Les couples heureux
6 janvier 2009

C’était quelque part à l’automne ou au début de l’hiver 2006-2007. Je m’en souviens très bien, car je cherchais un cadeau pour ma copine de l’époque et le livre m’avait presque frappé en plein visage par son titre simple mais révélateur: « Qui sont ces couples heureux », de Yvon Dallaire. Je l’ai donc acheté, et c’était un peu par mesquinerie et défiance qu’elle me reprocha de lui avoir acheté ce présent pour elle parce que j’étais le seul d’entre nous à s’intéresser à la théorie des relations conjugales. D’une certaine manière, elle avait raison: j’étais vivement plus intéressé qu’elle aux fondements des affrontement quasi-quotidiens qui peuplaient notre voyage, telle une ceinture de dangereux récifs menaçant constamment notre frêle embarcation.

J’ai compris beaucoup de choses importantes dans ce livre, mais je mentirais si je vous disais aujourd’hui que la plupart m’ont fait évolué. En fait, il y a surtout deux concepts qui m’ont éclairé: la schismogénèse complémentaire et le paradoxe de la passion.

Le premier concept situe l’origine des conflits dans une réaction en chaîne provoquant des réponses et des réactions de plus en plus divergentes chez chacun des protagonistes au cours d’une discussion. Comme l’explique Dallaire:

« […] Plus l’échange avance, plus l’un et l’autre deviennent défensifs et attaquants. Plus l’un critique, plus l’autre se justifie. créant ainsi une situation où ni l’un, ni l’autre ne se sent respecté et, encore moins, compris. » ((« Qui sont ces couples heureux », Yvon Dallaire, Option Santé, 2006, p. 121))

L’origine de la schismogénèse complémentaire émane d’une réalité que beaucoup cherchent à occulter: hommes et femmes sont différents. Le cerveau de l’homme possède 13% plus de neurones dans le cortex que celui de la femme, elle qui en revanche a 13% plus de neuropoils, de cellules spécialisées permettant la communication entre les cellules cérébrales. De la même façon, les parties de l’hypothalamus reliées à l’action sont deux à cinq fois plus volumineuses chez l’homme que chez la femme, ce qui explique que les hommes se réfugient plus souvent dans l’action que la parole tandis que le corps calleux (structure cérébrale facilitant la coopération entre les deux hémisphères) est plus développé de 40% chez la femme, ce qui lui donne un avantage certain pour allier rationalité et émotions dans un contexte d’argumentation. Au niveau des hormones, la situation n’est pas différente: en situation de stress le corps de la femme libère de l’ocytocine, l’hormone de l’amour, qui favorise l’attachement alors que l’homme sécrète principalement de la vasopressine et de la testostérone, qui encouragent la réaction de « combat ou fuite » devant le danger. (( Ibid., p.125))

Ce qui se produit lors de nombres de conflits – et qui se produisait dans mon couple – était donc cette double incompréhension où la femme cherche à accaparer l’homme, le mitraillant de questions et de remarques assassines pendant que l’homme devient agressif ou cherche à fuir la situation. La schismogénèse complémentaire permet donc à une situation tout à fait anodine de dégénérer en conflit qui a le potentiel de devenir violent. Et il n’y a pas des milliers de solutions: il faut prendre conscience de ces différences et observer de quelle façon nos hormones et nos façons inégales de voir les choses contaminent nos discussions. Bref, il faut voir la matrice, ou la sub-discussion qui se trame derrière le mur d’incompréhension.

L’autre concept qui m’a marqué est celui du paradoxe de la passion (Dellis et Phillips), selon lequel la passion porte en elle-même le germe de sa propre destruction. En clair, tout couple est animé par les désirs opposés de fusion et d’autonomie, le problème se situant au niveau de l’intensité de ces désirs chez chaque partenaire. La plupart des conflits proviennent de cette dissonance entre les besoins de l’un et de l’autre. Chacun en vient à se sentir incompris parce qu’il a l’impression que l’autre ne respecte pas son désir de s’éloigner ou de se rapprocher. C’est l’impasse. Ça ne vous rappelle pas quelqu’un? Allez, pensez-y. Vous devez connaître de ces couples qui s’entredéchirent violemment pour ce qui paraît être des pécadilles vu de l’extérieur, et qui se réconcilient ensuite dans une grande vague, voire un tsunami d’amour. Elle est là la passion, dans ce mouvement de yo-yo entre le désir d’une autonomie propre, d’une prise d’identité, et le désir de fusion avec l’autre.

Le problème, c’est l’intensité de ce mouvement de yo-yo. Pour entretenir la flamme, il est impératif d’avoir des moments d’indépendances suivis de rapprochements. Ces petites distances qui donnent envie de se coller, ces vaguelettes qui bercent notre bateau. Mais pourrait-on imaginer une vie sur le dos d’un tsunami déferlant, passant de la passion extrême aux engueulades qui n’en finissent pas, de psycho-drames à la sauce Worcesterchire à l’éden d’un septième ciel pour la soirée ou la semaine? Croyez-vous que de tels couples vivent longtemps ensembles et sont réellement heureux? J’en doute fort.

En fait, la vraie solution m’est largement venue en-dehors du livre, même si je suis certain qu’une relecture m’y retrouverait peut-être. Puisque nous sommes si différents physiquement et psychologiquement, et puisque nous sommes habités par les mêmes désirs opposés de fusion et d’autonomie, et puisque la passion est un feu qui se nourrit de nos antagonismes, pouvant nous chauffer comme nous brûler, la solution me semble plutôt provenir de la complémentarité et du désir de relation.

La complémentarité court-circuite dès le départ la plupart des causes de conflits. La schismogénèse complémentaire n’offre pas une perspective égale pour les deux sexes: les chiffres pré-cités sur les différences biologiques entre les deux sexes sont des moyennes. Il existe des extrêmes et des rapprochements. À mon avis, de se retrouver avec quelqu’un qui partage grosso modo les mêmes capacités de parole ou de fuite risque d’empêcher les graves divergences qui peuvent se produire lors d’une franche discussion.

De la même façon, si le couple arrive à mettre l’idéal du maintien de la relation avant toute chose, c’est-à-dire si chacun a fait l’expérience d’une solitude apprivoisée et a le désir de vivre avec l’autre non pas par peur de la solitude mais par une réelle envie de partage, il est possible d’atténuer les effets du yo-yo dévastateur d’une passion incontrôlée.

Ceci dit, en vérité, lorsque tout est dit, il n’y a pas de trucs-miracles à mon avis. Ces leçons sont une bonne façon de se rendre compte du « pourquoi » des problèmes de couples, mais ils ne peuvent aucunement les régler. Si les accrocs sont mineurs, il peut être possible de s’en inspirer pour améliorer la liaison, mais si les problèmes semblent insurmontables… c’est qu’ils le sont.

Parfois, il faut souffrir un moment et vivre l’angoisse et la déchirure d’une perte de l’être (mal) aimé pour ensuite avoir la chance de rencontrer une personne qui nous convient vraiment, avec qui tout coule de source et où les récifs et les écueils narguant notre navire ont été remplacés par des poissons multicolores venant frôler nos pieds et nous rappeler que nous avons tous en nous la capacité d’aimer et d’être aimés de manière saine et où les conflits se règlent harmonieusement dans l’écoute et la compréhension d’une personne qui nous complète réellement.

Géorgie: guerre par procuration
13 août 2008

L’Ossétie du Sud est une région autonome qui fut créée en 1922 par l’URSS. Lors de l’indépendance de la Géorgie, en 1991, ces derniers ont supprimé l’autonomie accordée aux Ossètes et n’ont eu de cesse depuis de chercher à réintégrer cette région dans son giron.

Par la suite, l’Ossétie du Sud a déclaré son indépendance et a organisé deux référendums (tous deux gagnés) démontrant l’appui de la population à sa cause. Car, il faut le dire, l’Ossétie du Sud a beaucoup plus en commun avec la Russie et l’Ossétie du Nord (partie intégrante de la Russie) qu’avec la Géorgie. Néanmoins, et contrairement au cas du Kosovo, les États-Unis et l’Union Européenne rejettent toujours cette indépendance.

Ainsi s’est instauré ce qu’on a appelé un « conflit gelé », malgré que, comme le note cette blogueuse, les nombreux morts chaque année peuvent difficilement faire oublier que sous le volcan la lave se presse, prête à surgir avec force.

Mais que s’est-il soudainement passé, lors du premier jour des Jeux Olympiques?

Profitant de l’attention sur la Chine, la Géorgie, nouvelle alliée des États-Unis depuis une Révolution des Roses largement organisée depuis Washington via des organisation de droite comme la NED, a reçu le feu vert de Washington pour reprendre le contrà´le de la République autonome, brisant ainsi le statu quo en vigueur depuis des années.

La réaction de la Russie fut donc tout ce qu’il y a de plus normale; face à l’agression de la Géorgie (avec l’appui des États-Unis) sur son alliée, elle a simplement tenté de rétablir l’équilibre des forces. Malgré les discours de Bush et les belles images d’unité de ces pays autrefois sous le giron russe mais qui aujourd’hui couchent avec Washington, dans ce conflit c’est la Géorgie qui est l’agresseur, pas la Russie.

Et si vous vous demandez pourquoi tout ce branle-bas de combat dans cette région, cliquez simplement sur l’image en haut de ce billet et observez à qui appartiennent les oléoducs qui passent en Géorgie.

Car c’est dans un contexte de fin de partiele pic pétrolier pousse les pays à se faire la lutte, par procuration, pour les dernières réserves de pétrole disponibles, essayant de faire face à la crise imminente, que se produisent ces événements.

Pas surprenant, dans ce contexte, que l’Union Européenne et les États-Unis refusent d’accepter l’indépendance des Ossètes et encouragent la Géorgie dans ses actions guerrières!