Dette: l’austérité prônée par la droite ne règle rien
6 novembre 2011

Les mesures d’austérité proposées par la droite économique ne s’attaquent pas réellement au problème de la dette; elles transfèrent simplement la dette publique vers les individus.

Si on veut régler ce problème, il faudrait commencer par adopter une monnaie qui n’est pas créée dans la dette et on devrait faire peser le poids de la décroissance sur l’ensemble de la société, et pas seulement sur la classe moyenne syndiquée et les moins nantis.

Cette décroissance doit être équitable; les mieux nantis doivent également faire leur part.

La gauche doit continuer à prôner une redistribution de la richesse et la nationalisation des secteurs les plus importants de notre économie, mais elle doit au plus vite comprendre que sans s’attaquer au fondement du système actuel – la monnaie-dette – elle ne changera rien à long terme.

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Le connard se rebiffe
5 janvier 2011

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que l’ultradroite « s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées », j’étais loin de me douter qu’on me donnerait une occasion aussi facile de le démontrer. C’est pourtant le cas, alors qu’on me signale, aujourd’hui, que le sbire de Quebecor, Michel Hébert, s’improvise blogueur de fond de ruelle et me qualifie de connard dans un torchon où il tente maladroitement de faire croire, à l’opposé de tout bon sens, que le Québec serait une société de gauche.

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Citons l’employé de Quebecor:

Vous pensiez aussi que nos programmes sociaux étaient d’une mouture socialiste? Vous étiez dans l’erreur. C’est la droite, voire l’ultradroite désormais, la pire qui soit, qui nous a donné tout ça.

Les garderies étatiques, l’assurance médicaments, l’assurance agricole, les congés parentaux, l’aide sociale, l’allaitement subventionné, les congés maladie accumulés, la procréation assistée, les traversiers sous les ponts, la gestion de l’offre (le gonflement des prix) du lait, du beurre et du sirop d’érable, le Conseil des aînés, de la femme, de la jeunesse (branchée), de la famille et de l’enfance ou des relations interculturelles, l’Office des handicapés, de la jeunesse et de la Walonie-Bruxelles. La Régie des rentes, celle du logement et, la plus drôle de toutes, la Régie du bâtiment.

Il s’agit d’un beau pudding indigeste que nous présente l’homme de main de Pierre-Karl Péladeau. Dans son délire hallucinatoire, Michel Hébert imagine une sorte de Cuba du nord socialiste où interventionnisme et gauchisme se mélangent indifféremment. À l’opposé de mes propres affirmations – comme quoi le virage néolibéral a commencé au tournant des années 1980 – il cite notamment un ministère du bien-être social créé en 1940 et une Régie des rentes datant de 1965. Il mélange aussi la question de l’allaitement, des congés payés et d’une procréation assistée payée par l’État exigée par… Julie Snyder, la femme de Pierre-Karl Péladeau! C’est dire à quel point l’homme est mêlé! On peut également se demander en quoi la Régie du bâtiment fait tant rire notre homme, alors que cette institution, loin de constituer un dangereux repaire de gauchistes, inspecte plutôt les bâtiments pour en établir la sécurité. À Sugarloaf, où un télésiège a déraillé, on aurait sûrement aimé avoir une telle régie…

Malgré quelques gains pour la classe moyenne à propos des CPE et des congés parentaux, les trente dernières années ont plutôt été celles d’un lent recul de l’État en tant qu’appareil permettant la redistribution de la richesse. Pendant que Hébert parle de lait, de beurre et de sirop d’érable, comment pouvons-nous oublier les désassurances dentaires de 1982, les désassurances de physiothérapie de 1988, les désassurances pour les soins de la vue de 1992? Comment faire abstraction des accords de libre-échange, nullement remis en cause par aucun des principaux partis politiques du Québec, et qui permettent à des entreprises de fermer leurs usines du Québec pour produire dans d’autres pays, mettant les travailleurs du Québec en compétition avec ceux du tiers-monde? Comment oublier le sauvage déficit zéro de Lucien Bouchard, ayant fermé des hôpitaux et envoyé à la retraite nombre d’infirmières qualifiées? Comment faire abstraction des hausses constantes des frais de scolarité, qui ont contribué à réduire l’accès aux études supérieures? Comment oublier les grandes envolées lyriques de Pauline Marois en faveur de l’enrichissement individuel?

De la même manière, pendant que des illuminés à la solde du grand capital, Éric Duhaime, Michel Hébert ou autres exégètes du néolibéralisme le plus radical, parlent de l’embonpoint de l’État, celui-ci rapetisse lentement, mais inlassablement: près de 28% du PIB en 1992 contre seulement 23% en 2009. Les réformes des gouvernements de droite du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec, qui imposent le renouvellement d’un seul poste de fonctionnaire sur deux, font augmenter la pression sur notre État et réduisent sa capacité à offrir des services de qualité aux citoyens.

Parallèlement, les baisses d’impôts des gouvernements péquistes et libéraux, qui ont surtout profité aux mieux-nantis, totalisent près de dix milliards de dollars. Autant dire qu’elles sont la première cause du déficit actuel. Josée Legault a bien expliqué ce phénomène:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes.

C’est le plan de match actuel. Ouvrez votre téléviseur, entendez Quebecor vous radoter les mêmes vieilles histoires du « Québec dans le rouge » avec les mêmes vieilles solutions du désengagement de l’État. La droite se réjouit.

Pourtant, on se retrouve avec une crise économique largement causée par des politiques fiscales de droite – ici et ailleurs – et qui ont mené vers la faillite des pays comme l’Islande et l’Irlande, deux États ayant largement privatisé leur économie et suivi à la lettre les diktats néolibéraux. Même François Legault vantaient les impôts ridiculement bas de l’Irlande, qu’on a déjà appelé le tigre celtique (paix à son âme). Aujourd’hui, ces deux pays sont ruinés. Et la Grèce, qui a elle aussi largement déréglementé son économie, n’est pas loin derrière. Si le Québec s’en tire mieux – avec une dette en pourcentage du PIB dans la moyenne des pays de l’OCDE – cela n’empêche pas l’ultradroite de rêver de dépecer encore davantage notre État.

Ce qu’il y a d’important à dire à propos de ces gens qui, comme Michel Hébert, manipulent la population en se servant de la plateforme journalistique de Quebecor, c’est qu’ils n’ont pas de projets. Ce sont des haineux de toute forme de collectivisme et qui pensent qu’ils pourraient mieux s’en sortir en prônant des politiques favorisant les mieux-nantis, c’est-à-dire leurs patrons ou, ultimement, eux. Ils parlent contre les syndicats – pourtant les organisations démocratiques directement tributaires de l’existence d’une classe moyenne – mais n’ont rien à proposer de crédible pour les remplacer. Leur valorisation maladive de l’enrichissement individuel n’a d’égale que leur ignorance d’une histoire pourtant riche d’enseignement; les idéologies collectivistes sont apparues précisément parce que le libre-marché du dix-neuvième siècle a échoué. Or, que proposent-ils de différent pour éviter les même travers? Rien! Moins d’État, moins d’État, et qu’on laisse le loup et le mouton gérer leur propre cohabitation!

Henri Lacordaire affirmait: « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » L’ultradroite veut devenir cette force égoïste qui, tel le surhomme de Nietzsche, s’élève au-dessus de la masse. De son point de vue, rien n’est plus beau, rien n’est plus grand. Mais que vaut l’élévation si elle n’est rendue possible que par le travail d’une masse d’individus désolidarisés, en perpétuels conflits les uns contre les autres, et qui ne peuvent plus rien entreprendre collectivement? Que vaut la force quand on vend au plus offrant tout ce qui fait notre fierté collective?

Je suis peut-être un connard, mais je suis un connard qui pense au bien commun et qui n’occupe pas ses journées à jouer les scribouilleurs d’un empire médiatique ayant annihilé ses anciens idéaux journalistiques de rigueur et d’objectivité.

Je suis peut-être un connard, mais je peux encore me regarder dans le miroir sans avoir à m’inventer un monde parallèle où la droite, après trente ans au pouvoir et forte de tous ses médias et des trois principaux partis politiques de l’Assemblée nationale, constituerait l’alternative.

Je suis peut-être un connard, mais je n’ai pas besoin de jouer les gratte-papiers prostitués qui étalent leurs préjugés et leurs opinions pré-conçues comme d’autres jouent avec leurs excréments.

Je suis peut-être un connard, mais contrairement à Michel Hébert, je peux marcher la tête haute.


N.B.: Depuis la parution de ce billet, Michel Hébert a modifié le titre de son texte.

Joanne Marcotte et son Réseau Libâââârté-Québec
21 octobre 2010

C’est en fin de semaine qu’aura lieu le lancement du « Réseau-Liberté Québec », un regroupement de la droite économique rassemblant une belle brochette d’idéologues, d’opportunistes, de carriéristes et de gens ayant l’apparence d’une santé mentale fragile. À RDI ce soir, on pouvait entendre Joanne Marcotte, la réalisatrice d’un torchon cinématographique intitulé « L’illusion tranquille » et qui dénonçait le « modèle québécois », prédire que ce mouvement marquerait la fin pour les « socialistes et les syndicats qui gouvernent le Québec ».

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Bon, je ne sais pas trop pour vous, mais du côté sain de la pensée politique des trente dernières années, il n’y a pas eu grands socialistes qui ont gouverné le Québec ou le Canada. En fait, c’est exactement le contraire: depuis les premières désassurances dentaires péquistes de 1982, tous les gouvernements québécois ou canadiens ont été du côté droit du spectre politique. On a simplement à penser aux tentatives de privatisations du milieu des années 80, à l’enrichissement éhonté consenti aux entreprises du Québec Inc. (dont Vidéotron, qui était une « binerie sur la rive-sud », dixit Léo-Paul Lauzon, avant que l’État québécois ne l’engraisse), au déficit zéro de Lucien Bouchard, aux hausses de frais de scolarité, à la réduction des prestations de l’assurance-emploi, aux incroyables baisses d’impôts consenties aux mieux-nantis depuis une décennie et qui font que le Canada est un des pays développé ayant aujourd’hui les impôts les plus bas pour cette classe de citoyens.

On aurait envie d’être tendre avec les individus comme Joanne Marcotte. On voudrait les prendre dans nos bras et leur susurrer à l’oreille: « ne pleure pas, les méchants syndicats ne sortiront pas de dessous ton lit pour venir te manger pendant la nuit! ». Mais rien n’y fait. Qu’une personne déconnectée de la réalité comme cette Marcotte puisse s’exprimer publiquement, voilà qui est normal; ce qui l’est moins, c’est qu’il se trouve sérieusement des individus pour l’écouter et participer à son délire. Le Québec est autant dirigé par des socialistes que la Corée du Nord est un modèle de libre-entreprise. C’est du gros n’importe quoi.

D’un point de vue global, les pays qui ont le mieux réussi sont ceux qui sont équilibrés et qui dosent bien leurs mesures économiques. Ce ne sont pas – contrairement aux lubies de cette dangereuse ignorante – des pays qui ont un taux de syndicalisation plus faible ou qui ont effectué des coupes sauvages dans leur budget ou effectué des privatisations à outrance. Nous avons comme preuve l’Islande, techniquement en faillite après avoir suivi à la lettre les recettes de l’extrême-droite économique et que Miltron Friedman, un des gourous de la droite économique, qualifiait d’utopie réalisée. Nous avons également l’Irlande, qui ne s’en sort qu’à peine mieux, elle qui avait pourtant vu son taux de syndicalisation baisser de près de 10% en une décennie.

J’ai déjà écrit:

Si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark.

La vérité, c’est que les pays les plus évolués ont souvent un taux de syndicalisation plus élevé. On peut notamment parler de la Suède (près de 90%) et de la Finlande (près de 80%). En comparaison, le Québec, à quarante pourcent, fait piètre figure. Il faut le dire et le redire: syndicalisme et progression sociale vont main dans la main. Le Québec, un des territoires où la population était la plus pauvre pendant une grande partie du dernier siècle, s’est inscrit dans la modernité et s’est enrichi grâce à l’union de ses travailleurs. Les syndicats permettent cette union et ils incitent à une meilleure redistribution de la richesse permettant à l’ensemble de la société de devenir plus égalitaire, plus juste, plus prospère. Ce sont des outils démocratiques à l’origine de l’amélioration de la société. Ils nous enrichissent collectivement.

Or, le problème avec les Marcotte et autres extrémistes de droite de ce monde, c’est qu’ils croient pouvoir améliorer le Québec en s’attaquant précisément à sa classe moyenne syndiquée. On veut couper dans les services, s’attaquer aux travailleurs, couper dans une fonction publique déjà passablement amochée parce qu’on ne réengage qu’une personne à toutes les deux retraites, hausser les tarifs, mais jamais JAMAIS JAMAIS on n’ose proposer d’aller chercher l’argent là où elle est, c’est-à-dire dans les poches des mieux-nantis. Ce qu’on propose, dans les faits, c’est simplement une réorganisation dans la gestion des miettes d’une tarte rétrécissant d’année en année parce que nos gouvernements n’ont pas le courage de mieux imposer les entreprises et les plus riches.

Ainsi, pendant que les Péladeau et les Desmarais de ce monde déclarent des bénéfices de plusieurs milliards de dollars, on fait une syncope parce qu’un col bleu s’est endormi sur son lieu de travail ou qu’un fonctionnaire a pris congé le vendredi après-midi. C’est cela, la vision Marcotte et la vision Libâââârté-Québec. Le Québec est incroyablement riche, mais cette richesse qui se promène au-dessus de nos têtes ne doit pas nous appartenir. Non. Nous, on préfère taper sur la tête du travailleur qui allonge sa pause du matin.

Dans les années 50, les entreprises fournissaient près de 50% de la richesse de l’État, alors que ce n’est plus que près de 10% aujourd’hui (les contribuables devant participer pour le reste). Plutôt que d’avoir le courage de mieux imposer les entreprises et de lutter contre un libre-échange encourageant notre appauvrissement collectif par les délocalisations qu’il impose, on s’écrase et on se laisse piller. Alors que nous sommes ultra-riches, peut-être davantage que nous ne l’avons jamais été, on se la joue au profil bas et on veut couper « dans le gras » (des vies, des humains, des rêves brisés, voilà le gras!) plutôt que d’avoir le courage d’aller chercher la richesse là où elle se trouve.

Ce n’est donc pas le modèle québécois qui doit être jeté aux ordures, mais plutôt les idées arriérées de ces pleutres du Réseau Libââââtré-Québec qui, faute d’avoir les couilles de se battre pour une meilleure société pour l’ensemble des Québécois, légitiment des solutions économiques draconiennes ayant prouvé leur échec un peu partout dans le monde.

Le PQ, toujours plus à droite
13 mars 2010

Virage à droite, virage à droite! On ne compte plus les commentateurs qui qualifient ainsi les nouvelles déclarations de Pauline Marois, qui désire enfoncer le parti dans des réformes économiques ayant pourtant prouvé leur inefficacité un peu partout où elles ont été appliquées. Ce n’est pas un changement idéologique qui affecte le parti; simplement une actualisation du discours, une affirmation de ce que tous savaient depuis déjà longtemps: le PQ EST un parti de droite.

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Les baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux mieux-nantis, ce n’est pas seulement le Parti Libéral de Jean Charest qui en est responsable. C’est beaucoup le PQ, entre 1996 et 2003. Des baisses d’impôts qui, aujourd’hui, nous ont entraîné dans un déficit gigantesque et qui forceront vraisemblablement un gouvernement tout aussi à droite à couper nos services.

À l’époque, Landry parlait de « gauche réaliste » pendant qu’il baissait les impôts des corporations. Aujourd’hui, Marois parle d’élimination de la taxe sur le capital, de baisses d’impôts et de hausses de taxes – des mesures régressives qui réduiraient la redistribution de la richesse – tout en continuant à parler de social-démocratie. Ce « virage », c’est bel et bien celui qu’a effectué Tony Blair, en Grande-Bretagne, et qui a à ce point laissé dans la pauvreté quantité de Britanniques qu’on a fini par le qualifier de fils politique de Margaret Thatcher. Ce « virage », c’est la mort et l’enterrement définitif de ce qui reste de l’État-providence québécois.

Les péquistes disent: « créons de la richesse » et diminuons les impôts! Le problème, c’est que, précisément, les pays qui réussissent, qui « créent » de la richesse pour l’ENSEMBLE de leurs citoyens, sont également ceux qui ont les taux d’imposition les plus élevés! À l’opposé, les pays qui ont choisi de baisser drastiquement leurs impôts n’ont rien créé, sinon la pauvreté pour les moins-nantis, la misère, et l’insécurité. Comme je l’écrivais ici:

Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?

La véritable opération, le but avoué qu’ont décidé d’embrasser les péquistes maintenant qu’apparaît devant eux le pouvoir si longtemps souhaité, c’est la continuité de leur opération de destruction de l’État-providence et de sa capacité à être le moteur non seulement de notre économie, mais aussi et surtout de la redistribution de la richesse. Rien de nouveau sous le soleil; on désire affamer la bête en coupant les impôts, pour ensuite la dégriffer en coupant les services.

Ce sont les grands démolisseurs, qui, à l’époque de Duplessis, juraient sur la Bible, et qui désormais ne peuvent vivre sans implorer le Dieu du libre-marché et vanter les mérites d’un ordre économique qui nous promet toutes sortes de richesses que nous n’avons jamais vu et ne verrons jamais. C’est du domaine de la foi qu’il s’agit ici. De la foi en le marché, et de la décision concertée d’un parti politique d’abandonner ses racines pour se mettre au services d’un système économique qu’on a déifié et qui ne livre jamais ses promesses.

Cette énième fuite en avant du véhicule rouillé d’un nom ayant déjà mérité ses lettres de noblesse, ne réussira, en cherchant à cloner le Parti Libéral, qu’à frustrer ses éléments de centre-gauche et à les inciter à joindre les rangs de Québec Solidaire ou d’autres partis à l’écoute des besoins de l’ensemble de la population. Le parti met définitivement la hache dans ce qui constituait, à l’origine, son essence, et a décidé de larguer sa gauche pour satisfaire des visées électoralistes et/ou les argentiers préparant sa triomphale victoire aux prochaines élections.

Une victoire qui, malheureusement, se fera sans mon maigre appui.

Il serait grand temps que le SPQ-Libre comprenne qu’il n’a plus de futur dans ce parti et quitte le vieux rafiot péquiste.

À quand un parti social-démocrate qui souhaite défendre l’identité des Québécois? À quand un mélange des excellentes idées économiques de Québec Solidaire avec des valeurs comme la protection du français et la survie linguistique et identitaire des Québécois?

Celui qui saura répondre à cette question aura, selon moi, tout un bassin de population à satisfaire. Surtout depuis que le PQ a décidé que ces gens ne valaient plus la peine d’être représentés.

Ce n’est pas d’un virage qu’il est question, mais bel et bien d’un abandon.

Celui des plus pauvres, de la classe moyenne, des militants, et de l’ensemble d’une population qui a compris que si nous sommes faibles individuellement, nous sommes très forts collectivement. Et que c’est l’État, notre démocratie, qui doit être le levier et l’expression de cette puissance.

Le SISP contre les couilles en or
14 décembre 2009

À chaque fois qu’un Lucide s’exprime, La Presse et autres médias à la solde d’intérêts privés se dépêchent de rapporter ses propos et de les présenter comme étant le « gros bon sens ». Quand le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) donne ses propres solutions économiques, on devient soudainement bien silencieux à l’office de propagande de la rue St-Jacques.

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Évidemment, je ne suis pas si naïf: la réfutation en règle des propositions du SISP viendra. On ne peut pas laisser impunément des « méchants syndicats » contaminer le débat public en insinuant qu’on pourrait parler d’économie autrement que pour décider de quelle façon on peut convaincre les plus pauvres de s’appauvrir encore davantage.

Pourtant, les suggestions du SISP sont intelligentes et bien équilibrées. Contre la folie du déficit zéro à tout prix, on rappelle la nécessité, pour l’État, de stimuler l’économie et d’assurer ainsi la croissance, comme cela s’est fait notamment aux États-Unis avec le plan Obama, quitte à revenir à l’équilibre budgétaire un peu plus tard. Contre les bouchers ne rêvant que de dépecer encore davantage nos services publics, on rappelle l’importance de les protéger. Contre l’aveuglement de la hausse des tarifs d’électricité, qui pénaliserait les plus pauvres, on suggère l’intensification de la lutte à l’évasion fiscale, une imposition plus équitable des plus hautes fortunes, l’imposition d’une taxe sur les produits de luxe, une augmentation des contributions des sociétés financières, l’imposition d’un impôt minimum aux entreprises rentables et un resserrement des crédits d’impôt et congés fiscaux des entreprises. Contre l’à-plat-ventrisme du gouvernement Charest face à Ottawa, on exige qu’il obtienne une compensation pour l’harmonisation de la TVQ et de la TPS, une mesure qui pourrait rapporter jusqu’à 2,6 milliards de dollars.

Or, ces propositions ne sont-elle pas, précisément, plus lucides et complètes que celles d’une certaine droite à la logique binaire, répétant ad nauseam qu’il n’y aurait de choix économique qu’entre des hausses de tarifs et des coupures dans nos services? Ne sont-elles pas plus complètes, elles qui s’intéressent notamment aux (trop) généreuses baisses d’impôts accordées aux plus nantis depuis une décennie?

Le problème, c’est la crédibilité, ou plutôt l’apparence de crédibilité que certains médias donnent à ce genre de propositions. Quand ce sont des syndicats – des organisations démocratiques au service de leurs centaines de milliers de membres – qui proposent, personne n’écoute. Mais si c’est La Presse, un quotidien à la solde d’intérêts privés et d’une minorité de bien-nantis, qui propage son petit catéchisme depuis 1884, soudainement, cela prend de l’importance. Il s’agit du deux poids, deux mesures typique d’une société de moutons qui en est venue à confondre ceux qui les flattent pour leur bien et ceux qui jaugent de la qualité de leur chair avant de les amener à l’abattoir.

En fait, il semble qu’il y a tout un discours à reconstruire. Il est devenu suspect, dans un Québec habitué à plus de vingt-cinq années de politiques économiques de droite, de vouloir s’attaquer aux privilèges indus et à ceux qui auraient les moyens de contribuer davantage au bien-commun. Avec fatalisme, on regarde une minorité s’enrichir grâce à notre force de travail, grâce à la cohésion sociale offerte par une société ne laissant pas ses plus pauvres à l’abandon, grâce à une éducation de qualité payée à même nos impôts, et on considère cette richesse extravagante comme un dû et cette nouvelle bourgeoisie comme devant être protégée des affres de mesures socialisantes voulant les priver du fruit de leur labeur. En clair: on sait où se trouvent les ressources, mais on préfère se battre entre nous pour les miettes plutôt que d’oser les récupérer. On préfère demander aux plus vulnérables d’entre nous d’écoper plutôt que d’avoir à augmenter les impôts des entreprises ou des mieux-nantis ou de s’opposer aux dogmes d’un libéralisme économique nous ayant conduit à cette crise.

Alors oui, peut-être que les recommandations du SISP sont orientées idéologiquement et visent à protéger les intérêts de leurs membres. Mais je préfère de loin l’idéologie d’une organisation démocratique au service de centaines de milliers de travailleurs et qui s’applique à chercher le véritable bien-commun à celle d’une minorité de propagandistes aux couilles en or qui, bien assis dans leur fauteuil en cuir de la rue St-Jacques, nous répètent que nous devons nous serrer la ceinture.

Ces petits princes de l’opinion se croient bien lucides lorsque vient le temps de nous demander de nous attaquer à nos « vaches sacrées », mais ils ne remettent jamais en question les mamelles privées desquelles ils s’abreuvent et grâce auxquelles ils nous fournissent, semaine après semaine, le même vieux fromage puant d’une servilité n’ayant que trop fermenté dans le vieux lait caillé d’une entreprise ne visant pas l’information des citoyens, mais plutôt son propre profit.

Obésité: le coût de la pauvreté?
27 juillet 2009

Une étude publiée aujourd’hui par la revue étatsunienne Health Affairs chiffre les coûts de l’obésité à plus de 145 milliards $ annuellement. Une hausse de plus de 68 milliards $ depuis la dernière étude, publiée en 1998. Les troubles et maladies reliés à l’obésité accaparent désormais 9,1% de toutes les dépenses médicales aux États-Unis, contre 6,5% en 1998. Et s’il s’agissait simplement d’une autre conséquence des inégalités sociales grandissantes?

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En effet, le lien entre pauvreté et obésité n’est plus à établir. Une étude de Statistique Canada l’a déjà établi en 2005 (( Le Soleil, Actualités, vendredi, 8 avril 2005, p. A5, Étude sur la santé, Plus facile de gagner du poids que d’en perdre, Les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète sont en hausse au Québec, Lemieux, Louise )) et ce n’est pas un hasard si un pays comme Terre-Neuve, où le taux de chômage est un des plus élevés au pays, affiche également un des plus haut taux d’obésité au Canada ((Le Devoir, Éditorial, vendredi, 10 mai 2002, p. A6, Le poids des Canadiens, des Rivières, Paule )).

En fait, cela fait du sens. Comme l’explique Larry Brown, directeur du Center on Hunger and Poverty de Brandeis University, en Virginie occidentale: « les économies étatiques et nationales ont subi des transformations tellement radicales ces dernières décennies que les revenus ont beaucoup diminué, si bien que maintenant les habitués des banques alimentaires sont des parents qui travaillent. Ce sont des citoyens productifs mais ils gagnent entre 5,15 et 8,50 dollars de l’heure. Ils doivent payer leur loyer et, en général, ils veulent garder un toit pour leurs enfants. Ils paient les factures d’électricité et les soins médicaux mais comme ils n’ont plus d’argent, ils se privent de nourriture. » (( l’Humanité hebdo;Monde, samedi, 25 juin 2005, p. 30, États-Unis, Les pauvres sont plus atteints par l’obésité, Natacha Saulnier, Le lien entre la pauvreté et l’obésité semble paradoxal. Pourtant les plus démunis, fans de « junk food », sont plus touchés par le mal. New York )) Et lorsqu’ils mangent, ils mangent mal, car la malbouffe est facile d’accès et peu coûteuse.  Entre une belle pièce de viande, des légumes frais et un macaroni Michelinas, le choix s’avère souvent facile à faire au détriment de sa santé et de son poids santé.

Au Canada, la situation est semblable: le nombre de citoyens ayant un indice de masse corporelle plus élevé en 2006-2007 qu’en 1994-1995 est de 30,5%, contre un maigre 5,8% pour ceux qui ont perdu du poids.  (( Statistique Canada, Tableau 104-70301, Changements de l’indice de masse corporelle (IMC) entre 1994-1995 et 2006-2007, population à domicile de 18 à 56 ans ayant fourni des renseignements sur leur taille et leur poids, selon le sexe, Canada, aux 2 ans )) Et au même moment, le coefficient de Gini, calculant les inégalités sociales, passait de 0,403 à 0,429. (( Statistique Canada, Tableau 202-0705, Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) (Aux États-Unis, le coefficient est passé de 0,45 à 0,47, ce qui démontre un accroissement des inégalités.) Les inégalités augmentent, tout comme l’obésité.

Évidemment, cela ne signifie pas pour autant que la pauvreté soit le seul facteur influençant l’obésité ni même qu’elle en soit le principal. Cela veut simplement dire que des politiques économiques gouvernementales favorisant les inégalités sociales encouragent l’embonpoint chez ceux qui ont la malchance de se retrouver au bas d’une échelle sociale de plus en plus difficile à grimper. Et ce coût, ce 1429$ de plus que doit dépenser annuellement chaque personne obèse pour ses soins de santé, nous devons tous l’assumer, d’une manière ou d’une autre.

Au-delà des beaux catéchismes d’une certaine droite demandant de plus en plus à l’État de se dissocier du sort des plus démunis et de baisser les impôts des mieux nantis, ne s’agit-il pas là d’un énième incitatif à la prudence, voire au changement de direction?

Le déclin démagogique
18 juillet 2009

Pas de déclin démographique! Les derniers chiffres de l’Institut de la Statistique du Québec (ISQ) sont formels: la population du Québec continuera de croître au cours des prochaines décennies, augmentant de 8 millions en 2012 jusqu’à 9,2 millions d’habitants en 2056. Pour André Pratte, c’est l’occasion de se réjouir de l’augmentation de l’immigration tout en adoptant des mesures urgentes pour faire face au vieillissement de la population. Il a tort sur les deux points.

declin-demagogique

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En effet, l’éditorialiste de La Presse soutient que cette croissance est principalement tributaire de l’immigration.  Est-ce vrai?  En 2003, année des dernières statistiques désastreuses de l’ISQ entrevoyant un déclin démographique, le nombre d’immigrants accueillis était de 44 555. En 2007, il montait à 46 055, une augmentation de 3,4%. (( Statistique Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Comparons maintenant ces chiffres aux naissances, tributaires du programme des Centres de la petite enfance (CPE) fonctionnant à plein régime et des nouveaux congés parentaux inaugurés en 2006: 74 364 naissances en 2003 et 85 900 en 2007. Une augmentation de 15,5%! Il ne fait aucun doute que l’immigration joue un rôle important, mais est-ce le principal facteur?

Or, l’accroissement du nombre d’immigrants comporte des coûts sociaux. La commission Bouchard-Taylor en est un, les émeutes de Montréal-Nord en sont un autre. Une étude d’un groupe d’économistes réunis sous la bannière de l’Institut de géopolitique des populations, en France, a calculé que les coûts de l’immigration pour l’État français, en 2005, s’élevaient à plus de 24 milliards d’Euros (37,7 milliards $C). De ce chiffre, pas loin de 4,4 milliards d’Euros (6,9 milliards $C) étaient affectés à la justice et au maintien de l’ordre. (( Le Point, no. 1757, France, jeudi, 18 mai 2006, p. 54, Immigration: Un coût de 24 milliards d’euros, Christophe Deloire et Saïd Mahrane ))

Le manque de cohésion sociale coûte cher à la société. Cela ne signifie pas qu’il faudrait éliminer entièrement l’immigration, mais ne vaudrait-il pas mieux miser sur une augmentation du taux de fécondité des Québécoises plutôt que de paqueter des dizaines de milliers d’immigrants dans des ghettos et ensuite en avoir pour des décennies avant de les intégrer?

Par ailleurs, M. Pratte, homme de droite et ancien signataire du très controversé Manifeste pour un Québec lucide, s’épanche longuement sur le fait que la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait doubler entre 2006 et 2056, passant de 14% à 28%. Selon lui, cette charge supplémentaire pour la population active est inquiétante et devrait nous inciter à adopter des réformes (de droite, sous-entendu).

Dans les faits, comme je le soulignais ici, il est important de tenir compte du facteur « productivité ». On ne peut pas dire simplement qu’il y aura deux fois plus de personnes inactives à soutenir par deux fois moins de personnes actives et conclure que nous serions deux fois plus pauvres. C’est tout simplement faux. Au Moyen-Âge, les personnes âgées étaient plutôt rares; est-ce qu’on vivait mieux qu’aujourd’hui?

Ce qui compte, c’est la productivité et la façon dont celle-ci profite à l’ensemble de la société. Entre 1961 (première année de ces statistiques) et 2007, l’indice de productivité est passé de 41,2 à 105,4, une augmentation de plus de plus de 155%! (( Statistique Canada, Tableau 383-00211
Productivité multifactorielle, valeur ajoutée, facteur capital et facteur travail dans le secteur agrégé des entreprises et ses principaux sous-secteurs, selon le Systéme de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), annuel (indice, 2002=100) )) Concrètement, en 2007, un travailleur québécois crée 2,5 fois plus de richesse que 46 ans plus tôt. Qu’est-ce qui nous empêche de croire que la hausse de productivité ne se prolongera pas d’ici 50 ans, elle qui continue d’exploser sous l’impulsion des nouvelles technologies?

Le problème, c’est la redistribution de la richesse créée par cette hausse de la productivité. André Pratte, pour des raisons idéologiques, ne peut pas concevoir une plus grande redistribution de celle-ci, notamment par des hausses d’impôts aux entreprises et aux individus les plus favorisés, des tarifs douaniers pour les empêcher de fuir ces hausses, ou d’autres mesures imaginatives s’assurant que tous puissent profiter de ces gains. Il constate simplement que notre portion de la tarte diminue, que nous serons plus nombreux à la manger, mais il ne veut pas augmenter notre part.

Plus que jamais, André Pratte a tout faux. Ce n’est pas l’immigration qui va nous sauver, mais une hausse des naissances et une meilleure redistribution de la richesse.

Et si, au fait, une société avec davantage de cohésion sociale et plus d’égalité donnait davantage le goût à certains de faire des enfants? On pourrait peut-être ainsi ensuite célébrer le déclin… démagogique!

Les éditorialistes contre la classe moyenne
13 mai 2009

Le front commun syndical fait beaucoup jaser la droite. On a encore une fois droit à toute la litanie de préjugés qui animent une partie du discours social face au syndicalisme depuis deux décennies. De nombreux éditorialistes, si enclins à se réclamer du vrai monde malgré leurs mirobolants salaires, deviennent soudainement d’intrépides propagandistes acharnés pourfendeurs du syndicalisme et de la classe moyenne qu’il représente.

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Préjugé 1: Les syndicats font de la démagogie

Cette opinion est véhiculée notamment par Luc Lavoie. L’ancien porte-parole de Quebecor et attaché politique de Brian Mulroney a écrit:

Il est à peu près temps que le gouvernement retire le droit de grève dans les secteurs publics et d’ici là, il serait grand temps que les chefs syndicaux cessent leur démagogie. Le mélodrame qu’ils sont en train d’enclencher aura encore une fois pour victimes, les citoyens du Québec.

Qu’est-ce que la démagogie? Selon Wikipedia, il s’agit de « l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la vérité ». Concernant le Front Commun, le discours des dirigeants est clair et sans ambiguïté. Je dirais même honnête: le but est de simplifier la négociation et de pouvoir obtenir un meilleur rapport de force pour aller chercher un rattrapage salarial. Démagogie? Pas du tout.

Par contre, le texte de M. Lavoie est lui-même démagogique. En réclamant l’interdiction du droit de grève dans les secteurs publics (pourquoi pas le retour du fouet tant qu’à y être?), c’est précisément lui qui crée le mélodrame qu’il essaie maladroitement de dénoncer. C’est son discours qui cherche à s’attirer les faveurs du petit peuple en opposant ce dernier aux salariés qui profiteront de ce Front Commun. C’est lui, le démagogue.

Préjugé 2: Leurs demandes sont irresponsables à cause de la crise

Cette opinion est appuyée notamment par André Pratte dans son énième texte antisyndical.

On sait déjà que les finances du gouvernement du Québec seront dans le rouge pour au moins quatre ans. Comment les syndiqués du secteur public peuvent-ils espérer convaincre les contribuables d’augmenter le déficit (et la dette) de l’État québécois dans le seul but d’améliorer leurs conditions de vie? La revendication me paraît irresponsable.

Nous sommes dans une profonde récession, personne ne peut le nier. Et c’est précisément pour cette raison qu’il importe que l’État relance la demande en augmentant ses dépenses. Il ne s’agit pas de générosité ou d’altruisme, mais simplement d’une nécessité afin de permettre de se sortir de ce marasme. C’est en dépensant que les États-Unis se sont sortis de la grande crise des années 30, et la recette n’a pas changé depuis.

En effet, quand on augmente le salaire de quelqu’un, on l’incite à consommer davantage. Cette personne fait rouler l’économie et paie davantage d’impôts. Pourquoi accepte-t-on que nos gouvernements donnent des millions, voire des milliards de nos impôts à de grosses corporations alors qu’on pourrait contribuer à relancer l’économie sur le plan local?

Le Québec fait partie des régions les moins touchées par la crise en Amérique du Nord. C’est précisément grâce à son fort secteur public assurant une stabilité de la demande à un moment où beaucoup perdent leurs emplois. Augmenter le salaire de ces employés n’est donc qu’un moyen supplémentaire de contribuer à la relance de notre économie.

Préjugé 3: 11,25%, c’est trop

Il s’agit d’un autre préjugé assez répandu. Pourtant, ces demandes sont très raisonnables. Avec une inflation de 2% par année pendant trois ans, la véritable augmentation est plutôt de 5,25%. La dernière enquête sur la rémunération des salariés de l’Institut de la statistique du Québec montre que les salaires des employés représentés par le Front Commun sont de 15,6% inférieurs à leurs homologues syndiqués du privé. Si on désirait un vrai rattrapage, il faudrait plutôt exiger 21,4% d’augmentation. En ce sens, les demandes sont plus que raisonnables!

Les préjugés ont la peau dure. À lire certains chroniqueurs (Richard Martineau, Luc Lavoie, etc.) on a l’impression que ceux-ci sont restés figés dans les années 1980. S’il y a eu quelques abus par le passé de la part du mouvement syndical, les présentes revendications sont très honnêtes et permettraient non seulement de consolider notre classe moyenne mais également de relancer la demande, et donc notre économie.

La classe moyenne représente le coeur et l’âme d’une nation développée. Va-t-on laisser quelques éditorialistes grassement payés nous diviser et s’attaquer ainsi à ce que nous avons de plus précieux?

Classe moyenne et syndicalisme vont main dans la main. S’attaquer à un c’est s’en prendre à l’autre. Je l’avais déjà écrit dans mon texte Au sujet de la classe moyenne:

Aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de près de 35% il y a quelques décennies à seulement 13% aujourd’hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la « drouate », on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d’achat en général. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit.

En effet, les revenus réels nets du cinquième des foyers les plus pauvres a crû de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augmenté de 15% en moyenne sur la même période. Au contraire, pour le cinquième le plus riche, la croissance a été de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l’augmentation moyenne des revenus a été de près 111%. Tout ceci au même moment où la productivité augmentait de près de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 à 15,23$ en 2004.

Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n’a pas profité à la classe moyenne, loin de là. Les écarts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentués et la hausse de la productivité n’a pas le moindrement profité aux travailleurs. On a plutôt assisté à une désintégration sociale caractérisée par un appauvrissement marqué des plus pauvres et un enrichissement très important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s’est déchiré entre la majorité vers le bas et une minorité vers le haut.

Il serait peut-être temps de comprendre et d’accepter que si les syndicats représentent avant tout leurs membres, c’est toute la société qui profite de chacune des avancées du mouvement syndical. C’est précisément parce que nous sommes en pleine crise économique qu’il s’agit de s’assurer d’une redistribution optimale de la richesse. Et le Front Commun et les 475 000 membres qu’ils représentent en constituent le parfait véhicule.

* * *

En complément de lecture, j’aimerais suggérer l’excellent texte de Noisette Sociale sur le même sujet.

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Les indépendantistes unis… contre Marois
9 novembre 2008

Disons-le tout de go: Jean-Claude St-André n’est pas un deux de pique au sein du Parti Québécois. Il a été membre du comité des jeunes pour le OUI en 1980 dans Anjou, secrétaire puis président du parti dans la même ville par la suite, membre du C.A. de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1985-1986, conseiller à l’exécutif régional dans Montréal-Ville-Marie entre 1988 et 1992, attaché politique du député d’Anjou Pierre Bélanger en 1992-1993, directeur de la campagne référendaire dans l’Assomption en 1995, puis député du même comté de 1996 à 2007. Voici une icône, un monument du Parti Québécois. Une statue que Pauline Marois a arraché de son socle et poussé au sol pour la remplacer par une fausse idole parachutée qu’on espère imposer aux électeurs du comté. Une situation prévisible qui éclaire sur ce qu’est devenu le Parti Québécois de Pauline Marois.

En effet, rien ne me surprend dans cette bagarre lors de l’assemblée d’investiture de Scott McKay; c’était écrit dans le ciel que le parti allait encore une fois s’entre-déchirer. Ça va bientôt faire deux ans que je blogue et ça fait deux ans que je tiens le même discours: le Parti Québécois était à l’origine une coalition composée d’une aile-gauche, d’une aile-droite, et de militants indépendantistes « purs et durs ». Le seul ciment qui permet à des gens aux horizons si divers de continuer à cohabiter est la perspective d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Pas de référendum, pas de cohabitation. En rejetant l’indépendance comme l’a fait Mme. Marois, elle fût à la source de ces conflits, bien davantage encore qu’en évinçant M. St-André de son comté.

Désormais, la leçon est acquise: le Parti Québécois n’est plus un parti indépendantiste. M. St-André a tout faux quand il affirme qu’il est « triste que des indépendantistes en viennent aux coups entre eux ». Des indépendantistes ne se sont pas battus hier; des indépendantistes ont affronté des immobilistes et des opportunistes du Parti Québécois. Le Parti Québécois de Pauline Marois n’est plus un parti indépendantiste, et on voit les premiers craquements dans la coalition qui permettait au PQ d’exister en tant que parti majeur. Les prochains à quitter seront probablement l’aile-gauche, quoi que Marois travaille fort pour ne pas les perdre.

J’aime bien l’analyse de Pierre JC Allard:

La valeur respective de St-André ni celle de McKay ne sont ici en cause, mais la question qu’on entend dans les tranchées de Verdun n’est pas tout à fait rhétorique. « Qu’est-ce que cette dame peut bien avoir dans la tête ? » Une dissension exposée sur la place. Ne veut-on vraiment pas reprendre le comté du vieux chef ? Madame contre Monsieur ? La question encore plus pertinente, en fait, serait de se demander à quoi pensait le Parti Québécois quand il la mis à sa tête cette dame qui n’en veut faire qu’à la sienne, en vert … et contre tous.

En effet, la véritable question est de savoir quelle mouche a piqué les péquistes lorsqu’ils ont mis à leur tête une vieille bourgeoise hautaine, arrogante et passéiste. André Boisclair s’est peut-être cassé la gueule, mais Marois est en train d’éclipser son prédécesseur en terme de destruction du parti. Car si le premier laissait suspicieux, la seconde incite ouvertement au mépris, voire à la haine.

On dit souvent que de chaque épreuve naît sa propre solution, que les plus belles fleurs poussent dans le fumier. Je ne sais pas ce que décidera M. St-André, mais il pourrait se présenter comme candidat indépendant ou – pourquoi pas? – au Parti Indépendantiste, car le Parti Québécois a préféré se passer d’un excellent candidat, apprécié de son comté et dont la seule faute a été de vouloir respecter l’article un du parti, et ainsi se débarrasser définitivement de ces indépendantistes qui n’ont plus leur place dans un parti devenu aussi fédéraliste que les deux autres clones de centre-droit.

Quand on renverse une idole, on attire le mauvais sort. Désormais, les plus farouches adversaires de Marois ne seront ni adéquistes ni libéraux, mais indépendantistes.