Le culte de la diversité
14 novembre 2019

Texte publié dans Le Harfang.

 

« Afin de détruire un peuple, il faut d’abord détruire ses racines. »

— Alexandre Soljenitsyne

Lancez dans une discussion l’idée que la diversité ne serait peut-être pas une si grande richesse que ne le laisse entendre l’intelligentsia gauchiste au pouvoir, et vous aurez droit au mieux à des regards condescendants, au pire à du mépris et des insultes. L’idée que la diversité serait quelque chose de souhaitable dans notre société est tellement établie qu’il aurait probablement été moins risqué de remettre en question l’existence de Dieu sous l’Inquisition au Moyen Âge.

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Pourtant, les faits n’appuient pas ces prétentions. De nombreuses études font état de l’infériorité de la diversité culturelle au sein d’une communauté ; l’homogénéité sociale, loin d’être un problème, apparaît plutôt comme la solution à de nombreux maux au sein de nos quartiers et de nos villes.

Robert D. Putnam, un politologue américain, a développé l’idée de capital social pour définir une richesse intangible au sein de nos communautés. Ce capital regroupe les caractéristiques de la société, les réseaux, les normes et la confiance qui permettent une meilleure coordination et coopération entre les citoyens. Ce capital social permet, par exemple, de laisser sa maison sans protection dans un quartier où les voisins se connaissent, de permettre à son enfant de marcher vers l’école sans craindre pour sa sécurité, d’organiser une vie de quartier par des barbecues et des fêtes communes, etc. Putnam note l’effritement de ce capital social aux États-Unis depuis les années 1960, notamment par une plus grande diversification des communautés ; il explique, dans un essai publié en l’an 2000, que la société multiculturelle conduit à l’isolement, voire à l’anomie sociale des habitants.[1] Dans un autre essai publié en 2007, il fait état du retrait de la vie publique des citoyens de communautés très hétérogènes, de la tendance de ses citoyens à ne pas faire confiance à leurs voisins, « à se retirer même des relations avec des amis proches, à attendre le pire de leur communauté et de leurs dirigeants, à être moins bénévoles, à moins voter, à exiger plus ardemment des réformes sociales, sans avoir espoir qu’elles aboutiront ».[2] La diversité, selon l’analyse de Putnam, réduit l’esprit de communauté et détruit le capital social.

Une autre étude, basée sur l’analyse comparative d’une soixantaine de pays, fait état d’une corrélation directe entre l’homogénéité ethnique et la confiance qu’ont les citoyens entre eux.[3] Cette confiance, définie selon la croyance que les gens ne nous feront pas mal s’ils peuvent l’éviter et qu’ils nous aideront s’ils le peuvent, est systématiquement plus basse dans les pays ayant une plus forte hétérogénéité ethnique. À l’inverse, les citoyens des nations jouissant d’une plus grande homogénéité se font plus confiance entre eux.

Ces résultats sont conformes aux données récoltées par l’auteur Jacques Houle dans son livre Disparaître[4]. Celui-ci compare la société japonaise (ethniquement homogène) et la société étatsunienne (ethniquement hétérogène). Il note, par exemple, que les taux d’homicide, d’incarcération et de consommation de drogue au Japon constituent une fraction de ceux aux États-Unis. Selon lui, la différence fondamentale entre les deux pays tient à l’attachement nippon aux « traditions ancestrales caractérisées par une éthique exemplaire, une grande courtoisie et un sens du devoir qui harmonisent les rapports entre les citoyens » et qu’il est donc normal que les Japonais s’opposent à une immigration à l’occidentale qui « pourrait miner la cohésion sociale sur laquelle repose tout l’édifice sociétal »[5].

Cette idée de cohésion sociale se trouve au cœur d’une autre recherche, qui cherche à définir les principaux facteurs de confiance au sein d’une communauté.[6] Un peu à l’image des résultats de l’étude de Putnam, les auteurs établissent que le fait de vivre au sein d’une communauté très hétérogène d’un point de vue racial contribue à réduire la confiance qu’ont les citoyens les uns à l’égard des autres. Dans de telles communautés, la participation dans des groupes nécessitant des contacts directs entre les membres est amoindrie. En outre, les politiques publiques sont moins efficaces dans de telles communautés hétérogènes, car celles-ci ont plus de difficultés à partager et à financer les biens publics.

Le problème immigrant

Il est difficile de parler d’hétérogénéité ethnique sans aborder le thème de l’immigration. Considérant que le Québec constitue un des endroits au monde recevant, proportionnellement à sa population, le plus d’immigrants, il s’agit d’un enjeu incontournable, surtout que nous ne jouissons pas d’une indépendance permettant de mieux asseoir notre identité sur des lois et une identité bien établie, contrairement aux autres pays souverains. Les conséquences négatives de l’immigration de masse sont connues, mais certains aspects plus locaux le sont moins.

Par exemple, une étude étatsunienne établit que l’importance relative de la population immigrante dans un quartier est positivement reliée à la probabilité que la population native déménage dans un autre quartier et, à l’inverse, qu’une large population immigrante dans les quartiers voisins réduit la probabilité de son déménagement.[7] Sur le même thème, une autre étude démontre qu’un quartier où 20% de la population est immigrante augmente de plus du double la probabilité de déménagement de la population native, et que ce déménagement se fait systématiquement vers des quartiers avec moins d’immigrants.[8]

Cette fuite généralisée de la population native face à l’immigration de masse a une conséquence directe sur la valeur des propriétés. Une recherche démontre que la valeur des logements dans les quartiers à forte proportion immigrante augmente comparativement moins rapidement que dans les autres quartiers.[9] En d’autres mots : la population native est prête à payer une prime pour habiter dans un quartier où il y a moins d’immigrants.

Reconquérir la réalité

Il aurait été possible de publier de nombreuses autres études faisant état des désavantages d’une trop grande diversité. Ces études existent, ont été publiées, et sont toujours lues aujourd’hui. Elles sont cependant largement ignorées par les intellectuels de gauche car ceux-ci, il semble, ne sont pas tant intéressés par la réalité que par la promotion de leur idéologie. Cette réalité qu’on nous cache et dont il est de mauvais goût de parler en public, n’est-ce pas celle d’un peuple en voie de disparition ?

Certains commentateurs de gauche font des pieds et des mains pour tenter d’expliquer la fuite des Québécois de l’île de Montréal vers les banlieues, alors que la réponse est si évidente : les Québécois ont envie, comme les populations natives étudiées dans ces études, de vivre entre eux et, peut-être, de jouir du capital social dont parle Putnam et d’une plus grande cohésion sociale.

D’autres larmoient sur une époque révolue de la vie de quartier, des enfants qui jouaient dehors au lieu de s’éterniser devant leurs jeux vidéo ; réalisent-ils qu’un quartier où les gens ne se font plus confiance, où nos voisins ne partagent ni notre langue ni nos référents culturels, ne donne pas envie ni aux enfants ni aux adultes de s’y investir ?

La réalité est là, devant nous, en pleine lumière du jour, mais c’est parce qu’on a peur de la nommer — parce qu’une élite intimide ou menace de représailles quiconque s’y risque — qu’on refuse d’y faire face. Notre mode de vie n’est pas en train de changer, de se détériorer, de s’impersonnaliser, par un hasard divin ou par la force des choses : il s’agit d’une conséquence directe de l’idéologie multiculturaliste, de l’immigration de masse et du culte de la diversité qu’on nous impose dès notre plus jeune âge.

Et si on osait laisser repousser nos racines, dans nos quartiers, dans nos villes, dans notre pays, afin qu’elles courent librement et recréent cette unité si normale dans l’histoire de l’humanité et ailleurs sur la planète mais dont on veut désormais priver l’Occident ?

La science est de notre côté. Utilisons-la à bon escient.

[1] Putnam, R. D. (2000). Bowling Alone: The Collapse and Revival of American Community. New York, États-Unis : Simon & Schuster.

[2] Putnam, R. D. (2007). E Pluribus Unum: Diversity and Community in the Twenty-first Century. Scandinavian Political Studies, 30(2), 137-174. < https://louisp.ca/etudes/putnam2007.pdf&gt;

[3] Delhey, J. et Newton K. (2005). Predicting Cross-National Levels of Social Trust: Global Pattern or Nordic Exceptionalism? European Sociological Review, 21(4), 311-327. <https://louisp.ca/etudes/delhey2005.pdf&gt;

[4] Houle, J.  (2019). Disparaître ? : afflux migratoires et avenir du Québec. Montréal, Québec : Liber.

[5] Ibid., p. 115.

[6] Alesina A. et La Ferrara E. (2002). Who  trusts  others? Journal  of  Public  Economics, 207-234. < https://louisp.ca/etudes/alesina2002.pdf&gt;

[7] Crowder, K. et al. (2011). Neighborhood immigration and native out-migration. American Sociological Review 76(1), 25-47. < https://louisp.ca/etudes/crowder2011.pdf&gt;

[8] Hall, M. et Crowder, K. (2013). Native Out-Migration and Neighborhood Immigration in New Destinations. Demography (2014) 51: 2179. < https://louisp.ca/etudes/hall2013.pdf&gt;

[9] Saiz, A. et Wachter S. M. (2006). Immigration and the Neighborhood. American Economic Journal: Economic Policy  3(2), 169-188. <https://louisp.ca/etudes/saiz2006.pdf&gt;

Les mythes du tout-anglais
1 avril 2012

En une courte entrevue accordée au magazine française L’Express, le linguiste Claude Hagège taille en pièces plusieurs des mythes soutenant la position hégémonique actuelle de l’anglais. S’opposant aux préjugés d’une proportion toujours croissante de la population adhérant au dogme du tout-anglais, il démontre de quelle manière l’anglais est une langue complexe, imprécise et de quelle manière elle s’attaque à la pluralité et à la pensée.



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Mythe 1 : l’anglais serait une langue plus simple que le français.

Beaucoup parlent un anglais d’aéroport, ce qui est très différent ! Mais l’anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s’écrit « ou » se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour !

L’anglais ne constitue pas une langue plus simple à apprendre que notre langue nationale, bien au contraire. Sa prétendue simplicité tient à la possibilité de communiquer dans un nombre de mots très réduit, ce qui diminue la richesse du vocabulaire et nivelle la pensée vers le bas. Ce qui est gagné en apparente simplicité l’est perdu en précision.

Mythe 2 : l’anglais serait une langue précise.

Il s’agit d’une langue imprécise, qui rend d’autant moins acceptable sa prétention à l’universalité. […] Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s’est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : « Turn left, right now », c’est-à-dire « Tournez à gauche, immédiatement ! » Mais le pilote avait traduit « right now » par « à droite maintenant », ce qui a provoqué la catastrophe.

Au-delà de la pauvreté émanant de l’utilisation d’un « anglais d’aéroport », la langue anglaise elle-même est le plus souvent construite dans l’imprécision. À l’inverse, le français constitue une langue beaucoup plus cartésienne, logique, et précise. Il est souvent utilisé dans les traités à cause de cette précision.

Mythe 3 : l’anglais permettrait de communiquer avec le monde.

Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l’anglais une langue universelle, car cette domination risque d’entraîner la disparition d’autres idiomes. […] Le problème est que la plupart des gens qui affirment « Il faut apprendre des langues étrangères » n’en apprennent qu’une : l’anglais. Ce qui fait peser une menace pour l’humanité tout entière.

L’anglais ne permet pas de communiquer « avec le monde », car le monde a des centaines, voire des milliers de langues différentes. Quand on fait le choix de faire d’une seule langue l’outil permettant toutes les communications, on contribue à réduire la diversité et la pluralité linguistiques mondiales. On contribue à l’éradication des langues minoritaires.

Mythe 4 : l’anglais serait avant tout un simple moyen de communication.

Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie. Tout idiome qui disparaît représente une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une œuvre d’art.

Beaucoup d’anglomanes affirment qu’il serait plus simple pour nous d’avoir une seule langue pour communiquer. Ce que ces gens ne réalisent pas, et ce que tente de leur expliquer Hagège, c’est qu’une langue constitue bien davantage qu’un outil de communication. Une langue transmet la pensée, les valeurs, la vision du monde. Quand on détruit une langue, quand on permet l’ethnocide d’une communauté linguistique, on détruit une parcelle de la richesse de notre humanité.

* * *

Cette entrevue est lumineuse non seulement parce qu’elle s’attaque aux dogmes les plus puissants en ce moment, mais également parce qu’elle le fait avec candeur. Hagège ne cherche pas à s’embarrasser de la langue de bois et du compromis face à l’anglais, un discours tellement fréquent même chez ceux qui se prétendent francophiles. Il s’oppose de front à la pensée unique et il le fait d’une manière terriblement directe et efficace.

Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Certains croient qu’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Olivar Asselin, le grand journaliste et polémiste québécois du début du siècle dernier, affirmait qu’il ne suffisait pas de faire la promotion de la langue française, mais qu’il fallait également faire la promotion de la pensée française et se servir du français pour faire rayonner cette pensée en Amérique. Un siècle plus tard, Hagège nous rappelle cette réalité incontournable : la langue constitue le terreau d’où fleurit la pensée. Pas de langue, pas de pensée ; pas de langue française, pas de pensée française.

Défendre la pluralité, la diversité, défendre notre humanité en 2012, cela se fait en défendant notre langue, principal vecteur de transmission d’une pensée unique et originale, enrichissant l’humanité de notre présence. Comme le disait Bourgault : « Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. »

Cela n’a jamais été aussi vrai.

Un dernier passage d’Hagège :

En quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Et en quoi le fait de défendre la diversité devrait-il être assimilé à une idéologie fascisante ? Le français est à la base même de notre Révolution et de notre République !

Il aurait été possible d’aller plus loin : en 2012, les fascistes et les ringards sont ceux qui tentent d’empêcher le Québec de devenir aussi français que le Canada ou les États-Unis sont anglais. Ce sont ceux-là qui, propageant les faux mythes dénoncés par Hagège, œuvrent à réduire la diversité culturelle et à créer cet empire millénaire d’une seule langue et d’une seule culture prôné par un certain dictateur du passé.

Nous sommes la diversité sur ce continent et cette planète. Ne l’oublions jamais.

Faut-il boycotter le Festival d'été de Québec?
3 mai 2010

L’anglomanie croissante du Festival d’été de Québec, qui a saupoudré une programmation anglophone d’une pincée de Vigneault et d’une soirée franco-québécoise comme on ajoute du sucre à n’importe quel plat indigeste, démontre à quel point cette organisation n’a rien à foutre de notre langue et de notre culture. Neuf mois après avoir versé des larmes de crocodile sur le déménagement des Francofolies de Montréal, on offre désormais aux citoyens un ramassis de tout ce qui se fait en anglais et on lance le message aux touristes qu’à Québec, c’est dans la langue de Shakespeare que ça se passe.

Source de l’image

Iron Maiden, Black Eyed Peas, Billy Talent, Rammstein, Dream Theater, Great Lake Swimmers, Roger Hodgson, Arcade Fire, Bedouin Soundclash et John Butler Trio (qui se produiront, en anglais, au Parc de la Francophonie, haha!) seront présents. Québec, disiez-vous? On croirait plutôt qu’il s’agit du festival d’une quelconque ville canadienne ou américaine. Au touriste anglophone qui vient ici et qui – déjà – se fait (trop) largement servir dans sa langue, on lui sert en plus sa propre musique. Que lui restera-t-il, ensuite, de son passage à Québec lorsqu’il retournera chez lui? Une carte postale aux sonorités anglaises et à la musique de fond anglaise. C’est cela le message que lance un tel festival, avec seulement huit spectacles en français sur onze jours de festival et trois scènes.

Bien sûr, les bien-pensants de la Vieille Capitale – et ils sont nombreux – rétorqueront, bien à l’abri dans leur ville ne subissant pas l’anglicisation accélérée vécue par la région métropolitaine, qu’il faudrait « s’ouvrir sur le monde » et célébrer la « diversité ».

Or, comment peut-on parler d’ouverture sur le monde quand on ne choisit qu’une seule langue pour la vivre? Comment parler de diversité quand la plupart des spectacles auront lieu dans une même langue, selon des sonorités semblables et une culture musicale commune? La diversité, c’est nous. La survie du français au Québec et notre capacité à nous créer et à appuyer une culture riche et vivante assurent notre présence dans le temps et notre contribution à l’enrichissement et à la diversité culturelle mondiale.

Présenter des groupes étrangers ou d’autres ayant fait le choix de renier leurs origines ou la culture de la société qui les accueille (c’est le cas de Arcade Fire), personne n’est contre, si cela se fait d’une manière modérée, un peu comme on accompagnerait un met local, dans un pays du Sud, avec un peu de ketchup Heinz. Mais lorsque les hamburgers remplacent le poisson exotique, lorsque les frites se substituent aux légumes du pays, ce n’est plus un met offrant une quelconque diversité qu’on se met sous la dent, mais la même bouillie graisseuse que n’importe où ailleurs sur la planète anglo-saxonne. On réduit la diversité, simplement, et on fait le choix – un choix qu’on offre désormais au touriste venant à Québec cet été – de rejeter à son tour notre propre culture.

Think big

Évidemment, organiser un festival plus respectueux du caractère francophone du Québec nécessiterait d’en réduire l’ampleur. Il y aurait probablement moins de personnes à chaque spectacle, moins de touristes, mais vaut-il mieux habiter la grosse baraque du voisin ou posséder sa propre maison plus modeste, mais plus chaleureuse?

De même, l’an dernier, le coût du laisser-passer du festival était de 35$; cette année c’est plus de 50$. Avec un festival à hauteur d’homme, il y a fort à parier que le prix serait moindre, et on pourrait probablement s’offrir davantage de spectacles gratuits.

Le problème, malheureusement, c’est cette mentalité du « think big » qui s’est emparée des organisateurs. Plus gros, toujours plus gros. Et qu’importe si on y perd son identité au passage. Qu’importe si le festival, qui devrait constituer l’image de marque de la ville, ne nous représente plus le moins du monde. Qu’importe si un tel événement pourrait aider des artistes d’ici à se faire connaître et à performer; il faut être gros, toujours plus gros.

Et à ceux qui s’offusquent, on agite la liasse de billets verts que les touristes viennent dépenser pendant le festival. Comme si l’argent constituait l’argument suprême. Comme si un festival n’était qu’un simple outil financier servant à prostituer une ville en entier pour avoir le loisir d’accueillir de gros Américains venant écouter Black Eyed Peas un soir avant de repartir le lendemain matin en rotant leur McDonald ou leur Burger King. Comme si c’était cela, la vie culturelle. Comme si la ville de Québec ne constituait qu’une entreprise devant avant tout faire des profits.

Dites-moi, combien vaut la mort du français en Amérique du Nord?

On me dira: ce n’est qu’un festival, tout comme on m’a dit, précédemment, ce n’est que le slogan d’une école, ce n’est que la ville de Laval, ce n’est qu’Alain Dubuc, ce n’est qu’un hôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est qu’un groupe Facebook bilingue, ce n’est qu’une Saint-Jean bilingue, ce ne sont que des clients ordinaires, ce n’est que de la musique au Centre Bell, ce n’est que Pascale Picard

Et un jour, insidieusement, on dira: ce n’est que le peuple québécois.

Sur le bord du précipice linguistique, ce n’est pas la longueur du pas vers le vide qui compte, mais la distance qui nous y sépare. Ce festival anglomane constitue simplement le millimètre supplémentaire nous rapprochant de l’abîme et contribuant à faire du Québec une prochaine Louisiane.

Que ceux qui sont encore fiers d’être des Québécois se lèvent et boycottent ce festival.

AJOUT: Vous pouvez écouter mon entrevue au FM 93 (ça commence vers 8 minutes).

Faut-il boycotter le Festival d’été de Québec?
3 mai 2010

L’anglomanie croissante du Festival d’été de Québec, qui a saupoudré une programmation anglophone d’une pincée de Vigneault et d’une soirée franco-québécoise comme on ajoute du sucre à n’importe quel plat indigeste, démontre à quel point cette organisation n’a rien à foutre de notre langue et de notre culture. Neuf mois après avoir versé des larmes de crocodile sur le déménagement des Francofolies de Montréal, on offre désormais aux citoyens un ramassis de tout ce qui se fait en anglais et on lance le message aux touristes qu’à Québec, c’est dans la langue de Shakespeare que ça se passe.

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Iron Maiden, Black Eyed Peas, Billy Talent, Rammstein, Dream Theater, Great Lake Swimmers, Roger Hodgson, Arcade Fire, Bedouin Soundclash et John Butler Trio (qui se produiront, en anglais, au Parc de la Francophonie, haha!) seront présents. Québec, disiez-vous? On croirait plutôt qu’il s’agit du festival d’une quelconque ville canadienne ou américaine. Au touriste anglophone qui vient ici et qui – déjà – se fait (trop) largement servir dans sa langue, on lui sert en plus sa propre musique. Que lui restera-t-il, ensuite, de son passage à Québec lorsqu’il retournera chez lui? Une carte postale aux sonorités anglaises et à la musique de fond anglaise. C’est cela le message que lance un tel festival, avec seulement huit spectacles en français sur onze jours de festival et trois scènes.
Bien sûr, les bien-pensants de la Vieille Capitale – et ils sont nombreux – rétorqueront, bien à l’abri dans leur ville ne subissant pas l’anglicisation accélérée vécue par la région métropolitaine, qu’il faudrait « s’ouvrir sur le monde » et célébrer la « diversité ».
Or, comment peut-on parler d’ouverture sur le monde quand on ne choisit qu’une seule langue pour la vivre? Comment parler de diversité quand la plupart des spectacles auront lieu dans une même langue, selon des sonorités semblables et une culture musicale commune? La diversité, c’est nous. La survie du français au Québec et notre capacité à nous créer et à appuyer une culture riche et vivante assurent notre présence dans le temps et notre contribution à l’enrichissement et à la diversité culturelle mondiale.
Présenter des groupes étrangers ou d’autres ayant fait le choix de renier leurs origines ou la culture de la société qui les accueille (c’est le cas de Arcade Fire), personne n’est contre, si cela se fait d’une manière modérée, un peu comme on accompagnerait un met local, dans un pays du Sud, avec un peu de ketchup Heinz. Mais lorsque les hamburgers remplacent le poisson exotique, lorsque les frites se substituent aux légumes du pays, ce n’est plus un met offrant une quelconque diversité qu’on se met sous la dent, mais la même bouillie graisseuse que n’importe où ailleurs sur la planète anglo-saxonne. On réduit la diversité, simplement, et on fait le choix – un choix qu’on offre désormais au touriste venant à Québec cet été – de rejeter à son tour notre propre culture.
Think big
Évidemment, organiser un festival plus respectueux du caractère francophone du Québec nécessiterait d’en réduire l’ampleur. Il y aurait probablement moins de personnes à chaque spectacle, moins de touristes, mais vaut-il mieux habiter la grosse baraque du voisin ou posséder sa propre maison plus modeste, mais plus chaleureuse?
De même, l’an dernier, le coût du laisser-passer du festival était de 35$; cette année c’est plus de 50$. Avec un festival à hauteur d’homme, il y a fort à parier que le prix serait moindre, et on pourrait probablement s’offrir davantage de spectacles gratuits.
Le problème, malheureusement, c’est cette mentalité du « think big » qui s’est emparée des organisateurs. Plus gros, toujours plus gros. Et qu’importe si on y perd son identité au passage. Qu’importe si le festival, qui devrait constituer l’image de marque de la ville, ne nous représente plus le moins du monde. Qu’importe si un tel événement pourrait aider des artistes d’ici à se faire connaître et à performer; il faut être gros, toujours plus gros.
Et à ceux qui s’offusquent, on agite la liasse de billets verts que les touristes viennent dépenser pendant le festival. Comme si l’argent constituait l’argument suprême. Comme si un festival n’était qu’un simple outil financier servant à prostituer une ville en entier pour avoir le loisir d’accueillir de gros Américains venant écouter Black Eyed Peas un soir avant de repartir le lendemain matin en rotant leur McDonald ou leur Burger King. Comme si c’était cela, la vie culturelle. Comme si la ville de Québec ne constituait qu’une entreprise devant avant tout faire des profits.
Dites-moi, combien vaut la mort du français en Amérique du Nord?
On me dira: ce n’est qu’un festival, tout comme on m’a dit, précédemment, ce n’est que le slogan d’une école, ce n’est que la ville de Laval, ce n’est qu’Alain Dubuc, ce n’est qu’un hôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est qu’un groupe Facebook bilingue, ce n’est qu’une Saint-Jean bilingue, ce ne sont que des clients ordinaires, ce n’est que de la musique au Centre Bell, ce n’est que Pascale Picard
Et un jour, insidieusement, on dira: ce n’est que le peuple québécois.
Sur le bord du précipice linguistique, ce n’est pas la longueur du pas vers le vide qui compte, mais la distance qui nous y sépare. Ce festival anglomane constitue simplement le millimètre supplémentaire nous rapprochant de l’abîme et contribuant à faire du Québec une prochaine Louisiane.
Que ceux qui sont encore fiers d’être des Québécois se lèvent et boycottent ce festival.
AJOUT: Vous pouvez écouter mon entrevue au FM 93 (ça commence vers 8 minutes).

Quand le pluralisme tue la pluralité
10 février 2010

Lancé hier soir, le Manifeste pour un Québec pluraliste s’inscrit dans une logique de réaction à la réappropriation du débat identitaire par les Québécois. Un peu comme pour le Manifeste pour un Québec lucide, qui avait vu le jour pour s’opposer à la montée des idées plus à gauche au sein de la société, cette énième promulgation du flambeau lumineux de LA vérité cherche à manipuler le débat afin de faire la promotion, sans l’afficher clairement, du multiculturalisme à la canadienne, ce fléau qui relègue les peuples fondateurs au rang d’ethnies parmi d’autres.

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En fait, un tel manifeste, contrairement à ce que son nom évoque, constitue plutôt un véritable appel à l’anti-pluralité, à la disparition des spécificités humaines. Malgré les entourloupes et les appels à une soi-disant troisième voie, une idée centrale demeure dans le texte: les immigrants ne devraient pas finir par s’intégrer complètement à la société d’accueil; nous ne pouvons exiger, à terme, une assimilation complète. Concrètement, si on appliquait un tel concept à l’échelle humaine, ce serait la disparition éventuelle de la diversité, des différences si enrichissantes entre les peuples. À partir du moment où les immigrants ne s’intègrent pas et conservent leur culture d’origine, on obtient une sorte de magma transnational déraciné, déconnecté des passions et de l’identité de ses voisins. Cette world-culture d’une homogénéisation des peuples et des coutumes est déjà en train de s’opérer un peu partout et de réduire la diversité humaine au rang de folklore proposé par quelques « nationalistes conservateurs » d’un autre temps.

Or, la véritable pluralité, l’ouverture à la diversité humaine, c’est précisément la survie de ce qui constitue notre plus grande richesse: nos différences COLLECTIVES. Individuellement, nous ne sommes qu’os et poussières et notre mort ne sera que la fin d’une aventure bien personnelle. Cette diversité-là ne vaut, somme toute, pas grand chose à l’échelle humaine. La vraie diversité, celle qui mérite d’être choyée et protégée, est celle qui se perpétue dans le temps, qui se projette dans le futur. Ce sont les rites, les coutumes, les langues, les façons différentes de voir le monde qui existent dans chaque pays, au sein de chaque peuple. En refusant l’assimilation des nouveaux arrivants à leur société d’accueil, c’est de cet héritage qu’on se prive. Sous prétexte d’ouverture individuelle à autrui, on se coupe de la véritable ouverture humaine, celle de la valorisation de la diversité des identités collectives.

Le multiculturalisme – puisque c’est bien ce dont il est question ici – part du principe que la culture du nouvel arrivant n’est pas inférieure à celle de sa société d’accueil et que, de cette façon, le nouvel arrivant n’aurait pas à s’intégrer parfaitement à celle-ci. D’un point de vue global, il est vrai qu’aucune culture n’est inférieure ou supérieure à une autre, mais dans une perspective de la protection des identités nationales, la culture de la société d’accueil doit être perçue comme la seule véritablement valable, à terme. Cela ne signifie pas qu’il faudrait se promener dans les rues pour demander aux immigrants de porter leurs ceintures fléchées et de chanter la Bolduc; simplement, le véritable but, afin d’assurer la survie de l’identité du peuple et de participer à la diversité humaine, est l’assimilation. D’ici une, deux, trois ou dix générations, peut-être, mais l’assimilation tout de même.

Cette assimilation ne représente pas une violence qu’on fait au nouvel arrivant. Sa culture d’origine n’est pas complètement disparue. Elle a transcendé sa société d’accueil, c’est-à-dire que la société d’accueil a accepté ou rejeté dans ses traditions les apports culturels de l’immigrant. En clair: l’immigrant et sa descendance deviennent Québécois, et rejettent peu à peu, de génération en génération, leurs anciennes racines, mais celles-ci n’ont pas véritablement disparu; elles ont servi à enrichir la culture québécoise d’éléments nouveaux, adaptés à la spécificité québécoise, et qui améliorent notre peuple et contribuent à enrichir la diversité humaine.

Ainsi, quand un Daniel Weinstock, co-initiateur du projet de manifeste et bien connu, entre autres, pour son opposition aux projets de charte de la citoyenneté québécoise incluant un test de français, tel que proposé par Pauline Marois dans un de ses rares moments de lucidité (( La Presse, Actualités, jeudi, 1 novembre 2007, p. A5, Des Québécois « de souche » signent un appel contre l’intolérance, Perreault, Laura-Julie )), parle de la soi-disant vision d’ouverture et de tolérance contenue dans son manifeste – par opposition à la fermeture des autres, évidemment – il oublie de mentionner le véritable coût de celle-ci, à long terme. Et ce coût, quoi qu’en disent les apôtres du multiculturalisme, est une réduction de la pluralité à l’échelle mondiale et une homogénéisation des peuples et des cultures, prélude à un monde ayant perdu sa saveur et ses couleurs.

Weinstock, qui a déjà affirmé que lorsque « Montréal comptera un aussi haut pourcentage d’immigrants que Toronto, ces questions [du multiculturalisme et de la laïcité] ne se poseront plus avec autant d’acuité », nous démontre la véritable finalité de son manifeste, soit la création d’un « nouveau peuple, en misant sur les mouvements migratoires pour transformer les Québécois francophones en une communauté parmi d’autres », comme l’explique avec justesse Mathieu Bock-Côté.

Et lorsque nous serions tous multiculturels, pluriels, diversifiés, multiples, que resterait-il de nous? Et même, de quel « nous » pourrions-nous parler? Si le « nous » québécois ressemblait aux autres « nous », n’ayant plus de culture unique, plus de langue unique, plus de saveur ou de couleur uniques, pourquoi parlerait-on seulement d’un « nous »?

Il ne resterait que des individus désolidarisés, incapables de se comprendre, vivant au mieux dans un chaos de valeurs et de conceptions différentes, au pire dans un magma fangeux d’une world-culture ayant tué la diversité, pullulant à la surface d’un riche terreau d’où leurs racines ont été coupées et qui, de la peine d’avoir renié tout lien filial avec un passé rassembleur, s’accrocheraient à n’importe quelle mamelle de substitution leur promettant un peu de sens dans un monde ayant perdu tout parfum.

Ce n’est pas en construisant des digues toujours plus hautes qu’on arrivera à contrôler la pulsion identitaire collective, mais plutôt en laissant libre cours à cette formidable énergie créatrice, porteuse de fraternité dans une ville mondialisée où chaque peuple possède sa propre maison et y applique démocratiquement ses propres lois.

Pour le bien de tous.

La tyrannie de la beauté
4 janvier 2010

Pris du poids dans le temps des Fêtes? Tu n’es plus un aryen mon ami. Le site web Beautifulpeople.com, dont le membership n’est offert qu’aux personnes soi-disant attrayantes, a banni plus de 5000 membres ayant un peu trop festoyé pour Noël. « Le fait de permettre aux personnes grassouillettes de parcourir le site constitue une menace directe à notre modèle de gestion » explique Robert Hintze, le fondateur de ce club-sélect des « beaux » et « belles » de ce monde. Si la discrimination fondée sur la couleur de la peau, sur le sexe, sur l’orientation sexuelle ou religieuse sont des phénomènes de plus en plus marginaux, celle basée sur une conception plastique de la beauté semble avoir le vent dans les voiles. Est-ce cela, la beauté?

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En effet, de quelle sorte de beauté parle-t-on réellement dans cette situation? Puisque ce sont les membres qui choisissent d’approuver ou de refuser les nouvelles demandes, les nouveaux inscrits ressemblent… aux anciens. Il est possible, sans être abonné soi-même, de visionner un aperçu des plus récents membres du site. On y voit une succession de personnes au look propret et vide, une véritable nature morte d’individus se ressemblant tous plus ou moins et suivant la mode comme d’autres vont à l’église. Les hommes ont les cheveux un peu ébouriffés, la barbe de trois jours, les muscles fermes; les femmes sont jeunes, ont les cheveux longs et de gros seins. Et surtout, aucun n’a la moindre imperfection visible.

Or, n’est-ce pas justement l’imperfection qui confère tout son charme à la beauté? Quand on contemple un paysage bucolique, reproche-t-on à l’arbre en arrière-plan d’avoir une branche cassée ou à la rivière de charrier une eau un peu trop trouble? On considère, dans la nature, que ces travers font partie intégrante du charme: l’arbre malade fait apprécier celui en santé, l’eau trouble de la rivière permet de mieux savourer la pureté d’une source limpide. La beauté n’existe que parce que le monde est fait d’imperfections, et ce sont précisément ces dernières qui permettent le mieux au beau d’exister. L’arbre malade ou la rivière trouble ne sont pas « laids », ils sont simplement différents et contribuent à la salutaire diversité permettant de mieux apprécier un beau se nourrissant de toutes ces imperfections.

De la même manière, un grain de beauté sur le bord du nez, un visage légèrement asymétrique, un léger surplus de poids, ne sont pas des signes de laideur, mais plutôt de différence, de la diversité humaine sous toutes ses formes. Partir du principe que quelqu’un est beau parce qu’il est mince et qu’il n’a pas de « défauts » apparents revient à affirmer que la seule forêt au monde, le seul paysage digne de ce nom est celui d’une plantation de pin où chaque arbre est aligné en rang comme un soldat, à exactement deux mètres du prochain, et où la moindre imperfection est punie de la mort rapide occasionnée par la tronçonneuse. Ce type de beauté constitue la mort de la vie.

Par ailleurs, qui peut se permettre de juger de qui est beau ou non? La beauté n’est-elle pas dans l’œil de celui qui regarde? En permettant à une élite sélectionnée de décider qui, parmi la laide populace, aurait le privilège de la rejoindre, on ne fait que conforter le choix des premiers membres. Aurait-t-on idée de voter pour permettre la sélection d’une beauté plus traditionnelle, plus imparfaite, invalidant ainsi sa propre sélection? Non. On vote pour des gens comme soi, parce que leur présence renforce la nôtre. Mieux, elle la garantie. À une certaine époque, on aurait parlé d’une certaine forme d’eugénisme; aujourd’hui, à l’ère de la cigarette honnie, du jogging imposé et des oméga-3 en suppositoires, c’est la seule loi valable.

Heureusement, il y aura toujours des réfractaires à cet ordre des choses. Des individus probablement génétiquement défectueux, inaptes pour la plupart à faire partie de la super-race des beaux; des gens qui recherchent l’imperfection, qui s’enivrent de celle-ci, qui considèrent que la véritable valeur d’autrui ne réside pas nécessairement dans sa capacité à faire tourner toutes les têtes durant une seule soirée, mais à en faire tourner une seule toute une vie, grâce à une beauté sans cesse renouvelée, comme une nature vivante en continuelle changement, sauvage et imprenable. Des hommes et des femmes qui, aussi, plutôt que de juger l’enveloppe corporelle selon les standards imposés par la mode ou l’air du temps, cherchent véritablement à s’accomplir en tant qu’humains et à accompagner d’autres humains ayant l’ambition non pas de se conformer à ce qui est considéré comme « beau », mais à imposer eux-mêmes leur propre vision de la beauté.

En soi, le site web Beautifulpeople.com ne constitue pas un danger immédiat. C’est la logique derrière celui-ci qui est dangereuse. À partir du moment où on considère que tous ceux qui ne suivent pas les standards actuels de la beauté sont laids, voire imparfaits en tant qu’humains, on ouvre la porte, doucement mais sûrement, à tous les excès génétiques d’un futur où il serait peut-être possible de choisir certaines des caractéristiques physiques de nos enfants. Là où certains des pires dictateurs de l’histoire ont échoué, nous nous offririons enfin un monde aseptisé, normalisé, un monde d’humains modifiés génétiquement, des humains sans saveur et emballés comme des tomates Savoura.

Résister contre cette vision réductrice du beau, c’est donc se battre pour la diversité humaine et pour la sauvegarde de ce qui fait notre richesse. Cela ne veut pas dire de se négliger ou de valoriser volontairement les défauts très apparents, mais peut-être simplement d’accepter l’autre comme on aimerait qu’il le fasse pour soi. Et ça commence par la nécessaire prise de conscience que celui-ci n’est pas laid, mais simplement différent.

Et que, quelque part au monde, une autre personne différente recherche précisément quelqu’un comme cela. Voilà peut-être la véritable beauté : celle des relations humaines.

Histoire de drapeaux
9 août 2008

C’est le « buzz » de l’heure; même Patrick Lagacé publie une petite chronique où il dénonce le fait que le premier ministre désire accommoder la Chine en acceptant sa politique refusant les drapeaux non-olympiques aux Jeux. à€ ses yeux, c’est de la résignation. à€ mes yeux, c’est tout le contraire.

En effet – et cela va peut-être en surprendre certains – mais je ne suis pas contre la position de Jean Charest. Nous sommes des invités en Chine, et nous nous devons de respecter leur culture et leurs valeurs. Et une de ces valeurs est le caractère sacré et inaliénable du Tibet en son sein et le sens très patriotique d’appui que porte la population à cette cause. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ce qui s’est passé lors de la mini-manifestation sur la place Tiananmen où de simples passants se sont chargés d’insulter ces étrangers venus en Chine pour montrer aux Chinois comment agir.

Soyons clairs: ce peuple qui a une Histoire de plus de cinq mille ans n’a pas de leçons à recevoir de notre part. Ils sont certes différents de nous, et des efforts pourraient être entrepris pour permettre plus de liberté individuelle, mais la Chine considère la nation et son existence, la quête de sa pérennité et de sa croissance, comme étant un but supérieur au bien-être de chaque individu en particulier.

En quelque sorte, ça me fait penser au magnifique (grandiose, superbe, époustouflant, et ajoutez votre superlatif!) spectacle d’ouverture, où on voyait ces milliers de gens bouger tous à l’unisson, au même moment, et dont la marche coordonnée créait des figures tout à fait géniales. C’était la Chine qu’on voyait: une Chine certes contrà´lante, mais qui permet à chaque Chinois de transcender sa petite existence individuelle en faisant partie d’un Tout infiniment plus grand et glorifiant. Nous avons quelque chose à apprendre de la Chine.

Et puis, soyons honnêtes, si on espère demander à la Chine de s’adapter à nous, comment peut-on par la suite blâmer un immigrant qui refuse de s’intégrer au Québec? Il s’agit de faire preuve de cohérence: on ne peut pas à la fois prétendre avoir la solution aux maux d’autrui et se plaindre lorsque des gens qui viennent ici veulent nous imposer leurs solutions. Si on demande à la Chine de renier ce qu’elle est, de se voir ridiculisée par des drapeaux tibétains et de voir ainsi la perfection de ses jeux réduite en combat politique contre ses valeurs et ses croyances, comment peut-on ensuite demander à quiconque de respecter nos valeurs et nos croyances?

La vie est injuste, mais chaque pays a le devoir de se protéger lui-même et de lutter contre ce qui pourrait l’affaiblir ou le détruire. On ne peut pas, on ne doit pas dénoncer un pays qui cherche à préserver sa puissance et améliorer sa condition.

Et, heureusement, on ne peut pas blâmer les minorités qui cherchent à se faire entendre et qui luttent pour leur survie culturelle. Tout comme on ne peut empêcher un athlète motivé de cacher un drapeau dans ses sous-vêtements ou de se le tatouer dans le dos. Si on ne peut contrecarrer l’expression de ces minorités (dont nous faisons partie!), on peut ne pas la faciliter, et c’est exactement ce que fait la Chine.

C’est dans l’ordre des choses et c’est à nous, étrangers, de nous tenir en-dehors de ce combat politique qui n’est pas le nà´tre et qui, si nous nous en mêlons, pourrait donner l’idée à d’autres de venir se mêler du nà´tre.

Et pas toujours en notre faveur.

Car la diversité, c’est beaucoup plus que d’écouter Paul McCartney chanter « Jet » sur les plaines d’Abraham en sirotant une bière allemande: c’est aussi respecter la différence de l’autre en s’adaptant à sa culture lorsqu’on est chez lui, tout comme on aurait envie qu’il s’adapte à la nà´tre chez nous.