Ignatieff n’a rien compris
22 décembre 2009

Michael Ignatieff affirme avoir compris le message. Après avoir promis, il y a quelques mois à peine, de défaire le gouvernement Harper à la première occasion, voilà qu’il promet aux Canadiens de ne pas défaire le gouvernement Harper en 2010. Il n’a vraiment rien compris.

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La politique, c’est un peu comme un mariage; on ne peut pas faire vœux d’éternité en pensant que la majorité des mariages se terminent par un divorce – même si c’est le cas. Il faut faire semblant d’y croire; il faut à tout le moins essayer de faire fonctionner le couple pour le mieux-être de chacun. Le parlement constitue cet espèce de mariage bizarre à plusieurs qu’ont choisi les Canadiens. On peut ne pas être d’accord, on peut considérer que ses adversaires politiques ne sont pas dignes – et Stephen Harper le prouve au quotidien – mais la population a demandé au mariage forcé de fonctionner. Le couple ne se sépare qu’après avoir tout essayé, et non pas parce qu’un des protagonistes croit pouvoir tirer un avantage matériel d’un divorce bien planifié. Voilà pourquoi la cote de popularité de Ignatieff a dramatiquement chuté lorsqu’il a annoncé son intention de défaire les Conservateurs: il n’a pas suivi le rythme normale de la cohabitation imposée par le vote des Canadiens.

Or, en affirmant qu’il allait ne pas les défaire au cours de l’année 2010, il commet exactement la même erreur, mais à l’inverse. Il tente encore une fois d’imposer un rythme non-naturel à la relation parlementaire. Il agit un peu comme agirait un homme ou une femme qui, dans un couple, affirmerait à l’autre que le couple pourrait être victime de la pire violence, des plus tragiques trahisons, des pires manigances, mais qu’il ne pourrait jamais se scinder. En d’autres mots: on donne carte blanche à ses adversaires et on déclare solennellement son incapacité à agir sur le réel en s’emprisonnant dans une relation pouvant se détériorer à chaque instant.

En fait, en agissant de la sorte, Ignatieff démontre non seulement son manque de flair politique, mais également son incapacité à suivre le rythme de la population. Obnubilé par ses propres intérêts quant à la possibilité de défaire ou non le gouvernement en fonction des sondages, il oublie l’intérêt des Canadiens qui ont voté pour lui. Bref, il se croit si clairvoyant, si intelligent, si supérieurement intellectuellement génial qu’il donne l’impression du marié planifiant son divorce en pleine lune de miel. Ses critiques le disent froid, cérébral, calculateur, mais en tentant de décider froidement du meilleur moment de déclencher ou non des élections, il le prouve.

Renverser un gouvernement – ou divorcer – implique d’avoir tout essayé pour éviter d’en arriver là et de conclure à l’existence de profondes divergences ne pouvant trouver de solution dans la cohabitation actuelle. Si Ignatieff passait un peu plus de temps à critiquer le bouffon qui nous sert de premier ministre et à expliquer en quoi un gouvernement libéral agirait différemment, bref s’il donnait l’impression que son parti et celui de Harper étaient réellement différents tant sur le fond que sur la forme, le moment de déclencher des élections viendrait par lui-même.

En s’improvisant grand alchimiste des désirs des Canadiens et en faisant passer les intérêts de son parti avant ceux des idées qu’il doit au moins faire semblant de défendre, il a réussi là où peu auraient cru le voir réussir il y a peu: faire pire que Stéphane Dion.

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Le vote ethnique en statistiques
3 novembre 2009

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que les anglophones et les allophones montréalais ont voté d’une manière ethnique le 1er novembre, ce n’étaient pas des mots en l’air. On peut presque faire un copier-coller des arrondissements et districts largement anglicisés et les superposer aux résultats pour Union Montréal (UM).

vote-ethnique-stats

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Regardez le tableau ci-dessous:Ce tableau est basé sur des résultats qui sont parfois fragmentaires, mais plus de 85% des votes ont été compilés dans chaque district (et souvent il ne manquait qu’une boîte de scrutin ou deux), ce qui signifie que ces chiffres sont extrêmement près des résultats finaux. Le pourcentage ded non-francophones a été normalisé en fonction des réponses multiples, basées sur le recensement de 2006 et tenant compte de la langue utilisée à la maison. La même méthode qu’ici a été utilisée.

Arrondissements Districts électoraux % non-francophones % Union Montréal %Vision Montréal %Projet Montréal
Arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville 38.1% 33.0% 32.0% 35.0%
Sault-au-Récollet 26.2% 24.4% 32.0% 31.3%
Saint-Sulpice 39.1% 35.6% 35.2% 29.3%
Ahuntsic 26.2% 32.8% 32.9% 34.3%
Bordeaux-Cartierville 57.9% 37.7% 32.0% 25.3%
Arrondissement d’Anjou 22.0% 55.4% 29.4% 15.2%
22.0% 51.4% 31.6% 17.1%
Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce 69.4% 52.2% 17.1% 26.0%
Darlington 74.9% 43.5% 14.8% 21.6%
Côte-des-Neiges 42.3% 42.0% 22.0% 33.7%
Snowdon 77.5% 59.8% 15.7% 17.8%
Notre-Dame-de-Grâce 63.6% 32.3% 22.0% 41.8%
Loyola 83.2% 33.5% 7.4% 19.6%
Arrondissement de Lachine 36.7% 63.3% 19.0% 17.7%
36.7% 57.9% 19.2% 22.9%
Arrondissement de LaSalle 57.4% 49.2% 26.9% 11.3%
Sault-Saint-Louis 49.5% 48.3% 24.5% 12.1%
Cecil-P.-Newman 64.3% 45.8% 23.9% 13.0%
Arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève 38.6% 55.9% 22.7% 18.0%
Arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve 13.5% 22.3% 52.4% 25.3%
Tétreaultville 11.3% 23.4% 45.6% 31.0%
Maisonneuve–Longue-Pointe 10.2% 20.1% 53.6% 26.3%
Hochelaga 10.2% 12.9% 57.3% 29.8%
Louis-Riel 24.1% 31.0% 39.8% 25.7%
Arrondissement de Montréal-Nord 31.1% 40.3% 26.0% 14.4%
Marie-Clarac 29.0% 37.8% 31.2% 16.1%
Ovide-Clermont 31.5% 49.3% 26.4% 11.9%
Arrondissement d’Outremont 32.0% 45.9% 30.0% 24.1%
Arrondissement de Pierrefonds-Roxboro 65.4% 53.2% 13.2% 33.6%
Est 62.9% 49.8% 23.7% 26.6%
Ouest 68.5% 54.2% 13.6% 32.2%
Arrondissement du Plateau-Mont-Royal 28.9% 25.8% 27.2% 44.7%
Mile-End 36.6% 21.0% 28.5% 47.5%
DeLorimier 10.2% 12.8% 35.8% 49.5%
Jeanne-Mance 40.7% 22.0% 29.4% 39.9%
Arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles 26.2% 40.7% 36.5% 19.9%
La Pointe-aux-Prairies 23.0% 35.6% 40.6% 23.8%
Pointe-aux-Trembles 5.1% 25.5% 50.1% 21.5%
Rivière-des-Prairies 51.7% 59.6% 23.0% 17.4%
Arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie 26.2% 31.7% 35.6% 32.7%
Saint-Édouard 19.9% 19.7% 30.9% 46.7%
Étienne-Desmarteaux 13.3% 22.7% 37.8% 39.5%
Vieux-Rosemont 13.5% 23.6% 42.4% 34.0%
Marie-Victorin 23.0% 31.5% 45.2% 23.4%
Arrondissement de Saint-Laurent 64.7% 72.9% 13.4% 13.7%
Côte-de-Liesse 64.3% 67.9% 16.4% 15.8%
Norman-McLaren 65.1% 57.3% 20.2% 16.8%
Arrondissement de Saint-Léonard 57.2% 69.6% 11.4% 7.5%
Saint-Léonard-Est 56.1% 63.5% 14.6% 12.2%
Saint-Léonard-Ouest 58.3% 66.7% 13.6% 7.9%
Arrondissement du Sud-Ouest 36.6% 28.2% 28.3% 19.2%
Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe-Saint-Charles 42.8% 28.44% 30.2% 28.3%
Saint-Paul–Émard 30.0% 38.2% 37.6% 24.2%
Arrondissement de Verdun 33.1% 40.1% 31.7% 22.2%
Champlain–L’Île-des-Soeurs 33.1% 36.6% 35.1% 22.9%
Desmarchais-Crawford 33.7% 38.6% 30.4% 23.5%
Arrondissement de Ville-Marie Peter-McGill 76.9% 38.4% 12.2% 13.8%
Sainte-Marie 16.4% 20.4% 0.0% 64.3%
Saint-Jacques 31.4% 26.0% 40.7% 29.9%
Arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension 47.6% 31.7% 39.9% 24.2%
Saint-Michel 48.2% 43.4% 37.1% 13.4%
François-Perrault 41.2% 36.3% 32.2% 28.0%
Villeray 21.0% 17.3% 26.7% 54.2%
Parc-Extension 80.6% 50.6% 23.4% 13.2%

On le constate, sur les 27 conseillers de villes ayant été élus dans des districts où plus de 40% de la population ne parle pas le français à la maison, 23 portaient les couleurs d’Union Montréal, contre seulement deux pour Vision Montréal (VM) et Projet Montréal (PM). Le vote non-francophone fut donc tout à fait prévisible et monolithique; qu’importe les scandales et la corruption, les non-francophones ont voté pour Gérald Tremblay.

En fait, si on applique une corrélation linéaire en comparant les données totales du pourcentage d’anglophones dans chaque district et du niveau total de vote pour Vision Montréal, on obtient un résultat de -0.71. À 1, la corrélation est totale, à 0 elle est nulle, à -1 elle est entièrement inversée; au-dessus de 0.70, elle est très forte. Statistiquement, la corrélation entre la non-francité des électeurs et le vote pour Vision Montréal indique donc que le fait d’être allophone ou anglophone constitue un facteur déterminant incitant à ne pas voter Vision Montréal. Ou, autrement dit, que le vote de ces individus en fut un basé sur leur appartenance linguistique ou ethnique. Bref, un vote à la limite du racisme.

À l’opposé, les Québécois ont voté d’une manière très ouverte et diversifiée. Dans les seize districts comportant moins de 25% de non-francophones, ils ont élu deux conseillers de Union Montréal, six de Projet Montréal et huit de Vision Montréal (une de ces victoires de PM fut dans le district où Labonté s’est retiré). Il n’y a absolument aucune corrélation significative entre le fait d’être francophone et d’avoir voté pour un parti ou un autre.

Par ailleurs, en compilant ces données, j’ai découvert une injustice quant au pouvoir politique des francophones dans la ville actuelle. Considérant qu’il y a 1 100 206 électeurs inscrits sur la liste électorale et qui doivent voter pour 64 conseillers de ville, cela donne une moyenne de 17 191 électeurs par conseiller. Bref, chaque conseiller représente une moyenne d’un peu plus de 17 000 citoyens.

Or, les arrondissement à large majorité francophone sont désavantagés. Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, chaque conseiller de ville représente 19 249 citoyens, dans Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles, 19 398, et dans Rosemont-La-Petite-Patrie, 19 360 électeurs. À l’opposé, des arrondissements à plus forte population non-francophone ont moins de citoyens par conseiller: 16 906 pour Ahuntsic-Cartierville, 15 905 pour Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, 13 150 pour l’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, 15 151 pour Pierrefonds-Roxboro. Concrètement, le vote d’un Québécois dans un arrondissement où les francophones sont plus nombreux vaut moins que celui d’un anglophone ou d’un allophone dans un autre arrondissement. Le résultat électoral n’aurait pas été dramatiquement différent sans cette injustice, mais il serait intéressant de la noter pour l’avenir.

La honte la plus totale

Aujourd’hui, à cause du vote monolithique d’une minorité souvent imperméable aux efforts de francisation et d’un système politique défavorisant la représentation des arrondissements à forte majorité québécoise, nous nous retrouvons avec Gérald Tremblay à la tête de la ville. Nous sommes la risée du monde entier parce que nous avons failli à la tâche de nous unir et de prendre en considération, nous aussi, les enjeux linguistiques et identitaires sous-jacents. Nous avons cru que nous pouvions évacuer du débat ce qui crève pourtant les yeux de n’importe quel touriste débarquant au centre-ville: la profonde division linguistique de cette ville et le malaise identitaire durable qui y perdure, engendrant d’innombrables petites guerre larvées pour un oui ou un non.

Cette élection de Gérald Tremblay constitue peut-être un véritable cadeau du ciel. C’est l’occasion inespérée pour les Québécois de réaliser qu’ils feraient mieux de se regrouper politiquement dans un parti ne se contentant pas de parler de tramways et de rues piétonnes, mais qui les représente identitairement. Un parti qui serait capable de se concevoir autrement que comme un fourre-tout multiculturel où les Québécois ne constitueraient qu’une ethnie comme une autre. Un parti qui s’assumerait comme francophone et dont le chef n’aurait pas à s’excuser d’exister à toutes les deux phrases comme une Louise Harel pathétique qui adressait ses remerciements en anglais à la suite de sa défaite. Un parti qui considérerait Montréal comme le prolongement de l’identité québécois plutôt que comme une excroissance mondialisée où tout ce qui nous représente doit être éradiqué sur l’autel de la sacro-sainte liberté de minorités refusant de partager nos valeurs.

Si c’était à refaire, vous croyez que Louise Harel militerait pour les fusions municipales, maintenant que la seule grande ville francophone d’Amérique du Nord est passée sous contrôle anglophone? Ceux-ci nous donnent une leçon. Ils ont pris l’Hôtel de ville simplement parce qu’ils ont osé voter pour ce qu’ils sont dans un système municipal les favorisant.

À quand notre tour? Faudra-t-il attendre que le français disparaisse complètement avant de réagir et de porter au pouvoir un maire nous rendant fier d’être à la fois Montréalais et Québécois?

La ville-monde
24 octobre 2009

À une semaine des élections municipales, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. En fait, je suis perdu comme un étranger téléporté dans une ville du bout du monde et aux individus parlant une langue qui me serait incompréhensible. Plus je lis les programmes des trois partis qui s’affrontent dans mon district, plus je me sens étranger. Étranger dans ma propre ville. Oublié par des partis municipaux empêtrés dans leurs dogmes multiculturels et insensibles à la réalité la plus criante de toutes: l’anglicisation de notre ville. La dépossession de notre ville. Cette métropole qui fut la nôtre et qui, de jour en jour, devient celle des anglophones et des allophones.

ville-monde

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Bravo, M. Bergeron, pour vos projets verts! Bravo pour vos connaissances en urbanisme! Bravo Mme. Harel pour votre désir de « redémarrer Montréal » et d’y assainir la vie publique! Mais une ville, est-ce seulement une question d’urbanisme et d’intégrité? Du béton et des hommes, voilà tout? Ça ne me plaît pas. Ma ville, c’est bien davantage que cela: c’est un endroit où cohabitent des gens partageant certains idéaux et certaines valeurs. Un regroupement géographique d’humains désireux de se créer un sens commun. Et ce sens, ces valeurs, ce sont les valeurs québécoises: le français, l’égalité des sexes, la laïcité.

Alors, quand je lis, dans le programme de Projet Montréal, que notre ville devrait être entre les mains de « toutes les communautés [culturelles] qui la composent », que « Montréal est le prototype de la ville-monde du XXIe siècle » qui doit accepter une « collaboration mutuelle et d’interculturalité, en résistant à la tentation du repli sur soi », je décroche. Purement et simplement. Je ne peux pas voter pour ça.

À mes yeux, ce concept de « communauté culturelle » ne constitue pas un élément à glorifier ou qui devrait nous rendre fier. C’est plutôt notre incapacité à intégrer adéquatement les immigrants qui a permis à ceux-ci de vivre ici pendant des années sans finir par adopter nos valeurs. Disons les vraies choses: le but, à terme, est d’intégrer les immigrants. Le but, le vrai, c’est qu’un jour ils écoutent les Cowboys Fringants ou Tout le monde en parle, qu’ils regardent du cinéma québécois et qu’ils participent à notre futur collectif en tant que Québécois. Oui, ils peuvent apporter leur spécificité, mais à terme, celle-ci doit finir par se fondre dans notre identité commune au lieu de rester cachée dans un quelconque ghetto du boulevard St-Laurent.

La ville-monde dont parle Projet Montréal, elle ne m’intéresse pas. Je préfère une ville francophone de classe internationale où le français et l’identité québécoise servent de ciment à la vie commune. Paris, Londres, New York; des villes où existe principalement une langue commune et où les identités multiples corésident dans le respect de cette langue et des valeurs du pays. Mettre le sort de la ville entre les mains de « communautés culturelles » constituant surtout des entité réfractaires à l’intégration m’apparaît tout aussi déficient que de donner le pouvoir aux élèves de la maternelle.

Une ville, au-delà du béton, constitue un formidable terreau permettant aux cultures de se mélanger et d’offrir une vivacité, une richesse rayonnant bien à l’extérieur de ses limites géographiques. Mais tout comme une plante ne pourrait grandir sainement dans un petit tas de terre éparpillé sur la table de la cuisine, il faut lui donner des bases solides, lui donner un récipient. Ce récipient, ce pot, c’est notre culture, nos valeurs, cette base permettant à la plante de nos aspirations de croître et d’embellir tout notre pays. Si on laisse les nouveaux arrivants et les anglophones décider à notre place, on obtient une situation cacophonique, un chaos où la cohésion sociale a cédé le pas devant le porridge multiculturaleux d’un fourre-tout empêchant de donner un véritable sens à notre ville.

Alors non, je ne sais pas pour qui voter. Les trois principaux partis politiques ont adopté une vision réductrice et dangereuse de la politique municipale. Ils ont édulcoré leur nécessaire rôle de gardiens des valeurs québécoises et ont relégué l’enjeu de la langue française, devenue minoritaire sur l’île, au rang de sous-catégorie de la diversité culturelle, une petite merde de mouche ne valant même pas la peine qu’on s’en occupe.

Oui, Projet Montréal, malgré ses candidats ne respectant pas le caractère francophone de Montréal, constitue une option intéressante. Mais voilà, justement, il n’y a rien de plus important, à mes yeux, que notre survie collective. Et Projet Montréal, autant que les autres partis – et peut-être même davantage que Vision Montréal, dont on connaît les convictions francophiles de Louise Harel – nuit à la nécessaire francisation des immigrants en lançant le message que Montréal ne constitue pas une ville francophone par choix, mais simplement par histoire, et que le français ne devrait pas avoir plus d’importance que les autres composantes linguistiques ou culturelles de Montréal. Bref, c’est une sorte de trudeauisme, de canadianisation de Montréal qu’espère imposer Projet Montréal: les francophones ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres au sein de cette ville-planétaire.

On me répète que l’enjeu est éthique. Que c’est l’éléphant dans la pièce. Que je devrais me boucher le nez, trahir mes idéaux et voter Projet Montréal. Que je devrais accepter que des anglophones irrespectueux du caractère francophone de Montréal soient élus sous prétexte qu’il y a aurait un tramway ou quelques parcs supplémentaires dans leur ville-cosmique. Non, je ne crois pas.

À choisir, entre une métropole québécoise et corrompue et une ville-intersidérale peinturée en rose-bonbon où les Québécois seraient relégués au rang d’ethnie parmi d’autres, je choisis la première option. J’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant.

Je rêve du jour où les Québécois auront les couilles de se donner une ville réellement francophone et de ne pas avoir peur d’imposer leur culture. Dans le respect des autres, oui, mais de l’imposer tout de même, comme ça se fait partout ailleurs sur la planète chez les peuples qui possèdent un minimum de fierté.

En attendant, et dans l’espoir qu’un jour les Québécois se feront respecter au niveau municipal, je risque d’annuler mon vote le 1er novembre prochain. C’est triste, mais je vote en respectant mes idéaux.

C’est encore l’essence de la démocratie. Cette valeur-là, au moins, on peut encore la conserver…

Corruption municipale: il faut une enquête publique
20 octobre 2009

La politique municipale? Tout va bien, annonce Jean Charest. Une enquête publique? Mais non, ça ne presse pas… Pendant que le bateau coule et que les citoyens font de moins en moins confiance aux institutions, on va se contenter de colmater les brèches, une par une.

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Or, ce ne sont pas par des brèches que s’immisce l’âcre parfum de la corruption dans nos villes, mais par la grande porte. Voici quelques exemples, en vrac, de ce système pourri jusqu’à la moelle.

  • Des contrats soulèvent des questions à Anjou: « La compagnie Paysagiste Ligne Royale inc., appartenant à Florindo Baldissin, un homme d’affaires qui était sympathisant et impliqué dans les actions bénévoles de l’équipe de Luis Miranda lors de la campagne électorale municipale de 2005, a depuis reçu pour plus de 3,5 M$ en contrats pour l’aménagement de trois parcs de l’arrondissement. »
  • Enquête sur la corruption municipale : La SQ se heurte à l’omerta des villes: « Les enquêteurs des crimes économiques de la SQ, qui mènent de front au moins une demi-douzaine d’enquêtes de corruption municipale et de malversations dans l’industrie de la construction, essuient régulièrement une fin de non-recevoir lorsqu’ils appellent ou se présentent dans certaines villes visées par leur enquête pour parler à des employés qui pourraient leur donner des renseignements. »
  • Un contrat de téléphonie «intéresse» le vérificateur: « Dans les derniers mois de l’administration de Frank Zampino à la tête du comité exécutif, Montréal avait changé de fournisseur pour ses communications téléphoniques, traditionnelles, pour les cellulaires ainsi que pour les échanges de données.  Les deux plus importants contrats à long terme, sur 10 et 7 ans, dépassaient les 80 millions. […] À la surprise générale, devant Bell qui assurait ces services depuis des années, Telus avait emporté la mise en déposant des soumissions presque deux fois moins élevées que son compétiteur qui était déjà en place. »
  • Contrats de construction: des entreprises très sollicitées: « Une quinzaine d’entreprises se partagent la moitié des contrats de travaux publics accordés par la Ville de Montréal, selon une analyse des données officielles compilées entre janvier 2005 et juin 2009. Au haut du pavé se trouvent les sociétés dirigées par l’homme d’affaires Tony Accurso, qui se trouve au centre de plusieurs controverses depuis le début de l’année. »
  • Contrats d’infrastructures à Laval : conflit d’intérêts?: « Dessau a préparé les plans et devis en vue d’appels d’offres de contrats d’infrastructures totalisant 11 millions de dollars remportés par 2 filiales de Simard-Beaudry, la compagnie de Tony Accurso. Ce n’est pas tout. La surveillance des travaux a aussi été faite par Dessau. Ça signifie que Dessau, qui est partenaire d’affaires avec Tony Accurso à Montréal, surveille en même temps ses travaux à Laval, d’où la question de l’apparence de conflit d’intérêts. »
  • Collusion à Boisbriand: le DGEQ vérifie s’il y a eu infraction: « Le Directeur des élections du Québec (DGEQ) vérifie si une infraction a été commise lorsque l’homme d’affaires Lino Zambito a tenté, en la présence de la mairesse de Boisbriand, Sylvie Saint-Jean, de convaincre deux conseillers de l’opposition, Marlene Cordato et Patrick Thiffault, de permettre la réélection de Mme Saint-Jean sans opposition. […] L’entreprise Infrabec a obtenu plus de la moitié des contrats de Boisbriand au cours des cinq dernières années, pour un total dépassant 50 millions, selon Radio-Canada. » Notons au passage que Lino Zambito est un généreux donateur du Parti Libéral du Québec, ce qui peut expliquer en partie les réticences de Jean Charest à organiser une enquête publique…
  • Accurso et Dessau bien établis à Laval: « L’ex-directeur général de la Ville de Laval, Claude Asselin, qui a quitté son poste le 1er février 2006, est entré chez Dessau comme vice-président le 17 mars suivant. Il siège toujours au comité consultatif de Dessau. M. Asselin est aussi administrateur de la firme d’urbanistes Gauthier Biancamano Bolduc, une filiale de Dessau dirigée par Frank Zampino. »
  • Faubourg Contrecoeur: Montréal a vendu le terrain 1,6 million: « Le terrain du Faubourg Contrecoeur, que la Ville de Montréal a vendu 1,6 million de dollars à la SHDM en septembre 2007, avait une valeur de 31 millions de dollars au rôle d’évaluation municipal, a constaté La Presse cette semaine. Il s’agit là d’un montant beaucoup plus élevé que le chiffre qui circulait jusqu’à maintenant. »
  • La SHDM et Catania se contredisent sur le Faubourg Contrecoeur: « La firme immobilère Catania et la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) se contredisent sur le nombre de propriétaires qui ont résilié leur contrat d’achat à la suite du feu dévastateur au Faubourg Contrecoeur, dans l’Est de Montréal. Et tant Catania que la SHDM n’en démordent pas. »
  • Martial Fillion perd son poste à la SHDM: « Le tout survient après que le rapport de vérification de la firme KPMG sur les attributions de contrats à la SHDM ait été émis. Celui-ci a établi que Martial Filion a agi à plusieurs reprises sans l’approbation de son conseil d’administration. Il aurait fait trois chèques qui totalisent plus de 8,3 millions de dollars à la firme Construction Frank Catania entre mars 2007 et juillet 2008. »
  • D’importants documents ont été détruits: « La filiale de Dessau (le groupe GGBB) qui gérait l’appel de qualification pour choisir un promoteur dans le Faubourg Contrecoeur a détruit les soumissions des cinq entrepreneurs intéressés, alors que ces documents ne lui appartenaient pas. »
  • L’enquête à la SHDM fait des vagues au Cégep du Vieux-Montréal: « Jusqu’à sa nomination, Mme Senécal était vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal. À ce titre, elle épaulait le président d’alors, Frank Zampino — qui a tiré sa révérence en juillet dernier — de qui relevait la SHDM. Le conjoint de Mme Senécal, Martial Fillion, dirige la SHDM. Il a été suspendu afin de permettre une enquête sur son rôle et sur celui du promoteur Construction Frank Catania dans le développement du projet résidentiel Contrecoeur, dans l’est de Montréal. Comme vice-présidente du comité exécutif, Mme Senécal a été appelée à se prononcer sur des dossiers concernant la SHDM. »
  • Fiasco à la SHDM: « La SHDM n’avait pas le droit d’accepter de verser une aide financière de 15,8 millions à Catania. La SHDM a contrevenu à son engagement contractuel et a manqué à ses obligations envers la Ville. […] Des travaux d’une valeur de plus de 450 000$ ont été confiés à la firme GGBB sans contrats écrits ou appels d’offres. »
  • Catania a travaillé sans permis: « L’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve a déposé 39 constats d’infraction au montant de 37 245$ contre Construction Frank Catania l’été dernier, parce qu’il avait entrepris des travaux sans permis dans le Faubourg Contrecoeur, un vaste terrain situé dans l’est de Montréal, a appris La Presse. » Notons également que Sammy Forcillo, membre du comité exécutif à la Ville de Montréal, a été très actif tout l’été pour accélérer la délivrance du permis (et non pour faire appliquer la loi).
  • Catania se défend d’avoir réalisé un profit exorbitant au Parc de la Cité: « Il a caché durant 4 ans qu’il était l’associé de Mario Messier, son client principal dans Longueuil sur le Parc. […] Il a dissimulé que Hardy Goyette et Associés sont les notaires du promoteur immobilier Luc Poirier, propriétaire du terrain de l’Île Charron. »
  • Subvention nébuleuse: « Peu de temps après avoir pris la tête de Vision Montréal, l’an dernier, Benoît Labonté a donné 30 000 $ à même le budget de l’arrondissement Ville-Marie à un organisme dirigé par un employé de Vision Montréal, et dont il est impossible de vérifier les réalisations. »
  • Labonté: des contrats lucratifs pour son conseiller bénévole: « L’entreprise de Michel Petit, le conseiller « bénévole » de Benoit Labonté pour le projet d’exposition universelle de 2020 à Montréal, a obtenu 125 000$ en contrats de la part du maire de l’arrondissement Ville-Marie. »
  • Zampino a bien voyagé sur le yacht d’Accurso: « L’ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, a bel et bien voyagé en janvier 2007 sur le yacht du promoteur Tony Accurso, dans les Antilles, alors que la Ville se préparait à signer le plus gros contrat de son histoire avec un consortium GéniEAU, codirigé par M. Accurso, a confirmé hier le maire de Montréal, Gérald Tremblay. »
  • Relations Zampino-Dessau: une autre tuile: « Frank Zampino a donné un contrat de 32 millions $ à Dessau alors qu’il était maire de l’arrondissement Saint-Léonard. »
  • Zampino s’en va chez Dessau: « L’ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, a été embauché par la firme d’ingénieurs Dessau, partenaire d’un consortium qui a raflé le plus important contrat jamais accordé par la Ville de Montréal, celui des compteurs d’eau. »
  • Trop chers, les compteurs d’eau: « Le contrat des compteurs d’eau est trop coûteux, juge le vérificateur qui évalue son prix à plus de 600 millions lorsque l’on tient compte de divers éléments, comme le programme de subventions à la préparation de la tuyauterie de 70,8 millions ou l’inflation appliquée aux sommes payables au cours des prochaines années, soit 109 millions. »
  • Benoît Labonté a été aidé financièrement par Tony Accurso: « Le maire de Ville-Marie, Benoît Labonté, aurait reçu en 2008, après qu’il eut sollicité son aide, plus d’une centaine de milliers de dollars de Tony Accurso, et ce au moment où il entamait sa course à la direction de Vision Montréal. »
  • Benoit Labonté a eu plusieurs contacts avec Tony Accurso: « Vendredi, Benoit Labonté niait publiquement avoir eu d’autres communications avec Tony Accurso que lorsqu’il lui a été présenté lors d’une activité de financement en 2006. TVA a pourtant obtenu des documents officiels qui prouvent le contraire, que Benoît Labonté a eu plusieurs contacts téléphoniques avec monsieur Accurso. »
  • Harel expulse Labonté: « La chef de Vision Montréal, Louise Harel, l’a contraint de démissionner hier avant-midi. Une décision qui a fait unanimité au sein de ses troupes, a-t-elle spécifié. »
  • Plus de 500 personnes au Rizz pour Union Montréal: « Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et le maire de Saint-Léonard, Frank Zampino, ont tenu une importante activité de financement pour leur parti, Union Montréal, le 22 mai dernier au buffet Le Rizz. Pour l’occasion, plus de 500 militants et supporteurs ont déboursé chacun 500 $ afin d’assister à l’événement. Seulement quelques jours après l’annonce du retrait de Frank Zampino de la vie politique, le chef d’Union Montréal en a profité pour louanger son plus fidèle collaborateur. Grand argentier du parti, M. Zampino a décidé de se tourner vers le secteur privé. Ce dernier quittera son poste le 2 juillet et depuis 2001, il a joué un rôle de premier plan non seulement à la Ville de Montréal, mais également au sein du parti Union Montréal. Lors de la soirée, M. Zampino a été longuement applaudi par les convives. » Ce serait lors de cette activité que Union Montréal aurait reçu 360 000$, dont 49 000$ en dons anonymes.
  • Union Montréal: Le parti de Gérald Tremblay sous la loupe: « Le maire de Montréal est de nouveau dans l’embarras. Son parti fait l’objet d’une enquête de la part du Directeur général des élections du Québec pour des allégations de financement illégal. »
  • Laval: près de 75% des contrats à huit entrepreneurs: « Les entreprises de M. Accurso, Construction Louisbourg et Simard-Beaudry, ont en effet raflé le quart des sommes attribuées par la Ville de Laval entre 2001 et 2008, soit 97 millions sur un total de 388 millions. »

La liste est-elle assez longue? Faut-il continuer? Il faut presque fermer ses fenêtres pour ne pas sentir l’odeur de corruption qui flotte sur nos villes. Ici, il est surtout question de la région de Montréal, mais tout porte à croire que le même genre de situation peut se produire dans n’importe quelle municipalité du Québec.

En fait, c’est précisément parce que Montréal est une ville importante où les médias disposent de beaucoup de moyens qu’on peut mettre à jour de telles malversations. Des petites enveloppes, des 1000$ ou 2000$ doivent se glisser un peu partout dans des villes de moindre importance. Et sous le radar des journalistes.

N’y a-t-il pas une amère ironie à voir que les fonds publics servent à payer des publicités du DGE incitant à aller voter d’un côté, et de l’autre que nous finançons un système corrompu graissant généreusement la patte des amis des amis? J’ai des nouvelles pour le DGE: la population irait peut-être voter davantage si elle avait l’impression que ça changerait quelque chose, si elle croyait que ce ne seraient pas toujours les mêmes pourris à la tête de nos villes. Les publicités, c’est bien beau, mais avant de monter le chauffage de la voiture, on pourrait peut-être commencer par fermer les fenêtres.

Mais non, affirme Charest. Ça ne presse pas. Il y a des enquêtes en cours. Et quand une journaliste lui fait remarquer que la commission d’enquête sur le scandale des commandites avait été lancée bien avant la fin des enquêtes policières, le premier ministre a répondu que la situation du monde municipal était « un cas particulier ».

Je vais vous le dire ce qui est particulier, moi. C’est d’avoir voté pour un premier ministre réclamant les deux mains sur le volant et qui ne fout absolument rien avec le pouvoir qu’on lui a donné. Face à une opposition faiblarde de la part d’un Parti Québécois tout aussi inquiet de ce qui pourrait se trouver sous la grosse roche si on la soulève, nos élus espèrent silencieusement que la poussière retombera, que les sources des scandales se tariront et qu’on pourra continuer à faire de la politique comme avant.

Avant quoi? Avant que quelques journalistes se prennent un peu trop au sérieux et essaient d’insinuer que ce pourraient être les citoyens qui soient à la source du pouvoir, et non pas les intérêts de quelques entreprises privées « oubliant » des enveloppes brunes ça et là. Avant que d’un échéancier électoral émane une certaine conviction séditieuse que nous pourrions encore être en démocratie.

Cher politiciens, vous vous plaignez du faible taux de participation aux élections? Regardez plutôt vos mains. Ce sont ces mains-là qui gouvernent depuis des années au nom d’intérêts étrangers à la population et qui ont fini par nous convaincre que nous n’avons rien à dire dans ce petit jeu. Ce sont ces mains qui ont bâti un système poreux permettant tous les abus. Ce sont ces mains qui tissent la toile du désabusement de la population, de l’inertie qui nous confine à accepter les pires excès sans broncher. Ce sont ces mains, salies par des années de gavage à même les fonds publics, ces mains tachées du vert lubrifiant d’une machine que vous avez appris à graisser. Ce sont ces mains qu’il vous faut laver dès maintenant.

Ce ne sont plus des brèches qu’il faut colmater, mais un système en entier qu’il faut réparer.

Il faut une enquête publique. Immédiatement!

Projet Montréal, un danger pour le français?
18 octobre 2009

Projet Montréal est-il en train de devenir le parti des anglophones? Après avoir rejeté une alliance avec Louise Harel, le parti a choisi de nombreux candidats anglophones et cherche à se proposer comme une alternative à Gérald Tremblay auprès des anglophones montréalais, dernier bastion de résistance de ceux qui refusent de s’intégrer à la culture québécoise. Et si Projet Montréal, derrière son apparence verte et inoffensive, constituait une menace pour le statut francophone de Montréal? Voilà une question pertinente à se poser après les récents déboires de Benoît Labonté à Vision Montréal. Pénaliser la corruption, d’accord, mais au détriment de la primauté du français à Montréal, je décroche.

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Source de l’image

Le sondage, fin septembre, était sans appel: 30% des anglophones appuyaient Projet Montréal, contre seulement 15% des francophones. Statistiques importantes, mais pas autant que le taux d’indécision: 44% pour les anglophones contre seulement 27% pour les francophones. Concrètement, les anglophones hésitaient encore. Qui choisir entre Gérald Tremblay, M. Corruption lui-même, et Louise Harel, la méchante péquiste qui veut défaire ce beau grand Canada? Projet Montréal s’impose comme une alternative crédible au sein d’une minorité rhodésienne votant d’une manière clanique, presque ethnique, contre toute personnalité représentant un peu trop la population québécoise. Sauf que pour aller chercher le vote des anglophones, Projet Montréal devait se donner une image un peu moins francophone, une démarche déjà en route.

Voici, en vrac, quelques candidats qui devraient faire honte à tous ceux qui espèrent freiner l’anglicisation de la métropole québécoise.

Ken McLaughlin, candidat au poste de Conseiller d’arrondissement dans le district Champlain–L’Île-des-Soeurs. Sur son blogue, il écrit un vibrant plaidoyer pour obtenir le vote des anglophones, affirmant comprendre qu’ils ne voteraient jamais pour quiconque a été ministre du PQ (bonjour le vote clanique) et leur réitérant le fait que Projet Montréal aime la « Montreal’s English community ». En opposition au caractère francophone de la ville et au fait que la langue française doit en constituer la langue commune, il se présente également en partie en anglais sur une vidéo.

Piper Huggins, candidate au poste de Conseillère d’arrondissement dans le district Jeanne-Mance. Elle habite le quartier Plateau-Mont-Royal depuis vingt ans, mais n’arrive qu’à baragouiner un français bien approximatif. Elle travaille à McGill, en anglais. Elle a été présidente de la section Quebec du NPD de 2006 à 2008.

Kamala Jegatheeswaran, candidate au poste de Conseillère de ville dans le district Darlington. Elle vit dans Côte-des-Neiges depuis vingt ans elle aussi, mais – jusqu’à preuve du contraire – ne peut même pas parler français. Dans sa vidéo de présentation, le seul mot dans la langue officielle de la ville est un pathétique « meur-cy » à la fin d’une longue déclaration en anglais.

Peter McQueen, candidat au poste de Conseiller de ville dans le district Notre-Dame-de-Grâce. Sa page Facebook est entièrement en anglais et il a affiché des pancartes unilingues anglaises, en opposition à la loi 101, alors qu’il était candidat pour le Parti Vert aux dernières élections provinciales.  Ses pancartes ne respectant pas notre langue commune avaient choqué de nombreux citoyens.

Les incohérences de Projet Montréal

Il y a près d’un mois, je parlais d’un candidat de Projet Montréal m’ayant contacté pour me demander ce que je pensais de son projet de communiquer en anglais aux électeurs de son district:

Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

Bref, ce que me demandait ce candidat – un anglophone d’origine mais qui parle un excellent français et qui constitue un des rares conseillers de Projet Montréal pour qui je considérerais voter; l’autre étant Carl Boileau – c’était s’il était acceptable de sacrifier une partie de ses idéaux pour aller chercher quelques votes. Ma réponse était non, et c’est toujours non.

Or, quand Richard Bergeron a refusé de fusionner son parti avec celui de Louise Harel, comme le souhaitaient plusieurs de ses membres (dont les candidates Josée Duplessis et Siou Fan Houang, deux anciennes péquistes), quand il a refusé de céder aux pressions du réseau Lapointe qui a tenté d’acheter son départ, quel message a lancé Richard Bergeron? Celui que les idéaux ne sont pas achetables et que la petite politique ne devrait pas primer sur les idées. Qu’on ne doit pas sacrifier ce qui nous est le plus cher pour espérer obtenir une version édulcorée de ses convictions en s’alliant à un parti permettant de se rapprocher du pouvoir. Ce qu’a fait Projet Montréal, à ce moment-là, c’est de se définir comme un parti d’idées, un parti qui ne se laisserait pas contaminer par une vieille façon de faire de la politique.

Le problème, c’est que la pureté de ces idées et de ces objectifs concernent surtout l’aspect esthétique de la ville. Des tramways, des rues plus propres, des pistes cyclables, davantage d’écologie, tout le monde est d’accord. Mais n’oublie-t-on pas quelque chose de plus important, de plus fondamental? La question identitaire. Montréal constitue une ville francophone dont la majorité de la population ne parle plus le français. C’est majeur comme constat.

Nos politiciens ont un rôle à jouer pour contribuer à la refrancisation de la métropole. On ne peut pas se contenter de pelleter nos nuages dans la cour du provincial ou du fédéral. La défense du français s’opère à tous les niveaux, à commencer par le municipal. Et quand un parti comme Projet Montréal refuse de s’engager sur le plan linguistique et cherche à obtenir le vote des anglophones plutôt que de chercher à les franciser, il fait exactement le contraire de ce en quoi il s’était défini après avoir refusé la fusion avec Harel: il vend son âme pour quelques votes. Du moins, si on part du principe qu’en son âme Projet Montréal croit à une ville francophone.

En fait, voici la vraie question: en quoi Projet Montréal devrait-il attacher plus d’importance à la pureté de ses idéaux au niveau de l’écologie ou de l’urbanisme qu’à ceux, tout aussi importants, de la protection du français dans la métropole? Dit autrement: pourquoi sacrifie-t-on le français alors qu’on a refusé de sacrifier ses autres projets? On m’objectera que les autres partis font la même chose. Pas si sûr.

En effet, si Vision Montréal et Union Montréal semblent prêt à tout sacrifier, s’il n’y a pas de vaches sacrées pour eux, c’est surtout parce que ce sont des partis de type coquille vide: le parti se résume grandement à la personnalité du chef. Projet Montréal, lui, est un parti qui a ses racines dans les quartiers, et c’est cela qui m’inquiète. Harel, je sais qui elle est, je sais ce qu’elle vaut. Je connais son attachement à la langue française.

Pourquoi Projet Montréal est dangereux

À l’opposé, Projet Montréal, en refusant de sacrifier quoi que ce soit sauf la langue, constitue une véritable boîte à mauvaises surprises faisant état d’une nouvelle réalité montréalaise: celle d’une ville anglicisée, sûre d’elle-même et s’encombrant de moins en moins des apparences de ville francophone. Tirant ses racines de cette réalité, le parti ne représente plus l’idéal d’un objectif commun à atteindre pour le bien-être de tous, mais plutôt les objectifs isolés d’une certaine catégorie d’anglophones soi-disant ouverts d’esprit et prêts à tout changer… tant que cela n’affecte pas la force de leur communauté linguistique. On se dit urbain, on s’affirme comme écologique, on se gargarise de développement durable et de renouvellement municipal, mais pas question de s’attaquer à ce qui menace réellement la ville: la disparition du fait français.

En ce sens, il s’agit d’une situation paradoxale. De nombreux anglophones s’identifient à Montréal à cause de sa diversité, à cause de ce côté francophone qu’ils ne pourraient retrouver dans une aucune autre ville majeure nord-américaine, mais ils contribuent, de par leurs gestes, à la disparition de cette francophonie. Ils nous aiment en nous étreignant jusqu’à la suffocation. Cette unicité de Montréal, cet incroyable potentiel qu’ils veulent lui donner, ils le font pour eux; l’idéal serait une Montréal entièrement anglophone mais conservant les caractères insufflés par la présence francophone. Une sorte de Nouvelle-Orléans du nord.

Voilà pourquoi Projet Montréal est dangereux: parce que ce parti se fait le représentant des anglophones et qu’il agit ainsi au détriment de la survie du français dans la métropole. Plutôt que de se faire le porte-parole des 90% de Québécois inquiets de la situation du français à Montréal, le parti de Richard Bergeron enfouit la question linguistique sous une ribambelle de projets certes mobilisateurs, mais qui ne contribuent pas à sauver ce qui nous importe vraiment… nous!

S’amourachant de candidats francophobes et incapables de s’intégrer à notre communauté, Projet Montréal constitue de plus en plus une sorte de pendant municipal du NPD, toujours sympathique, toujours souriant, toujours prêt à écouter les Québécois en autant qu’il ne s’agisse pas de restreindre les privilèges des anglophones. On se tient par la main, on fait une ronde, on s’embrasse, et on se bat sur tout et n’importe quoi, en autant qu’on ne se chicane pas entre nous. La génération Passe-Partout à son meilleur.

Au fond, on les comprend les anglophones de vouloir ignorer la question linguistique. Ken McLaughlin me l’a bien expliqué, sur son blogue: « Pour moi, le débat sur la langue a cessé d’être un enjeu majeur et central à un certain moment vers la fin du 20e siècle et je pense que la plupart des Montréalais seront en accord avec moi ».  Si on pouvait dater ce moment précis où la langue a cessé d’être un enjeu, j’oserais l’année où, après que le français ait atteint son plus haut niveau d’usage dans la métropole, il a commencé à chuter. Et quand M. McLaughlin affirme que les Montréalais seront d’accord avec lui, on sait de quels Montréalais il parle: les anglophones.  Après tout, pour lui comme pour Projet Montréal, ce sont bien les seuls citoyens dont la culture et les valeurs méritent d’être protégées.

Qui ne dit mot consent. En acceptant dans ses rangs des candidats insensibles à la nécessité de protéger le français et en cherchant à obtenir le vote des anglophones à tout prix, Projet Montréal contribue simplement à cette inertie tranquille qui nous amène inexorablement vers le gouffre de l’assimilation et où tous ceux qui tentent de sonner l’alarme sont irrémédiablement traités de passéistes.

Si Projet Montréal constitue le futur, je ne veux pas de ce futur. Mon futur à moi, il se fait en français.

Le frisson QS et le départ du démagogue Dumont!
8 décembre 2008

Une nouvelle carrière pour le démagogue régionaleux?

Une nouvelle carrière pour le démagogue régionaleux?

J’aimerais pouvoir écrire que je n’ai rien ressenti. Dire que je suis resté stoïque devant le discours d’Amir Khadir, premier député de Québec Solidaire. Dire que j’en ai rien à foutre de ce parti sexiste qui discrimine les hommes en imposant des quotas de femmes dans ses rangs. Ce serait mentir.

Car j’aime Québec Solidaire autant que je le hais.

J’aime Québec Solidaire parce que je l’ai vu naître. J’ai milité au Parti de la démocratie socialiste (PDS) puis j’ai été témoin de la fusion qui a permis la création de l’Union des forces progressistes (UFP), dont j’étais membre. Et j’ai été profondément attristé de voir le parti s’acoquiner avec une féministe réactionnaire comme Françoise David. J’ai déchiré ma carte de membre, je l’ai mise aux poubelles, car je ne voulais pas avoir quoi que ce soit à faire avec un parti prônant le sexisme et le féminisme dans ses rangs.

Mais aujourd’hui, ce soir… Amir Khadir est un exemple pour moi. Il n’a jamais eu peur de dire ce qu’il fallait dire. Il a osé critiquer la version officielle du 11 septembre 2001. Il ose parler de nationalisations, de gratuité de l’éducation. C’est un immigrant, mais un immigrant intégré, qui cite les paroles de Claude Dubois dans ses discours et qui me parle directement au coeur.

Je hais Québec Solidaire pour toutes ses Françoise David, mais j’adore le parti pour tous ses Amir Khadir.

Je suis divisé. C’est une question de principe: en tant qu’homme ayant été témoin de tant de discriminations et de sexisme à l’égard des hommes depuis ma jeunesse, je ne peux pas, idéologiquement, appuyer un parti féministe-sexiste. Cependant, d’un autre côté, Québec Solidaire représente l’apothéose de mes positions économiques, étant le seul parti réellement social-démocrate sur l’échiquier politique et le seul parti offrant une alternative crédible, s’appuyant sur tout ce qu’il y a de plus actuel, pour lutter contre cette machine infernale nommée « marché » et qui nous gobe, nous, notre âme, notre argent, nos vies.

Je ne sais plus que penser. J’aime ce parti autant que je le déteste. Si seulement… Si seulement Québec Solidaire pouvait laisser tomber ses mesures sexistes et accepter une véritable égalité des hommes et des femmes, je serais le premier militant, j’irais même mettre des dépliants dans les boîtes aux lettres. Sauf qu’en ce moment, j’aurais l’impression de me trahir et d’appuyer un parti qui cautionne et désire encourager la discrimination et les sexisme à l’égard des hommes. Un parti appuyé par de nombreux groupes féministes radicaux, méprisants, et déconnectés de la réalité. Des femmes que même les femmes de ma génération détestent, elles qui ont compris la chance qu’elles ont et qui ont un véritable désir d’égalité des sexes, pas d’une revanche telle que proposée par ces fanatiques.

Et ce soir, même dans mon frisson, je suis divisé, encore et toujours.

Par contre, je suis plus qu’heureux du départ de Mario Dumont de l’ADQ. Ce type représentait (quelle joie de parler de lui au passé!) tout ce qui ne fonctionne pas dans le Québec profond, tous les préjugés, toute la démagogie et l’absence d’analyse, le « girouettisme » et l’adhésion à des dogmes néolibéraux ayant prouvé leurs échecs un peu partout.

Même si Jean Charest est à peine moins radical que Dumont, je crois qu’on peut dire qu’avec l’élection du seul député de centre-gauche au Québec et avec la défection du chef adéquiste, c’est véritablement la fin de ce que j’avais appelé, au lendemain des dernières élections provinciales, une Grande Noirceur.

Ceci dit, ma joie est ternie par l’idée que nous aurons à subir Jean Charest majoritaire pendant quatre ou cinq ans, ce Jean Charest lui aussi de droite, et qui, à l’image du sexisme de Québec Solidaire, a imposé des quotas de femmes à son conseil des ministres, se privant d’excellents candidats sous prétexte qu’ils ont le mauvais sexe.

Comme quoi le sexisme ne connaît pas l’échelle gauche-droite…

Maintenant… Pour qui voteront les régionaleux? À quand un vote progressiste et moderne pour nos régions, dont plusieurs semblent résolument ancrées dans le passé? Ou tiens, une meilleure question: à quand une refonte de la carte électorale, où le vote d’un citoyen de la couronne montréalaise vaut présentement deux fois moins que celui de plusieurs régions… Encore mieux: à quand la proportionnelle?

On dit parfois que les élections apportent les réponses. Dans mon cas, j’ai tellement de questions et je me sens tellement divisé que j’en ai mal à la tête. On verra la suite des choses.

Le chêne, le roseau, et le rêve
8 décembre 2008

le-chene-et-le-roseauVoter, ce n’est pas seulement exprimer ce qu’on est, comme l’affirme la publicité du Directeur général des élections du Québec. Je n’aime pas qu’on ramène tout le temps toute forme d’action politique à ce que ça peut représenter pour soi, pour sa petite personne, pour son petit cul bien personnel. Oui, j’exprime ce que je suis quand je vote, mais je le fais tout autant quand je choisis de manger une salade plutôt qu’un sac de chips ou que j’essaie de limiter ma consommation d’alcool. Faire des actions seulement en fonction de ce que ça peut apporter à ce petit cul bien précieux porte un nom: égoïsme.

Évidemment, je ne suis pas naïf. Puisqu’on ne vote pas contre soi-même, en quelque sorte on vote pour soi. La véritable question consiste à se demander ce que représente ce « soi ». Est-ce que ce que je suis n’est que personnage physique, futile et mortel, dont la mission est de se gaver et de jouir de la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou bien mon existence a-t-elle un autre but, et se prolonge-t-elle en fonction des idées et des valeurs que je transmettrai à mes enfants? La voilà, la vrai question.

Je ne vote donc pas pour exprimer ce que je suis, mais surtout pour matérialiser ce futur que je souhaite pour moi et pour mes descendants, qui sont, d’une certaine manière, mon prolongement, mon assurance d’éternité.

J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui ne veulent pas voter. Ma Gaby, ma propre Gaby à moi, celle pour qui j’irais pelleter une tempête de cailloux sur la lune en échange d’un sourire, ne veut pas voter. Je l’ai trainée la dernière fois lors des élections fédérales, et j’ai réussi à la convaincre de venir annuler son vote aujourd’hui. Pour elle, c’est une perte de temps. Je vais la chercher au travail en voiture, lui sauvant ainsi une heure de « transpire en commun » (dixit Sol), et je lui demande un petit dix minutes pour notre futur et celui de nos enfants. Dix minutes, c’est tout. Mais ça semble trop.

Je ne lui en veux pas. J’ai appris à respecter ce qu’elle est et à profiter de ce repos politique qui fait de notre appartement un havre de paix politique rarement troublé par les folies de Stephen Harper ou Jean Charest. Je ne lui en veux pas; elle a toujours perçu le monde de la politique comme un monde froid, distant, calculateur, mensonger, hypocrite, adulte. Elle ne désire pas entrer dans ce moule, préférant utiliser ses talents d’imagination pour vivre dans un monde différent. Et moi, je suis le triste clown qui doit lui rappeler que la vie est souvent plate, injuste, et qu’on doit se battre pour que les choses s’améliorent dans le sens de nos valeurs. Je dois lui rappeler combien de gens sont morts pour la démocratie. Je dois lui expliquer que si les gens se désintéressent de la politique la politique ne se désintéressera pas d’eux pour autant!

Mais j’ai parfois l’impression de prêcher dans un désert de cynisme.

Alors, je lui ai sorti mon argument-canon: « pense à nos enfants, ceux du futur, quel monde veux-tu pour eux? Elle me répondit qu’elle savait s’adapter à toutes les situations. On se complète bien elle et moi; elle représente le pouvoir d’adaptation à la puissance dix et je suis ce chêne dans la chanson des Cowboys-Fringants, celui qui se tient debout et reste ancré dans ses positions et ses valeurs même devant les pires vents. Sauf que parfois, l’adaptation a ses limites, et je lui répondis donc que si les serfs au Moyen-Âge s’étaient adaptés à « toutes les situations » on en serait encore à subir le droit de cuissage et on vivrait comme des gueux à se demander qui du cochon ou de ses enfants aux dents pourries a la pire haleine.

En somme, je ne vote pas pour moi, même si j’apprécie de vivre selon mes valeurs. Je vote pour le futur, mon futur, celui de mes enfants, et si je respecte l’apolitisme de ma bien-aimée, je chéris toujours l’ambition de la convaincre que de donner dix minutes de son temps une fois de temps en temps pour une cause pour laquelle des millions d’humains comme nous ont donné leurs vies et qui déterminera le futur de nos enfants constitue la seule chose morale à faire.

Je vote pour moi? Non. Je vote pour elle, et pour que nos rêves deviennent réalité. J’y trouve mon compte, mais je l’inclus, elle et tous les citoyens du Québec, dans cette rêverie.


Même si Jean Charest gagnera vraisemblablement ce soir, je trouverai du plaisir dans la défaite d’un PQ beaucoup trop à droite, d’une ADQ et de ses idées passéistes, et j’espère de tout coeur que Québec Solidaire ne fera PAS élire de députés; nous n’avons pas besoin d’un parti sexiste, discriminant systématiquement les hommes, dans notre Assemblée Nationale.  Vivement un meilleur parti de gauche aux prochaines élections, un parti qui reconnaît que l’égalité des sexes a été atteinte et que nous devons désormais lutter contre des discriminations… contre les hommes!  Vivement un parti qui ne choisit pas ses candidats en fonction du sexe, mais en fonction de leurs compétences.  Vivement la mort de Québec Solidaire… et que de ces cendres puisse renaître un parti qui se soit débarrassé de ses reliques sexistes d’un autre temps.

Avec Québec Solidaire au pouvoir, sérieusement, auriez-vous envie d’avoir un garçon, vous, sachant qu’il serait systématiquement infériorisé et discriminé tout au long de sa vie?

Mario Dumont veut vous séduire
14 novembre 2008

Que fera Mario Dumont pour nous séduire la prochaine fois?

Mario Dumont est prêt à tout pour nous séduire. C’est le roi du contenant vide, de la pizza indigeste qu’on nous fait passer pour de la haute gastronomie et des clips de douze secondes qui semblent avoir été montés pour séduire un électorat pré-pubère. Tantôt il propose de couper les commissions scolaires, tantôt il fait rire la gallerie en proposant de couper 2 milliards $ dans nos services en pleine crise financière (alors que tout le monde sait qu’il faut au contraire davantage dépenser en période de crise, afin de stimuler la consommation), tantôt il désire mettre fin aux programmes des régions ressources, et maintenant il désire américaniser notre système de santé en permettant une saignée des professionnels du public vers le privé et en refilant la facture aux usagés les moins bien nantis, alors qu’il a été démontré et redémontré qu’un tel système est plus coûteux et moins efficace pour soigner un maximum de gens.

Ça fait maintenant une quinzaine d’années que Mario Dumont gagne sa croute en manipulant les gens, en les faisant vibrer grâce à leurs préjugés de droite et en simplifiant à l’excès des problématiques complexes pour essayer de gagner des votes.  Quinze ans qu’il change ses politiques à la petite semaine, s’entourant de gens les plus médiocres et les moins compétents. Quinze ans qu’il propose déréglementations, privatisations et dépeçage de l’État alors qu’on constate maintenant que de telles politiques ont conduit l’économie américaine – et mondiale – au bord du gouffre. Quinze ans qu’il bloque notre parlement et qu’on le fait vivre grassement pour atteindre son seul but: prendre le pouvoir et démolir ce que nous avons mis des décennies à construire.

Mario Dumont est dangereux. Non seulement est-il d’une incompétence légendaire dès qu’il est question d’autre chose que de clips de douze secondes, mais son amateurisme et ses politiques de girouette mèneraient le Québec vers une instabilité encore plus grande que maintenant. Il est en chute libre dans les sondages, et j’ose croire que les gens un peu partout en régions se sont réveillés et on constaté que la seule place d’où M. Dumont ne changera jamais d’idée et où il sera à son aise, ce sera dans les poubelles de l’Histoire, aux côtés d’autres politiciens et mouvements passéistes dont on a heureusement réussi à se débarrasser par le passé.

Laissez-moi hiberner!
11 novembre 2008

Dumont, Marois, Charest, que vous êtes endormants!

Ah merde, je ne voulais pas écrire ce soir.  J’essaie toujours d’en rester à mon engagement vis-à-vis de moi-même consistant à n’écrire pas plus de 2-3 textes par semaine. Mais bon, faut que ça sorte: cette campagne électorale m’emmerde royalement.

Évidemment, ce n’est un secret pour personne, j’appuie le Parti Indépendantiste pour ces élections.  Mais suis-je motivé?  Un peu, certes, mais pas tant que ça.  Je vote Parti Indépendantiste parce que je suis indépendantiste et que ce parti est le seul qui le soit également.  Avouons cependant que c’est toujours un peu difficile une première élection pour un nouveau parti.  Alors je regarde ailleurs, je magasine, même si mon choix est déjà fait.

Aujourd’hui, y avait Marois qui parlait d’un gouvernement Marois et ça m’a écoeuré du Parti Québécois pour longtemps. Sérieusement, est-ce qu’il y a des gens qui ont envie d’un « gouvernement Marois »? Je ne sais pas; un gouvernement du Parti Québécois où on endure Marois, ça va, mais un gouvernement dirigé d’une poigne de fer par cette femme intransigeante et méprisante pour son propre parti? Ça ne me tente pas.

Et Dumont, Dumont, Dumont. « Mario » comme on voit sur ses pancartes. L’ADQ est tellement mal foutue qu’elle n’a même pas pu se payer un conseiller en communications assez compétent pour leur expliquer que le problème découle justement du fait qu’on a l’impression que tout ce qu’a à offrir l’ADQ c’est le « Ti-Mario ». Quand ton image de parti c’est celle d’un « one man show », tu présentes ton équipe, ou si ton équipe fait trop pitié, tu prends n’importe quel clown, genre Simon-Pierre Diamond, et tu lui fait apprendre un texte par coeur et tu le mets en vedette. Tu te diversifies. En ce moment, Dumont a l’air d’un général qui se lance dans une mission kamikaze dont il connaît le résultat à l’avance.

Et Charest, n’est-il pas assez arrogant, celui-là? Je déteste Pauline Marois et la manière dont celle-ci détruit son parti, mais quand Charest affirme que Marois veut « hausser les taxes, couper les services et faire un déficit », il me semble que c’est un peu n’importe quoi. Si tu hausses les taxes et coupe les services, comment veux-tu être en déficit? C’était le petit clip de douze secondes pour la télévision. Cette satanée télévision.

Oh, et ceux qui n’y sont pas souvent, Québec Solidaire. Un programme qui me plaît bien, mais SVP qu’attendent-ils pour donner son 4% à Françoise David? Quand j’écoute cette femme parler, j’imagine une vieille féministe frustrée figée dans les années soixante-dix et incapable de constater les avancées incroyables accomplies par les femmes depuis ce temps.

Vraiment, cette campagne est plate. On l’avait annoncée, mais si j’avais su qu’elle le serait à ce point, j’aurais programmé une petite hibernation jusqu’au 9 décembre.

Ah, et puis merde, jusqu’au 21 mars.

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?