De la cherté de l’or
28 février 2012

Dernièrement, je discutais avec une personne qui se plaignait de la difficulté croissante à protéger son pouvoir d’achat. Face au coût de la vie qui augmente, et avec une certaine incertitude en ce qui concerne le marché immobilier, elle me demandait ce que je ferais, si j’étais elle. C’est sans la moindre hésitation que je lui ai conseillé d’acheter de l’or. Pas parce que j’en ai moi-même (il est toujours sage de rembourser ses dettes avant de faire quoi que ce soit d’autre), mais parce que je m’intéresse à la dévaluation croissante de notre monnaie et aux conséquences inévitables : le retour de l’or comme étalon de la valeur des autres choses. Elle me regarda, sceptique, et déclara ce que j’ai entendu très souvent depuis une année ou deux : « J’achèterais bien de l’or, mais c’est devenu trop cher ».

Ça m’a semblé symptomatique. Tout coûte infiniment plus cher depuis des décennies, mais ce serait l’or qui serait « trop cher ». Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé des statistiques dans le graphique suivant (cliquez sur l’image pour un agrandissement).

La première des courbes est celle de la masse monétaire, du moins celle qui est encore publiée par Statistique Canada (on ne publie plus M3, qui était encore plus complète). Contrairement à ce que croient certains, l’augmentation du coût de la vie n’est pas la cause de l’inflation, mais plutôt son symptôme. C’est l’augmentation de la masse monétaire qui constitue la véritable cause de l’inflation. Il y a d’autres facteurs, notamment la vélocité de la quantité de monnaie en circulation, mais toutes choses finissant par être égales par ailleurs, l’augmentation de la masse monétaire entraîne une augmentation de la valeur des autres biens parce qu’il y a toujours plus de monnaie en circulation pour un nombre limité de biens. Si nous sommes deux personnes dans le désert à avoir chacun un dollar à dépenser pour un verre d’eau, ce verre d’eau vaut un dollar ; si nous avons chacun cent dollars dans les poches, le même verre d’eau vaut cent dollars. Plus la masse monétaire est élevée, plus les prix montent.

Or, entre janvier 1980 (soit l’aboutissement du dernier marché haussier dans l’or) et avril 2011, la masse monétaire canadienne a explosé, augmentant de 984%. Pendant ce temps, le coût des aliments n’augmentait que de 177%, celui de l’habitation de 168%, celui du transport de 250%, celui de l’énergie de 374% et celui de l’or… de 88%. L’ensemble des biens quotidiens coûte moins cher que l’or lorsqu’on compare à 1980. Cher, vous dites ?

La déconnexion croissante entre la masse monétaire et les autres biens s’explique notamment par l’apparition d’une foule de produits financiers dérivés depuis deux décennies, de même que par le fractionnement des réserves bancaires, qui permet de prêter de la monnaie qui n’existe pas. À terme, pourtant, la croissance de la masse monétaire doit finir par rejoindre sensiblement celle des biens tangibles. La seule raison pour laquelle ce ne fut pas le cas jusqu’à maintenant fut parce que personne ne pensait à retirer ses billes, comme je l’expliquais dans Casino. Tout le monde reste assis à la table du casino, se contentant de profits sur papier, et remettant ceux-ci en jeu à chaque fois pour en obtenir davantage. Sauf qu’en bout de piste, ce ne sont que des jetons.

Il y a deux façons de faire correspondre la masse monétaire (jetons) aux biens réels : soit la masse monétaire est réduite, soit la valeur des biens réels est augmentée. En bout de ligne, le résultat est semblable, mais le processus est tout à fait différent : sévère dépression d’un côté, hyperinflation de l’autre. Ou bien on arrête d’imprimer de la monnaie et le système de Ponzi s’effondre, entraînant des pertes d’emplois et un rééquilibrage violent ; ou bien on continue d’imprimer de la monnaie toujours plus rapidement, et de plus en plus vite, au fur et à mesure que les gens quittent le casino pour acheter des biens durables, ce qui mène à la perte de toute valeur pour la monnaie-papier et, ultimement, à une dépression.

À la fin de toute chose, les dettes doivent être purgées. Soit on déclare défaut de paiement, soit on imprime jusqu’à la mort.

Dans ce contexte, le prix de l’or n’est pas « trop élevé ». L’or constitue de la monnaie depuis des millénaires, contrairement à la monnaie fiduciaire actuelle, qui existe depuis environ 1971 (date à laquelle Nixon a coupé le lien avec l’or, ce qui a affecté tous les pays dont la monnaie était liée au dollar U.S., incluant la nôtre). La masse monétaire de ce papier qu’on salit en lui mettant des têtes de personnes décédées dessus a augmenté de près de onze fois depuis 1980 alors que l’or a à peine doublé.

En fait, si on part du principe qu’à terme la valeur imaginée de ces jetons qu’on considère être la masse monétaire finira par rejoindre la valeur réelle des biens réels, il faudrait que l’or ait augmenté dans la même proportion que la dite masse monétaire. On obtient alors un prix équitable de 8391$ par once. L’or se transigeant aujourd’hui à près de 1775$ par once, je crois qu’on peut dire qu’il reste un certain potentiel de mouvement à la hausse.

Encore une fois, cela ne veut pas dire que l’or va se transiger à 8391$. Cela veut simplement dire qu’il s’agit de sa valeur en terme de pouvoir d’achat si on tient compte de la croissance de la masse monétaire depuis 1980. Sa valeur réelle pourrait être inférieure en cas de dépression (une once à 2000$ est très avantageuse si une maison s’achète pour 20 000$) ou supérieure en cas d’hyperinflation (une once à un million de dollars permettant d’acheter une maison à 20 millions de dollars). Ce qui compte est la valeur des choses qui peuvent être achetées.

Ceci dit, le pic de 1980 ne constitue que le sommet d’un cycle beaucoup plus faible que le cycle actuel. En 1980, il y avait encore beaucoup de pétrole à bas prix et on n’avait pas encore entendu parler sérieusement du pic pétrolier. Les baby-boomers étaient dans la fleur de l’âge. L’endettement n’était pas aussi généralisé. La moitié du monde ne pouvait pas posséder d’or. L’économie n’était pas en phase terminale comme c’est le cas aujourd’hui.

Il faudra donc compter sur un prix beaucoup plus élevé que 8391$ en valeur d’aujourd’hui. Beaucoup. Inutile de dire à quel point : il suffit de s’informer, de comprendre que chaque pièce d’un immense casse-tête se met en place. Pièce un : les banques centrales ont cessé de vendre de l’or et elles en achètent désormais. Pièce deux : l’Iran transigera son pétrole en or. Pièce trois : la Chine va ouvrir une bourse de métaux précieux physiques au cours de l’été. Pièce quatre : la Chine et la Russie transforment rapidement leurs réserves de dollars U.S. en or.

Ce qu’il faut réaliser, c’est que tout ce que nous considérions comme étant stable ne l’était pas. Il s’agissait d’une illusion. On a lancé de la monnaie en l’air, on a fait danser le singe sur son unicycle, on a joué nos vies au casino, on a utilisé notre confiance dans le système pour abuser de nous.

L’illusion est terminée. L’économie réelle va sourdre de tous les pores du système actuel et le nouveau système qui se mettra en place sera basé sur des biens réels, et les seuls biens réels qui ont une grande valeur, qui sont morcelables, qui s’entreposent facilement, qui se transportent facilement, qui ne se détériorent pas, ne rouillent pas, ne se décomposent pas, sont les métaux précieux : l’argent, monnaie du peuple pour des millénaires, et l’or, monnaie des rois et objet de toutes les convoitises depuis qu’existe toute forme de civilisation.

En 2012, changer sa monnaie-papier pour de l’or – peu importe son prix – pour quelqu’un ayant des actifs, devrait constituer une priorité. Et pour ceux qui, comme votre humble serviteur, n’ont que des dettes, il faut les rembourser en premier (le contraire serait jouer au casino et c’est précisément le problème fondamental du système actuel). Travailler, rembourser ses dettes. Travailler, stocker le fruit de son labeur dans quelque chose qui ne se dépréciera pas en étant imprimé à souhait.

A-t-on d’autres choix ?

Le stress de la cinquantaine
26 octobre 2009

Une étude démontre que ce sont les travailleurs dans la cinquantaine qui sont les plus stressés au travail. Le niveau d’anxiété atteint un pic entre 50 et 55 ans, avant de diminuer à l’approche de la retraite. Une autre conséquence du « tout ou rien » qui caractérise le milieu du travail?

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En effet, on exige généralement du travailleur qu’il soit à l’oeuvre des semaines complètes tout au long de sa vie active. Sitôt sorti de l’école, sitôt enfermé dans une cellule chronométrée pour s’ouvrir quarante heures plus tard. On fait son temps dur, on repousse ses rêves à la fin de semaine, aux vacances d’été, et on se construit un petit futur confortable: voiture, maison, piscine, peut-être même un chalet si on en a les moyens.

Or, un autre chronomètre s’active également: celui de la vieillesse. L’énergie disponible à vingt ans n’est pas la même que celle de cinquante ou soixante ans, n’en déplaise à certains qui jureraient du contraire. À vingt-cinq ans, on travaille quarante heures et on sort toute la fin de semaine jusqu’à trois heures du matin. À cinquante, on a souvent davantage envie de se reposer. Et puis, les motivations changent. Dans la vingtaine, on est prêt à sacrifier une partie de sa vie pour bâtir son avenir, tandis qu’à cinquante on a enfin envie d’en profiter. On appelle cela le démon du midi, mais c’est peut-être simplement parce qu’on a attendu les douze coups de midi avant de réaliser l’urgence de profiter de la vie.

On vieillit progressivement, mais on s’attend à ce que le travail s’arrête immédiatement, à la retraite, comme sonne la cloche de cinq heures. Merci bon soir mon ami, c’est la fin pour toi, on n’a plus besoin de toi. Tu peux maintenant faire comme les oiseaux et aller te cacher pour mourir. Faut-il se surprendre que la retraite soit une source majeure de dépression?

Et si on pensait différemment? Et si on concevait le travail non pas comme étant un fardeau uniforme à faire porter à tous, indépendamment de leurs capacités, mais plutôt comme un outil d’émancipation devant être adapté à chaque individu? Par exemple, pourquoi un homme de vingt-cinq ans ne pourrait-il pas choisir de faire cinquante heures par semaines s’il le désire? Et pourquoi le cinquantenaire, qui a d’autres priorités, ne pourrait-il pas réduire son niveau de stress en travaillant vingt-cinq ou trente heures maximum?

Au-delà du bonheur et de la qualité de vie grandement améliorés que pourrait permettre une plus grande flexibilité du travail, une telle conception de l’emploi assurerait des économies d’envergure à l’État. Combien de crises cardiaques précipitées par le stress pourraient-elles être évitées dans la cinquantaine? Et combien de soins médicaux reliés à la dépression post-retraite dans la soixantaine? Chaque hospitalisation s’avérant très coûteuse pour la collectivité, une plus grande flexibilité du travail serait gagnante pour tous. On augmente la probabilité d’avoir des aînés en santé et heureux si on favorise la santé et le bonheur dans la cinquantaine.

Malheureusement, dans un système où ce n’est pas aux entreprises privées d’assurer les soins de santé – vous vous tuez au travail, mais c’est l’État qui ramasse les pots cassés – plusieurs sont réticentes à s’adapter aux conditions de vie changeantes de leurs travailleurs. Si on veut les responsabiliser quant à la nécessité de mieux respecter les spécificités de leurs employés, il faudrait peut-être penser à leur faire assumer une partie du coût des soins de santé spécifiques de leurs salariés.

On m’objectera qu’une entreprise serait ainsi davantage tentée de congédier un individu pouvant éventuellement nécessiter des soins; il conviendrait alors de renforcer la législation du travail pour rendre plus difficile tout congédiement pour de telles raisons. En attachant plus solidement la destinée de l’entreprise et celle de l’individu, on s’assure que la première prenne davantage soin du deuxième. Au final, tout le monde y gagne: l’État dépense moins pour les soins de santé, l’entreprise a des employés moins stressés et plus motivés et les individus jouissent davantage de temps pour profiter de la vie.

Dans un contexte de mondialisation néolibérale glorifiant les droits des entreprises et délaissant de plus en plus ceux de travailleurs qu’on jette comme les vulgaires copeaux de bois ayant permis de façonner une belle sculpture, qui aura le courage d’agir?

Merci aux témoins de Jéhovah et autres manipulateurs
14 septembre 2009

J’ai fait l’erreur une seule fois de parler quelques minutes avec des témoins de Jéhovah venus me tirer du sommeil le samedi matin. Une fois de trop. À ne jamais faire. J’aurais dû agir comme un ancien collègue de travail qui s’était déshabillé et avait ouvert la porte dans le plus simple appareil. Plus jamais eu de nouvelles, lui. Moi, je reçois toute sorte de documentation, incluant la revue Réveillez-vous!. Je ne la lis jamais, mais je la feuillette parfois. Je crois en Dieu, mais je ne suis pas pratiquant. Je n’ai pas besoin d’intermédiaires entre moi et mon Dieu. Et, d’une certaine façon, je suis toujours émerveillé de constater de quelle façon certains essaient de se servir des vulnérabilités d’autrui pour leur imposer quelque chose d’aussi personnel et intime que la foi.

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Ce mois-ci, la dépression. Sujet qui me touche. Comme à peu près tout le monde de ma génération qui a dû renoncer à une parcelle d’humanité pour s’imbriquer dans ce monde un peu fou sans perdre complètement la boule. Comment est-ce que les témoins de Jéhovah peuvent-ils parler de dépression? me suis-je demandé. Comme d’habitude: avec un gros deux par quatre derrière la tête et les couilles branchées sur une batterie d’auto. En utilisant votre faiblesse pour essayer de vous gagner. Mais non, ce n’est pas de la torture, ce n’est pas utiliser ce qui va mal dans votre vie pour vous utiliser; c’est pour votre bien. Avez-vous remarqué que tous ceux qui veulent vous vendre quelque chose – un Slapchop, une voiture, le paradis – le font toujours pour votre bien?

Page 7. Comment « parler de façon réconfortante aux déprimés ».

Une suggestion:

« J’admire les qualités chrétiennes que tu manifestes malgré tes problèmes de santé. Tu souhaiterais peut-être faire plus encore, mais Jéhovah t’aime tel que tu es, et nous aussi. »

Une autre:

« J’ai pensé à toi quand j’ai relu ce verset que j’aime énormément. » (Puis lisez ou citez le verset en question).

Et le conseil final, la phrase qui vend comme on dirait en marketing: « N’oubliez pas: bannissez le ton moralisateur. »

Je ne sais pas pour vous, mais si j’étais en dépression, je courrais probablement jusqu’au pont le plus près pour me lancer en bas après avoir entendu quelqu’un me parler ainsi. Car ce n’est pas du réconfort qu’on offre ainsi, mais c’est plutôt une véritable entreprise de manipulation visant la faiblesse de quelqu’un et son incapacité à bien utiliser ses défenses pour chercher à profiter de lui. Ce sont ces gens, ces mêmes gens qui ont entouré mon oncle à la mort de ma tante (sa soeur) et qui ont tenté de le ramener vers eux au sous-sol du salon funéraire. Ce sont ces personnes qui manipulent au nom de l’amour, et ce sont leurs semblables qui ont tué au nom du Seigneur au cours des derniers deux mille ans.

Tranche de vie

Faut dire, j’ai mes raisons de détester ce genre de manipulation. On m’a fait le coup, moi aussi. Pas au nom de l’amour de Jéhovah, mais plutôt des liens familiaux. Oui-oui.

Mon grand-père est mort il y aura bientôt cinq ans. Il a été comme un père pour moi. Dans les dernières années de sa vie, je gérais un de ses blocs à appartements à Montréal. Et il me disait toujours: « un jour, ce sera à toi ». Et il vieillissait. Et sa santé vacillait. Et moi, j’étudiais, je m’endettais. Je vivais au-dessus de mes moyens. Je me disais que ça importait peu car de toute façon j’aurais un bloc de 300 000$ à moi (une maigre partie de l’héritage total donné à ses enfants) et je pourrais tout rembourser.

Et il est mort, comme ça, en janvier 2005, après une opération au coeur. Erreur médicale. Cinquante minutes que ça a pris à une équipe de secours pour venir l’examiner quand il a commencé à être en détresse respiratoire. Cinquante minutes. Au centre de cardiologie de Montréal. Enfin, bref, j’étais sous le choc. Et son testament qui n’était pas à jour. Et une personne dans ma famille, que je ne voyais plus depuis plusieurs années à cause de ses tendances manipulatrices, de me dire: « Ne t’inquiète pas: on va s’occuper de cela ensemble, et oui, le bloc sera à toi. » Car oui, au-delà de la mort de mon grand-père, j’étais nerveux. Je devais plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Que s’est-il passé ensuite? Le dernier testament a été invalidé, et la personne m’ayant fait toutes ces belles promesses pour que je revienne vers elle m’a donné 10 000$ et trois mois pour quitter le bloc. Elle a renié sa promesse et m’a privé de mon héritage. Et aujourd’hui encore, je dois payer l’équivalent d’une voiture de luxe ou d’un deuxième loyer à tous les premiers du mois pour payer ce tribut de la confiance que j’ai eue. Alors oui, la manipulation et l’utilisation de la faiblesse de quelqu’un, je connais.

La vraie force

Si je dois encore aujourd’hui vivre comme un pauvre et me priver d’à peu près tout ce qu’un individu de mon âge travaillant comme je travaille peut faire, si je dois remettre mes rêves à plus tard, je ne suis pas trop amer pour autant. Pourquoi? Parce que j’ai trouvé l’origine de la vraie force. La seule force.

La mienne.

Ce ne sont ni des témoins de Jéhovah ni quelque personne manipulatrice que ce soit qui peuvent aider quelqu’un à se sortir d’une période difficile, que ce soit un deuil ou la dépression. La force est en soi. On doit atteindre ce niveau de conscience où on réalise que les épreuves que nous subissons ne sont peut-être pas un fardeau, mais au contraire un formidable moyen d’enrichir sa personnalité. Ce sont les graines plantées dans un sol aride et que nous avons la possibilité d’arroser nous-même pour qu’un jour, éventuellement, l’arbre porte ses fruits.

Pour ma part, ce jour approche. Les fleurs commencent à sortir; elles sont bleues et jaunes, avec un peu de orange. Elles représentent ce blogue, qui me permet non seulement de m’exprimer mais qui devrait, sous peu, me permettre d’assurer une partie de ma subsistance. Je ne veux pas en dire davantage tant que le contrat ne sera pas signé, mais du sol aride l’arbre a grandi et les fleurs sont là, simplement. Malgré l’adversité, mais aussi grâce à elle.

Ainsi, si vous croisez un témoin de Jéhovah ou une personne manipulatrice, dites-leur merci. Merci d’être de tels crétins de la magouille et merci de nous forcer à devenir plus fort en nous rappelant que le monde est rempli jusqu’au bord de personnes cachant leurs sombres manigances derrière de bonnes intentions. Merci de nous apprendre cette vérité: en ce monde, nous sommes toujours seuls avec notre gueule. Et ce ne sont pas toutes les épaules qui acceptent les épanchements sans avoir leurs propres intérêts.

« Réveillez-vous! » me lance la revue. Je suis très réveillé et mon regard s’avère plus perçant que jamais quand je constate qu’on peut utiliser la misère du pauvre monde pour les manipuler.

Le pic pétrolier, c’est maintenant!
23 octobre 2007

Pour ceux qui en doutaient encore, lisez bien cette nouvelle. Ce n’est plus le moment de tergiverser et de branler dans le manche: le baril de pétrole vaut neuf fois son prix de 1998, le charbon a doublé en cinq ans, l’uranium a triplé, l’or et l’argent ont plus que doublé aussi. C’est la fuite en avant vers tout ce qui pourrait permettre de produire de l’énergie dans ce monde qui va bientôt manquer de pétrole pour assurer sa croissance économique.

Mais pourquoi les compagnies pétrolières, qui font des profits à tous les ans, ne parlent pas du pic pétrolier?

«Nous sommes face à un déni institutionnel. Les sociétés pétrolières ne peuvent que taire la vérité, sans quoi le cours de leur action risquerait de s’effondrer» a ajouté le député allemand Hans-Joseph Fell, co-fondateur de EWG.

Non seulement ça, mais quand on regarde leurs bilans financiers, on se rend compte que leur croissance est presque exclusivement constituée d’acquisition de rivales et de prise de contrôle de vieux puits; bref y a rien de nouveau. Ce n’est qu’une question de temps avant que ça pète pour de bon.

Pendant ce temps, il est de plus en plus probable que le baril de pétrole monte à 100$ cet hiver, et avec cette hausse les prix à la pompe augmenteront aussi. Beaucoup d’argent sera drainé des citoyens vers l’énergie, et donc moins sera disponible pour la consommation et la croissance économique. On peut donc s’attendre à une hausse de l’inflation et à une baisse de la croissance, voire à une récession (du moins, aux États-Unis).

Pendant ce temps, Bush parle d’attaquer l’Iran, un important producteur de pétrole dont les ressources sont convoitées par la Chine…

Le géant déstabilisé
20 septembre 2007

Le système économique mondial a rarement paru aussi fragile. La crise des prêts hypothécaires aux États-Unis, de même que le peu de certitudes quant aux stocks de pétrole (et à la capacité d’augmenter l’offre pour répondre à une demande absolument croissante) font trembler le géant du sud. Mais la situation est-elle si alarmante? Je crois que oui.

En effet, tout le système actuel est basé sur le dollar, qui lui-même est profondément dépendant du pétrole. Si celui-ci venait à manquer, comme cela semble être de plus en plus le cas avec le pic pétrolier, le système n’aurait d’autre choix que de s’effrondrer, puisque tout, absolument tout notre mode de vie est basé sur le pétrole, de l’alimentation (engrais, machinerie, transport, emballage) à notre transport en passant par tout ce que nous utilisons qui soit en plastique.

Attention, je ne dis pas que le pétrole va disparaître demain matin. Non, il y en aura probablement pour encore 400 ans. Le problème, c’est la fin du pétrole à bon marché. C’est ce moment précis où la courbe de la demande croise celle de l’offre et où les prix partent à la hausse et entraînent toute une panoplie de conséquences: inflation, récession, dépression, pénuries diverses, etc.

Et pendant ce temps, ou du moins jusqu’à ce moment, le déficit commercial des États-Unis augmente constamment, atteignant la somme de plusieurs milliards $ par jour. Les investisseurs ont de moins en moins confiance et la monnaie chute. Signe que cette chute ne fait que commencer, la quantité de monnaie disponible (ou imprimée) n’est plus annoncée publiquement depuis maintenant près d’un an. Autrement dit: on fait rouler la planche à monnaie pour financer la balance commerciale négative et on a choisi de laisser le dollar se déprécier.

À terme, ce qui risque de se produire? Un effondrement majeur, à moins que les États-Unis soient en mesure de trouver des sources multiples et très importantes de liquidités et de pétrole. Si cela signifie envahir l’Iran, il faudra le faire. S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat.

L’empire tremble, et il est prêt à tout pour ne pas tomber.

Comme l’explique Gabor Steingart dans un excellent texte publié dans le Der Spiegel, en octobre 2006:

« La dépendance des banques centrales étrangères vis à vis du dollar [U.S.] va retarder le crash, mais il ne le préviendra pas. La congère de neige d’aujourd’hui deviendra l’avalanche de demain. Des masses de neige sont déjà en train de s’accumuler à une vitesse époustoufflante. L’avalanche pourrait se produire demain, dans quelques mois ou d’ici quelques années. La plupart de ce que les gens considèrent aujourd’hui comme immortel va être emporté par la crise globale de la monnaie – peut-être même le rôle de leader des États-Unis. »

Et nous, en attendant la chute, on fait quoi? On se met la tête dans le sable en disant que tout va bien ou on vit dans l’angoisse perpétuelle? Ou peut-être qu’on se prépare, mais comment?