La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…

Résident, pas résidant
22 juin 2008

Je ne suis pas un fanatique de la langue française, mais quand je vois un journal comme La Presse publier des textes incluant constamment la même faute d’orthographe, ça finit par me choquer. C’est le cas pour le mot « résident », qui est constamment écrit avec un « a » alors qu’il ne devrait pas l’être.

Quelques exemples:

Mais les résidants de l’île de Montréal sont loin d’y avoir tous le même accès.

Il est scientifiquement improbable que vous arriviez sur les lieux du tirage avant les résidants de Québec.

Échangeur Turcot: les élus du Sud-Ouest inquiets pour les résidants

Et ça, c’était ma récolte des vingt-quatre dernières heures. Bon dieu, y a-t-il un correcteur chez La Presse? Devrais-je faire application pour redonner un peu de sérieux à ce journal?

L’Office de la langue française est pourtant très clair à ce sujet:

La position de l’Office vise à simplifier l’analyse qu’on en fait; nous proposons l’orthographe résident ou résidente pour désigner ou qualifier « toute personne qui réside dans un lieu donné ». Ainsi, ce sera le cas des résidents d’un quartier, d’un centre d’hébergement, d’un foyer, etc. Ce sera également le cas pour les médecins résidents ou encore pour le statut de résident permanent.

Quant à la graphie résidant, on la réservera au participe présent (Les personnes résidant à l’extérieur du Canada… Les citoyens résidant à proximité des grands axes routiers…). En fait, il n’y a qu’à penser à l’emploi de président et de présidant.

Après on se demande pourquoi tant de gens ne savent pas écrire correctement. Quand même le « plus grand quotidien français d’Amérique » donne le mauvais exemple, voilà qui ne contribue pas à l’amélioration du niveau général de la langue française au Québec.

Power Corporation aime le budget
26 mai 2007

Cyberpresse est un merveilleux outil pour s’informer de ce qui se passe en temps réel: l’information y est variée, souvent mise à jour, intéressante et pertinente. Cependant, et c’est un point important, le site appartient au réseau Gesca, qui lui appartient à Power Corporation, une des entreprises parmi les plus rapaces et influentes du Canada.

Ce n’est donc pas une grande surprise de trouver dans leurs pages une publicité de Monique Jérôme-Forget vantant son budget (en bas à droite dans l’image).

Évidemment, on rétorquera que c’est une entreprise privée et qu’elle peut mettre n’importe quelle publicité là où elle le veut. C’est vrai, mais il reste que la présence d’une publicité pro-budget à côté d’un texte assez complaisant avec le gouvernement Charest, sur le site appartenant à une corporation comme Power Corporation, qui risque de s’enrichir encore davantage avec l’élimination de la taxe sur le capital promise par la ministre, voilà qui est assez douteux d’un point de vue éthique et pose la question de la crédibilité d’un tel média.

Par ailleurs, même les éditorialistes contribuent au travail de glorification de ce pitoyable budget. Ainsi, on peut lire André Pratte affirmer:

Il n’y a rien d’irresponsable, de scandaleux, d’horrible dans ce budget. Absolument rien qui justifie la tenue d’élections précipitées – une dépense de 72 millions. Demandez à une famille monoparentale d’un enfant avec un revenu de 40000$ s’il est condamnable de réduire ses impôts de 360$ par an?

Ce que M. Pratte ne dit pas, c’est que le 360$ « sauvé » par une telle famille serait rapidement éliminé par les hausses de la SAAQ, des frais de scolarité, de la carte d’autobus, des parcomètres, etc. Et on ne parle même pas ici des projets de Claude Castonguay, nommé par le gouvernement pour étudier le système de soins de santé, qui désire mettre fin à la gratuité dans le réseau. Que reste-t-il de ce 360$ après toutes ces dépenses? Par contre, une personne comme M. Pratte, qui gagne très certainement bien au-delà de 100 000$ par année, profite largement de ces baisses d’impôts octroyées aux plus riches.

Ainsi, on le constate, il y a un véritable problème de crédibilité sur Cyberpresse. Le fait que l’entreprise appartienne à une corporation qui profite largement de politiques économiques plus libérales et que les textes d’opinion soient écrits par des éditorialistes au salaire assez élevé pour leur permettre de faire partie des privilégiés de ce budget, voilà qui vient mettre un gros bémol à l’idée même de se donner la peine de lire ce qui s’y écrit sur le sujet.

Au fond, peut-être était-ce la stratégie du gouvernement Charest? On offre des baisses d’impôts, mais en les ciblant sur les plus riches, on s’assure le soutien d’entreprises qui jonglaient avec l’idée d’appuyer l ‘ADQ, parti théoriquement plus à droite, et on est certain que des éditorialistes grassement payés relaieront le message puisqu’ils ont un intérêt personnel à appuyer ce budget.

Devant la partialité et le manque de crédibilité de tels médias, il devient de plus en plus vital d’avoir des sources d’informations alternatives, non pas guidées par le profit, mais par le désir de bien informer les gens.

La désinformation de Gesca III
10 mars 2007


Nouvelle tentative de Gesca inc. aujourd’hui de faire déraper la campagne électorale. Voici le titre du texte: Philpot embarrasse de nouveau son chef.

À quoi s’attend-on en lisant un titre pareil? On croit qu’il a dit quelque chose de déplacé suite à la dernière controverse sur le Rwanda made by LaPresse (voir La désinformation de Gesca II). On se dit qu’il en a rajouté, ou encore qu’il a dit quelque chose de controversé encore une fois ces derniers jours.

Mais quand on lit le texte, on se rend compte qu’il s’agit d’une simple phrase tirée d’un livre… publié il y a deux ans! Philpot y écrit que la nomination de Michaëlle Jean comme gouverneure-générale était une manière de légitimer le coup d’État en Haïti, coup d’État auquel le Canada a participé. Bon, ok, c’est légèrement controversé, surtout concernant Michaëlle Jean. Mais on a dit bien pire à son sujet. Et pour le coup d’État, c’est effectivement ce qui s’est produit, selon le très respecté intellectuel Michel Chossudovsky.

Encore une fois, on voit Gesca inc. et son empire s’immiscer dans la campagne électorale et chercher à imposer son agenda politique. Non seulement le fait-elle en mettant en première page des textes qui devraient se retrouver très loin dans le journal, mas elle met au travail ses chroniqueurs et même ses blogueurs dans son entreprise de désinformation.

Quand vous lisez La Presse, Le Soleil, ou que vous visitez Cyberpresse, n’oubliez pas que vous lisez la vision du monde selon Gesca inc., qui appartient à Power Corporation, une entreprise hyper-puissante qui a des intérêts majeurs dans de nombreuses entreprises qui profiteraient de politiques économiques plus à droite, telles que proposées par le PLQ et l’ADQ.

Ne l’oublions jamais: 97% de la presse au Québec est contrôlée soit par Power Corporation, soit par Quebecor.

Et ces deux entreprises ont le même agenda politique: s’enrichir à tout prix.