Pourquoi Québec aime Harper
7 septembre 2008

Il y a quelque chose de hautement symbolique dans les actions de Stephen Harper aujourd’hui.

D’abord, comme le note Stéphane Laporte, Harper a pris une voiture pour se rendre du 24 Sussex jusque chez la gouverneure-générale pour lui annoncer son intention de dissoudre la chambre et de lancer le pays en élections. Quand on constate à quel point Harper se fout de l’environnement, voilà qui devrait confirmer le message.

Ensuite, en affirmant qu’il désire violer sa propre loi pour aller en élection parce que « le Parlement ne fonctionne pas et que son gouvernement ne peut pas faire adopter ses lois » il ment honteusement à la population, car son gouvernement ne va nulle part depuis des mois, sans direction, coupant par ci ou par là pour le plaisir de la chose.

Et finalement – le plus important – Harper s’est immédiatement dirigé vers Québec où il a tenu un discours devant une poignée de militants, vantant les soi-disant accomplissements de son gouvernement et demandant à son « coeur du parti Conservateur » dans la province de l’aider à gagner ses élections. Mais pourquoi Québec? Et pourquoi maintenant?

En fait, il s’agit peut-être de superstition ou de calcul politique. Un peu des deux, probablement. Le 19 décembre 2005, Stephen Harper lançait sa campagne électorale en grand à Québec, en promettant un « fédéralisme d’ouverture » et une place pour le Québec sur la scène internationale (ce qui n’a jamais été accompli, en passant). Par ce geste, il espérait profiter non seulement du désarroi de la population québécoise face aux Libéraux, à la suite du scandale des commandites, mais il espérait faire vibrer le profond sentiment conservateur, voire régionaliste, qui anime la région de Québec.

Bref, comme je l’écrivais il y a peu de temps, la région de Québec (et dans une moindre mesure la Beauce) est différente du reste du Québec. Traditionnellement plus à droite, plus conformiste, moins aventureuse. Elle ne vit souvent que pour détester Montréal et tous ceux qui sortent un peu du rang. Québec est le royaume du conformisme social et quiconque pourrait lui donner l’impression de lui donner la place qu’elle croit qu’elle devrait occuper dans l’Histoire obtient immédiatement tout son respect.

Le problème, comme je l’écrivais il y a déjà un an et demi, c’est que le Québec a changé trop vite. D’une société ultra-conservatrice régentée par l’Église nous sommes passés à un libéralisme moral et à une ouverture des consciences, à une liberté de l’esprit et une multiplication des possibles en très peu de temps, d’un point de vue historique. Il n’est donc pas surprenant de constater un retour du balancier, surtout chez ceux qui traînent le lourd poids historique d’une ville qui fût la capitale de tout un continent et qui a aujourd’hui la taille d’un gros village et le poids démographique de la ville de Laval. Beaucoup sont nostalgiques d’un passé idéalisé, d’une société pré-révolution tranquille, voire encore plus avant, quand Québec était encore LA ville de la province, et que Montréal n’avait pas pris encore complètement le statut de coeur financier, économique, culturel et démographique qu’elle a aujourd’hui.

N’oublions pas: Québec n’a pas connu l’extrême-pauvreté de Montréal. Elle n’a pas connu la misère sans nom que des politiques économiques de droite ont causée au début du siècle précédent. Elle a toujours été relativement épargnée grâce à son statut de ville gouvernementale, dominée par une petit élite bourgeoise canadienne-française, pouvant compter sur de nombreux emplois dans la fonction publique, notamment, et n’ayant donc pas grand chose à craindre. Québec, cette vieille capitale qui, si elle avait voté oui en 1995 nous aurait donné notre pays, a toujours vécu dans la ouate et se sent aujourd’hui dépossédée, frustrée face à un Québec qui a beaucoup avancé socialement et dont elle n’est plus le seul centre lumineux.

C’est ce sentiment de frustration et de peur à l’égard de la nouveauté et de ce qui pourrait représenter une expression culturelle dépassant son statut de parent pauvre dans le domaine (les plus grands artistes ne naissent pas souvent dans la ouate) qui précipite de nombreux citoyens de la région dans les bras du Parti Conservateur. Pour ces gens, le fait que Harper et sa clique ait coupé les vivres aux artistes est un argument EN FAVEUR du Parti Conservateur. Ils détestent la nouveauté, ils abhorrent ceux qui sortent du rang et qui semblent contaminés par le Grand « Mourial » satanique et corrompu.

S’en prendre aux artistes, aux B.S., aux pauvres, aux chômeurs, aux honnêtes travailleurs syndiqués; voilà le type de discours qui charme une population qui, n’ayant pas connu les conséquences désastreuses des inégalités sociales, se laisse charmer par le discours adéquiste ou conservateur proposant une politique plus à droite où le voleur n’est plus le millionnaire ne payant pas un cent d’impôt, mais son voisin, son semblable. Et Montréal, bien sûr. On déteste Montréal à Québec.

Voilà pourquoi Québec a autant besoin du Parti Conservateur que Harper a besoin de Québec. C’est une relation synergique où la ville assure une base électorale au parti alors que le parti offre une reconnaissance des idées vieillottes, anti-syndicales, néolibérales et revanchardes qui animent la ville. Gagnant-gagnant.

Et perdants. Perdants sont tous ceux qui croient à un Québec moderne, où on redistribue la richesse, où on valorise la culture, où on assure une égalité des chances à tout le monde et où on fait de la lutte aux exagérations du capitalisme une priorité. Perdants sont tous ceux qui rejettent ce grand retour en arrière proposé par un parti aux idées dépassées qui cherchent à utiliser une ville et sa population parfois naïve et en mal de reconnaissance.

* * *

Désormais, j’ai décidé de prendre congé de mon carnet le lundi. Alors il se peut que je ne vous lise pas ni vous réponde (ni ne puisse modérer quelques commentaires qui auraient échappé à mon contrôle). J’ai décidé de prendre cette décision pour avoir davantage de temps pour mes autres projets. À mardi!

Mauvaise conclusion, M. Lagacé!
12 juillet 2008

Je vous invite à lire ce texte de Patrick Lagacé, où celui-ci parle du fait que d’anciens supporters de Barack Obama ont décidé de voter pour pour le Parti Vert ou pour d’autres, en réaction à ses prises de position de droite.

La conclusion de Lagacé est la suivante:

Voici des gens qui vont donc voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner, devenant ainsi des alliés objectifs de McCain, un candidat conservateur dont le parti est justement tout ce qu’ils craignent et combattent. Donc, ma conviction est universelle : la gauche ne veut pas gagner. Elle veut avoir raison.

Quelle est cette mentalité anti-démocratique et de perdant? Parce qu’on vote selon ses convictions, on ne veut pas gagner? Parce qu’on refuse de voter pour quelqu’un auquel on ne s’identifie pas, on ne veut pas gagner?

La démocratie, ce n’est pas de voter pour la gagnant. Ça, c’est la dictature. La démocratie, c’est de voter pour celui ou ceux qui représentent le mieux nos idées. Et si Obama, dans son récent virage à droite , ne rejoint plus certains Américains, pourquoi ceux-ci devraient-ils voter pour lui?

McCain, Obama, c’est la même histoire. Le premier oppose un conservatisme moral à une économie ultralibérale alors que le second propose un libéralisme moral et une économie ultralibérale. Tous ceux qui espèrent une meilleure redistribution de la richesse perdent leur vote s’ils votent pour un de ces deux bandits.

Alors, bravo à ceux qui votent pour d’autres partis! Ce sont eux qui protègent la démocratie des mains de démagogues qui croient que parce qu’on refuse d’appuyer un candidat on appuie forcément son adversaire.

Car au-delà le victoire, il y a aussi les idées derrière celle-ci. à€ quoi bon voter pour Obama si on se retrouve avec quatre ans de la même vieille recette de droite qui a conduit les États-Unis vers ces écueils?

La petite noirceur
27 mars 2007

Duplessis(Mon dernier texte a été largement critiqué par plusieurs. Je suis désolé si j’en ai heurté certains en exprimant aussi crûment mon opinion « à chaud », et je tenterai ici de me reprendre en expliquant davantage mon point de vue. Je tiens simplement à réitérer que je n’ai rien contre les gens des régions, que j’adore la campagne, que je respecte leur choix puisqu’il est démocratique. Je crois cependant que c’est une grave erreur, et c’est ce que j’ai tenté d’expliquer – peut-être maladroitement.)

La vague adéquiste qui a balayé le centre du Québec et les banlieues éloignées de Montréal change profondément la compréhension qu’on peut avoir du Québec moderne.

Historiquement, le peuple canadien-français a toujours été un peuple rural, attaché à son terroir. Dépossédé de ses élites dès le lendemain de la Conquête, c’est un peuple de travailleurs acharnés, souvent hostiles à trop d’intellectualisme et qui valorise l’action concrète au détriment des idées.

Des bonnes gens, qui aiment leur pays. Des gens fiers. Mais des conservateurs au plus profond de leur âme: depuis la défaite de 1760, l’idéologie dominante, appuyée par l’Église, était celle d’un conservatisme où tout ce qui était urbain était perçu comme menant à la débauche et où l’étranger était vu comme une menace.

Avec la Révolution tranquille, on aurait pu croire que tout avait changé, que le Québec était devenu plus ouvert, plus progressiste, plus apte à vivre ensemble grâce à une social-démocratie qui, encore aujourd’hui, fait l’envie du monde entier.

Les résultats d’hier sont le coup de poignard qui achèvent de détruire cette idée. Aujourd’hui, le Québec a changé, et c’est un retour au conservatisme et à la division entre la ville et les campagnes. C’est un retour des vieilles idéologies de droite alliant un conservatisme social avec un libéralisme économique.

Est-ce nouveau? Non. Le Québec était l’endroit le plus conservateur d’Amérique du Nord jusqu’aux années 1960. La pauvreté urbaine était telle que bien des gens n’arrivaient pas à manger à leur faim. La ville qu’on appelle aujourd’hui Longueuil était divisée entre d’un côté le beau Longueuil, pavé, avec l’électricité, et de l’autre, Ville Jacques-Cartier, un ghetto cloturé, dans la terre et la boue et les immondices. C’était ça la ville à l’époque.

Une époque de division, qui avait ses points positifs, principalement à la campagne, et sa pauvreté urbaine.

Donc, le Québec est passé en quelques années de l’endroit le plus conservateur au plus progressiste. D’une idéologie du terroir et de la valorisation des ancêtres, de la terre, de la campagne, nous sommes passés à un valorisation de la ville, de l’urbanité, de la différence, de l’individualisation.

Et aujourd’hui nous vivons le retour du balancier. Toutes ces personnes des régions en ont assez de percevoir le monde via les yeux de Montréal. La « Main » avec ses Squeeges, ses drogués, ses travestis et ses originaux, ce n’est pas leur univers. Ce n’est pas leur monde. Ils ne s’identifient pas à toutes ces émissions de télévision qui se passent sur le Plateau et qui mettent en scène des gens à mille lieues de leur quotidien.

De la même façon, ces gens ne sont pas en contact quotidiennement avec la vraie pauvreté. Ils ont peut-être oublié ce qu’est une société plus à droite, ce que ça veut dire une plus grande inégalité sociale. Montréal n’a pas oublié, mais en région, on n’a pas vécu ça.

Mario Dumont a senti ce phénomène et il le représente bien. Il n’apporte aucune argumentation crédible, aucun chiffre, aucune légitimité intellectuelle; en fait il aurait peut-être été choisi même s’il n’avait pas sorti son cadre financier. Non, l’appui des gens à Dumont est émotif. Une sorte de cri collectif: « nous en avons marre de la ville et de ses idées; nous voulons nous sentir représentés! »

En ce sens, l’opinion des régions est tout à fait légitime et on doit – je dois – la respecter.

Ceci dit, il n’en reste pas moins qu’à mes yeux c’est le début d’une période de noirceur. Quand on choisit ses représentants non pas pour leur capacité à administrer l’État mais plutôt parce que le chef du parti dit « les vraies affaires » (ne cherchez pas à savoir ce qu’elles sont, ces « vraies » choses), on fait un choix qui donne carte blanche aux pires méfaits. Quand on accepte de voter pour quelqu’un qui ne peut même pas donner de chiffres, qui n’a pas d’équipe, quand on lui fait confiance seulement pour ce qu’il incarne et non pour ses idées, c’est là le germe d’un totalitarisme, au pire, ou d’une petite noirceur, au mieux.

C’est renoncer à sa capacité d’être critique et de juger un gouvernement pour ses réalisations. C’est l’homme ou la femme des années 40 qui se dit « je n’ai aucune idée de ce que fait Duplessis, mais je l’aime parce qu’il dit les « vraies » affaires ». C’est renoncer à son pouvoir et à son devoir de citoyen.

Pour toutes ces raisons, il y a de quoi être particulièrement inquiet devant les résultats des élections d’hier. Les électeurs ont demandé du changement, mais le changement pour du changement n’est jamais gage de prospérité. Et ce n’est pas en votant pour un parti mettant en place des politiques économiques plus à droite que les Québécois vont améliorer une situation pourrie par dix années de politiques économiques de droite.

Mais les mots et les idées valent-ils encore quelque chose?

La Grande Noirceur
27 mars 2007

DuplessisLorsque le Québec a décidé de tourner le dos au populisme de droite de Duplessis et à son mélange de politiques économiques libérales et de politiques sociales conservatrices, le mouvement est parti des villes vers les campagnes. C’était la ville, Montréal surtout, qui avait connu les désastres de la révolution industrielle, et qui souffrait le plus de politiques encourageant la division et la fracture sociale. Et c’était aussi de Montréal, l’éduquée, la politisée, qu’était née la flamme du changement, qui a embrasé le Québec et été à la source de la Révolution tranquille.

Aujourd’hui, c’est la revanche de la campagne. Toutes ces régions, qui ont été convaincues sur le tard de la nécessité de mieux partager la richesse, sur le désir de s’ouvrir à l’autre, ce sont aujourd’hui elles qui se referment sur elles-mêmes et tentent de réécrire le passé, se réenfermant dans de vieilles idées périmées d’un temps soi-disant idyllique où nous étions « entre nous » et où celui qui ne réussit pas était absolument un incapable.

Exit la redistribution de la richesse! Exit nos programmes sociaux! Exit notre capacité intégratoire et notre désir de vivre ensemble. Cette revanche des régions, c’est celle d’une population sous-scolarisée, dépolitisée, et à qui on a fait croire qu’un vote pour l’ADQ était le germe d’un meilleur futur alors que beaucoup de ces gens ne savent même pas ce qu’est une idéologie et n’a pas la moindre compréhension des « idées » adéquistes.

Avec le résultat de ce soir, il apparaît de plus en plus que Montréal est Montréal et quelques comtés en région sont un îlot de lumière au centre d’une grande noirceur. Comme si le temps s’était arrêté en région et qu’on se retrouvait à nouveau à l’aube des années 60 et que celles-ci avaient fait un choix différent. Au lieu d’embarquer dans le train du progrès social, de l’apprentissage à mieux vivre ensemble, à partager la richesse, elles ont choisi les préjugés, le conservatisme, la fracture sociale et la xénophobie. Aujourd’hui, il y a deux Québec: celui urbain, qui croit encore aux Lumières, qui veut se servir du progrès pour améliorer la vie de la population, et l’autre, le rural, qui aurait voté pour « Mario » même si celui-ci avait proposé un suicide collectif (en est-on si loin, avec ses politiques draconiennes?).

On parle ici de gens qui ont voté pour « Mario » par anticipation, avant même qu’il ne dépose le cadre financier de son parti. Des gens qui ont voté pour d’illustres inconnus sans la moindre expérience politique, des poteaux, des gens incapables d’expliquer leur programme (de 27 petites pages!) à une classe d’étudiants du secondaire. On parle de gens qui, malgré toute la sympathique que je peux avoir pour eux, mes amis Québécois, sont profondément en retard sur le progressisme de Montréal et se complaisent dans leur situation de retardataires du développement.

Aujourd’hui, ce n’est pas le retour complet à la Grande Noirceur – heureusement le PLQ a gagné et le PQ dispose de la balance du pouvoir – mais le Québec marque un grand recul en faisant passer les clips de préjugés et de haine devant le discours articulé et cohérent de Boisclair, par exemple.

Aujourd’hui, les gens des régions ont décidé de se peinturer dans le coin, de tourner le dos à ce qui fait la grandeur du Québec, et en ce sens ils sont la honte du Québec moderne, un anachronisme politique et une insulte à toute notion d’intelligence politique.

On dira que le Québec a choisi. Non. Une grande partie de la population a été manipulée par un démagogue populiste qui lui a promis mer et monde et qui, pour améliorer une situation pourrie par dix ans de néolibéralisme, a promis davantage de néolibéralisme.

Malgré tout, il y a du positif à voir l’ADQ se positionner si près du pouvoir: elle aura toute la chance du monde de prouver une fois pour toute que c’est le parti d’un seul homme, que cet homme n’a à coeur que son intérêt personnel, et que ce parti n’a rien de mieux à proposer aux Québécois qu’un Mike Harris en Ontario ou un George W. Bush aux États-Unis. Deux populistes conservateurs qui ont passablement fait reculer leurs entités d’un point de vue social. Et deux tristes personnages qui ont causé des torts qui prendront des années à se régler.

Mise à jour (mardi, 8h15):

Merci à Inkognitho de me ramener à l’ordre. Je n’ai rien contre les régions en général, et je ne les considère par comme des gens attardés d’une manière générale. De nombreuses régions ont résisté à la vague obscurantiste hier soir: Matane, Gaspésie, Chicoutimi, Charlevoix, Ungava, Abitibi, quelques comtés dans les Laurentides, un ou deux comtés en Montérégie, et plusieurs comtés en Estrie. Bravo à tous ceux qui ont refusé la vague obscurantiste et qui croient encore en un Québec progressiste, ouvert, pluraliste, égalitaire, et tourné vers l’avenir. Si Montréal est un ilôt de lumière, toutes ces régions sont comme des milliers de petits soleils dans la froide nuit adéquiste.

Le pouvoir du 450
23 mars 2007

LongueuilOn ne le dit pas assez souvent, mais c’est dans le 450 – Laval, couronnes nord et sud de Montréal – que les élections se gagnent et se perdent. La Presse nous apprend aujourd’hui que l’ADQ pourrait justement faire une percée sur la rive-sud de Montréal.

Le 450, c’est quoi? C’est l’urbanité de Montréal allié au sentiment de classe moyenne francophone. C’est le lourd pendule qui, lorsqu’il se met à bouger, change tout sur son passage. Québec et les régions auront beau voter comme ils le veulent, c’est dans le 450 que ça se décide.

Rappelons-nous les dernières élections. Ce sont surtout les fusions forcées qui ont coulé le PQ dans cette région. Des gens qui avaient toujours voté bleu ont voté rouge, et maintenant ces mêmes personnes songent parfois à voter ADQ.

Qu’ont-ils en commun avec les vieilles idées de l’ADQ? Pas grand chose. Mais ils ne veulent pas revivre les quatre dernières années où Charest a été sourd à leurs demandes et ils sont encore fâchés contre le PQ pour les fusions forcées. Bref, dans leur cas un vote pour l’ADQ c’est surtout un vote par dépit, un vote de contestation.

Mais élit-on un gouvernement par dépit, parce qu’on est fâché contre les autres? Dans les sondages, on aime donner des leçons, se fâcher, dire qu’on va voter pour XYZ plutôt qu’un tel ou un autre, mais le jour du vote, quand ça compte, on se pose la question: « quel est le meilleur parti pour gouverner le Québec? »

Et la réponse, invariablement, reste le PLQ et le PQ. Car ces deux partis ont une équipe. Car ces deux partis n’improvisent pas; ils sont sérieux dans leurs projets, ont monté un plan crédible, sont en mesure de faire la différence positivement.

Le 450 aura une grosse responsabilité lundi. C’est lui qui décidera du pouvoir à accorder à Mario Dumont. Le Québec veut-il vraiment retourner au temps de Duplessis, du capitalisme sauvage, du patronage et du conservatisme social? J’en doute.

Car Montréal est allergique aux idées réactionnaires de l’ADQ et la rive-sud, malgré le chant des sirènes, va réfléchir à son intérêt et à celui de sa ville-centre, et va faire le bon choix.

Pas sérieux
21 mars 2007

Caricature de Serge Chapleau, 21 mars 2007Le refus de l’ADQ de présenter son cadre financier dès le début de la campagne manquait cruellement de sérieux. On disait qu’on préférait attendre le budget fédéral pour le faire. Drôle de position pour des fédéralistes se disant autonomistes. Néanmoins, on a fini par le présenter, hier, et franchement ça fait un peu pitié.

Leurs chiffres semblent tout droit sortir d’un conte de fée. D’un coup de baguette ils vont sauver 150 millions $ en éliminant les commissions scolaires, mais ils ne parlent surtout pas des coûts qui seront engendrés pour les municipalités. D’un autre coup de baguette, ils vont réduire les dépenses de l’État de 1% sans expliquer comment ils allaient s’y prendre. D’un autre coup de baguette ils veulent remettre sur le marché du travail 25 000 assistés sociaux, sans avoir la moindre idée si le marché est capable d’accepter 25 000 nouveaux travailleurs. D’un autre coup de baguette, ils disent vouloir sauver de l’argent en faisant payer les prisonniers, alors que ceux-ci sont dans une pauvreté la plus totale à 98%…

Et ce cadre financier en est un de 1,7 milliards $, chiffre tout à fait irréaliste.

En clair, Mario Dumont n’a pas besoin de cadre financier. Les gens, surtout en région et à Québec, là où le conservatisme a toujours eu le haut du pavé et où on se demande parfois si les Lumières y sont passées, veulent voter pour lui parce qu’ils s’identifient à son franc-parler et à son charisme. Ils le trouvent beau, ils le trouvent fin. Ils trouvent son discours différent. Qu’importe si ce qu’il propose est un retour en arrière de 50 ans et ne tient pas la route; le choix est émotionnel plutôt que rationnel.

Pendant ce temps, on apprend aujourd’hui qu’un candidat de l’ADQ a fraudé le DGE en falsifiant des signatures de citoyens qui ne l’ont jamais appuyé pour qu’il devienne candidat. C’est une autre preuve – mais en fallait-il vraiment une autre – que l’ADQ est le parti d’un seul homme et n’a pas d’équipe, tout au plus des poteaux.

Le 26 mars prochain, les Québécois auront à faire un choix important. Ils auront le choix d’un gouvernement pour les quatre prochaines années. Administrer l’État est quelque chose de complexe et d’extrêmement important. Quelque chose qu’on ne confie pas à une bande d’amateurs comme l’ADQ.

On peut détester le PLQ pour ses réalisations, ou ne pas être trop chaud à l’égard du PQ d’André Boisclair. Mais il reste que ce sont les deux seuls partis en mesure de gouverner le Québec et quiconque donne son vote à l’ADQ se condamne à le gaspiller en l’offrant à un parti qui ne va nulle part et a fait de l’opportunisme et de la démagogie sa seule raison d’être.

Mise à jour (15h45):

Pour alimenter le débat, voici un commentaire qui m’a bien fait rigolé sur le blogue de Patrick Lagacé:

johny partition

en effet, les utopies péquistes et les mensonges libéraux ne justifient pas l’ignorance.
comment se forme une dictature selon hannah arendt dans son classique « sur le totalitarisme », il faut :
– une masse de gens dépolitisés
– un leader charismatique
– et que cette masse de gens soit prête à défendre le leader contre les évidences, qu’ils ignorent volontairement ou involontairement.
oui c’est ça, l’équipe de mario à de l’expérience… et quand je vois ce cher mario parler des « vraies » « vérités » pour les familles de la classe moyenne silencieuse, j’ai peur.
voici les Minitères que Mario Duplessis metterait en place :
– Ministère des affaires qui vont ben
– Ministre de l’abolition de l’état
– Ministère de la Vérité pour la Famille
– Ministère du Culte Adéquiste, pour polariser le Québec contre Montréal et ses terroristes. (Les bienfaiteurs du terroir de bonne volonté infinie contre l’Intelligensia totalitaire du plateau)
le « désir de changement et de constestation », ça forme pas un gouvernement!

Il marque un point le Johny!