Subventionner les nantis
29 avril 2007

Un rapport final d’un comité du ministère de l’éducation et de la Fédération des établissements d’enseignement privés recommande de donner un million $ par an aux écoles privées pour les aider à accueillir davantage d’élèves en difficulté.

Deux questions se posent d’emblée.

Tout d’abord, comment peut-on accepter de voir ainsi travailler main dans la main un ministère public devant servir la population et un organisme privé au service d’entreprises lucratives ayant comme mission de faire un profit? À quoi s’attendait-on d’une telle rencontre? Croyait-on réellement qu’on allait favoriser le réseau public? Les entreprises privées ne devraient pas avoir un lien aussi incestueux au ministère de l’éducation, au risque de voir de terribles dérapages se produire.

Ensuite, comment imaginer continuer de subventionner, de dilapider les fonds publics pour des entreprises/écoles déjà subventionnées à 60% par le gouvernement? Déjà en ce moment, c’est l’État du Québec qui finance les profits de ces institutions, qui participe à l’enrichissement de la minorité des dirigeants de ces écoles. Et on veut encore continuer de s’abreuver aux mamelles de l’État?

Il faut savoir mettre un frein à de pareilles situations. Les parents doivent avoir le choix de l’école où envoyer leur enfant; mais s’ils choisissent une école privée, qu’ils assument l’entièreté du coût de celle-ci. Il est tout à fait inadmissible de favoriser les écoles privées en subventionnant leurs « clients » de cette façon.

Pendant ce temps, les écoles publiques manquent d’argent, ont des problèmes de violence, de décrochage. Il me semble qu’avec ce 60% donné à chaque enfant au privé il serait possible de grandement améliorer la qualité de l’enseignement et de la vie étudiante dans le réseau public. On permettrait aussi une plus grande cohérence sociale en forçant une cohabitation entre différentes classes sociales au lieu de se retrouver avec les cas lourds d’un côté et les privilégiés de l’autre. Et ce n’est pas en subventionnant massivement quelques élèves en difficulté pour aller jouer les cobayes dans le privé qu’on réglera l’asymétrie public/privé de manière durable.

Il n’y a pas de mal à vouloir offrir la meilleure éducation possible à ses enfants, mais cela ne doit pas se faire au détriment des autres et en enrichissant indûment une minorité d’hommes d’affaires qui n’a que peu de comptes à rendre.