne, tu ne changes rien du tout.

C’est bien beau le progressisme sur les questions morales, mais tant que tu ne touches pas à l’économie et que tu ne remets pas en question les dogmes économique qui ont permis la catastrophe actuelle, tu n’accomplis rien du tout.  Voilà une leçon à méditer pour nos partis politiques de droite qui se croient à gauche parce qu’ils sont progressistes sur le plan moral, mais qui ne rejettent aucunement le néolibéralisme, malgré les échecs répétés et retentissants de ce dernier.

En ce sens, Obama est peut-être simplement le prolongement de la logique du roi-nègre: il est tout aussi corrompu que l’élite qui l’a mis en place, mais à tout le moins il ressemble au peuple et peut ainsi mieux faire passer les idées de la minorité qui contrôle ce pays auprès d’une population amorphe, désillusionnée et prête à croire à n’importe quelle fable en autant qu’on lui promette un Happy End à la fin.

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Le discours revanchard des féministes
26 juin 2008

La très intéressante mais souvent anecdotique chronique de Mari Ilse Paquin parle d’une mesure du ministre de « l’Égalité » de Grande-Bretagne vivant à institutionnaliser la discrimination positive et le sexisme en favorisant les femmes et les minorités visibles à l’embauche. Outre le fait qu’il est assez caractéristique qu’un ministère de « l’Égalité » favorise l’inégalité et le sexisme, ce qui me frappe le plus c’est d’imaginer la réaction des féministes frustrées si on faisait la même chose dans nos institutions… pour favoriser les hommes.

Que diraient ces féministes si on favorisait les hommes dans les universités, là où près de 70% des étudiants sont des étudiantes?

Que diraient-elles si on favorisait les hommes dans les garderies, dans les salons de coiffure, dans les hôpitaux?

Que diraient-elles si on favorisait les hommes en justice car ceux-ci ne se font pas prendre au sérieux quand ils portent plainte pour violence conjugale?

Elles crieraient au sexisme… et elles auraient raison de le faire. Sauf que si la mesure favorise les femmes, elles ne disent rien, elles acceptent, et elles appellent cela le progrès.

J’aime bien ce texte de l’Intelligence Conséquente:

Le mythe de « l’inéquité salariale » cherche à entretenir la fibre victimaire des femmes « source de jouissance » au détriment de la vérité des faits. Pensez-vous vraiment qu’en 2008, une femme qui convoite le même emploi qu’un homme obtiendra un salaire moindre simplement parce qu’elle est une femme ? Bien sûr que non. Même que, en raison d’une oppression théorique, abstraite et éthérée, elle passera avant l’homme, justement parce qu’elle est une femme.

Il est plus que temps de réaliser que l’égalité a non seulement été atteinte, mais dépassée. Il y a aujourd’hui un profond rattrapage à faire pour revaloriser la place des hommes dans la société. Il est plus que temps de se débarrasser des vieilles idées des générations précédentes et du féminisme revanchard et méprisant qui anime de nombreuses femmes adhérant à ces idées désuètes. On doit réaffirmer que choisir quelqu’un en fonction de son sexe ou de la couleur de sa peau, c’est inacceptable dans nos sociétés!

Vivement l’égalité des sexes et l’égalitarisme en remplacement du féminisme!

Sexisme: deux poids, deux mesures
17 juin 2008

Le Journal de Montréal, toujours prêt à sortir les faits divers les plus plates possibles, révélait qu’une taverne à Delson ne sert toujours pas les femmes. Patrick Lagacé en remet en qualifiant les hommes qui s’occupent de cette taverne de fossiles. Histoire d’un deux poids, deux mesures.

En effet, pourquoi le sexisme serait-il plus honteux ou dommageable quand il concerne les femmes? C’est bien beau de dénoncer une taverne ou un bar gai qui ne sert pas les femmes, mais pourquoi ne pas en profiter pour dénoncer d’autres formes de sexisme?

Tiens, par exemple:

– Le salon de coiffure près de chez moi qui est réservé aux femmes. Je voulais aller me faire couper les cheveux et, d’un air méprisant, on m’a répondu: « désolé, on ne sert que les femmes ici »;

– Les centres de conditionnement du style Femmefitness et tous les semblables, qui ne sont réservés qu’aux femmes;

– Toutes les offres d’emplois féminisées où on cherche spécifiquement une femme;

– Les groupes d’aide aux victimes de violence, qui sont offerts presque exclusivement aux femmes;

– Le financement d’un ministère de la condition féminine (à quand un budget pour la condition masculine?).

Et la liste continue. La vérité, c’est que nous vivons dans une société qui accepte le sexisme à la seule condition qu’il soit au détriment des hommes et qu’il n’empêche pas les femmes « libérées » de faire ce que bon leur semble.

Je suis d’accord avec ce blogueur quant à ce que représente le Conseil du statut de la femme et le féminisme en général:

Le Conseil du statut de la femme — et je vais y revenir, parce que je dois réagir ce week-end à leur rapport imbécile sur “les médias comme obstacle à l’égalité” – est une fourmillière d’opportunistes, de technocrates carriéristes et d’idéologues spécialisés dans le chantage victimaire. Ce think thank de la cause féministe, financé par l’État, a une double occupation : donner des jobs aux amies du Système ; légitimer le consensus techno-progressiste autour de la femme comme victime systémique.

Qu’une taverne refuse de servir les femmes n’est pas une situation différente qu’un centre de conditionnement refusant les hommes. Ou bien on accepte les deux formes de sexisme, ou bien on les dénonce. J’aimerais beaucoup que des journalistes dénoncent ce sexisme-là , mais il faut croire que la discrimination faite aux hommes n’est pas un sujet assez important.

Faut dire, nous avons un pénis, nous.

Les adolescents
11 juin 2008

Hier moi et belz-copine sommes allés aux glissades d’eau à Bromont. C’était l’ouverture, et il y avait au moins dix ou quinze autobus scolaires remplis de jeunes du secondaire nous ayant précédés, si bien que nous nous sommes retrouvés au milieu d’une foule de jeunes de treize à dix-sept ans.

Honnêtement, si on était pleinement conscient de quoi on a l’air à cet âge-là , je pense qu’on aurait un peu honte. C’est pas toujours beau beau notre jeunesse. Des beaux visages, d’accords. Des beaux seins aussi pour les filles, ça c’est sûr. Mais tous identiques: le même bikini remonte-boules pour les filles et les mêmes bermudas descendus trop bas qui laissent apercevoir un haut de culottes avec la marque bien en vue pour les gars. Un peu plus et ils s’appellent ainsi: « Hey yo Joe Boxer, ça boum? » « Hey, Fruit of the Loom ». Un peu comme s’ils étaient fiers de montrer qu’ils portent des sous-vêtements, ils les amènent jusqu’au glissade d’eau!

Et puis, leur comportement… C’est quoi au fait l’adolescence? Ça m’a pété dans la face hier: c’est l’âge où les filles jouent aux femmes et les garçons aux hommes. C’est l’âge où on remplace les camions jaunes et les poupées par soi-même et où on cherche à se modeler soi-même pour ressembler à ce qu’on croit être un adulte. Des petits gars de douze-treize ans qui essaient d’avoir l’air virils; des filles de quinze ans qui se pavanent et me jettent des petits regards du coin de l’oeil. C’est beau la jeunesse.

Beau, mais j’y retournerais pas. Pas le goût de retourner au royaume du paraître, à la religion de la gang (si y a une chose que je déteste c’est bien les gangs, moi solitaire de toujours), au rayon d’étalage des conformismes en rabais. Ça me tente pas.

à€ quelque part, je suis content d’avoir survécu. Quand je pense que y en a à mon âge qui en sont toujours à cette étape!

à€ part de ça, la journée fut super! On est parti juste avant l’orage, et pas à cause de lui, mais parce qu’on en avait assez. Voici une photo prise à Bromont juste avant que le ciel ne se déchaîne: (vous pouvez cliquer sur l’image)

C’était juste avant d’entrer sur l’autoroute. Pas besoin de vous dire qu’on s’est fait brasser par la suite! Ah, les orages… Presque aussi intenses que les ados!