Haïti: la « malédiction » n’existe pas
13 janvier 2010

Combien de fois entend-on l’expression « malédiction » pour parler du sort d’Haïti? Comme si, à défaut de pouvoir considérer les vraies causes politiques, on préférait toujours s’en remettre à Dieu. Plus facile. Moins dangereux. Dieu, il ne rend pas de comptes, après tout. Dieu, on ne peut pas le réélire ou non après quatre ans. L’histoire récente d’Haïti est avant tout celle d’un pays dépossédé, brisé, un pays que des politiques économiques libérales ont démoli.

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Ce n’est pas Dieu qui débarqua dans l’île en 1915 et l’occupa pendant vingt ans; ce sont des marines américains qui ont permis à Washington d’abolir l’article de la Constitution qui empêchait les étrangers de détenir des entreprises dans le pays. On expropria des milliers d’habitants, on créa de gigantesques plantations, on permit, grâce à une armée plus occupée à se battre contre son propre peuple qu’autre chose, à 1% de la population de posséder 50% des ressources du pays.

Ce n’est pas Dieu non plus qui appuya pendant des décennies la terrible dictature de Duvalier, plus occupé à s’enrichir qu’à construire un pays digne de ce nom. Ce sont la France et les États-Unis.

Ce n’est pas Dieu non plus qui renversa Aristide, en 2004, après que celui-ci ait de nouveau aboli l’armée (il l’avait fait dans les années 1990, mais avait été renversé par un coup d’État par la suite) et essayé de s’opposer aux privatisations et au contrôle externe du pays, mais bel et bien les États-Unis, le Canada et la France, qui le remplacèrent par un économiste néo-libéral, Gérard Latortue.

Ce n’est pas Dieu qui détruit ce pays; ce sont des Hommes de chair, des Hommes qui ont préféré s’en mettre plein les poches plutôt que de lutter contre la pauvreté, de valoriser un gouvernement central fort capable de faire appliquer des normes de logement plus strictes ou de lutter contre la déforestation responsable des pires calamités lors du passage d’ouragans.

De nombreux autres pays sont frappés par des catastrophes naturelles. Combien de fois Cuba a-t-il été touché par des ouragans aussi puissants que ceux qui ont frappé Haïti? Combien de fois le Japon a-t-il été victime de tremblements de terre aussi violents que celui qui frappé Haïti hier? Ce n’est pas Dieu qui a détruit Haïti; ce sont des Hommes. Ce n’est pas Dieu qui a protégé les autres pays; ce sont des Hommes qui l’ont décidé ainsi.

Envoyer quelques dollars à Haïti, c’est bien, mais cela ne changera pas la façon dont fonctionne le système. Personne ne s’oppose à la charité, mais on ne bâtit pas une société avec celle-ci. On pourrait ensevelir Haïti sous mille milliards de millions de milliards de dollars que le problème ne se réglerait pas; Haïti, c’est la faillite d’un pays sans État central fort, corrompu jusqu’à la moelle et dépossédé de lui-même par des choix idéologiques décidés par des pays étrangers. Haïti, c’est le résultat d’une histoire catastrophique à laquelle on a ajouté la catastrophe de réformes économiques diluant le pouvoir de l’État et créant, de facto, un véritable paradis libertarien de la débrouille et du système « D » où l’absence de cohésion sociale est à l’origine des pires aberrations.

La meilleure façon d’aider les Haïtiens, ce n’est pas en leur envoyant de l’argent. C’est en réclamant la non-ingérence de chacun de nos gouvernements pour qu’enfin, une fois pour toutes, ils puissent être responsables à la fois de leur malheur ou de leur bonheur.

Pour qu’enfin, on cesse de blâmer Dieu et qu’on regarde ce que nous, les Hommes, pouvons faire pour ce pays détruit.

Et peut-être, aussi, qu’on se souvienne que nos gouvernements ont les mains tachées du sang des Haïtiens et qu’ils sont directement responsables, de par leur persistance à s’ingérer dans les affaires d’Haïti pour l’empêcher de se développer, de cette catastrophe innommable.

On peut ajouter encore ces dizaines de milliers de morts au tragique bilan du capitalisme sauvage; ils sont moins visibles que les victimes du « communisme », mais tout aussi décédés!

C’est peut-être aussi cela l’avantage d’avoir Dieu de son côté…

Le chêne, le roseau, et le rêve
8 décembre 2008

le-chene-et-le-roseauVoter, ce n’est pas seulement exprimer ce qu’on est, comme l’affirme la publicité du Directeur général des élections du Québec. Je n’aime pas qu’on ramène tout le temps toute forme d’action politique à ce que ça peut représenter pour soi, pour sa petite personne, pour son petit cul bien personnel. Oui, j’exprime ce que je suis quand je vote, mais je le fais tout autant quand je choisis de manger une salade plutôt qu’un sac de chips ou que j’essaie de limiter ma consommation d’alcool. Faire des actions seulement en fonction de ce que ça peut apporter à ce petit cul bien précieux porte un nom: égoïsme.

Évidemment, je ne suis pas naïf. Puisqu’on ne vote pas contre soi-même, en quelque sorte on vote pour soi. La véritable question consiste à se demander ce que représente ce « soi ». Est-ce que ce que je suis n’est que personnage physique, futile et mortel, dont la mission est de se gaver et de jouir de la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou bien mon existence a-t-elle un autre but, et se prolonge-t-elle en fonction des idées et des valeurs que je transmettrai à mes enfants? La voilà, la vrai question.

Je ne vote donc pas pour exprimer ce que je suis, mais surtout pour matérialiser ce futur que je souhaite pour moi et pour mes descendants, qui sont, d’une certaine manière, mon prolongement, mon assurance d’éternité.

J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui ne veulent pas voter. Ma Gaby, ma propre Gaby à moi, celle pour qui j’irais pelleter une tempête de cailloux sur la lune en échange d’un sourire, ne veut pas voter. Je l’ai trainée la dernière fois lors des élections fédérales, et j’ai réussi à la convaincre de venir annuler son vote aujourd’hui. Pour elle, c’est une perte de temps. Je vais la chercher au travail en voiture, lui sauvant ainsi une heure de « transpire en commun » (dixit Sol), et je lui demande un petit dix minutes pour notre futur et celui de nos enfants. Dix minutes, c’est tout. Mais ça semble trop.

Je ne lui en veux pas. J’ai appris à respecter ce qu’elle est et à profiter de ce repos politique qui fait de notre appartement un havre de paix politique rarement troublé par les folies de Stephen Harper ou Jean Charest. Je ne lui en veux pas; elle a toujours perçu le monde de la politique comme un monde froid, distant, calculateur, mensonger, hypocrite, adulte. Elle ne désire pas entrer dans ce moule, préférant utiliser ses talents d’imagination pour vivre dans un monde différent. Et moi, je suis le triste clown qui doit lui rappeler que la vie est souvent plate, injuste, et qu’on doit se battre pour que les choses s’améliorent dans le sens de nos valeurs. Je dois lui rappeler combien de gens sont morts pour la démocratie. Je dois lui expliquer que si les gens se désintéressent de la politique la politique ne se désintéressera pas d’eux pour autant!

Mais j’ai parfois l’impression de prêcher dans un désert de cynisme.

Alors, je lui ai sorti mon argument-canon: « pense à nos enfants, ceux du futur, quel monde veux-tu pour eux? Elle me répondit qu’elle savait s’adapter à toutes les situations. On se complète bien elle et moi; elle représente le pouvoir d’adaptation à la puissance dix et je suis ce chêne dans la chanson des Cowboys-Fringants, celui qui se tient debout et reste ancré dans ses positions et ses valeurs même devant les pires vents. Sauf que parfois, l’adaptation a ses limites, et je lui répondis donc que si les serfs au Moyen-Âge s’étaient adaptés à « toutes les situations » on en serait encore à subir le droit de cuissage et on vivrait comme des gueux à se demander qui du cochon ou de ses enfants aux dents pourries a la pire haleine.

En somme, je ne vote pas pour moi, même si j’apprécie de vivre selon mes valeurs. Je vote pour le futur, mon futur, celui de mes enfants, et si je respecte l’apolitisme de ma bien-aimée, je chéris toujours l’ambition de la convaincre que de donner dix minutes de son temps une fois de temps en temps pour une cause pour laquelle des millions d’humains comme nous ont donné leurs vies et qui déterminera le futur de nos enfants constitue la seule chose morale à faire.

Je vote pour moi? Non. Je vote pour elle, et pour que nos rêves deviennent réalité. J’y trouve mon compte, mais je l’inclus, elle et tous les citoyens du Québec, dans cette rêverie.


Même si Jean Charest gagnera vraisemblablement ce soir, je trouverai du plaisir dans la défaite d’un PQ beaucoup trop à droite, d’une ADQ et de ses idées passéistes, et j’espère de tout coeur que Québec Solidaire ne fera PAS élire de députés; nous n’avons pas besoin d’un parti sexiste, discriminant systématiquement les hommes, dans notre Assemblée Nationale.  Vivement un meilleur parti de gauche aux prochaines élections, un parti qui reconnaît que l’égalité des sexes a été atteinte et que nous devons désormais lutter contre des discriminations… contre les hommes!  Vivement un parti qui ne choisit pas ses candidats en fonction du sexe, mais en fonction de leurs compétences.  Vivement la mort de Québec Solidaire… et que de ces cendres puisse renaître un parti qui se soit débarrassé de ses reliques sexistes d’un autre temps.

Avec Québec Solidaire au pouvoir, sérieusement, auriez-vous envie d’avoir un garçon, vous, sachant qu’il serait systématiquement infériorisé et discriminé tout au long de sa vie?

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

Le dictateur et sa moustache
24 juin 2008

En ce jour de notre fête nationale, j’ai une petite pensée pour le Zimbabwe, pays africain enfoncé dans le chaos parce que son président-dictateur, Mugabe, s’accroche au pouvoir et utilise toutes sortes de moyens anti-démocratiques pour arriver à ses fins.

Je ne l’aime pas vraiment Mugabe. Faut dire, il a le look, avec sa moustache hitlérienne, son air de doberman enragé et ses diatribes contre l’Occident. Il a un look de l’enfer, et pour sûr qu’on y réservera une place de choix quand sera venue le jour de sa mort.

Ceci dit, Mugabe a fait une erreur cruciale, avant-hier, quand il a traité Londres et Washington de menteurs. On ne mord pas la main qui nous nourrit, et on ne mort pas la main de ses seuls alliés potentiels.

En effet, depuis une cinquantaine d’années, les États-Unis ont souvent permis l’existence de terribles dictatures, en autant que celles-ci protègent leurs intérêts. Ils ont financé les escadrons de la mort des Contras au Nicaragua, ils ont financé la dictature un peu partout en Amérique latine, ils ont appuyé la répression en Indonésie, tuant près de 200 000 militants de gauche (et leurs familles), ils soutiennent présentement les Philippines, qui, malgré une apparence de démocratie, tuent impunément des dirigeants syndicaux. Et même pas besoin de parler du génocide israélien…

La mort ne fait pas peur à Washington et tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. La dictature n’est pas un problème, ne l’a jamais été, et la seule raison justifiant une intervention est quand le dictateur se rebelle et oublie qui sont ses maîtres.

« Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu’il m’a donné », affirmait Mugabe. Oui, Dieu, ou les États-Unis d’Amérique, qui n’hésitent pas à déchaîner les foudres de l’enfer sur quiconque ne se plie pas à leur volonté.

La dictature n’a jamais été un problème. Tant qu’elle se plie aux volontés de l’empire.

Bonne fête nationale à nous tous, Québécois, et ayons une petite pensée pour tous les autres peuples qui n’ont pas encore de pays ou dont le pays leur a été volé par un sinistre personnage, moustache ou pas.