Le chêne, le roseau, et le rêve
8 décembre 2008

le-chene-et-le-roseauVoter, ce n’est pas seulement exprimer ce qu’on est, comme l’affirme la publicité du Directeur général des élections du Québec. Je n’aime pas qu’on ramène tout le temps toute forme d’action politique à ce que ça peut représenter pour soi, pour sa petite personne, pour son petit cul bien personnel. Oui, j’exprime ce que je suis quand je vote, mais je le fais tout autant quand je choisis de manger une salade plutôt qu’un sac de chips ou que j’essaie de limiter ma consommation d’alcool. Faire des actions seulement en fonction de ce que ça peut apporter à ce petit cul bien précieux porte un nom: égoïsme.

Évidemment, je ne suis pas naïf. Puisqu’on ne vote pas contre soi-même, en quelque sorte on vote pour soi. La véritable question consiste à se demander ce que représente ce « soi ». Est-ce que ce que je suis n’est que personnage physique, futile et mortel, dont la mission est de se gaver et de jouir de la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou bien mon existence a-t-elle un autre but, et se prolonge-t-elle en fonction des idées et des valeurs que je transmettrai à mes enfants? La voilà, la vrai question.

Je ne vote donc pas pour exprimer ce que je suis, mais surtout pour matérialiser ce futur que je souhaite pour moi et pour mes descendants, qui sont, d’une certaine manière, mon prolongement, mon assurance d’éternité.

J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui ne veulent pas voter. Ma Gaby, ma propre Gaby à moi, celle pour qui j’irais pelleter une tempête de cailloux sur la lune en échange d’un sourire, ne veut pas voter. Je l’ai trainée la dernière fois lors des élections fédérales, et j’ai réussi à la convaincre de venir annuler son vote aujourd’hui. Pour elle, c’est une perte de temps. Je vais la chercher au travail en voiture, lui sauvant ainsi une heure de « transpire en commun » (dixit Sol), et je lui demande un petit dix minutes pour notre futur et celui de nos enfants. Dix minutes, c’est tout. Mais ça semble trop.

Je ne lui en veux pas. J’ai appris à respecter ce qu’elle est et à profiter de ce repos politique qui fait de notre appartement un havre de paix politique rarement troublé par les folies de Stephen Harper ou Jean Charest. Je ne lui en veux pas; elle a toujours perçu le monde de la politique comme un monde froid, distant, calculateur, mensonger, hypocrite, adulte. Elle ne désire pas entrer dans ce moule, préférant utiliser ses talents d’imagination pour vivre dans un monde différent. Et moi, je suis le triste clown qui doit lui rappeler que la vie est souvent plate, injuste, et qu’on doit se battre pour que les choses s’améliorent dans le sens de nos valeurs. Je dois lui rappeler combien de gens sont morts pour la démocratie. Je dois lui expliquer que si les gens se désintéressent de la politique la politique ne se désintéressera pas d’eux pour autant!

Mais j’ai parfois l’impression de prêcher dans un désert de cynisme.

Alors, je lui ai sorti mon argument-canon: « pense à nos enfants, ceux du futur, quel monde veux-tu pour eux? Elle me répondit qu’elle savait s’adapter à toutes les situations. On se complète bien elle et moi; elle représente le pouvoir d’adaptation à la puissance dix et je suis ce chêne dans la chanson des Cowboys-Fringants, celui qui se tient debout et reste ancré dans ses positions et ses valeurs même devant les pires vents. Sauf que parfois, l’adaptation a ses limites, et je lui répondis donc que si les serfs au Moyen-Âge s’étaient adaptés à « toutes les situations » on en serait encore à subir le droit de cuissage et on vivrait comme des gueux à se demander qui du cochon ou de ses enfants aux dents pourries a la pire haleine.

En somme, je ne vote pas pour moi, même si j’apprécie de vivre selon mes valeurs. Je vote pour le futur, mon futur, celui de mes enfants, et si je respecte l’apolitisme de ma bien-aimée, je chéris toujours l’ambition de la convaincre que de donner dix minutes de son temps une fois de temps en temps pour une cause pour laquelle des millions d’humains comme nous ont donné leurs vies et qui déterminera le futur de nos enfants constitue la seule chose morale à faire.

Je vote pour moi? Non. Je vote pour elle, et pour que nos rêves deviennent réalité. J’y trouve mon compte, mais je l’inclus, elle et tous les citoyens du Québec, dans cette rêverie.


Même si Jean Charest gagnera vraisemblablement ce soir, je trouverai du plaisir dans la défaite d’un PQ beaucoup trop à droite, d’une ADQ et de ses idées passéistes, et j’espère de tout coeur que Québec Solidaire ne fera PAS élire de députés; nous n’avons pas besoin d’un parti sexiste, discriminant systématiquement les hommes, dans notre Assemblée Nationale.  Vivement un meilleur parti de gauche aux prochaines élections, un parti qui reconnaît que l’égalité des sexes a été atteinte et que nous devons désormais lutter contre des discriminations… contre les hommes!  Vivement un parti qui ne choisit pas ses candidats en fonction du sexe, mais en fonction de leurs compétences.  Vivement la mort de Québec Solidaire… et que de ces cendres puisse renaître un parti qui se soit débarrassé de ses reliques sexistes d’un autre temps.

Avec Québec Solidaire au pouvoir, sérieusement, auriez-vous envie d’avoir un garçon, vous, sachant qu’il serait systématiquement infériorisé et discriminé tout au long de sa vie?

Les opinions ne se valent pas toutes
9 septembre 2008

Pendant une campagne électorale, on donne la parole au citoyen lambda. Soudainement, tous ces gens qui vivaient dans l’ombre se retrouvent avec un micro sous le nez et ils peuvent exprimer librement leurs idées. Et ceux qui prêchaient dans le désert reçoivent soudainement quelque oreille attentive pour s’attarder à leurs idées. Mais les opinions se valent-elles toutes pour autant? Je ne crois pas.

En effet, ce n’est pas parce que quelqu’un a une opinion que celle-ci vaut celle de son voisin. On dit souvent « tu as ton opinion et j’ai la mienne », mais ce n’est pas pour respecter celle de l’autre; on désire plutôt clore le débat, mettre un mur d’incompréhension où non seulement on comprend ne pas penser comme l’autre mais en plus on ne désire même pas en discuter. On ne veut pas confronter les arguments.

Car les arguments sont ce qui différencie une opinion crédible d’une opinion non-crédible. Tout le monde peut dire « le ciel est rose », mais la seule personne dont l’opinion doit réellement être prise en compte est celle qui peut apporter des arguments pour prouver que le ciel est rose. En ce sens, il serait tout à fait faux de croire que toutes les opinions se valent, peu importe les arguments, et qu’on devrait donner la même crédibilité aux élucubrations de tous les illuminés.

J’ai choisi quatre exemples tirés de la blogosphère au cours des derniers jours pour illustrer mon point de vue.

Tout d’abord, il y a ce texte de la part du Bum Intello (son site n’est pas un blogue stricto sensu puisqu’il n’accepte pas les commentaires, mais il représente bien ce que je désire démontrer). L’auteur de celui-ci dénonce le fait que la FTQ donne son appui au Bloc en disant que ce geste est « antidémocratique » et qu’il devrait être considéré par le Directeur général des élections (DGE) comme une dépense électorale.

Le problème majeur ici, outre le fait que l’auteur n’a pas pris le temps de vérifier le sens de l’expression « antidémocratique » (les syndicats sont effectivement une forme de démocratie, peu importe ce qu’on en pense), est qu’il ne connaît pas la loi électorale. Celle-ci ne s’applique pas aux suggestions. Va-t-on sérieusement inclure le revenu de Louis-Philippe Lafontaine parce que celui-ci vous suggère de voter NPD? Une suggestion demeure une suggestion, et ça ne fait pas partie de ce que le DGE sanctionne. Si l’auteur s’était donné la peine d’aller lire la loi, il aurait évité de dire n’importe quoi.

Ensuite, ce texte de l’Intelligence Consécutive qui parle de la nature « profondément “fasciste” du gouvernement conservateur. » Selon Wikipedia (et selon mes propres cours sur le fascisme), le fascisme « rejette les droits de l’homme, le communisme, l’anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme. » Le fascisme rejette également la démocratie. Si on peut s’entendre que Harper n’est pas un grand fan du communisme et de l’anarchisme, personne n’ira nié qu’il appuie une certaine forme de droits de l’homme et qu’il est en faveur des libertés individuelles. De même, malgré l’entorse à sa loi sur les élections à date fixe, il ne s’oppose pas complètement à la démocratie. Harper n’est donc pas un fasciste. C’est un menteur, peut-être, un manipulateur sûrement, mais pas un fasciste.

Troisièmement, et dans le même ordre d’idée, cette caricature du Parti Communiste du Québec qui parle de « Stephen « Adolf » Harper » en montrant le chef conservateur dans les habits bruns nazis. Encore une fois ici, les mots comptent. On a beau détester Harper, le trouver rétrograde, et juger sévèrement les reculs qu’il impose à notre pays, mais de le comparer à un homme responsable de millions de morts est, à tout le moins, exagéré.

Finalement, la palme du manque d’arguments revient, à mon avis, au site du Blogueur Dan, qui parle systématiquement du « Bloc Communiste » au lieu du « Bloc Québécois ».

Outre de faire abstraction de ce qu’était le Bloc communiste, ce blogueur se fout de la logique la plus élémentaire en qualifiant de « communiste » un parti qui ne remet en question ni la propriété privée ni l’existence de classes sociales ni l’État, et qui ne propose absolument pas de dictature du prolétariat. Ce blogueur aurait avantage à aller lire sur le communisme avant d’écrire de telles insanités.

On le constate, les opinions de ces quatre blogueurs manquent cruellement d’arguments. Ils affirment que la Terre est plate, n’expliquent pas pourquoi la Terre est plate, et demandent à quiconque les lisent de partir du point de vue que la Terre est plate pour ensuite pouvoir discuter.

Non, les opinions ne se valent pas toutes. Quand on me dit le contraire de tout ce qui me semble logique et cohérent, j’espère qu’on va me donner un minimum d’arguments pour appuyer ces opinions. Sinon, à mon avis, ces opinions ne valent rien.

Les mots sont importants. Ce sont eux qui nous permettent de comprendre le monde dans lequel on vit. Savoir les utiliser correctement est d’une importance capitale. Sinon, les auteurs de cette cacophonie discordante ne font que rajouter leur violon mal accordé dans le chaos des opinions sans arguments.

Des opinions qui ne se valent pas toutes, car elles ne sont pas fondées sur l’intelligence et la confrontation des idées, mais sur les préjugés, l’absence d’arguments et la manipulation. Ce sont de gros monstres en caoutchouc qu’on a beau gonfler mais qui restent aussi vides que la pensée politique de leurs auteurs.

Un engagement… à rien du tout
9 décembre 2007

L’idée du PLQ de faire signer un engagement moral aux nouveaux immigrants, statuant qu’ils ont pris conscience des valeurs des Québécois, ne mène nulle part.

En effet, quelle est la force d’un document qui ne force à aucun engagement? Un document signé, c’est un contrat, une entente que prennent deux parties. Et quand une des deux parties ne respecte pas sa signature, il y a des conséquences. Mais quelles seraient les conséquences pour un immigrant refusant obstinément de s’intégrer? Il n’y en a pas.

Voilà encore une fois pourquoi le projet de citoyenneté québécoise de Pauline Marois est une bien meilleure idée: on propose la carotte d’un côté (cours gratuits, aide aux nouveaux arrivants, etc.) MAIS également le bâton (on enlève certains privilèges à ceux qui ne montrent pas le moindre désir de s’intégrer à leur nouvelle communauté).

Grosso modo, signer une feuille de papier disant qu’on va respecter les valeurs québécoises, c’est à peu près comme signer son permis de conduire et dire qu’on va respecter les règles de la sécurité routière. Mais peu importe notre signature; on roule à 120 sur la 20, on oublie le clignotant, on change de voie là où ce n’est pas permis, on ignore les passages pour piétons. Bref, on suit le courant.

Et si on applique ça aux nouveaux arrivants, ça donne quoi? Ça donne des immigrants qui se foutent bien d’apprendre le français, et qui font comme ceux qui sont déjà ici et qui trouveront toujours de toute façon un pauvre petit Québécois assez à-plat-ventriste pour les servir dans une langue étrangère.

En somme, signer un papier qui dit qu’on va respecter les « valeurs québécoises », c’est ni plus ni moins légitimer le statu quo et encourager l’immobilisme chez les immigrants.

La solution, la seule vraie, c’est celle qui passe par les incitatifs et les conséquences. Incitatif: on t’aide à apprendre le français. Conséquence si tu ne le parles pas: personne ne va te comprendre et tu ne vas pas pouvoir communiquer.

Sauf que pour que cette solution fonctionne, il faudrait que les Québécois arrêtent d’agir en laquais toujours sur leurs gardes, prêts à s’avilir pour servir l’autre dans la langue de Shakespeare. Il faudrait enfin être fiers de ce que nous sommes et refuser de parler anglais sur le territoire de notre nation, de Kuujuaq à Gaspé en passant par Montréal-Ouest et Stanstead.

Être nous-mêmes chez nous. Rien que cela. Et exiger le respect. En français.

Quand le politicien a la trouille
14 septembre 2007

La scène était un peu surréaliste: le Directeur général des élections (DGE) du Canada faisait face à un barrage de questions et d’invectives de la part de députés de tous les partis réunis et il se contentait de répondre toujours à peu près la même chose: la loi est la loi et il se contente actuellement de l’appliquer, puisque son mandat n’est pas de choisir entre quel droit « fondamental » appliquer entre le droit de vote et la liberté de religion. Et il a raison.

Car malgré tous les beaux discours des députés, réclamant l’utilisation du « pouvoir exceptionnel » du DGE pour adapter la loi, une chose crève les yeux: les députés ont beau chiâler et lancer de haut-cris, en étant soi-disant le relais des intérêts de la population, ils ont peur de réellement soumettre un projet de loi et de le voter. Il faut le dire, c’est facile de critiquer quand le pouvoir est en d’autres mains. Mais c’est un peu plus troublant quand on réalise qu’on possède soi-même ce pouvoir mais qu’on craint de l’utiliser.

Stephen Harper craint-il de proposer un projet de loi?

Le risque, si on devait voter une telle loi, serait de voir un dérapage dans le Rest of Canada (ROC), beaucoup moins sensible aux questions d’accomodements raisonnables que le Québec. On risque d’aviver le clivage entre le Québec et le ROC et dans un contexte de gouvernement minoritaire où chaque parti craint plus que toute chose de perdre des appuis, cette situation serait potentiellement très risquée.

Alors, que fait-on? On se cache derrière le coin du mur et on lance des balles de neige. Et après, on va voir la maîtresse d’école en pleurant.

Le député conservateur Pierre Poilièvre dit que le DGE devrait écouter les élus, qui représentent les citoyens. Mais ces élus devraient peut-être se regarder eux-mêmes dans le miroir et cesser de se défiler devant leurs responsabilités: c’est à eux d’avoir le courage politique de voter une loi pour obliger tous les électeurs à montrer leur visage quand ils vont voter.