Tout est permis
20 avril 2012

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

— John F. Kennedy

Le 20 avril 2012 restera gravé comme une date de rupture. Jusqu’à maintenant, nous avions un gouvernement insensible, mais nous pouvions croire qu’il démontrait un certain intérêt pour les revendications des étudiants. Aujourd’hui, Jean Charest a dépassé les bornes en faisant de l’humour noir sur leur dos. Il n’a plus la crédibilité pour gouverner. Il est indigne de sa fonction et, désormais, tout est permis pour le déloger de son piédestal et lutter contre la violence et le mépris de ses propos.

Quand le mépris remplace le dialogue, les bombes commencent à pleuvoir. Les choses ont toujours fonctionné ainsi. C’est la fin du dialogue entre les Patriotes et le gouverneur britannique qui a mené à la Révolte de 1837-38. C’est également la fin du dialogue entre le mouvement indépendantiste québécois et le gouvernement canadien qui a mené à Octobre 1970. Quand les oreilles se ferment, quand la personne en face de soi cesse d’être un interlocuteur valable, quand on n’attend même plus à voir une parcelle d’humanité dans son regard, tout est permis.

L’attitude du gouvernement Charest est celle d’un pyromane. Il se promène dans l’ombre et il fout le feu. Il envoie ses sbires, dans son parti ou chez Gesca, faire le sale travail et lui se félicite de voir l’édifice de nos idéaux brûler pour qu’il puisse enfin y envoyer ses pompiers. Montréal ressemble de plus en plus à chaque jour à une ville assiégée et il blague. Des étudiants se font matraquer ou gazer, et lui suggère de les envoyer dans le Nord pour leur « trouver un emploi ». Ce gouvernement ne représente plus la population.

Tout est permis.

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

Et puisque tous les ponts ont été coupés, puisque Jean Charest lui-même trouve le moyen de rigoler pendant qu’on assassine la démocratie étudiante, puisque celui-ci méprise jusqu’aux valeurs fondamentales des Québécois, désormais, tout est permis.

Tout est permis.

Frais de scolarité : propagande de Quebecor
26 février 2012

Les grands manipulateurs l’ont toujours dit : pour contrôler la réponse à une question, il suffit avant tout de contrôler la question. C’est exactement ce que fait Quebecor avec son sondage demandant aux gens s’ils seraient prêts à payer plus d’impôts pour financer l’éducation. Alors que les sommes permettant un financement adéquat des études universitaires peuvent venir d’une foule de secteurs, Quebecor fait fi de cette réalité en rétrécissant le débat : ou bien on fait payer les étudiants, ou bien on hausse les impôts.

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Même s’il a maintes fois été démontré que l’éducation est très rentable, et que tout investissement public dans celle-ci entraîne une plus-value pour la société, partons du principe qu’il manquerait 265 millions de dollars au système actuel, soit la somme qu’on veut chercher dans les poches des étudiants, pour atteindre l’éden universitaire, version Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party.

Donc, s’il manque 265 millions de dollars, n’y aurait-il pas moyen d’aller chercher cette somme sans s’attaquer aux étudiants ou augmenter les impôts ? Bien sûr !

1) Une augmentation du nombre de paliers d’imposition. Entre 1988 et aujourd’hui, le nombre de paliers d’imposition est passé de 16 à 3. Cette situation réduit amplement le caractère progressif de l’impôt. Une étude de l’IRIS a démontré qu’un retour à dix paliers permettrait d’assurer une baisse des impôts pour 87% des contribuables tout en engrangeant des revenus supplémentaires de 1,2 milliard de dollars.

2) Une augmentation des redevances minières. Le Québec donne littéralement ses ressources à l’industrie. Son taux de redevance est parmi les plus bas en Amérique du Nord, ce qui n’est pas sans nous rappeler l’époque où Duplessis vendait la tonne de fer « une cenne ». Selon la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, l’État pourrait augmenter ses revenus entre 1 milliard et 4 milliards de dollars si le Québec rejoignait le peloton de tête en augmentant substantiellement ses redevances.

3) Faire payer le plein prix aux étudiants étrangers. Comme je le notais dans un billet précédent, le simple fait de faire payer le plein prix aux étudiants ne venant pas du Québec permettrait d’aller chercher un minimum de 444 millions de dollars par année. Accessoirement, cela permettrait d’améliorer la situation du français, surtout dans la région métropolitaine.

4) Réintroduire la taxe sur le capital. L’élimination progressive de cette taxe par le Parti Libéral du Québec / Liberal Party of Quebec entraîne un manque à gagner récurrent de près de 950 millions de dollars.

On pourrait ajouter d’autres idées, telles qu’exprimées par la coalition Non aux hausses : diminuer le plafond des RÉER (300 millions), moduler la taxe à la consommation en fonction des biens achetés (745 millions), lutter contre l’évitement et l’évasion fiscaux (800 millions), adopter des mesures de contrôle du prix des médicaments (1 milliard), abolir la règle de protection des brevets de 15 ans (200 millions), etc.

En clair, le choix ne se limite pas entre faire payer les étudiants ou hausser les impôts. Une foule de solutions existent et permettraient non seulement de maintenir le gel des frais de scolarité, mais également d’assurer la gratuité scolaire, qui coûterait entre 176 et 405 millions de dollars.

Quand Quebecor (ou le Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party) nous propose ce faux choix, il n’est donc pas question de faits, mais d’idéologie. Il n’est pas question de bien commun, mais de propagande. Il n’est pas question d’information, mais d’une vile désinformation de la part d’un média ayant décidé de limiter le débat à une guerre entre classe moyenne et moins nantis, pendant que son patron continue de compter ses millions, dont une grande partie ont été gagnés grâce au corporatisme des subventions de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

À nous de rappeler que si l’État est à court d’argent, ce n’est pas à cause de généreux programmes sociaux ou de l’éducation, mais bien parce qu’on fait le choix, collectivement, de baisser la tête pour juger ceux d’en bas, plutôt que d’avoir le courage de la garder bien droite et de questionner ceux d’en haut.

Frais de scolarité : la perspective nationale
19 février 2012

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



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La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Frais de scolarité : la perspective nationale
19 février 2012

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



Source de l’image

La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Anglomanie et clientélisme estudiantins
14 février 2012

Autre signe distinctif de l’état de dégénérescence de la pensée collective au sein de ce qui fut un jour une classe étudiante sur la page Facebook, ironiquement, de la CLASSE. Un lien faisait état de l’affichage d’une banderole anti-hausse des frais entièrement en anglais au-dessus de l’autoroute Décarie. Un commentateur a souligné le fait que ça aurait été beaucoup mieux en français ; s’en est suivie une belle démonstration de l’anglomanie et du clientélisme ambiants, dans une suite de commentaires qui auraient fait faire des cauchemars aux leaders étudiants d’il y a une génération.

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L’argumentaire des anglomanes de service est toujours sensiblement le même : clientéliste. Le premier commentateur écrivait :

Ya pas juste des université française (sic) au québec… Que ce soit un anglais ou un français on s’en tape tu pas!! L’important c’est que le message passe! Comment pouvons nous accepter cette hausse pour nos enfants; les générations futures.

Suis-je le seul à voir la contradiction ici ? L’individu commence son commentaire en prônant la satisfaction des intérêts INDIVIDUELS des anglophones et termine en parlant de l’intérêt COLLECTIF des générations futures. S’il ne s’était agi que d’un seul individu, je n’en parlerais pas, mais c’est là un discours que je trouve tout aussi courant qu’il est faux.

D’un côté, on parle du respect des individus, de la nécessité de leur parler dans leur langue, de penser à eux de manière individuelle et selon leur bien-être individuel, en faisant abstraction du bien-être collectif que constitue la survie du français, par exemple. Mais de l’autre, il faudrait demander au reste de la population de penser au bien-être collectif des étudiants et de la société en général. Me suivez-vous toujours ?

En clair, les individus adoptant ce genre de discours ont de la difficulté à bien affirmer leur conception de l’éducation. Cette éducation constitue-t-elle un enjeu individuel ou collectif ? La différence est fondamentale. Si l’éducation est un bien individuel, et qu’on doive donc offrir une éducation dans plusieurs langues étrangères et selon les demandes des clients-étudiants, de quel droit interpelle-t-on les contribuables pour qu’ils la paient ? À l’inverse, si on considère que l’éducation constitue un bien collectif profitant à l’ensemble de la société, pourquoi tolère-t-on qu’on finance une éducation dans une langue étrangère et s’adresse-t-on aux étudiants comme s’ils étaient des clients ? Pourquoi refuse-t-on de les intégrer à la collectivité québécoise en s’adressant à eux dans la langue des Québécois ?

Adopter un discours logique m’apparaît indispensable. On ne peut pas sortir dans la rue à 10 000 ou 20 000 en demandant qu’on respecte le droit COLLECTIF à l’éducation et en refusant la marchandisation de celle-ci, alors que d’un autre côté on méprise le droit COLLECTIF des Québécois d’assurer la survie de leur langue et qu’on accepte le clientélisme d’étudiants vivant ici mais refusant obstinément d’apprendre la langue nationale.

Cette faille dans la pensée de plusieurs leaders étudiants est fondamentale. Elle indique qu’au-delà des beaux discours socialisants, ceux-ci ont déjà capitulé et qu’ils considèrent déjà les étudiants comme des clients et l’éducation comme une marchandise.

Le ver est dans la pomme : leur mouvement est condamné à l’échec non pas parce que la cause n’est pas juste – elle est juste ! – mais parce que ceux qui la porte ne comprennent pas pas de quelle manière elle l’est. Ils ne réalisent pas que si l’éducation constitue une richesse collective, cette richesse doit donc appartenir non pas à un étudiant individuel – peu importe sa langue maternelle – mais à la collectivité, qui a le français comme langue commune et qui s’attend à ce que l’éducation contribue au bien-être commun, ce qui inclut la survie du français en tant que seule langue commune et officielle du Québec.

En attendant, qu’ils continuent de parler de bloquer la hausse. Mais qu’ils ne le fassent surtout pas en parlant de le faire « ensemble » quand ils méprisent le combat COLLECTIF des Québécois pour assurer la survie de leur langue.

Si je m’oppose aux hausses, c’est également pour le bien-être des générations futures. Des générations qui ont tout autant le droit d’avoir accès à une éducation de qualité et gratuite que de pouvoir vivre en français dans un environnement francophone où on intègre les anglophones dans la langue commune plutôt que de les exclure en s’adressant systématiquement à eux en anglais.

Les Jeunes Libéraux s’attaquent aux étudiants les plus pauvres
1 août 2008

Bon, voilà , on repart pour un autre tour: les Jeunes Libéraux, ces petits affairistes de droite qui ne rêvent que de dépecer l’État pour le vendre au plus offrant, proposent de tripler les frais étudiants! Oui, vous avez bien lu: on veut tripler le coût pour des étudiants qui sont déjà parmi les plus pauvres! Et si on ne les fait pas payer immédiatement, on les endettera pour la vie ensuite grâce au réseau de vol institutionnalisé des prêts sans bourses du Québec et à cet impà´t qu’on veut imposer aux étudiants après leurs études!

Comme je l’écrivais ici:

à€ cause de cette mesure néolibérale proposée par le PLQ et appuyée par l’ADQ (il faut le souligner), de nombreux étudiants devront désormais choisir entre travailler ou étudier. Car, n’en déplaise à certains vieux cons de la vieille droite, ce n’est pas tout le monde qui peut suivre cinq cours à l’université tout en travaillant 25 heures par semaine. Le résultat: les élèves provenant des couches sociales les plus défavorisées seront tentés de lâcher leurs études, perpétuant une pauvreté intergénérationnelle et détruisant effectivement le mythe de la mobilité sociale.

Et demain, dans vingt ans, le Québec sera perdant, car il y aura moins de diplà´més, moins de gens compétents, mais aussi moins de citoyens politisés, moins de personnes instruites. C’est un grand recul dont nous ferons les frais pendant des décennies.

Conséquemment, la seule position logique et cohérente pour quiconque a les intérêts du Québec à coeur est d’appuyer la grève des étudiants et de demander non seulement l’élimination des hausses des frais de scolarité, mais une baisse de ceux-ci, permettant à un maximum de citoyens d’avoir accès au système d’éducation.

Car l’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement. Voilà une vérité que la droite, du PLQ à l’ADQ en passant par les éditorialistes pathétiques de La Presse, n’a toujours pas compris.

Comme dit le dicton: vous trouvez que l’éducation coûte cher? Essayez l’ignorance!

Au rythme où vont les choses, d’ici quelques années le Québec sera devenu une société aussi désastreuse que celle des États-Unis, divisée entre une minorité de riches et une masse de pauvres et d’endettés qui ont lâché l’école faute de pouvoir se la payer.

Et le pire, dans tout ça, c’est quand je lis un certain blogueur qui se dit de centre-gauche et qui fait partie de ces jeunes libéraux proposant ces mesures d’extrême-droite.

Y a de bons coups de pied au cul qui se perdent.

L’éducation est un plus pour toute la société et elle devrait être entièrement gratuite, car une société éduquée est une société riche. Il faudra le répéter, encore et toujours, en espérant que ces cons de jeunes libéraux finissent par comprendre le message…

à€ lire: Les visées réactionnaires des jeunes libéraux et aussi La réelle nature des jeunes (néo)libéraux.

SOS popularité
12 septembre 2007

La dernière mesure proposée par le gouvernement Charest, visant à sortir définitivement la malbouffe et les boissons sucrées des écoles, est une excellente nouvelle pour la santé future de la population.

Moi j'aime McDonald's!

En effet, la démonstration d’un lien entre le manque de concentration et de piètres résultats scolaires et une alimentation riche en sucre raffinée et en graisses saturées n’est plus à faire. De forcer les écoles à remplacer cette nourriture toxique par de bons aliments sains permettant aux étudiants d’avoir une meilleure santé permettra non seulement de réduire les troubles de comportement, mais aussi d’améliorer les résultats scolaires et, à terme, de réduire les coûts sur le système de santé.

Ceci dit, si personne n’est contre la vertu, on peut se demander ce qui s’est produit entre le Jean Charest de 2006, qui affirmait qu’une telle mesure allait « remplir les McDo le midi » et qui maintenant vote un projet qui a encore plus de dents. Se pourrait-il que cette mesure soit reliée au piètre niveau de popularité du premier ministre, qui patauge dans les bas-fonds électoraux depuis des années?

Si opportunisme politique et bien commun ne font rarement bon ménage (comme nous le prouve Mario Dumont sur une base quasi-quotidienne) il arrive que les deux vont de pair. Il reste à souhaiter que cette mesure ne soit pas que de la poudre aux yeux et qu’on forcera réellement les grosses corporations qui ont envahi nos cafétérias scolaires à remplacer leur soupe toxique à bas prix par des aliments beaucoup moins rentables mais meilleurs pour la santé.

Car si Charest semble prêt à tout pour gagner de la popularité, ira-t-il jusqu’à s’attaquer aux corporations, qui sont le soutien le plus fidèle du PLQ?