Les hypocrites du climat
29 novembre 2015

La Conférence de Paris sur le climat, qui encombre les principaux médias pendant deux semaines, constitue l’apothéose de la malhonnêteté écologique actuelle. Des dizaines de milliers de personnes consommeront des centaines de milliers de litres d’énergies fossiles pour demander aux autres – oui, toujours aux autres – de réduire leur empreinte écologique.

Ils ont des slogans ambitieux et des stratégies médiatiques originales, mais cela suffit-il à contrebalancer l’extrême incohérence de leur discours ? On peut lire certains soi-disant écologiques québécois qui justifient cette aberration en affirmant qu’il n’est pas grave de brûler autant de pétrole pour aller jusqu’à Paris si c’est pour forcer les gouvernements à « faire quelque chose » pour nous sortir du pétrole.

Ces gens, comme beaucoup trop de gens en général, attendent toujours que quelqu’un, quelque part, fasse les choix à leur place. Plutôt que de prendre l’initiative de réduire eux-mêmes leur dépendance au pétrole, ils demandent au gouvernement de l’imposer. Plutôt que de sortir leur vélo pour aller au travail, ils réclament qu’on taxe les voitures. Plutôt que de cultiver leur propre lopin de terre, ils exigent des efforts des agriculteurs. Plutôt que de réduire eux-mêmes leur rythme de vie, ils demandent qu’on l’impose aux autres.

Tout cela n’est pas sans rappeler l’ancien vice-président étatsunien Al Gore, qui s’est fait un nom en prêchant la lutte aux changements climatiques, mais qui s’achetait ensuite une villa de dix mille pieds carrés avec neuf salles de bain, six foyers et des fontaines extérieures électriques…

Les gens ne sont pas dupes et ils rejettent cette hypocrisie.

Ce qui manque dans le mouvement écologiste, en ce moment, ce ne sont pas des projets, de l’argent, des taxes, des engagements gouvernementaux ou de super-vedettes qui se font voir la face partout avant de prendre l’avion et de rentrer chez eux en VUS. Ce qui manque, ce sont des femmes et des hommes qui, comme le disait Gandhi, sont le changement qu’ils veulent voir dans le monde. Des personnes qui, par leurs actions, en inspirent d’autres.

Les vrais écologistes

Les vrais écologistes ne sont pas ceux qui montent dans un avion rempli de 50 000 litres de kérosène pour aller palabrer à Paris à propos de ce que devraient faire les autres. Les vrais écologistes sont ceux qui vivent le changement. Je pense notamment aux Jardins de la Grelinette, une ferme de moins d’un hectare à Saint-Armand, en Montégérie, qui fait vivre toute une famille et dont les légumes, biologiques, sont distribués localement. Je pense à Déménagement Myette, une entreprise montréalaise offrant des déménagements en vélo pendant l’été. Je pense à tous ceux qui font le choix du transport en commun, qui possèdent des véhicules moins énergivores, qui baissent le thermostat d’un cran, qui isolent leur maison, qui font pousser un potager. Je pense à ceux qui vivent dans des mini-maisons et qui y sont confortables. Je pense à ceux qui font le choix de vivre sans électricité

Au final, nous n’aurons pas le choix de réduire notre rythme de vie. Notre richesse actuelle, alors qu’un chômeur contemporain vit mieux qu’un roi du moyen-âge, résulte de l’exploitation effrénée des énergies fossiles. Puisque le pic pétrolier est déjà derrière nous et que l’énergie per capita continuera de diminuer dans un futur prévisible, ces changements seront inévitables. Ceux qui ont fait le choix de vivre avec moins sont des précurseurs, et des inspirations autrement plus efficaces que ces vieux politiciens séniles à Paris.

Si on espère adoucir le déclin et ainsi limiter l’impact sur le climat, ce ne sont pas de discussions stériles à des sommets mondiaux dont nous avons besoin. Des cabotins y bavardent depuis des décennies et ils continueraient de discuter bien après qu’il n’y aurait plus ni pétrole ni contribuables pour payer leurs voyages. Il suffit plutôt d’encourager ces personnes qui ont déjà décidé de faire les changements nécessaires et de s’inspirer de leurs réussites (ou de leurs échecs) afin de bâtir le monde de demain.

L’ère des grandes solutions gouvernementales ou planétaires est terminée. Vivement le retour au local et aux gens qui pratiquent ce qu’ils prêchent au quotidien !

La guerre perdue
13 décembre 2009

« Avons-nous perdu une guerre? » Je me posais la question en pissant dans un urinoir sans eau courante. Une belle petite plaque – bilingue, faudrait quand même pas inciter les anglos à apprendre le français au petit coin – annonçait fièrement une économie d’eau de 150 000 litres par année dans l’entreprise grâce à l’installation d’un tel récipient à urine en plastique. Et moi, malgré le sens-bon, je trouvais l’odeur de pisse nauséabonde et je ne pouvais qu’imaginer le triste travail du type se devant de récupérer le liquide chaud et puant. L’écologie, bien d’accord, mais n’y a-t-il pas des limites?

guerre

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Oh, bien sûr, ce n’était qu’un urinoir et je ne faisais que pisser. Certains disent que l’homme descend du singe. Pour la femme peut-être, mais l’homme, lui, je crois qu’il descend du chat. Il aime pisser avec un certain cérémonial, et il préfère camoufler son méfait. C’est génétique: l’odeur peut attirer les prédateurs, et en urinant dans l’eau vive ou en faisant comme les félins, qui remuent la terre pour dissiper les effluves, on accomplit je-ne-sais quelle grande oeuvre utile s’accompagnant d’un profond sentiment de satisfaction. Pisser loin, c’est bien, pisser dans l’eau, c’est mieux, mais amenez-moi les chutes Niagara et j’exploserai de bonheur!

Ainsi, quand on me demande de me soulager dans une petite boîte en conserve qu’on a le culot d’appeler urinoir, quand on me demande d’oublier des siècles de progrès techniques pour en revenir à l’équivalent d’un pot de chambre collectif, j’enrage. C’est pour sauver la planète, parait-il. Et si on demandait à tous les hommes d’aller directement pisser dans l’égout, la sauverait-on assez à votre goût?

Évidemment, on peut tous faire sa part pour réduire notre impact sur l’environnement. Mais cela doit-il nécessairement passer par une réduction de notre niveau de vie? Certains diront que ce n’est qu’une histoire d’urinoir, mais cela va plus loin. Hier, c’était l’urinoir. Aujourd’hui, c’est la lumière qui s’éteint automatiquement dans la salle de bain après deux minutes assis sur le bol de toilette. Demain, ce sera l’eau qui sera rationnée. Où est-ce que cela s’arrête? Jusqu’où une entreprise ou la société en général doivent-elles aller pour adhérer aux dogmes écologiques?

Qu’on me comprenne bien: je veux la sauver la planète, moi aussi. C’est la seule que nous ayons, jusqu’à preuve du contraire. Mais est-ce réellement en me privant de ces quelques petites banalités quotidiennes que sont le fait de pouvoir pisser dans l’eau ou chier avec la lumière allumée qu’on y arrivera? Est-ce en me retirant ces petits conforts bien ordinaires qu’on changera quoi que ce soit? On me répondra: chacun peut faire sa part. Vrai. Si je lance mes déchets par la fenêtre, si je brûle des pneus dans ma cour, si j’éparpille mes déchets partout. Mais de l’eau, mais de l’électricité! L’eau tombe du ciel et notre électricité ne coûte presque rien à produire!

En fait, j’ai l’impression qu’on nous impose tous ces désagréments pour nous faire oublier que derrière ceux-ci, derrière la volonté apparente de sauver quelques litres d’eau ou un millionième de kilowatt, existe un gaspillage bien pire, camouflé derrière de nobles intentions écologiques ou la simple logique marchande. Vous savez sûrement de quoi je parle: ces entreprises qui ne fournissent plus de sacs de plastique, mais qui en vendent des cinq fois plus costauds et polluants, qui sont achetés encore et encore par les mêmes clients qui les avaient « oubliés » à la maison. Ces compagnies qui jettent leur nourriture à la poubelle pour ne pas avoir à la donner. Ces multinationales à l’entrepôt « just in time », c’est-à-dire sur route, gaspillant des millions de litres d’essence. Ces usines qui polluent le ciel de Montréal-Est ou de Varennes. L’uranium qu’on veut extraire près de Sept-Îles. Les mines abandonnées et contaminées du nord du Québec. Ces milliers d’automobilistes solitaires pris dans un bouchon sur le pont et partant tous du point A pour arriver au même point B. Ces emballages de plastique, ces produits jetables, cette peinture toxique, ce mercure, ce plomb, alouette!

Et moi, on m’empêche de jouir de mes simples besoins primaires « pour l’environnement ».

« Il faut bien commencer quelque part » me répondront certains. Bien sûr, mais depuis quand commence-t-on par la fin? Depuis quand, lorsqu’on a besoin de l’argent qui traîne dans le tiroir, commence-t-on par récupérer les vieilles cennes noires crasseuses dans le coin en y laissant les beaux billets de vingt dollars? Pourquoi s’attaque-t-on aux gens ordinaires pour des choses aussi futiles quand les cibles, les vrais pollueurs, ne manquent pas?

Il n’y a qu’une seule explication logique et c’est la lâcheté. On s’attaque aux gens ordinaires parce qu’ils sont sans défense et que leurs efforts – ou plutôt, leur inconfort – est plus frappant que celui de grosses entreprises devant changer leurs méthodes de A à Z. On s’attaque au citoyen ordinaire, on lui demande de se rationner, de pisser dans des boîtes de conserve et de déféquer dans le noir parce qu’en le privant, on lui donne la satisfaction d’avoir eu l’impression d’agir à « sauver la planète » (inc.). Au lieu d’avoir un État fort prenant des décisions conséquentes permettant d’atteindre des objectifs tangibles et efficaces, on fait porter le fardeau de la sauvegarde de la planète aux petites gens et on leur répond, lorsqu’ils ont l’impression de reculer, qu’ils ont fait un bon geste.

À une autre époque, on considérait le rationnement comme un geste patriotique permettant d’assurer la victoire d’un pays en guerre et le retour à la prospérité par la suite. Désormais, on l’entrevoit comme une fin en soi et à l’insulte de devoir vivre en-deçà de nos capacités il faut ajouter l’injure de considérer ces privations comme permanentes.

Pour le moment, ce ne sont que des urinoirs, mais demain… À quand le retour des bécosses dans le fond de nos cours? À quand le retour des chevaux sur nos routes? À quand le retour des bateaux à voile? À quand le retour des bœufs dans les champs, des métiers à tisser à la main, de l’esclavage?

Le progrès existe; on ne peut pas le désinventer. Qu’on cherche des solutions, d’accord, mais qu’on me laisse pisser en paix. C’est souvent là que j’ai les meilleures idées.

Parlons ampoules
4 novembre 2007

Il y avait un dossier sur les ampoules fluocompactes sur Cyberpresse cette semaine. Faut le dire, ces nouvelles ampoules, de petits néons en torsade, sont très populaires, appuyées par de vastes campagnes publicitaires, notamment de la part d’Hydro-Québec. Elles seraient plus écologiques, plus économes, plus durables, plus performantes… Sauf que quand on y regarde de plus près, on voit une autre histoire.

D’abord, elles coûtent cher; souvent près de trois fois le prix d’une ampoule incandescente. Pour ce qui est de parler au porte-feuille des gens, ça commence mal. Sauf qu’elles durent plus longtemps, et on croit donc que le consommateur y sauvera en économisant de l’énergie à long terme. Malheureusement, pour économiser, il faudrait utiliser l’ampoule plus que quelques minutes à la fois (adieu la salle de bain) et il faudrait faire abstraction de son défaut principal, qu’on cherche à nous faire passer pour une qualité: son absence de chaleur.

En effet, on dit souvent qu’une ampoule incandescente « gaspille » 90% de son énergie en chaleur. Une vieille blague affirme que ces ampoules sont de petits gadgets chauffants qui ont comme effet secondaire de produire de la lumière. Le discours ambiant affirme donc que puisque les ampoules fluocompactes ne produisent pour ainsi dire par de chaleur, elles sont donc beaucoup moins énergivores. Mais ce raisonnement est faux, car dans un pays où on chauffe nos maisons près de huit mois sur douze, la chaleur produite par l’ampoule incandescente n’est pas mystérieusement perdue, mais simplement dissipée dans la pièce. Bref, quand on utilise une ampoule incandescente, on sauve un peu d’énergie qui aurait dû être dépensée autrement pour chauffer le logement. De ce côté, on peut donc affirmer que les deux ampoules s’équivalent, ce qui fait paraître encore plus problématique le problème du coût d’achat initial des ces ampoules.

Ensuite, les ampoules fluocompactes comportent du mercure, qui peut se répandre dans la maison quand l’ampoule brise, ou qui se ramasse dans l’environnement d’une façon ou d’une autre. Le mercure est un métal très toxique, même en toute petite quantité. Il est vrai que dans un pays chaud (où la chaleur produite par l’incandescente est effectivement un gaspillage) où l’électricité est produite à partir du charbon, la quantité de mercure libéré par la combustion du charbon pour produire l’énergie d’une ampoule incandescente est supérieure à celle d’une fluocompacte. Mais au Québec, avec notre hydro-électricité, la quantité de mercure est plus élevée lors de l’utilisation d’une fluocompacte.

Mais le mercure n’est pas le seul danger de ces ampoules. Il y aussi le fait qu’elles peuvent surchauffer et leur base peut brûler lorsqu’elles ne sont plus bonnes. Elles émettent ensuite une fumée, qui peut notamment déclencher un système d’alarme et créer une alerte aux pompiers, augmentant encore une fois le coût dérivé de ces luminaires.

Et finalement, soyons honnêtes, leur lumière blanche style « néon d’école primaire » est plutôt déprimante, peu conviviale, et ne permet pas d’utiliser des lampes à gradateur pour se créer une ambiance plus tamisée. Il ne s’agit évidemment que d’un petit inconvénient, pouvant sûrement être surmonté si les fluocompactes disposaient d’avantages écrasants, mais puisqu’elles ne sont pas si miraculeuses, voilà bien une autre raison de s’en passer, surtout quand on connaît leur agressivité « stroboscopique », émettant jusqu’à 60 flashs par seconde, imperceptibles à l’oeil nu mais enregistrés par le cerveau…

D’une certaine façon, les ampoules fluocompactes sont symptomatiques d’une nouvelles classe d’acheteurs voulant faire quelque chose pour l’environnement mais ne disposant pas des bonnes informations ou des bonnes manières pour agir. Ça me fait un peu penser au fantasme – irréaliste – de voitures fonctionnant à l’hydrogène, soi-disant propres, mais où le consommateur « oublierait » que l’électricité nécessaire à produire cet hydrogène (qui est un transmetteur d’énergie hautement négatif; c’est-à-dire qu’il faut beaucoup d’énergie pour que l’hydrogène n’en redonne qu’une petite partie) vient d’une centrale au gaz, au charbon, ou d’autres sources d’énergies polluantes.

Ainsi, c’est un peu une sorte de sous-traitance de la bonne conscience environnementale. On ne voit pas ce qui se fait avant ou après, mais pendant qu’on utilise nos fluocompactes on ne pollue pas. Et peu importe le mercure, peu importe les coûts pour la société, peu importe de quelle façon on produit l’électricité pour les alimenter.

On sauve l’environnement parce qu’on achète vert, mais on oublie qu’un produit soi-disant vert n’a pas toujours été produit vertueusement ni même transporté ou emballé d’une manière écologique. Bref, on se met la tête dans le sable, on sort son porte-feuille, et on croit sauver la planète parce qu’on remplace une forme de pollution par une autre.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’aime bien mes incandescentes, et je ne suis pas certain que je vais changer de sitôt.