Quand le système de santé U.S. tue
5 juillet 2009

Barack Obama a raison de travailler pour l’instauration d’un système universel de soins de santé.  Non seulement le système de santé états-unien est-il le plus coûteux des pays de l’OCDE, mais il est tout à fait incapable de concurrencer un système comme celui du Canada, de loin supérieur.

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En effet, quand on regarde les dernières statistiques de l’OCDE, on se rend compte à quel point le système de santé de nos voisins du sud est déficient. Outre le fait qu’il gobe près de 33% plus de ressources que le nôtre, il est incapable de sauver autant de vies. À preuve, l’indice d’années potentielles de vie perdues (APVP).

Voici le nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour:

  • les maladies infectieuses et parasitaires:  64 au Canada et 201 aux États-Unis ;
  • les maladies dues au VIH: 25 au Canada et 94 aux États-Unis;
  • les tumeurs malignes: 823 au Canada et 851 aux États-Unis;
  • les maladies du sang: 12 an Canada et 29 aux États-Unis;
  • les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques: 104 au Canada et 158 aux États-Unis;
  • le diabète sucré: 56 au Canada et 98 aux États-Unis;
  • les troubles mentaux et du comportement: 36 au Canada et 66 aux États-Unis;
  • les maladies du système nerveux: 106 au Canada et 122 aux États-Unis;
  • les maladies de l’appareil respiratoire: 422 au Canada et 781 aux États-Unis;
  • les cardiopathies ischémiques: 233 au Canada et 372 aux États-Unis;
  • les infarctus du myocarde:  120 au Canada et 151 aux États-Unis;
  • les maladies cérébrovasculaires: 57 au Canada et 107 aux États-Unis;
  • la grippe et les pneunomathies: 28 au Canada et 50 aux États-Unis;
  • les bronchites, asthme et emphysème: 8 au Canada et 28 aux États-Unis;
  • les maladies de l’appareil digestif: 104 au Canada et 187 aux États-Unis;
  • les maladies de peau; 1 au Canada et 6 aux États-Unis;
  • les maladies du système ostéo-musculaire: 13 au Canada et 25 aux États-Unis;
  • les maladies du système génito-urinaire: 20 au Canada et 53 aux États-Unis;
  • les grossesses et accouchements: 5 au Canada et 19 aux États-Unis;
  • les pathologies périnatales: 342 au Canada et 395 aux États-Unis;
  • les malformations congénitales: 179 au Canada et 206 aux États-Unis;
  • les symptômes et états mal définis: 138 au Canada et 166 aux États-Unis;
  • les causes externes (agressions, accidents, chutes, etc.): 892 au Canada et 1478 aux États-Unis.

Toutes ces données proviennent de l’OCDE et sont pour l’année 2004, dernière année où toutes les comparaisons sont possibles.

Ce que ces statistiques nous démontrent, c’est que le système de santé canadien est spectaculairement supérieur à celui des États-Unis, dans toutes les facettes possibles. Concrètement, une personne tombant malade aux États-Unis a beaucoup plus de risques d’en mourir qu’au Canada.

Alors, peu importe ce qu’en pense une certaine ado-droite paralysée dans ses dogmes du passé, nous sommes un exemple à suivre pour nos voisins du sud et un système universel et public s’avère de loin meilleur qu’un système sélectif et privé.

Cela ne signifie pas que le système de santé canadien soit parfait, mais ça devrait orienter nos choix pour le futur et nous décourager d’opter pour la voie suicidaire d’une plus grande présence du privé.  Encore une fois, et plus que toujours, le public est de loin plus performant et utile que le privé.

Quand Martineau arrive en ville
21 juin 2009

Le dernier texte de Richard Martineau représente une façon de voir les choses assez répandue, principalement au sein de la nouvelle génération. Le discours est aussi simpliste que fort, du moins en apparence: la Conquête, c’est du passé. Ça ne sert à rien de vivre en pensant au passé. Il faut regarder vers le futur. Et Martineau, toujours aussi pertinent dans ses réflexions, ajoute un « arrivez en ville! » bien senti.   Le problème, c’est que sa « réflexion » ne mène nulle part: on ne peut pas  oublier le passé tant que nos racines ne se sont pas recrées dans le présent.

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En effet, pensons-y un peu.  Pourquoi est-ce que la Défaite de 1760 nous touche encore à ce point?  Ce n’est pas avec des Bombardier, des SNC-Lavalin ou des Guy Laliberté, comme l’affirme Martineau, que nous prendrons racine dans le présent.  Nous sommes cette plante fragile ayant été déracinée, puis lancée vulgairement contre un sol rocailleux, en attente de reprendre possession du sol.  Ce n’est pas parce que quelques petites racines ont trouvé des minéraux utiles que la plante se porte mieux pour autant.   Et ce n’est pas avec quelques compagnies anonymes et un ou deux milliardaires que nous effacerons le souvenir de la terrible disette ayant suivi la fin du régime français.

Le passé existe pour de bonnes raisons.  Ce n’est pas parce qu’on reconnaît que nous sommes la conséquence directe de cet événement fondateur que fut la Défaite de 1760 que nous vivons dans le passé.  Nous reconnaissons qui nous sommes et nous sommes sensibles à toute atteinte à nos valeurs et à notre langue.    Pourrait-on reprocher à un adulte ayant été abusé toute son enfance de se montrer sensible à toute forme d’abus?

Le Québec est cet enfant blessé, ayant souffert en silence pendant nombre d’années, s’étant émancipé durant la Révolution Tranquille et qui se retrouve aujourd’hui très sensible à tout recul.

Que veut dire Martineau quand il nous demande « d’arriver en ville »?  Arriver en ville, s’agit-il d’oublier ce que nous sommes, notre rôle historique et les valeurs que nous transmettons, de renier notre culture et notre langue?  Si c’est le cas, je ne veux pas vivre dans cette ville.  Je préfère la campagne nourricière, étrangère au vain babillage incessant d’une urbanité déconnectée de ces racines.  La ville de Martineau, c’est un ramassis hétéroclite d’individus blasés, sans passé ni présent, et dont l’empreinte se dissipera au jour de leur mort.  Vacuité.

Et si on prenait le problème à l’envers?  Si on se décidait une fois pour toute non pas à cacher la poussière de 1760 sous le tapis d’une résilience factice, mais plutôt de régler une fois pour toute la situation?   Si on se décidait enfin à assumer ce que nous sommes, à libérer nos énergies créatrices dans un Québec francophone et fier de ce qu’il est?

Retour des États-Unis

Ce soir, j’ai mangé au Restaurant Phoebe, à Montpelier, capitale du Vermont. Des menus saisonniers, de la nourriture provenant de la région; tout y est fait à la main. J’y ai mangé un des meilleurs hamburgers depuis longtemps.

Puis, j’ai regardé autour de moi. J’ai observé. Et j’ai vu ce que j’ai vu tout au long de mon voyage, de Québec au New Hampshire en passant par le Massachussets, le Maine et le Vermont. J’ai vu des gens biens avec eux-mêmes. Pas heureux, ça on ne le sait jamais d’un seul regard. Mais biens, souriants. Qui te parlent quand tu les croises. Qui s’excusent quand ils doivent te couper, qui s’arrêtent en voiture pour te laisser traverser la rue.

Communauté.

Ces gens ne sont pas différents de nous. Simplement, ils ne sont pas envahis par une immigration trop nombreuse pour leur capacité d’intégration et ils ont de solides racines américaines, un patriotisme certes parfois excessif mais qui les font se sentir confiants en toute situation. Ils vivent dans une société cohérente. Peut-être injuste, mais cohérente.

Ils mettent des drapeaux américains partout, sur tous les poteaux de téléphone, dans toutes les cours, partout. Mais ils savent ce qu’ils sont, et ils ont une langue commune. Ils se reconnaissent comme tel. Ce ne sont ni des racistes, ni des gens renfermés sur eux-mêmes, ni même des citoyens qui auraient besoin « d’arriver en ville ». Ce sont des Américains conscients de leur rôle historique, heureux de vivre au centre d’autres individus et en relation avec autrui. L’exact opposé de la ville anonyme et blasée de Martineau.

Afin de développer nous aussi ces racines, ce sentiment de communauté et cette fierté, aurons-nous le courage de prendre les décisions qui s’imposent? Aurons-nous le courage d’imposer notre langue partout au Québec et d’exiger une diminution de l’immigration, accompagnée de programmes favorisant la natalité québécoise?

Il en va de notre avenir. Et si on remplaçait le « arrive en ville » de Martineau par un « arrive au Québec »?

Arrêtons d’avoir peur d’exister.

Santé: la droite américaine en quête de manipulation
31 mai 2009

La malhonnêteté intellectuelle de la droite américaine est sans limite.  Opposée aux réformes de la santé proposées par le président Obama, elle décide de se lancer dans le pathos en prenant l’exemple d’une patiente canadienne ayant obtenu des soins aux États-Unis pour tenter de démoniser le système canadien et toute forme de médecine publique. Cette démarche s’avère tout autant pathétique que trompeuse.

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En effet, prendre un seul cas et généraliser, c’est facile. Même moi je peux le faire, et je l’ai déjà fait. J’ai écrit ici sur le fait que mon père a été hospitalisé aux États-Unis à 2000$ de l’heure sans qu’on puisse lui trouver son problème et que c’est finalement un médecin canadien, deux mois plus tard, qui lui a diagnostiqué une tumeur au poumon. Il a eu son opération en quelques semaines et il récupère à merveille aujourd’hui. So long pour la supériorité du privé.

Malheureusement, on ne bâtit pas des réalités sur quelques cas. Ce n’est pas parce que le système de santé américain peut occasionnellement sauver quelques patients qu’on doit passer sous silence le fait qu’il est responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes annuellement. 101 000 personnes, pour être plus précis, qui auraient pu être sauvées si les États-Unis se dotaient d’un système aussi performant que la France, bonne première. C’est du moins le résultat d’une étude qui démontre que les États-Unis se classent bon derniers au sein de toutes les nations industrialisées, notamment parce que 47 millions de leurs citoyens ne disposent d’aucune forme de couverture médicale. Le Canada, lui, se classe sixième sur dix-neuf. So long pour les horreurs du système canadien.

Par ailleurs, il est toujours pertinent de rappeler que le système français, le meilleur des pays industrialisés, est davantage public que celui du Canada (76,3% contre 69,9%; seulement 46% pour les États-Unis). Et il coûte moins cher: 3449$ per capita contre 3578$ pour le Canada et un astronomique 6714$ pour les États-Unis, de très loin le plus coûteux. Les imperfections de notre système de santé ne découlent donc pas de son caractère public, contrairement à ce que certaines personnes mal intentionnées affirment.

En fait, s’il y a des problèmes avec le système canadien, c’est principalement causé par son sous-financement chronique. Les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé (tout en n’offrant aucune couverture à plus de 15% de leur population!) contre 10,0% pour le Canada. En clair: le Canada surpasse aisément les États-Unis en dépensant près de 33% de moins! Imaginons ce qu’il en serait si le système de santé était adéquatement financé! Encore une fois, on le constate, le public coûte moins cher et est plus performant, car il soigne davantage d’individus.

Avec ces chiffres en tête, on ne se surprend guère de la tactique utilisée pour démoniser le système canadien. En se servant d’une seule personne et de sa triste histoire, on espère parler aux émotions des gens et leur faire oublier qu’ils vivent dans un pays avec un système de santé misérable, plus intéressé par les profits des entreprises que le bien-être de la population.

Israël contre le droit international
20 janvier 2009

Enfant-blesse-gazaAvez-vous vu ces images surréalistes de bombes ressemblant à des feux d’artifices, explosant en plein ciel et laissant de longues traînées blanches lumineuses vers le sol, dans Gaza? Ce sont des bombes à phosphore incandescent, qui brûle à des températures très élevées et qui consume tout sur son passage; même l’eau n’en vient pas à bout.  Quand le phosphore est allumé, il brûle jusqu’à l’air autour pendant cinq à dix minutes et peut littéralement arracher la peau de quiconque se trouve dans les parages.

« Les brûlures au phosphore offrent le plus grand risque de mortalité que n’importe quelle autre brûlure à cause de l’absorption du phosphore dans le corps par l’endroit brûlé, résultant en des dommages au foie, au coeur, aux reins, et dans certains cas plusieurs de ces organes à la fois. » ((Agency for Toxic Substances and Disease Registry (ATSDR), White Phosphorus: Health Effects , Toxicological Profile Information Sheet))

Le Times a obtenu une confirmation de l’utilisation du M825A1, une bombe au phosphore américaine, par l’armée israélienne lors du récent conflit à Gaza, ce qui a également été confirmé par Human Right Watch, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), Amnesty International et de nombreux médecins étrangers.  Même si Israël dément toujours son utilisation, il ne fait pas de doute que ces armes ont été utilisées dans Gaza, tout comme elles l’avaient été au Liban en 2006 et en Irak, par les États-Unis, en 2004.

Lorsque utilisées en accord avec le droit international, les bombes au phosphore blanc (aussi appellée « Willie Pete ») doivent servir à aveugler l’adversaire et elles ne peuvent être utilisées, sous aucun prétexte, à l’encontre de civils ou de militaires.   Avec ses 1 300 000 habitants vivant sur un minuscule territoire de 360 km. carrés (3 800 habitants au kilomètre carré), Gaza est un des endroits les plus densément peuplé de la planète.   En se servant de ces bombes au-dessus de Gaza, et spécifiquement du camp de réfugiés de Jabaliya ((Gaza: Israel under fire for alleged white phosphorus use, The Christian Science Monitor, 14 janvier 2009)), un des endroits les plus peuplés de Gaza, Israël a automatiquement mis en danger la vie et la santé de milliers de civils et a donc violé les lois internationales, d’où l’initiative de la Bolivie et de la Fédération internationale des droits de l’Homme pour saisir la Cour pénale internationale (CPI), compétente pour les crimes de guerre et contre l’humanité.

En effet, non seulement Israël a violé la convention de Genève et la plupart des lois internationales en utilisant des bombes au phosphore dans un endroit densément peuplé, mais il peut être démontré qu’elle a agit de manière intentionnelle si elle n’a pas pris les précautions suffisantes pour minimiser le nombre des victimes et des dégâts civils et si sa « réponse » n’a pas été proportionnelle à la menace. Si l’utilisation d’une bombe incendiaire extrêmement dangereuse et meurtrière dans l’endroit le plus peuplé d’un des territoires les plus densément peuplés de la Terre démontre son manque de « précautions », on peut également noter que plus de 1300 Palestiniens ont été tués contre 13 Israéliens, ce qui invalide l’argument de la proportionnalité de la « réponse ».

Malheureusement, cette initiative contre Israël risque de ne pas aboutir puisque ce pays ne reconnaît pas le CPI et que les États-Unis peuvent toujours opposer leur veto, ce qui risque fortement de se produire, Obama ou pas.

Tant qu’il y aura une loi pour Israël et une autre pour le reste de la planète, je ne vois pas comment la paix peut être possible.  À quand des frappes aériennes contre Israël, en possession d’armes de destruction massive et qui les a utilisées contre des civils?

Obama: Yes We Can, mais quoi au juste?
18 janvier 2009

yes-we-can-obamaJe ne suis plus capable d’entendre parler de l’investiture de Barack Obama. Nos médias rivalisent d’applaventrisme pour présenter chaque faits et gestes de l’homme – que dis-je, du demi-dieu – censé représenter le changement. Oh et quel changement, au fait? Le changement en tant que marque de commerce, « changement inc. », une formule tellement vague et creuse qu’elle peut faire vibrer tous un et chacun selon leurs propres valeurs, du protecteur de l’environnement au spéculateur en passant par le militaire et la veuve de soldat éplorée. Chacun trouve une parcelle de rêve en Obama et qu’importe si tous ces rêves sont contradictoires ou impossibles à réaliser : « Yes We can (inc.) ».

En fait, Obama n’est même plus un humain, c’est une idée. L’idée qu’un pays sur la pente descendante puisse retrouver miraculeusement un fragment de son prestige passé. L’espoir qu’une société désarticulée, fragmentée jusqu’à la moelle redevienne cohérente, que les lendemains chantent à nouveau, qu’il soit possible de laisser ses enfants jouer dehors jusqu’à 21h00, d’aller au drive-in dans une Cadillac 1957 décapotable, de s’acheter un hamburger et une frite pour 35 cents, d’organiser un bal de fin de secondaire sans qu’il soit même question d’alcool ou de drogue. Obama, c’est le rêve d’une Amérique qui a perdu son innocence et qui espère la retrouver, telle une Musulmane qui se fait recoudre l’hymen en espérant effacer les marques d’un passé jugé impur.

Sauf que le passé ne s’efface pas. On ne retrouve jamais son innocence, tout comme on ne peut oublier volontairement quoi que ce soit, à moins de vivre dans un déni proche de la schizophrénie. Que conseille-t-on à la fillette victime de viol devenue grande? De faire face à son passé. À l’enfant battu? De faire face à son passé. Grandir, devenir cohérent et adulte signifie de faire face à son passé et d’accepter ses blessures afin que s’opère une cicatrisation psychologique permettant de passer à autre chose et d’anticiper la vie telle qu’elle est, avec les ressources du présent, sans devoir constamment affronter quelque hideux fantôme dans le garde-robe de son subconscient.

Malheureusement, il semble que les Etats-Unis aient choisi une autre voie. Au lieu d’accepter les leçons du passé et de réaliser que leur pays n’est plus le « phare de la liberté dans le monde libre », dixit George W. Bush, et que d’autres modèles alternatifs prennent forme un peu partout (Vénézuela, Chine, Inde, Brésil, etc.), ils ont choisi de régresser en enfance et de se trouver un bon petit papi pour les rassurer et leur dire que rien n’est perdu et leur chanter les louanges d’un espoir aussi tangible qu’inexplicable.

Qu’importe si le pays a passé son pic de production de pétrole depuis quarante ans et est devenu dépendant du reste du monde. Yes We Can! Qu’importe si la balance commerciale déficitaire atteint de nouveaux abîmes année après années. Yes We Can! Qu’importe si la Chine peut faire s’écrouler le dollar vert demain matin si elle vend ses réserves. Yes We Can! Un slogan, un simple slogan, mais qui ne veut rien dire, tout simplement parce qu’Obama ne peut rien faire. De nombreux autres empires ont progressivement perdu leurs avantages compétitifs et se sont écroulés, parfois brutalement, parfois dans la douceur, mais la chute est irrémédiable : on ne reste pas éternellement sur le toit du monde.

Conséquemment, au lieu de berner sa population et le monde entier en proposant une image de rêve infantilisant empêchant les gens de réellement prendre conscience de l’état réel et irrémédiable de la situation d’un État en déclin, Obama devrait faire preuve d’honnêteté et envisager un rôle réduit des Etats-Unis dans le monde (au lieu de vouloir envoyer l’armée au Pakistan), une meilleure redistribution de la richesse (au lieu de baisser les impôts des plus riches, dans la lignée des politiques fiscales de Bush) et surtout, SURTOUT, crever cette bulle de vanité qui gonfle l’égo d’un peuple qui se croit élu par l’Histoire pour diriger le destin de tous les autres peuples de la Terre.

Or, si Obama avait été honnête et avait dit la vérité à son peuple, il n’aurait jamais été élu. Après huit ans du cauchemar Bush, les Etats-Unis ont choisi de se rendormir afin de rêver un peu au lieu de se réveiller et de constater que leur maison est en feu et qu’il n’est plus temps de penser à la restaurer mais bien à la quitter et de changer sa façon de vivre pour toujours.

Obama n’est pas un sauveur, mais un entertainer qui fait rêver le monde sur le soi-disant grand changement que présenterait sa couleur de peau différente à la Maison Blanche pendant qu’il applique les mêmes politiques autodestructrices que ses prédécesseurs, mais celles-ci soutenues d’un hypocrite sourire et d’une vision du monde qui ne s’est toujours pas débarrassée de l’idée nuisible selon laquelle les Etats-Unis auraient le devoir moral d’intervenir partout dans le monde au gré de leurs intérêts.

Comme si nous étions toujours dans une version disneyland des années 1950 et que rien n’avait changé depuis. En fait, oui, le président est Noir. Toujours agréable à savoir pendant que le monde s’enfonce dans les inégalités et le chaos. Vous avez peur du futur, vous perdez pied dans ce monde qui vous semble de plus en plus dangereux. Surtout, ne cherchez pas à comprendre (ce n’est pas important), prenez votre petite pilule « Yes We Can inc. » et continuez à rêver!

Car si on aime bien ça les beaux slogans rassembleurs, un peu de contenu ne ferait pas de tort.  Et tiens, pourquoi ne pas commencer par ce qui se passe en Palestine?

Le roi-nègre Obama
17 novembre 2008

J’ai beaucoup parlé depuis quelques mois du fait que Barack Obama ne tenait pas un discours progressiste et que son élection ne changerait strictement rien pour la majorité des États-Uniens. La vraie question, alors, c’est de savoir pourquoi il est devenu une telle icône de ce que certains appellent le « renouveau du Parti Démocrate ».

En fait, l’élection d’Obama d’abord à la tête de son parti puis à la présidence n’est que l’aboutissement d’une logique de dépolitisation et de fragmentation de la population telle que mise en oeuvre par le Parti Démocrate depuis un demi-siècle. On a l’impression d’avancer, mais dans les faits on recule: en misant sur le consensus, le Parti Démocrate a laissé tomber ses thèmes traditionnels de redistribution de la richesse et de lutte contre la corruption des élites.

Contrairement à ce que certains affirment, la société états-unienne a reculé, et substantiellement, depuis cette époque pas si lointaine où existait la ségrégation:

À bien des égards, elle est même encore moins ouverte et moins égalitaire aujourd’hui qu’elle ne l’était à l’époque des ségrégationnistes dans le Sud, quand le racisme non seulement prédominait, mais pouvait se prévaloir de la caution des autorités. Un tel paradoxe ne devrait plus surprendre: une politique économique néolibérale s’accompagne souvent d’une exacerbation de l’intérêt porté aux différences identitaires (culturelles, ethniques, parfois religieuses) et d’un surcroît de tolérance envers les disparités de richesse et de revenu. Les indices relatifs aux inégalités économiques, tel le coefficient de Gini, qui va de 0 quand l’égalité de revenu est parfaite à 1 quand l’inégalité est totale, montrent que l’égalité a régressé aux États-Unis. En 1947 (à l’apogée des lois ségrégationnistes dites « Jim Crow », en vigueur dans le sud du pays), ce coefficient était de 0,376. En 2006, il atteignait 0,464. Il s’agit là d’une hausse tout à fait significative. En 1947, les États-Unis appartenaient à la même catégorie (bien qu’étant un peu plus inégalitaires) que les pays d’Europe occidentale; en 2006, ils sont tombés au rang du Mexique et de la Chine. ((« Toutes les inégalités n’offensent pas le candidat démocrate », Walter Benn Michaels, Manière de Voir, Octobre-novembre 2008, o.66))

En somme, toutes les luttes soi-disant de libérations, que ce soit des Noirs, des homosexuels, des femmes, ou tout autre particularisme contribuant à la fragmentation du la société, n’ont pas touché à la plus profonde inégalité, celle de l’économie, qui touche indépendamment à tout le monde.

Désormais, on peu très bien s’accomoder du néolibéralisme et des élites économiques au Parti Démocrate. Quand on sait que Hillary Clinton entendait baisser les impôts de la « classe moyenne » jusqu’à 250 000$ (et Obama jusqu’à 200 000$) alors que seulement 7% des ménages gagnent plus de 150 000$, 18% plus de 100 000$ mais 50% moins de 50 000$, on constate que la lutte contre les inégalités économiques n’est PAS une priorité pour le parti.

[…] Mme Clinton et M. Obama sont les emblèmes d’un progressisme américain dont l’éthique politique désapprouve et combat les inégalités qui découlent du racisme et du sexisme avec d’autant plus de vigueur que, simultanément, elle ignore les inégalités qui ne sont pas le fait de la discrimination mais de ce que nous avions l’habitude d’appeler l’exploitation ((Ibid., p. 67))

Obama est donc simplement l’aboutissement de ce processus; il incarne à lui seul l’accomplissement suprême de cette fragmentation: il représente l’absolue prise de pouvoir « du » Noir, mais non pas celle « des » Noirs, qui outre d’avoir la peau foncée ont en commun avec les Blancs de subir une société extrêmement inégalitaire.

On peut très bien imaginer un futur glorieux pour les Homosexuels en tant qu’homosexuels, pour les Femmes en tant que femmes ou pour les Noirs en tant que noirs tandis qu’au même moment toutes ces personnes qu’on a isolé les unes des autres partagent la même misère d’un pays en décrépitude et en guerre contre un peu n’importe qui et où la même petite élite obtient toujours tous les privilèges.

Tant que tu ne changes pas comment l’argent fonctionne, tu ne changes rien du tout.

C’est bien beau le progressisme sur les questions morales, mais tant que tu ne touches pas à l’économie et que tu ne remets pas en question les dogmes économique qui ont permis la catastrophe actuelle, tu n’accomplis rien du tout.  Voilà une leçon à méditer pour nos partis politiques de droite qui se croient à gauche parce qu’ils sont progressistes sur le plan moral, mais qui ne rejettent aucunement le néolibéralisme, malgré les échecs répétés et retentissants de ce dernier.

En ce sens, Obama est peut-être simplement le prolongement de la logique du roi-nègre: il est tout aussi corrompu que l’élite qui l’a mis en place, mais à tout le moins il ressemble au peuple et peut ainsi mieux faire passer les idées de la minorité qui contrôle ce pays auprès d’une population amorphe, désillusionnée et prête à croire à n’importe quelle fable en autant qu’on lui promette un Happy End à la fin.

Et ce n’est qu’un début
12 octobre 2008

Derby démolitionJe me souviens du début de l’année 2000. J’avais un blogue avant même que le terme soit inventé. Je vais être honnête: « blogue » est un bien grand mot pour décrire ce média très web 1.0 hard où le html devait être modifié à chaque texte publié et où les visiteurs ne pouvaient pas laisser de commentaires. Toujours est-il qu’il y a huit ans je bloguais déjà, et début 2000, quand la bulle techno a éclaté, j’y avais trouvé des similitudes avec la crise de 1929, puis, plus tard, avec celle de 1920-1921, précédant le gigantesque boom de la fin des années 20, qui lui-même engendra le terrible krach de 1929…

En fait, que s’est-il passé pendant le marché baissier du début des années 2000? Il y a surtout eu un transfert de richesse, et non sa destruction. L’argent investi dans les technos a tout simplement été transféré vers l’immobilier et son corollaire, les banques, à l’origine du fantastique boom immobilier qui a pris fin avec un terrible fracas l’an dernier avec la crise du crédit à risque, les subprimes.

Les subprimes, ce sont des prêts à très haut risque consentis à des acheteurs parfois inconnus du système bancaire. Pourquoi leur prêtait-on l’argent? Simple: parce que la propriété achetée servait de garantie et que le marché immobilier montait depuis 1945. En clair, même si l’hypothèque sur une propriété ne pouvait être payée, la banque avait toujours la possibilité de reprendre possession de cette dernière et de faire un juteux profit en la revendant à la hausse. Tout ce cercle vicieux constituait en fait une formidable fuite vers l’avant se basant sur l’espoir – vain – que la bulle immobilière ne se dégonflerait jamais. Mais le propre des bulles est d’éclater. Et ce n’est peut-être qu’un début.

En effet, si les subprimes valent 855 milliards $, il existe une autre catégorie de prêts, appelé les Alt-A (Alternative A-paper), d’une valeur de plus de 1000 milliards $. Ces prêts sont consentis à des acheteurs qui ont soumis une demande incomplète ou qui ont un niveau d’endettement supérieur à ceux généralement acceptés par l’industrie. D’après une étude de la Mortgage Asset Research Institute, la quasi-totalité de ces prêts sont consentis à des emprunteurs dont la moitié exagèrent leurs revenus de plus de 50%! ((Frédéric Lordon, « Le jour où Wall Street est devenue socialiste, Le Monde diplomatique, Octobre 2008, pp.4-5))

Ainsi, dès lors que la crise financière se répand dans l’économie et entraîne le moindre ralentissement, le risque d’un véritable tsunami de défauts de paiement doit être sérieusement considéré. La plupart des emprunteurs des Alt-A doivent gérer un budget extrêmement serré, voire déficitaire, et nombre de ceux-ci font maintenant face, outre la perte de valeur de leur propriété, à des pertes d’emplois ou autres conséquences de la crise. Ils se retrouveront eux aussi en défaut de paiement, accentuant la gravité de la dépression.

Habituellement, les États-Unis s’étaient sortis des précédentes récessions grâce au crédit facile; le niveau actuel record d’endettement n’offre pas cette chance cette fois-ci. Conséquemment, les dirigeants en sont rendus à improviser, à renier leurs propres dogmes de la toute-puissance du libre-marché en nationalisation l’assureur AIG, par exemple, dont l’État étatsunien possède aujourd’hui 79,9% du capital…

Pensons-y un peu: le pays héraut du néolibéralisme, voulant l’imposer à toute la planète et mettant toute sa foi dans le libre-marché vient de socialiser non seulement des banques, mais même une compagnie d’assurance privée! Que Hugo Chavez aille se rhabiller! C’est dire le sérieux de la situation. Gérard Duménil et Dominique Lévy explique bien les enjeux dans leur texte publié dans le dernier numéro de la revue Manière de Voir:

On peut donc entrevoir une sortie masquée et limitée des règles néolibérales sous forme d’exceptions au coup par coup. […] Ce genre de néo-libéralisme « bricolé » incarne bien l’étrange destin d’une puissance hégémonique dont la domination à long terme est en jeu. ((Gérard Duménil & Dominique Lévy, « Une trajectoire financière insoutenable», Manière de Voir, Octobre-Novembre 2008))

En vérité, la situation est tellement grave qu’aucun représentant gouvernemental n’osera l’affirmer comme tel. Ce sont les fondements même des systèmes financier et économique qui s’effondrent. Nous assistons à nouveau à l’échec du libéralisme économique, qui avait causé la crise de 1929 et la dépression subséquente. De fins idéologues ont voulu nous faire avaler une version édulcorée, mais la vérité nous frappe encore une fois en pleine face: le capitalisme doit être régulé par l’État, sinon il s’auto-détruit et nous emporte avec lui dans son vortex de chaos.

On a beaucoup blâmé l’État-providence depuis vingt-cinq ans, mais manifestement ce système se révèle de loin supérieur au laisser-faire économique qui a causé la merde actuelle.

Ceci dit, je suis certain que nos propagandistes de l’Institut Économique de Montréal, eux qui se font un devoir de promouvoir les déréglementations à la source des problèmes actuels, sauront se recycler et se faire entendre dans des médias en mal d’analystes. Ça ne manque pas de souffle, non? On participe à la création d’une crise et ensuite on s’en met plein les poches en l’analysant.

Comme quoi y aura toujours des métiers d’avenir pour ceux qui n’ont pas conscience de leurs propres contradictions.

Sauf que pendant ce temps, c’est à nous de subir les conséquences de ces folies… Et ça ne fait que commencer!

Maxime Bernier: le Canada est en Afghanistan pour contrôler le pavot
5 octobre 2008

L’entrevue qu’a donnée Julie Couillard a Tout le Monde en Parle était touchante. On l’a vue, l’âme à nue, nous parler de sa relation avec l’ex-ministre Maxime Bernier. Mais au-delà du drame humain qu’elle subit depuis des mois, qui, si lourd soit-il à porter, est justement sa propre pierre qu’elle devra traîner derrière elle, une révélation m’a particulièrement intéressé: Julie Couillard a affirmé que Maxime Bernier, qui était ministre de la défense nationale – doit-on le rappeler? – croyait que la mission canadienne en Afghanistan était motivée par le contrôle du pavot et que le but n’avait jamais été de démocratiser ce pays.

Tout d’abord, il faut établir quelque chose: dans toute cette histoire c’est la parole de Julie Couillard contre Maxime Bernier. Ceci dit, une chose m’apparaît claire: Julie Couillard n’a aucune raison de mentir sur ce point; en fait, comment cette femme, sans aucun passé politique, sans aucune étude ni même intérêt évident pour la politique internationale, pourrait-elle sortir de son chapeau de magicienne une explication en apparence si controversée? Si elle avait voulu inventer pour discréditer M. Bernier, elle aurait pu simplement dire qu’il ne voyait pas l’intérêt de cette guerre pour le Canada, mais si elle a parlé de l’opium, c’est forcément parce qu’il en a été question. Ainsi, il est plus que probable qu’elle dise la vérité.

La question de la drogue m’intéresse depuis longtemps. J’ai été, au début, tout à fait scandalisé quand j’ai lu que la CIA a été impliquée dans le trafic de la drogue, notamment en Amérique centrale et en Asie du sud-est. Puis, j’ai beaucoup lu sur le sujet et j’en suis venu à cette conclusion: la drogue est un élément important de notre économie et le gouvernement des États-Unis, sous couvert d’une lutte contre celle-ci, essaie d’en contrôler la production et le trafic.

Voici un petit tour d’horizon de ce que j’ai déjà écrit sur le sujet.

  • L’empire de la drogue: J’expliquais dans ce billet de quelle façon les Talibans avaient réduit la production de pavot de 91% en 2001, poussant les États-Unis à les attaquer pour reprendre ce lucratif commerce. Je parlais également de la relation entre Wall Street et le commerce de la drogue.
  • Celui qui tient la batte: Je me questionnais ici sur la nécessité ou non d’avoir du respect pour les soldats canadiens qui s’en vont risquer leur vie pour protéger la production de pavot.
  • Made in China: J’expliquais ici de quelle façon le contrôle des ressources, que ce soit le pétrole ou la drogue, fait partie d’une guerre larvée entre les États-Unis et la Chine.
  • Députés ou Croisés?: Dans un de mes bons textes, je tentais de circonscrire les trois principales raisons de l’invasion et de l’occupation prolongée de l’Afghanistan par l’OTAN. Parmi ces raisons: le contrôle du pavot.

Il peut être difficile d’accepter l’idée que les États-Unis, ces soi-disant champions de la lutte contre la drogue, font le commerce du pavot eux-mêmes. Pourtant, ça s’est déjà produit et ça se reproduira. Car non seulement l’argent blanchie sert à Wall Street (qui doit faire face à une crise sans précédent, et le crédit à risque n’en est que le début), mais la drogue est un excellent moyen de cacher les frais de la guerre et donc, ainsi, de subordonner l’aspect moral de la question à des questions d’ordre géostratégiques ou économiques. En clair: la morale n’a que peu d’importance quand on est un empire au faîte de sa puissance et qu’on entend tout faire pour le demeurer. Ça n’importe pas davantage aujourd’hui que dans les années 1980, quand la CIA trafiquait de la drogue pour financer la lutte aux Soviétiques:

[Les] agents de la DEA [Drug Enforcement Agency] étaient tout à fait au courant de la firme qui trempait dans la drogue et qu’utilisait la CIA pour envoyer de l’argent aux Moudjahidins, c’est-à-dire Shakarchi Trading Company. Cette compagnie d’origine libanaise avait été le sujet d’une longue enquête de la DEA sur le blanchiment d’argent. Un des principaux clients de la Shakarchi était Yasir Musullulu, qui avait déjà été pincé en essayant de délivrer un chargement de 8,5 tonnes d’opium afghan à des membres des Gambino, le puissant syndicat du crime new-yorkais. ((Whiteout: The CIA, Drugs, and the Press, Alexander Cockburn & Jeffrey St. Clair, Verso, New York, 1998.))

Le problème avec les Talibans – et Maxime Bernier devait en être conscient – n’était pas que les pauvres petites filles n’aient pas accès à l’école. Non. Le problème était cet ordre du Mollah Mohammed Omar en juillet 2000 qui demanda l’arrêt de la production du pavot et qui fit chuter la production mondiale de 70% d’un seul coup. Il était là le problème. Et pendant que les Talibans éradiquaient le pavot, leurs opposants, l’Alliance du Nord, triplait son nombre d’hectares plantés de 2458 à 6342. ((Drugs, Oil, and War: The United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina, Peter Dale Scott, Rowman & Littlefield, 2003, p.33)) Et avec qui les États-Unis s’allièrent-ils pour déloger les Talibans? You bet it, avec l’Alliance du Nord.

Ainsi, il n’a jamais été question de restaurer la démocratie ou de faire la chasse à Ben Laden. Le vrai but consistait à relancer la machine à dollars que sont les plantations de pavot. Et si on démocratisait en même temps, tant mieux, en autant que les élites soient corruptibles et qu’on puisse continuer d’y faire la loi.

C’est tout cela que savait Maxime Bernier. Et si je peux me permettre, ce que savait Bernier, Harper le savait. À mon avis, le Canada a échangé sa participation prolongée jusqu’en 2011 en Afghanistan aux côtés des États-Unis contre quelque chose d’autre. Quoi, difficile à dire. Mais pour qu’un moraliste fondamentaliste comme Harper envoie nos soldats se faire tuer pour des plants de pavots, ce devait être quelque chose d’important.

Dans tous les cas, bravo à Mme. Couillard. Elle ne nous a pas seulement révéler les dessous d’un individu narcissique, méprisant ses électeurs et sans aucune fidélité vis-à-vis de son premier ministre (ce « buveur de Pepsi », dixit Bernier, selon Couillard), mais elle nous a également permis de mieux comprendre les réelles motivations derrière la présence canadienne en Afghanistan.

J’espère que tous ces soldats qui s’en vont risquer leurs vies pour que de riches banquiers aient leur argent et que de pauvres drogués perpétuent leur dépendance réalisent ce qu’ils font. Personnellement, si j’étais soldat ce soir et que je prenais conscience de cette triste réalité, je quitterais la profession sur-le-champ.

Vous êtes plusieurs à m’écrire personnellement. Si vous êtes soldats ou que vous connaissez un soldat ayant été témoin du trafic de drogue supervisé (ou intensément toléré) par l’armée canadienne, envoyez-moi un courriel. Je vous garantis l’anonymat.

En espérant que les choses puissent changer et que tous ces naïfs avec un autocollant « Support our troops » puissent avoir assez honte pour enlever cette saleté qui ne souille pas seulement leurs véhicules mais également la réputation de notre pays de même que notre jeunesse, trop souvent victime de ces drogues qu’on dénonce en public mais dont on encourage la production en privé.

Villes et régions, même combat!
4 octobre 2008

Je m’interroge fréquemment sur les différences politiques entre les régions rurales et urbaines, notamment Montréal. J’essaie de comprendre comment un parti comme le Parti Conservateur (PC) peut y être si populaire alors que ses mesures proposées (du moins, si on lit les déclarations de Stephen Harper; nous sommes au 26e jour d’une campagne de 35 jours et les Conservateurs n’ont toujours pas présenté de programme!) semblent si déconnectées de ce qui permettrait de mieux vivre ensemble.

J’y réfléchissais encore hier, en me rendant au chalet familial dans la magnifique région de Saint-Calixte, à la limite de Lanaudière et des Laurentides, en promenant mon regard entre la route, le paysage incendié de feuilles d’un rouge violent et les cabanes d’arrières-cours qu’on considérerait, par chez moi, comme des taudis semi-délabrés. Et j’ai trouvé: l’État. Ou plutôt: la différence entre la campagne et la ville semble tenir à la relation vis-à-vis de l’État et à la confiance qu’on met en ses institutions.

En effet, nous, en ville, sommes à même de constater les bénéfices d’un État fort: nous avons des universités, des transports en commun, une multitude de services sociaux, une police omniprésente s’occupant des voyous comme de la circulation, des pompiers à quelques minutes, des règlements municipaux empêchant notre voisin de laisser sa maison décrépir, des règlements pour limiter le bruit, et ainsi de suite. Nous vivons empilés les uns sur les autres, casés mathématiquement comme les pièces d’un meuble IKEA dans sa boîte et nous avons besoin d’un État fort pour nous organiser, pour nous structurer, pour empêcher que nos villes ne basculent dans le chaos et l’anarchie.

À la campagne, au contraire, il y a de l’espace pour tous et on ne voit pas toujours l’intérêt d’avoir un État qui se mêle de ses affaires. On s’arrange entre soi et personne ne se plaint si le gazon du voisin n’est pas coupé ou si sa remise à outils tombe en morceaux. On ne constate pas aussi clairement les avantages de la redistribution de la richesse via l’impôt et son utilisation notamment dans des services au citoyen dont on ne profite que très partiellement. On a davantage l’impression de se faire voler et cette impression constitue un terreau fertile pour le travail au noir, surtout dans un contexte où tout le monde se connaît. À quoi bon payer pour les cégeps, les universités, les hôpitaux? Il n’y en a pas ici. Et les taxes municipales? La municipalité n’offre que peu de services; beaucoup n’ont même pas l’eau courante. Et les taxes scolaires? Quoi, payer pour une école aux trois quarts vide et qui formera de futurs exilés vers la ville…

Voilà pourquoi, à mon avis, le discours anti-étatiste du Parti Conservateur trouve des échos dans nos régions rurales. « Le PC n’a pas de programme, pas vraiment de vision, ni même de plan, mais il veut nous laisser tranquille et nous laisser nous arranger entre nous », pourrait-on entendre. C’est ça qui plaît: « donnez-nous plus d’argent dans nos poches et qu’importe si les gens des villes ont moins de services! »

Le problème, c’est qu’en bout de compte il n’y a pas davantage d’argent dans les poches. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre, et même pire! Au lieu d’attaquer le PC de front, il faudrait plutôt viser le problème à sa source: convaincre les gens des régions de l’intérêt d’un État fort et qui redistribue la richesse. On doit leur expliquer les avantages d’une société cohérente et équitable qui permet à une classe moyenne, largement syndiquée et professionnelle, forte et prospère, de pouvoir se payer tous les légumes, meubles, et items divers qui sont fabriqués en région. Leur parler des touristes qui aimeraient avoir autre chose à faire que de se promener de ghettos en ghettos en espérant ne pas se faire voler, si les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Mais surtout, réitérer l’importance de bâtir un Québec uni, où la campagne a un rôle à jouer et où les villes ne sont pas des ennemies, mais des partenaires économiques, sociaux et culturels. Où chacun se complémente l’un l’autre.

Bref, on doit faire accepter à des gens qui croient ne pas avoir besoin d’un État fort la nécessité de celui-ci pour le bien de tous.

Car l’État a un rôle à jouer. Si ce n’est pas aussi évident à la campagne qu’en ville, c’est tout aussi important et il devient plus que nécessaire de bloquer l’idéologie de droite de Harper avant de subir les affres d’une déréglementation qui, on le constate aux États-Unis, ne fonctionne pas.

Quand l’automne arrive et que les feuilles tombent et préparent un lit douillet pour les premières averses de neige, c’est pour tout le monde. Et quand une société ou un système s’écroule, c’est toute la population qui en paie la note, qu’on habite coin Saint-Denis et Mont-Royal ou sur la rue des Bouleaux à Sainte-Gertrude.

Au chevet de l’idéologie du mérite
30 septembre 2008

Le rejet par les deux partis (de droite) de la chambre des représentants étatsunienne du plan de sauvetage de 700 milliards $ m’inspire une réflexion sur le rôle de l’État dans l’économie. Peut-on réellement s’en passer? Et doit-on seulement aider les plus méritants?

En effet, ça fait (faisait?) des années qu’on nous servait le même discours néolibéral clamant qu’on devait laisser les forces du marché agir et que tout s’équilibrerait en douceur. Cette vieille idée de la main invisible du marché où l’addition des besoins de chacun donnerait un mieux-être collectif. Sauf qu’on le constate, sans modération le capitalisme à l’extrême s’auto-détruit.

À mes yeux, il y a un parallèle entre l’aide proposée aux grandes entreprises menacées de faillite et les subventions aux artistes abolies par Stephen Harper, de même qu’avec l’aide sociale consentie aux plus démunis. Dans tous ces cas, s’il y a consensus sur le fait que théoriquement on ne devrait pas aider quelqu’un qui n’a pas « mérité » l’aide, on réalise que les conséquences d’une absence d’aide seraient bien pire.

  1. Si on n’aide pas les entreprises menacées de faillite. Celles-ci feront faillite, entraînant vers le bas toute la confiance de consommateurs délaissant le marché, retirant leurs avoirs, et plongeant le pays, voire l’économie mondiale, en récession, ou en crise.
  2. Si on coupe les subventions aux artistes. Nous perdrons notre capacité à nous projeter dans le monde; nous nous ferons avaler tout rond par la culture étatsunienne, et nous perdrons les milliards $ découlant de l’industrie culturelle.
  3. Si on coupe l’aide sociale. Les gens devront voler pour se nourrir (puisqu’il n’y a pas assez d’emplois pour tous), l’insécurité augmentera, la violence aussi, l’itinérance, et même les plus riches y perdront au change, devant s’isoler derrière de coûteux systèmes de surveillance et de sécurité pour se protéger des plus pauvres.

Aujourd’hui, quand je regardais ce vote, où ce sont principalement les Républicains qui se sont opposés, je me suis rendu compte à quel point cette idéologie du mérite est pernicieuse. On oublie que tout est inter-relié. On oublie que ce ne sont pas les riches banquiers de Wall Street qui ont fait des milliards, mais que c’est nous (ou le citoyen américain) qui avons accepté que de telles personnes puissent s’enrichir d’une manière aussi honteuse. Nous sommes à blâmer pour avoir élu des gouvernements de droite depuis plus de vingt ans et qui ne font pas de la nécessaire redistribution de la richesse une priorité. Et nous sommes aussi à blâmer quand nous lisons des journaux qui font de la propagande contre toute forme de redistribution de la richesse et contre n’importe quel parti osant proposer des solutions concrètes aux problèmes actuels.

Au cours des derniers dix ans, nous avons fait la sourde oreille à tous ceux qui ont signifié l’importance du rôle de l’État dans l’économie. Nous avons préféré lire les Pratte, Roy, Dubuc et autres pantins du néolibéralisme travaillant pour le compte de Power Corporation nous vanter les mérites du libre-marché et qualifier n’importe quelle alternative de « passéiste ».

Et bien, nous y voici au résultat. C’est l’heure des comptes. Et encore une fois, on a la preuve irréfutable que le marché n’est pas omnipotent, qu’il ne peut pas tout régler, et que la redistribution de la richesse par l’État et l’aide aux moins fortunés est un mal nécessaire, indispensable.

Les Représentants ont refusé de sauver leur système financier. Car s’ils l’avaient fait, ils auraient dû admettre que l’État a un rôle à jouer et qu’il faut aussi prendre du riche pour donner au pauvre ou au nécessiteux. Il aurait fullu accepter d’imposer davantage la richesse et augmenter les impôts de ceux qui gagnent beaucoup plus que ce qu’ils ont besoin pour vivre.

Et ça, au pays de l’Oncle Sam, c’est impensable.

Ici, heureusement, il y a de l’espoir. Nous sommes moins radicaux, et il existe un parti social-démocrate, le NPD, qui propose justement cela: modérer le capitalisme, dompter ce cheval sauvage qui, si puissant peut-il être, a tout de même la capacité de plonger dans le ravin sans l’organisation et la structuration de l’État.

Au-delà du mérite, il y a la nécessité d’organiser une société qui fonctionne. Et le capitalisme sans garde-fous n’a jamais fonctionné. Et cette idéologie d’un État minimal réfractaire au partage de la richesse, telle que proposée par les Conservateurs, a été un échec, est un échec, et sera encore un échec demain.

Il est temps de penser au futur et de comprendre que la société est un tout, et qu’on ne peut pas plus ignorer la douleur d’une de ses parties qu’on peut s’arracher un bras et croire que la force des autres membres pourra compenser cette perte.