Radio-Canada et la mort de la culture
26 mars 2009

La culture ne vaut rien.  Le gouvernement ne le dit pas directement, mais c’est la conclusion qu’il faut en tirer à la suite des coupures à Radio-Canada.  La vraie question n’est pas de savoir si la Société Radio-Canada (SRC) est suffisamment financée ou non. Le seul point important, suite aux mises à pieds de 800 employés des réseaux anglais et français de la chaîne publique, consiste à se demander de quel genre de télévision nous avons besoin et si nos politiciens fédéraux ont compris l’importance d’un réseau médiatique publique de qualité au service des citoyens.

Le gouvernement se défend en disant qu’il s’agit d’une conséquence de la crise financière et qu’il n’y peut rien. Facile. Après avoir promis en septembre qu’il ne toucherait pas au financement de la SRC ((La Presse, Actualités, dimanche, ÉLECTIONS FÉDÉRALES, Les conservateurs nient vouloir toucher à la SRC, Ballivy, Violaine)), le Parti Conservateur a agi par la bande en abolissant le Fonds canadien de télévision et en laissant la crise faire le reste du travail.

En effet, le Fonds canadien de télévision consacrait 37% de son budget à notre chaîne publique, soit 106 millions $ pour 2008-2009. Sous les pressions répétées des Pier-Karl Péladeau de ce monde, le fonds a été éliminé début mars, remplacé par un Fonds des médias du Canada beaucoup plus généreux avec les télédiffuseurs privés. Désormais, on privilégie le potentiel d’audimat au-dessus des qualités intrinsèques d’une émission. On décourage ainsi toute forme d’audace et d’innovation en favorisant le plus simple des dénominateurs communs. Prenez à Découvertes et Enjeux, donnez à Loft Story et à Star Académie.

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Parallèlement, la crise financière n’est qu’un prétexte. Oui, les revenus publicitaires ont chuté. Mais pourquoi le fardeau devrait-il entièrement reposer sur la société d’État et sur ses (ex-)employés? Le gouvernement est prêt à accorder des MILLIARDS $ aux constructeurs automobiles pour protéger des emplois. N’aurait-il pas pu allonger le 171 millions $ qui manquait à la SRC/CBC?

Ce manque de sensibilité des Conservateurs vis-à-vis du fleuron de la télévision canadienne en dit long sur leur idéologie du tout-marché et leur manque d’intérêt pour tout ce qui touche la culture. Le problème est pourtant plus profond que cela: il faut nous questionner sur le rôle que nous aimerions donner à la société d’État.

Nous lui demandons actuellement de boucler un budget déficitaire en coupant des émissions culturelles et d’information et en se débarrassant de loyaux employés. Aurait-on idée de demander à un hôpital de cesser de soigner certains patients pour rentrer dans son argent? Ou à une école de réduire ses programmes et de foutre élèves et professeurs à porte? Non, bien sûr. Alors, pourquoi accepterions-nous de sacrifier notre culture là où nous exigerions qualité et respect de nos valeurs dans d’autres domaines?

Certains diront que la culture n’est pas assez importante, qu’elle ne mérite pas ces sacrifices. Qu’on ne peut pas la comparer à la santé et à l’éducation. Vraiment?

La culture est une richesse à long terme. Quand la SRC ouvre son bulletin de nouvelles sur une question politique complexe là où TVA fait la chronique des chats écrasés, il s’agit d’une forme d’éducation complémentaire à celle offerte par le réseau scolaire. Quand la SRC nous présente des émissions de qualité faisant l’apologie d’une alimentation saine et d’un meilleur rythme de vie, toute la société y gagne car nous sommes globalement moins malades. Elle est là, la richesse de la culture. Chaque fois qu’un individu apprend quelque chose grâce à la SRC, il enlève ce fardeau de l’apprentissage à une autre partie du système. Si nous étions honnêtes, nous reconnaîtrions la valeur éducative de Radio-Canada, qui a su allier divertissement et apprentissage, et nous exigerions la même qualité que pour l’éducation « officielle » de nos enfants. Et nous réclamerions un juste financement, tout comme nous ne demandons pas à une école primaire de s’auto-financer.

Les deux dangers guettant Radio-Canada

Si nos gentils politiciens d’Ottawa ne comprennent pas ce point primordial, deux dangers guettent la société d’État:

  1. La marginalisation:il suffit de regarder Télé-Québec pour se convaincre des dangers d’une marginalisation de Radio-Canada. Une télévision n’ayant plus les moyens de ses ambitions et faisant certes des émissions intelligentes, mais dépourvues des moyens permettant de capter l’attention de la majorité de la population.  L’aspect éducatif ne doit pas faire oublier la nécessité de moyens techniques permettant de rendre les émissions divertissantes;
  2. La dénaturation: ce scénario me semble plus plausible. Radio-Canada risque de devenir un clone de plusieurs autres réseaux privés, avec des émissions douteuses, des copies de concepts américains médiocres et dont la seule spécificité sera de nous parler occasionnellement des vaches manitobaines ou des homards néo-écossais. Un réseau gangrené par la publicité et devant faire la course aux cotes d’écoute pour espérer pouvoir survivre à l’année suivante.

Ne pourrait-on pas, nous, Québécois et Canadiens, nous doter d’une télévision et d’une radio publiques bien financés et nous offrant des émissions à la fois de qualité et divertissantes? Radio-Canada coûte présentement en moyenne 33$ par citoyen par année. Il me semble que c’est bien peu pour la richesse informative de ce réseau. Ne pourrions-nous pas oser davantage de qualité?  L’État se prive de milliards $ annuellement à cause des baisses d’impôts accordées au cours des dernières années. Ne pourrait-on pas choisir nos priorités?

Les effets d’un déracinement culturel ne se quantifient peut-être pas entre deux élections, mais à long terme, un peuple éduqué et fort au sens culturel me semble plus à même de faire les meilleurs choix individuels et collectifs permettant le mieux-être de l’ensemble de la population.

Faites circuler
21 septembre 2008

Faire la différence
23 mars 2007

PauvretéQuel est ce spectacle dont on nous dit acteur mais dont la plupart se contente d’un rôle de spectateur? Est-ce vraiment cela la démocratie, que de se casser la tête pendant des semaines à décider pour qui voter pour ensuite se rendre compte que notre vote vaut autant que celui ou celle qui vote pour n’importe qui, sous prétexte de changement? Et bien oui, c’est ça: chaque vote compte!

Mais si chaque vote compte, c’est aussi que chaque personne a une parcelle de pouvoir entre les mains. Et cette énergie peut être partagée; chacun a le pouvoir d’agir non seulement dans les urnes, mais aussi d’en parler autour de lui, d’expliquer ses positions, de renseigner ses amis/parents/collègues face à l’important choix qui s’en vient.

Des problèmes, il y en a partout. On veut du changement, c’est classique. La même vieille rengaine: on veut du changement, mais on n’obtient jamais qu’une infime partie de ce qu’on voulait comme changement. Mais le changement, c’est quoi au fait?

Est-ce que le changement, c’était de voter pour Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, qui a été une des premières à imposé le néolibéralisme? Elle avait du charisme, elle voulait « faire le ménage », elle disait qu’elle allait « mater la bureaucratie ». Avant son arrivée, une personne sur dix était sous le seuil de la pauvreté en Angleterre. Aujourd’hui, c’est une personne sur quatre.

Est-ce que le changement, c’était de voter pour Ronald Reagan? Lui aussi était charismatique, lui aussi voulait réduire la taille de l’État et couper dans les dépenses sociales. Pendant la décennie 1980, les revenus des 10% des plus riches familles aux États-Unis ont augmenté de 16%. Les 1% des plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 50%. Les 80% des plus pauvres ont vu leurs revenus baisser pendant cette décennie.

Est-ce que le changement, c’était de livrer l’Amérique du Sud aux politiques de « changement » du FMI? Ces politiques de privatisations, de réductions de la taille de l’État, de coupures dans les dépenses sociales, qui ont fait passer le nombre de personnes dans la pauvreté la plus totale de 120 millions en 1980 à 220 millions de personnes en 1999 (45% de la population, incluant les Caraïbes). Réussite, dites-vous?

Est-ce que le changement, c’était de voter George W. Bush en 2000 aux États-Unis? Celui-ci a offert des baisses d’impôts de 412 milliards $ (3,6% du PIB) aux plus riches, est en train de privatiser les retraites, et sous son règne on voit l’extrême-pauvreté progresser extrêmement rapidement. Il a du charisme, il est un bon père de famille, et il est l’homme des régions. Mais il a quand même foutu son pays dans la merde.

Est-ce que le changement, c’est de voter Mario Dumont?

Non, ce n’est pas ça le changement. Et nous, nous avons le pouvoir d’en parler autour de nous. De convaincre une personne, qui peut en convaincre une autre ensuite. Nous avons non seulement le pouvoir, mais la responsabilité de le faire, de se battre pour protéger ce que nos parents et grands-parents ont construit. Nous devons dénoncer le populisme de droite quand nous l’apercevons. Nous devons dénoncer les menaces face à l’État et à sa capacité de redistribuer la richesse.

Mais surtout: nous devons faire comprendre à tous que l’ADQ ne propose rien de neuf et que partout où ses idées politiques ont été appliquées la pauvreté a augmenté et le tissu social s’est désintégré.

Parce que chaque vote compte. Nous avons le pouvoir. De faire la différence.

Mise à jour (samedi, 10h00):

Un texte très intéressant à lire qui parle de la place de plus en plus grande de la droite au sein du système politique actuel: Quiz : où commence la satire ?

J’ai oublié un personnage important sans mon texte ci-haut: Mike Harris. Il a été élu en Ontario en se disant le champion « du gros bon sens », qui allait remettre l’Ontario au travail, la faire prospérer. S’en sont suivies des coupures dans les programmes sociaux, des privatisations, des politiques anti-syndicales féroces, et une augmentation de la pauvreté, puis, finalement, l’Ontario aujourd’hui a perdu son rôle de leader de l’économie canadienne et Harris y a laissé un héritage de cassure sociale qui prendra des années à se résorber.

Et un petit bonbon pour terminer: Maurice Duplessis. Duplessis était jeune et avait du charisme, le culte du chef était pratiquement la base de son parti, il refusait les programmes sociaux universels, il était à-plat-ventriste devant les grandes entreprises, il prônait un nationalisme mou du type autonomiste, il utilisait le patronage à outrance sous prétexte d’éliminer la bureaucratie. Maurice Duplessis a représenté l’époque la plus sombre du Québec moderne, une Grande Noirceur qu’il a été très difficile à illuminer par la suite.

Ces deux politiciens ne vous rappellent pas quelqu’un?