Demain, la chute
3 novembre 2011

Nous sommes sur une rivière, autrefois tranquille, paisible, maintenant féroce, et le torrent accélère. La chute est devant nous et il n’y a pas la moindre façon de l’éviter. Aucun plan d’aide économique à la Grèce, aucune mesure d’austérité, pas même l’éclatement de la zone Euro de plus en plus probable (même l’Allemagne recommence à imprimer des marks), pas même une redistribution de la richesse, pas même la mise au pas, hautement improbable, des banquiers. Nous approchons de ce tournant dans l’Histoire, de cette chute qui va, une fois de plus, renverser l’humanité.

On nous dit: « C’est une récession ». Aucune récession ne met en danger l’ensemble du système financier de cette manière. On nous dit: « C’est une crise de liquidités ». Aucune crise de liquidités ne peut exister partout à la fois, dans tous les secteurs, et d’une manière permanente. On nous dit: « Il suffit de baisser les taux d’intérêts ». Les taux d’intérêts sont au plancher. On nous dit: « Il suffit de relancer la demande ». Les gens sont endettés jusqu’au cou. On nous dit: « Il faut renflouer les banques et les États ». Aucune impression d’argent facile ne pourra contribuer à renflouer un trou noir d’argent facile.

Notre monnaie, c’est de la dette. Elle naît dans la dette. Tout dollar en circulation est un reçu émis pour le remboursement d’une dette, avec intérêts. Voilà pourquoi les dettes sont toujours de plus en plus importantes. Il n’y a pas, il n’y aura jamais moyen de les rembourser. Elles nous plombent non pas parce qu’on vit au-dessus de nos moyens, comme aimerait le faire croire une certaine droite, mais parce qu’elles sont à la base de l’ensemble de notre système financier. Pas de dette, pas de monnaie. C’est aussi simple que cela.

Il y a une seule manière de permettre au système actuel de fonctionner: la croissance doit toujours être supérieure à la dette. Et puisque la dette est exponentielle, la croissance doit l’être aussi. Or, non seulement notre planète constitue un univers clos (pour le moment), mais sa principale ressource, la seule ayant été en mesure de produire le système actuel, le pétrole à accès facile, sera bientôt du passé (voir image). Le système actuel est intenable.

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Demain

De quoi aura l’air notre monde, quand nous aurons chuté? À peu près le contraire de celui d’aujourd’hui.

  • Une monnaie stable.Notre monnaie-dette actuelle va mourir. Elle le fera dans la déflation ou l’hyperinflation, ou dans l’une suivie de l’autre, mais elle va mourir. Toutes les monnaies fiat, c’est-à-dire qui ne sont basées sur rien d’autre que la confiance qu’on a en elles, finissent par atteindre leur véritable valeur: zéro. La monnaie du future sera basée sur des valeurs réelles, qui ne peuvent être manipulées, et qui ont fait leur preuve: de l’or, de l’argent.
  • Un monde local. La mondialisation est déjà morte, mais le monde de demain officialisera ce fait. Oubliez vos bibelots fait au Japon ou en Chine. Les pays occidentaux vivront une réindustrialisation à l’échelle locale et on réapprendra à s’auto-suffire d’un point de vue économique. Les coûts élevés de l’énergie, et donc du transport, rendront toute production à l’étranger nettement désavantageuse.
  • Une société simplifiée. Selon l’anthropologue Joseph Tainter, l’effondrement d’une société constitue simplement une simplification massive et rapide. Ce sera notre monde, demain. Terminée l’ère des multi-spécialistes, des pousseurs de crayons, des rapaces de la finance vivant des micro-changements boursiers. Prospéreront ceux qui travailleront et travailleront ceux qui produiront quelque chose d’utile et de concret pour la collectivité immédiate.
  • Le retour du village. Ce monde simplifié sera également plus dangereux, parce que la fin du paradigme actuel impliquera une baisse de la population humaine et un appauvrissement généralisé. Survivront ceux qui vivront dans des petites collectivités près des zones d’agriculture et où chacun pourra prendre soin de son prochain.
  • Le retour des valeurs. L’introduction d’une monnaie stable aura comme conséquence une stabilisation des mœurs et un retour des valeurs. Historiquement, la dévaluation des monnaies s’est toujours accompagnée de périodes de débauches et de pertes des valeurs; Rome en est le meilleur exemple, mais on pourrait également parler de la République de Weimar, ayant mené à la montée de Hitler. Chacun devant se serrer les coudes, et pouvant le faire dans un monde où une pièce de monnaie vaudra toujours une pièce de monnaie dans le temps,  le contrat social reprendra de son importance et les relations entre concitoyens se feront sur des bases plus respectueuses, sans cette complexité consistant à devoir constamment courir après des rendements pour battre l’inflation.
  • La fin des banlieues. Ces banlieues, qui constituent le pinacle du paradigme actuel, vont disparaître. Le coût de l’énergie étant trop élevé, la densité trop faible, elles feront graduellement place à de petites villes, des villages, ou même des champs. Le stationnement du Wal-Mart au-dessus des meilleures terres arables de la région sera démoli et on recommencera à cultiver.

Ces changements ne sont qu’un exemple de ce qui se produira après la chute. Plusieurs, parmi nous, sentent déjà l’inéluctabilité de ceux-ci.

La vraie question, d’ici là, consiste simplement à se préparer. À anticiper la chute, à survivre pendant celle-ci. Trouver un moyen de s’assurer de pouvoir passer du paradigme actuel au paradigme futur sans y laisser sa peau.

Voilà toute la question.

Et ceux qui auront trouvé la meilleure manière de le faire seront ceux qui prospéreront dans le futur.

Et les autres, ceux qui chantent aujourd’hui, qui s’endettent, qui vivent au moment présent, telle les cigales de la fable, seront pris au dépourvu et viendront quémander à ceux qui se sont préparés.

Ce n’est pas la Grèce qui fait défaut, ce n’est pas une crise de liquidités, ce n’est pas une récession. C’est la chute de tout un système.

Préparez-vous.

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Nous sommes tous Islandais
27 octobre 2009

Finis les Big Mac en Islande! La multinationale aux arches dorées a décidé de fermer boutique dans le pays. La cause? La profonde crise dans laquelle est empêtrée le pays, et la dévaluation de plus de 50% de la monnaie nationale, éliminant toute possibilité de profit pour McDonald’s lors de l’importation de ses matières premières. Une crise causée par des mesures économiques très à droite, presque libertariennes, et qui ont conduit l’Islande à la faillite.

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En 1984, Milton Friedman, le gourou du néolibéralisme qu’on cite allègrement dans les officines du Conseil du Patronat du Québec et qui constitue une des idoles de André Pratte, l’éditorialiste en chef de la putain de la rue Saint-Jacques (dixit Olivar Asselin), a donné une conférence à l’université d’Islande et participé à un débat télévisé l’opposant à des dirigeants socialistes. Il a fait une forte impression sur toute une jeunesse conservatrice du Independance Party et a ainsi contribué indirectement à l’élection du parti en 1991.

Dès son arrivée au pouvoir, le Independance Party a commencé ses réformes. Durant les dix-huit années qu’a duré son règne à la tête du pays de 320 000 habitants, il a privatisé les pêcheries, des parcs naturels, a donné à une compagnie privée le génome de tous les habitants du pays, a privatisé l’historique médical, les banques (qui ont été « achetées » par des proches du premier ministre), la principale compagnie de télécommunication, alouette. Il a privatisé presque tout ce qui pouvait l’être. Et il a appliqué le petit catéchisme néolibéral à la lettre: il a réduit l’impôt des entreprises de 50% à 18%, il a baissé les taxes et il a appliqué un impôt unique, cette « flat-tax » tant vantée par certains droitistes.

L’illusion a fonctionné pendant un certain temps. Une opulente richesse, dans les mains d’une minorité, a déferlé sur Reykjavik, la valeur des propriétés a augmenté, les miroirs se sont coordonnés pour donner l’illusion de la croissance et de la prospérité. Mais au premier coup de vent, le château de cartes s’est effondré.

Les banques privatisées – et leurs dettes équivalentes à 10 fois le PIB du pays – ont du être renationalisées en catastrophe. On a soumis une candidature expresse pour l’Union européenne, espérant le sauvetage. On s’est mis à genoux devant le FMI, qui avait déjà lui-même secouru l’Argentine après que ce pays eut appliqué ses propres politiques de droite, et on fait face à une chute de plus de 10% du PIB en 2009, le pire résultat depuis l’indépendance du pays, en 1944. L’endettement de l’Islande a atteint 70 milliards, une somme titanesque pour un pays comptant moins d’habitants que la ville de Québec.

Le pays est ruiné.

Ainsi, quand on veut augmenter mes tarifs, je fais un Islandais de moi-même et je dis: « Nei! ». Quand on majore les frais de scolarité, je réponds « Nei! ». Quand on refuse d’imposer adéquatement les mieux nantis, je rétorque « Nei! ». Quand on veut m’imposer des PPP, je réplique « Nei! ». Et quand on me dit que ces réformes de droite constituent le « gros bon sens », je m’époumone à crier « NEI! ».

Aujourd’hui, nous sommes tous Islandais. Nous avons vu ce que nous avons à attendre des gourous d’une droite habile dans ses discours créateurs d’illusion de richesse, mais qui se terre dans les bras du gouvernement au premier coup de vent. Les théories économiques de Milton Friedman, qui considérait l’Islande comme son utopie réalisée, ont perdu toute crédibilité.

Et si on osait l’équilibre, une véritable social-démocratie refusant les dogmes et l’idéologie d’une minorité d’exaltés désireuse de mettre la main sur nos richesses collectives?

Un peu de ketchup avec votre Big Mac?

Irlande, le Waterloo d’André Pratte?
6 août 2009

Si André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, affirme quelque chose, cela doit forcément suivre une certaine logique. Ou à tout le moins, son propos doit être cohérent. On s’attend à naviguer sur le flot de ses éditoriaux comme sur un long fleuve tranquille, coulant inlassablement vers la mer de ses croyances. Mais qu’arrive-t-il lorsqu’on le prend en flagrant délit de contradiction?

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Dans son éditorial d’hier, sur Cyberpresse, Pratte s’en prend violemment à l’Irlande, avec son taux de chômage de 11,9%, en route vers les 16% selon une étude de l’Economic and Social Research Institute. Selon sa nouvelle lecture des choses, cela constituerait la preuve de l’impossibilité pour un petit pays comme un Québec indépendant de s’épanouir économiquement. Il termine même son texte en lançant cette phrase incroyable: « Et avec l’effondrement de l’économie irlandaise s’écroule un des fragiles fondements de [l’]argumentaire économique [souverainiste]. »

Pourtant, le 8 décembre 2003, André Pratte écrivait un autre éditorial, enjoignant les élites québécoises à suivre la voie de la « réussite » irlandaise. Il s’appuyait alors sur la publication d’un rapport de l’Institut Fraser intitulé « La prospérité ou la stagnation » qui recommandait au Québec de s’inspirer du « modèle » irlandais. La recette? On la connait: déréglementer, privatiser, s’attaquer aux syndicats, baisser les impôts. Pratte parlait d’une « grande corvée ».

Étonnement, son discours a été repris par les élites souverainistes, tant à Québec qu’à Ottawa. Pierre Paquette, porte-parole du Bloc québécois en matière de finances, a répondu à l’éditorialiste en lui disant qu’il était tout à fait d’accord avec la nécessité de cette corvée, mais qu’à ses yeux le Québec pouvait très bien la faire en étant indépendant. ((La Presse, Forum, mercredi, 17 décembre 2003, p. A19, Un portrait trop noir, Le Québec s’en tire assez bien, malgré le frein au développement que constitue le fédéralisme canadien, Pierre Paquette)) Même François Legault, du Parti Québécois, a surfé sur cette vague pendant des années, allant même jusqu’à affirmer que les impôts ridiculement bas de 12% payés en Irlande seraient une voie à suivre pour le Québec!

Qu’on se comprenne bien: ni le Bloc Québécois ni le Parti Québécois n’ont rejeté les arguments de Pratte selon lesquels la meilleure façon de croître serait d’instaurer un État minimal et autres réformes de droite. Leur seule particularité a été de dire qu’on pourrait mieux le faire en étant indépendant.

Or, aujourd’hui, après avoir recommandé au Québec de suivre la voie de l’Irlande, après avoir été entendu jusque dans les officines de partis souverainistes pressés de mettre en place ses réformes dès l’indépendance achevée, voilà qu’André Pratte fait marche arrière et reproche à celles-ci d’avoir accepté ses préceptes! « Il y a quelque chose dans la recette canadienne qui, de façon générale, assure aux Canadiens une prospérité enviable » soutient le scribe de la rue Saint-Jacques. Cette recette, il ose à peine la nommer: classe moyenne syndiquée à l’abri des aléas de la crise (de 1999 à 2007, le taux de syndicalisation chutait de 0,8% au Canada, contre 9,7% en Irlande (( Données de l’OCDE sur le taux de syndicalisation )) ) , réglementation adéquate des banques, taux d’imposition assurant une redistribution de la richesse. Bref, toutes ces choses auxquelles il s’était opposé en 2003 et dont il avait empressé le Québec de se débarrasser.

Cruelle ironie, n’est-ce pas? L’homme se plaint d’un problème, incite d’autres à adopter ses idées, ceux-ci le font, et ensuite il leur reproche de l’avoir fait en démontrant, chiffres à l’appui, que sa première idée était mauvaise!  Sans l’admettre ouvertement, bien sûr.

Ce ne sont donc pas les « fragiles fondements » de l’argumentaire économique souverainiste qui s’écroulent, mais la crédibilité d’André Pratte et sa capacité à influer sur les décisions politiques du futur. La prochaine fois qu’il exigera des réformes mettant en danger notre société, un seul mot suffira à le faire taire: « Irlande ».

Oser le protectionnisme pour sortir de la crise
18 mars 2009

Le Bloc Québécois ferait bien de se demander ce qu’a accompli de si formidable le libre-échange depuis quelques années au lieu de s’inquiéter d’un possible retour du protectionnisme aux États-Unis.  Imposer des droits de douanes aux entreprises qui mettent à la porte des travailleurs d’ici pour produire dans le tiers-monde ne constitue pas une menace, mais peut-être la seule solution.

Les États-Unis étaient possiblement le pays le plus libre-échangiste au monde, du moins jusqu’au début de la crise, mais à quel prix? De 2000 à 2007, le revenu du ménage médian baissait de 0,3% par année en termes réels. Le taux d’endettement des ménages américains est passé de 63% du PIB en 1998 à 100% en 2007. ((Le Monde diplomatique, Mars 2009, p. 18 19, Totems et tabous, Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis, Jacques Sapir)) Face à une concurrence asiatique payant des salaires médiocres, les délocalisations et fermetures d’usines étaient la norme. Conséquence: le secteur manufacturier a fondu comme une crème glacée sur l’asphalte sous un soleil de juillet.

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Parallèlement, toujours soucieuses d’être compétitives à l’échelle internationale, les compagnies ont demandé (et obtenu) du gouvernement qu’il transfère les charges sociales vers les salariés. De 2000 à 2007, le coût des assurances de santé aux États-Unis a augmenté de 68%, les frais d’éducation de 46% et la proportion des citoyens sans couverture sociale est passée de 13,9% à 15,6%. ((Idem.))

Quel succès!

Le politologue français Emmanuel Todd résume bien le problème:

La pression sur les salaires aboutit à l’insuffisance de la demande globale, à l’échelle planétaire. Avant la crise, le système tournait grâce aux Etats-Unis: en situation monétaire et militaire dominante, ils consommaient chaque année 800 milliards de dollars en trop, soit leur déficit commercial annuel. L’Amérique était l’agent de relance de l’économie mondiale et sa surconsommation était financée par le mécanisme des subprimes, des prêts hypothécaires, qui vient d’exploser. La globalisation a dans un premier temps détruit des emplois dans la partie développée du monde. Les pays émergents se sont nourris de cette destruction mais finissent par être touchés par l’effondrement de la demande intérieure des pays qu’ils étaient en train d’affaiblir. C’est le problème classique du virus qui finit par tuer son hôte.

En clair, le libre-échange a mis en compétition des travailleurs occidentaux et du tiers-monde pour fabriquer une multitude de produits. En délocalisant une usine (ce qui devient possible par l’abolition des tarifs douaniers), on permet de produire à moindre prix, mais parallèlement on réduit la demande du pays développé auquel la dite marchandise devait être destinée. On produit davantage, mais ceux qui perdent leurs emplois dans les secteurs manufacturiers ont moins d’argent pour consommer. Ce qui conduit à la crise.

Le Québec, par exemple, a perdu 87 000 emplois dans ce secteur de 2004 à 2008. ((Le Devoir, ÉCONOMIE, samedi, 21 février 2009, p. b1, Manufacturier: un emploi sur sept a disparu, Desjardins, François)) On ne parle pas ici d’emplois payés au salaire minimum, mais de salaires acceptables permettant de faire vivre une famille et… d’acheter toutes les bébelles produites en Chine dans des usines qui pourraient être ici. La situation est identique dans tous les pays les plus avancés: les États-Unis ont perdu 4,1 millions d’emplois dans ce secteur de 1998 à 2008, l’Angleterre a vu disparaître 29% de ses emplois et le Japon plus de 24%. C’est l’hécatombe, et on peut dire merci au libre-échange.

Si le libre-échange a causé la crise actuelle, plusieurs s’empressent de dénoncer ce qui pourrait possiblement permettre de s’en sortir: le protectionnisme. « Non, non, non », les entend-on répéter inlassablement. Encore englués dans leurs dogmes néolibéraux, ils n’ont pas encore constaté l’incroyable implosion de l’économie résultante de leur idéologie. Ils agitent le spectre d’un protectionnisme ayant soi-disant empiré la crise des années 30 pour mieux le dénoncer.

Dans les faits, pourtant, le protectionnisme n’a pas rendu la crise des années 30 plus sérieuse, loin de là. Il ne s’agit pas d’un hasard si John Maynard Keynes, qui a été dans les années 1920 un des plus grands partisans du libre-échange, est devenu un adepte du protectionnisme à partir de 1933. Le libre-échange est incapable de relancer la consommation nationale. Les véritables facteurs ayant aggravé la crise furent plutôt l’instabilité monétaire, l’accroissement des coûts de transport et la contraction de la liquidité internationale. Ce qui se produit actuellement, dans un système on-ne-peut plus libre-échangiste.

Dans une situation exceptionnelle, il faut penser de manière exceptionnelle. Jacques Sapir l’explique:

Des mesures protectionnistes, qui permettent de moduler les échanges avec l’extérieur, à l’encontre de l’autarcie, qui vise au repli sur soi, s’imposent donc. C’est même la condition sine qua non de toute politique de revalorisation salariale qui rende les ménages solvables et permette d’accroître la demande. Augmenter les salaires sans toucher au libre-échange est soit une hypocrisie, soit une stupidité. Par ailleurs, seul le protectionnisme peut arrêter la spirale du moins-disant fiscal et du moins-disant social qui s’est instaurée aujourd’hui. ((Le Monde diplomatique, Ibid.))

Les États-Unis l’ont compris, et ce n’est pas un hasard s’ils exigent que leurs efforts financiers visent avant tout à relancer la consommation intérieure, à offrir des emplois aux États-Unis et non au Mexique ou à Pékin. Ce pays a beaucoup de défaut, mais une de ses qualités est le pragmatisme. Pendant que le Bloc Québécois et à peu près toutes les élites canadiennes et québécoises sont encore éberlués par les événements et s’accrochent à une recette qui a prouvé son inefficacité, nos voisins du sud ont compris l’importance d’un sain protectionnisme permettant de jeter les bases d’une future reprise.

Si aujourd’hui le protectionnisme constitue une hérésie, l’idée même de nationaliser les banques n’en était-elle pas une il y a tout juste un an?

Il faut penser autrement.

La crise est-elle la résultante d’une économie pyramidale?
21 décembre 2008

Alors que de plus en plus d’analystes parlent de la présente crise économique comme étant la pire depuis celle des années 1930, je me questionne : si le système économique était stable et bien contrôlé, pourrions-nous vivre un tel effondrement boursier entraînant nos sociétés dans une profonde récession? De plus en plus, j’ai l’impression que le système économique actuel constitue une grosse pyramide de style Ponzi, du nom de Charles Ponzi, l’inventeur de l’arnaque.

Le principe de son escroquerie est incroyablement simple : on promet des intérêts faramineux à de nouveaux investisseurs et on utilise leur argent pour remplir les mêmes promesses aux anciens rentiers. Par exemple, on demande à quelqu’un d’investir 1000$ et on lui promet 2000$ en un court laps de temps. Les 1000$ investis servent à payer les intérêts à ceux qui étaient présents avant lui et le succès de cet investissement incite ces derniers à réinvestir leur argent de même qu’à convaincre d’autres investisseurs de se joindre au schème pyramidal, perpétuant le cycle. La chaîne fonctionne tant et aussi longtemps que de nouveaux investisseurs affluent, mais lorsqu’elle se brise tout le monde perd son argent puisque celui-ci n’a jamais véritablement entièrement existé.

Une des pyramides les plus dévastatrices vola en éclat en 1997 en Albanie, entraînant des milliers de morts dans sa chute. La particularité de ce schème, dirigé par Ion Stoica, était qu’il était endossé par les élites politiques et que près des deux-tiers des Albanais y ont participé, entraînant une faillite de près de 1,2 milliards $ (sur une population totale de 3 millions!) lorsque la bulle éclata.

Évidemment, on ne peut comparer la brutalité de cet effondrement à celui qui secoue actuellement notre économie. La descente aux enfers d’un véritable schème Ponzi s’avère beaucoup plus brutale que pratiquement toute autre forme de faillite.

Cependant, s’il est impossible de comparer l’intensité des deux effondrements, on peut très bien affirmer sans se tromper que la crise des prêts hypothécaires à risque, et dans une moindre mesure toute forme de bulle financière inhérente au capitalisme sauvage, constitue une forme adoucie de schème Ponzi.

À la base, la bulle immobilière provenait d’un réel besoin : se loger et investir en se logeant, ayant la conviction que la résidence allait prendre (un peu) de valeur. Après l’éclatement de la bulle techno au tournant des années 2000, c’était une idée sensée. Sauf que tout a dérapé : la conviction que l’investissement était un aspect secondaire du besoin d’être logé s’est transformée en certitude que l’argent investi se transformerait automatiquement en profit. Me suivez-vous? On a offert à des gens sans le sou (ou presque) la possibilité d’acheter des maisons puisque le prix de celles-ci allait forcément monter (garantissant l’argent prêté en cas de défaut de paiement), alimenté par une forte demande… provenant justement de gens qui achetaient des maisons en croyant faire un investissement sans risque.

Ne s’agit-il pas là d’un schème Ponzi socialement accepté et encouragé? Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas à des gens qui n’en ont pas sous le seul calcul que le marché de l’immobilier est en hausse constante depuis 1945 et qu’il continuera de l’être. Un peu à l’image de la pyramide de Stoica, dont toute la base reposait sur l’idée qu’il y aurait toujours davantage de poissons à hameçonner, plus il y a de gens qui participent à l’embolie plus le système prospère et engraisse. Sauf que rien n’est éternel.

Forcément, tout comme le nombre d’Albanais à embrigader était limité, le nombre d’acheteurs de maisons l’est également. Les baby-boomers ont lancé cette ère de consommation, mais quand ceux-ci prennent leur retraite et la plupart ont leur maison, il arrive un moment où la démographie à la baisse prend toute son importance et où il y a trop de maisons sur le marché, causant une diminution du prix et l’incapacité pour les banques de revendre à la hausse les résidences des mauvais payeurs, entraînant ce cercle vicieux menant à l’éclatement de la bulle. Ce n’est donc pas un hasard si le nombre de saisies de maisons était en hausse de 79% aux États-Unis en 2007 par rapport à 2006, atteignant 1,3 million!

Personne de sensé ne remet en question le fait que le capitalisme de marché a démontré sa supériorité sur les autres systèmes, malgré ses imperfections. Ceci dit, comme tout chien fougueux qui ne demande qu’à courir dans tous les sens, celui-ci doit être tenu bien en laisse, modéré, ses énergies canalisées, et il me semble qu’il serait plus avisé d’éviter les bulles et les schémas quasi-pyramidaux plutôt que d’y contribuer comme nos gouvernements l’ont fait en déréglementant et en privatisant.

Avant que nos vies ne deviennent des pyramides sur lesquelles des puissants bâtissent leurs fortunes, ne serait-il pas temps de s’opposer et de réclamer un rôle accru de l’État pour tempérer ce marché qui se croit omnipotent?

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

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Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

Le grand changement?!
5 novembre 2008

On s’est tellement fait encrasser les oreilles par des médias asservis à l’image de Barack Obama depuis des mois quant au caractère « historique » de cette élection présidentielle qu’il convient, selon moi, de regarder de plus près ce « grand changement ». En fait, la grande question est celle-ci: qu’est-ce qui a changé?

On a échangé un président texan contre un hawaïen, un buveur de bière contre un dégustateur de vin et un cowboy amoureux de la nature contre un urbain amoureux des gens. Ok, next?

On s’est débarrassé d’un colonisateur d’Irak pour le remplacer par un envahisseur de Pakistan. Changement? Continuité.

On a perdu un dirigeant acoquiné avec la haute-finance pour le remplacer par un autre qui a fait financer sa campagne à 100% par des dons privés (allo le retour de l’ascenseur!) et a reçu des sommes considérables notamment de Goldman Sachs, Lehman Brothers, JP Morgan & Chase, DLA Piper, National Amusements Inc., Ubs Ag., etc. Changement? Continuité.

On se démunit d’un Bush jouant à fond la carte de la guerre au terrorisme pour masquer les visées impérialistes des États-Unis pour le remplacer par… un Obama qui joue à fond la carte de la guerre au terrorisme pour les mêmes raisons. Changement? Niet!

On troque un président appuyant la répression israélienne contre les Palestiniens contre un président qui a affirmé son soutien indéfectible à Israël lors de son premier discours public en tant que candidat devant un des plus virulents lobbies juifs aux États-Unis, l’AIPAC. Et même politique intransigeante contre Cuba! Changement pour les Palestiniens ou pour les Cubains? Non!

On a dit adieu à un président qui a fait des baisses d’impôts consenties aux plus nantis une carte-maîtresse de sa politique économique ayant mené au fiasco actuel. Et on le remplace par un Obama qui ne rejette pas ces réductions d’impôts et qui entend les baisser davantage pour des personnes gagnant jusqu’à 250 000$! (On est loin de la classe moyenne à ce salaire…) Changement? No, my friend!

Vous vouliez du changement? Vous en avez! Le ton est différent, plus soft, moins hargneux, plus ouvert. L’attitude ressemble moins à celle d’un fermier qu’à un homme de la ville, moderne, soi-disant tourné vers l’avenir. Mais les idées, elles, sont résolument du passé et quasi-identiques à celles de George W. Bush, et ce n’est donc qu’un masque que place devant les caméras le vrai pouvoir, celui qui n’est jamais élu.

La « marque » Bush et son intransigeance avaient fait leur temps. Place au retour du grand sourire Mickey Mouse et du dialogue d’ouverture pendant qu’on vous vole vos maisons ou qu’on bombarde vos amis.

Que de progrès! Même les Soviétiques n’auraient pu imaginer meilleure dictature.

De l’utilité sociale de la pédophilie
28 octobre 2008

Je lisais cette nouvelle où on apprend qu’une fillette de sept ans a été enlevée, violée, puis ramenée simplement une heure plus tard à son école. J’entends déjà en sourdine l’écho plaintif des faiseurs d’opinions réclamant davantage de répression et la fin des sempiternelles « sentences-bonbons ». Et si la vérité était ailleurs. Pire, ou mieux, et si les pédophiles avaient une utilité sociale?

On s’entend, personne ici ne va approuver la pédophilie. S’en prendre à un être sans défense, qui commence dans la vie, et le handicaper durablement en lui faisant connaître ce qu’il est trop jeune pour avoir besoin de connaître, c’est purement mal. Mais le mal peut-il être utile?

Par exemple, si personne ne souhaite avoir un cancer, sans l’explosion des cas de cancer depuis plusieurs décennies on fumerait toujours la cigarette dans les écoles. Sans l’accroissement des crises cardiaques et de l’obésité morbide, on n’aurait pas commencé à limiter la malbouffe. Sans Tchernobyl, aurait-on entrepris de mieux sécuriser l’énergie nucléaire? Mais encore: sans les épidémies de pestes buboniques, aurait-on commencé à appliquer de meilleures règles d’hygiènes? Et sans nos ancêtres préhistoriques qui ont brûlé vifs lors d’un incendie de forêt, aurait-on découvert la maîtrise du feu?

Ce que je dis ici, c’est que de tout événement négatif naît la possibilité d’un résultat positif. L’événement négatif ne peut être blâmé sans cesse pour ce qu’il est, mais plutôt acclamé pour les changements qu’il nous force à apporter.

À quoi aurait-il donc servi à nos prédécesseurs de blâmer le feu qui les brûle ou plus tard la maladie qui les frappe, à sacrifier des moutons ou des sorcières pour apaiser les Dieux en furie et faire couler la pluie ou arrêter l’épidémie par chance? À rien. L’eau qui épuise l’incendie et le force en retraite n’empêche pas le feu de revenir, pas plus que la fin d’une épidémie ne conjure le retour d’une autre.

L’Homme doit apprendre à s’adapter et à changer ce qu’il le rend vulnérable aux périls.

Ainsi, la solution au problème de la pédophilie n’est peut-être simplement pas d’emprisonner les pédophiles. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Il faudrait possiblement comprendre en quoi nos enfants sont devenus plus vulnérables qu’ils ne l’étaient autrefois, si tel est effectivement le cas.

Par exemple, autrefois, dans nos campagnes, les enfants étaient beaucoup plus souvent à la maison ou chez des proches. Ils aidaient pour les travaux avec la famille, les garçons avec leur père, les fillettes avec leur mère, et les sorties étaient plus encadrées, ou du moins elles avaient lieu dans un univers moins spacieux, plus simple. Les enfants avaient leurs moments de liberté, mais celle-ci s’exprimait dans un contexte où les gens se connaissaient davantage.

Aujourd’hui, par contre, c’est l’époque de la clef dans le cou, de l’autobus jaune ou bleu, des inconnus hasardeux qu’on aperçoit subrepticement derrière une triste clôture argentée. Plus personne ne se connaît, plus personne ne se parle. Un inconnu peut arrêter sa voiture, embarquer une fillette de sept ans, lui mettre son pénis dans la bouche ou à d’autres endroits infâmes et la laisser partir une heure plus tard pour aller chez une amie en lui disant « salut ma lolotte oublie-pas de te laver la figure » et personne ne se rend compte de rien. Nous sommes étrangers les uns pour les autres. Et c’est grâce à notre désunion et notre indifférence que peuvent prospérer de telles violences.

Conséquemment, avant de réclamer des peines toujours plus sévères pour les pédophiles comme d’autres ont brûlé des sorcières contre la peste, il faudrait peut-être mieux se regarder soi-même, passer davantage de temps avec nos enfants et leur offrir un futur où ceux-ci puissent se sentir en confiance toute la journée.

Car on aura beau arroser le feu, le piétiner, lui lancer de la chaux, l’insulter, lui cracher dessus, mettre de la terre sur lui, l’isoler ou lui couper l’oxygène, il reviendra toujours. Le problème n’est pas la pédophilie, mais notre mode de vie. Et y a pas de peines plus sévères, de castration, de registre public ou d’affichage de photos qui pourront régler ça.

Se choquer et s’indigner devant l’inacceptable, c’est facile. Se remettre en question, et essayer de changer un quotidien un peu trop impersonnel et compliqué qui nous rend vulnérables, voilà un défi plus épineux.