Le connard se rebiffe
5 janvier 2011

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que l’ultradroite « s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées », j’étais loin de me douter qu’on me donnerait une occasion aussi facile de le démontrer. C’est pourtant le cas, alors qu’on me signale, aujourd’hui, que le sbire de Quebecor, Michel Hébert, s’improvise blogueur de fond de ruelle et me qualifie de connard dans un torchon où il tente maladroitement de faire croire, à l’opposé de tout bon sens, que le Québec serait une société de gauche.

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Citons l’employé de Quebecor:

Vous pensiez aussi que nos programmes sociaux étaient d’une mouture socialiste? Vous étiez dans l’erreur. C’est la droite, voire l’ultradroite désormais, la pire qui soit, qui nous a donné tout ça.

Les garderies étatiques, l’assurance médicaments, l’assurance agricole, les congés parentaux, l’aide sociale, l’allaitement subventionné, les congés maladie accumulés, la procréation assistée, les traversiers sous les ponts, la gestion de l’offre (le gonflement des prix) du lait, du beurre et du sirop d’érable, le Conseil des aînés, de la femme, de la jeunesse (branchée), de la famille et de l’enfance ou des relations interculturelles, l’Office des handicapés, de la jeunesse et de la Walonie-Bruxelles. La Régie des rentes, celle du logement et, la plus drôle de toutes, la Régie du bâtiment.

Il s’agit d’un beau pudding indigeste que nous présente l’homme de main de Pierre-Karl Péladeau. Dans son délire hallucinatoire, Michel Hébert imagine une sorte de Cuba du nord socialiste où interventionnisme et gauchisme se mélangent indifféremment. À l’opposé de mes propres affirmations – comme quoi le virage néolibéral a commencé au tournant des années 1980 – il cite notamment un ministère du bien-être social créé en 1940 et une Régie des rentes datant de 1965. Il mélange aussi la question de l’allaitement, des congés payés et d’une procréation assistée payée par l’État exigée par… Julie Snyder, la femme de Pierre-Karl Péladeau! C’est dire à quel point l’homme est mêlé! On peut également se demander en quoi la Régie du bâtiment fait tant rire notre homme, alors que cette institution, loin de constituer un dangereux repaire de gauchistes, inspecte plutôt les bâtiments pour en établir la sécurité. À Sugarloaf, où un télésiège a déraillé, on aurait sûrement aimé avoir une telle régie…

Malgré quelques gains pour la classe moyenne à propos des CPE et des congés parentaux, les trente dernières années ont plutôt été celles d’un lent recul de l’État en tant qu’appareil permettant la redistribution de la richesse. Pendant que Hébert parle de lait, de beurre et de sirop d’érable, comment pouvons-nous oublier les désassurances dentaires de 1982, les désassurances de physiothérapie de 1988, les désassurances pour les soins de la vue de 1992? Comment faire abstraction des accords de libre-échange, nullement remis en cause par aucun des principaux partis politiques du Québec, et qui permettent à des entreprises de fermer leurs usines du Québec pour produire dans d’autres pays, mettant les travailleurs du Québec en compétition avec ceux du tiers-monde? Comment oublier le sauvage déficit zéro de Lucien Bouchard, ayant fermé des hôpitaux et envoyé à la retraite nombre d’infirmières qualifiées? Comment faire abstraction des hausses constantes des frais de scolarité, qui ont contribué à réduire l’accès aux études supérieures? Comment oublier les grandes envolées lyriques de Pauline Marois en faveur de l’enrichissement individuel?

De la même manière, pendant que des illuminés à la solde du grand capital, Éric Duhaime, Michel Hébert ou autres exégètes du néolibéralisme le plus radical, parlent de l’embonpoint de l’État, celui-ci rapetisse lentement, mais inlassablement: près de 28% du PIB en 1992 contre seulement 23% en 2009. Les réformes des gouvernements de droite du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec, qui imposent le renouvellement d’un seul poste de fonctionnaire sur deux, font augmenter la pression sur notre État et réduisent sa capacité à offrir des services de qualité aux citoyens.

Parallèlement, les baisses d’impôts des gouvernements péquistes et libéraux, qui ont surtout profité aux mieux-nantis, totalisent près de dix milliards de dollars. Autant dire qu’elles sont la première cause du déficit actuel. Josée Legault a bien expliqué ce phénomène:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes.

C’est le plan de match actuel. Ouvrez votre téléviseur, entendez Quebecor vous radoter les mêmes vieilles histoires du « Québec dans le rouge » avec les mêmes vieilles solutions du désengagement de l’État. La droite se réjouit.

Pourtant, on se retrouve avec une crise économique largement causée par des politiques fiscales de droite – ici et ailleurs – et qui ont mené vers la faillite des pays comme l’Islande et l’Irlande, deux États ayant largement privatisé leur économie et suivi à la lettre les diktats néolibéraux. Même François Legault vantaient les impôts ridiculement bas de l’Irlande, qu’on a déjà appelé le tigre celtique (paix à son âme). Aujourd’hui, ces deux pays sont ruinés. Et la Grèce, qui a elle aussi largement déréglementé son économie, n’est pas loin derrière. Si le Québec s’en tire mieux – avec une dette en pourcentage du PIB dans la moyenne des pays de l’OCDE – cela n’empêche pas l’ultradroite de rêver de dépecer encore davantage notre État.

Ce qu’il y a d’important à dire à propos de ces gens qui, comme Michel Hébert, manipulent la population en se servant de la plateforme journalistique de Quebecor, c’est qu’ils n’ont pas de projets. Ce sont des haineux de toute forme de collectivisme et qui pensent qu’ils pourraient mieux s’en sortir en prônant des politiques favorisant les mieux-nantis, c’est-à-dire leurs patrons ou, ultimement, eux. Ils parlent contre les syndicats – pourtant les organisations démocratiques directement tributaires de l’existence d’une classe moyenne – mais n’ont rien à proposer de crédible pour les remplacer. Leur valorisation maladive de l’enrichissement individuel n’a d’égale que leur ignorance d’une histoire pourtant riche d’enseignement; les idéologies collectivistes sont apparues précisément parce que le libre-marché du dix-neuvième siècle a échoué. Or, que proposent-ils de différent pour éviter les même travers? Rien! Moins d’État, moins d’État, et qu’on laisse le loup et le mouton gérer leur propre cohabitation!

Henri Lacordaire affirmait: « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » L’ultradroite veut devenir cette force égoïste qui, tel le surhomme de Nietzsche, s’élève au-dessus de la masse. De son point de vue, rien n’est plus beau, rien n’est plus grand. Mais que vaut l’élévation si elle n’est rendue possible que par le travail d’une masse d’individus désolidarisés, en perpétuels conflits les uns contre les autres, et qui ne peuvent plus rien entreprendre collectivement? Que vaut la force quand on vend au plus offrant tout ce qui fait notre fierté collective?

Je suis peut-être un connard, mais je suis un connard qui pense au bien commun et qui n’occupe pas ses journées à jouer les scribouilleurs d’un empire médiatique ayant annihilé ses anciens idéaux journalistiques de rigueur et d’objectivité.

Je suis peut-être un connard, mais je peux encore me regarder dans le miroir sans avoir à m’inventer un monde parallèle où la droite, après trente ans au pouvoir et forte de tous ses médias et des trois principaux partis politiques de l’Assemblée nationale, constituerait l’alternative.

Je suis peut-être un connard, mais je n’ai pas besoin de jouer les gratte-papiers prostitués qui étalent leurs préjugés et leurs opinions pré-conçues comme d’autres jouent avec leurs excréments.

Je suis peut-être un connard, mais contrairement à Michel Hébert, je peux marcher la tête haute.


N.B.: Depuis la parution de ce billet, Michel Hébert a modifié le titre de son texte.

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L’ultradroite démasquée
31 décembre 2010

Ce que même la CSN qualifie de « montée de la droite » n’en est pas réellement une. Ce n’est pas la droite comme telle qui monte, mais plutôt sa forme la plus extrémiste. La droite, elle, est au pouvoir depuis le début des années 80, nous imposant ses désassurances, son libre-échange, son déficit zéro se faisant sur le dos de la classe moyenne et des moins nantis, ses baisses d’impôts aux plus riches, ses hausses de tarifs pour les autres, son dogme de la productivité (qui profite aux patrons, évidemment), sa valorisation de l’enrichissement individuel, son à-plat-ventrisme devant les compagnies étrangères. Cette droite, on la connaît, on vit avec.


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La nouveauté, en 2010, est plutôt la montée d’une ultradroite tellement radicale et qui s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées auprès de la population. Tentant de profiter du sempiternel sentiment d’identification des Québécois pour le concurrent négligé, elle se présente comme étant minoritaire au sein d’une société dominée par la gauche alors que n’importe quel individu ayant un minimum de conscience politique comprend que c’est plutôt son extrémisme de droite au sein d’une société déjà largement de droite – avec tous ses médias et partis politiques – qui l’isole.

Par exemple, considérons ce fait divers qu’était la présence du seul député d’une formation de gauche, Amir Khadir, à une manifestation de l’organisme Palestiniens et Juifs unis lors d’une campagne de boycottage des produits israéliens sur le Plateau. Cette histoire a été montée en épingle d’abord par Éric Duhaime – un agent à la solde d’organisations paravents de la CIA, selon certains -, pleurant le sort du « pauvre » commerçant vendant les produits de l’apartheid israélien et demandant aux gens d’aller acheter en masse ses produits. Bock-Côté, lui, à qui les médias n’accorderaient certainement pas la moindre attention s’il ne tenait pas un discours résolument de droite, parlait « d’hostilité viscérale à la civilisation occidentale ». On oublie systématiquement de parler des atrocités israéliennes, du lent génocide que ce pays impose aux Palestiniens. On ne parle pas non plus du fait que Khadir est présent à une foule de manifestations pour le sort des défavorisés, qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs dans le monde. Non. Khadir dans le coin rouge, le pauvre commerçant et la civilisation occidentale dans le coin bleu.

En fait, l’ultradroite, face à un monde de plus en plus complexe, fait de la simplification à outrance sa véritable marque de commerce. On peut lire, par exemple, Ian Sénéchal, co-fondateur du Réseau Liberté-Québec (sic), affirmer la légitimité pour les baby-boomers de ne plus avoir à payer pour l’éducation de la génération suivante et lancer un véritable plaidoyer en faveur de l’utilisateur-payeur. Ce type de discours plaît à une certaine frange de la population – souvent moins éduquée – parce qu’il est simple: j’utilise, je paie. Mais ce type de raisonnement n’en est pas moins con pour autant. Ce n’est pas la liberté que de réclamer de ne rien payer pour son voisin; c’est de l’égoïsme qu’on désire ériger en système et une désintégration sociale. Jusqu’où cela pourrait-il aller? Je paie pour l’asphalte dans ma rue, mais pas pour la rue derrière. Je paie pour le feu de circulation au coin de ma rue, mais pas pour celui sur l’autre rue. Je n’ai pas de voiture alors je ne veux pas de rue devant chez moi. Je réclame la liberté de ne pas arrêter à un feu de circulation qu’on m’impose. Je n’utilise pas les services policiers alors je ne paie pas pour eux. Je n’ai pas d’enfants alors je ne veux pas payer pour les balançoires dans les parcs. Je, je, je.

La complexité et l’interdépendance des relations entre les citoyens au sein de notre société découlent d’une compréhension issue de décennies de luttes sociales: l’individu, isolé, est faible. C’est collectivement que nous sommes forts. Le capitalisme sauvage du 19e siècle, véritable machine à broyer les hommes, encourageait cet isolement. Le résultat était que Montréal était la ville avec le plus haut taux d’analphabétisme et de pauvreté infantile en Amérique du Nord. L’ultradroite salive juste à penser à cette merveilleuse époque où l’État était minimal et où l’argent pouvait tout payer et où on pouvait crever de froid et de maladie tout en sachant que son voisin, plus riche, avait la « liberté » de se payer bien mieux.

Si notre société a évolué, si le Québec jouit aujourd’hui d’un niveau de vie parmi les plus élevés au monde, c’est précisément à cause de politiques étatiques redistributrices de la richesse et luttant contre le principe de l’utilisateur-payeur. C’est parce que l’État a décidé de brimer la soi-disant liberté d’une minorité que la majorité s’est élevée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les pays ayant un haut indice de développement humain ont un État relativement fort tandis que des pays sans État, comme la Somalie, croupissent dans les bas-fonds d’à peu près tous les classements du genre. On entend peu l’ultradroite vanter la Somalie, pourtant. Un si beau pays où personne ne paie pour personne. Autre preuve de sa malhonnêteté.

En rejetant ces compromis, en faisant passer leur désir infantile d’une toute-puissance égoïste que la plupart des individus sains d’esprit ont laissé tomber en même temps que le passage des couches au petit pot, cette ultradroite ne s’en prend pas seulement aux partis politiques traditionnels, mais également aux fondements de notre société.

Heureusement pour elle, nous sommes en démocratie. Elle a le droit, à l’image des marxistes-léninistes, son équivalent de l’opposé du spectre politique, de crier son mécontentement et d’appeler à des solutions radicales pour mettre fin à des problèmes qui sont davantage tributaires d’une forme d’autisme politique de ses membres que d’une compréhension sociétale avancée.

Et l’État – ce méchant appareil gauchiste – pourra même assurer leur protection la prochaine fois qu’ils tiendront des rencontres où ils vomiront leur haine de tout ce qui est le moindrement syndiqué et qu’ils élaboreront le merveilleux programme d’un Québec du futur avec ses citoyens isolés, brisés, non-syndiqués, vivant dans la pauvreté et ayant enfin la liberté de ne rien faire du tout sinon de quêter des trente sous.

Le gros jambon de la vieille droite
25 octobre 2010

Quand Martineau parle de langue ou d’identité, ses analyses sont sensées. Malheureusement, et un peu à l’image d’autres individus aux idées tout aussi arrêtées que basées sur des préjugés, ses positions radicales et quasi d’extrême-droite sur le plan économique le rendent pénible à lire et lui enlèvent beaucoup de crédibilité. C’est encore le cas aujourd’hui alors qu’il compare, sur son blogue qui lui sert aussi de plate-forme pour jouer les scabs au Journal de Montréal, l’État québécois à un jambon. Sauf que le jambon n’est pas celui qu’on croit.

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En effet, Martineau tient le même discours que tout un pan de la droite québécoise, qu’elle soit au pouvoir comme le PLQ ou qu’elle se drape de feue sociale-démocratie en parlant de réussite individuelle comme le PQ. Il oppose l’État aux citoyens. D’un côté, dit-il, les citoyens font des efforts pour boucler leur budget. De l’autre, l’État devrait faire la même chose. C’était le discours, remarquez-bien, que le gouvernement libéral tenait au lendemain du dernier budget. L’État serait devenu une sorte de monstre froid, glouton, volant nos impôts pour payer des cours de feng shui aux fonctionnaires. Plus de préjugés que cela et tu te laves les mains après avoir serré la main d’un Noir.

Dans les faits, on ne peut pas opposer l’État et les citoyens. L’État fonctionne pour les citoyens, précisément. Demander à la population de se serrer la ceinture en attendant que l’État fasse de même, c’est imposer une privation collective comme récompense d’une privation individuelle. Le gras que Martineau et les extrémistes comme lui aimeraient couper, en bout de ligne, ce serait peut-être une sortie à la piscine publique pour un enfant, une visite à l’hôpital pour un malade, une poursuite des études pour un étudiant. Ce « gras » qu’on enlève à court terme, combien nous coûterait-il à long terme? Combien de rêves brisés, de vies gâchées? Combien de morts?

Le système de santé? Trop gros, au régime! Qu’importe si un système largement privé comme celui des États-Unis coûte, per capita, un peu moins du double de celui du Canada tout en laissant sur le carreau près de 15% de la population. Et qu’importe s’il est tellement sous-performant que les citoyens étatsuniens y meurent largement plus qu’au Canada.

Le système d’éducation? Les frais sont trop bas, haussez-moi ces tarifs et faites payer les utilisateurs, pas l’État! Et qu’importe si toute hausse de frais de scolarité se traduit par une baisse de fréquentation et qu’une population moins éduquée est généralement plus malade (et coûte donc plus cher à soigner). Rien à foutre, comprenez-vous, il faut couper!

Les fonctionnaires? Foutez-moi ça à la porte. Et à coups de pieds dans le derrière SVP! Un participant du Réseau Liberté-Québec (sic) n’a-t-il pas été chaudement applaudi en fin de semaine dernière après avoir déclaré que la seule chose qui l’intéressait, c’était de les foutre à la porte? Oui, c’est à ce niveau que vole Martineau. Pourtant, comme l’a noté avec justesse sur ce blogue un commentateur, le nombre de fonctionnaires au Québec, et seulement dans la santé, a baissé de 40% à 50% entre 1990 et 2009 au même moment où la population augmentait de près de 11%! Jusqu’où ces fanatiques de la droite veulent-ils couper? Ne seront-ils heureux que lorsqu’il n’y aura plus d’État, plus de société, plus de civilisation?

Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit, en bout de ligne? Des pays avec un État quasi-inexistant, on en connaît: Somalie, Haïti, Afghanistan. S’agit-il là du véritable rêve de ces coupeurs de gras? Ou peut-être le retour au Moyen-Âge quand l’État se limitait au Seigneur, l’impôt à une partie des récoltes, au servage et au droit de cuissage? On aimerait savoir. La population sait ce qu’ils dénoncent – le méchant Satan étatiste québécois – mais elle est tout aussi consciente de jouir d’un des plus hauts niveaux de vie au monde grâce à lui. Elle attend seulement de voir ce qu’ils proposent.

Malheureusement, de ce côté, les réussites sont bien faibles. L’Islande? Cet ancien paradis libertarien (dixit Milton Friedman, le gourou de ces bouchers de la misère) est en faillite. L’Irlande? À peine mieux. Les États-Unis? Leur dette est si élevée et la pauvreté y est si généralisée qu’on peut difficilement en faire un exemple.

Couper dans le gras, c’est bien beau sur papier (et encore!), mais quand on ne peut pas nommer un seul pays qui réussit durablement à réduire ses inégalités sociales et que chaque État ayant tenté ces réformes de droite en a subi de lourdes conséquences, ça donne l’impression que ces idées ne proviennent pas d’une froide analyse de la situation, mais plutôt d’une idéologie anti-étatiste presque maladive, ayant peut-être davantage à voir avec le manque d’éducation sociale et les préjugés d’une minorité adoptant ce discours passéiste.

Il faut hausser les impôts des mieux-nantis

Martineau, au lieu de traiter Claudette Charbonneau de dinosaure parce qu’elle propose une hausse des impôts, devrait s’en inspirer. Car c’est la meilleure des solutions. Nous avons baissé les impôts de près de dix milliards de dollars en une décennie. Entre 1998 et 2007, par exemple, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. C’était beaucoup trop. Les impôts des plus riches au Canada sont actuellement parmi les plus BAS au monde!

Avant de penser à affamer l’État sous prétexte d’un endettement trop élevé (alors que le Québec est exactement dans la moyenne des pays de l’OCDE à ce niveau, malgré les mensonges d’Éric Dumaine) et de s’enfermer dans le cycle décrit par Josée Legault comme une destruction programmée de la « bête étatique », il serait peut-être temps de revenir à un peu de bon sens et à reconnaître que si l’État québécois n’est pas parfait, c’est précisément l’augmentation de sa présence qui nous a permis de sortir de la Grande Noirceur et c’est sa braderie par le Parti Libéral du Québec qui ouvre la porte à la corruption.

Qu’on se le rappelle bien: ceux qui ont le plus à perdre d’une destruction de notre État-providence ne sont ni Éric Duhaime ni Richard Martineau, mais bien la classe moyenne et les moins-nantis.

Mais si on osait hausser les impôts des plus riches et mettre ainsi fin aux privilèges consentis par les deux derniers gouvernements de droite, je vous laisse deviner qui seraient les premiers à devoir se contenter d’un gros jambon au lieu de manger leur caviar volé aux lockoutés du Journal de Montréal…