Il faut RÉDUIRE les frais de scolarité
23 février 2010

Lucien Bouchard est en mission. Ayant entendu le vibrant appel d’André Pratte à la recherche d’une relève des forces fédéralistes face à un Parti Québécois lui semblant mieux en selle, il a réussi, en une semaine, à semer la pagaille entre les indépendantistes sur la question identitaire et à choquer toute l’aile-gauche avec ses propositions de hausses de frais de scolarité. S’il se préparait un retour en politique active, il ne ferait pas mieux. Et qu’importe si ses idées ne fonctionnent pas et si une telle hausse des frais ne ferait que nous appauvrir collectivement.

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Ainsi, comme je l’ai déjà noté, l’éducation constitue un investissement et non une dépense. Le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%, ce qui signifie que chaque fois où nous incitons nos jeunes à rester à l’école, nous nous enrichissons. Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage, publiée en février 2009, évaluait le coût du décrochage à 37 milliards $ par année. Financer l’éducation, c’est s’enrichir. Les étudiants universitaires sont plus en santé et plus politisés; ils apportent une plus-value considérable à la société.

Or, lorsqu’on hausse ces frais, on réduit l’accessibilité. Malgré toutes les précautions et les appels à la protection des plus démunis, il s’agit d’une vérité indéniable. En 1990-1991 et 1991-1992, par exemple, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté significativement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. (( Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au Québec, également, on a constaté la première chute du nombre d’étudiants universitaires de la décennie à partir de 2005, année de la première hausse de ces frais. Concrètement, en haussant les frais de scolarité, on diminue le rendement de notre investissement. On contribue à l’augmentation du nombre de décrocheurs, ce qui coûte très cher à la collectivité.

D’une certaine manière, Lucien Bouchard nous demande, à défaut d’avoir suffisamment de bois à l’extérieur, d’utiliser le bois des murs pour chauffer notre maison. En apparence, il est possible de le faire, mais plus on détruit les murs pour se chauffer, plus il faut chauffer pour compenser pour les courants d’air. C’est la même chose qui risque de se produire si on suit ses idées: plus on demandera aux étudiants de payer eux-mêmes leurs études, plus ils décrocheront, plus ils décrocheront, plus ils coûteront cher à la société, et plus ils coûteront cher, moins l’État disposera de ressources pour payer l’éducation. Parfait cercle vicieux.

Il faudrait peut-être se poser une question fondamentale: peut-on se passer d’éducation? Si l’éducation constitue une richesse, ne devrait-on pas la rendre plus accessible à tous afin de s’enrichir collectivement? Pourquoi, à la limite, faire payer les étudiants pour celle-ci? Peut-on sérieusement gaspiller l’éducation; peut-on être trop éduqué? Je ne crois pas. Même quelqu’un qui « perd son temps » à l’école risque d’apprendre des concepts qui lui seront très utiles dans la vie, et, plutôt que de l’envoyer dans les affres d’un emploi mal payé ou du chômage, ne risque-t-il pas plutôt de finir, à force d’essais et d’erreurs, par découvrir sa vraie passion?

Malgré tout, Lucien Bouchard a raison sur un point: les universités sont sous-financées. Elles le sont parce que le gouvernement ne leur donne pas les ressources dont elles on cruellement besoin pour accomplir leurs tâches. Et notre gouvernement, plutôt que de prendre l’argent dans les poches des mieux-nantis, qui ont profité de plusieurs milliards de dollars de baisses d’impôts depuis une décennie, la demande directement aux étudiants. Prendre du pauvre, donner au riche; voilà le leitmotiv des Bouchard et Charest de ce monde.

Enfin, si on considère l’éducation comme une richesse, si on comprend que ce n’est pas à ceux qui débutent dans la vie que revient la tâche de financer ce qui enrichira ensuite l’ensemble de la société, il faut en tirer la seule conclusion logique permettant d’améliorer notre situation financière collective: il ne faut non seulement pas hausser les frais de scolarité, mais il faut les réduire, afin que de la forge à idées que représentent nos écoles puisse jaillir les outils qui nous permettront de briller dans le futur.

Un futur qu’on espère plus juste et où on ne gaspillera pas des talents sous prétexte qu’ils sont trop pauvres ou indécis pour les réaliser.

On ne saurait assez le répéter: si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez donc l’ignorance…

Décrochage des garçons: inquiétant?
28 juillet 2009

On affirme souvent qu’on peut faire dire bien des choses aux chiffres. La publication des résultats indiquant que le taux de diplomation des garçons au secondaire dans les temps prévus continue de baisser – atteignant un maigre 35% à Montréal et dans Lanaudière – ne fait pas exception: on tire l’alarme et on s’arrache les cheveux. « Mais que va-t-on faire? » La situation n’est peut-être pas si catastrophique si on y regarde de plus près.

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En effet, le choix d’observer les résultats après cinq ans est trompeur: de nombreuses personnes terminent leur secondaire en six, sept ou davantage d’années. Comme le démontre Daniel Parent, professeur du département d’économie à l’université McGill, la fraction des 20-21 ans sans diplôme secondaire est en constante baisse depuis le début des années 80. Ces données sont confirmées par Statistique Canada, qui établit que le pourcentage de jeunes de 20 à 24 ans sans diplôme du secondaire au Québec a chuté de 14,7% de 1990 à 1993 à 9,7% de 2002 à 2005. À long terme, la situation générale s’améliore et on peut affirmer sans se tromper que les jeunes d’aujourd’hui sont plus instruits que leurs parents.

Cependant, cela ne signifie pas que cette embellie soit constante ou égale entre les sexes. On peut le constater en observant notamment les données du collégial, bon indicateur de l’attrait qu’ont les études sur les jeunes: entre 1992-1993 et 2004-2005, le pourcentage de diplômés du niveau collégial de sexe masculin au Québec est passé de 42,1% à 39,7%. (( Statistique Canada, Tableau 477-0016, Diplômés des collèges selon le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au niveau canadien, seule la Colombie-Britannique a obtenu un pire résultat au niveau de la diplomation de ses garçons. Le malaise est profond et ne sembler pas se corriger.

Or, que démontrent ces chiffres? Ils constituent un simple état de fait, une radiographie de nos valeurs et de ce que nous encourageons socialement. Ils attestent d’une situation où les jeunes hommes, pour une foule de raisons, ne voient pas l’intérêt de poursuivre leurs études et préfèrent décrocher là où leurs camarades féminines restent sur les bancs d’écoles.

L’expérience ontarienne

Et si l’école était trop théorique, ne permettait pas suffisamment aux jeunes hommes de toucher, de sentir, de s’investir dans du concret leur permettant d’anticiper un travail où ils pourraient s’affairer de leurs mains?

En Ontario, on a fait face au problème: des investissements massifs se chiffrant en centaines de millions de dollars pour inciter les jeunes à demeurer à l’école. On a créé une multitude de programmes spécialisés permettant aux élèves ayant moins d’intérêt pour les cours théoriques de se familiariser avec un domaine qui les intéresse, sur le terrain. On a instauré la double reconnaissance des crédits, permettant que les cours réussis comptent à la fois dans le cadre du secondaire et du collégial, permettant aux élèves intéressés de compléter leur DEC en deux ans au lieu de trois. Les résultats ont été spectaculaires: le taux de décrochage a chuté de 7% dans les deux années suivant cette réforme. Les jeunes hommes ont enfin pu s’inscrire dans des formations valorisant leur travail physique et leur offrant une chance concrète d’obtenir un emploi de qualité.

Parallèlement, l’éducation publique ontarienne est plus inclusive qu’au Québec. Comme je le notais dans un texte précédent, la province ne subventionne pas les écoles privées, ce qui signifie que la vaste majorité des parents envoient leurs enfants à l’école publique, permettant de créer un environnement d’étude plus stimulant en évitant l’écrémage de l’élite. Le mélange social ontarien permet d’éviter qu’une trop grande concentration de décrocheurs potentiels ne démotivent ceux qui ont des chances de s’en sortir.

En fait, nos voisins de l’ouest semblent avoir appliqué le gros bon sens: préparer les générations futures à la société de l’avenir en mélangeant toutes ses composantes et en offrant aux hommes, naturellement plus intéressés par le travail manuel, des possibilités de s’émanciper à l’intérieur du système scolaire.

Évidemment, la réforme ontarienne ne constitue pas la panacée et ne peut solutionner l’entièreté du problème du décrochage chez les garçons au Québec. Les anglophones habitant dans notre province, par exemple, ont systématiquement de meilleurs résultats que ceux des Québécois. On peut croire qu’il s’agit simplement de leur meilleure position sociale, de leur richesse. Mais s’il y avait autre chose?

Si, peut-être, nous étions simplement pris dans notre ancien rôle historique de force ouvrière manuelle et que nous avions intégré la conviction que les études et toute forme d’intellectualisme ne nous étaient pas digne? Et si nous étions encore empêtrés dans cette croyance passéiste que les grands mots et les grandes pensées étaient l’oeuvre de « péteux de broue » déconnectés de cette bonne vieille réalité catholique canadienne-française?

Si on espère réellement réduire le décrochage chez les garçons, c’est peut-être aussi à cet anti-intellectualisme qu’il faudrait s’attaquer. Et si on encourageait la formation manuelle tout en valorisant une culture intellectuelle permettant de faire comprendre à tous que l’une et l’autre ne s’opposent pas, mais sont complémentaires?

Un peu théorique tout ça, vous en conviendrez. Il en faudra des jeunes hommes charpentés et des intellectuels motivés pour faire bouger les choses et s’assurer que les gains à long terme du taux de diplomation vont se poursuivre.

Décrochage scolaire: le PLQ est coupable
9 juillet 2009

La stratégie adoptée par le gouvernement Charest pour lutter contre le décrochage scolaire est un échec. Malgré près de 200 millions $ investis dans le programme Agir autrement, devant servir à lutter contre le décrochage, la proportion de jeunes n’ayant pas complété son secondaire à l’âge de 20 ans ne cesse de monter. Le PLQ espère-t-il vraiment lutter contre le décrochage sans s’attaquer à sa cause première, la pauvreté?

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En effet, il existe une relation assez directe entre le revenu des parents et le niveau de scolarité. On ne s’étonne donc pas d’apprendre que près de 6% des jeunes de Westmount décrochent, alors que dans des quartiers comme Pointe-Saint-Charles ou Parc-Extension la proportion dépasse 40%. Quand les Libéraux augmentent les frais de scolarité post-secondaires et s’attaquent ainsi aux étudiants les plus pauvres, quel message lancent-ils aux décrocheurs potentiels du secondaire? « Finissez votre secondaire si vous le voulez, de toute façon vous n’avez pas les moyens d’aller plus loin ». On ajoute simplement un obstacle supplémentaire à quiconque espérerait s’en sortir et s’élever dans l’échelle sociale. Croyez-vous sérieusement qu’un individu ayant un secondaire 5 obtiendrait un emploi à ce point supérieur à celui qui a décroché en secondaire 3 ou 4?

Dans les faits, un gouvernement de droite comme celui du PLQ ne contribue qu’à accentuer les écarts de richesse. Entre 2003, année de l’élection de Charest, et 2007, le coefficient de Gini, qui mesure l’état d’égalité ou de non-égalité de la population, a augmenté de 0,511 à 0,516. ((Statistiques Canada, Tableau 202-07051,2,7
Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel)) Augmentation des tarifs d’électricité, des frais de scolarité, des CPE: comment peut-on espérer réduire le décrochage scolaire alors qu’on nourrit son principal agent? Pendant ce temps, en Ontario, où le nouveau gouvernement plus progressiste de Dalton McGuinty a dû réparer les pots cassés de la « révolution du bon sens » de Mike Harris, le coefficient de Gini a diminué. Et oh, surprise, le taux de décrochage a baissé de 7% en cinq ans!

En clair, ce n’est pas avec un programme au slogan pompeux que le gouvernement pourra limiter le décrochage scolaire. Il faudrait plutôt mettre en place des programmes et des mesures assurant une meilleure redistribution de la richesse et une diminution de cette pauvreté engendrant le fléau du décrochage. Une étude du Conseil Canadien sur l’apprentissage a démontré que chaque décrocheur coûte annuellement 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi.

Qu’on soit bien clair: le décrochage coûte cher, extrêmement cher. Et tant que nous aurons un gouvernement de droite plus intéressé par ses réformes néolibérales et ses PPP que par l’éducation de nos jeunes, nous nous priverons d’une richesse inestimable qui aurait pu contribuer à bâtir une meilleure société. 

Et si le PLQ adoptait son propre slogan et se décidait enfin à « agir autrement » et à favoriser une meilleure redistribution de la richesse?

Faut-il couper les subventions aux écoles privées?
17 février 2009

« Mêle-toé de tes crisse d’affaires! » lance le jeune étudiant en se mettant les pieds sur le bureau. Pour Christine Bellerose, qui publie une lettre dans le Devoir en 2003 pour raconter son expérience d’enseignante en Ontario et au Québec, cette situation est unique à notre province:

« Je n’avais jamais vu ça en 16 ans d’enseignement dans plusieurs écoles de l’Ontario et à différents niveaux. Et pourtant, je me disais que les adolescents de Montréal ne devaient pas être si différents de ceux de Toronto. Dans les rues, ils se ressemblent tous, peu importe leur langue ou leur culture… Certains jouent les durs, d’autres ont l’air plus tranquilles. Pourquoi sont-ils si différents dans les salles de classe? ((Christine Bellerose, Un regard venu de l’Ontario – Les élèves difficiles, ou les ravages de l’école privée, IDÉES, jeudi, 10 juillet 2003, p. A7))

Et si la différence venait de la concentration de cancres dans le secteurs public causée par les subventions aux écoles privées?
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