La crise est-elle la résultante d’une économie pyramidale?
21 décembre 2008

Alors que de plus en plus d’analystes parlent de la présente crise économique comme étant la pire depuis celle des années 1930, je me questionne : si le système économique était stable et bien contrôlé, pourrions-nous vivre un tel effondrement boursier entraînant nos sociétés dans une profonde récession? De plus en plus, j’ai l’impression que le système économique actuel constitue une grosse pyramide de style Ponzi, du nom de Charles Ponzi, l’inventeur de l’arnaque.

Le principe de son escroquerie est incroyablement simple : on promet des intérêts faramineux à de nouveaux investisseurs et on utilise leur argent pour remplir les mêmes promesses aux anciens rentiers. Par exemple, on demande à quelqu’un d’investir 1000$ et on lui promet 2000$ en un court laps de temps. Les 1000$ investis servent à payer les intérêts à ceux qui étaient présents avant lui et le succès de cet investissement incite ces derniers à réinvestir leur argent de même qu’à convaincre d’autres investisseurs de se joindre au schème pyramidal, perpétuant le cycle. La chaîne fonctionne tant et aussi longtemps que de nouveaux investisseurs affluent, mais lorsqu’elle se brise tout le monde perd son argent puisque celui-ci n’a jamais véritablement entièrement existé.

Une des pyramides les plus dévastatrices vola en éclat en 1997 en Albanie, entraînant des milliers de morts dans sa chute. La particularité de ce schème, dirigé par Ion Stoica, était qu’il était endossé par les élites politiques et que près des deux-tiers des Albanais y ont participé, entraînant une faillite de près de 1,2 milliards $ (sur une population totale de 3 millions!) lorsque la bulle éclata.

Évidemment, on ne peut comparer la brutalité de cet effondrement à celui qui secoue actuellement notre économie. La descente aux enfers d’un véritable schème Ponzi s’avère beaucoup plus brutale que pratiquement toute autre forme de faillite.

Cependant, s’il est impossible de comparer l’intensité des deux effondrements, on peut très bien affirmer sans se tromper que la crise des prêts hypothécaires à risque, et dans une moindre mesure toute forme de bulle financière inhérente au capitalisme sauvage, constitue une forme adoucie de schème Ponzi.

À la base, la bulle immobilière provenait d’un réel besoin : se loger et investir en se logeant, ayant la conviction que la résidence allait prendre (un peu) de valeur. Après l’éclatement de la bulle techno au tournant des années 2000, c’était une idée sensée. Sauf que tout a dérapé : la conviction que l’investissement était un aspect secondaire du besoin d’être logé s’est transformée en certitude que l’argent investi se transformerait automatiquement en profit. Me suivez-vous? On a offert à des gens sans le sou (ou presque) la possibilité d’acheter des maisons puisque le prix de celles-ci allait forcément monter (garantissant l’argent prêté en cas de défaut de paiement), alimenté par une forte demande… provenant justement de gens qui achetaient des maisons en croyant faire un investissement sans risque.

Ne s’agit-il pas là d’un schème Ponzi socialement accepté et encouragé? Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas à des gens qui n’en ont pas sous le seul calcul que le marché de l’immobilier est en hausse constante depuis 1945 et qu’il continuera de l’être. Un peu à l’image de la pyramide de Stoica, dont toute la base reposait sur l’idée qu’il y aurait toujours davantage de poissons à hameçonner, plus il y a de gens qui participent à l’embolie plus le système prospère et engraisse. Sauf que rien n’est éternel.

Forcément, tout comme le nombre d’Albanais à embrigader était limité, le nombre d’acheteurs de maisons l’est également. Les baby-boomers ont lancé cette ère de consommation, mais quand ceux-ci prennent leur retraite et la plupart ont leur maison, il arrive un moment où la démographie à la baisse prend toute son importance et où il y a trop de maisons sur le marché, causant une diminution du prix et l’incapacité pour les banques de revendre à la hausse les résidences des mauvais payeurs, entraînant ce cercle vicieux menant à l’éclatement de la bulle. Ce n’est donc pas un hasard si le nombre de saisies de maisons était en hausse de 79% aux États-Unis en 2007 par rapport à 2006, atteignant 1,3 million!

Personne de sensé ne remet en question le fait que le capitalisme de marché a démontré sa supériorité sur les autres systèmes, malgré ses imperfections. Ceci dit, comme tout chien fougueux qui ne demande qu’à courir dans tous les sens, celui-ci doit être tenu bien en laisse, modéré, ses énergies canalisées, et il me semble qu’il serait plus avisé d’éviter les bulles et les schémas quasi-pyramidaux plutôt que d’y contribuer comme nos gouvernements l’ont fait en déréglementant et en privatisant.

Avant que nos vies ne deviennent des pyramides sur lesquelles des puissants bâtissent leurs fortunes, ne serait-il pas temps de s’opposer et de réclamer un rôle accru de l’État pour tempérer ce marché qui se croit omnipotent?

Le pic pétrolier, c’est maintenant!
23 octobre 2007

Pour ceux qui en doutaient encore, lisez bien cette nouvelle. Ce n’est plus le moment de tergiverser et de branler dans le manche: le baril de pétrole vaut neuf fois son prix de 1998, le charbon a doublé en cinq ans, l’uranium a triplé, l’or et l’argent ont plus que doublé aussi. C’est la fuite en avant vers tout ce qui pourrait permettre de produire de l’énergie dans ce monde qui va bientôt manquer de pétrole pour assurer sa croissance économique.

Mais pourquoi les compagnies pétrolières, qui font des profits à tous les ans, ne parlent pas du pic pétrolier?

«Nous sommes face à un déni institutionnel. Les sociétés pétrolières ne peuvent que taire la vérité, sans quoi le cours de leur action risquerait de s’effondrer» a ajouté le député allemand Hans-Joseph Fell, co-fondateur de EWG.

Non seulement ça, mais quand on regarde leurs bilans financiers, on se rend compte que leur croissance est presque exclusivement constituée d’acquisition de rivales et de prise de contrôle de vieux puits; bref y a rien de nouveau. Ce n’est qu’une question de temps avant que ça pète pour de bon.

Pendant ce temps, il est de plus en plus probable que le baril de pétrole monte à 100$ cet hiver, et avec cette hausse les prix à la pompe augmenteront aussi. Beaucoup d’argent sera drainé des citoyens vers l’énergie, et donc moins sera disponible pour la consommation et la croissance économique. On peut donc s’attendre à une hausse de l’inflation et à une baisse de la croissance, voire à une récession (du moins, aux États-Unis).

Pendant ce temps, Bush parle d’attaquer l’Iran, un important producteur de pétrole dont les ressources sont convoitées par la Chine…

Le géant déstabilisé
20 septembre 2007

Le système économique mondial a rarement paru aussi fragile. La crise des prêts hypothécaires aux États-Unis, de même que le peu de certitudes quant aux stocks de pétrole (et à la capacité d’augmenter l’offre pour répondre à une demande absolument croissante) font trembler le géant du sud. Mais la situation est-elle si alarmante? Je crois que oui.

En effet, tout le système actuel est basé sur le dollar, qui lui-même est profondément dépendant du pétrole. Si celui-ci venait à manquer, comme cela semble être de plus en plus le cas avec le pic pétrolier, le système n’aurait d’autre choix que de s’effrondrer, puisque tout, absolument tout notre mode de vie est basé sur le pétrole, de l’alimentation (engrais, machinerie, transport, emballage) à notre transport en passant par tout ce que nous utilisons qui soit en plastique.

Attention, je ne dis pas que le pétrole va disparaître demain matin. Non, il y en aura probablement pour encore 400 ans. Le problème, c’est la fin du pétrole à bon marché. C’est ce moment précis où la courbe de la demande croise celle de l’offre et où les prix partent à la hausse et entraînent toute une panoplie de conséquences: inflation, récession, dépression, pénuries diverses, etc.

Et pendant ce temps, ou du moins jusqu’à ce moment, le déficit commercial des États-Unis augmente constamment, atteignant la somme de plusieurs milliards $ par jour. Les investisseurs ont de moins en moins confiance et la monnaie chute. Signe que cette chute ne fait que commencer, la quantité de monnaie disponible (ou imprimée) n’est plus annoncée publiquement depuis maintenant près d’un an. Autrement dit: on fait rouler la planche à monnaie pour financer la balance commerciale négative et on a choisi de laisser le dollar se déprécier.

À terme, ce qui risque de se produire? Un effondrement majeur, à moins que les États-Unis soient en mesure de trouver des sources multiples et très importantes de liquidités et de pétrole. Si cela signifie envahir l’Iran, il faudra le faire. S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat.

L’empire tremble, et il est prêt à tout pour ne pas tomber.

Comme l’explique Gabor Steingart dans un excellent texte publié dans le Der Spiegel, en octobre 2006:

« La dépendance des banques centrales étrangères vis à vis du dollar [U.S.] va retarder le crash, mais il ne le préviendra pas. La congère de neige d’aujourd’hui deviendra l’avalanche de demain. Des masses de neige sont déjà en train de s’accumuler à une vitesse époustoufflante. L’avalanche pourrait se produire demain, dans quelques mois ou d’ici quelques années. La plupart de ce que les gens considèrent aujourd’hui comme immortel va être emporté par la crise globale de la monnaie – peut-être même le rôle de leader des États-Unis. »

Et nous, en attendant la chute, on fait quoi? On se met la tête dans le sable en disant que tout va bien ou on vit dans l’angoisse perpétuelle? Ou peut-être qu’on se prépare, mais comment?