Une race de ti-counes
3 mai 2011

Qu’on me pardonne de parler ainsi du peuple québécois, mais ce sont les seuls mots qui me viennent en tête. On parle ici d’un peuple luttant pour sa survie depuis des siècles, faisant face à un ethnocide de la part du gouvernement canadien, tentant de s’émanciper depuis des décennies, de se libérer d’un pays qui fait tout pour éliminer sa langue et en faire une ethnie parmi d’autres. Et ce soir, c’est un vote ethnique qui a propulsé le NPD vers les étoiles et presque rayé le Bloc Québécois de la carte. Un vote ethnique, celui de la race des ti-counes.

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Des ti-counes, tellement ignorants, tellement sans colonne, tellement abrutis par le poids d’un destin trop lourd pour eux, qui ont décidé de voter pour Ruth-Ellen Brosseau, une unilingue anglophone ayant choisi de prendre des vacances à Las Vegas pendant la campagne électorale. Une race de ti-counes ayant voté pour Tyrone Benskin, à peu près incapable d’aligner trois ou quatre mots dans notre langue.

Soyons honnêtes: les Québécois font les choses en grand. Pas question de se faire violence à moitié. Tant qu’à renier ce que nous sommes, à s’écraser devant la nation canadienne, on le fait de manière totale et absolue: on élimine le seul parti qui était réellement à notre service et on appuie des candidats tellement étrangers à ce que nous sommes qu’ils ne connaissent ni notre langue, ni notre culture, ni notre identité, ni nos régions, ni rien de nous. On a décidé de se suicider collectivement, mais pas question pour nous d’agoniser pendant des décennies à souffrir le lent martyr d’une destruction arrachée péniblement par un gouvernement étranger devant se battre contre le rempart de notre volonté de survivre. Nenni. On se tue, mais on se tue élégamment; on détruit ce qui nous représente, on vote pour le symbole le plus éloquent de notre futur: des candidats avec un nom à consonance francophone mais qui ont perdu leur langue. On fait les choses comme il faut; il y a de la beauté dans ce suicide.

Certains diront: ah, mais ce n’est pas si pire, il y a ce bon Jack! Oui, qu’il est doux le sourire de ce bon Jack! Qu’il est agréable de se faire dire « travaillons ensemble » pendant que ce même Jack votait contre une résolution du Bloc, en 2008, demandant que le Québec puisse se soustraire au multiculturalisme à la canadienne. Pour ce bon Jack, voyez-vous, les Québécois forment une ethnie parmi d’autres, au même titre que les Sikhs de Toronto qui lui ont mis un turban sur la tête et l’ont acclamé avec vigueur. Oui, on l’adore ce bon Jack! Ce bon vieux Jack qui a voté contre la demande du Bloc d’accorder le pouvoir au Québec de se retirer de programmes fédéraux violant les compétences du Québec. Mais on l’aime, ce bon Jack!

Nous ne voulons plus être petits. « Think big, stie », disait Elvis Gratton. Nous voulons conquérir le monde. Nous voulons qu’on nous reconnaisse comme des géants. C’est fait. Nous sommes maintenant un objet de rigolade pour tous ceux qui s’intéressent le moindrement à la politique. Un peuple de consanguins ayant opéré une gigantesque vague de droite adéquiste en 2007 pour ensuite, quatre ans plus tard, en opérer une de gauche pour le NPD. Nous sommes une farce, le summum du ridicule qu’on érige en désir de changement, celui d’un peuple de dégénérés tellement illettrés et abrutis que ceux-ci ne voient même pas la contradiction entre ces deux votes. Nous avons un tel désir, enfoui au fond de nous, de mourir, de crever de cette mort qui attend tous les peuples vaincus et qui ont cessé de croire en eux-mêmes, que nous avons rendu le Bloc Québécois, le seul parti qui nous défendait effectivement contre la nation canadienne, responsable d’un blocage qui était, dans le faits, celui d’une fédération incapable de satisfaire nos aspirations.

Méritons-nous encore de vivre et de survivre? J’en doute. Des individus me donnent envie de le croire. Mais une masse, la masse de l’ignorance qu’on confond avec la passion me laisse ce goût amer d’un venin qu’on a distillé dans nos veines depuis trop longtemps et qui a fini par gangrener jusqu’à notre capacité à nous imaginer libres. Notre choix ne semble plus se résumer qu’à un blocage permanent dans une fédération canadienne que nous n’avons pas le courage d’affronter, trop pleutres que nous sommes, ou à embrasser un parti typiquement canadien et tout à fait hostile à ce qui pourrait permettre à notre nation de réellement s’émanciper.

Cette race de ti-counes, c’est la nôtre. Des ti-counes de classe mondiale, devenus la risée de la planète, ce peuple qui vit en suspens depuis une génération parce qu’il est trop peureux pour se donner un pays et trop stupide pour accepter consciemment sa propre disparition.

« La démocratie a parlé » a dit Gilles Duceppe avant d’annoncer sa démission. Oui, la démocratie a parlé. La majorité d’une race d’abâtardis par des siècles de colonialisme s’est mis à genoux devant la nation qui la domine et a décidé qu’il valait mieux laisser mourir ce que nous sommes que de vivre dans le blocage d’une résistance contre des valeurs qui nous sont contraires.

Et le résultat? Plutôt que d’avoir cinquante députés du Bloc faisant des pieds et des mains pour défendre le Québec contre un gouvernement conservateur majoritaire, nous aurons soixante députés du NPD dont plusieurs ne peuvent même pas lire les panneaux routiers en français et dont la seule loyauté ira à un parti dont le centre est situé à Toronto et qui voit dans le Québec non pas une nation en attente d’un pays, mais une province de ti-counes en attente de disparition.

Philippe Leclerc: candidat contre un Québec français
2 septembre 2010

« Le PQ est de retour! » lançait Pauline Marois en novembre dernier. On y a presque cru. On allait enfin récolter les fruits d’interminables « saisons des idées », de sempiternelles « discussions nationales » et le Parti Québécois, après une quinzaine d’années d’hibernation la plus totale où on était plus occupé à vouloir gérer une province qu’à se battre pour l’indépendance et la langue française, se ferait de nouveau le héraut de la cause du peuple québécois. Presque un an après cette déclaration et à l’occasion d’une élection partielle, le vieux parti nous offre encore une fois un candidat en boîte, un poteau coloré appelé Philippe Leclerc, qui serre des mains dans Saint-Laurent tout en se faisant le champion du multiculturalisme à la canadienne.

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Début août, j’écrivais un texte où je dénonçais la confusion identitaire et linguistique touchant certains individus lorsqu’il était question de groupes musicaux vivant ici mais refusant à la fois de parler notre langue ou de s’exprimer artistiquement dans celle-ci. Je parlais d’un contact Facebook ayant affirmé sa fierté d’un groupe comme Arcade Fire, quand bien même ce groupe représente précisément le contraire des objectifs d’intégration et du français comme langue commune que nous désirons atteindre. Ce contact Facebook, c’était précisément Philippe Leclerc, quelques jours avant qu’il ne soit consacré candidat du PQ dans St-Laurent.

Philippe Leclerc avait écrit, sur son statut Facebook:

« Je suis si fier d’être Québécois lorsque j’écoute la musique de compatriotes créateurs tout à fait géniaux, Arcade Fire. Quels ambassadeurs à l’échelle mondiale dont nous devons nous enorgueillir! »

Rien de moins. Des « compatriotes » qui, pour plusieurs, ont de la difficulté à dire deux phrases en français même après une décennie ici et qui chantent exclusivement dans une langue étrangère. Des « ambassadeurs » qui, à l’étranger, donne l’image de Montréal comme étant une ville anglophone et qui contribuent à son anglicisation en propageant cette croyance. S’enorgueillir. Rien-de-moins.

Après que je lui ai souligné le fait qu’on pouvait difficilement qualifier de Québécois des gens qui, précisément, ne possèdent ni la langue ni la culture québécoise, Philippe Leclerc s’est lancé dans une campagne de dénigrement, y allant de la traduction du « shame on you » anglais (traduit en français mot à mot, évidemment, avec le tristement révélateur « honte à toi ») dans plusieurs langues, soi-disant pour montrer son ouverture d’esprit face à la fermeture de ceux qui considèrent qu’un Québécois constitue autre chose que quelqu’un qui habite ici sans même se donner la peine d’apprendre notre langue.

Évidemment, Philippe Leclerc s’est fait démolir – avec raison – par plusieurs autres débatteurs. Akos Verboczy lui a fait remarquer que ce groupe aurait pu se rencontrer à Amsterdam ou ailleurs et qu’il n’a rien de québécois en tant que tel. Siegfried L. Mathelet, lui, a pondu une réplique assez savoureuse:

« S’il s’agit d’encenser cette réussite par une manœuvre d’appropriation nationale, c’est une nationalisation du succès qui relève de la plus plate propagande multiculturelle. Multiculturelle, cette fois, parce qu’elle oublie tout de la trame historique d’une culture de convergence et du statut historique qu’y occupe la langue française. Elle fait donc la promotion d’un nationalisme, en un sens, acculturé parce qu’il n’a plus conscience de sa propre trame historique. »

Multiculturalisme à la canadienne. Le terme est lancé. Surtout que Philippe Leclerc n’hésitait pas, récemment, à afficher sur son profil Facebook une photo du mot « Nous » composé de dizaine de façons de le dire dans des langues différentes, lançant effectivement le message selon lequel le « nous » québécois n’a pas le français comme langue commune.

Comme l’écrivait Philippe Perreault, du Mouvement Montréal français:

« Son « nous » contribue à l’hégémonie déjà puissante de l’anticulture qui lamine les pluralités nationales. Son « nous » exclut le collectif pour laisser place à l’individualisme et à l’atomisation de nos sociétés, symptôme grandissant de la perte de l’intérêt politique du bien commun pour laisser place à la fragmentation et à l’intérêt particulier. »

Un candidat du passé

Cette façon mollassonne de considérer la société québécoise est en droite ligne avec la période sombre des années de Lucien Bouchard, lorsque celui-ci avait affirmé qu’il ne pourrait pas se regarder dans le miroir si le PQ renforçait la Loi 101. On en est encore à l’étape de l’affaire Michaud, de l’argent et des votes ethniques de Parizeau et des grandes dénonciations de souverainistes qui oseraient affirmer quelque chose d’aussi « honteux » qu’il y a une langue commune au Québec et que cette langue, c’est le français.

Sous couvert d’être le secrétaire général des Intellectuels pour la Souveraineté du Québec (IPSO), Philippe Leclerc, qui a fait le choix d’étudier en anglais à l’université Concordia (et qui profite donc du sur-financement des universités anglaises au Québec) a donc tout le loisir de propager ses vieilles idées d’une indépendance désincarnée, dénationalisée, n’ayant rien à offrir au peuple québécois sinon une pâle copie du multiculturalisme canadien encourageant les ghettos et nuisant à la cohésion sociale garantie par une langue et une culture communes.

On aurait vraiment envie de lui demander: pourquoi l’indépendance, alors? Pourquoi vouloir que le Québec soit un pays si c’est pour « s’enorgueillir » de gens incapables de s’intégrer après plus de dix ans passés ici? Pourquoi vouloir un pays si on ne rêve que de multiculturalisme, de multilinguisme et d’une atomisation toujours plus croissante de la société en individus désolidarisés, déconnectés et repliés chacun sur leurs ghettos respectifs?

Non, le PQ n’est pas de retour. Il s’agit de la même continuité d’un parti ayant peur de s’engager fermement pour le français et préférant faire de la vieille politique avec quelque poteau sympathique s’activant pendant un mois à serrer des mains, à jouer à la pétanque avec l’âge d’or et à promettre mer et monde tout en continuant, insidieusement, à détruire notre capacité à bâtir une société nationale cohérente et française.

Avec tous ceux qui ne souhaitent que notre disparition, partout au Canada, avons-nous besoin en plus d’un Philippe Leclerc méprisant notre désir d’établir une société cohérente et francophone et valorisant ceux qui ne respectent pas notre désir de survie?

L’indépendance, c’est en français et pour le français qu’on la veut. Toute autre conception constitue au mieux une euthanasie volontaire, au pire un suicide organisé.

Le chêne, le roseau, et le rêve
8 décembre 2008

le-chene-et-le-roseauVoter, ce n’est pas seulement exprimer ce qu’on est, comme l’affirme la publicité du Directeur général des élections du Québec. Je n’aime pas qu’on ramène tout le temps toute forme d’action politique à ce que ça peut représenter pour soi, pour sa petite personne, pour son petit cul bien personnel. Oui, j’exprime ce que je suis quand je vote, mais je le fais tout autant quand je choisis de manger une salade plutôt qu’un sac de chips ou que j’essaie de limiter ma consommation d’alcool. Faire des actions seulement en fonction de ce que ça peut apporter à ce petit cul bien précieux porte un nom: égoïsme.

Évidemment, je ne suis pas naïf. Puisqu’on ne vote pas contre soi-même, en quelque sorte on vote pour soi. La véritable question consiste à se demander ce que représente ce « soi ». Est-ce que ce que je suis n’est que personnage physique, futile et mortel, dont la mission est de se gaver et de jouir de la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou bien mon existence a-t-elle un autre but, et se prolonge-t-elle en fonction des idées et des valeurs que je transmettrai à mes enfants? La voilà, la vrai question.

Je ne vote donc pas pour exprimer ce que je suis, mais surtout pour matérialiser ce futur que je souhaite pour moi et pour mes descendants, qui sont, d’une certaine manière, mon prolongement, mon assurance d’éternité.

J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui ne veulent pas voter. Ma Gaby, ma propre Gaby à moi, celle pour qui j’irais pelleter une tempête de cailloux sur la lune en échange d’un sourire, ne veut pas voter. Je l’ai trainée la dernière fois lors des élections fédérales, et j’ai réussi à la convaincre de venir annuler son vote aujourd’hui. Pour elle, c’est une perte de temps. Je vais la chercher au travail en voiture, lui sauvant ainsi une heure de « transpire en commun » (dixit Sol), et je lui demande un petit dix minutes pour notre futur et celui de nos enfants. Dix minutes, c’est tout. Mais ça semble trop.

Je ne lui en veux pas. J’ai appris à respecter ce qu’elle est et à profiter de ce repos politique qui fait de notre appartement un havre de paix politique rarement troublé par les folies de Stephen Harper ou Jean Charest. Je ne lui en veux pas; elle a toujours perçu le monde de la politique comme un monde froid, distant, calculateur, mensonger, hypocrite, adulte. Elle ne désire pas entrer dans ce moule, préférant utiliser ses talents d’imagination pour vivre dans un monde différent. Et moi, je suis le triste clown qui doit lui rappeler que la vie est souvent plate, injuste, et qu’on doit se battre pour que les choses s’améliorent dans le sens de nos valeurs. Je dois lui rappeler combien de gens sont morts pour la démocratie. Je dois lui expliquer que si les gens se désintéressent de la politique la politique ne se désintéressera pas d’eux pour autant!

Mais j’ai parfois l’impression de prêcher dans un désert de cynisme.

Alors, je lui ai sorti mon argument-canon: « pense à nos enfants, ceux du futur, quel monde veux-tu pour eux? Elle me répondit qu’elle savait s’adapter à toutes les situations. On se complète bien elle et moi; elle représente le pouvoir d’adaptation à la puissance dix et je suis ce chêne dans la chanson des Cowboys-Fringants, celui qui se tient debout et reste ancré dans ses positions et ses valeurs même devant les pires vents. Sauf que parfois, l’adaptation a ses limites, et je lui répondis donc que si les serfs au Moyen-Âge s’étaient adaptés à « toutes les situations » on en serait encore à subir le droit de cuissage et on vivrait comme des gueux à se demander qui du cochon ou de ses enfants aux dents pourries a la pire haleine.

En somme, je ne vote pas pour moi, même si j’apprécie de vivre selon mes valeurs. Je vote pour le futur, mon futur, celui de mes enfants, et si je respecte l’apolitisme de ma bien-aimée, je chéris toujours l’ambition de la convaincre que de donner dix minutes de son temps une fois de temps en temps pour une cause pour laquelle des millions d’humains comme nous ont donné leurs vies et qui déterminera le futur de nos enfants constitue la seule chose morale à faire.

Je vote pour moi? Non. Je vote pour elle, et pour que nos rêves deviennent réalité. J’y trouve mon compte, mais je l’inclus, elle et tous les citoyens du Québec, dans cette rêverie.


Même si Jean Charest gagnera vraisemblablement ce soir, je trouverai du plaisir dans la défaite d’un PQ beaucoup trop à droite, d’une ADQ et de ses idées passéistes, et j’espère de tout coeur que Québec Solidaire ne fera PAS élire de députés; nous n’avons pas besoin d’un parti sexiste, discriminant systématiquement les hommes, dans notre Assemblée Nationale.  Vivement un meilleur parti de gauche aux prochaines élections, un parti qui reconnaît que l’égalité des sexes a été atteinte et que nous devons désormais lutter contre des discriminations… contre les hommes!  Vivement un parti qui ne choisit pas ses candidats en fonction du sexe, mais en fonction de leurs compétences.  Vivement la mort de Québec Solidaire… et que de ces cendres puisse renaître un parti qui se soit débarrassé de ses reliques sexistes d’un autre temps.

Avec Québec Solidaire au pouvoir, sérieusement, auriez-vous envie d’avoir un garçon, vous, sachant qu’il serait systématiquement infériorisé et discriminé tout au long de sa vie?

Mario Dumont veut vous séduire
14 novembre 2008

Que fera Mario Dumont pour nous séduire la prochaine fois?

Mario Dumont est prêt à tout pour nous séduire. C’est le roi du contenant vide, de la pizza indigeste qu’on nous fait passer pour de la haute gastronomie et des clips de douze secondes qui semblent avoir été montés pour séduire un électorat pré-pubère. Tantôt il propose de couper les commissions scolaires, tantôt il fait rire la gallerie en proposant de couper 2 milliards $ dans nos services en pleine crise financière (alors que tout le monde sait qu’il faut au contraire davantage dépenser en période de crise, afin de stimuler la consommation), tantôt il désire mettre fin aux programmes des régions ressources, et maintenant il désire américaniser notre système de santé en permettant une saignée des professionnels du public vers le privé et en refilant la facture aux usagés les moins bien nantis, alors qu’il a été démontré et redémontré qu’un tel système est plus coûteux et moins efficace pour soigner un maximum de gens.

Ça fait maintenant une quinzaine d’années que Mario Dumont gagne sa croute en manipulant les gens, en les faisant vibrer grâce à leurs préjugés de droite et en simplifiant à l’excès des problématiques complexes pour essayer de gagner des votes.  Quinze ans qu’il change ses politiques à la petite semaine, s’entourant de gens les plus médiocres et les moins compétents. Quinze ans qu’il propose déréglementations, privatisations et dépeçage de l’État alors qu’on constate maintenant que de telles politiques ont conduit l’économie américaine – et mondiale – au bord du gouffre. Quinze ans qu’il bloque notre parlement et qu’on le fait vivre grassement pour atteindre son seul but: prendre le pouvoir et démolir ce que nous avons mis des décennies à construire.

Mario Dumont est dangereux. Non seulement est-il d’une incompétence légendaire dès qu’il est question d’autre chose que de clips de douze secondes, mais son amateurisme et ses politiques de girouette mèneraient le Québec vers une instabilité encore plus grande que maintenant. Il est en chute libre dans les sondages, et j’ose croire que les gens un peu partout en régions se sont réveillés et on constaté que la seule place d’où M. Dumont ne changera jamais d’idée et où il sera à son aise, ce sera dans les poubelles de l’Histoire, aux côtés d’autres politiciens et mouvements passéistes dont on a heureusement réussi à se débarrasser par le passé.

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

Obama ou McCain: bof, tu sais…
3 novembre 2008

Démocratie?Ma première idée consistait à écrire en détails pourquoi je me fous éperdument de savoir qui de Barack Obama ou John McCain gagnera les élections présidentielles états-uniennes de demain. Je m’étais préparé mentalement à mettre à l’eau cette vieille chaloupe dans la mare aux arguments où je puise généralement mes idées et à y jeter ma ligne, me préparant à repêcher quelque signe de l’inutilité de ces élections. J’aurais sûrement déniché de beaux poissons, et j’aurais pu parler du fait qu’Obama a donné son premier discours en tant que candidat officiel du Parti Démocrate devant le plus puissant lobby juif, qu’il désire bombarder le Pakistan, qu’il ne remet pas en question l’unilatéralisme de Washington, qu’il propose des politiques économiques très à droite s’adressant principalement aux gens faisant un bon salaire, etc.

« Bof, tu sais… »

À l’époque, quand j’étais adolescent et que je me croyais adulte parce que deux-trois poils noircissaient mon menton, j’avais adopté cette expression: « bof, tu sais… ». Concrètement, ça voulait dire: « tout m’est égal, c’est du pareil au même, j’en ai rien à cirer ». Et c’est comme cela que je me sens aujourd’hui face aux élections états-uniennes: j’en ai rien à cirer. Car Obama ou McCain, c’est la même merde et ce ne sont que des pantins au service d’une élite non-élue qui s’approprie les richesses collectives et appauvrit la population de ce pays depuis des décennies.

Si je pouvais m’imaginer un fantasme, celui de prendre possession des ondes et de me payer un trente minutes de publicité pour m’adresser directement au peuple états-unien, je lui dirais franchement: « Bof, tu sais… » Et je m’imagine la réponse: « Non, on ne sait pas! On veut croire! »

J’ai toujours trouvé que le « We believe » de Obama ressemblait au « I want to believe » des X-Files. « I want to believe » que George W. Bush était une aberration et qu’un autre président saurait redonner un peu de lustre à une classe moyenne disloquée, détruite après plus de trente ans de réformes néolibérales. « I want to believe ». Les gens veulent tellement croire Obama; ils ne voient même plus que ce que ce dernier propose est une version édulcorée de la même politique de Bush, Clinton, l’autre Bush, Reagan, alouette! Le vrai pouvoir ne s’élit pas à Washington; il choisit ses pions qui pourront le mieux représenter ses intérêts tout en plaisant au peuple. Obama est noir, jeune, fringant, nouveau… mais ses idées sont aussi vieilles que la nuit. Seule l’apparence du pouvoir a changé, pas le pouvoir lui-même.

Alors excusez-moi, mais mercredi matin pour moi il n’y aura qu’un perdant, peu importe le résultat: le peuple états-unien. Ce sera encore une fois le triste constat d’une démocratie abâtardie où l’argent peut tout acheter et où le mensonge et la manipulation sont les deux mamelles auxquelles s’accrochent des désespérés qui ne réalisent pas que le parti Démocrate et le parti Républicain sont les deux facettes d’une même élite de droite qui a davantage à coeur son profit que les intérêts de la majorité.

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?

Les crétins
15 octobre 2008

Ce n’est pas le Parti Conservateur qui a gagné les élections, mais plutôt ceux qui ne sont pas allés voter, c’est-à-dire plus de 40% des électeurs! Quand on pense qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on ait le droit de vote, j’ai honte.

En fait, j’ai surtout honte car nous avions tout un éventail de choix, de la gauche (Parti Communiste, Parti Marxiste-Léniniste) à la droite (Parti Conservateur) en passant par le centre-gauche (Nouveau Parti Démocratique et Bloc Québécois) et le centre-droit (Parti Libéral). Il y en avait pour tous les goûts. Que quelqu’un ait préféré rester à la maison plutôt que de faire son devoir de citoyen et voter selon ses aspirations, c’est impardonnable.

Ceci dit, on doute parfois de l’intelligence des électeurs. Comment faire autrement, quand on constate la réélection de l’incompétente Josée Verner, trop conne pour savoir qu’elle peut voter dans le comté où elle se prétente et qui n’a donc pas pu voter Parti Conservateur puisque le parti n’avait pas présenté de candidat à son lieu de résidence. Ou encore quand on voit un Maxime Bernier, qui se moque de ses concitoyens (dixit Julie Couillard) tout en « oubliant » des documents top-secret chez sa blonde-qui-doit-faire-taire-les-rumeurs-sur-son-éventuelle-homosexualité obtenir plus de 60% des voix.

Et bien, c’est ça la démocratie. Et mieux vaut voir des idiots aux urnes que des gens qui se pensent intelligents mais qui restent le cul écrasé à la maison au lieu de faire leur devoir de citoyen.

Je préfère 10 000 électeurs qui ont voté Conservateur à un seul crétin qui est resté chez lui le jour du vote.

p.s. Je cherche toujours un programmeur pour bâtir un site web. SVP me contacter.

Une coalition Bloc-NPD?
25 septembre 2008

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.