Les indépendantristes
26 janvier 2010

Ils sont convaincus. Ils portent, comme les vrais indépendantistes, leurs chandails des Patriotes, du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), de Bourgault, de Lévesque. Ils agitent bien haut le drapeau fleurdelisé, portent des pancartes avec un symbole nazi à la place d’une feuille d’érable. Ils sont en première ligne de toutes les manifestations, levant tel doigt d’honneur à l’autre Saint-Jean ou se battant avec les policiers lors d’une manifestation contre la visite du prince Charles l’automne dernier. Ils sont convaincus. Mais ne convainquent personne. Ce sont les indépendantristes, cette infime minorité, à ne pas confondre avec les indépendantistes.

Les indépendantristes, ce sont eux, cette infime minorité de militants qui vivent sclérosés dans un présent immobile où la pensée et la remise en question ont fait place à l’action irréfléchie et inconséquente. La peinture, la poésie, le cinéma? C’est des affaires de tapettes. Les colloques, les discussions politiques, les joutes oratoires avec quelqu’un qui ne pense pas comme soi? Du niaisage, une perte de temps. Réinventer le discours, reconstruire les idées dans un monde en perpétuel mouvement? Veux pas savoir! Tout ce qui compte, c’est d’être dans la rue, d’avoir un bâton entre les mains et de vouloir taper du méchant anglais. Prenez un poulet, coupez-lui la tête, et vous obtenez sensiblement le même résultat.

Parfois, on peut tenter une discussion avec eux. Je dis bien tenter, car il suffit de peu de temps pour atteindre les tristes limites de leur (in)capacité à argumenter. Un tel ne jure que par l’établissement d’une milice ou d’une armée, et peu importe si les nouveaux pays ne sont pas devenus indépendants par les armes. Un autre veut s’en prendre aux organisation syndicales, et peu importe si celles-ci sont responsables de l’enrichissement collectif et représentent démocratiquement la classe moyenne. Un autre encore veut faire d’un Québec indépendant un paradis fiscal, sans même se soucier ce ce que signifie le fait d’être indépendant pour aller s’attacher poignets et chevilles sur l’autel du libre-marché. Oh, ils ont des idées. Mais ils sont incapables de les défendre. Et ils ne veulent même plus les défendre; ils préfèrent l’action pour l’action.

Or, l’idée d’indépendance présuppose une réflexion, une prise de conscience de notre servitude actuelle. Il ne suffit pas de faire un simple copier-coller des arguments de nos parents ou grands-parents en espérant convaincre les autres en criant plus fort qu’eux. Les temps ont beaucoup changé depuis les années soixante. Aujourd’hui, on peut même se questionner sur l’indépendance de nombreux pays, dont le Canada, face à une mondialisation néolibérale permettant à des entreprises de poursuivre des États. En 2010, l’idée d’indépendance est plus révolutionnaire que jamais. Il s’agit de l’indépendance du peuple, des gens ordinaires, et non pas d’une quelconque lubie de radicaux en quête de bastonnade.

L’indépendance, c’est bien autre chose qu’un projet politique se jouant dans la rue. Artistique, elle est la représentation des limites que l’artiste tente de transgresser. Culturelle, elle représente la volonté de se représenter soi-même dans le monde et dans le temps. Musicale, elle développe les rythmes et les paroles qui font vibrer le peuple. Sociale, elle s’insère dans le combat collectif des millions de travailleurs qui espèrent améliorer leur sort. Sportive, elle canalise les espoirs de tout un peuple dans les exploits de ses héros. Intellectuelle, elle développe les combats d’idées permettant d’assurer une cohérence au mouvement. Littéraire, elle permet la compréhension d’un monde qui nous est propre et qui nous représente. L’indépendance, c’est la somme de tout ce que nous sommes et notre quête collective de la libération des limites qui nous entravent. Faire abstraction de cela, c’est s’enfermer dans une logique de sourds où les idées ont peu de chance de toucher leur cible, où le projet politique de l’un n’a aucune chance de s’inscrire dans le réel artistique, culturel, musical, social, sportif, intellectuel ou littéraire de l’autre.

Les indépendantristes méprisent le débat d’idées. Ils ridiculisent ceux qui font progresser l’indépendance – la vraie – sur d’autres fronts que celui de la manifestation politique. Ils regardent de haut la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) qui, grâce à ses Jeudis de la langue, son appui à la Coalition pour l’Histoire et au Mouvement Montréal français, grâce à ses nombreux prix attribués à des gens de tous les domaines de la société et à son implication dans la création d’une résistance idéologique contre toutes les servitudes, participe à l’émancipation du peuple en entier. Ils se moquent des intellectuels, ces « pelleteux de nuages », ridiculisent ceux qui conçoivent le combat autrement que dans une logique d’affrontement direct et violent.

Dans cette lutte, nous devons tous être unis: le RRQ (qui fait un travail de terrain essentiel), la SSJB (qui bâtit le discours et s’attaque au travail intellectuel) et les autres mouvances. Nous devons surtout être ouverts aux arguments d’autrui et en mesure d’adapter notre discours aux nouvelles réalités. Si nous laissons les indépendantristes et leur fermeture d’esprit gagner, nous aurons tous perdus. Si nous laissons parler la violence et le combat de rue, qui a parfois son utilité mais qui ne peut en aucun cas être exclusif, nous ne pourrons plus parler pour l’ensemble des Québécois.

Ces indépendantristes, non, ne sont pas indépendantistes. Sous prétexte de nous libérer de carcans qu’ils ont eux-mêmes définis et choisis, ils nous enferment dans leur propre logique haineuse et méprisante pour quiconque a choisi d’ouvrir d’autres fronts dans la lutte pour notre libération. L’indépendance, au-delà du « pays sur la mappe », présuppose notre libération collective et l’atteinte d’un mieux-être pour l’ensemble des individus formant notre société. Dans leur obstination à se croire les seuls dignes représentants de la lutte du peuple québécois et à refuser de considérer l’incroyable apport d’autres institutions souverainistes, d’autres gens ayant d’autres méthodes, ils ne condamnent pas seulement leur pensée atrophiée à une mort certaine, mais ils contribuent à la stagnation d’un discours politique ayant plus que jamais besoin d’être reconstruit.

Vive un discours indépendantiste ouvert et cohérent!

Pour en finir avec le projet Lisée
19 novembre 2009

Il y a quelques jours, j’écrivais un texte où je dénonçais la dernière proposition de Jean-François Lisée, qui consiste à fusionner les cégeps anglophones et francophones au sein d’un même réseau. Bon joueur, celui-ci a pris la peine de répondre à quelques-uns de mes arguments. On ne montre peut-être pas à un vieux singe à faire des grimaces, mais on peut le renvoyer à sa propre image dans notre miroir collectif.

lisee

Source de l’image

En effet, il me semble que la meilleure façon d’en finir avec cette idée dangereuse est de s’attaquer aux préjugés qui la sous-tendent. Il faut prendre le miroir, et nous regarder, Québécois, avec honnêteté et clairvoyance. M. Lisée part du principe qu’aucun cégep ne deviendrait bilingue, qu’il ne serait pas possible d’aider des Québécois souffrant d’un complexe d’infériorité face à l’anglais et que ceux-ci ont une assez bonne colonne vertébrale identitaire pour se défendre. Ce sont des idées ne reflétant pas la réalité et qui constituent de fragiles fondations pour une entreprise aussi ambitieuse. En deux mots: pensée magique. Prenons-les point par point.

Première pensée magique: aucun cégep ne deviendrait bilingue.

Comme le note Pierre Dubuc, dans L’aut’journal, actuellement 82% des étudiants suivent des cours dans des cégeps francophones, contre 18% dans des cégeps anglophones. En attribuant le même calcul mathématique qui s’est appliqué après l’imposition de la loi 101 aux écoles primaires et secondaires, on pourrait faire monter ce taux à 89% dans les cégeps francophones en appliquant cette loi aux cégeps.

Or, la proposition Lisée parle d’enseignement à 75% en français, contre 25% en anglais. C’est donc dire que si on l’adoptait, on se retrouverait dans une situation où le français aurait une influence de 14% moins forte que si on étendait la loi 101 aux Cégeps.

Le problème, c’est que ces chiffres ne sont pas neutres, c’est-à-dires que les transferts linguistiques ne s’opèrent pas d’une manière équitable. L’attrait de l’anglais, et peu importe les croyances de Lisée, s’avère infiniment plus fort que celui du français. Comme je le notais ici, l’Indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue, atteint 1,43 pour les anglophones de Montréal, contre seulement 1,09, à peine la parité, pour les francophones. Dans la pratique, si on met ensemble francophones et anglophones, les premiers s’assimileront éventuellement aux seconds, et peu importe s’ils sont majoritaires.

Deuxième pensée magique: les Québécois n’auraient pas de comportement d’infériorité face leur langue.

Lisée considère que les Québécois ne souffrent pas d’un complexe d’infériorité, car « si telle est la lecture que l’on fait de la vitalité francophone de la nouvelle génération rien, mal alors rien, n’est dès lors envisageable ». En d’autres mots: selon lui, il faut partir du point de vue que les Québécois ne se sentent pas inférieurs face à leur propre langue, sinon rien ne serait possible. C’est faire abstraction ici de toute conception historique et s’enchaîner dans une logique défaitiste où l’État québécois ne pourrait plus rien pour ses citoyens.

En fait, c’est précisément grâce aux lois linguistiques que les Québécois ont pu relever la tête dans les années 70 et se débarrasser d’une partie de leur sentiment d’infériorité. Avant la loi 101 – à l’époque du « libre » choix – près de 80% des immigrants choisissaient l’école anglaise. Vingt ans plus tard, la proportion s’était entièrement inversée. C’est précisément à cause de lois comme la loi 101 qu’on a permis à un peuple habitué à plier l’échine devant le « foreman », de travailler à la « shop » et qui avait intégré le « speak white » jusqu’au fond de son âme, de pouvoir concevoir son futur en français. Oui, les Québécois ont un sentiment d’infériorité, et c’est grâce à des politiques linguistiques courageuses qu’on a pu leur permettre de s’épanouir.

En octobre 2008, lors d’un « Rendez-vous des gens d’affaires » sur le français dans les petites entreprises, organisé par la chambre de commerce de Montréal, on a dévoilé des chiffres qui, à eux seuls, invalident complètement les prétentions de Jean-François Lisée: 60% des Montréalais ne demandent pas à être servis en français dans les commerces de moins de 50 employés. Ne s’agit-il pas précisément d’une autre preuve du sentiment d’infériorité des Québécois? De nombreux citoyens, dans leur quotidien, n’exigent même pas le français. On leur parle dans une langue qui n’est pas la leur et ils ne disent rien, ils s’accommodent, nous, les champions de l’accommodement des autres.

Pourquoi est-ce que cette situation changerait, par magie, au cégep? Pourquoi est-ce que, soudainement, les Québécois cesseraient de s’adresser en anglais aux anglophones et imposeraient enfin leur langue? Quand on baisse la tête depuis des siècles, comment peut-on espérer la lever bien haut d’un coup de baguette magique?

Troisième pensée magique: les Québécois peuvent apprendre l’anglais car ils ont une bonne colonne vertébrale identitaire.

Individuellement, rien n’est plus vrai:quiconque veut apprendre une langue étrangère et se sent assez confiant dans ce qu’il est peut le faire. Le problème est collectif. Collectivement, les Québécois n’ont aucune autre façon de se considérer comme tel autrement que par la langue qui les unit: le français.

Jacques Parizeau explique dans son dernier livre qu’à l’ère de la mondialisation, c’est grâce à leur culture (et donc à leur langue) que s’expriment les nations. C’est une position que partage l’économiste et philosophe Jacques Attali, qui écrivait que la composition des six éléments traditionnels de l’identité d’un peuple (un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun) se transforme et que le poids de la langue y augmente considérablement. En clair, la nation du futur, c’est celle qui a su respecter sa langue commune et en faire le principal outil d’intégration.

Le problème n’est pas que Lisée désire apprendre l’anglais aux Québécois, comme on offrirait des cours de langues étrangères à ceux qui s’y intéressent. Non. L’achoppement, c’est qu’il désire systématiser cet apprentissage, le rendre obligatoire en proposant des cours d’histoire ou d’autres matières en anglais. Il s’agit donc d’un bilinguisme institutionnel qu’il désire imposer, à l’encontre non seulement du caractère francophone du Québec, mais – surtout – de la capacité de survie d’un peuple bilingue dans un contexte minoritaire.

Qu’on soit honnête un peu. Dans toute l’histoire de l’humanité, vous connaissez combien de peuples minoritaires qui ont survécu après avoir adopté la langue de la majorité? Le bilinguisme institutionnel constitue la première étape vers l’assimilation finale. C’est en rendant les franco-canadiens bilingues qu’on les a assimilés, et ce sont maintenant nos propres élites qui nous proposent la même recette.

Alors non, la fusion des cégeps francophones et anglophones ne constitue pas une bonne idée. Elle n’est pas meilleure que celle d’augmenter les tarifs d’Hydro-Québec, de privatiser la société d’État à 25%, de supprimer l’impôt sur le revenu pour le remplacer par des taxes sur la consommation et de nombreuses autres proposition de Lisée, qui, s’enrobant de l’édulcorant de la « gauche efficace », propose toute sortes de réformes de droite dont les conséquences n’ont pas été assez étudiées. Je respecte beaucoup M. Lisée, mais il semble parfois camoufler un certain manque de courage politique derrière un compromis souvent plus dangereux que ce que proposent nos propres adversaires.

Le vrai courage, actuellement, n’est plus de rechercher le consensus pour accommoder Québécois et anglophones, mais de savoir imposer les valeurs de la majorité et de se donner les moyens d’assurer un futur pour notre langue et notre culture. Dans un contexte où notre poids démographique en Amérique du Nord régresse année après années, cela commence par l’application de la loi 101 aux cégeps et par la diminution des subventions à un réseau anglophone sur-financé. Et à terme – osons le dire – il faudra faire comme la plupart des pays du monde et ne financer que les institutions publiques dans la langue commune.

Et si on cessait d’avoir peur d’agir comme tout peuple souverain qui se respecte? Et si osait appliquer la loi 101 aux cégeps, n’en déplaise à des anglophones qui ont tout un continent pour vivre en anglais?

Les anglophones sont-ils Québécois?
6 novembre 2009

Plusieurs personnes m’ont récemment accusé d’utiliser interchangeablement les mots « Québécois » et « francophones » pour parler du problème linguistique montréalais. Les anglophones aussi sont Québécois, m’affirme-t-on. Les immigrants sont tout autant Québécois que moi le jour où ils mettent les pieds ici, ajoute-t-on. Quiconque vit sur le territoire du Québec est Québécois, m’assène-t-on dans une ultime rebuffade dont on espère qu’elle me gardera définitivement coi.

anglophones-quebec

Source de l’image

Pourtant, je maintiens mon désaccord: le fait d’être Québécois – c’est-à-dire d’appartenir au peuple du Québec – dépasse largement le fait d’habiter sur le territoire du Québec. Appartenir à un peuple, c’est aussi partager ses valeurs, ses convictions, sa langue. Contrairement à ce qu’en pensent certains, il n’y a pas davantage de « franco-Québécois » dans l’identité québécoise que de « franco-Français » dans la française ou « d’anglo-anglaise » dans la britannique: l’identité d’un peuple forme un tout dont la langue en est le ciment. Jacques Attali en parlait, mardi, d’une manière très doctorale sur son blogue:

Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun.

De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.

Évidemment, M. Attali parle pour la France, mais son discours s’applique à merveille au Québec.

En somme, la territorialité ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’appartenance identitaire. Et avec la mondialisation actuelle, cet aspect devient de moins en moins important. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger de nombreux immigrants qui, même plusieurs années après être arrivés ici, continuent de se réclamer de leur patrie d’origine. Et cela se comprend: ils n’ont jamais eu à apprendre notre langue et ils ont accès, grâce à Internet et à la télévision satellitaire, à tous les médias de leur pays natal. Sont-ils Québécois ces personnes qui ne parlent pas notre langue et s’identifient principalement à un pays de l’autre bout du monde?

En fait, toute la conception actuelle de ce qu’est un Québécois est dépassée. S’acharner à présenter le Québécois comme un « habitant du territoire du Québec » constitue une vision vieillotte et désuète de la réalité. Aujourd’hui, en 2009, la nationalité et l’identité dépassent largement le cadre territorial. Les identités sont devenues multiples, interchangeantes; le territoire physique, qui forçait autrefois l’intégration d’immigrants coupés de leurs racines, ne suffit plus à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants et à leur permettre de réellement faire partie de notre communauté.

Voilà pourquoi la proposition de Jacques Attali est intéressante: la langue doit devenir le principal ciment de l’identité nationale. Car une langue, comme il le dit lui-même, permet de concevoir le monde. C’est bien autre chose qu’un outil de communication interchangeable; parler français, c’est avoir une certaine conception de la vie et des choses que ne permet pas n’importe quelle langue étrangère. Il s’agit d’une spécificité unificatrice permettant d’intégrer puis de donner une vision commune de notre futur à quiconque a la volonté de se joindre à nous. Imposer le français aux immigrants, c’est leur donner le goût de se joindre au « nous », c’est les inclure à ce « nous » qui, bien avant son temps, a compris que la véritable indépendance ne passe pas nécessairement par des frontières physiques, mais par la capacité à maintenir une culture et une langue vivantes.

Alors non, je ne crois pas que l’identité nationale doit être déterminée par le lieu de résidence géographique. Tu vis à l’est de la rivière des Outaouais et tu te réclames du peuple québécois, et 500 mètres à l’ouest, du peuple canadien? Non. Être Québécois, dans un contexte de mondialisation, c’est autre chose. C’est d’abord se concevoir comme tel, parler français, partager des valeurs québécoises et avoir une vision d’un futur pour sa collectivité en tant que Québécois.

Qu’on cesse donc un peu de me rabâcher les oreilles avec le fait qu’une personne refusant notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire serait tout aussi québécoise que moi parce qu’elle vit sur le même territoire que moi. Nous avons le devoir d’accueillir les autres et de les inclure dans notre destin commun, mais ceux-ci ont aussi le droit d’accepter ou de refuser, chose qui était moins évidente autrefois. Et s’ils refusent, s’ils décident de rejeter notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire, pourquoi les considérerait-on comme faisant partie de notre propre identité?

De la même manière: si j’invite quelqu’un dans ma maison et qu’il décline de respecter mes plus simples demandes, qu’il cochonne mon tapis avec ses bottes pleines de boue, qu’il insulte ma femme, qu’il lance sa nourriture sur les murs, devrais-je accepter pour autant sa présence? Cette maison, c’est notre conception identitaire du Québec, une vision non-géographique de celui-ci. Et si quelqu’un ne peut respecter nos plus simples valeurs, nos désirs les plus primaires de survie identitaire, nos demandes les plus fondamentales de respect de ce que nous sommes, pourquoi devrait-on le considérer comme un des nôtres?

Être ouvert sur la diversité, la réelle pluralité du monde, c’est aussi se donner les moyens de protéger ses peuples et leurs spécificités. À chaque fois où nous nous donnons des outils assurant la survie des valeurs qui nous sont chères, à chaque fois où nous défendons le français comme principal vecteur de notre identité, à chaque fois où nous nous battons contre l’anglicisation de notre métropole, nous contribuons à enrichir l’humanité de notre présence et à construire un monde multiple où coexistent une ribambelle de cultures différentes.

Le jour où le Québec sera devenu bilingue d’abord, puis anglophone ensuite, sous le poids d’une soi-disant ouverture où nous accueillons dans notre identité des gens qui méprisent les valeurs qui nous définissent, sera le jour où un pan entier de la multiplicité humaine aura disparu. Ceux qui habitent ici mais refusent d’apprendre notre langue sont peut-être Québécois au niveau de la loi, mais ils ne font certainement pas partie du peuple québécois.

« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

Radio-Canada et la mort de la culture
26 mars 2009

La culture ne vaut rien.  Le gouvernement ne le dit pas directement, mais c’est la conclusion qu’il faut en tirer à la suite des coupures à Radio-Canada.  La vraie question n’est pas de savoir si la Société Radio-Canada (SRC) est suffisamment financée ou non. Le seul point important, suite aux mises à pieds de 800 employés des réseaux anglais et français de la chaîne publique, consiste à se demander de quel genre de télévision nous avons besoin et si nos politiciens fédéraux ont compris l’importance d’un réseau médiatique publique de qualité au service des citoyens.

Le gouvernement se défend en disant qu’il s’agit d’une conséquence de la crise financière et qu’il n’y peut rien. Facile. Après avoir promis en septembre qu’il ne toucherait pas au financement de la SRC ((La Presse, Actualités, dimanche, ÉLECTIONS FÉDÉRALES, Les conservateurs nient vouloir toucher à la SRC, Ballivy, Violaine)), le Parti Conservateur a agi par la bande en abolissant le Fonds canadien de télévision et en laissant la crise faire le reste du travail.

En effet, le Fonds canadien de télévision consacrait 37% de son budget à notre chaîne publique, soit 106 millions $ pour 2008-2009. Sous les pressions répétées des Pier-Karl Péladeau de ce monde, le fonds a été éliminé début mars, remplacé par un Fonds des médias du Canada beaucoup plus généreux avec les télédiffuseurs privés. Désormais, on privilégie le potentiel d’audimat au-dessus des qualités intrinsèques d’une émission. On décourage ainsi toute forme d’audace et d’innovation en favorisant le plus simple des dénominateurs communs. Prenez à Découvertes et Enjeux, donnez à Loft Story et à Star Académie.

coupures-radio-canada-culture

Source de l’image

Parallèlement, la crise financière n’est qu’un prétexte. Oui, les revenus publicitaires ont chuté. Mais pourquoi le fardeau devrait-il entièrement reposer sur la société d’État et sur ses (ex-)employés? Le gouvernement est prêt à accorder des MILLIARDS $ aux constructeurs automobiles pour protéger des emplois. N’aurait-il pas pu allonger le 171 millions $ qui manquait à la SRC/CBC?

Ce manque de sensibilité des Conservateurs vis-à-vis du fleuron de la télévision canadienne en dit long sur leur idéologie du tout-marché et leur manque d’intérêt pour tout ce qui touche la culture. Le problème est pourtant plus profond que cela: il faut nous questionner sur le rôle que nous aimerions donner à la société d’État.

Nous lui demandons actuellement de boucler un budget déficitaire en coupant des émissions culturelles et d’information et en se débarrassant de loyaux employés. Aurait-on idée de demander à un hôpital de cesser de soigner certains patients pour rentrer dans son argent? Ou à une école de réduire ses programmes et de foutre élèves et professeurs à porte? Non, bien sûr. Alors, pourquoi accepterions-nous de sacrifier notre culture là où nous exigerions qualité et respect de nos valeurs dans d’autres domaines?

Certains diront que la culture n’est pas assez importante, qu’elle ne mérite pas ces sacrifices. Qu’on ne peut pas la comparer à la santé et à l’éducation. Vraiment?

La culture est une richesse à long terme. Quand la SRC ouvre son bulletin de nouvelles sur une question politique complexe là où TVA fait la chronique des chats écrasés, il s’agit d’une forme d’éducation complémentaire à celle offerte par le réseau scolaire. Quand la SRC nous présente des émissions de qualité faisant l’apologie d’une alimentation saine et d’un meilleur rythme de vie, toute la société y gagne car nous sommes globalement moins malades. Elle est là, la richesse de la culture. Chaque fois qu’un individu apprend quelque chose grâce à la SRC, il enlève ce fardeau de l’apprentissage à une autre partie du système. Si nous étions honnêtes, nous reconnaîtrions la valeur éducative de Radio-Canada, qui a su allier divertissement et apprentissage, et nous exigerions la même qualité que pour l’éducation « officielle » de nos enfants. Et nous réclamerions un juste financement, tout comme nous ne demandons pas à une école primaire de s’auto-financer.

Les deux dangers guettant Radio-Canada

Si nos gentils politiciens d’Ottawa ne comprennent pas ce point primordial, deux dangers guettent la société d’État:

  1. La marginalisation:il suffit de regarder Télé-Québec pour se convaincre des dangers d’une marginalisation de Radio-Canada. Une télévision n’ayant plus les moyens de ses ambitions et faisant certes des émissions intelligentes, mais dépourvues des moyens permettant de capter l’attention de la majorité de la population.  L’aspect éducatif ne doit pas faire oublier la nécessité de moyens techniques permettant de rendre les émissions divertissantes;
  2. La dénaturation: ce scénario me semble plus plausible. Radio-Canada risque de devenir un clone de plusieurs autres réseaux privés, avec des émissions douteuses, des copies de concepts américains médiocres et dont la seule spécificité sera de nous parler occasionnellement des vaches manitobaines ou des homards néo-écossais. Un réseau gangrené par la publicité et devant faire la course aux cotes d’écoute pour espérer pouvoir survivre à l’année suivante.

Ne pourrait-on pas, nous, Québécois et Canadiens, nous doter d’une télévision et d’une radio publiques bien financés et nous offrant des émissions à la fois de qualité et divertissantes? Radio-Canada coûte présentement en moyenne 33$ par citoyen par année. Il me semble que c’est bien peu pour la richesse informative de ce réseau. Ne pourrions-nous pas oser davantage de qualité?  L’État se prive de milliards $ annuellement à cause des baisses d’impôts accordées au cours des dernières années. Ne pourrait-on pas choisir nos priorités?

Les effets d’un déracinement culturel ne se quantifient peut-être pas entre deux élections, mais à long terme, un peuple éduqué et fort au sens culturel me semble plus à même de faire les meilleurs choix individuels et collectifs permettant le mieux-être de l’ensemble de la population.

Quand le Parti Québécois désire angliciser le Québec
25 novembre 2008

speak_quebec_anglicisationCe ne doit plus être un secret pour personne: je travaille à Ville Saint-Laurent, un des quartiers les plus multi-ethniques de Montréal, où près de 49% de la population a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais et où une grande proportion de ces immigrants ou fils et filles d’immigrants s’intègrent vers l’anglais. Je connais cette réalité d’immigrants qui sont ici depuis deux, cinq, dix ou vingt ans et qui ne parlent pas un mot en français. En fait, oui, ils savent souvent dire « bonjour » ou « merci » mais ils n’ont pas besoin de le faire: un petit Québécois mou s’empresse de les servir en anglais et leur enlève ainsi toute nécessité d’apprendre notre langue.

Pourtant, il existe des solutions pour faire face à cette vague d’anglicisation qui touche non seulement les immigrants, mais également des Québécois francophones qui sont fiers de délaisser leur langue – une langue qu’ils maîtrisent souvent mal – pour servir des clients qui, parfois, ne demanderaient qu’à ce qu’on les laisse essayer de parler français. Sauf que pour que les solutions soient efficaces, elles doivent être concertées, cohérentes. Elles doivent appuyer mon combat (et celui de nombre de mes collègues) consistant à ne parler que le français au travail, à refuser de servir les clients dans une langue étrangère, que ce soit le mandarin, l’allemand, le russe ou l’anglais. Elles doivent valoriser la fierté de la langue de Molière et ainsi faire de notre langue commune un véritable phare, une lumière vers laquelle les immigrants doivent se tourner s’ils espèrent être compris et pouvoir fonctionner au Québec. Elles doivent être le ciment sur lequel repose la maison que nous essayons de construire.

En effet, ce n’est pas seulement un travail que j’occupe, tout comme je ne suis pas qu’un automobiliste sur la route ou un simple client quand je vais chez IGA. Je suis plus que ça. Je représente quelque chose. Je prends la décision de parler français, d’être prudent sur la route ou d’être courtois à l’épicerie en partant de la conviction suivante: si tout le monde faisait ainsi, le monde irait beaucoup mieux. Tout ceci relève de cette certitude: j’ai du pouvoir, je contrôle ma vie, et je peux être un exemple pour d’autres. Je peux, de par mes maigres actions, avoir une influence sur les autres. Et c’est exactement ce que je fais au travail. Me croiriez-vous si je vous disais que 95% des clients qui m’abordent en anglais vont immédiatement changer pour le français quand je leur réponds en français? Que même ceux qui me disent « je parle très peu la française (sic) » sont très bien capables de se faire comprendre quand on les encourage un peu, qu’on fait montre de patience et qu’on les aide un peu, par des gestes, par une reformulation à propos, etc? Me croiriez-vous si je vous disais que devant les succès de ma façon de travailler quelques-uns de mes collègues ont commencé à faire pareil? Me croiriez-vous si je vous disais que certains immigrants commencent à me dire « merci », « bonne soirée » alors qu’ils ne savaient pas dire un mot de français auparavant?

Me croiriez-vous si je vous disais que je suis un simple citoyen travaillant dans sa langue dans son pays?

C’est cette réalité qu’on est en train de perdre. Alors que les actions des milliers de Québécois fiers comme moi et qui travaillent à la francisation des immigrants mériteraient d’être appuyées, on lance plutôt des signaux contradictoires. Même le Parti Québécois a décidé de se faire champion de l’applaventrisme devant la langue de Shakespeare.

Évidemment, comment passer sous silence l’empressement de Pauline Marois à mieux parler anglais? À vrai dire, il s’agissait d’une événement épisodique. Ce qui l’est moins, c’est de constater à quel point il semble plus important d’avoir un chef de parti qui nous représente qui parle une langue étrangère, mais d’un autre côté ça ne nous dérange pas trop d’avoir un capitaine de notre club de hockey qui n’est pas capable de dire deux mots dans notre langue. Nous avons placé l’apprentissage de la langue étrangère au-dessus de la maîtrise de notre propre langue. Mais tout ceci est anecdotique.

Ce qui me révulse violemment chez le Parti Québécois de Pauline Marois, c’est son désir d’imposer l’apprentissage de l’anglais intensif au primaire, notamment en enseignant les mathématiques et la géographie en anglais. Encore une fois, quel message lance-t-on à ces jeunes enfants? Celui-ci: « l’anglais est primordial; tu ne sais pas encore écrire un paragraphe dans ta langue maternelle sans faire dix fautes d’orthographe, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! »   « Tu as un vocabulaire déficient, tu ne connais rien à la littérature, tu es incapable d’utiliser des mots légèrement complexes, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! » Et que deviendront ces enfants dix ans plus tard? Ils seront devenus exactement ce à quoi je m’oppose: des Québécois mêlés, à l’identité culturelle confuse, empressés de parler anglais aux immigrants, et qui, de par leurs actions, annihilent les projets d’intégration des milliers de Québécois comme moi qui ont à coeur leur langue.

Il me semble qu’il serait beaucoup plus important d’apprendre le français correctement à nos jeunes avant de leur permettre l’apprentissage d’une langue étrangère, que ce soit l’espagnol, le mandarin ou l’anglais. Quand je lis ce qu’écrivent certains de mes collègues « bilingues », je n’en reviens pas. J’ai déjà comptabilisé vingt-deux fautes d’orthographe en quatre phrases.

La vérité, c’est qu’il faut choisir ses priorités. Collectivement, désirons-nous intégrer les immigrants vers le français ou intégrer les Québécois vers l’anglais? C’est ça, la vraie question. Le bilinguisme chez l’élite, personne n’est contre. Mais quand on impose le bilinguisme à tous les enfants du Québec et qu’on demande de bien connaître une langue étrangère à un enfant dont le but dans la vie est peut-être d’être mécanicien ou coiffeur, on incite à l’anglicisation de l’ensemble du Québec. Car c’est bien connu, un peuple minoritaire bilingue est un peuple qui s’assimile.

Ce que fait le Parti Québécois, en ce moment, c’est ajouter au problème au lieu de le régler. Le problème n’est pas que les Québécois ne sont pas assez bilingues; le problème est justement que trop d’emplois exigent le bilinguisme. Le PQ devrait travailler à ce que les plus hauts échelons de la société soient disponibles pour les francophones au lieu de vouloir que l’éboueur de Saint-Calixte sache parler anglais. Le Parti Québécois devrait proposer l’apprentissage intensif du français au primaire pour aider à mieux ancrer l’identité de nos jeunes dans la langue française au lieu de leur offrir une alternative vers l’anglais dans un monde où la culture anglophone est déjà une force de prédation.  Sinon, si vraiment le but est d’offrir un maximum de « chances » aux Québécois dans un monde qu’on considère anglophile, autant tout enseigner en anglais, et à partir du préscolaire, et pourquoi pas saborder la loi 101 en passant?  Soyons cohérents!

Voilà donc une raison supplémentaire pourquoi ne ne voterai pas pour le Parti Québécois. Je travaille chaque jour à la francisation des immigrants, mais si le Parti Québécois prenait le pouvoir et imposait l’apprentissage intensif de l’anglais, mon combat deviendrait une cause perdue. Au lieu de lancer des messages confus et contradictoires, du style « nous voulons intégrer les immigrants vers le français » tout en imposant l’anglais au primaire, il faudrait plutôt que le message soit clair et que nous parlions d’une même voix: au Québec, ça se passe en français, ou bien vous apprenez le français, ou bien personne ne va vous comprendre et vous ne pourrez pas fonctionner.

Et pour ce faire, il faut lutter contre le pire ennemi de notre cause: le bilinguisme, cette anglicisation forcée que le Parti Québécois espère imposer à nos jeunes au lieu de leur apprendre la richesse de notre langue et la fierté de la parler. Quand tout est une question de message, lançons-en un cohérent, appuyé, et clair: au Québec, c’est en français que ça se passe, et nous travaillons à ce qu’il soit possible de travailler dans notre langue partout sur notre territoire. C’est bien beau de « vouloir » franciser les immigrants, mais ça doit commencer par des actions concrètes pour faire rayonner le français partout et donner le goût à la prochaine génération de ne pas être aussi soumise et passive que la nôtre devant cette dépossession tranquille qui afflige notre culture et notre langue.

Aujourd’hui, nous avons encore le choix.  Mais dans vingt ans?

Ce bilinguisme qui empêche l’intégration des immigrants
8 novembre 2008

Immigrants

Il y a de ces mystérieux hasards dont on aimerait parfois comprendre le sens. Je réfléchissais à la meilleure façon de (re)parler de ces Afghans qui possèdent la fruiterie près de chez moi et de mes quelques visites à leur domicile ces derniers jours. Je cherchai donc le premier texte que j’avais écrit à leur sujet et je fus littéralement stupéfait de constater que le dit texte a été écrit il y a précisément un an, jour pour jour. Comme si le rythme des saisons offrait l’opportunité des questionnements et des bilans.

Alors oui, je connais un Afghan. En fait, je devrais être honnête: je connais des Québécois d’origine afghane, car ceux-ci sont parfaitement intégrés. Oh, certes, quand je suis allé jeter un coup d’oeil à un problème informatique chez eux j’ai appris qu’ils avaient un satellite pour regarder des programmes afghans, mais c’est une bien agréable et jolie jeune fille d’une quinzaine d’années qui me l’a expliqué, et dans un français qui ferait rougir bien des Québécois « de souche » si seulement ces derniers pouvaient avoir la conscience culturelle pour avoir honte de la piètre qualité de leur langue.

Ces gens, mes amis afghans, représentent l’apothéose de l’intégration à la culture québécoise. Le père, la mère, l’oncle, le fils, la fille; tous parlent un excellent français à peine un peu rêche à cause d’un accent persistant, tel un morceau de bois ne demandant qu’à être poli.

Ils ont immigré ici il y a un vingtaine d’années, directement dans l’Est. Ici, pas d’anglais: tout se faisait en français à cette époque avant que le bilinguisme ne soit quasi-institutionnalisé. Pas question de se faire répondre en anglais à tout moment par un Québécois soucieux d’être aimable et qui ne se rend pas compte qu’il ne rend pas service aux immigrants en les empêchant de réaliser toute l’importance de l’apprentissage de notre langue. Non, ils ont appris le français parce qu’il était nécessaire d’apprendre le français. Pas par amour romantique de la beauté de notre phonation. Parce que c’était absolument et impérativement nécessaire.

Je travaille toujours dans l’Ouest, et je vois quotidiennement les mêmes immigrants qui n’ont aucun désir d’apprendre notre langue. Pourquoi le feraient-ils, d’ailleurs? Contrairement à mes amis afghans, ils n’ont aucun besoin du français: tout le monde s’adresse à eux en anglais, depuis le caissier au dépanneur jusqu’à la dame à la banque en passant par le commis chez Jean Coutu. Pourquoi s’échineraient-ils à apprendre une langue qu’ils perçoivent comme morte et inutile?

Ces immigrants n’en ont rien à foutre de notre combat. Ils parlent la langue qui leur permet de fonctionner, et cette langue est l’anglais, car il se trouve toujours un Québécois pour leur parler en anglais.

Deux situations identiques à l’origine, et deux comportements opposés à la fin: intégration francophone dans une société unilingue francophone et repli sur soi, voire intégration en anglais dans une société bilingue francophone.

Il faut le répéter: à partir du moment où tous les petits Québécois parlent anglais, pourquoi un immigrant apprendrait-il le français?

Je pensais à tout ça en lisant certains commentateurs du blogue de Patrick Lagacé, qui reprochaient à Pauline Marois de ne pas bien parler anglais. D’une certaine manière, il y a un côté sublime dans cette perversion de l’esprit plaçant la maîtrise d’une langue étrangère comme un objectif essentiel à atteindre. En effet, comment ne pas y voir une certaine forme de beauté vicieuse, de triomphe tardif des objectifs de Lord Durham ou d’autres anglophones souhaitant notre élimination? Nous en sommes venus à considérer l’expertise de cette langue extrinsèque comme une obligation, reléguant les demandes historiques des francophones pour avoir le droit d’atteindre les plus hauts échelons sociaux dans leur langue au rang de folklore passéiste.

En somme, au lieu de réclamer le droit de pouvoir vivre en français, de travailler en français, et ainsi contribuer à la francisation des dizaines de milliers de nouveaux arrivants, nous avons décidé collectivement que le français doit jouer un rôle de figurant au sein de nos vies, une langue honteuse qu’il faut chuchoter et oublier dès qu’un anglophone nous adresse la parole.

Et bien, si mes amis afghans étaient arrivés au Québec en 2008 au lieu de 1988, ils n’auraient probablement jamais appris le français car il y aurait toujours eu un petit Québécois sans fierté et bilingue (l’un semble aller avec l’autre) pour escamoter son rôle linguistique historique et jouer le sous-fifre d’une immigration qui ne demanderait qu’à s’intégrer si on lui donnait seulement un signal clair sur l’exclusivité du français au Québec.

Il ne faudra jamais l’oublier: l’ennemi n’est pas la langue anglaise, mais le bilinguisme qu’on a décidé d’imposer à l’ensemble d’un peuple. Dans un contexte de minorité culturelle et linguistique, nous signons notre arrêt de mort dès que nous substituons l’anglais au français et que nous contribuons ainsi de par notre mollesse et notre manque de conviction, à l’anglicisation des nouveaux arrivants.

Car ceux-ci ne sont pas ici pour l’amour de nos beaux yeux, mais pour améliorer leurs conditions de vie; en leur parlant français, nous les obligeons à apprendre notre langue et nous leur lançons le message que leur élévation dans l’échelle sociale passe obligatoirement par l’apprentissage de notre langue.

Soyons fiers, parlons français partout, au travail, à la maison, sur internet, PARTOUT!


p.s. Et pour ceux qui en douteraient encore, je vais voter pour le Parti Indépendantiste, la seule organisation politique sociale-démocrate, indépendantiste et possédant une réelle volonté de protéger notre langue!

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

Au chevet de l’idéologie du mérite
30 septembre 2008

Le rejet par les deux partis (de droite) de la chambre des représentants étatsunienne du plan de sauvetage de 700 milliards $ m’inspire une réflexion sur le rôle de l’État dans l’économie. Peut-on réellement s’en passer? Et doit-on seulement aider les plus méritants?

En effet, ça fait (faisait?) des années qu’on nous servait le même discours néolibéral clamant qu’on devait laisser les forces du marché agir et que tout s’équilibrerait en douceur. Cette vieille idée de la main invisible du marché où l’addition des besoins de chacun donnerait un mieux-être collectif. Sauf qu’on le constate, sans modération le capitalisme à l’extrême s’auto-détruit.

À mes yeux, il y a un parallèle entre l’aide proposée aux grandes entreprises menacées de faillite et les subventions aux artistes abolies par Stephen Harper, de même qu’avec l’aide sociale consentie aux plus démunis. Dans tous ces cas, s’il y a consensus sur le fait que théoriquement on ne devrait pas aider quelqu’un qui n’a pas « mérité » l’aide, on réalise que les conséquences d’une absence d’aide seraient bien pire.

  1. Si on n’aide pas les entreprises menacées de faillite. Celles-ci feront faillite, entraînant vers le bas toute la confiance de consommateurs délaissant le marché, retirant leurs avoirs, et plongeant le pays, voire l’économie mondiale, en récession, ou en crise.
  2. Si on coupe les subventions aux artistes. Nous perdrons notre capacité à nous projeter dans le monde; nous nous ferons avaler tout rond par la culture étatsunienne, et nous perdrons les milliards $ découlant de l’industrie culturelle.
  3. Si on coupe l’aide sociale. Les gens devront voler pour se nourrir (puisqu’il n’y a pas assez d’emplois pour tous), l’insécurité augmentera, la violence aussi, l’itinérance, et même les plus riches y perdront au change, devant s’isoler derrière de coûteux systèmes de surveillance et de sécurité pour se protéger des plus pauvres.

Aujourd’hui, quand je regardais ce vote, où ce sont principalement les Républicains qui se sont opposés, je me suis rendu compte à quel point cette idéologie du mérite est pernicieuse. On oublie que tout est inter-relié. On oublie que ce ne sont pas les riches banquiers de Wall Street qui ont fait des milliards, mais que c’est nous (ou le citoyen américain) qui avons accepté que de telles personnes puissent s’enrichir d’une manière aussi honteuse. Nous sommes à blâmer pour avoir élu des gouvernements de droite depuis plus de vingt ans et qui ne font pas de la nécessaire redistribution de la richesse une priorité. Et nous sommes aussi à blâmer quand nous lisons des journaux qui font de la propagande contre toute forme de redistribution de la richesse et contre n’importe quel parti osant proposer des solutions concrètes aux problèmes actuels.

Au cours des derniers dix ans, nous avons fait la sourde oreille à tous ceux qui ont signifié l’importance du rôle de l’État dans l’économie. Nous avons préféré lire les Pratte, Roy, Dubuc et autres pantins du néolibéralisme travaillant pour le compte de Power Corporation nous vanter les mérites du libre-marché et qualifier n’importe quelle alternative de « passéiste ».

Et bien, nous y voici au résultat. C’est l’heure des comptes. Et encore une fois, on a la preuve irréfutable que le marché n’est pas omnipotent, qu’il ne peut pas tout régler, et que la redistribution de la richesse par l’État et l’aide aux moins fortunés est un mal nécessaire, indispensable.

Les Représentants ont refusé de sauver leur système financier. Car s’ils l’avaient fait, ils auraient dû admettre que l’État a un rôle à jouer et qu’il faut aussi prendre du riche pour donner au pauvre ou au nécessiteux. Il aurait fullu accepter d’imposer davantage la richesse et augmenter les impôts de ceux qui gagnent beaucoup plus que ce qu’ils ont besoin pour vivre.

Et ça, au pays de l’Oncle Sam, c’est impensable.

Ici, heureusement, il y a de l’espoir. Nous sommes moins radicaux, et il existe un parti social-démocrate, le NPD, qui propose justement cela: modérer le capitalisme, dompter ce cheval sauvage qui, si puissant peut-il être, a tout de même la capacité de plonger dans le ravin sans l’organisation et la structuration de l’État.

Au-delà du mérite, il y a la nécessité d’organiser une société qui fonctionne. Et le capitalisme sans garde-fous n’a jamais fonctionné. Et cette idéologie d’un État minimal réfractaire au partage de la richesse, telle que proposée par les Conservateurs, a été un échec, est un échec, et sera encore un échec demain.

Il est temps de penser au futur et de comprendre que la société est un tout, et qu’on ne peut pas plus ignorer la douleur d’une de ses parties qu’on peut s’arracher un bras et croire que la force des autres membres pourra compenser cette perte.

Faites circuler
21 septembre 2008

Les subventions à la culture sont rentables
5 septembre 2008

Je dois vous faire un aveu: je lis parfois le Journal de Montréal. Oui, ça m’arrive, au travail, quand quelqu’un laisse traîner une vieille copie datée de quelques jours. Le Journal de Montréal, ça se lit bien en mangeant; le plus souvent c’est tellement vide qu’on n’est jamais rassasié. Sauf que cette fois-ci il y avait un texte plus que consistant et intéressant. Est-ce un hasard quand on affirme que la qualité des pages éditoriales semble s’être améliorée depuis le départ de Nathalie Elgrably?

La chronique de Geneviève Lefebvre portait sur les récentes coupures du gouvernement Harper dans la culture et sur les réactions d’une certaine catégorie de citoyens aux idées plus ou moins organisées qui se réjouissent des souffrances de nos artistes.

Même si je ne suis pas tellement chaud à l’idée de quantifier et de chiffrer la culture, et que ma position se rapproche davantage de celle d’un Bourgault pour qui « la culture est un fourre-tout indescriptible où chacun s’amuse à tenter d’y trouver son compte, à défaut de quoi on peut au moins tenter d’y découvrir son plaisir », je reste sensible aux arguments économiques de Mme. Lefebvre:

Selon le Conference Board du Canada, l’industrie culturelle vaut 7,5 % du PIB. Le rapport stipule qu’en 2007, le secteur culturel canadien a reçu 7,9 milliards de dollars en subventions, mais qu’il a engendré des bénéfices directs et indirects de 84,6 milliards. C’est ce qu’on appelle un excellent retour sur l’investissement.

À l’évidence, un tel argument économique est facile, peut-être un peu trop facile. Mais il reste qu’à long terme il peut être extrêmement rentable de subventionner les artistes. Il faut simplement être en mesure de voir un peu plus loin que le bout de son nez. Grâce au retour sur l’investissement des subventions culturelles, ce sont nos écoles, nos hôpitaux, nos routes qu’on peut se payer. Mme. Lefebvre cite l’exemple du Cirque du Soleil pour démontrer pourquoi il faut penser à long terme:

À ses débuts en 1984, le Cirque du Soleil a reçu un coup de pouce d’un certain René Lévesque avant de s’affranchir totalement de l’aide de l’État en 1992. Son siège social est toujours à Montréal et l’entreprise fait travailler des milliers de gens de chez nous à travers le monde. Créateurs et concepteurs qui payent leurs impôts ici, évidemment. Guy Laliberté n’est pas le seul à vouloir exporter les immenses talents qui sont les nôtres, tout en visant une rentabilité économique. L’ironie, c’est que si la culture engendre des profits pour beaucoup de monde, les artistes, eux, ne sont que 2,4 % à voir leur revenu annuel dépasser la barre des 50 000 $.

Ainsi, si on n’avait pas subventionné le Cirque du Soleil à ses débuts, ferait-il notre fierté aujourd’hui partout dans le monde? Ce petit coup de pouce a été extrêmement rentable pour l’État québécois. Qu’est-ce qui nous assure que ce n’est pas le prochain Cirque du Soleil qu’on est en train d’affamer en s’attaquant aux artistes? Martin Petit l’explique d’ailleurs très bien sur son blogue:

Quand on parle de financer la culture on ne parle pas de donner plus à Céline ou Louis-José Houde. On parle des danseuses des ballets canadien, on vise des entreprises à risque comme le théâtre, la danse moderne, et aussi la formation de la relève culturelle via les coupures à l’INIS et par la bande à la SAT.

En somme, aider les artistes, c’est s’aider soi-même. C’est assurer la capacité de notre culture à rayonner dans le monde et à se projeter dans le temps. Nous sommes minoritaires dans un océan de culture hollywoodienne; sans subventions, nous nous ferions purement et simplement avaler. En ce moment, le monde entier est fasciné devant cette incroyable capacité culturelle de ce petit peuple québécois d’à peine sept millions d’âmes. Nous projetons nos films en masse en France, nos artistes y remplissent des salles ou des stades, nous occupons Las Vegas pendant des mois, voire des années. Nous impressionnons le monde.

Et c’est cela que le gouvernement Harper espère détruire. RadiCarl exprime très bien mes craintes à ce sujet:

Un régime politique qui dénigre l’importance de la culture dans une société, un régime qui vise les intellectuels et les créateurs, chez moi ça sonne les petites clochettes de l’histoire… ai-je vraiment à vous dire que c’est inquiétant?

Au fond, Harper espère peut-être simplement nous imposer « sa » vision de la culture. J’aime bien la conclusion du Québécois déchaîné à ce sujet:

Voulons-nous aller vers une société où l’on prône la culture des moutons lobotomisés avalant sans recul tout ce qu’on nous propose ? Harper veut-il un peuple de Télétubies qui consomment de la culture prémachée et uniforme ? Le monsieur au beau sourire de requin aime la culture mais pas la vôtre, la sienne : la culture de l’argent.

De l’argent qu’on ne va peut-être plus avoir dans une décennie, faute des retombées culturelles et des impôts payés par des artistes très prometteurs qui auront dû renoncer à leurs rêves à cause de ces coupures. Heureusement, il nous restera toujours le Journal de Montréal, quand notre culture se résumera à une peau de chagrin miteuse.

À l’aube d’une campagne électorale, voilà quelque chose à quoi il me semble important de penser, avant de voter pour un parti ne veut pas notre bien..

AJOUT: Je constate avec déplaisir que je me suis trompé: Nathalie Elgrably continue de propager ses idioties dans le Journal de Montréal. À ce sujet, je vous conseille fortement le dernier texte de Jimmy où celui-ci démolit littéralement les arguments de l’ex-présidente de l’IEDM qui affirme qu’en réduisant le rôle de l’État dans l’inspection des aliments on obtiendrait une meilleure inspection des arguments. Au contraire, c’est précisément parce que l’Agence d’inspection des aliments laisse trop de latitude aux entreprises qu’une telle crise de listériose a été possible! Dans tous les cas, allez lire le texte de mon ex-collaborateur. Tiens, je l’aime tellement que je mets un autre lien vers son blogue!