Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

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L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Les crétins
15 octobre 2008

Ce n’est pas le Parti Conservateur qui a gagné les élections, mais plutôt ceux qui ne sont pas allés voter, c’est-à-dire plus de 40% des électeurs! Quand on pense qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on ait le droit de vote, j’ai honte.

En fait, j’ai surtout honte car nous avions tout un éventail de choix, de la gauche (Parti Communiste, Parti Marxiste-Léniniste) à la droite (Parti Conservateur) en passant par le centre-gauche (Nouveau Parti Démocratique et Bloc Québécois) et le centre-droit (Parti Libéral). Il y en avait pour tous les goûts. Que quelqu’un ait préféré rester à la maison plutôt que de faire son devoir de citoyen et voter selon ses aspirations, c’est impardonnable.

Ceci dit, on doute parfois de l’intelligence des électeurs. Comment faire autrement, quand on constate la réélection de l’incompétente Josée Verner, trop conne pour savoir qu’elle peut voter dans le comté où elle se prétente et qui n’a donc pas pu voter Parti Conservateur puisque le parti n’avait pas présenté de candidat à son lieu de résidence. Ou encore quand on voit un Maxime Bernier, qui se moque de ses concitoyens (dixit Julie Couillard) tout en « oubliant » des documents top-secret chez sa blonde-qui-doit-faire-taire-les-rumeurs-sur-son-éventuelle-homosexualité obtenir plus de 60% des voix.

Et bien, c’est ça la démocratie. Et mieux vaut voir des idiots aux urnes que des gens qui se pensent intelligents mais qui restent le cul écrasé à la maison au lieu de faire leur devoir de citoyen.

Je préfère 10 000 électeurs qui ont voté Conservateur à un seul crétin qui est resté chez lui le jour du vote.

p.s. Je cherche toujours un programmeur pour bâtir un site web. SVP me contacter.

Pourquoi Québec aime Harper
7 septembre 2008

Il y a quelque chose de hautement symbolique dans les actions de Stephen Harper aujourd’hui.

D’abord, comme le note Stéphane Laporte, Harper a pris une voiture pour se rendre du 24 Sussex jusque chez la gouverneure-générale pour lui annoncer son intention de dissoudre la chambre et de lancer le pays en élections. Quand on constate à quel point Harper se fout de l’environnement, voilà qui devrait confirmer le message.

Ensuite, en affirmant qu’il désire violer sa propre loi pour aller en élection parce que « le Parlement ne fonctionne pas et que son gouvernement ne peut pas faire adopter ses lois » il ment honteusement à la population, car son gouvernement ne va nulle part depuis des mois, sans direction, coupant par ci ou par là pour le plaisir de la chose.

Et finalement – le plus important – Harper s’est immédiatement dirigé vers Québec où il a tenu un discours devant une poignée de militants, vantant les soi-disant accomplissements de son gouvernement et demandant à son « coeur du parti Conservateur » dans la province de l’aider à gagner ses élections. Mais pourquoi Québec? Et pourquoi maintenant?

En fait, il s’agit peut-être de superstition ou de calcul politique. Un peu des deux, probablement. Le 19 décembre 2005, Stephen Harper lançait sa campagne électorale en grand à Québec, en promettant un « fédéralisme d’ouverture » et une place pour le Québec sur la scène internationale (ce qui n’a jamais été accompli, en passant). Par ce geste, il espérait profiter non seulement du désarroi de la population québécoise face aux Libéraux, à la suite du scandale des commandites, mais il espérait faire vibrer le profond sentiment conservateur, voire régionaliste, qui anime la région de Québec.

Bref, comme je l’écrivais il y a peu de temps, la région de Québec (et dans une moindre mesure la Beauce) est différente du reste du Québec. Traditionnellement plus à droite, plus conformiste, moins aventureuse. Elle ne vit souvent que pour détester Montréal et tous ceux qui sortent un peu du rang. Québec est le royaume du conformisme social et quiconque pourrait lui donner l’impression de lui donner la place qu’elle croit qu’elle devrait occuper dans l’Histoire obtient immédiatement tout son respect.

Le problème, comme je l’écrivais il y a déjà un an et demi, c’est que le Québec a changé trop vite. D’une société ultra-conservatrice régentée par l’Église nous sommes passés à un libéralisme moral et à une ouverture des consciences, à une liberté de l’esprit et une multiplication des possibles en très peu de temps, d’un point de vue historique. Il n’est donc pas surprenant de constater un retour du balancier, surtout chez ceux qui traînent le lourd poids historique d’une ville qui fût la capitale de tout un continent et qui a aujourd’hui la taille d’un gros village et le poids démographique de la ville de Laval. Beaucoup sont nostalgiques d’un passé idéalisé, d’une société pré-révolution tranquille, voire encore plus avant, quand Québec était encore LA ville de la province, et que Montréal n’avait pas pris encore complètement le statut de coeur financier, économique, culturel et démographique qu’elle a aujourd’hui.

N’oublions pas: Québec n’a pas connu l’extrême-pauvreté de Montréal. Elle n’a pas connu la misère sans nom que des politiques économiques de droite ont causée au début du siècle précédent. Elle a toujours été relativement épargnée grâce à son statut de ville gouvernementale, dominée par une petit élite bourgeoise canadienne-française, pouvant compter sur de nombreux emplois dans la fonction publique, notamment, et n’ayant donc pas grand chose à craindre. Québec, cette vieille capitale qui, si elle avait voté oui en 1995 nous aurait donné notre pays, a toujours vécu dans la ouate et se sent aujourd’hui dépossédée, frustrée face à un Québec qui a beaucoup avancé socialement et dont elle n’est plus le seul centre lumineux.

C’est ce sentiment de frustration et de peur à l’égard de la nouveauté et de ce qui pourrait représenter une expression culturelle dépassant son statut de parent pauvre dans le domaine (les plus grands artistes ne naissent pas souvent dans la ouate) qui précipite de nombreux citoyens de la région dans les bras du Parti Conservateur. Pour ces gens, le fait que Harper et sa clique ait coupé les vivres aux artistes est un argument EN FAVEUR du Parti Conservateur. Ils détestent la nouveauté, ils abhorrent ceux qui sortent du rang et qui semblent contaminés par le Grand « Mourial » satanique et corrompu.

S’en prendre aux artistes, aux B.S., aux pauvres, aux chômeurs, aux honnêtes travailleurs syndiqués; voilà le type de discours qui charme une population qui, n’ayant pas connu les conséquences désastreuses des inégalités sociales, se laisse charmer par le discours adéquiste ou conservateur proposant une politique plus à droite où le voleur n’est plus le millionnaire ne payant pas un cent d’impôt, mais son voisin, son semblable. Et Montréal, bien sûr. On déteste Montréal à Québec.

Voilà pourquoi Québec a autant besoin du Parti Conservateur que Harper a besoin de Québec. C’est une relation synergique où la ville assure une base électorale au parti alors que le parti offre une reconnaissance des idées vieillottes, anti-syndicales, néolibérales et revanchardes qui animent la ville. Gagnant-gagnant.

Et perdants. Perdants sont tous ceux qui croient à un Québec moderne, où on redistribue la richesse, où on valorise la culture, où on assure une égalité des chances à tout le monde et où on fait de la lutte aux exagérations du capitalisme une priorité. Perdants sont tous ceux qui rejettent ce grand retour en arrière proposé par un parti aux idées dépassées qui cherchent à utiliser une ville et sa population parfois naïve et en mal de reconnaissance.

* * *

Désormais, j’ai décidé de prendre congé de mon carnet le lundi. Alors il se peut que je ne vous lise pas ni vous réponde (ni ne puisse modérer quelques commentaires qui auraient échappé à mon contrôle). J’ai décidé de prendre cette décision pour avoir davantage de temps pour mes autres projets. À mardi!

Mauvaise conclusion, M. Lagacé!
12 juillet 2008

Je vous invite à lire ce texte de Patrick Lagacé, où celui-ci parle du fait que d’anciens supporters de Barack Obama ont décidé de voter pour pour le Parti Vert ou pour d’autres, en réaction à ses prises de position de droite.

La conclusion de Lagacé est la suivante:

Voici des gens qui vont donc voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner, devenant ainsi des alliés objectifs de McCain, un candidat conservateur dont le parti est justement tout ce qu’ils craignent et combattent. Donc, ma conviction est universelle : la gauche ne veut pas gagner. Elle veut avoir raison.

Quelle est cette mentalité anti-démocratique et de perdant? Parce qu’on vote selon ses convictions, on ne veut pas gagner? Parce qu’on refuse de voter pour quelqu’un auquel on ne s’identifie pas, on ne veut pas gagner?

La démocratie, ce n’est pas de voter pour la gagnant. Ça, c’est la dictature. La démocratie, c’est de voter pour celui ou ceux qui représentent le mieux nos idées. Et si Obama, dans son récent virage à droite , ne rejoint plus certains Américains, pourquoi ceux-ci devraient-ils voter pour lui?

McCain, Obama, c’est la même histoire. Le premier oppose un conservatisme moral à une économie ultralibérale alors que le second propose un libéralisme moral et une économie ultralibérale. Tous ceux qui espèrent une meilleure redistribution de la richesse perdent leur vote s’ils votent pour un de ces deux bandits.

Alors, bravo à ceux qui votent pour d’autres partis! Ce sont eux qui protègent la démocratie des mains de démagogues qui croient que parce qu’on refuse d’appuyer un candidat on appuie forcément son adversaire.

Car au-delà le victoire, il y a aussi les idées derrière celle-ci. à€ quoi bon voter pour Obama si on se retrouve avec quatre ans de la même vieille recette de droite qui a conduit les États-Unis vers ces écueils?

Obama: toujours plus à droite
6 juillet 2008

J’ai déjà écrit plusieurs textes pour dénoncer Barack Obama. L’an dernier, je dénonçais son désir d’envoyer des troupes au Pakistan; plus tard je parlais de son programme économique de droite où il offrira de généreuses baisses d’impà´ts à des gens qui gagnent plusieurs centaines de milliers de dollars annuellement; ensuite j’ai dénoncé le fait que son premier discours en tant que candidat à la présidentielle a eu lieu devant le plus puissant lobby israélien aux États-Unis; puis j’ai dénoncé le fait qu’on se sert de la couleur de sa peau pour le présenter comme une « nouveauté » alors qu’il propose les mêmes vieilles idées de droite que ses prédécesseurs.

Aujourd’hui, je crois qu’il est temps d’actualiser la liste. On peut maintenant parler de son appui à la peine de mort, son refus de condamner une décision de la cour réitérant le « droit » des États-uniens de se promener armés jusqu’aux dents, sa décision de renforcer le programme du président Bush de donner des fonds publics aux organisations religieuses et de voter en faveur du projet Bush de légitimer le programme d’écoute électronique.

Richard Hétu parle de « recentrage ». Mais pour qu’il y ait un recentrage, il faut qu’il y ait eu une distance à partir du centre dans l’autre direction des nouvelles positions prises. Sauf que ce n’était pas le cas: Obama a toujours eu un programme de centre-droit, et maintenant qu’il est officiellement candidat (maintenant qu’il ne doit plus séduire le petit peuple, mais plutà´t les vrais dirigeants, cette élite qui n’est pas soumise au suffrage universel) il s’enfonce davantage vers la droite, alliant à ses positions économiques droitistes les questions de morales conservatrices.

Encore une fois, les véritables perdants de ce virage à droite seront les États-uniens qui ont cru qu’Obama représentait le changement. Ils font la cruelle expérience que la démocratie n’existe plus vraiment aux États-Unis et que les élites ne laisseront jamais aucun candidat de gauche se rendre jusqu’au bout.

Aux États-Unis, vous avez le choix: droite, centre-droit, extrême-droite. Vous avez le choix, mais c’est le choix qu’on vous impose et gare à vous si vous croyez imposer le changement par votre vote.

Un engagement… à rien du tout
9 décembre 2007

L’idée du PLQ de faire signer un engagement moral aux nouveaux immigrants, statuant qu’ils ont pris conscience des valeurs des Québécois, ne mène nulle part.

En effet, quelle est la force d’un document qui ne force à aucun engagement? Un document signé, c’est un contrat, une entente que prennent deux parties. Et quand une des deux parties ne respecte pas sa signature, il y a des conséquences. Mais quelles seraient les conséquences pour un immigrant refusant obstinément de s’intégrer? Il n’y en a pas.

Voilà encore une fois pourquoi le projet de citoyenneté québécoise de Pauline Marois est une bien meilleure idée: on propose la carotte d’un côté (cours gratuits, aide aux nouveaux arrivants, etc.) MAIS également le bâton (on enlève certains privilèges à ceux qui ne montrent pas le moindre désir de s’intégrer à leur nouvelle communauté).

Grosso modo, signer une feuille de papier disant qu’on va respecter les valeurs québécoises, c’est à peu près comme signer son permis de conduire et dire qu’on va respecter les règles de la sécurité routière. Mais peu importe notre signature; on roule à 120 sur la 20, on oublie le clignotant, on change de voie là où ce n’est pas permis, on ignore les passages pour piétons. Bref, on suit le courant.

Et si on applique ça aux nouveaux arrivants, ça donne quoi? Ça donne des immigrants qui se foutent bien d’apprendre le français, et qui font comme ceux qui sont déjà ici et qui trouveront toujours de toute façon un pauvre petit Québécois assez à-plat-ventriste pour les servir dans une langue étrangère.

En somme, signer un papier qui dit qu’on va respecter les « valeurs québécoises », c’est ni plus ni moins légitimer le statu quo et encourager l’immobilisme chez les immigrants.

La solution, la seule vraie, c’est celle qui passe par les incitatifs et les conséquences. Incitatif: on t’aide à apprendre le français. Conséquence si tu ne le parles pas: personne ne va te comprendre et tu ne vas pas pouvoir communiquer.

Sauf que pour que cette solution fonctionne, il faudrait que les Québécois arrêtent d’agir en laquais toujours sur leurs gardes, prêts à s’avilir pour servir l’autre dans la langue de Shakespeare. Il faudrait enfin être fiers de ce que nous sommes et refuser de parler anglais sur le territoire de notre nation, de Kuujuaq à Gaspé en passant par Montréal-Ouest et Stanstead.

Être nous-mêmes chez nous. Rien que cela. Et exiger le respect. En français.

L’erreur de Layton
6 octobre 2007

J’aime bien le NPD; je trouve qu’au fédéral c’est le seul parti qui soit clairement de centre-gauche et qui puisse offrir une alternative crédible aux Conservateurs ou aux Libéraux. Mais parfois, le chef du NPD, Jack Layton, ferait bien de mieux s’informer avant de proposer un peu n’importe qui comme candidat. Mulcair, c’était un coup de maître. Julius Grey – et même s’il n’a pas l’intension de se présenter immédiatement – c’est à peu près comme une claque dans la face des Québécois.

Grey, il faut le rappeler, c’est cet avocat qui a voulu invalider de larges parties de la loi 101, qui a été jusqu’en Cour Suprême pour permettre aux élèves Sikhs de se promener avec une arme blanche dans leurs poches, qui défend les propriétaires de bar qui s’opposent à la loi sur le tabac et qui est le défenseur numéro un des anglophones frustrés de la région de Montréal.

Layton espère-t-il vraiment faire déferler une vague orange sur le Québec avec des candidats assi nuls que Julius Grey? Si oui, il ferait mieux de se servir une bonne tasse de réalité, et sans sucre ni crème.

Destins croisés
18 septembre 2007

Ce ne sont que des élections partielles, mais les changements sont de taille: Roberval-Lac-Saint-Jean passe aux Conservateurs après 14 ans avec le Bloc et Outremont passe au Nouveau Parti Démocratique alors que la circonscription a toujours été, sauf une fois, libérale. Voilà une situation qui résume bien les deux tendances contradictoires à l’oeuvre au Québec.

D’un côté, il y a Montréal, habituée au pouvoir sous le PLC, avec ses nombreux ministres. Devant la chute des Libéraux, le centre économique et politique du Québec a décidé de voter selon ses valeurs. Exit le désir du pouvoir, d’être du côté des gagnants. Montréal, dont on ne peut de toute façon pas se passer, a décidé de faire confiance aux valeurs néodémocrates, à Thomas Mulcair et aux idées social-démocrates du NPD.

D’un autre côté, le Saguenay c’est loin. Très loin d’un point de vue politique. Depuis des années qu’on est dans l’opposition, qu’on vote « du bon bord » sans trop savoir pourquoi, qu’on n’a pas de ministre, qu’on ne compte pas dans les discussions au cabinet. À l’image de la région de Québec, qui a largement voté pour les Conservateurs aux dernières élections, on a cédé au culte de l’image représenté par l’ex-maire Denis Lebel et, surtout, au désir de faire partie du pouvoir. Contrairement à Montréal, on n’a pas voté par conviction (la majorité des habitants du Saguenay sont opposés à la guerre en Afghanistan, par exemple) mais bien pour être au pouvoir. C’est un ras-le-bol de l’opposition qui, malheureusement, augmentera le pouvoir d’un gouvernement opposé aux valeurs québécoises de paix et de justice sociale.

Ainsi, encore une fois, et n’en déplaise aux régionalistes, c’est Montréal qui fait le combat des idées et qui regarde vers le futur. C’est Montréal qui choisit un parti résolument progressiste et tourné vers le futur, alors que le Saguenay (ou Saint-Hyacinte-Bagot, où les Conservateurs ont obtenu un bon résultat) a décidé de sacrifier ses valeurs pour s’accrocher aux mamelles du pouvoir, si hostile ce pouvoir soit-il à l’égard du Québec.

On dira peut-être: « les gens des régions sont tannés de se faire prendre pour acquis par le Bloc ». Mais on a tort de penser ainsi. Car s’il est vrai que le Bloc compte sur ces votes et ces comtés, il représente également sa population et s’il n’est pas au pouvoir cela ne l’empêche pas de piloter des dossiers et de se servir de son pouvoir dans un contexte minoritaire pour refléter les valeurs des citoyens. Les Conservateurs, eux, font de beaux yeux aux régions, leur disent des mots doux, leur lancent des « je vous aime » et « je vais m’occuper de vous », mais dans les faits il n’en est rien. On n’en a rien à faire des valeurs québécoises chez les Conservateurs; on aime, mais d’un amour hautain, méprisant, et surtout terriblement intéressé. On veut votre vote, mais on s’en fout si vous êtes opposés à nos politiques.

Encore une fois, aujourd’hui, je suis fier d’être Montréalais. Fier de voir que c’est à Montréal, dans une ville où le français est pourtant terriblement menacé, dans une ville parfois si laide et crasseuse, dans une ville où les Québécois sont constamment en contact avec leurs voisins anglophones et sont absolument conscients des enjeux politiques et sociaux, c’est dans cette ville qu’on a eu le courage de se respecter collectivement et de voter avec sa tête et son coeur.

Car au fond, n’est-ce pas là l’essence de la démocratie? Voter du bord du pouvoir, c’est perdre son vote. C’est suivre bêtement le courant et annihiler sa capacité de questionnement et de remise en question politique personnelle. Voter du bord du pouvoir pour le pouvoir, c’est détruire la démocratie. Alors qu’au contraire voter pour le meilleur candidat, peu importe si son parti est au pouvoir ou non, c’est faire un acte citoyen, c’est se respecter individuellement et collectivement.

Ce ne sont peut-être que des élections partielles, mais elles sont une autre démonstration de la cassure, des destins irréconciliables, de la déchirure entre une ville urbaine et tournée vers une diversité politique enrichissante et stimulante et des régions qui trop souvent se contentent de dériver, naviguant les yeux fermées au son de quelconques sirènes leur promettant une petite pointe de la juteuse tarte du pouvoir.

Juteuse, mais très amère pour ceux qui doivent se renier eux-mêmes pour y goûter.