Les meilleurs quartiers où élever une famille à Boucherville
19 mai 2019

La ville de Boucherville, sur la rive-sud de Montréal, se situe au septième rang des meilleures ville de la région de Montréal où élever une famille. D’une manière générale, il s’agit donc d’un excellent endroit où avoir des enfants. Pourtant, y a-t-il de meilleurs et de moins bons quartiers au sein de la ville pour assurer les meilleures chances à sa progéniture ? La réponse ici !

La carte ci-dessous (qu’il est possible de cliquer pour agrandir) est compilée grâce aux données de Statistique Canada (recensement de 2016). Elle fait état des meilleurs et des pires quartiers de Boucherville pour élever une famille. Cette carte est comparative, c’est-à-dire que les zones en vert sont jugées meilleures que les zones en rouge, mais qu’une zone rouge n’est pas nécessairement un mauvais endroit pour y élever des enfants. Une zone rouge à Boucherville, par exemple, est possiblement supérieure à une zone jaune dans une ville comme Montréal, par exemple, qui arrive à l’avant-dernier rang des meilleures villes de la région. Tout est relatif !Les meilleurs et les pires quartiers de Boucherville où élever des enfants. Les meilleurs secteurs sont en vert et les pires en rouge.

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Les divisions de la carte sont déterminées selon les aires de diffusion de Statistique Canada. Si un côté de la rue est vert et l’autre est rouge, cela signifie simplement qu’il y a une forte différence entre la moyenne des deux secteurs. S’il était possible (et logique d’un point de vue statistique) de faire une analyse par rue, on verrait un plus grand dégradé des couleurs. Il est recommandé de considérer la moyenne des quartiers adjacents au quartier choisi pour obtenir une plus grande précision dans les résultats.

Ces résultats sont basés sur une analyse comparative de quatre facteurs et quatorze sous-facteurs.

  • Structure familiale (la proportion de la population âgée de moins de quine ans, la proportion de couples mariés ou en union libre et la proportion de familles monoparentales) ;
  • Cohésion sociale (la proportion de la population ayant le français en tant que langue maternelle, la proportion de la population ayant le français en tant que langue d’usage et la proportion de la population étant née au pays) ;
  • Situation financière (la proportion des ménages ayant un revenu dans le décile inférieur, la proportion des logements nécessitant des réparations majeures, la proportion des ménages dépensant plus de 30% de leurs revenus pour se loger, le taux de chômage et la proportion de la population dont le diplôme d’études secondaires constitue le plus haut diplôme) ;
  • Enracinement local (la proportion de la population dont le trajet domicile-travail prend moins de quinze minutes, la proportion de la population dont le trajet domicile-travail se fait en transport en commun, à pied ou à bicyclette et la proportion de la population n’ayant pas déménagé depuis cinq ans).

Plus de détails sur ces facteurs et la méthodologie suivie ici.

La première chose qui frappe en regardant ce graphique, c’est la répartition des zones plus avantagées et plus désavantagées. Un peu à l’image de Repentigny, et sauf quelques exceptions, les zones rouges et les zones vertes se croisent relativement souvent, ce qui démontre une belle mixité sociale entre les quartiers. Malgré quelques secteurs clairement en meilleure position que d’autres, la ville est loin d’être aussi divisée qu’une ville comme Sainte-Thérèse, par exemple, où les zones peuvent presque être découpés au couteau.

Malgré cela, on observe que le secteur Les Explorateurs (délimité par la route 132, la rue de Montbrun, le boulevard de Mortagne et le boulevard de Montarville) est le grand gagnant, avec nombre de quartiers qui obtiennent les meilleurs résultats.

Voici les résultats détaillés avec les statistiques par thème, pour chaque quartier de Boucherville. On peut agrandir le tableau en le cliquant.

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Contrairement à une ville comme Boisbriand, par exemple, dont la cote Z des résultats varie de + 0.48 à -0.73, on remarque une plus grande inégalité des résultats à Boucherville, (cote Z allant de +0.82 à -1.25), ce qui signifie que les quartiers avantagés sont relativement plus avantagés et inversement pour les quartiers désavantagés.

LES TROIS MEILLEURS QUARTIERS

  1. Le quartier 61 (délimité par la rue de Monbrun jusqu’à l’extrémité de la rue Arthur-Dumouchel, les rues Arthur-Dumouchel, des Vikings, Étienne Brûlé, Duluth, Cook, Jacques Cartier, Amundsen, de la Richardière et Jacques Rousseau) constitue le meilleur quartier de Boucherville pour y élever des enfants. Juxtaposant l’école primaire des Découvreurs et accueillant à la fois le parc de Mortagne et le parc Arthur-Dumouchel, on est guère surpris de découvrir que 26% de sa population est composée d’enfants. En outre, 75% des adultes sont en couple et il y a seulement 6% de familles monoparentales. La cohésion sociale y est très acceptable également, avec 96% de la population ayant le français comme langue d’usage. Côté financier, c’est quasi-impeccable : seulement 1% des ménages dans le décile inférieur, 0% des logements nécessitant des réparations majeures, 0% des ménages dépensant plus de 30% de leurs revenus en frais de logement, 0% de taux de chômage. Pour l’enracinement local, encore une fois c’est très bien : 31% des travailleurs font leur trajet domicile-travail en moins de quinze minutes. Ce quartier est vraiment très avantageux à presque tous les points de vue. Un des meilleurs quartiers qui a pu être observé dans plusieurs des villes qui ont déjà été analysées. Champion !
  2. Le quartier 8 (délimité par les rues Étienne-Marchand, Ivanhoë-Caron, Louis-J. Lafortune, A.-Fauteux et Claude-Dauzat) constitue le deuxième meilleur quartier de Boucherville pour y élever une famille. Même si les statistiques ne sont pas aussi impressionnantes que pour le quartier 61, elles sont très intéressantes : seulement 7% de familles monoparentales, 98% de la population ayant le français comme langue d’usage, seulement 1% des ménages dans le décile inférieur des revenus et un très bon 22% des travailleurs qui font leur trajet domicile-travail en transport en commun, à pied ou à vélo.
  3. Le quartier 64 (délimité par les rues de Balboa, de Roberval, Louis-Hennepin, le boulevard de Mortagne et la rue Charcot) est situé dans le même secteurs que le quartier 61 et jouit donc des mêmes avantages précédemment mentionnés. C’est près de 0% des ménages qui sont le décile inférieur des revenus, 0% également des logements nécessitant des réparations majeures. Finalement, ce quartier est d’une stabilité très impressionnante : 87% des ménages n’ont pas déménagé depuis cinq ans !

les trois pires quartiers

Comme spécifié précédemment, les meilleurs et les pires quartiers sont considérés de manière comparative, c’est-à-dire que le pire quartier d’une ville très avantageuse, comme Boucherville, peut tout de même constituer un meilleur endroit qu’un quartier ordinaire dans une ville très désavantagée.

  1. Le quartier 31 (délimité par le boulevard de Montarville, les rue de Brion, de Jumonville, Hélène-Boullé et Samuel-de-Champlain) constitue le pire quartier de Boucherville. Avec seulement 38% de couples mariés, 12% des ménages dans le décile inférieur des revenus, 28% des ménages dépensant plus de 30% de leurs revenus pour se loger et un adulte sur quatre dont le diplôme d’études secondaires (DES) constitue le plus haut diplôme obtenu, il s’agit d’un quartier peu propice, en comparaison des autres, pour élever une famille.
  2. Le quartier 32 (délimité par les rues Hélène-Boullé, de Jumonville, de Brouage, Louis-Hébert et Samuel-de-Champlain) est limitrophe du quartier 31 et n’est guère beaucoup plus avantageux. On y trouve seulement 9% d’enfants, 38% des familles sont monoparentales, 28% de la population adulte a le DES comme plus haut diplôme et seulement 49% des ménages n’ont pas déménagé depuis cinq ans.
  3. Le quartier 19 (délimité par le boulevard de Montarville, les rues D’Avaugour, Joseph-Huet, Jean-Désy, Pierre-Larrivé, De La Salle et le boulevard de Mortagne) constitue le troisième pire quartier de Boucherville. Avec 30% des familles qui sont monoparentales, seulement 86% des citoyens ayant le français comme langue maternelle et 10% des ménages dans le décile inférieur des revenus, il s’agit d’un quartier moins intéressant, quoique beaucoup moins pire que les quartiers 31 et 32.

en conclusion

Boucherville constitue, dans son ensemble, une ville très intéressante pour y élever une famille. Même le troisième pire quartier de la ville (le 19) a des statistiques qui seraient considérées comme acceptables dans d’autres villes. Si on fait exception du secteur entre l’intersection Samuel-de-Champlain / De Montarville et le parc de la Broquerie (quartiers 31 et 32), la plupart des autres secteurs offrent des conditions avantageuses pour les enfants.

Haro sur le bilinguisme!
3 août 2009

« Je pratique mon anglais ». Combien de fois par semaine entend-on cette plate justification? On s’adresse à autrui dans la langue de Shakespeare et on a l’impression de faire quelque puissant exercice cognitif hautement utile. Quand quelqu’un me répond comme cela, je lui rétorque: « Mais quand pratiqueras-tu ton français? » On ne comprend pas l’ironie. On me regarde au mieux comme si j’étais une relique passéiste, au pire comme un enfant un peu lent à qui il faut exposer les « incroyables avantages » de « pratiquer » son anglais.

Dans les faits, les avantages du tout-anglais ne sont pas si évidents que cela. Les ayatollahs du bilinguisme nous imposent deux arguments: parler anglais augmenterait nos chances d’emploi car l’anglais constitue la langue internationalise et le bilinguisme serait bon pour le développement cognitif des enfants. Ce sont là deux fausses vérités qu’il faudrait replacer dans leurs contextes respectifs.

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Source de l’image

L’anglais, langue internationale?!

Personne de sensé aujourd’hui n’oserait nier que l’anglais occupe une place prépondérante dans les échanges internationaux. Quand un chef d’entreprise du Canada rencontre un PDG en Inde, vous pouvez parier qu’ils ne discutent pas dans la langue de Molière. Mais qui parmi nous occupe de hautes fonctions? La minorité. L’élite. Celle-ci est bilingue par nécessité, voire trilingue, mais est-ce parce que l’anglais occupe une place dominante au niveau international qu’il faut angliciser et bilinguiser la langue locale? En quoi est-ce que l’apprentissage de l’anglais pourrait être réellement utile au garagiste de Saint-Siméon ou de Roberval, dites-moi?

En fait, il s’agit d’un réel revirement de la pensée. À une époque pas si lointaine, on se battait pour réclamer la possibilité pour les francophones de pouvoir atteindre les plus hauts échelons dans leur langue. Contre un reliquat d’empire britannique francophobe, on a passé des lois, on a valorisé une élite francophone. Et aujourd’hui, on régresse. On préfère angliciser tout un peuple plutôt que de lui donner les moyens nécessaires de s’épanouir dans sa langue. Comme le notait le politologue Christian Dufour dans une lettre ouverte, « [nous revenons] au bon vieux temps des Canadiens français qui ne pouvaient trouver d’emploi s’ils ne parlaient pas anglais et devaient supporter seuls le poids du bilinguisme. C’est faire des unilingues français qui le resteront des citoyens dont le statut sera inférieur – « ils ne sont même pas capables de parler anglais! ». C’est diminuer le statut du français seul, quand il n’est pas accompagné de l’anglais. » On recule, et on nous présente cela comme une victoire.

Or, la vraie victoire ne serait-elle pas, si on suit la logique des fanatiques du bilinguisme, de « mandariniser » le Québec? Si on présente le tout-anglais comme un gain permettant d’internationaliser le Québec (ou ce qui en reste), ne serait-il pas logique d’apprendre le mandarin, la véritable langue de l’avenir? La Chine constitue la future super-puissance mondiale; pourquoi ne pas permettre aux jeunes Québécois d’apprendre le mandarin plutôt que de leur imposer, de force, l’anglais dès la première année du primaire? À moins, bien sûr, que les arguments sur l’aspect international de l’anglais en dissimulent d’autres…

Le bilinguisme, bon pour les enfants?

Un autre argument proposé par les inconditionnels du bilinguisme est que celui-ci serait bon pour le développement cognitif des enfants. Manipulation.

En effet, d’affirmer bêtement que telle ou telle chose est « bonne pour les enfants » ne prouve absolument rien. Cette information n’est utile qu’en comparaison avec autre chose. De donner trois heures de cours d’anglais par semaine à des enfants et « rien » à d’autres ne prouve pas que l’anglais permet de davantage développer la pensée et l’intérêt du premier groupe. La seule preuve est que l’anglais est supérieur à « rien » ou à davantage des mêmes vieilles choses. Avec une telle logique, on peut démontrer n’importe quoi. Un enfant mangeant des vers de terre sera effectivement davantage en santé que celui qui ne mange rien du tout. Pure logique.

Or, les gains au niveau cognitif proviennent-ils véritablement de l’apprentissage d’une autre langue ou plutôt simplement d’un exercice intellectuel supplémentaire, s’additionnant aux autres cours?

Par exemple, plusieurs études ont démontré que l’apprentissage d’un jeu comme les échecs permet de développer la pensée cognitive et logique chez les enfants. L’une d’elles a comparé les résultats à un test de jeunes ayant suivi des cours à ceux qui ne les ont pas suivis. Ceux ayant suivi les cours ont obtenu un résultat de 68%, contre un maigre 44% pour les autres. Les auteurs de l’étude notent, en conclusion: « Le processus [cognitif] de lecture est similaire à celui du joueur d’échecs. Les joueurs d’échecs mettent en relation un haut niveau de connaissances et d’information à propos d’une position et une approche interactive quant à savoir quel coup jouer, ce qui est considéré très semblable à un mot ou une phrase lors de la lecture. Les processus cognitifs sont très semblables. »

Ainsi, l’apprentissage d’une seconde langue améliore peut-être les capacités cognitives, mais ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une de ses composantes inhérentes. C’est l’activité cognitive elle-même qui contribue à l’évolution du cerveau. Que ce soient les échecs, un jeu de mémoire ou d’autres, c’est l’activité intellectuelle elle-même qui fait progresser les enfants et non le fait d’apprendre l’anglais. Parler et écrire fait fonctionner notre matière grise, et en apprenant une seconde langue on contribue certes à améliorer ses capacités, mais on reste dans les limites de la parole et de l’écriture. Utiliser des langages « neutres » comme les échecs, les mathématiques ou le latin mène aux mêmes résultats. Ce n’est donc pas le bilinguisme qui aide les enfants, mais plutôt l’activité cérébrale diversifiée, qui peut être stimulée d’une foule de façon différentes.

Par ailleurs, une étude a démontré que les enfants bilingues ont un vocabulaire moins développé que les monolingues. Pire, leurs résultats peuvent en souffrir: « Il se peut que les enfants bilingues ne soient pas au même niveau que leurs pairs monolingues et que les apprenants d’une langue seconde qui ne parlent ni l’anglais ni le français à la maison n’aient pas acquis les habiletés nécessaires dans la langue d’instruction pour réussir à l’école. » (( Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, ©2006-2009 Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, Bialystok E, L’acquisition d’une deuxième langue, le bilinguisme pendant la petite enfance et leur impact sur le développement cognitif Précoce, ELLEN BIALYSTOK, Ph. D., York University, CANADA, (Publication sur Internet le 15 mars 2006) (Révisé le 9 février 2009) ))

Or, qu’est-ce que le vocabulaire, sinon la possibilité de faire du sens avec le monde, de comprendre l’environnement dans lequel nous vivons? Entre deux individus, l’un sachant qu’un chat est un chat et l’autre pour qui cet animal est « un animal à quatre pattes se frottant sur ses jambes, possède sa litière et se lèche tout le temps », qui possède la meilleure emprise sur le monde? Si à chaque fois que je parle d’un guéridon je dois parler de la petite table ronde avec un seul pied, ne suis-je pas moi-même un handicapé linguistique?

De plus en plus, on revendique une sorte de novlangue réduite et appauvrie. On nous présente cela comme une victoire, évidemment. Alexandre Duchêne, directeur de l’Institut du plurilinguisme suisse expose ce que constitue réellement le bilinguisme: « On doit en finir avec la définition normative, basée sur la maîtrise parfaite de deux langues, une vision élitiste de deux monolinguismes juxtaposés. Elle s’applique à un tout petit groupe. Mieux vaut retenir la définition fonctionnelle de l’usage régulier de deux langues, même avec des erreurs. » En clair, au lieu de maîtriser une seule langue, on en parle plusieurs « à peu près » et peu importe s’il faut douze mots pour en exprimer un seul. On nous vole une richesse et on a le culot de nous dire qu’on n’a rien perdu.

Soyons honnêtes: l’élite intellectuelle qui désire parler deux, trois, voire six langues, en profite largement. Elle est hyper-éduquée et la perte de qualité de chacune des langues peut être compensée par un fort désir de perfectionnement. Pour la majorité, cependant, l’apprentissage d’une langue seconde nuit à la qualité de la langue principale. Dans le contexte d’un Québec gangrené par l’analphabétisme et englué par son passé colonial où le joual et les expressions anglophones ont pris le dessus sur la bonne utilisation du français, faut-il réellement contribuer à abaisser davantage la qualité de l’utilisation de notre langue? Il faudrait peut-être commencer par bien savoir parler et écrire dans notre langue avant de penser en réduire la richesse en la mélangeant avec une autre, surtout si l’hégémonie historique de cette dernière la rend si dominante.

Dans tous les cas, l’anglais possède sa place au Québec. Au même titre que d’autres langues étrangères – espagnol, italien, russe, mandarin – elle peut être parlée et valorisée par l’élite, mais l’institutionnalisation du bilinguisme entraîne une dégénérescence de la qualité de la langue et une atrophie de la capacité des Québécois à bien se représenter le monde.

Il serait peut-être temps de davantage pratiquer son français avant qu’il ne devienne une langue morte sur l’autel de dévots du bilinguisme ayant oublié que la bonne connaissance d’une seule chose vaut infiniment mieux que celle, approximative, de quantité d’autres.

Le chêne, le roseau, et le rêve
8 décembre 2008

le-chene-et-le-roseauVoter, ce n’est pas seulement exprimer ce qu’on est, comme l’affirme la publicité du Directeur général des élections du Québec. Je n’aime pas qu’on ramène tout le temps toute forme d’action politique à ce que ça peut représenter pour soi, pour sa petite personne, pour son petit cul bien personnel. Oui, j’exprime ce que je suis quand je vote, mais je le fais tout autant quand je choisis de manger une salade plutôt qu’un sac de chips ou que j’essaie de limiter ma consommation d’alcool. Faire des actions seulement en fonction de ce que ça peut apporter à ce petit cul bien précieux porte un nom: égoïsme.

Évidemment, je ne suis pas naïf. Puisqu’on ne vote pas contre soi-même, en quelque sorte on vote pour soi. La véritable question consiste à se demander ce que représente ce « soi ». Est-ce que ce que je suis n’est que personnage physique, futile et mortel, dont la mission est de se gaver et de jouir de la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou bien mon existence a-t-elle un autre but, et se prolonge-t-elle en fonction des idées et des valeurs que je transmettrai à mes enfants? La voilà, la vrai question.

Je ne vote donc pas pour exprimer ce que je suis, mais surtout pour matérialiser ce futur que je souhaite pour moi et pour mes descendants, qui sont, d’une certaine manière, mon prolongement, mon assurance d’éternité.

J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui ne veulent pas voter. Ma Gaby, ma propre Gaby à moi, celle pour qui j’irais pelleter une tempête de cailloux sur la lune en échange d’un sourire, ne veut pas voter. Je l’ai trainée la dernière fois lors des élections fédérales, et j’ai réussi à la convaincre de venir annuler son vote aujourd’hui. Pour elle, c’est une perte de temps. Je vais la chercher au travail en voiture, lui sauvant ainsi une heure de « transpire en commun » (dixit Sol), et je lui demande un petit dix minutes pour notre futur et celui de nos enfants. Dix minutes, c’est tout. Mais ça semble trop.

Je ne lui en veux pas. J’ai appris à respecter ce qu’elle est et à profiter de ce repos politique qui fait de notre appartement un havre de paix politique rarement troublé par les folies de Stephen Harper ou Jean Charest. Je ne lui en veux pas; elle a toujours perçu le monde de la politique comme un monde froid, distant, calculateur, mensonger, hypocrite, adulte. Elle ne désire pas entrer dans ce moule, préférant utiliser ses talents d’imagination pour vivre dans un monde différent. Et moi, je suis le triste clown qui doit lui rappeler que la vie est souvent plate, injuste, et qu’on doit se battre pour que les choses s’améliorent dans le sens de nos valeurs. Je dois lui rappeler combien de gens sont morts pour la démocratie. Je dois lui expliquer que si les gens se désintéressent de la politique la politique ne se désintéressera pas d’eux pour autant!

Mais j’ai parfois l’impression de prêcher dans un désert de cynisme.

Alors, je lui ai sorti mon argument-canon: « pense à nos enfants, ceux du futur, quel monde veux-tu pour eux? Elle me répondit qu’elle savait s’adapter à toutes les situations. On se complète bien elle et moi; elle représente le pouvoir d’adaptation à la puissance dix et je suis ce chêne dans la chanson des Cowboys-Fringants, celui qui se tient debout et reste ancré dans ses positions et ses valeurs même devant les pires vents. Sauf que parfois, l’adaptation a ses limites, et je lui répondis donc que si les serfs au Moyen-Âge s’étaient adaptés à « toutes les situations » on en serait encore à subir le droit de cuissage et on vivrait comme des gueux à se demander qui du cochon ou de ses enfants aux dents pourries a la pire haleine.

En somme, je ne vote pas pour moi, même si j’apprécie de vivre selon mes valeurs. Je vote pour le futur, mon futur, celui de mes enfants, et si je respecte l’apolitisme de ma bien-aimée, je chéris toujours l’ambition de la convaincre que de donner dix minutes de son temps une fois de temps en temps pour une cause pour laquelle des millions d’humains comme nous ont donné leurs vies et qui déterminera le futur de nos enfants constitue la seule chose morale à faire.

Je vote pour moi? Non. Je vote pour elle, et pour que nos rêves deviennent réalité. J’y trouve mon compte, mais je l’inclus, elle et tous les citoyens du Québec, dans cette rêverie.


Même si Jean Charest gagnera vraisemblablement ce soir, je trouverai du plaisir dans la défaite d’un PQ beaucoup trop à droite, d’une ADQ et de ses idées passéistes, et j’espère de tout coeur que Québec Solidaire ne fera PAS élire de députés; nous n’avons pas besoin d’un parti sexiste, discriminant systématiquement les hommes, dans notre Assemblée Nationale.  Vivement un meilleur parti de gauche aux prochaines élections, un parti qui reconnaît que l’égalité des sexes a été atteinte et que nous devons désormais lutter contre des discriminations… contre les hommes!  Vivement un parti qui ne choisit pas ses candidats en fonction du sexe, mais en fonction de leurs compétences.  Vivement la mort de Québec Solidaire… et que de ces cendres puisse renaître un parti qui se soit débarrassé de ses reliques sexistes d’un autre temps.

Avec Québec Solidaire au pouvoir, sérieusement, auriez-vous envie d’avoir un garçon, vous, sachant qu’il serait systématiquement infériorisé et discriminé tout au long de sa vie?

La langue sur le poteau
21 novembre 2008

Je me questionnais dernièrement sur le blogue de Neil Obstat quant à savoir pourquoi je recevais moins de commentaires sur mon nouveau carnet que sur l’ancien blogue. Neil m’a répondu que ces temps-ci il avait moins la tête à la politique et que ça expliquait son absence de mon carnet.

Ainsi, suite à cet aveu de sa part et à une certaine réflexion, j’en suis venu à la conclusion suivante:je dois peut-être faire quelques changements pour réatteindre l’équilibre que je me suis fixé et que j’ai expliqué dans mon billet-hommage à Jimmy:

« On doit être au pivot entre expression personnelle et reconnaissance des autres. »

Et peut-être qu’au fond, je me sens un peu seul sur mon carnet dernièrement, moi qui pouvait y lire des dizaines et des dizaines de commentaires sur l’ancien blogue et qui aujourd’hui doit me contenter de commentaires d’une qualité certes supérieure, mais numériquement moins importants. Faut dire, j’ai pris la décision d’écrire moins souvent, et de n’écrire que quand j’avais réellement quelque chose à dire. Je dois donc être coupable. En partie.

Pourtant, j’adore la dynamique sur mon carnet actuellement. Les commentateurs sont très intéressants, et j’ai le plaisir de lire les courriels de Nathalie et d’autres en privé. C’est stimulant une discussion qui ne finit pas constamment par une engueulade de 75 commentaires où le premier qui gagne est celui qui réussit à écoeurer l’autre au point où ce dernier a envie de lancer son clavier par la fenêtre.

Néanmoins, j’émets deux hypothèses pour expliquer la baisse d’affluence sur le carnet: la rapidité du site et le fait que je ne parle pas beaucoup de moi-même, me contenant de parler de politique.

D’abord, la rapidité. J’ai introduit de la publicité sur le carnet pour une raison bien simple: je désire changer de serveur d’ici mars prochain et j’aimerais être capable de me faire un beau 8$/mois pour me payer un peu plus de vitesse. Je trouve le site lent, et je suis avec haute vitesse. Alors, je me demande ce que certains doivent en penser, quand ils naviguent en 56k. Ça doit être long longtemps.

L’autre hypothèse m’est venue non seulement en lisant Neil, mais également en visionnant un billet de Noisette Sociale, où celle-ci parle de son enfance et du fait qu’elle était choisie la dernière au ballon-chasseur. Sans tomber dans l’exhibitionnisme, je me suis dit que je pourrais parler un peu plus de moi et ne pas seulement parler de politique, même si à mon avis tout dans la vie est politique (et je mets quiconque au défi de me prouver le contraire). Je vais donc faire un petit effort, mais ce ne sera pas facile.

Allons donc, je me lance.

Recommençons.


La fois où je me suis collé la langue sur le poteau

langue_sur_le_poteau_en_hiverJe devais être en quatrième année, dans cette grande cour d’école entourée d’arbres d’une ville quelconque de banlieue, et je jouais au soccer avec mes camarades de classe. J’étais toujours gardien de but au soccer, été comme hiver, et dans la ligue municipale j’étais foutrement bon; je les arrêtais avec les mains, les pieds, les genoux, la tête, en plein visage ou même avec le derrière. J’avais même été invité à jouer dans une ligue élite, mais mes parents ne voulaient pas aller me reconduire trop loin. M’enfin, j’étais le gars qui protégeait le grillage d’acier contre le ballon. Et j’aimais foutrement ça.

Un jour qu’il faisait froid à se faire rentrer le zizi à l’intérieur et que la cloche avait sonnée, j’ai eu la brillante idée de me demander ce que ça ferait si je collais ma langue sur le poteau de la clôture. Vous savez, ce genre d’idée que peut seulement avoir un enfant de dix ans sous-stimulé et un peu trop curieux. À dix ans, on est à l’époque intermédiaire entre l’action sans réflexion et la réflexion qui peut annuler l’action; bref on réfléchit, on trouve probablement ça stupide, puis on le fait quand même. Alors je n’ai pas trop réfléchi et j’ai sorti la langue puis je l’ai collée sur toute la longueur sur le poteau frigorifié.

Jusque là, tout allait bien.
« Louis, viens-t’en, la récré est finie! »
– Arrgh, ga-ga, argh que j’ai répondu, en réalisant soudainement que je m’étais foutu dans une position plus qu’inconfortable.
– Arrête de me faire perdre mon temps, mets-toi en ligne comme tout le monde!
– Aargh, ga-ga, argh. Puis, ce qui ne pouvait s’émanciper par la bouche devait le faire autrement; les larmes commençaient à rouler sur mes joues patinées par le froid, chaudes, stupides, pour me rappeler qu’être le meilleur de ma classe et d’être considéré par plusieurs comme un surdoué ne me mettait pas à l’abri des pires idioties. Et c’est à l’amer contact de ces larmes sur ma lèvre supérieure que j’ai compris que j’avais le choix: continuer à pleurer et à avoir l’air fou devant une partie de l’école, ou bien prendre mon courage à deux mains et tirer d’un seul coup. Ce n’était plus seulement ma langue qui était en jeu, mais mon futur, ma capacité à faire face à l’adversité et à prendre des décisions douloureuses mais nécessaires pour éviter le déplaisir de la honte.

Et j’ai tiré.

Et les larmes qui perlaient paresseusement sur ma joue quelques secondes auparavant faisaient maintenant l’impression d’un ruisseau en été devant le torrent qui suivit. Des larmes que je m’efforçais d’étouffer, une douleur violente et cruelle que je gardais bien en moi, sans faire un son, me contenant de renifler silencieusement comme tout garçon de cet âge sait qu’il doit le faire. Quand on a dix ans, on se doit de suivre le code d’éthique de la cour d’école et ne pas pleurer. Ou du moins, se cacher quand on le fait.

Je suis rentré après tout le monde, les yeux bouffis et incapable de faire autre chose que de zézayer péniblement. Et quand je suis entré dans la classe, je me souviendrai toujours de ce que ma professeure m’avait dit, cette vieille frustrée et au regard méprisant, qui me lançait, devant toute la classe: « Hon, c’est quoi ces grosses larmes de crocodile! ». Et à ce moment-là j’ai cru savoir. J’ai cru comprendre que si jamais je devais devenir violent et me venger, je la ferais payer en premier. Elle, et tous ceux qui ont ri en premier.

Et pourtant, la semaine d’après, ma langue allait mieux, je continuais d’être premier de classe et mon souvenir de cette blessure sur ma langue s’affadissait, de même que celui de la honte et du ridicule qui m’avaient accablé. La vie devait continuer, peu importe les blessures du passé, et la vraie faiblesse aurait été d’en tenir rigueur et de se dire que c’était autre chose qu’une sordide histoire de cour d’école.

Car si les enfants peuvent être cruels, ils ont aussi la capacité d’oublier. Chose qui semble se perdre en vieillissant.

Quoi que parfois, on aimerait retourner en arrière, se sortir un peu les mains des poches et donner les quelques coups de poings qui auraient facilité la suite.

Comme pour la langue sur le poteau, des fois il vaut mieux souffrir un bon coup plutôt que de continuer à souffrir en silence.

De l’utilité sociale de la pédophilie
28 octobre 2008

Je lisais cette nouvelle où on apprend qu’une fillette de sept ans a été enlevée, violée, puis ramenée simplement une heure plus tard à son école. J’entends déjà en sourdine l’écho plaintif des faiseurs d’opinions réclamant davantage de répression et la fin des sempiternelles « sentences-bonbons ». Et si la vérité était ailleurs. Pire, ou mieux, et si les pédophiles avaient une utilité sociale?

On s’entend, personne ici ne va approuver la pédophilie. S’en prendre à un être sans défense, qui commence dans la vie, et le handicaper durablement en lui faisant connaître ce qu’il est trop jeune pour avoir besoin de connaître, c’est purement mal. Mais le mal peut-il être utile?

Par exemple, si personne ne souhaite avoir un cancer, sans l’explosion des cas de cancer depuis plusieurs décennies on fumerait toujours la cigarette dans les écoles. Sans l’accroissement des crises cardiaques et de l’obésité morbide, on n’aurait pas commencé à limiter la malbouffe. Sans Tchernobyl, aurait-on entrepris de mieux sécuriser l’énergie nucléaire? Mais encore: sans les épidémies de pestes buboniques, aurait-on commencé à appliquer de meilleures règles d’hygiènes? Et sans nos ancêtres préhistoriques qui ont brûlé vifs lors d’un incendie de forêt, aurait-on découvert la maîtrise du feu?

Ce que je dis ici, c’est que de tout événement négatif naît la possibilité d’un résultat positif. L’événement négatif ne peut être blâmé sans cesse pour ce qu’il est, mais plutôt acclamé pour les changements qu’il nous force à apporter.

À quoi aurait-il donc servi à nos prédécesseurs de blâmer le feu qui les brûle ou plus tard la maladie qui les frappe, à sacrifier des moutons ou des sorcières pour apaiser les Dieux en furie et faire couler la pluie ou arrêter l’épidémie par chance? À rien. L’eau qui épuise l’incendie et le force en retraite n’empêche pas le feu de revenir, pas plus que la fin d’une épidémie ne conjure le retour d’une autre.

L’Homme doit apprendre à s’adapter et à changer ce qu’il le rend vulnérable aux périls.

Ainsi, la solution au problème de la pédophilie n’est peut-être simplement pas d’emprisonner les pédophiles. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Il faudrait possiblement comprendre en quoi nos enfants sont devenus plus vulnérables qu’ils ne l’étaient autrefois, si tel est effectivement le cas.

Par exemple, autrefois, dans nos campagnes, les enfants étaient beaucoup plus souvent à la maison ou chez des proches. Ils aidaient pour les travaux avec la famille, les garçons avec leur père, les fillettes avec leur mère, et les sorties étaient plus encadrées, ou du moins elles avaient lieu dans un univers moins spacieux, plus simple. Les enfants avaient leurs moments de liberté, mais celle-ci s’exprimait dans un contexte où les gens se connaissaient davantage.

Aujourd’hui, par contre, c’est l’époque de la clef dans le cou, de l’autobus jaune ou bleu, des inconnus hasardeux qu’on aperçoit subrepticement derrière une triste clôture argentée. Plus personne ne se connaît, plus personne ne se parle. Un inconnu peut arrêter sa voiture, embarquer une fillette de sept ans, lui mettre son pénis dans la bouche ou à d’autres endroits infâmes et la laisser partir une heure plus tard pour aller chez une amie en lui disant « salut ma lolotte oublie-pas de te laver la figure » et personne ne se rend compte de rien. Nous sommes étrangers les uns pour les autres. Et c’est grâce à notre désunion et notre indifférence que peuvent prospérer de telles violences.

Conséquemment, avant de réclamer des peines toujours plus sévères pour les pédophiles comme d’autres ont brûlé des sorcières contre la peste, il faudrait peut-être mieux se regarder soi-même, passer davantage de temps avec nos enfants et leur offrir un futur où ceux-ci puissent se sentir en confiance toute la journée.

Car on aura beau arroser le feu, le piétiner, lui lancer de la chaux, l’insulter, lui cracher dessus, mettre de la terre sur lui, l’isoler ou lui couper l’oxygène, il reviendra toujours. Le problème n’est pas la pédophilie, mais notre mode de vie. Et y a pas de peines plus sévères, de castration, de registre public ou d’affichage de photos qui pourront régler ça.

Se choquer et s’indigner devant l’inacceptable, c’est facile. Se remettre en question, et essayer de changer un quotidien un peu trop impersonnel et compliqué qui nous rend vulnérables, voilà un défi plus épineux.

Nous sommes immortels
26 juillet 2008

Dans tout le débat ayant entouré la venue de Paul McCartney à Québec dans le cadre du 400e anniversaire de la fondation de la ville, plusieurs sympathisants de Sir Paul ont utilisé un argument passablement dangereux et sur lequel il convient de s’attarder.

En clair, on dit ceci: « La défaite de 1759 c’est de la vieille histoire, c’est du passé, personne de nous n’y étions, cessez de vivre dans le passé et vivons dans le présent ». Je paraphrase, mais voilà en quoi consiste grossièrement l’argument, repris notamment par le très irrévérencieux Mario Roy dans son dernier texte (qui, à mon avis, ne vaudrait même pas le papier sur lequel on l’imprimerait), et qu’on voudrait définitif pour discréditer ceux qui attachent de l’importance à leur Histoire.

J’aurais envie de leur poser la question: si pour vous la vie commence avec votre naissance et termine à votre mort, c’est-à -dire si rien n’existe en-dehors de votre petit vous, pourquoi auriez-vous des enfants? Pourquoi dépenseriez-vous des milliers de dollars pour des jeunes qui vous survivront? Si vraiment le passé n’a pas d’importance, êtes-vous prêts à accepter que vos enfants vous traitent de vieux débris, vous stationnent dans un centre d’accueil miteux et vous oublient, vous et vos vieilles valeurs d’un autre temps?

Au contraire, je crois que l’acte-même de mettre un enfant au monde constitue une croyance que le passé influe sur le présent et le futur; nous sommes éternels parce que nous avons des enfants qui auront des valeurs, des idées, un passé à porter. Nos enfants ne naissent pas vierges de valeurs ou d’idéologies, de passé ou d’avenir; ils sont la combinaison de nos valeurs, de nos espoirs pour le futur; ils sont un judicieux mélange d’histoire et de libre-arbitre. Ils nous permettent de projeter notre existence dans le futur et d’assurer la pérennité de nos idées dans un monde où nous n’existerons plus physiquement. Ils ont le choix des idées et des causes qu’ils épousent, mais ils sont porteurs de nos valeurs et de nos croyances.

Si on écoutait tous les Mario Roy de ce monde, pour qui toute forme de nationalisme découlant d’un mythe fondateur est « contre-productif » et « revanchard », non seulement on ne ferait plus d’enfants, mais on ne penserait notre monde qu’en fonction du présent immédiat (puisque le futur, pour Mario Roy et ses sectaires, n’existe pas plus que le passé).

Nous serions inévitablement de droite, contre une redistribution de la richesse, puisque les pauvres sont extérieurs à nous; la société dans laquelle nous vivons n’existerait pas; seule compterait notre vie à nous. Nous ne ferions rien pour notre environnement puisque nous ne croyons ni au passé ni au futur et que ceux qui viendront après nous sont extérieurs à nous; ils ramasseront les pots cassés, on s’en fout, puisque le passé et le futur n’existent pas.

Nous ne serions que de petits nombrils égoïstes attendant de se faire gratter.

C’est ça que propose Mario Roy, et c’est ça que sont ceux qui rejettent notre histoire et notre passé. Car c’est de la connaissance du passé et de l’identification à une histoire commune que nait la réalisation d’un destin commun et c’est à partir de ce destin commun qu’est possible toute forme d’action qui nous transcende, généreuse envers l’autre qui fait partie du même destin que nous, qui se trouve à l’intérieur de notre Histoire.

Ainsi, ceux qui rejettent le rà´le historique des mythes fondateurs, des mythes qui animent et inspirent tous les peuples de la Terre, se condamnent dans un présent égoà¯ste où l’autre n’est plus un frère de destin mais un individu étranger, déconnecté, et auquel il n’y a pas la moindre affiliation historique. Bref, en refusant de reconnaître que nous sommes porteurs d’un passé, de valeurs héritées de ce passé, et que le présent n’est que la continuation et l’expression temporaire temporelle de ces valeurs, une sorte de parenthèse entre l’Histoire et le Futur, ils se placent eux-mêmes à l’extérieur de l’Histoire, en-dehors de toute forme d’identification à une cause commune porteuse d’avenir.

En rejetant le passé, ils se condamnent au silence puisque le futur n’existe que pour ceux qui ont conscience de l’immortalité non seulement de leurs enfants, mais de leurs valeurs, et qui réalisent l’importance des événements marquants du passé pour organiser le futur. Pour Mario Roy et ses copains, la vie commence à la naissance et se termine à la mort.

Pour nous tous, qui croyons dans un destin commun, qui sommes porteurs des valeurs de nos ancêtres et sommes le relais de l’Histoire, nous sommes immortels.

Les profits avant les enfants
16 juin 2007

Sur l’ensemble des plaintes déposées au premier trimestre de 2007 au ministère québécois de la Famille, 84% concernaient des garderies privées subventionnées. Les parents qui se sont plaints reprochent surtout les économies « de bouts de chandelles », une mauvaise nourriture, de faibles portions, une hygiène déficiente et le faible ratio d’éducateurs.

Mais faut-il réellement se surprendre de cette situation?

En effet, n’oublions pas que le but du privé est d’engranger des profits. On n’est pas propriétaire d’une entreprise pour le plaisir de l’administrer et de ne jamais faire d’argent. On veut que ça rapporte. Et quand notre matière première c’est les enfants des autres, il n’y a que deux façons d’augmenter la marge de profits: diminuer les coûts de fonctionnement ou augmenter les entrées d’argent.

Dans le premier cas, on décide de moins nourrir les enfants en espérant que ça ne paraisse pas trop; quelques dollars de sauvés par ici ou par là. On augmente la quantité d’enfants par éducateurs pour ne pas payer trop en salaires. On n’investit pas vraiment dans l’hygiène; ça fait toujours ça de savon d’économisé. Bref, on réduit le service auquel les enfants ont droit pour sauver de l’argent.

Dans le deuxième cas, c’est actuellement impossible, puisqu’il y a un prix plafond fixant le maximum qui peut être exigé d’un parent pour son enfant dans une garderie privée subventionnée. Mais la situation serait-elle meilleure sans cette limite? On peut en douter sérieusement. Certes, les plus nantis pourraient avoir accès à davantage de garderies de luxe à 75$ la journée avec un ensemble d’avantages pour leurs enfants, mais la vaste majorité de la population – classe moyenne incluse – y perdrait au change, devant payer davantage de sa poche pour un service auquel elle a droit.

En définitive, le gros problème dans les garderies actuellement, c’est que le gouvernement n’a jamais eu le courage de s’attaquer sérieusement aux garderies privées en les forçant soit à être rentables par elles-mêmes, soit à fermer leurs portes. Bref, à arrêter de s’abreuver aux mamelles de l’État en exigeant des subventions pour avoir le loisir d’accueillir nos tout-petits.

Nous avons la chance au Québec d’avoir un système de Centres de la Petite Enfance (CPE) qui fait l’envie de toute l’Amérique du Nord. Les parents peuvent confier leurs enfants en toute sécurité à des éducateurs et éducatrices de qualité, professionnels, qui n’ont d’autres tâches à accomplir que de s’occuper des enfants du mieux possible.

Des éducateurs qui n’ont pas comme mission d’économiser de l’argent sur le dos des enfants afin de satisfaire la marge de profit des propriétaires de garderies privées subventionnées…

Pour le bien des enfants, ne serait-il pas temps d’arrêter de subventionner ces garderies et de se servir de l’argent économisé pour développer le réseau de CPE?