Le gros jambon de la vieille droite
25 octobre 2010

Quand Martineau parle de langue ou d’identité, ses analyses sont sensées. Malheureusement, et un peu à l’image d’autres individus aux idées tout aussi arrêtées que basées sur des préjugés, ses positions radicales et quasi d’extrême-droite sur le plan économique le rendent pénible à lire et lui enlèvent beaucoup de crédibilité. C’est encore le cas aujourd’hui alors qu’il compare, sur son blogue qui lui sert aussi de plate-forme pour jouer les scabs au Journal de Montréal, l’État québécois à un jambon. Sauf que le jambon n’est pas celui qu’on croit.

Source de l’image

En effet, Martineau tient le même discours que tout un pan de la droite québécoise, qu’elle soit au pouvoir comme le PLQ ou qu’elle se drape de feue sociale-démocratie en parlant de réussite individuelle comme le PQ. Il oppose l’État aux citoyens. D’un côté, dit-il, les citoyens font des efforts pour boucler leur budget. De l’autre, l’État devrait faire la même chose. C’était le discours, remarquez-bien, que le gouvernement libéral tenait au lendemain du dernier budget. L’État serait devenu une sorte de monstre froid, glouton, volant nos impôts pour payer des cours de feng shui aux fonctionnaires. Plus de préjugés que cela et tu te laves les mains après avoir serré la main d’un Noir.

Dans les faits, on ne peut pas opposer l’État et les citoyens. L’État fonctionne pour les citoyens, précisément. Demander à la population de se serrer la ceinture en attendant que l’État fasse de même, c’est imposer une privation collective comme récompense d’une privation individuelle. Le gras que Martineau et les extrémistes comme lui aimeraient couper, en bout de ligne, ce serait peut-être une sortie à la piscine publique pour un enfant, une visite à l’hôpital pour un malade, une poursuite des études pour un étudiant. Ce « gras » qu’on enlève à court terme, combien nous coûterait-il à long terme? Combien de rêves brisés, de vies gâchées? Combien de morts?

Le système de santé? Trop gros, au régime! Qu’importe si un système largement privé comme celui des États-Unis coûte, per capita, un peu moins du double de celui du Canada tout en laissant sur le carreau près de 15% de la population. Et qu’importe s’il est tellement sous-performant que les citoyens étatsuniens y meurent largement plus qu’au Canada.

Le système d’éducation? Les frais sont trop bas, haussez-moi ces tarifs et faites payer les utilisateurs, pas l’État! Et qu’importe si toute hausse de frais de scolarité se traduit par une baisse de fréquentation et qu’une population moins éduquée est généralement plus malade (et coûte donc plus cher à soigner). Rien à foutre, comprenez-vous, il faut couper!

Les fonctionnaires? Foutez-moi ça à la porte. Et à coups de pieds dans le derrière SVP! Un participant du Réseau Liberté-Québec (sic) n’a-t-il pas été chaudement applaudi en fin de semaine dernière après avoir déclaré que la seule chose qui l’intéressait, c’était de les foutre à la porte? Oui, c’est à ce niveau que vole Martineau. Pourtant, comme l’a noté avec justesse sur ce blogue un commentateur, le nombre de fonctionnaires au Québec, et seulement dans la santé, a baissé de 40% à 50% entre 1990 et 2009 au même moment où la population augmentait de près de 11%! Jusqu’où ces fanatiques de la droite veulent-ils couper? Ne seront-ils heureux que lorsqu’il n’y aura plus d’État, plus de société, plus de civilisation?

Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit, en bout de ligne? Des pays avec un État quasi-inexistant, on en connaît: Somalie, Haïti, Afghanistan. S’agit-il là du véritable rêve de ces coupeurs de gras? Ou peut-être le retour au Moyen-Âge quand l’État se limitait au Seigneur, l’impôt à une partie des récoltes, au servage et au droit de cuissage? On aimerait savoir. La population sait ce qu’ils dénoncent – le méchant Satan étatiste québécois – mais elle est tout aussi consciente de jouir d’un des plus hauts niveaux de vie au monde grâce à lui. Elle attend seulement de voir ce qu’ils proposent.

Malheureusement, de ce côté, les réussites sont bien faibles. L’Islande? Cet ancien paradis libertarien (dixit Milton Friedman, le gourou de ces bouchers de la misère) est en faillite. L’Irlande? À peine mieux. Les États-Unis? Leur dette est si élevée et la pauvreté y est si généralisée qu’on peut difficilement en faire un exemple.

Couper dans le gras, c’est bien beau sur papier (et encore!), mais quand on ne peut pas nommer un seul pays qui réussit durablement à réduire ses inégalités sociales et que chaque État ayant tenté ces réformes de droite en a subi de lourdes conséquences, ça donne l’impression que ces idées ne proviennent pas d’une froide analyse de la situation, mais plutôt d’une idéologie anti-étatiste presque maladive, ayant peut-être davantage à voir avec le manque d’éducation sociale et les préjugés d’une minorité adoptant ce discours passéiste.

Il faut hausser les impôts des mieux-nantis

Martineau, au lieu de traiter Claudette Charbonneau de dinosaure parce qu’elle propose une hausse des impôts, devrait s’en inspirer. Car c’est la meilleure des solutions. Nous avons baissé les impôts de près de dix milliards de dollars en une décennie. Entre 1998 et 2007, par exemple, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. C’était beaucoup trop. Les impôts des plus riches au Canada sont actuellement parmi les plus BAS au monde!

Avant de penser à affamer l’État sous prétexte d’un endettement trop élevé (alors que le Québec est exactement dans la moyenne des pays de l’OCDE à ce niveau, malgré les mensonges d’Éric Dumaine) et de s’enfermer dans le cycle décrit par Josée Legault comme une destruction programmée de la « bête étatique », il serait peut-être temps de revenir à un peu de bon sens et à reconnaître que si l’État québécois n’est pas parfait, c’est précisément l’augmentation de sa présence qui nous a permis de sortir de la Grande Noirceur et c’est sa braderie par le Parti Libéral du Québec qui ouvre la porte à la corruption.

Qu’on se le rappelle bien: ceux qui ont le plus à perdre d’une destruction de notre État-providence ne sont ni Éric Duhaime ni Richard Martineau, mais bien la classe moyenne et les moins-nantis.

Mais si on osait hausser les impôts des plus riches et mettre ainsi fin aux privilèges consentis par les deux derniers gouvernements de droite, je vous laisse deviner qui seraient les premiers à devoir se contenter d’un gros jambon au lieu de manger leur caviar volé aux lockoutés du Journal de Montréal…

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Le paradis des voyous
7 mai 2009

Je n’ai pas pu m’en empêcher. Je ne suis absolument pas un fan de Richard Hétu (il censure systématiquement ceux qui ne pensent pas comme lui; je n’ai aucun respect pour cet individu), mais je dois le remercier pour cette vidéo fort instructive. À faire visionner à tous ceux qui font une fixation sur le « moins d’État », des anarcho-radicaux aux purs et durs libertariens pour qui la crise économique n’existe pas en passant par les wanna-be libertariens.

Le pouvoir va toujours exister. Avec l’État de droit et la démocratie, au moins, on contrôle ce pouvoir et on s’assure qu’il ne dépasse pas les limites de ce que nous jugeons collectivement acceptables. Conséquemment, nous pouvons marcher dans la rue sans craindre l’arbitraire et nous savons que nous serons traités avec décence peu importe la situation. La somme des besoins et désirs de chacun ne mène PAS au bonheur social, mais plutôt à la loi de la jungle.

L’État de droit, au contraire, est le plus grand progrès de l’humanité et nous aurons maintenant un autre argument à lancer à ceux qui crachent au visage d’une société qui a tant fait pour eux: si vous n’êtes pas heureux, allez vivre en Somalie pour voir! Sûrement que vous allez être heureux au milieu des groupes criminalisés qui peuvent vous voler et violer votre femme et vos enfants sans que vous n’ayez le moindre recours! La belle vie, dans la misère, la pollution et la famine!

L’humour, lorsqu’il pousse une situation à son extrême, est une excellente façon de conscientiser les gens. En amenant la logique anarcho-libertarienne jusqu’à sa finalité, on prend conscience des incroyables dangers que propose cette idéologie. Vivre une ou deux journées sans loi, ça peut paraître séduisant, mais la loi de la jungle depuis deux décennies, ça conduit à un chaos n’ayant rien à envier aux périodes les plus sombres de l’humanité. C’est ça, l’anarchie, c’est ça, le libertarisme.

Chaque jour où l’État régresse est un pas vers cet enfer et une occasion supplémentaire pour tous les petits caïds qui pullulent aujourd’hui en Somalie de s’adonner au piratage et de voler ce qui a été produit avec le travail des autres.

C’est ça, le moins d’État. Et c’est franchement laid.

Alors avant de voter pour un parti proposant moins d’État ou de donner une quelconque importance au discours anti-étatique de propagandistes comme Nathalie Elgrably, il serait peut-être bon de se rappeler qu’au-delà d’être une contrainte, l’État est peut-être avant tout un espace de liberté et de sécurité pour tous.   Comme l’a compris Hobbes il y a bien longtemps, sans État « chacun, en proie à une crainte continuelle et au risque de la mort violente, vit une vie solitaire, misérable, bestiale et brève. »

Le paradis des voyous.

La liberté d’exister
14 janvier 2009

Rima Elkouri a écrit un texte très intéressant à propos des dernières statistiques concernant la baisse d’influence du français à Montréal. Elle cite Marc Termote, qui avait prédit la minorisation du français à Montréal en 1999, et explique que dans un contexte d’immigration non-francophone, de baisse de natalité et de primauté des droits individuels sur les droits collectifs en Amérique du Nord, le futur du fait français est plus qu’incertain dans la métropole québécoise et que ce n’est pas en rafistolant ce vieux tissu troué qu’on appelle la loi 101 qu’on pourra changer la tendance.

Je trouve cette analyse très réaliste, mais Elkouri n’en tire pas les nécessaires conclusions : si on désire protéger le français à Montréal, et au Québec puisque la ville constitue le cœur économique et culturel de la province, il faut renoncer à cette loufoquerie d’une politique linguistique basée sur l’affichage et confronter de front l’idéologie dominante encourageant les droits individuels au détriment des droits collectifs.

En clair, le problème n’est pas que linguistique, mais idéologique. L’anglicisation galopante du Québec, appuyée par le bilinguisme institutionnalisé, constitue la charpente qui s’édifie sur les fondations d’une idéologie plaçant l’individu au-dessus de tout. Le je-me-moi est roi et maître et quiconque cherche à imposer ne serait-ce que quelques mesures conciliatrices permettant de mieux amalgamer les différences doit se heurter de front à la charte des droits individuels ou à l’inquisition médiatico-politique. Pensons simplement aux accomodements raisonnables, qui en sont l’expression la plus évidente : l’individu est tellement important qu’une minorité tente de se donner des passe-droits en fonction de leur spécificité au lieu de s’adapter aux valeurs de la majorité.

Paradoxalement, si l’anglicisation se base sur le droit à la spécificité individuelle quand il est question du droit à l’anglais, on demande aux francophones de renoncer à ce même droit sous prétexte « d’augmenter leurs chances ». On leur demande la connaissance de l’anglais, et au lieu d’exiger qu’il soit possible de travailler dans leur langue aux plus hauts échelons, les francophones renient une partie de ce qu’ils sont pour faire le saut vers l’anglais. Bref, le droit des minorités s’exprime surtout pour la minorité anglophone québécoise, et pas pour celle francophone en Amérique du Nord.

Conséquemment, si on espère réellement assurer la survivance du français au Québec, il faut changer ses façons de faire de deux façons : d’abord en mettant fin au principe du deux poids deux mesures, où on exige des compromis socialement plus exigeants aux francophones qu’aux anglophones, et en redonnant une juste place aux droits collectifs.

Deux poids, deux mesures

Hier, je suis allé patiner sur le Canal Rideau, à Ottawa, avec ma copine. Y êtes-vous déjà allé? Vraiment un endroit magnifique pour la patine que cette plus longue patinoire au monde! À chaque kilomètre ou un peu plus, il y a des kiosques pour aiguiser les patins, et je me suis surpris, le plus naturellement du monde, à parler français avec les employés, qui m’ont répondu dans la langue de Molière car ils étaient visiblement francophones. Sauf que les clients qui suivaient, ils les servaient en anglais. « Super, que je me suis dis, enfin une ville réellement bilingue en Ontario! » Fort de cette expérience, j’ai tenté de commander en français une queue de castor pour ma patineuse préférée. Ai-je besoin de vous compter la suite? Je me suis fait répondre un laconique « Pardon? (prononcer ‘pôôrdune’) » avec un air méprisant voulant dire « pourquoi ne parles-tu pas anglais, le zouf? ».

Le voilà, le deux poids, deux mesures dans toute sa splendeur. Sous prétexte du droit des individus, le francophone sert les anglophones en anglais, mais l’anglophone, lui, ne se sent pas obligé de servir les francophones dans leur langue. La conséquence de ce deux poids, deux mesures est l’anglicisation progressive et constante des francophones dans tout le Canada, surtout hors-Québec, et l’aliénation culturelle qui en découle.

« Imposer » nos droits collectifs

Depuis quelques décennies, toute forme d’imposition de droits collectifs à l’individu possède une très mauvaise presse : on accuse facilement d’extrémiste ou de reliquat d’un passé soviétisant quiconque désire rétablir une vérité qu’on a oubliée : l’humain ne constitue pas le système; il doit être au cœur de celui-ci, mais doit parfois limiter sa liberté pour en offrir une plus grande aux autres.

Ainsi, quand je m’arrête à un feu rouge en voiture, on brime ma liberté de poursuivre ma route et on me fait perdre du temps. Cet arrêt s’avère pourtant nécessaire afin d’assurer une plus grande liberté aux autres conducteurs, qui n’ont pas à s’immobiliser à chaque intersection en priant tous les Dieux de ne pas avoir d’accident avant de continuer leur chemin. On brime la liberté de certains pour assurer celle de tous.

De la même manière, si on pouvait réellement renforcer nos lois linguistiques et agir collectivement pour réduire l’influence de l’anglais, notamment en imposant des examens de français aux nouveaux arrivants, en exigeant la francisation totale des petites entreprises et en réduisant le financement aux écoles anglaises, on brimerait certainement plusieurs individus. Pourtant, tout comme pour la lumière rouge dans l’exemple ci-haut, la liberté gagnée pour la collectivité en vaudrait la peine : on assurerait la pérennité de la langue française et ainsi de la culture québécoise et de ses valeurs partagées par 90% de la population.

Évidemment, dans un contexte d’Amérique du Nord individualiste et néolibérale, une telle façon de penser peut paraître radicale. Nous vivons à une époque où toute forme d’action collective est systématiquement discréditée et où tous ceux qui réclament une action concertée de la part de l’État se font rabrouer par tous les bien-pensants au penchant libertaire, « un label culturel et médiatique très prisé par toutes sortes de rebelles de confort pour enrober d’un vernis anticonformiste leur adhésion à l’ordre établi. » ((Jean-Pierre Garnier, Le Monde diplomatique, Janvier 2009, p.17))

Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’exiger une « apparence » de francisation où les anglophones ont appris à jouer le jeu ou à demander gentiment à l’autre de « s’abaisser » à vouloir apprendre notre langue, mais plutôt d’exiger de notre gouvernement qu’il fasse ce pour quoi il a été élu, c’est-à-dire protéger nos valeurs et assurer la survivance de celles-ci dans le temps. On doit lui demander d’imposer le français pour notre plus grand bien, tout comme il a imposé le port de pneus d’hiver ou l’interdiction du cellulaire au volant, et ce malgré les protestations d’une minorité.

Nous sommes à la croisée des chemins. Nous avons le recul nécessaire pour constater que dans notre contexte de minorité culturelle nous avons besoin d’un État fort dont le rôle consiste à assurer la persistance de nos valeurs dans le temps.

Car, qu’on le veuille ou non, une langue n’est pas qu’un outil de communication mais un vecteur de transmission de valeurs. Si nous désirons offrir à nos enfants un monde meilleur, il faut prendre les décisions politiques qui s’imposent, même si celles-ci déplaisent à une minorité.

Protéger notre langue, c’est protéger toutes les langues et la diversité des cultures et des peuples de la Terre. S’il faut se tenir debout et exiger le français, s’il faut casser des œufs pour faire l’omelette, n’est-il pas de notre devoir de citoyen et de (futurs) parents de le faire?

Réhabilitons l’État!
3 décembre 2008

le-neoliberalisme-detraque

« Ça coûtait deux fois moins cher en Californie », me disait l’homme à la casquette, d’une quarantaine d’années, qui conduisait probablement un vieux pick-up que j’imaginais souillé de boue et – qui sait – arborant une queue de renard sur son antenne de radio.
– Mais combien ça coûte te faire soigner en Californie? Mon père a été aux urgences et ça lui a coûté deux milles dollars par heure!
– Le gouvernement, c’est toutes (sic) des crosseurs, qu’il me jappa au visage.
– Le gouvernement, c’est nous. Nous choisissons ce gouvernement et nous avons le pouvoir de le faire et de le défaire. C’est ça la démocratie, que je lui ai répondu.
– Coudonc (sic), t’es-tu un politicien?

* * *

Comment en vouloir à un tel homme, qui vit depuis des années dans un système où des politiciens promettent mers et monde pour ensuite se plier aux exigences du capitalisme sauvage et qui règlementent, privatisent, et poussent à la misère une large partie de la population, sous prétexte de déficit zéro de l’État (mais pas le déficit des individus, lui!) ou de soi-disant « lucidité ».

Comment un tel individu pourrait-il avoir une vision positive de l’État alors que depuis vingt-cinq ans nous avons des gouvernements qui cherchent insidieusement à le dépecer, à le réduire à une maigre peau de chagrin?

Heureusement, ou malheureusement, c’est dans la douleur qu’on réalise nos erreurs. Les dérèglementations ont échoué, la croissance à crédit également. L’endettement atteint des niveaux records, et le système craque de partout. Même les États-Unis, néolibéraux parmi les néolibéraux, ont nationalisé banques et compagnies d’assurances. Même les plus radicaux des capitalistes les plus sauvages ont perdu confiance dans le marché. Ils ont – enfin! – compris que le marché ne peut pas tout.

En effet, comment peut-on sérieusement croire que la somme des bénéfices individuels peut représenter un bénéfice collectif? Si on laisse le marché agir, qui empêchera des promoteurs de défigurer un littoral? Qui protégera l’environnement? Qui gérera l’excès d’automobilistes sur les routes, cause d’une hausse de tarifs de compagnies de transport en commun dont on a exigé qu’elles fassent des profits? Qui paiera les coûts sociaux de la précarité, de la pauvreté?

Le marché ne peut pas tout. Nous avons besoin d’un État fort pour le structurer, pour permettre aux forces créatrices de travailler dans le même sens afin d’éviter cette anarchie institutionnalisée que ces extrémistes appellent « libre-marché ».

Aujourd’hui, on réalise que le marché a échoué. Il faut réhabiliter l’État, un outil certes imparfait, mais qui a le mérite de nous représenter et d’être le moins pire des systèmes.

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Mario Dumont veut vous séduire
14 novembre 2008

Que fera Mario Dumont pour nous séduire la prochaine fois?

Mario Dumont est prêt à tout pour nous séduire. C’est le roi du contenant vide, de la pizza indigeste qu’on nous fait passer pour de la haute gastronomie et des clips de douze secondes qui semblent avoir été montés pour séduire un électorat pré-pubère. Tantôt il propose de couper les commissions scolaires, tantôt il fait rire la gallerie en proposant de couper 2 milliards $ dans nos services en pleine crise financière (alors que tout le monde sait qu’il faut au contraire davantage dépenser en période de crise, afin de stimuler la consommation), tantôt il désire mettre fin aux programmes des régions ressources, et maintenant il désire américaniser notre système de santé en permettant une saignée des professionnels du public vers le privé et en refilant la facture aux usagés les moins bien nantis, alors qu’il a été démontré et redémontré qu’un tel système est plus coûteux et moins efficace pour soigner un maximum de gens.

Ça fait maintenant une quinzaine d’années que Mario Dumont gagne sa croute en manipulant les gens, en les faisant vibrer grâce à leurs préjugés de droite et en simplifiant à l’excès des problématiques complexes pour essayer de gagner des votes.  Quinze ans qu’il change ses politiques à la petite semaine, s’entourant de gens les plus médiocres et les moins compétents. Quinze ans qu’il propose déréglementations, privatisations et dépeçage de l’État alors qu’on constate maintenant que de telles politiques ont conduit l’économie américaine – et mondiale – au bord du gouffre. Quinze ans qu’il bloque notre parlement et qu’on le fait vivre grassement pour atteindre son seul but: prendre le pouvoir et démolir ce que nous avons mis des décennies à construire.

Mario Dumont est dangereux. Non seulement est-il d’une incompétence légendaire dès qu’il est question d’autre chose que de clips de douze secondes, mais son amateurisme et ses politiques de girouette mèneraient le Québec vers une instabilité encore plus grande que maintenant. Il est en chute libre dans les sondages, et j’ose croire que les gens un peu partout en régions se sont réveillés et on constaté que la seule place d’où M. Dumont ne changera jamais d’idée et où il sera à son aise, ce sera dans les poubelles de l’Histoire, aux côtés d’autres politiciens et mouvements passéistes dont on a heureusement réussi à se débarrasser par le passé.

Les temps sont durs
10 octobre 2008

Cette toute petite phrase, lâchée inopinément par cette dame d’un certain âge, comme un secret qu’on a assez remué pour finalement le partager: « les temps sont durs ». Combien d’années se sont-elles écoulées depuis la dernière fois où elle a lancé ce trente sous de la misère dans la fontaine de tous les espoirs déçus? L’expression l’attendait silencieusement au fond du bas de laine qu’elle a peut-être redécouvert, craintive de la suite des choses.

« Les temps sont durs ». Ont-ils seulement déjà été autre chose? Les temps mous, liquide, gazeux ou avachis, ça n’existe pas. Les temps sont toujours durs car la seule fois où nous nous attardons à les qualifier, cette période à la durée indéterminée qui soudainement fait sens se dévoile toujours impitoyable, cruelle, et on-ne-peut plus dure.

Quand tout va bien, on ne parle pas des « temps ». L’argent circule, la bourse monte. Des travailleurs perdent leur emploi, d’autres voient leurs conditions de vie se dégrader, mais les temps ne sont pas durs pour eux; ce sont des victimes collatérales d’un nouvel état de fait qu’on annonce définitif. Étrange comme les puissants, une fois au pouvoir, annoncent pompeusement la fin de l’Histoire. La productivité, la concurrence, la sous-traitance, les privatisations; vous vous appauvrissez mais vous n’avez pas droit au réconfort que procure la sensation de vivre des « temps durs ». On vous laisse déprimer sur votre condition de chômeur ou d’assisté et on vous qualifie de relique d’un passé socialisant qu’on aimerait voir aplati sous le rouleau-compresseur du laisser-faire économique.

Ah oui, on y a cru au libre-marché! On s’est lancé corps (violentés) et âmes (mutilées) dans le grand bazar capitaliste néo-définitif. Et maintenant que tout s’écroule, que ces apprentis-sorciers qui ont joué nos vies à la roulette russe du profit perpétuel, que nous reste-t-il?

Nous sommes coupables, nous tous, qui avons cru plus à propos de nous attaquer au travailleur syndiqué, au pauvre, à l’assisté social, à son voisin, à ses amis, à sa famille pendant que nous laissions des corporations s’enrichir jusqu’aux limites de l’imaginaire. Nous avons écouté leurs discours réclamant moins d’État, clamant haut et fort que le marché pouvait s’auto-réguler, que nous devions simplement laisser la loi de l’offre et de la demande tout réguler.

Et ils ont eu tort, aujourd’hui comme en 1929, et nous en payons le prix. Et c’était notre faiblesse de les appuyer, de les écouter, et même de penser que le bien-être collectif pouvait passer par la réduction du niveau de vie de centaines de milliers d’entre nous. Nous avons été durs envers notre prochain; faut-il se surprendre que les temps le soient à notre égard?

Aujourd’hui, nous contemplons notre égoïsme et notre individualisme dans un miroir qui soudainement, dans la violente lumière des conséquences des déréglementations et de politiques économiques de droite, a cessé de nous embellir. Nous nous retrouvons nus, dépouillés de nos artifices, attendant le jugement d’un système économique déficient que nous avons adoré jusqu’à perdre ce qui nous était le plus cher: nos vies.

Ce qu’il reste de ce qu’elles devaient être.

Avant.

Villes et régions, même combat!
4 octobre 2008

Je m’interroge fréquemment sur les différences politiques entre les régions rurales et urbaines, notamment Montréal. J’essaie de comprendre comment un parti comme le Parti Conservateur (PC) peut y être si populaire alors que ses mesures proposées (du moins, si on lit les déclarations de Stephen Harper; nous sommes au 26e jour d’une campagne de 35 jours et les Conservateurs n’ont toujours pas présenté de programme!) semblent si déconnectées de ce qui permettrait de mieux vivre ensemble.

J’y réfléchissais encore hier, en me rendant au chalet familial dans la magnifique région de Saint-Calixte, à la limite de Lanaudière et des Laurentides, en promenant mon regard entre la route, le paysage incendié de feuilles d’un rouge violent et les cabanes d’arrières-cours qu’on considérerait, par chez moi, comme des taudis semi-délabrés. Et j’ai trouvé: l’État. Ou plutôt: la différence entre la campagne et la ville semble tenir à la relation vis-à-vis de l’État et à la confiance qu’on met en ses institutions.

En effet, nous, en ville, sommes à même de constater les bénéfices d’un État fort: nous avons des universités, des transports en commun, une multitude de services sociaux, une police omniprésente s’occupant des voyous comme de la circulation, des pompiers à quelques minutes, des règlements municipaux empêchant notre voisin de laisser sa maison décrépir, des règlements pour limiter le bruit, et ainsi de suite. Nous vivons empilés les uns sur les autres, casés mathématiquement comme les pièces d’un meuble IKEA dans sa boîte et nous avons besoin d’un État fort pour nous organiser, pour nous structurer, pour empêcher que nos villes ne basculent dans le chaos et l’anarchie.

À la campagne, au contraire, il y a de l’espace pour tous et on ne voit pas toujours l’intérêt d’avoir un État qui se mêle de ses affaires. On s’arrange entre soi et personne ne se plaint si le gazon du voisin n’est pas coupé ou si sa remise à outils tombe en morceaux. On ne constate pas aussi clairement les avantages de la redistribution de la richesse via l’impôt et son utilisation notamment dans des services au citoyen dont on ne profite que très partiellement. On a davantage l’impression de se faire voler et cette impression constitue un terreau fertile pour le travail au noir, surtout dans un contexte où tout le monde se connaît. À quoi bon payer pour les cégeps, les universités, les hôpitaux? Il n’y en a pas ici. Et les taxes municipales? La municipalité n’offre que peu de services; beaucoup n’ont même pas l’eau courante. Et les taxes scolaires? Quoi, payer pour une école aux trois quarts vide et qui formera de futurs exilés vers la ville…

Voilà pourquoi, à mon avis, le discours anti-étatiste du Parti Conservateur trouve des échos dans nos régions rurales. « Le PC n’a pas de programme, pas vraiment de vision, ni même de plan, mais il veut nous laisser tranquille et nous laisser nous arranger entre nous », pourrait-on entendre. C’est ça qui plaît: « donnez-nous plus d’argent dans nos poches et qu’importe si les gens des villes ont moins de services! »

Le problème, c’est qu’en bout de compte il n’y a pas davantage d’argent dans les poches. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre, et même pire! Au lieu d’attaquer le PC de front, il faudrait plutôt viser le problème à sa source: convaincre les gens des régions de l’intérêt d’un État fort et qui redistribue la richesse. On doit leur expliquer les avantages d’une société cohérente et équitable qui permet à une classe moyenne, largement syndiquée et professionnelle, forte et prospère, de pouvoir se payer tous les légumes, meubles, et items divers qui sont fabriqués en région. Leur parler des touristes qui aimeraient avoir autre chose à faire que de se promener de ghettos en ghettos en espérant ne pas se faire voler, si les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Mais surtout, réitérer l’importance de bâtir un Québec uni, où la campagne a un rôle à jouer et où les villes ne sont pas des ennemies, mais des partenaires économiques, sociaux et culturels. Où chacun se complémente l’un l’autre.

Bref, on doit faire accepter à des gens qui croient ne pas avoir besoin d’un État fort la nécessité de celui-ci pour le bien de tous.

Car l’État a un rôle à jouer. Si ce n’est pas aussi évident à la campagne qu’en ville, c’est tout aussi important et il devient plus que nécessaire de bloquer l’idéologie de droite de Harper avant de subir les affres d’une déréglementation qui, on le constate aux États-Unis, ne fonctionne pas.

Quand l’automne arrive et que les feuilles tombent et préparent un lit douillet pour les premières averses de neige, c’est pour tout le monde. Et quand une société ou un système s’écroule, c’est toute la population qui en paie la note, qu’on habite coin Saint-Denis et Mont-Royal ou sur la rue des Bouleaux à Sainte-Gertrude.

Criminalité: et pourquoi pas la peine de mort?
26 septembre 2008

Les Conservateurs manquent de cohérence. Ils prétendent vouloir diminuer le crime en utilisant la vieille recette de la répression, c’est-à-dire, tout simplement, en emprisonnant les criminels plus longtemps. Et peu importe si ce criminel a quatorze ans, vient d’une famille dysfonctionnelle et aurait davantage besoin de réhabilitation que de punition. Le problème, c’est qu’un jour le jeune adolescent ressortira de prison, plus fucké que jamais, plus dangereux, plus mêlé, plus violent, et fort de tous ses grades gagnés à l’université du crime.

Or, il me semble, les Conservateurs devraient tenir compte de cette sortie éventuelle de prison s’ils ne veulent pas simplement repousser de quelques dizaines d’années la violence étouffée d’une jeunesse qui a peut-être un peu trop reçu de coups de pied au cul et pas assez de câlins.

Ainsi, pourquoi ne pas pousser la logique jusqu’au bout? Si vraiment on veut empêcher qu’un tel individu se retrouve un jour en société et puisse être encore pire qu’à son entrée au pénitencier, il faut absolument imposer la peine de mort. Si vraiment on espère réduire la criminalité en emprisonnant les criminels (prochaine étape: réduire la pauvreté en emprisonnant les pauvres?) il faut s’assurer que ceux-ci ne causeront plus jamais de problème à quiconque et les exécuter. Et pas de n’importe quelle manière.

Non, non non. Car au Parti Conservateur on veut réduire la taille de l’État. Pas de niaisage, pas de fonctionnaires; on prend le jeune coupable de meurtre, et on l’attache à un mur et on laisse la population le lyncher à mort le soir-même. Ça ne coûte presque rien, c’est rapide, et le jeune ne reviendra jamais pour se venger. Efficace, propre.

Mais est-ce assez? On le sait, la justice est un peu trop molle, avec ses « sentences bonbons » que des juges un peu trop attendris donnent parfois. On devrait pouvoir court-circuiter la justice et se débarrasser du jeune criminel sans procès, dès qu’on a des doutes suffisants sur sa culpabilité. La police va le chercher, on le garde une nuit en prison, et on annonce son lynchage ou sa pendaison pour le lendemain. Et avant de le tuer, on lui offre la possibilité de s’excuser et de demander pardon à Dieu pour ses crimes.

(Ensuite, on ouvre les portes du château-fort et on laisse son corps aux chacals qui rôdent et qui font peur aux gueux et aux gueuses soumises au servage du Seigneur… Allo le Moyen-Âge!)

Sérieusement, qu’espère-t-on régler en envoyant des jeunes de quatorze ans en prison?

J’en connais une qui a commis un meurtre à cet âge. En fait, elle venait d’avoir quinze ans si ma mémoire est bonne. Elle était étrange, froide, distante. Sa mère venait d’avoir cinquante ans et celle-ci affirmait qu’elle était heureuse et qu’elle voulait mourir heureuse. Alors, la jeune adolescente est allée chercher la carabine familiale (allo le registre des armes à feu, en passant!) et a tiré sa mère à bout portant en pleine nuit.

Et bien, j’ai su ce qui était advenu d’elle par la suite. Je l’ai su parce que quelqu’un dans ma famille lui a donné un cours d’art quelques années plus tard. Elle a subi des thérapies, on l’a aidé, et par la suite elle a appris à mieux gérer ses émotions et à se servir notamment de l’art pour s’exprimer (cette maudite culture qui n’intéresse pas le monde ordinaire, selon M. Harper).

C’est ça, la réhabilitation. C’est le constat que le crime ne peut être réparé, le passé ne peut être changé, mais le futur peut l’être. Et qu’il vaut mieux donner tous les outils au criminel pour qu’il puisse obtenir une rédemption non pas par l’apprentissage à l’université du crime que sont les prisons, mais plutôt en devenant une meilleure personne, qui ne sera plus un danger pour la société.

Stephen Harper va frapper un mur avec ses mesures extrémistes. Plusieurs personnes qui, jusqu’ici, lui étaient fort sympathiques, semblent réaliser quelles seraient les conséquences d’un chèque en blanc aux Conservateurs.

Heureusement pour lui, celui-ci pourra toujours compter sur quelques châteaux-forts, surtout en Alberta, là où on espère toujours punir, réprimer, venger, et où on s’imagine le monde comme un lieu dangereux, hostile, mais où on n’a pas le courage politique de mener ses idées à leur terme et de demander l’application de la vieille loi du Talion. Oeil pour oeil, et tuons la jeunesse.

Faut que le sang coule. Faut se venger. Faut punir. Comme si ça allait changer quelque chose.

Faire la différence
23 mars 2007

PauvretéQuel est ce spectacle dont on nous dit acteur mais dont la plupart se contente d’un rôle de spectateur? Est-ce vraiment cela la démocratie, que de se casser la tête pendant des semaines à décider pour qui voter pour ensuite se rendre compte que notre vote vaut autant que celui ou celle qui vote pour n’importe qui, sous prétexte de changement? Et bien oui, c’est ça: chaque vote compte!

Mais si chaque vote compte, c’est aussi que chaque personne a une parcelle de pouvoir entre les mains. Et cette énergie peut être partagée; chacun a le pouvoir d’agir non seulement dans les urnes, mais aussi d’en parler autour de lui, d’expliquer ses positions, de renseigner ses amis/parents/collègues face à l’important choix qui s’en vient.

Des problèmes, il y en a partout. On veut du changement, c’est classique. La même vieille rengaine: on veut du changement, mais on n’obtient jamais qu’une infime partie de ce qu’on voulait comme changement. Mais le changement, c’est quoi au fait?

Est-ce que le changement, c’était de voter pour Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, qui a été une des premières à imposé le néolibéralisme? Elle avait du charisme, elle voulait « faire le ménage », elle disait qu’elle allait « mater la bureaucratie ». Avant son arrivée, une personne sur dix était sous le seuil de la pauvreté en Angleterre. Aujourd’hui, c’est une personne sur quatre.

Est-ce que le changement, c’était de voter pour Ronald Reagan? Lui aussi était charismatique, lui aussi voulait réduire la taille de l’État et couper dans les dépenses sociales. Pendant la décennie 1980, les revenus des 10% des plus riches familles aux États-Unis ont augmenté de 16%. Les 1% des plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 50%. Les 80% des plus pauvres ont vu leurs revenus baisser pendant cette décennie.

Est-ce que le changement, c’était de livrer l’Amérique du Sud aux politiques de « changement » du FMI? Ces politiques de privatisations, de réductions de la taille de l’État, de coupures dans les dépenses sociales, qui ont fait passer le nombre de personnes dans la pauvreté la plus totale de 120 millions en 1980 à 220 millions de personnes en 1999 (45% de la population, incluant les Caraïbes). Réussite, dites-vous?

Est-ce que le changement, c’était de voter George W. Bush en 2000 aux États-Unis? Celui-ci a offert des baisses d’impôts de 412 milliards $ (3,6% du PIB) aux plus riches, est en train de privatiser les retraites, et sous son règne on voit l’extrême-pauvreté progresser extrêmement rapidement. Il a du charisme, il est un bon père de famille, et il est l’homme des régions. Mais il a quand même foutu son pays dans la merde.

Est-ce que le changement, c’est de voter Mario Dumont?

Non, ce n’est pas ça le changement. Et nous, nous avons le pouvoir d’en parler autour de nous. De convaincre une personne, qui peut en convaincre une autre ensuite. Nous avons non seulement le pouvoir, mais la responsabilité de le faire, de se battre pour protéger ce que nos parents et grands-parents ont construit. Nous devons dénoncer le populisme de droite quand nous l’apercevons. Nous devons dénoncer les menaces face à l’État et à sa capacité de redistribuer la richesse.

Mais surtout: nous devons faire comprendre à tous que l’ADQ ne propose rien de neuf et que partout où ses idées politiques ont été appliquées la pauvreté a augmenté et le tissu social s’est désintégré.

Parce que chaque vote compte. Nous avons le pouvoir. De faire la différence.

Mise à jour (samedi, 10h00):

Un texte très intéressant à lire qui parle de la place de plus en plus grande de la droite au sein du système politique actuel: Quiz : où commence la satire ?

J’ai oublié un personnage important sans mon texte ci-haut: Mike Harris. Il a été élu en Ontario en se disant le champion « du gros bon sens », qui allait remettre l’Ontario au travail, la faire prospérer. S’en sont suivies des coupures dans les programmes sociaux, des privatisations, des politiques anti-syndicales féroces, et une augmentation de la pauvreté, puis, finalement, l’Ontario aujourd’hui a perdu son rôle de leader de l’économie canadienne et Harris y a laissé un héritage de cassure sociale qui prendra des années à se résorber.

Et un petit bonbon pour terminer: Maurice Duplessis. Duplessis était jeune et avait du charisme, le culte du chef était pratiquement la base de son parti, il refusait les programmes sociaux universels, il était à-plat-ventriste devant les grandes entreprises, il prônait un nationalisme mou du type autonomiste, il utilisait le patronage à outrance sous prétexte d’éliminer la bureaucratie. Maurice Duplessis a représenté l’époque la plus sombre du Québec moderne, une Grande Noirceur qu’il a été très difficile à illuminer par la suite.

Ces deux politiciens ne vous rappellent pas quelqu’un?