Quand le PQ flirte avec l’extrême-droite!
9 novembre 2009

J’ai failli m’étouffer avec mon verre d’eau minérale. Quoi, le PQ a demandé à Éric Caire de joindre ses rangs? C’est une blague, n’est-ce pas?

N’en déplaise à ses affirmations sur son soi-disant positionnement de « centre-droit », Éric Caire est un gars de droite, comme le note avec justesse Josée Legault. La bonne vieille droite usée, celle qui lit les rapports du Fraser Institute ou de l’Institut économique de Montréal au petit coin. Celle de ceux qui s’abreuvent chez Milton Friedman et qui ont poussé à la faillite un pays comme l’Islande. La bonne vieille droite économique à la Reagan ou à la Thatcher. Même Gilles Taillon, qui ne lit pas Le Capital de Karl Marx le soir au lit, considère que les idées d’Éric Caire sont d’extrême-droite. C’est dire! Et c’est cet individu, cet extrémiste d’une idéologie ayant maintes fois prouvé ses incapacités, que le PQ veut recruter?

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Rappelons quelques positions d’Éric Caire, issues directement du petit catéchisme néolibéral:

  • Réforme des syndicats pour réduire les accréditations;
  • Baisse de l’impôt sur le revenu;
  • Hausse des taxes;
  • Doublement ou triplement des coûts de l’électricité;
  • Coupures majeures dans les services aux citoyens et dans la fonction publique;
  • Privatisation totale de la Société des Alcools;
  • Privatisation partielle de la gestion de l’argent des cotisants à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Pauline Marois a beau faire rejouer le vieux 45 tours au vinyle usé du « le PQ est un parti de coalition regroupant des gens de gauche et de droite », il existe un moment où on doit prendre position, où on doit mettre le pied à terre et refuser de se prostituer pour quelques votes. C’est bien beau une soi-disant coalition, mais doit-on tolérer l’inacceptable pour autant? Que dirait-on d’une coalition entre pro-vies ou pro-choix aux États-Unis, par exemple? Il existe un moment où il faut faire un minimum de sens, même quand on est enfermé dans sa tour d’ivoire comme l’est actuellement le Parti Québécois.

En fait, qu’est-ce que cette nouvelle nous apprend? Elle nous apprend que rien n’a changé pour le PQ de Pauline Marois. Le parti, malgré 14 ans d’immobilisme depuis le dernier référendum, n’a pas l’intention de remettre le projet indépendantiste à l’ordre du jour. On se gargarise d’une soi-disant coalition n’ayant de sens que dans l’optique d’un référendum rapide pour accepter les pires détournements de la pensée et le plus incroyable des opportunismes.

À l’origine, la coalition faisait du sens. Quand la sécheresse frappe, le lion boit à côté des gazelles. Quand l’objectif est à portée de main, tant la gauche que la droite peuvent se pincer le nez en attendant le grand soir. Mais quand rien ne se passe, quand le PQ s’embourbe dans sa bureaucratie interne et son discours pathétiquement mou, quand on attend le grand soir depuis plus d’une génération, une telle coalition ne peut pas fonctionner. Le parti doit se donner une direction. De 1995 à 2003, le Parti Québécois a gouverné à droite, et maintenant il se fait l’apôtre tantôt de la social-démocratie, tantôt d’une certaine droite modérée.

Or, il arrive un moment où il faut se décider. On ne peut pas se prétendre social-démocrate et demander à des extrémistes comme Éric Caire de se joindre à son parti. On ne peut pas se déclarer centriste et s’acoquiner avec une minorité de fanatiques de la vieille droite sous prétexte qu’on pourrait aller chercher quelques votes.

Si j’oserais dire, il est précisément là, le problème du PQ. Le parti se considérant seul sur l’échiquier politique à promouvoir l’indépendance, on peut demander aux militants de se pincer le nez pour accepter les pires situations, les pires mollesses. Même si dans les faits le PQ n’a rien fait pour la souveraineté depuis plus d’une décennie, on considère le vote souverainiste comme acquis. Des votes en banques. Les gros BS de l’est qui votent bleu sans se poser de questions. C’est ainsi que le Parti Québécois considère ses électeurs.

Alors, convaincu de ne pas perdre le moindre vote en recrutant un droitiste impénitent comme Caire, convaincu d’avoir le vote automatique de ceux qui croient encore à l’indépendance, le PQ a la voie libre.

Il serait peut-être temps de penser à une alternative. Amir Khadir sera présent demain, à la manifestation contre le prince Charles. Voilà un politicien qui n’a pas peur de se mouiller et qui ne travestirait pas ses idéaux pour une poignée de votes. On peut être en désaccord avec plusieurs de ses propositions, mais il a les couilles de prendre position et d’assumer ses choix.

À quand un Parti Québécois se décidant soit à faire l’indépendance, soit à devenir le parti provincial de droite qu’il est depuis 14 ans? Car devant son inaction prolongée et son acoquinement avec la droite extrémiste, une grande partie de son aile gauche qui se pince le nez depuis plus d’une décennie risque de manquer de souffle et d’appuyer Québec Solidaire aux prochaines élections.

Phase terminale pour l’ADQ
28 octobre 2009

En confiant à François Bonnardel le poste de chef parlementaire de l’ADQ, Gilles Taillon a débranché la dernière machine qui maintenait son parti artificiellement en vie. Pas que le conjoint de la ministre libéral Nathalie Normandeau ferait nécessairement pire qu’Éric Caire, mais si Taillon avait eu le début d’un semblant de sens politique, il aurait donné ce poste à Caire les yeux fermés.

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En effet, Taillon aura beau parler d’unité, de « collégialité », d’esprit rassembleur, ce ne sont là que des mots-creux s’il ne peut pas trouver le moyen de satisfaire les 50%-1 personnes qui n’ont pas voté pour lui. C’est une vérité politique tellement primaire qu’il est tout à fait invraisemblable que Taillon ait pu agir autrement. Obama a nommé Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État; Jean Chrétien avait Paul Martin comme ministre des finances. Quand on veut réellement unir un parti, on doit donner des postes d’importance à ses adversaires afin de solidifier les bases de la formation politique.

Or, les bases de l’ADQ sont en piètre état. Le parti végète à 8% dans les intentions de vote, n’a plus d’argent, se retrouve aussi divisé qu’il peut être mathématiquement possible de l’être, ses militants sont démotivés, il a à sa tête un chef cancéreux avec le charisme d’une armoire de cuisine et qui récompense sa petite clique au lieu de penser au bien-être du parti. Un chef tellement instable sur son piédestal qu’il doit répéter à au moins trois reprises en conférence de presse cet après-midi qu’il est le chef, qu’il est légitime, qu’il a gagné, que les autres doivent se rallier à lui parce qu’il est le chef. Quand le chef a besoin de convaincre les journalistes qu’il est le chef, ça ne va vraiment pas bien.

L’ADQ devrait peut-être confronter sa triste réalité: le parti est devenu inutile. Il a manqué son rendez-vous avec l’Histoire, et cette cruelle maîtresse ne donne jamais de seconde chance quand on lui colle un lapin. Idéologiquement, l’ADQ a été créée entre autres pour s’opposer au fédéralisme centralisateur prôné par le Parti Libéral et pour proposer des idées économiques conservatrices; en 2009, tant le PLQ que le PQ prônent un fédéralisme « autonomiste » et les thèses économiques défendues par l’ADQ ont perdu toute crédibilité avec la crise actuelle. Et sans le charisme extraordinaire d’un Mario Dumont, que reste-t-il? L’ADQ est mort, sa marginalisation croissante ne constitue qu’un dernier sursaut dans un corps refusant d’accepter sa fatalité.

Je regardais Taillon, mal à l’aise, l’air de suer à grosses gouttes, tentant d’expliquer comment il allait travailler avec ses six députés, lui qui n’est même pas un élu. Je l’observais, et ces vieilles paroles d’Aut’Chose, le groupe de Lucien Francoeur, me sont venues à l’esprit: « Le trip est fini, chu loin de chez moi, comme Jim Morrison à Paris, si vous pouvez comprendre… » Oui, le trip est fini. L’ADQ a vécu, les Québécois ont vu, et elle a été vaincue. Par son amateurisme, par ses idées dépassées, par son incapacité à s’organiser au-delà des mots et à bâtir une plate-forme politique crédible.

D’une certaine manière, Taillon rend peut-être service à la politique québécoise en contribuant à achever le mourant.  En remplacement de l’attention médiatique accordée traditionnellement à une « troisième voie » qu’on donnait à l’ADQ, on aura peut-être enfin la chance de voir une alternative se lever, un parti qui, au-delà des beaux discours, saurait vraiment réinventer notre société et la faire entrer dans l’Histoire par la grande porte.

Pour l’ADQ, c’est la phase terminale. Les soins palliatifs ont débuté.

La marginalisation de l’ADQ
24 août 2009

Les positions extrémistes défendues par trois des quatre candidats à la succession de Mario Dumont sont en train de reléguer l’Action Démocratique du Québec (ADQ) au rang de parti marginal, voire pire, original. Quelque part entre la Loi Naturelle et le Bloc Pot. Lors du débat, Éric Caire, Gilles Taillon et cet hurluberlu libertarien qu’est Jean-François Plante s’obstinaient quant à savoir qui serait le plus à droite, qui dépècerait l’État au mieux, qui ferait payer les étudiants, qui privatiserait quoi. Qui aurait le courage de mettre le feu à la maison et d’appeler cela le progrès.

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En fait, le seul candidat semblant posséder encore un minimum de bon sens était Christian Lévesque. Face aux appels délirants d’Éric Caire pour une hausse des tarifs en éducation (oui, vous avez bien lu, une hausse), Lévesque a été cinglant: « Tu as un salaire de député de 85 000 $, l’ensemble de la population a un salaire moyen, par couple, de 45 000 $. Quels choix [les parents] vont-ils faire? […] Si on veut une économie du savoir, chacun des citoyens doit participer à cet effort. » Lévesque a mis le doigt là où ça fait mal: l’ancien parti de Mario Dumont veut tellement se démarquer des autres qu’il devient peu à peu une parodie élitiste où on peut à la fois se targuer de vouloir implanter une « société du savoir » tout en rendant l’accès aux études supérieures plus difficile. Les mauvaises langues diraient qu’un individu sans éducation est plus susceptible de voter pour l’ADQ, mais je n’oserais atteindre ici un si haut niveau de cynisme.

Caire, que plusieurs médias ont nommé vainqueur de ce débat, s’est empressé d’appuyer les propositions absolument hallucinantes des jeunes adéquistes: abolition du Fonds des générations, disparition des cégeps, élimination de la Loi antibriseurs de grève, hausse massive des frais de scolarité, gel des prestations de la Régie des rentes du Québec, privatisation de la SAQ, privatisation partielle d’Hydro-Québec, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, réduction de la taille de l’État… Un peu plus et on annonçait le changement de nom de la province et la fécondation forcée de toutes les femmes en âge de procréer. On constate, en regardant les pays trônant au sommet de l’index des pays en détresse (Failed State Index) en 2009, que ce type de « solutions » où on réduit le pouvoir redistributeur et égalisateur de l’État pourrait nous mener loin. Québec, Somalie, même combat!

Or, alors que le monde entier subit une récession mondiale causée par les déréglementations et les privatisations, alors que le Québec, grâce à son haut taux de syndicalisme et à sa meilleure redistribution de la richesse, est l’endroit le moins durement frappé en Amérique du Nord, que proposent ces chers candidats? Davantage de ce qui a causé les problèmes actuels! Pendant que le monde entier réapprend à utiliser l’État et à favoriser une meilleure redistribution de la richesse, l’ADQ fait fi de la réalité et s’enferme un peu plus profondément dans ses dogmes surannés.

Quand certains disent que l’ADQ vit dans le passé, n’y a-t-il pas meilleure preuve que ce discours faisant abstraction de toute la situation économique actuelle, pire crise depuis des décennies? C’est comme si toute l’économie était tombée d’une falaise et que Taillon, Caire et Plante cherchaient à trouver un nouveau précipice où nous enfouir.

La fin de l’ADQ?

Le 9 décembre dernier, j’écrivais que le départ de Mario Dumont allait tuer l’ADQ.

Je donnais quatre raisons:

  1. La position autonomiste de l’ADQ ne tient plus, car le PLQ est devenu autonomiste et le PQ a mis son projet souverainiste sur le glace;
  2. La forte mentalité anti-étatiste de l’ADQ ne peut survivre à l’examen des faits: la crise a touché durement les pays ayant appliqué les réformes néolibérales et a épargné ceux qi ont résisté;
  3. Aucun candidat potentiel n’a le charisme de Mario Dumont (Éric Caire me donne le goût d’ajuster les couleurs de la télévision quand je le vois.);
  4. Les six députés restant seront tentés de joindre un autre parti.

J’ai eu tort pour le quatrième point, ayant sur-estimé l’attrait des deux autres partis de centre-droit, mais je crois avoir eu raison pour le reste. L’ADQ ne peut plus jouer sa carte autonomiste face à un Jean Charest réclamant davantage de pouvoir d’Ottawa et une Pauline Marois semblant bien satisfaite sur son trône de l’opposition. Et puisque aucun candidat n’arrive à se démarquer grâce à sa personnalité, il ne reste qu’une option permettant de se différencier des autres: la formidable fuite en avant du capitalisme le plus extrémiste possible et de positions semblant issues tout droit de livres d’Ayn Rand ou autres fanatiques anti-étatistes. Le nouveau mantra adéquiste semblent être: « nous voulons être différents, nous voulons être différents, nous voulons être différents ». La différence, pour la différence, il ne reste plus leurs positions de la droite radicale pour les distinguer du Parti Québécois et du Parti Libéral.

Or, quel futur peut-il exister pour un parti qui se place volontairement à l’extrémité du spectre politique, sinon la lente et cruelle agonie de la marginalisation? Contrairement à Québec Solidaire, qui cherche constamment à occuper un centre-gauche délaissé par le Parti Québécois, l’ADQ – et surtout Caire, Taillon et Plante – semble se conforter dans une course à la chefferie ressemblant de plus en plus à un combat de coqs déterminant qui aura le privilège d’être le capitaine du bateau lorsqu’il coulera définitivement. Il y a des icebergs partout, mais on pousse les machines à fond et on se croise les doigts.

Qui aura le courage de répondre à cette question fondamentale: à quoi sert un parti comme l’ADQ en 2009?

Bataille des plaines: non à la reconstitution!
30 janvier 2009

bataille-des-plaines-d-abraham-1759-quebecLa reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham de 1759, prévue à l’été 2009, constitue une honte pour tous les Québécois et les Canadiens d’origine française. Le Parti Québécois a entièrement raison de boycotter cette commémoration de la Défaite de la France face à l’Angleterre et on n’a pas besoin du langage coloré d’un Pierre Falardeau pour constater ce que représente réellement cet événement: la célébration de la fin de la Nouvelle-France et le début du déclin irrémédiable de la présence francophone sur le continent.

Cet événement constitue notre mythe fondateur, la raison qui explique ce que nous sommes aujourd’hui. Sans la défaite de 1759, nous serions certainement plus nombreux, probablement moins menacés culturellement et nous envisagerions le monde différemment. Un tel événement nous détermine aujourd’hui de la même manière qu’un enfant qu’on a violé dans son enfance en subit encore les conséquences à l’âge adulte; il nous définit, cible nos défis et oriente nos désirs. Nous sommes ce que nous sommes parce que nous avons vécu cet événement. Changez le sens que vous donnez au passé et vous changez le présent.  Revivez un événement traumatisant dont vous n’avez pu surmonter les conséquences et vous revivez le traumatisme et tous les problèmes qui suivent, notamment au niveau de la confiance en soi-même.

Le député adéquiste Éric Caire affirme qu’il s’agit simplement de notre histoire et qu’il ne faut pas avoir honte de célébrer cet événement; il soutient que des organisations juives financent notamment l’ouverture aux touristes d’une reconstitution du camp de concentration nazi à Dachau, en Allemagne. Si des Juifs incitent les touristes à visiter les camps de concentration, pourquoi ne ferions-nous pas de même avec la bataille qui a scellé notre destin?

En fait, il y a deux différences majeures entre le peuple juif et le peuple québécois. D’abord, le peuple juif a transcendé son passé en devenant maître d’un des pays les plus puissants du monde où ni la culture, la langue ou la religion ne sont menacés. Et surtout, le génocide a été reconnu internationalement comme une tragédie, ce qui permet de l’aborder sous un angle éducatif, dénué de son potentiel émotif. Un peu comme lorsque l’enfant violé en parle devant les caméras et exorcise ainsi l’empreinte émotive du passé, pouvant par la suite donner de l’aide à autrui sur ce sujet. Lorsqu’un drame est compris comme tel, il perd de son emprise pour celui qui l’a vécu.

Ainsi, le problème avec cette « célébration » vient justement du fait qu’on ne se contente pas de célébrer un événement du passé qui a été transcendé ou exorcisé, mais qu’on solennise une Défaite historique dont nous subissons encore les conséquences, 250 ans plus tard. Comment serait-il possible de rigoler un bon coup en observant une reconstitution de notre Défaite alors que le poids démographique des francophones diminue continuellement, que l’anglicisation de notre métropole progresse, que le tout-anglais prend de plus en plus de place? 1759, ce n’était pas hier, c’est aujourd’hui.

La seule possibilité pour une telle célébration d’être légitime serait d’être tenue à une époque où les descendants de cette Défaite auraient pris les moyens nécessaires pour ne plus avoir à subir les conséquences de celle-ci. Que la solution passe par l’indépendance du Québec ou non, il n’y aura pas de célébration tant et aussi longtemps que le nombre de francophones sur ce continent diminuera d’année en années.

1759, ce n’est pas seulement du passé. Le passé crée le présent et le présent crée le futur. Lorsque le futur de notre culture et de notre langue seront assurés, il sera possible de célébrer cet événement historique. D’ici là, je ne vois pas plus d’intérêt à assister à ce spectacle qu’à célébrer un abuseur dont les actes gangrènent encore l’existence de sa victime.

Nous avons peut-être parcouru du chemin depuis quelques décennies, mais beaucoup de route reste à faire tandis que le sol perd de sa fermeté sous nos pieds, risquant de nous précipiter dans les sables mouvants de l’Histoire.