St-Jérôme se fout des piétons !
10 avril 2019

Avec le printemps qui tente (péniblement) de pointer le bout de son nez, il est temps de faire le bilan d’un hiver catastrophique quant au déneigement dans la magnifique ville de St-Jérôme, où j’habite. Si vous pensez que le déneigement laisse à désirer à Montréal, Laval ou dans n’importe quelle autre ville de la rive-nord, vous n’avez rien vu tant que vous n’avez pas vu Saint-Jérôme. Il n’y a pas d’excuses : la ville a échoué à rendre des services même de base tant à ses piétons qu’à ses automobilistes.

La population est frustrée, avec raison. Malgré des articles dans les journaux, des blocages de rue en guise de protestation, malgré une polémique constante sur les réseaux sociaux et des plaintes multiples, rien n’y a fait : le déneigement à St-Jérôme a été pourri.

Voici quelques exemples (on aurait pu en ajouter des dizaines et des dizaines) de la « compétence » de la ville de St-Jérôme en matière de déneigement de ses trottoirs.

La photo ci-haut a été prise près de cinq jours après une chute de neige. Cinq jours ! Il s’agit d’un boulevard devant être déneigé selon la propre politique de déneigement de la ville. Où doivent marcher les piétons ? Dans la rue, avec les voitures, se tassant sur la glace vive et risquant de se faire éclabousser à chaque fois qu’une voiture passe.

Cette photo a encore une fois été prise plusieurs jours après une chute de neige. La chenillette passe sur le trottoir une fois, pendant la bordée de neige, et après la déneigeuse repousse la neige de la rue sur les trottoirs et la neige reste là, durcie, et le trottoir devient impraticable pour les piétons. On parle ici encore une fois d’un boulevard devant être déneigé, et en zone scolaire en plus. J’ai envoyé cette photo au maire Stéphane Maher en lui demandant s’il trouvait raisonnable que des enfants doivent se rendre à l’école dans ces conditions. Il n’a pas répondu.

Quand le trottoir était finalement « déneigé », on avait l’impression qu’il l’était par des employés sous l’influence de l’alcool ou de drogues. Remarquez sur l’image ci-haut qu’il s’agit du même endroit : le trottoir se trouve à moins d’un pied de la pancarte. Or, on a déneigé à environ quatre ou cinq pieds de celle-ci. Résultat ? On envoie les piétons vers le milieu de la rue et dès qu’une voiture veut se stationner, elle se stationne sur le trottoir et bloque le chemin. Bravo ! Notons également que l’espace « déneigé » est complètement glacé.

Même endroit, un peu plus tard. Avec la fonte des neiges, un trou d’eau d’environ six pouces de profond s’est créé. Quand un piéton passe à cet endroit, il se fait éclabousser. Et puisque le trottoir n’est pas déneigé, on envoie les piétons sur une pente en glace vive (l’eau qui éclabousse le jour y gèle la nuit) qui mène vers le trou d’eau. Moi, en tant que personne dans la force de l’âge, ai eu de la difficulté à passer ici ; imaginez-vous une personne à mobilité réduite ?

Une rue ordinaire, non déneigée, sur la glace vive, avec un trou d’eau pouvant atteindre 9 pouces de profondeur par endroit. Un petit passage dangereux de chaque côté pour les piétons. Rien à voir, circulez…

Quand le trottoir était « déneigé », sur ce boulevard, c’était pour révéler de la glace vive. Encore une fois, aucune chance pour le piéton de se rendre à destination en toute sécurité.

Sur la photo ci-haut, voyez-vous la personne par terre à côté de la porte ouverte ? C’est une dame de plus de soixante-dix ans, qui avait eu une opération à la hanche. Elle était incapable de rentrer son véhicule dans son entrée car la rue était trop glissante (de la glace vive, aucun abrasif, pas de sable, rien rien !) et elle est tombée en sortant de son auto pour demander de l’aide à une autre automobiliste. Connaissez-vous beaucoup de villes au Québec où les voitures restent prises sur la glace en pleine rue ? Pas moi.

J’aurais pu poster des dizaines d’autres photos de trottoirs sur la glace vive, de gens pris dans la neige parce que la déneigeuse n’est pas passée depuis six heures, de piétons dont on met la sécurité en danger en les forçant à marcher entre les voitures.

le mépris de la ville

J’ai fait mon devoir citoyen et je me suis plaint, comme de nombreux autres citoyens, selon ce que j’en sais. La réponse ? Rien. On se défile. On ferme le dossier, on dit que le déneigement a été fait ou qu’il le sera. On m’a même répondu, lorsque je me suis plaint qu’il était impossible de passer à l’endroit où le trottoir n’est pas déneigé et où il y a une pente en glace vive, qu’il y avait d’autres priorités. Lorsque j’ai rappelé quelques jours plus tard, on m’a dit qu’on avait rangé les équipements et qu’on n’allait pas les ressortir pour venir déneiger un trottoir.

Le message est clair : les piétons, à St-Jérôme, sont des citoyens de seconde classe. Le déneigement des rues est insuffisant, mais, clairement, c’est la priorité. Les piétons attendront. Les piétons, après tout, on peut s’en passer, non ?

un mauvais calcul

J’espère ne rien apprendre à personne en écrivant que St-Jérôme est une ville pauvre. Malgré tout, on débloque de l’argent pour des équipements coûteux au moment où les services de base ne sont même pas assurés. Cela semble découler d’une vieille mentalité où chaque citoyen devrait prendre sa voiture et se déplacer pour ensuite devenir actif.

Pourquoi ne pas plutôt intégrer la vie active au quotidien en permettant au citoyen de pouvoir se déplacer sécuritairement dans les rues pour y être actif ? Comment espère-t-on attirer de jeunes familles ou des professionnels si ces gens sont emprisonnés dans leur domicile cinq ou six mois par année ?

Les élus de St-Jérôme ont une vision à court terme de leur ville. Ils ne réalisent pas qu’une ville constitue bien davantage que des équipements ou des infrastructures. La qualité de vie constitue un facteur primordial donnant envie à des citoyens de s’y installer, d’y vivre, d’y demeurer longtemps et donc de continuer à y payer des taxes.

Ce mépris à l’égard des piétons lance un message très négatif qui ne contribuera sûrement pas à sortir la ville de son marasme. L’incapacité de la ville à respecter son propre plan de déneigement en dit aussi très long sur la compétence des responsables de cette ville.

Il serait peut-être temps d’y faire un bon ménage de printemps.

Déneigement: Montréal et le privé responsables des morts
5 février 2009

La Ville de Montréal joue avec notre sécurité en payant les entrepreneurs privés du déneigement au chargement plutôt qu’à l’heure. « On est poussés au maximum, c’est la faute de la Ville » a expliqué au Journal de Montréal un de ceux-ci sous couvert de l’anonymat. Histoire d’une économie qui se fait avec le sang des piétons montréalais.

Ça fait plus de dix ans qu’il n’y a pas eu d’accident mortel impliquant un camion conduit par des cols bleus. On peut leur reprocher bien des choses, mais ceux-ci respectent à la lettre la règle stipulant qu’on ne peut pas travailler plus de 70 heures par semaine avec un maximum de 13 heures par jour. Ils sont reposés, ils sont prudents.

Les entrepreneurs privés, au contraire, sont de vraies bombes sur essieux. Ils roulent vite, brûlent les feux rouges. Il y a eu six accidents mortels les impliquant depuis dix ans. Ils sont pressés, ils foncent dans la ville. Vite! Chaque seconde est comptée! Le mètre-cube de l’or blanc rapporte 1,302$ jusqu’à 1,9km. et de 0,173$ à 0,213$ supplémentaires pour chaque kilomètre de plus. ((RECUEIL DES TARIFS DE TRANSPORT DE NEIGE ET DE GLACE
DU MINISTÈRE DES TRANSPORTS DU QUÉBEC
)) Plus vite, le temps c’est de l’argent. Et tant pis pour les piétons qui sont de plus en plus nombreux à être victimes d’accidents! ((Ils étaient 10 926 en 1998 et 12 806 en 2003)) Et tant pis pour le nombre d’heures travaillées: plusieurs ne dorment plus pendant 2-3 jours pour accumuler un maximum de chargements.

Pourtant, d’autres villes agissent différemment. Sherbrooke, par exemple, paie ses entrepreneurs privés à l’heure. Oui, ça coûte plus cher. Et oui, ça demande une surveillance accrue qui peut parfois remettre en question la pertinence d’utiliser un sous-traitant. Mais à Sherbrooke, on ne tient pas de décompte des morts comme si le déneigement était devenue une guerre. Il n’y en a pas.

Situation semblable en Norvège, où on a dû revenir sur une politique qui confiait aux entrepreneurs privés la responsabilité de déneiger et déglacer les routes. Sous prétexte de sauver quelques millions $, on avait mis en danger la population inutilement. Les entrepreneurs étaient chiches sur le sel et bâclaient leur travail.

La solution est aussi simple que nécessaire: il faut payer les déneigements à l’heure plutôt qu’au chargement. Et si c’est trop compliqué ou coûteux d’instaurer un système de surveillance de ces entrepreneurs privés, qu’on confie le travail aux cols bleus. On ne les trouve peut-être pas toujours assez rapides, mais allez demander aux familles des trois victimes de la politique actuelle stupide de la ville de Montréal ce qu’ils pensent de la rapidité des camionneurs privés qui ont tué un de leurs proches.

La sécurité des citoyens, ça comporte aussi son prix. Et le public, quoi qu’on en pense, est souvent plus efficace que le privé dans ce domaine.

La corruption du privé
19 novembre 2007

Je lisais un article dans le Journal de Montréal de jeudi dernier qui parlait de la suspension de Daniel Labrecque, le directeur adjoint des travaux publics de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, mon ancien quartier. M. Labrecque aurait reçu des pots-de-vin, dont un voyage de golf au Portugal en 2007, en échange de la remise d’un contrat de déneigement à une entreprise plutôt qu’à une autre. Cette situation est tout à fait caractéristique des types de problèmes engendrés par la privatisation de services au citoyen.

En effet, on a beau ne pas aimer les Cols bleus – qui sont pourtant d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne ne demandant qu’à gagner leur vie honnêtement – ce n’est pas avec eux que ce type de situation se produirait. Car à partir du moment où un service est assuré par la ville elle-même, celle-ci est directement redevable du service offert devant les citoyens.

Au contraire, en privatisant une partie du déneigement, on installe un échelon supplémentaire: l’entreprise n’est plus redevable au citoyen, mais bien à un représentant d’un sous-échelon du fonctionnariat d’un arrondissement de municipalité. Bref, à un fonctionnaire qui, comme tous les hommes devant octroyer des contrats au secteur privé, est susceptible d’être corrompu.

Ce n’est rien d’exceptionnel. À partir du moment où on décide collectivement de confier des parties du secteur public au privé, on assiste non seulement à une augmentation des coûts (il faut payer le profit de l’entreprise!) mais également une augmentation du risque de corruption. Et c’est pas mal plus facile qu’on peut le croire.

Tiens, par exemple, je sais que la ville veut confier le service XYZ au secteur privé et je dirige une entreprise qui peut offrir le service XYZ. Je rencontre la personne en charge de l’attribution du contrat, et en jasant avec celle-ci, je découvre ses intérêts. Il suffit ensuite de lui offrir discrètement quelque chose qui lui plaise en lui signifiant qu’il y aura d’autres cadeaux du genre si mon entreprise est retenue. C’est juste assez subtil pour ne pas donner l’impression d’être illégal, mais ne nous trompons pas: c’est tout à fait illégal.

Désormais, quand on parlera de privatiser un service offert au citoyen, il serait bon d’ajouter le facteur corruption dans le calcul. Car outre la hausse des coûts provoquée par la nécessité du profit, il ne faudra pas oublier celle découlant de la corruption et des enquêteurs qui seront nécessaires pour la débusquer.

Encore une fois, si le déneigement était confié aux travailleurs municipaux, on n’aurait pas de problème. Et pour avoir habité Ahuntsic-Cartierville pendant dix ans, je peux témoigner à quiconque de l’excellence du travaile des Cols bleus dans ce quartier, tant au niveau du déneigement que de l’entretien des patinoires, de l’enlèvement des feuilles mortes ou de l’entretien paysager.

Au lieu de se laisser graisser la patte et d’aller jouer au golf au Portugal en dilapidant l’argent public pour une compagnie de déneigement, M. Labrecque ferait mieux de confier le déneigement à ceux qui sont le plus en mesure de le faire au meilleur prix: les employés de la ville de Montréal.