Honduras: dernier coup d’État de l’administration Bush?
30 juin 2009

Que le nouveau régime issu du coup d’État au Honduras arrive ou non à s’implanter n’est pas seulement lourd de conséquences pour les Honduriens eux-mêmes. Il s’agit avant tout d’un test pour Obama et pour sa capacité à rompre avec la doctrine de son prédécesseur. Quand celui-ci refuse de reconnaître les nouveaux dirigeants auto-proclamés du petit pays d’Amérique centrale, il envoie un message clair aux autres puschistes tentés par les mêmes méthodes: le pouvoir a changé de main à Washington, prenez-en note!

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En effet, pour George W. Bush, la fin justifiait les moyens. C’est bel et bien sous sa présidence que les États-Unis ont tenté de renverser Hugo Chavez, président du Vénézuela, en 2002. C’est également grâce à lui que les États-Unis ont renversé Jean-Bertrand Aristide, président élu d’Haïti en 2004. Pour l’ancien dirigeant américain, tout comme pour Reagan, qui a renversé le gouvernement de gauche sandiniste au Nicaragua quelques décennies plus tôt, tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins et mettre en place des régimes plus sympathiques aux intérêts de Washington et des transnationales qui représentent le pays.

Obama, par contre, reprend les idéaux de Clinton: démocratie, liberté, respect du droit. On ne veut plus gagner par la force, mais par les coeurs. On espère qu’en se montrant ouvert et attaché au respect de ces valeurs, les gouvernements d’Amérique latine se déradicaliseront.

Pourtant, le but est le même: empêcher les peuples de l’Amérique latine de s’organiser et de prendre le contrôle de leur destin.

Ce conflit entre ces deux visions du monde s’est cristallisé au Honduras.

À l’origine du conflit, ce n’est pas tant le désir du président Zelaya d’organiser un référendum pour avoir le droit de se représenter aux prochaines élections, mais bien la décision de ce dernier de transformer la base aérienne de Soto Cano, abritant un contingent américain de 600 militaires, en aéroport affecté au trafic commercial. Comme l’explique Thierry Meyssan, Soto Cano possède la seule piste permettant d’accueillir de gros transporteurs en Amérique Centrale et est une base d’écoute indispensable pour le commandement militaire américain affecté à l’Amérique du Sud. De plus, Soto Cano est dirigée par le colonel Richard A. Juergens, qui aurait dirigé l’enlèvement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide alors qu’il était le directeur du SOC (Special Operations Command).

Ainsi, lorsque le président Zelaya a révoqué Roméo Vasquez, son chef d’état-major qui tentait de bloquer l’organisation du référendum, celui-ci a pu trouver une oreille attentive pour ourdir ses plans. Surtout que Vasquez a été formé à la très infâme School of the Americas, un centre américain de formation de militaires sud-américains aux techniques de violence contre les civils. Vasquez y a « étudié » deux fois: en 1976 et en 1984. Le chef des forces de l’air, Gen. Luis Javier Prince Suazo, y a « étudié » en 1996. Notons que lorsque l’armée a refusé de distribuer les bulletins de vote, ceux-ci étaient stockés sur une base de l’Air Force et que c’est également à partir de cette même base que Zelaya fut déporté vers le Costa Rica après le coup d’État.

Malgré tout, avant le coup d’État, Zelaya assurait avoir le soutien des États-Unis: « Si je suis assis ici au palais présidentiel, en train de vous parler, c’est grâce aux États-Unis ». Il affirmait avoir discuté avec Washington et s’être assuré de son soutien contre quelque élément subversif que ce soit. Quelques heures plus tard, il était renversé.

Ce que cet enchaînement démontre, c’est que de nombreux militaires américains et sud-américains attachés aux méthodes de Bush n’ont pas encore pris acte du changement de cap de l’administration Obama. Le but est toujours le même (dominer l’Amérique du Sud), mais les méthodes ont changé. Selon l’administration Obama, un tel coup d’État ne peut que refroidir les relations entre les autres gouvernements progressistes du sous-continent et Washington et ainsi nuire aux efforts du président pour normaliser les relations avec le Vénézuela, entre autres. Aurait-on voulu nuire à Obama qu’on n’aurait pas agi différemment.

Lorsqu’il dénonce ce coup d’État, Obama est logique et cohérent avec lui-même. Maintenant, et au-delà des mots, aura-t-il le courage d’ordonner une action militaire pour redonner aux Honduriens leur démocratie?

Car ce n’est pas avec les mots qu’on juge un individu, mais avec ses gestes.

11 septembre
11 septembre 2007

Oui, c’est aujourd’hui. Un sombre jour, qui nous rappelle de biens tristes événements. Tant de vies bouleversées à jamais, de morts, de haine. Je vois encore la fumée, les médias incapables de faire état de la situation avec précision, et des gens désespérés, pleurant, fuyant, se cachant, éprouvant leur fin du monde.

Chili, 11 septembre 1973

Comment le monde peut-il être si cruel? Comment des gens normalement constitués et ayant été maternés et dorlotés pendant neuf mois dans le ventre de leur mère peuvent-ils financer et orchestrer de telles opérations? Pourquoi une telle boucherie?

Encore aujourd’hui, la blessure reste vive. Le pays reste fragile, traumatisé par ces événements. Tout le monde se souvient, mais on aimerait oublier, croire que rien de tout cela ne s’est produit.

Croire que la CIA n’a jamais financé le coup d’État du 11 septembre 1973 contre Allende, le président chilien démocratiquement élu, et placé au pouvoir le sanguinaire général Pinochet, responsable de milliers de morts pendant les deux décennies où il expérimentait les théories néolibérales…

Parce qu’il ne faut jamais oublier!

À lire: L’adversaire

Liberté d’informer ou de déstabiliser?
28 mai 2007

Plusieurs dénoncent la fermeture de la RCTV (Radio Caracas Television), propriété du groupe 1BC, par le gouvernement vénézuelien comme étant un geste antidémocratique, totalitaire ou injuste. On devrait au contraire la garder ouverte et célébrer la diversité de l’opinion vénézuelienne. Dans l’absolu, ce discours se tient.

Cependant, dans le monde concret, la capacité à émettre des ondes dans un pays doit être soumis à des règles strictes, afin non seulement de protéger les gens, mais également le pays lui-même. C’est pour cela que nous avons le CRTC au Canada, et que celui-ci a voulu retirer la licence de la radio-poubelle CHOI de Québec si celle-ci continuait d’utiliser les ondes publiques pour polluer.

De la même façon, le Vénézuela peut-il accepter qu’une télévision se substitue au rôle politique et incite à la déstabilisation du pays? Doit-elle forcément renouveler la licence de diffusion par voie hertzienne, d’une durée de vingt ans, et qui venait à expiration le 27 mais 2007?

Depuis l’élection de Chavez en 1998, un réseau assez fermé de médias privés (dont faisait partie RCTV) s’employaient à occulter la réalité en affirmant que la majorité n’appuyait pas le gouvernement, que seuls les quartiers de pauvres – les zones « rouges » – étaient derrière lui, qu’il vaudrait mieux tourner le dos aux politiques de Chavez. Ces médias, possédés par une élite extrêmement pro-Washington et hostile aux politiques progressistes de Chavez, se sont servis des ondes publiques pour s’opposer aux politiques du gouvernement. Jusque là, ce n’était pas bien grave, même si RCTV (avec Venevision) détenait près de 85% des ressources publicitaires de la presse et contrôlait 80% de la production et de l’élaboration des informations relatives au Venezuela.

Cependant, lors du coup d’État raté de la CIA en 2002, des stations comme RCTV sont littéralement tombées dans l’illégalité. Non seulement RCTV a relayé le message d’un de ces patrons, Ortega, désirant devenir calife à la place du calife, mais elle a lancé des « chasses à l’homme » en publiant une liste de personnalités recherchées. Et le lendemain, alors que les partisans de Chavez marchaient par milliers pour permettre au président démocratiquement élu de prendre le pouvoir, RCTV diffusait des soaps américains, des recettes culinaires et autres insanités, laissant volontairement dans le noir la population vénézuelienne sur le drame en train de se jouer. On interrompait seulement les émission occasionnellement pour laisser parler le général Lucas Rincón, qui annonçait la soi-disant démission du président Chávez. Des centaines de citoyens se sont massés devant les bureaux de la station de télévision, ont lancé des pierres aux journalistes et ont exigé que la télévision diffuse leur message d’appui au président Chavez. Mais encore à ce moment, le réseau refusait de reconnaître l’autorité du président du pays.

Comme le souligne avec justesse Maxime Vivas,

« Un peu partout sur la planète, pour un comportement analogue à celui de RCTV durant le coup d’Etat, la sanction aurait plutôt été une fermeture immédiate et définitive, une saisie des biens, un jugement des dirigeants et/ou proprietaires des médias. »

Le gouvernement devait sévir, et sa seule erreur est d’avoir attendu cinq ans pour le faire. Il aurait fallu fermer RCTV dès le lendemain du coup d’État manqué et juger, condamner ceux qui ont violé la loi et révoquer la licence de la télévision qui a nui à la stabilité du pays et a fait du mensonge et de la propagande sa seule raison d’être.

Car utiliser les ondes publiques et un privilège, et se servir de celles-ci pour calomnier et organiser une campagne de déstabilisation contre un gouvernement élu et légitime, c’est illégal.

Et il sera possible de continuer d’écouter RCTV par satellite. De toute façon, ceux qui partagent l’idéologie de ce réseau en ont parfaitement les moyens…

À lire:
Dans les laboratoires du mensonge au Vénézuela
Venezuela : Chávez, les putschistes, la télé et le peuple, par Maxime Vivas.
Hugo Chávez et RCTV : censure ou décision légitime ?
L’empêcheur de tourner en rond

Un nouvel effet domino