Un jeu dangereux
31 mai 2007

Mario DumontÀ moins de 24 heures d’un vote déterminant sur le budget qui risque de replonger le Québec en élections, il faut commencer à se questionner sur les conséquences électorales de la chute du gouvernement au sein de l’opinion publique. En d’autres mots: qui portera le chapeau, qui sera le grand coupable qui aura forcé les Québécois à retourner aux urnes après seulement quelques mois?

Évidemment, il y a les deux cibles faciles, le PLQ et le PQ. Le premier a complètement fait abstraction de son statut de gouvernement minoritaire en allant contre la volonté de la majorité en se servant de l’argent du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts des plus nantis. Et le deuxième a décidé que ça ne se passerait pas comme ça, qu’il refuserait de voter pour un budget ne prenant pas davantage en considération ses doléances.

Mais… On n’oublie pas quelqu’un là? Quelqu’un comme Mario Dumont et son ADQ, qui, avant même le dépôt du budget, avait annoncé qu’il voterait contre? Voici le message lancé par Dumont et son parti: « Nous autres, on ne veut rien savoir de votre budget. On va voter contre et ça finit là ». Cette forme d’intransigeance peut être extrêmement populaire dans certains cas, mais c’est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre lui si la population en vient à croire qu’il ne veut surtout pas faire fonctionner le parlement.

Justement, à cet effet, le refus de l’ADQ de participer aux négociations de la dernière heure pour tenter de trouver un compromis pourrait constituer aux yeux des citoyens un exemple d’intransigeance négative et contre-productive. C’est la crise à Québec, chaque armée prépare ses armes et Mario Dumont refuse de parler de trêve, de compromis ou de paix. C’est un comportement extrêmement dangereux qui pourrait lui enlever beaucoup de crédibilité.

En effet, si jamais le gouvernement tombe, et que le Québec retourne en élections, les adversaires de l’ADQ auraient désormais une arme facile contre Dumont. On peut déjà imaginer Marois au débat des chefs affirmer: « Nous avons tenté d’éviter les élections, mais vous, M. Dumont, vous préfériez rester hors-jeu et faire fi de la volonté des Québécois de faire fonctionner le parlement. » Mario Dumont risque de se retrouver seul peinturé dans son coin.

Politiquement parlant, ça peut être une grave erreur comme ça peut n’être rien du tout. Si le gouvernement tombe, l’ADQ se retrouvera assez rapidement dans l’eau chaude pour son refus du compromis et de la négociation, mais si le gouvernement ne tombe pas, Dumont pourra présenter tout le verbiage du PQ et du PLQ comme des discussions de « vieux partis » et il pourra ainsi continuer de jouer la carte d’un renouveau s’opposant aux vieilles idées.

Dans tous les cas, ça demeure un jeu dangereux où le gain n’est pas proportionnel au risque. On peut donc parler d’une erreur tactique majeure, justifiée par l’immaturité politique de l’ADQ et par son désir de donner une impression de premier ministre à un chef qui devrait intervenir au lieu de se tenir loin de la mêlée.

Au fond, peut-être a-t-il seulement peur de se salir les mains?