Maxime Bernier: le Canada est en Afghanistan pour contrôler le pavot
5 octobre 2008

L’entrevue qu’a donnée Julie Couillard a Tout le Monde en Parle était touchante. On l’a vue, l’âme à nue, nous parler de sa relation avec l’ex-ministre Maxime Bernier. Mais au-delà du drame humain qu’elle subit depuis des mois, qui, si lourd soit-il à porter, est justement sa propre pierre qu’elle devra traîner derrière elle, une révélation m’a particulièrement intéressé: Julie Couillard a affirmé que Maxime Bernier, qui était ministre de la défense nationale – doit-on le rappeler? – croyait que la mission canadienne en Afghanistan était motivée par le contrôle du pavot et que le but n’avait jamais été de démocratiser ce pays.

Tout d’abord, il faut établir quelque chose: dans toute cette histoire c’est la parole de Julie Couillard contre Maxime Bernier. Ceci dit, une chose m’apparaît claire: Julie Couillard n’a aucune raison de mentir sur ce point; en fait, comment cette femme, sans aucun passé politique, sans aucune étude ni même intérêt évident pour la politique internationale, pourrait-elle sortir de son chapeau de magicienne une explication en apparence si controversée? Si elle avait voulu inventer pour discréditer M. Bernier, elle aurait pu simplement dire qu’il ne voyait pas l’intérêt de cette guerre pour le Canada, mais si elle a parlé de l’opium, c’est forcément parce qu’il en a été question. Ainsi, il est plus que probable qu’elle dise la vérité.

La question de la drogue m’intéresse depuis longtemps. J’ai été, au début, tout à fait scandalisé quand j’ai lu que la CIA a été impliquée dans le trafic de la drogue, notamment en Amérique centrale et en Asie du sud-est. Puis, j’ai beaucoup lu sur le sujet et j’en suis venu à cette conclusion: la drogue est un élément important de notre économie et le gouvernement des États-Unis, sous couvert d’une lutte contre celle-ci, essaie d’en contrôler la production et le trafic.

Voici un petit tour d’horizon de ce que j’ai déjà écrit sur le sujet.

  • L’empire de la drogue: J’expliquais dans ce billet de quelle façon les Talibans avaient réduit la production de pavot de 91% en 2001, poussant les États-Unis à les attaquer pour reprendre ce lucratif commerce. Je parlais également de la relation entre Wall Street et le commerce de la drogue.
  • Celui qui tient la batte: Je me questionnais ici sur la nécessité ou non d’avoir du respect pour les soldats canadiens qui s’en vont risquer leur vie pour protéger la production de pavot.
  • Made in China: J’expliquais ici de quelle façon le contrôle des ressources, que ce soit le pétrole ou la drogue, fait partie d’une guerre larvée entre les États-Unis et la Chine.
  • Députés ou Croisés?: Dans un de mes bons textes, je tentais de circonscrire les trois principales raisons de l’invasion et de l’occupation prolongée de l’Afghanistan par l’OTAN. Parmi ces raisons: le contrôle du pavot.

Il peut être difficile d’accepter l’idée que les États-Unis, ces soi-disant champions de la lutte contre la drogue, font le commerce du pavot eux-mêmes. Pourtant, ça s’est déjà produit et ça se reproduira. Car non seulement l’argent blanchie sert à Wall Street (qui doit faire face à une crise sans précédent, et le crédit à risque n’en est que le début), mais la drogue est un excellent moyen de cacher les frais de la guerre et donc, ainsi, de subordonner l’aspect moral de la question à des questions d’ordre géostratégiques ou économiques. En clair: la morale n’a que peu d’importance quand on est un empire au faîte de sa puissance et qu’on entend tout faire pour le demeurer. Ça n’importe pas davantage aujourd’hui que dans les années 1980, quand la CIA trafiquait de la drogue pour financer la lutte aux Soviétiques:

[Les] agents de la DEA [Drug Enforcement Agency] étaient tout à fait au courant de la firme qui trempait dans la drogue et qu’utilisait la CIA pour envoyer de l’argent aux Moudjahidins, c’est-à-dire Shakarchi Trading Company. Cette compagnie d’origine libanaise avait été le sujet d’une longue enquête de la DEA sur le blanchiment d’argent. Un des principaux clients de la Shakarchi était Yasir Musullulu, qui avait déjà été pincé en essayant de délivrer un chargement de 8,5 tonnes d’opium afghan à des membres des Gambino, le puissant syndicat du crime new-yorkais. ((Whiteout: The CIA, Drugs, and the Press, Alexander Cockburn & Jeffrey St. Clair, Verso, New York, 1998.))

Le problème avec les Talibans – et Maxime Bernier devait en être conscient – n’était pas que les pauvres petites filles n’aient pas accès à l’école. Non. Le problème était cet ordre du Mollah Mohammed Omar en juillet 2000 qui demanda l’arrêt de la production du pavot et qui fit chuter la production mondiale de 70% d’un seul coup. Il était là le problème. Et pendant que les Talibans éradiquaient le pavot, leurs opposants, l’Alliance du Nord, triplait son nombre d’hectares plantés de 2458 à 6342. ((Drugs, Oil, and War: The United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina, Peter Dale Scott, Rowman & Littlefield, 2003, p.33)) Et avec qui les États-Unis s’allièrent-ils pour déloger les Talibans? You bet it, avec l’Alliance du Nord.

Ainsi, il n’a jamais été question de restaurer la démocratie ou de faire la chasse à Ben Laden. Le vrai but consistait à relancer la machine à dollars que sont les plantations de pavot. Et si on démocratisait en même temps, tant mieux, en autant que les élites soient corruptibles et qu’on puisse continuer d’y faire la loi.

C’est tout cela que savait Maxime Bernier. Et si je peux me permettre, ce que savait Bernier, Harper le savait. À mon avis, le Canada a échangé sa participation prolongée jusqu’en 2011 en Afghanistan aux côtés des États-Unis contre quelque chose d’autre. Quoi, difficile à dire. Mais pour qu’un moraliste fondamentaliste comme Harper envoie nos soldats se faire tuer pour des plants de pavots, ce devait être quelque chose d’important.

Dans tous les cas, bravo à Mme. Couillard. Elle ne nous a pas seulement révéler les dessous d’un individu narcissique, méprisant ses électeurs et sans aucune fidélité vis-à-vis de son premier ministre (ce « buveur de Pepsi », dixit Bernier, selon Couillard), mais elle nous a également permis de mieux comprendre les réelles motivations derrière la présence canadienne en Afghanistan.

J’espère que tous ces soldats qui s’en vont risquer leurs vies pour que de riches banquiers aient leur argent et que de pauvres drogués perpétuent leur dépendance réalisent ce qu’ils font. Personnellement, si j’étais soldat ce soir et que je prenais conscience de cette triste réalité, je quitterais la profession sur-le-champ.

Vous êtes plusieurs à m’écrire personnellement. Si vous êtes soldats ou que vous connaissez un soldat ayant été témoin du trafic de drogue supervisé (ou intensément toléré) par l’armée canadienne, envoyez-moi un courriel. Je vous garantis l’anonymat.

En espérant que les choses puissent changer et que tous ces naïfs avec un autocollant « Support our troops » puissent avoir assez honte pour enlever cette saleté qui ne souille pas seulement leurs véhicules mais également la réputation de notre pays de même que notre jeunesse, trop souvent victime de ces drogues qu’on dénonce en public mais dont on encourage la production en privé.

Rien ne va plus!
25 août 2008

Il faisait chaud ce vendredi; on aurait dit que l’été se décidait enfin à nous faire suer après que le ciel eut tant suinté sa tristesse sur nous. D’une certaine façon, on a simplement remplacé une moiteur par une autre. Et nous vivions cette sorte d’ironie estivale, nous qui nous sommes tellement plaint de la pluie et qui, dès le soleil et la chaleur de retour, n’avons rien trouvé de mieux à faire que d’aller se mettre à l’eau, à la plage Jean-Drapeau.

Il y avait pourtant un obstacle à cette expédition de fraîcheur improvisée. On ne peut pas accéder à l’île Notre-Dame en moto (ne pourrait-on pas faire une différence entre les deux cylindres, beaucoup plus bruyants, et les quatre cylindres?) et il fallait donc marcher sur le circuit Gilles-Villeneuve avec en toile de fond le magnifique pavillon français de l’expo 67, qu’on a ironiquement retransformé en casino. Serait-ce un petit clin d’oeil à cette vieille France qui, un jour, a décidé de jouer la nouvelle et de la laisser aux bons soins des aléas du hasard? « Rien ne va plus, un continent ne sera plus jamais français! »

Casino. Le mot lui-même fait rêver. Comme s’il suffisait de l’épeler pour qu’un charme mystérieux fasse son oeuvre et nous pousse, insidueusement, à nous imager les meilleurs moments de notre vie défiler devant nos yeux pendant qu’on joue sa maigre pitance dans l’espoir un peu vain de ressortir un peu plus riche. Avec un peu plus d’argent pour rejouer, la prochaine fois. Et encore, la fois d’après. Le casino, cette drogue. Cette drogue aux bruits de machine à sous, de verres d’alcool, aux lumières brillantes et où l’argent qui se brasse n’a d’égal que la souffrance de ceux qui sont accrocs.

Et il y en avait, de ceux-là , quand nous sommes entrés. Dehors, il faisait trente degrés et le paysage bucolique entourant le bâtiment appelait à la baignade et aux activités extérieures. Mais à l’intérieur, ils étaient là . Les drogués. Assis, devant leurs machines à sous, abaissant un stupide levier dans une section de machines Leopard ou Golden. Et si jamais ils n’avaient plus de petite monnaie, aucun problème: la machine acceptait les billets. Et quand il n’y avait plus de billets, il se trouvait de petits guichets automatiques de la Banque Nationale à tous les dix mètres pour faciliter encore davantage la tâche à quiconque désirerait se départir de ses biens avec un maximum d’aisance.

Évidemment, personne ne va s’opposer au fait que Loto-Québec fasse de l’argent. Nous sommes les actionnaires de cette entreprise et nous profitons de ses profits. Mais qu’on ne vienne pas me faire croire qu’on en fait assez pour lutter contre le jeu compulsif. C’est bien beau les campagnes de publicité et le retrait de machines à sous des bars de quartier, mais où se trouve la prévention dès qu’on a mis les pieds dans le casino? Elle est inexistante. Un peu comme si dès qu’on avait cédé au jeu et qu’on avait décidé d’entrer dans le royaume de la machine à sous la prévention ne devait plus exister. « Tu as vendu ton âme au diable, maintenant subis! »

Nous n’y sommes pas restés longtemps. J’ai juste eu le temps de gagner un petit 70$. Cette tentation, ce petit bonbon à saveur aigre-douce semblant me chuchoter, à l’oreille, un appel au retour et aux dépenses, m’a fait peur. Et ce bruit, ces lumières, ces caméras partout, cette impression d’être sous observation, comme c’était déplaisant! Voilà pourquoi nous sommes ressortis aussi rapidement que nous étions entrés, et même si au retour de la plage j’avais encore le goût d’y retourner ce n’était que le sevrage d’un toxicomane qu’on a privé de sa drogue et qu’on appelle à venir prendre sa dose.

Le casino est parfaitement à sa place sur l’île Notre-Dame. Loin, très loin des quartiers populaires où on devient si facilement accroc à n’importe quelle promesse de se sortir de sa pauvreté. Pourtant, à mon avis, il ne sera jamais assez loin, et Loto-Québec n’en fera jamais assez pour lutter contre le jeu compulsif, car son but premier est de faire des profits pour nous – actionnaires – et pas d’aider les gens à la volonté déficiente à se prendre en main.

Coeur fendu…
31 juillet 2008

Ça m’a fendu le coeur. Et solidement. Quelle histoire absolument épouvantable! On dit que les parents sont là pour guider, pour protéger et éduquer leurs enfants… pas pour enlever l’amour de leur vie, l’amener dans un boisé, la violer et la tuer!

J’ai toujours cru que la prison ne réglait rien, et je continue de le penser. La preuve? L’accusé, Richard Bérard, en avait fait plus souvent qu’à son tour. Ça ne donnerait donc rien d’emprisonner plus longuement les criminels, car la prison ne leur apprend pas à être plus raisonnable.

Par contre, on devrait peut-être s’arranger pour mieux surveiller et encadrer les récidivistes. Même si on ne peut pas les contrà´ler 24 heures sur 24, les policiers devraient peut-être disposer de pouvoirs supplémentaires, comme par exemple de fouiller leurs maisons à la recherche de drogues dures… surtout quand on voit quel genre de conséquences peuvent avoir ces drogues!

J’essaie d’imaginer quelle sorte de personne pourrait violer la blonde de son fils à jeun, et je ne suis franchement pas capable. Faut être solidement intoxiqué pour le faire, et si les policiers avaient pu empêcher cette intoxication le meurtre n’aurait peut-être pas eut lieu.

Ceci dit, j’ai un doute quant à la valeur du tout-policier et du tout-répressif. Peut-être que la solution serait de mieux éduquer les jeunes sur les dangers que posent les récidivistes lorsqu’ils sont drogués – même leurs parents. Peut-être que si Alexandre Bérard avait été plus méfiant à l’égard de son père et n’avait pas laissé Mélissa Beaudin avec ce dernier, celle-ci vivrait toujours aujourd’hui.

Quand ton père est un multi-récidiviste coké jusqu’au ciel et qui bande sur ta copine, ne la laisse pas avec lui, ok?

Ceci dit, je ne veux pas blâmer le pauvre Alexandre, car nous ne connaissons pas encore tous les détails de cette histoire. Il a peut-être fait tout ce qu’il a pu pour protéger celle qu’il aimait. Personnellement, si quelqu’un faisait du mal à ma copine, je crois que je pourrais le tuer avec des épingles à linge. Mais ne laissons pas la haine nous aveugler et essayons simplement de faire ce que nous pouvons pour éviter une répétition de cet incroyablement triste événement.

Les spécialistes de la vie
24 juillet 2008

J’avais envie d’écrire sur ce party de travail auquel je ne participe pas ce soir et sur la délicate tâche de séparer relation professionnelle et relation personnelle. Ça sera peut-être pour la prochaine fois. Du moins, si je n’y vais pas cette fois-là aussi. C’est agréable de se sentir accueilli et désiré quelque part; ça rend juste les choses plus difficiles quand on n’y va pas et qu’on n’est même pas certain des raisons. M’enfin…

En fait, ce qui me reste dans la tête depuis plusieurs jours, c’est ce texte, relatant la déchéance et la mort tragique de Marc-Antoine Bernier.

Je me demande: comment en arrive-t-on là ? Comment un jeune qu’on a surnommé le « scanneur » tellement sa mémoire des détails était phénoménale, comment un enfant surdoué peut-il finir au volant d’une voiture volée au fond de la rivière des Prairies? Quatorze ans, c’était son âge. Un peu jeune, non? Et je m’interroge également: comment peut-on survivre à pareil drame quand on est les parents de ce jeune; comment trouve-t-on la force de continuer? La douleur qu’ils ressentent doit être innommable, voire assourdissante, et je me sens presque de trop à vouloir commenter cet événement tragique, comme une fourmi dans l’assiette encore chaude d’un repas qu’ils ne mangeront jamais. Ce n’est pas une critique contre les parents que j’écris; on n’a jamais de manuel pour être parent et il est bien rare qu’un parent désire sciemment le malheur de son enfant.

Pourtant, pourrait-on envisager un scénario différent? Un battement d’aile de papillon ne se transformant pas en ouragan par quelque force hasardeuse génératrice de chaos. Et si…

Et si on n’avait pas appelé tous ces « spécialistes », les trois travailleurs sociaux, un intervenant de crise, un pédopsychiatre, un centre jeunesse et de nombreuses thérapies? Et si on n’avait pas fait grand cas de la consommation de drogue du jeune, et du fait qu’il en ait vendu un peu? Et si on n’avait pas consulté soi-même des professionnels nous conseillant de lui trouver des activités, des sports, de vieux amis avec qui renouer? Et si on n’avait pas confisqué le clavier d’ordinateur pour l’empêcher de jouer à des jeux violents? Et si on avait accepté qu’il puisse rentré « gelé » à la maison. Et si on ne l’avait pas placé en centre d’accueil quand son comportement nous paraissait ingérable?

Et si on l’avait laissé vivre sa vie un peu.

Attention, je ne dis pas qu’il faut laisser les enfants faire ce qu’ils veulent, mais il faut comprendre que l’adolescence est une période extrêmement critique et difficile pour de nombreux jeunes. On apprend à se connaître, on découvre des choses qu’on aime et d’autres qu’on aime moins chez soi. On aimerait parfois porter les vêtements d’un autre, quand ce n’est pas substituer sa propre personnalité à celle d’une idole. On se cherche.

Je ne connais pas l’histoire complète de cet enfant, et – je le répète – je ne veux pas juger ses parents. Mais serait-il possible qu’à force de vouloir gérer, encadrer, organiser logiquement un jeune qui ne fonctionne pas avec la logique on n’a fait que créer les conditions menant à l’explosion finale? Comme si on avait trop comprimé l’air dans une bouteille, jusqu’à l’éclatement, qu’on avait oublié qu’il ne s’agissait… que d’air!

Il me semble qu’il fut une époque où on laissait vivre les adolescents, où on se disait: « il faut que jeunesse passe ». On les laissait libre d’expérimenter, de se découvrir, de devenir ce qu’ils sont. Car ils n’étaient déjà plus nos enfants; leur vie était la leur. Pas la nà´tre. On leur donnait des règles de bases, et s’ils les violaient on pouvait leur donner le choix d’aller vivre ailleurs. « T’es pas heureux mon gars ici parce que je te demande le gros minimum, et bien prends tes choses et va vivre ailleurs! » Ça devait faire mal, mais à l’époque on n’avait pas tous ces spécialistes pour leur trouver une maladie ou une activité en espérant ainsi régler le problème… du parent.

Évidemment, les spécialistes ont leur utilité, personne ne peut nier ça. Mais parfois, je crois qu’il faut savoir laisser aller les choses. Se dire que si l’adolescent est révolté, c’est peut-être parce qu’il souffre. Et que s’il souffre, il n’a pas besoin en plus de parents et de thérapeutes sur son cas pour lui dire quoi faire ou penser. Du moins, s’il n’en a pas envie (s’il désire de lui-même voir un thérapeute, ça change tout puisque le jeune démontre déjà un intérêt pour le dialogue). Se dire que ce n’est pas la fin du monde s’il rentre le soir après quelques joints ou bières. Que ça peut arriver à tout le monde de sécher des cours. Que ça ne l’empêchera pas d’avoir un futur pour autant.

Sauf que ce futur sera le sien. Pas le nà´tre.

Ce n’est pas facile de se dire qu’on met des enfants au monde et qu’un jour ce ne sont plus « nos » enfants, mais tout simplement « des » êtres humains qui s’appartiennent, qui font leurs choix, qui vivent la vie qu’ils ont choisi de vivre. Et s’ils ont décidé de passer dans ce monde comme une Mustang décapotable dans une petite rue tranquille, il faut accepter ce choix. Mettre ses limites, mais accepter et comprendre que notre enfant vit sa vie, celle qu’il a choisie, celle qui l’a choisi, et que si notre amour lui a permis de se rendre là où il en est nous ne pouvons néanmoins pas l’empêcher de faire ses choix et ses erreurs.

Mes condoléances aux parents de Marc-Antoine et toute ma sympathie pour la suite des choses. Perdre un enfant, c’est perdre un peu de soi-même. Marc-Antoine a choisi sa vie; rien ne pouvait être changé.

Mais pour les autres, ceux qui survivent, ne faudrait-il pas leur redonner cette vie et ce libre-arbitre que nous nous sommes peut-être un peu égoà¯stement appropriés au jour de leur naissance?

Les parents totalitaires
19 juin 2008

Quand la poussière sera retombée sur toute cette histoire de relation illégale entre Vincent Duval, ce Belge de 31 ans (ou 32, ou 33, selon les sources, qui comptent peut-être augmenter leur lectorat en haussant l’âge de l’accusé) et une adolescente de 13 ans (mais jamais 14!), que restera-t-il? Il restera des parents paranoà¯aques, surveillant leurs enfants comme des gardiens de prison.

En effet, on ne compte plus les « conseils » pour mieux surveiller les adolescents. On recommande parfois de mettre l’ordinateur dans une salle commune, d’installer des programmes de cybersurveillance, de vérifier l’historique des pages web visitées ou les échanges de courriels, ou même d’être présent quand l’adolescent utilise internet.

Pourtant, cette méthode totalitaire ne constitue absolument pas un gage de succès. Le Carnet d’Ysengrimus le note avec justesse:

« Prétendre contrà´ler l’accès à l’internet de nos enfants, c’est prétendre écoper la mer…et c’est emprisonner notre enfant dans un cachot incompréhensible sans s’expliquer. Et, il faut s’en aviser froidement, avec ce genre de conditions carcérales de vie, tout ce que vous faites, vous augmenter les motivations poussant votre jeune fille en fleur vers le motel avec un cybercopain, plutà´t que vous ne les réduisez. »

Les adolescents resteront des adolescents. Ils se révoltent contre l’autorité, refusent les règles, cherchent à passer outre les interdits. Par exemple, dire à un adolescent « la drogue c’est mal » sans avoir le courage de discuter à fond de la situation tout en écoutant ses arguments est la meilleure façon de le pousser à se droguer dans la clandestinité. Et c’est la même chose pour le sexe.

D’une époque du « il faut que jeunesse se passe » nous sommes passés à une où les parents deviennent des présences hostiles essayant de décider à la place de l’enfant, de gérer ses activités, de l’empêcher de faire ce qu’il aimerait faire. Au lieu d’une saine interaction entre un adolescent qui commence à découvrir le monde et ses limites, le parent totalitaire cherche à réprimer ce désir, à le punir, bref il essaie d’empêcher son enfant de vieillir et de faire lui-même ses propres expériences.

J’ai beaucoup plus confiance dans le jugement et la sécurité d’un adolescent soutenu par ses parents, et qui discute de ses désirs, de ses craintes, de ses aventures et de ses relations, dans le respect et tenant compte des recommandations (et non pas des ordres) de ses parents, plutà´t qu’un adolescent qui vit dans la clandestinité, qui fait face à des parents qui lui imposent leur conception de la vérité, et qui doivent imiter la signature de ceux-ci pour pouvoir quitter l’école plus tà´t et rejoindre un amoureux de dix-huit ans l’aîné.

« Papa, maman, j’ai rencontré un homme, il a trente ans, nous nous parlons depuis six mois, et je l’aime bien ».
– …

Que répondre à ça? C’est un choc pour tout parent. Mais est-ce si dangereux qu’on le dit? Plutà´t que d’interdire la relation (ce qui conduira de toute façon à la clandestinité et aux remords, voire à l’amertume), pourquoi ne pas simplement émettre des réserves tout en signifiant à l’adolescent qu’il est à un âge où il doit faire face à ses responsabilités. Tiens, par exemple, pourquoi ne pas inviter l’homme en question à la maison? Et pourquoi ne pas en profiter pour avoir une petite discussion franche (mais dans le respect) avec lui, et essayer de comprendre ses intentions à lui sans pour autant brimer ceux de la jeune fille?

Voilà un façon de procéder qui me semble plus respectueuse de la vie de l’adolescent, de son désir de prendre son destin en main, et qui est garante d’un échange sain entre le parent et l’enfant sur les risques d’une relation intergénérationnelle.

Car le tabou est plaisant, l’interdit est désir.

Ça me fait penser à quelque chose. Quand j’avais vingt-un ou vingt-deux ans, j’avais rencontré une fille sur un site de parties d’échecs (c’était à l’époque où je commençais à jouer, juste pour le plaisir). On jouait des tas de parties à tous les soirs, et on était presque de la même force. Un jour, elle a proposé qu’on joue en face, dans la vraie vie. Et elle m’a dit qu’elle venait d’avoir dix-sept ans. J’ai dit oui (je n’avais pas vraiment d’arrière-pensée) et quand elle en a parlé à ses parents ceux-ci ont eu une réaction que j’ai trouvé extrêmement saine: au lieu de dire oui ou non, ceux-ci ont simplement demander à ce que notre première rencontre ait lieu chez eux, au domicile familial. J’y suis donc allé, j’ai rencontré ses parents, et nous nous sommes revus à quelques reprises pour jouer aux échecs, et rien d’autre ne s’est développé entre nous.

Évidemment, on pourrait dire que la situation est différente puisque la différence d’âge était moins élevée et qu’il n’y avait pas de sentiments impliqués. Je ne crois pas. C’est la même chose: ou bien on laisse libre l’adolescent de vivre ce qu’il veut vivre, ou bien on ne le laisse pas libre et on le retrouve dans un hà´tel avec un étranger. Si à dix-sept ans on peut être libre, pourquoi pas à seize, à quinze ou à quatorze? O๠placer la limite?

C’est au parent de déterminer la maturité psychologique de son enfant et à lui donner les outils pour faire face à ses désirs.

Rien de bon ne s’est jamais produit grâce à un interdit; ce sont plutà´t les compromis et l’empathie qui font avancer le monde. Et qui font grandir nos enfants.

Kosovo: la finalité du mensonge
17 février 2008

Je m’en rappelle comme si c’était hier. Céline Galipeau, pleurant presque à la télévision, devant de longues files d’albanophones kosovars, soi-disant victimes d’une épuration ethnique et que la « communauté internationale » allait sauver. Cette pauvre Céline Galipeau, victime et complice d’une terrible opération de désinformation qui allait permettre aux États-Unis de « libérer » le Kosovo non pas pour lui donner la « liberté » mais pour mieux l’asservir et s’en servir comme d’une colonie-tampon entre les réserves de pétroles de la mer Caspienne et les marchés donnant sur l’Adriatique…

En effet, à la fin des années 90, on a un (long) moment cru que les réserves de pétrole de la Caspienne étaient supérieures à celle de l’Irak et peut-être même de l’Arabie Saoudite. Mais le problème, pour les États-Unis, était que les Russes pouvaient avoir accès facilement à ce pétrole, alors qu’aucun pays « ami » de l’Oncle Sam ne permettait d’acheminer le pétrole vers l’Occident. Et c’est là que le Kosovo devenait important: il était le lien entre la production et la distribution de pétrole.

Ainsi, tout comme ce fut le cas en Afghanistan, les services secrets américains se sont alliés avec les intégristes musulmans afin de créer des troubles; une subversion créée de toutes pièces. Ils ont commencé à s’attaquer à la minorité serbe de la province, brûlant des églises, violant des femmes et des enfants, tuant des vieillards. Ils ont fait régner la terreur afin d’entraîner la Serbie dans le piège-à-con. Et elle y est tombée! Car Slobodan Milosevic, comme tout bon président (élu démocratiquement) de n’importe quel pays, se doit de faire respecter l’ordre et de protéger sa population. Ainsi, il a dû envoyer des renforts pour faire cesser les troubles, ce qui a par la suite permis aux États-Unis de déclencher une guerre… qui elle seule fut responsable de l’exil des Kosovars, Serbes et Albanophones!

Avec le recul, on peut facilement affirmer que la guerre du Kosovo fut la plus grande opération de désinformation depuis la seconde guerre mondiale (mais tout de même dépassée par le 11 septembre 2001)!

Et maintenant, maintenant quoi? On a un nouveau soi-disant pays, appuyé par ceux qui ont financé les terroristes (les États-Unis) et présidé par un ancien terroriste, et dont la seule existence est une aberration culturelle et ethnique, un énième découpage d’une région déjà beaucoup trop morcelée.

Et pendant ce temps, un pays qui devrait exister depuis longtemps et a toutes les raisons d’exister, n’existera probablement jamais puisque même la cheffe du parti soi-disant indépendantiste a trahi son peuple, sa culture et sa langue…

À lire, ou à relire:

Le Kosovo, un otage de plus dans la guerre du pétrole
Kosovo ‘freedom fighters’ financed by organized crime
Démantèlement de la Yougoslavie
The Albanian Connection
Washington finance la guerre ethnique dans les Balkans

Pour mieux comprendre les guerres de Yougoslavie:

Emperor’s Clothes Articles on Yugoslavia

André Boisclair intéresse-t-il les indécis?
28 février 2007

Je suis en train de lire un livre très intéressant, de Tom Clancy. Écrit en 1996, il parle d’un avion s’écrasant sur le Congrès américain, et tuant le président et la majorité des congressistes. Le héros, qui venait juste de devenir vice-président, hérite de la présidence et se fait tenir toute une leçon de politique:

« Les quatre-vingts pour cent qui votent selon la ligne de leur parti ne s’intéressent pas vraiment à vous. Ils votent pour leur parti parce qu’ils croient en lui, ou peut-être pour faire comme papa et maman. La raison de leur choix ne compte pas vraiment. […] Ce sont donc les vingts derniers pour cent qui comptent. Et ceux-là se soucient moins de ce que vous pensez que de ce que vous êtes. […] Ils souhaitent que l’occupant de ce bureau ait du caractère et soit un homme intègre. »

Si on transpose cette analyse au Québec, on constate certes quelques différences, notamment une plus grande mobilité du vote. Ici, si 80% des gens ont déjà choisi leur option, elle peut quand même changer légèrement d’une élection à une autre. Cependant, il reste toujours un 20% d’indécis qui décidera du résultat, le jour du vote.

Et comme le souligne justement Clancy dans son roman, ces gens-là ne veulent pas savoir ce que les chefs pensent, ils veulent se reconnaître dans ce qu’ils sont. Ils veulent un homme qui dira les choses dans leurs mots, qui aura les mêmes valeurs, qui viendra du même milieu, qui les représentera.

Et c’est bien là tout le problème avec André Boiclair: une grande partie de la population ne se reconnaît pas en lui. Après presque un an et demi à la tête du PQ, on ne sait toujours pas ce qu’il pense, et encore moins ce qu’il est. On sait qu’il a fait de la politique sa carrière, mais a-t-il des idées, des valeurs? Représente-t-il la population?

De même, Boisclair est homosexuel – ce qui répugne à plusieurs homophobes, principalement en région – mais ce n’est pas le principal problème. C’est qu’il est homosexuel ET on ne sait rien de ce qu’il pense ET on ne sait rien de ce qu’il est ET il a pris de la drogue ET il a une attitude souvent hautaine ET il ne semble même pas croire aux politiques qu’il défend.

C’est une accumulation de ces choses qui font que Boisclair n’est pas en mesure de rallier les indécis et qui risquent de faire perdre l’élection au Parti Québécois.

C’était bien Marc Laviolette qui a dit, lors de l’élection de Boisclair à la chefferie du PQ, qu’on « ne part pas en campagne avec des casseroles attachées à l’arrière de la voiture ».

En ce moment, ces casseroles sont si bruyantes, si encombrantes, si dérangeantes, que même les Péquistes sont en train de tourner le dos à leur chef.

Et c’est bien dommage, car des trois principaux partis, le PQ est le seul qui soit progressiste. Mais pourra-t-on convaincre les électeurs de voter pour le PQ à reculons, en leur disant que de toute façon on se débarrassera du chef plus tard? Espérons-le, car sinon on se retrouvera avec quatre années de gouvernement de droite, que ce soit la variante PLQ ou celle ADQ du même parti néolibéral.

Et tout le monde en souffrira, surtout le 20% qui aura fait le mauvais choix.

Mise à jour:

À lire: une réflexion intéressante, glanée sur le blogue de Patrick Lagacé.