Le vide
22 avril 2012

On dit que la politique a horreur du vide. À toute idée doit finir par correspondre un parti, un mouvement, une action. Je regarde la pluralité des points de vue dans l’élection présidentielle française, et je vois un peuple qui occupe ses espaces vides, qui discute, qui oppose des idées novatrices. Rien à voir avec le Québec.

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Le Québec a la folie du centre. Signe d’un peuple historiquement tissé serré, nous avons peur de nous éloigner du consensus. Le résultat ? Nos partis politiques sont sans saveur, sans couleur, ils représentent tout et leur contraire à la fois.

S’il y a un vide à combler, en ce moment, c’est bien celui de la gauche économique et de la droite des valeurs, pour citer le leitmotiv d’Égalité et Réconciliation. En ce moment, les seuls partis de la gauche économique sont également à genoux devant les minorités et le multiculturalisme. Inversement, les partis de droite sont à genoux devant le patronat et le mondialisme.

Aucune force ne semble être en mesure d’émerger pour embrasser à la fois la cause nationale et celle des travailleurs. L’idée-même de cette union sacrée est au mieux ignorée, au pire ridiculisée. Cette nécessité d’une troisième voie entre un capitalisme sauvage transnational et une gauche économique ayant peur de s’enraciner dans l’identité de chaque peuple est de plus en plus urgente, mais le vide continue, continue, continue.

Avoir peur d’avoir peur

Je crois que cette peur de remplir le vide vient de cette incapacité historique que nous avons de confronter les dogmes qui nous affligent. Nous ne sommes pas capables de relever la tête franchement. Nous avons appris à exister sur la pointe des pieds, confondant notre mollesse à de la modération.

Combien de ces partis ni-oui-ni-non devrons-nous créer avant d’oser combler le vide ?

Prenons un parti marginal comme Option nationale, par exemple. Je connais plusieurs personnes qui fondaient de grands espoirs dans celui-ci. Dès le début, je les ai prévenus : ce parti ne changera rien. Il est composé d’anglomanes, sa plate-forme est floue et il n’assume pas pleinement la lutte nationale. Aujourd’hui, on apprend notamment que le candidat du parti dans Crémazie a déjà publié un texte en faveur d’une hausse (!) de l’immigration.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Parallèlement, je regarde un mouvement sectaire comme le RRQ. Celui-ci a organisé hier une activité avec un groupe innu intitulé « InnuPower », contre le Plan Nord. Un groupe de soi-disant résistants qui s’allie avec une organisation ne respectant même pas la langue nationale des Québécois, ça commence mal. Mais que dire de l’idéologie derrière tout ceci ? En reconnaissant la présence d’une nation innue au Québec, le RRQ ne participe-t-il pas à la marginalisation de la nation québécoise et à l’éventuelle partition du nord du Québec, une partition déjà bien commencée ?

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

On pourrait également parler de Québec Solidaire, qui se rapproche de plus en plus du NPD, et dont le chef a déjà affirmé être contre la Loi 101 au cégep. Un parti de la gauche économique mais qui a complètement embrassé le multiculturalisme et la fragmentation identitaire.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Je suis en attente. J’attends un mouvement, un parti résolument nationaliste, francophile, au service de la nation québécoise de Sherbrooke à Kuujjuaq, qui ne ferait pas le moindre compromis sur la langue nationale. J’attends un mouvement, un parti résolument de la gauche économique, au service des travailleurs et de leurs organisations syndicales, et qui refuserait tout compromis face au patronat.

J’attends toujours.

Parce que nous avons peur de nous assumer.