La cible
28 avril 2007

Ainsi donc, même l’ancien gouvernement libéral de Paul Martin savait que les prisonniers afghans remis aux autorités de ce pays étaient torturés. Le Canada, fort de sa longue tradition d’aide humanitaire et de respect des droits de la personne a-t-il immédiatement résilié son appui au gouvernement Karzaï et envisagé un retrait rapide du pays pour protester contre ces manquements graves aux droits humains? Non. Au contraire, on a augmenté la présence canadienne en Afghanistan.

En appuyant ainsi un gouvernement torturant ses prisonniers et en gonflant l’importance de ses troupes dans le pays, le Canada se dessine une grosse cible bien visible et juteuse. Cette cible, cet appel aux attentats terroristes visant des citoyens canadiens – nous – et des institutions canadiennes, elle risque de nous lancer dans une spirale infernale dont nul ne peut prédire les conséquences ultimes.

On peut très bien imaginer un attentat terroriste se produisant dans le métro de Montréal, par exemple. Et en représailles à ces représailles Stephen Harper imaginerait d’autres représailles. Et sans le savoir, nous aurions en quelques années détruit complètement tout le capital de sympathie mondial à l’égard de ce pays. Aux yeux de plusieurs, nous serions réellement devenus le laquais de service des États-Unis, un cinquante-unième État américain vengeur et assoiffé de sang.

Pourtant, d’autres solutions sont possibles. Retirer nos troupes d’Afghanistan ne veut pas dire laisser tomber la population. Combien d’écoles peut-on bâtir avec l’argent nécessaire pour envoyer 500 soldats? Combien d’organismes communautaires peut-on financer avec ce que coûte les nouveaux véhicules de l’armée?

En agissant comme le fait le Canada actuellement, nous donnons raisons à tous les extrémistes qui voient dans la mission en Afghanistan une nouvelle croisade de l’Occident et qui ne rêvent que d’aller se faire exploser au milieu de notre population, de nos enfants.

Nous qui sommes si offusqués qu’un malade mental comme Clermont Bégin soit en liberté, nous laissons le gouvernement Harper – notre gouvernement – dessiner une cible sur nous et nos enfants?

La chasse est ouverte
25 avril 2007

L’histoire au début ressemblait à un banal fait divers monté en épingle par Quebecor et ses médias. Mais faut croire que puisque TVA est le seul poste qui ne griche pas en région, le fait divers a fini par devenir politique. De quoi je parle? De la libération du violeur Clermont Bégin, considéré comme dangereux et à haut risque de récidive.

De quelle génération êtes-vous? Moi quand j’étais jeune, on me parlait du bonhomme sept heures qui allait venir me manger si je ne rentrais pas assez tôt à la maison. Aujourd’hui, on a le pédophile de service qui joue le même rôle. Mais au fait, cet individu est-il réellement un pédophile?

La pédophilie, c’est du sexe avec des enfants prépubères. Qu’on se comprenne bien: ce type est une foutue ordure et je ne voudrais en aucun cas le voir habiter près de chez moi. Il a violé sauvagement une adolescente de 16 ans et il n’a pas éprouvé le moindre remord. Ceci dit, à cet âge, il me semble qu’on devrait davantage parler d’agression sexuelle que de pédophilie.

Alors, pourquoi l’utilisation de ce mot?

Pour faire PEUR! Un pédophile, ça fait peur. Ça guette les enfants dans les cours d’école, n’attendant que le bon moment pour en prendre un, le violer, ou même le tuer. Et c’est irrationnel: les gens arrivent à comprendre qu’on puisse détester un autre adulte, en venir au coup, et peut-être même au meurtre. Mais comme accepter qu’on s’en prenne à un enfant, si naïf, si étranger à ce monde adulte?

C’est de l’incompréhension, et celle-ci alimente la peur.

Il y a dans nos rues des milliers de criminels. Des gens pas très fréquentables. Des gens qui nous font peur. On ne les voit pas, mais les médias sont là pour nous rappeler qu’ils existent. On sent une augmentation de la violence; on lit dans les journaux tout ce qu’il y a de plus sordide sur le sujet. Et on a peur. Et on cherche un coupable.

Et quand on en trouve un, c’est la chasse qui est ouverte. Que ce soit pour Homolka ou pour Bégin, c’est la même histoire qui recommence. On va interroger des badauds qui disent ne pas en vouloir dans leur quartier. On invite des spécialistes pour parler du risque de récidive. On répète les mêmes conneries du matin au soir sans que rien ne change à rien. On exploite le filon aussi longtemps que possible.

Et on oublie qu’en s’attaquant au criminel lui-même on ne réglera rien. C’est à la société de trouver de meilleurs moyens de réhabilitation. Des programmes plus inventifs, plus performants.

Mais dans le cas de Clermont Bégin, il n’est pas réhabilitable. Oui, oui, c’est TVA qui le dit. Et si TVA le dit, ça doit être vrai.

La vraie question, c’est de savoir ce qu’on fait du criminel quand il a officiellement payé sa dette à la société. Et la réponse en dit parfois plus long sur la personne qui l’affirme que sur le sujet lui-même…