Apartheid universitaire : mettons fin au sur-financement
30 avril 2012

Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de mon livre. Voici une vidéo où je parle de quelques-uns des nombreux sujets traités dans cet essai, notamment :

1) Les institutions universitaires de la minorité de langue anglaise du Québec sont sur-financées par rapport à son poids démographique ;

2) Les étudiants étrangers ne paient pas le plein prix et on pourrait facilement aller chercher ces sommes avant de hausser les frais de scolarité ;

3) Le Québec constitue une anomalie : aucune nation sur cette planète, qu’elle soit souveraine ou dans un cadre fédératif, ne finance davantage les services à sa minorité que le Québec.

APARTHEID UNIVERSITAIRE, en vente dans toutes les bonnes librairies le 9 mai prochain.

Un racisme ordinaire
4 mars 2012

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

Source de l’image

Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

Frais de scolarité : la perspective nationale
19 février 2012

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



Source de l’image

La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Frais de scolarité : la perspective nationale
19 février 2012

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



Source de l’image

La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Écart anglos-francos: ce que l’étude ne dit pas
3 février 2010

Aujourd’hui, Le Devoir publie une étude de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) faisant état du retard scolaire des francophones au Québec face à leurs homologues anglophones de la province et à leurs voisins francophones en Ontario. Il y a, à mon avis, deux oublis majeurs dans la méthode et dans l’interprétation de ces données.

Source de l’image
D’abord, au niveau de la méthodologie, il est plus que discutable que les auteurs de l’étude aient choisi d’utiliser la langue maternelle plutôt que la langue d’usage pour faire leurs calculs. Dans un contexte où le français ne serait pas menacé en Ontario, ce choix pourrait se défendre. Dans les faits, au sein d’une population de langue maternelle française de près de 490 000 personnes, il n’y a plus que 290 000 francophones ontariens de langue d’usage. L’indice de vitalité linguistique (IVL) des francophones, qui calcule le niveau d’attrait de cette langue (1 est le seuil de renouvellement), est de 0,59, bien en-dessous de l’ourdou (0,71), du persan (0,73), du russe (0,75), du pendjabi (0,77), du tamoul (0,80), du mandarin (0,84) et du cantonnais (0,85)! Concrètement, un individu espérant léguer sa langue et sa culture à sa descendance aurait plus de chances de le faire s’il parlait le tamoul ou le pendjabi que le français! À titre comparatif, l’IVL des anglophones à Montréal atteint 1,42…
En regard de ces chiffres, on ne peut prétendre comparer la situation des Franco-ontariens avec celle des francophones québécois. Près de 41% des Franco-ontariens de langue maternelle française utilisent principalement l’anglais dans leur quotidien, à la maison, et s’anglicisent donc irrémédiablement au cours de leur vie. Ce n’est pas une population francophone d’Ontario qu’on compare aux francophones québécois, mais une population largement anglicisée, étudiant dans des universités largement anglophones, bien financées et qui ont adopté l’anglais comme principale langue d’usage.
Au Québec, à l’opposé, le réseau universitaire francophone est largement sous-financé, ce qui est étrangement absent des conclusions des auteurs. En effet, comme le notait le chercheur Marc Chevrier, dans une étude publiée en 2008, les trois universités anglophones québécoises reçoivent 27% des subventions normées alors que les anglophones de langue maternelle au Québec ne représentent que 8,2% de la population. Concrètement, comme je l’écrivais ici, elles sont trois fois plus financées que ce que leur poids démographique devrait permettre. Elles reçoivent également la part du lion du financement fédéral : entre 2000 et 2005, McGill, par exemple, a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées au pays (194 sur 213 chaires sont anglophones). En 2004-2005, cette université a également obtenu 60% de l’ensemble des contributions de recherches versées par les agences fédérales du financement.
On ne peut interpréter les données de l’étude de l’ISQ sans se concentrer sur les conséquences de ce sur-financement des institutions anglophones (et du sous-financement des universités francophones, son corollaire, puisque le financement global des universités québécoises est sensiblement proportionnel à sa population totale au sein du Canada). Dans un environnement linguistique où le francophone du Québec est attaché à sa langue et a accès à des universités francophones, il est tout naturel qu’il s’inscrive à celles-ci, nonobstant le fait qu’elles sont moins bien financées et offrent donc moins de ressources que leurs homologues anglophones. Le choix offert aux francophones québécois, à l’opposé de Franco-ontariens déjà largement anglicisés et intégrés dans un milieu universitaire foncièrement anglophone, se limite donc à étudier dans des institutions francophones moins prestigieuses et moins financées ou à s’angliciser en allant à McGill, Concordia ou Bishop.
Les auteurs de l’étude concluent qu’il y a « peut-être un effet d’entraînement du fait de vivre dans une société où on tend davantage à cheminer vers un diplôme universitaire ». La conclusion est la bonne, mais la logique est inversée. Ce n’est pas parce que la société québécoise tend moins à cheminer vers un diplôme universitaire que le taux de diplomation des Québécois est si bas, mais plutôt parce qu’existe un tel déséquilibre du financement entre universités francophones et anglophones au Québec qu’un tel effet d’entraînement ne peut exister. En clair : si les anglophones du Québec sont plus nombreux à détenir un diplôme universitaire que leurs homologues de l’Ontario, et si les francophones du Québec sont sous-scolarisés, c’est précisément parce que les universités anglophones du Québec reçoivent un financement de loin supérieur à leur poids démographique.
Conséquemment, si nous sommes sérieux dans notre désir d’améliorer le niveau de scolarité des francophones, il convient de cesser de sur-financer les universités anglophones québécoises et de leur donner un financement équitable, égal au poids de la minorité anglophone. Avec les ressources ainsi économisées, on pourrait peut-être enfin se doter d’universités francophones bien financées et reconnues, donnant le goût aux francophones de poursuivre des études supérieures et de contribuer à mettre fin à un retard scolaire non pas génétique ou culturel, mais bel et bien causé par les privilèges indus consentis aux anglophones.
Avec l’îlot voyageur de l’UQAM inachevé d’un côté, comme une grosse verrue au coeur de la ville, et McGill confortablement assis sur ses millions et la montagne de l’autre, le choix n’est parfois que trop facile à faire.
Au détriment des Québécois qui aspirent à étudier dans leur langue.

Écart anglos-francos: ce que l'étude ne dit pas
3 février 2010

Aujourd’hui, Le Devoir publie une étude de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) faisant état du retard scolaire des francophones au Québec face à leurs homologues anglophones de la province et à leurs voisins francophones en Ontario. Il y a, à mon avis, deux oublis majeurs dans la méthode et dans l’interprétation de ces données.

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D’abord, au niveau de la méthodologie, il est plus que discutable que les auteurs de l’étude aient choisi d’utiliser la langue maternelle plutôt que la langue d’usage pour faire leurs calculs. Dans un contexte où le français ne serait pas menacé en Ontario, ce choix pourrait se défendre. Dans les faits, au sein d’une population de langue maternelle française de près de 490 000 personnes, il n’y a plus que 290 000 francophones ontariens de langue d’usage. L’indice de vitalité linguistique (IVL) des francophones, qui calcule le niveau d’attrait de cette langue (1 est le seuil de renouvellement), est de 0,59, bien en-dessous de l’ourdou (0,71), du persan (0,73), du russe (0,75), du pendjabi (0,77), du tamoul (0,80), du mandarin (0,84) et du cantonnais (0,85)! Concrètement, un individu espérant léguer sa langue et sa culture à sa descendance aurait plus de chances de le faire s’il parlait le tamoul ou le pendjabi que le français! À titre comparatif, l’IVL des anglophones à Montréal atteint 1,42…

En regard de ces chiffres, on ne peut prétendre comparer la situation des Franco-ontariens avec celle des francophones québécois. Près de 41% des Franco-ontariens de langue maternelle française utilisent principalement l’anglais dans leur quotidien, à la maison, et s’anglicisent donc irrémédiablement au cours de leur vie. Ce n’est pas une population francophone d’Ontario qu’on compare aux francophones québécois, mais une population largement anglicisée, étudiant dans des universités largement anglophones, bien financées et qui ont adopté l’anglais comme principale langue d’usage.

Au Québec, à l’opposé, le réseau universitaire francophone est largement sous-financé, ce qui est étrangement absent des conclusions des auteurs. En effet, comme le notait le chercheur Marc Chevrier, dans une étude publiée en 2008, les trois universités anglophones québécoises reçoivent 27% des subventions normées alors que les anglophones de langue maternelle au Québec ne représentent que 8,2% de la population. Concrètement, comme je l’écrivais ici, elles sont trois fois plus financées que ce que leur poids démographique devrait permettre. Elles reçoivent également la part du lion du financement fédéral : entre 2000 et 2005, McGill, par exemple, a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées au pays (194 sur 213 chaires sont anglophones). En 2004-2005, cette université a également obtenu 60% de l’ensemble des contributions de recherches versées par les agences fédérales du financement.

On ne peut interpréter les données de l’étude de l’ISQ sans se concentrer sur les conséquences de ce sur-financement des institutions anglophones (et du sous-financement des universités francophones, son corollaire, puisque le financement global des universités québécoises est sensiblement proportionnel à sa population totale au sein du Canada). Dans un environnement linguistique où le francophone du Québec est attaché à sa langue et a accès à des universités francophones, il est tout naturel qu’il s’inscrive à celles-ci, nonobstant le fait qu’elles sont moins bien financées et offrent donc moins de ressources que leurs homologues anglophones. Le choix offert aux francophones québécois, à l’opposé de Franco-ontariens déjà largement anglicisés et intégrés dans un milieu universitaire foncièrement anglophone, se limite donc à étudier dans des institutions francophones moins prestigieuses et moins financées ou à s’angliciser en allant à McGill, Concordia ou Bishop.

Les auteurs de l’étude concluent qu’il y a « peut-être un effet d’entraînement du fait de vivre dans une société où on tend davantage à cheminer vers un diplôme universitaire ». La conclusion est la bonne, mais la logique est inversée. Ce n’est pas parce que la société québécoise tend moins à cheminer vers un diplôme universitaire que le taux de diplomation des Québécois est si bas, mais plutôt parce qu’existe un tel déséquilibre du financement entre universités francophones et anglophones au Québec qu’un tel effet d’entraînement ne peut exister. En clair : si les anglophones du Québec sont plus nombreux à détenir un diplôme universitaire que leurs homologues de l’Ontario, et si les francophones du Québec sont sous-scolarisés, c’est précisément parce que les universités anglophones du Québec reçoivent un financement de loin supérieur à leur poids démographique.

Conséquemment, si nous sommes sérieux dans notre désir d’améliorer le niveau de scolarité des francophones, il convient de cesser de sur-financer les universités anglophones québécoises et de leur donner un financement équitable, égal au poids de la minorité anglophone. Avec les ressources ainsi économisées, on pourrait peut-être enfin se doter d’universités francophones bien financées et reconnues, donnant le goût aux francophones de poursuivre des études supérieures et de contribuer à mettre fin à un retard scolaire non pas génétique ou culturel, mais bel et bien causé par les privilèges indus consentis aux anglophones.

Avec l’îlot voyageur de l’UQAM inachevé d’un côté, comme une grosse verrue au coeur de la ville, et McGill confortablement assis sur ses millions et la montagne de l’autre, le choix n’est parfois que trop facile à faire.

Au détriment des Québécois qui aspirent à étudier dans leur langue.

Affichage en anglais: cause ou symptôme?
12 octobre 2009

Plusieurs amis sur Facebook m’ont fait part de cette nouvelle publicité anglophone affichée dans le métro par l’université Concordia. Ne violant pas une loi 101 affaiblie par plus de 200 amendements depuis sa création et permettant l’affichage anglophone pour les établissements d’éducation anglophone, cette affiche est tout à fait légale.

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En fait, tout le problème est là: la légalité. On ne peut plus discuter du recul du français sans parler de lois, de statuts ou de règlements. Un peu comme si le destin de notre langue et de notre culture avait été télécopié à quelque organisation distante le gardant précieusement dans un dossier quelque part dans une filière. Montréal s’anglicise? Pas grave, la ville demeure officiellement francophone. Des universités et des médias affichent en anglais seulement? On ne peut rien faire, c’est la loi. Les immigrants s’intègrent principalement à l’anglais? Pas grave, leurs enfants apprendront le français à l’école. Peut-être.

De quel genre de peuple s’agit-il donc, que cette nation de gens ne pouvant prendre en mains eux-mêmes la protection de leur langue et devant toujours espérer qu’une loi, un statut ou un règlement leur sauve la mise?

Les anglophones, eux, n’attendent rien ni de l’État ni d’une quelconque loi. Ils entrent dans le commerce où je travaille, en plein Hochelaga-Maisonneuve, ils m’imposent le « Hi », ils comprennent très bien quand je leur parle en français, et pourtant ils continuent à me parler en anglais, s’offusquant presque, parfois, que je ne les serve pas dans leur langue. Ils vivent dans une société où presque tout l’affichage est unilingue français, mais ils arrivent à imposer leur langue dans un groupe de francophones même s’ils sont seuls à parler anglais. Ils sont capables de travailler en anglais, de vivre en anglais.

Et leur langue est vivante: l’indice de vitalité de l’anglais à Montréal atteint 1,43 (contre 1,09 pour le français), soit un niveau encore plus élevé que celui de n’importe quelle autre province canadienne. N’est-ce pas paradoxal? C’est dans la métropole de la seule province où on limite l’affichage en anglais que la culture anglophone se porte le mieux.

Qu’on se comprenne bien: la loi 101 a son utilité dans un contexte d’un peuple habitué à faire le dos-rond et à oublier ses racines. Il faudrait probablement même la renforcer et faire un formidable pied-de-nez à cette Cour Suprême d’un État nous ayant reconnu comme nation, mais cherchant à nous empêcher de lui donner des dents.

Pourtant, c’est insuffisant. Le combat pour le français ne se trouve pas seulement dans une loi. C’est à nous, chacun de nous, qu’il importe de valoriser notre langue, de la chérir comme un cadeau légué par nos ancêtres, et d’oeuvrer, au quotidien, pour sa défense. Nous sommes ceux qui ont le pouvoir de refuser de travailler en anglais, de ne pas accepter de parler anglais à un immigrant qui vient d’arriver ici, de ne pas consentir ainsi à l’anglicisation de ce qui reste du fait fait français en Amérique du Nord.

Montréal pourrait afficher en Mandarin, en Allemand ou en Russe que le français se porterait mieux si la population, sur le terrain, le parlait et l’imposait. Car sur le plancher des vaches, actuellement, c’est l’anglais qui domine, et même si la plupart sont capables de me parler en français, on voit bien qu’entre eux c’est l’anglais qui prime. Ils se foutent éperdument de quelque loi ou statut; Montréal est ce qu’ils en font, et c’est une ville anglophone qu’ils bâtissent, mot à mot, comme des milliers de structures porteuses d’avenir pour leur propre langue dans le futur. « Des affiches? So what! On s’en fout des affiches. Tout le monde nous sert en anglais partout de toute façon. »

S’offusquer qu’on nous impose cette verrue anglaise au coeur de notre cité est une chose, mais reconnaître qu’on peut contribuer soi-même à notre propre anglicisation en refusant de faire du français la seule langue commune des Montréalais en est une autre. Il ne faut pas confondre cause et symptôme: les publicités anglophones ne sont pas tant à l’origine de l’anglicisation de Montréal qu’une simple représentation de celle-ci.

Quand la publicité de Concordia parle de « promouvoir le changement social et l’activisme », il faut la prendre au mot.  Ce n’est pas la publicité elle-même qui constitue le problème, mais bien la réalité derrière celle-ci.  Celle d’anglophones pour qui tout changement se fait en anglais et qui imposent de plus en plus leur langue.  Ce changement social, c’est notre anglophilie qui le nourrit.

Pendant qu’on s’obstine sur la langue d’affichage, sur la légalité de ceci ou cela, les anglophones prennent Montréal, quartier par quartier, et, s’appuyant sur le bilinguisme institutionnel imposé par nos pleutres politiciens, jettent les fondations d’une future métropole anglophone au coeur d’un Québec dépossédé de sa propre langue.

Faut-il couper les vivres aux universités anglophones?
4 septembre 2009

La sortie de l’ex-premier ministre Bernard Landry pour une francisation obligatoire du cégep, hier, m’a laissé un goût doux-amer en bouche. Doux parce qu’il était plus que temps de s’attaquer au problème que pose les 40% d’allophones qui choisissent le cégep en anglais. Amer parce que Landry, au pouvoir, n’a rien fait en ce sens et que la critique se déclame toujours plus facilement quand on n’est plus en position de pouvoir. Mais amer, surtout, parce qu’il ne s’attaque pas au véritable problème : les universités.

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En effet, comme le note Marc Chevrier, professeur au département de science politique de l’UQAM, les trois universités anglophones québécoises reçoivent 27% des subventions normées alors que les anglophones de langue maternelle au Québec ne représentent que 8,2% de la population (2006). En clair, elles sont trois fois plus financées que ce que leur poids démographique devrait permettre. Elles reçoivent également la part du lion du financement fédéral : entre 2000 et 2005, McGill, par exemple, a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées au pays (194 sur 213 chaires sont anglophones). En 2004-2005, elle a également obtenu 60% de l’ensemble des contributions de recherches versées par les agences fédérales du financement.

À l’opposé, les francophones hors-Québec ne jouissent pas des mêmes privilèges. En 2004, l’investissement aux universités anglophones du Québec se chiffrait à près de 400 millions de dollars par année alors que l’ensemble du financement supérieur offert aux francophones pour toutes les autres provinces se chiffrait à 72 millions de dollars! Considérant qu’il y a près de 950 000 francophones hors-Québec contre près de 575 000 anglophones au Québec, l’investissement québécois pour ses universités anglophones est près de six fois plus élevé que celui offert aux francophones hors-Québec! On le constate, les universités anglophones du Québec sont choyées.

Le problème est le suivant : pendant que les Québécois débattent d’affichage, de francisation de raisons sociales anglophones, de changements de noms de rues, de services offerts en français – l’apparence de francisation – les anglophones se concentrent sur ce qui leur permet réellement de prospérer sans jamais avoir à apprendre le français : la vie intellectuelle. Nous dansons le tango avec les virgules et la proportion d’écriture française en relation avec celle anglaise pendant que les anglophones jouissent d’une éducation de meilleure qualité leur permettant d’occuper des postes prestigieux dans un milieu culturel anglophone vivace.

Par ailleurs, on parle beaucoup de sous-financement des universités. Le PLQ a même augmenté les frais de scolarité de près de 30%, faisant porter le fardeau de l’éducation aux jeunes qui commencent dans la vie. On a pourtant un autre choix, beaucoup plus utile socialement : prendre aux universités qui en ont beaucoup (McGill, Bishop, Concordia) et donner à celles qui crient famine (UQAM, UdM, Laval, UdS). En finançant le réseau anglophone à la hauteur de son poids démographique, on pourrait sauver 66% du financement qui lui est accordé et cet argent pourrait être réinvesti dans le réseau francophone.

Les lois imposant le français ont leur utilité, mais elles sont souvent trop brutales, trop directes, et donnent l’impression d’une injustice aux anglophones vivant ici, pouvant contribuer à leur radicalisation. En finançant plus adéquatement le réseau francophone à même les fonds d’institutions anglophones souffrant d’embonpoint financier, on pourrait arriver au même objectif d’une manière beaucoup plus élégante : les anglophones choisiraient les cégeps et universités francophones non pas parce qu’on les oblige, mais parce qu’elles sont de meilleure qualité et leur offre tous les outils pour s’épanouir… en français! En ce moment, loi ou pas loi, entre une McGill sur la montagne et nageant dans l’argent et une UQAM dans un sous-sol et en quasi-faillite, le choix est trop clair.

À quand un véritable débat sur le financement des universités anglophones? Qui aura le courage de s’attaquer à cette injustice?