Afghanistan: le désaveu de Harper
3 mars 2009

Sacré Harper! Juste comme on a l’impression qu’il ne peut pas se mettre davantage les pieds dans la bouche, il récidive en affirmant que « nous ne vaincrons jamais l’insurrection » en Afghanistan. Ces propos lucides, mais ô combien surprenants de sa part, tenus dans une émission de télévision aux États-Unis, ne devraient pas nous inquiéter. Ce qui préoccupe, par contre, c’est qu’ils soient tenus après plus de sept ans d’efforts militaires, une centaines de soldats tués et 18 milliards $ de notre argent gaspillé dans ce gouffre de la bêtise humaine.

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(suite…)

Maxime Bernier: le Canada est en Afghanistan pour contrôler le pavot
5 octobre 2008

L’entrevue qu’a donnée Julie Couillard a Tout le Monde en Parle était touchante. On l’a vue, l’âme à nue, nous parler de sa relation avec l’ex-ministre Maxime Bernier. Mais au-delà du drame humain qu’elle subit depuis des mois, qui, si lourd soit-il à porter, est justement sa propre pierre qu’elle devra traîner derrière elle, une révélation m’a particulièrement intéressé: Julie Couillard a affirmé que Maxime Bernier, qui était ministre de la défense nationale – doit-on le rappeler? – croyait que la mission canadienne en Afghanistan était motivée par le contrôle du pavot et que le but n’avait jamais été de démocratiser ce pays.

Tout d’abord, il faut établir quelque chose: dans toute cette histoire c’est la parole de Julie Couillard contre Maxime Bernier. Ceci dit, une chose m’apparaît claire: Julie Couillard n’a aucune raison de mentir sur ce point; en fait, comment cette femme, sans aucun passé politique, sans aucune étude ni même intérêt évident pour la politique internationale, pourrait-elle sortir de son chapeau de magicienne une explication en apparence si controversée? Si elle avait voulu inventer pour discréditer M. Bernier, elle aurait pu simplement dire qu’il ne voyait pas l’intérêt de cette guerre pour le Canada, mais si elle a parlé de l’opium, c’est forcément parce qu’il en a été question. Ainsi, il est plus que probable qu’elle dise la vérité.

La question de la drogue m’intéresse depuis longtemps. J’ai été, au début, tout à fait scandalisé quand j’ai lu que la CIA a été impliquée dans le trafic de la drogue, notamment en Amérique centrale et en Asie du sud-est. Puis, j’ai beaucoup lu sur le sujet et j’en suis venu à cette conclusion: la drogue est un élément important de notre économie et le gouvernement des États-Unis, sous couvert d’une lutte contre celle-ci, essaie d’en contrôler la production et le trafic.

Voici un petit tour d’horizon de ce que j’ai déjà écrit sur le sujet.

  • L’empire de la drogue: J’expliquais dans ce billet de quelle façon les Talibans avaient réduit la production de pavot de 91% en 2001, poussant les États-Unis à les attaquer pour reprendre ce lucratif commerce. Je parlais également de la relation entre Wall Street et le commerce de la drogue.
  • Celui qui tient la batte: Je me questionnais ici sur la nécessité ou non d’avoir du respect pour les soldats canadiens qui s’en vont risquer leur vie pour protéger la production de pavot.
  • Made in China: J’expliquais ici de quelle façon le contrôle des ressources, que ce soit le pétrole ou la drogue, fait partie d’une guerre larvée entre les États-Unis et la Chine.
  • Députés ou Croisés?: Dans un de mes bons textes, je tentais de circonscrire les trois principales raisons de l’invasion et de l’occupation prolongée de l’Afghanistan par l’OTAN. Parmi ces raisons: le contrôle du pavot.

Il peut être difficile d’accepter l’idée que les États-Unis, ces soi-disant champions de la lutte contre la drogue, font le commerce du pavot eux-mêmes. Pourtant, ça s’est déjà produit et ça se reproduira. Car non seulement l’argent blanchie sert à Wall Street (qui doit faire face à une crise sans précédent, et le crédit à risque n’en est que le début), mais la drogue est un excellent moyen de cacher les frais de la guerre et donc, ainsi, de subordonner l’aspect moral de la question à des questions d’ordre géostratégiques ou économiques. En clair: la morale n’a que peu d’importance quand on est un empire au faîte de sa puissance et qu’on entend tout faire pour le demeurer. Ça n’importe pas davantage aujourd’hui que dans les années 1980, quand la CIA trafiquait de la drogue pour financer la lutte aux Soviétiques:

[Les] agents de la DEA [Drug Enforcement Agency] étaient tout à fait au courant de la firme qui trempait dans la drogue et qu’utilisait la CIA pour envoyer de l’argent aux Moudjahidins, c’est-à-dire Shakarchi Trading Company. Cette compagnie d’origine libanaise avait été le sujet d’une longue enquête de la DEA sur le blanchiment d’argent. Un des principaux clients de la Shakarchi était Yasir Musullulu, qui avait déjà été pincé en essayant de délivrer un chargement de 8,5 tonnes d’opium afghan à des membres des Gambino, le puissant syndicat du crime new-yorkais. ((Whiteout: The CIA, Drugs, and the Press, Alexander Cockburn & Jeffrey St. Clair, Verso, New York, 1998.))

Le problème avec les Talibans – et Maxime Bernier devait en être conscient – n’était pas que les pauvres petites filles n’aient pas accès à l’école. Non. Le problème était cet ordre du Mollah Mohammed Omar en juillet 2000 qui demanda l’arrêt de la production du pavot et qui fit chuter la production mondiale de 70% d’un seul coup. Il était là le problème. Et pendant que les Talibans éradiquaient le pavot, leurs opposants, l’Alliance du Nord, triplait son nombre d’hectares plantés de 2458 à 6342. ((Drugs, Oil, and War: The United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina, Peter Dale Scott, Rowman & Littlefield, 2003, p.33)) Et avec qui les États-Unis s’allièrent-ils pour déloger les Talibans? You bet it, avec l’Alliance du Nord.

Ainsi, il n’a jamais été question de restaurer la démocratie ou de faire la chasse à Ben Laden. Le vrai but consistait à relancer la machine à dollars que sont les plantations de pavot. Et si on démocratisait en même temps, tant mieux, en autant que les élites soient corruptibles et qu’on puisse continuer d’y faire la loi.

C’est tout cela que savait Maxime Bernier. Et si je peux me permettre, ce que savait Bernier, Harper le savait. À mon avis, le Canada a échangé sa participation prolongée jusqu’en 2011 en Afghanistan aux côtés des États-Unis contre quelque chose d’autre. Quoi, difficile à dire. Mais pour qu’un moraliste fondamentaliste comme Harper envoie nos soldats se faire tuer pour des plants de pavots, ce devait être quelque chose d’important.

Dans tous les cas, bravo à Mme. Couillard. Elle ne nous a pas seulement révéler les dessous d’un individu narcissique, méprisant ses électeurs et sans aucune fidélité vis-à-vis de son premier ministre (ce « buveur de Pepsi », dixit Bernier, selon Couillard), mais elle nous a également permis de mieux comprendre les réelles motivations derrière la présence canadienne en Afghanistan.

J’espère que tous ces soldats qui s’en vont risquer leurs vies pour que de riches banquiers aient leur argent et que de pauvres drogués perpétuent leur dépendance réalisent ce qu’ils font. Personnellement, si j’étais soldat ce soir et que je prenais conscience de cette triste réalité, je quitterais la profession sur-le-champ.

Vous êtes plusieurs à m’écrire personnellement. Si vous êtes soldats ou que vous connaissez un soldat ayant été témoin du trafic de drogue supervisé (ou intensément toléré) par l’armée canadienne, envoyez-moi un courriel. Je vous garantis l’anonymat.

En espérant que les choses puissent changer et que tous ces naïfs avec un autocollant « Support our troops » puissent avoir assez honte pour enlever cette saleté qui ne souille pas seulement leurs véhicules mais également la réputation de notre pays de même que notre jeunesse, trop souvent victime de ces drogues qu’on dénonce en public mais dont on encourage la production en privé.

Le dictateur et sa moustache
24 juin 2008

En ce jour de notre fête nationale, j’ai une petite pensée pour le Zimbabwe, pays africain enfoncé dans le chaos parce que son président-dictateur, Mugabe, s’accroche au pouvoir et utilise toutes sortes de moyens anti-démocratiques pour arriver à ses fins.

Je ne l’aime pas vraiment Mugabe. Faut dire, il a le look, avec sa moustache hitlérienne, son air de doberman enragé et ses diatribes contre l’Occident. Il a un look de l’enfer, et pour sûr qu’on y réservera une place de choix quand sera venue le jour de sa mort.

Ceci dit, Mugabe a fait une erreur cruciale, avant-hier, quand il a traité Londres et Washington de menteurs. On ne mord pas la main qui nous nourrit, et on ne mort pas la main de ses seuls alliés potentiels.

En effet, depuis une cinquantaine d’années, les États-Unis ont souvent permis l’existence de terribles dictatures, en autant que celles-ci protègent leurs intérêts. Ils ont financé les escadrons de la mort des Contras au Nicaragua, ils ont financé la dictature un peu partout en Amérique latine, ils ont appuyé la répression en Indonésie, tuant près de 200 000 militants de gauche (et leurs familles), ils soutiennent présentement les Philippines, qui, malgré une apparence de démocratie, tuent impunément des dirigeants syndicaux. Et même pas besoin de parler du génocide israélien…

La mort ne fait pas peur à Washington et tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. La dictature n’est pas un problème, ne l’a jamais été, et la seule raison justifiant une intervention est quand le dictateur se rebelle et oublie qui sont ses maîtres.

« Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu’il m’a donné », affirmait Mugabe. Oui, Dieu, ou les États-Unis d’Amérique, qui n’hésitent pas à déchaîner les foudres de l’enfer sur quiconque ne se plie pas à leur volonté.

La dictature n’a jamais été un problème. Tant qu’elle se plie aux volontés de l’empire.

Bonne fête nationale à nous tous, Québécois, et ayons une petite pensée pour tous les autres peuples qui n’ont pas encore de pays ou dont le pays leur a été volé par un sinistre personnage, moustache ou pas.

USA-Chine: mieux comprendre
2 mai 2008

L’aut’journal vient de publier un nouveau texte de Chossudovsky qui explique à merveille les enjeux stratégiques du conflit larvé entre la Chine et les États-Unis.

Quelques extraits:

La Chine n’est pas un modèle des droits de l’homme, mais pas plus que les États-Unis et son indéfectible allié britannique, coupables de crimes de guerre et de violations considérables contre les droits de la personne en Irak et dans le monde entier.

[…]

Dans le contexte de ses plans de guerre contre l’Iran, les États-Unis ont aussi l’intention d’affaiblir les alliés de ce pays, à savoir la Russie et la Chine. Dans le cas de la Chine, Washington cherche à bouleverser les liens bilatéraux entre Beijing et Téhéran, de même que le rapprochement de l’Iran avec la SCO, dont le siège se trouve à Beijing.

[…]

La Chine est encerclée. L’armée étatsunienne est présente dans le Sud de la Mer de Chine et dans le Détroit de Taïwan, dans la Péninsule coréenne et en Mer du Japon, ainsi qu’au cœur de l’Asie Centrale et sur la frontière ouest du Xinjiang, la région autonome Ouïgour de Chine. En outre, dans le cadre de l’encerclement de la Chine, « le Japon s’est peu à peu amalgamé en harmonisant sa politique militaire avec celle des États-Unis et de l’OTAN. »

[…]

Les événement de Lhassa à la mi-mars ne sont pas un mouvement protestataire « pacifique » spontané, comme l’ont décrit les médias occidentaux. Ces émeutes, impliquant une bande de gangsters, ont été préméditées. Elles ont été soigneusement organisées. En Inde, des activistes tibétains associées au gouvernement du Dalaï Lama en exil ont laissé entendre qu’ils s’attendaient en effet à les troubles. Mais ils refusent de préciser comment ils le savaient ni qui étaient leurs collaborateurs. »

[…]

La torche olympique a été allumée lors d’une cérémonie en Grèce, qui a été perturbée par « des militants pro-Tibet. » L’événement était parrainé par « Reporters sans Frontières, » une organisation dont les liens avec les services de renseignement étatsunien sont bien connus. La flamme olympique est un symbole. L’opération psychologique (PsyOp) consiste à prendre pour cible la flamme olympique dans les mois précédants les jeux olympiques de Beijing.

(Lire à ce sujet).

Un texte très intéressant et important à lire pour quiconque veut mieux comprendre le conflit larvé entre la Chine et les États-Unis.

RSF financé par Taiwan!
11 avril 2008

Comme je l’écrivais dans Les USA derrière la campagne anti-chinoise? et dans Désinformateurs sans frontières, l’organisation Reporters sans frontières sert de paravent à diverses opérations de déstabilisation de la CIA et de la NED (National Endowment for Democracy), une organisation créée par Ronald Reagan pour « poursuivre les actions secrètes de la CIA en soutenant financièrement et en encadrant des syndicats, des associations et des partis politiques. » (Wikipedia).

Ce qui est nouveau, par contre, c’est que Reporters sans frontières se fait désormais financer par Taiwan dans sa campagne anti-chinoise! Via la Taiwan Foundation for Democracy, une émule de la NED créée (avec son aide) en 2002 par le ministre des affaires extérieures de l’île aux politiques pro-américaines, 100 000$ ont été remis à Robert Ménard, dirigeant peu crédible de RSF ayant déjà tenté de manipuler des informations pour plaire à ses créanciers par le passé.

La question se pose désormais: on a beau ne pas aimer la répression chinoise au Tibet, mais comment être certains que nous ne sommes pas nous-mêmes manipulés à croire que le mouvement apparemment spontané d’opposition au passage de la flamme olympique n’est pas plutôt organisé et financé soit par Washington, soit par des régimes et des organisations fantoches à sa solde?

Car ne l’oublions pas, dans un contexte de fin de partie (ou de fin de party oserait-on dire), le seul et véritable ennemi des États-Unis, le seul pays capable de déstabiliser le géant américain, c’est la Chine. Tous les moyens sont bons pour discréditer Pékin et tenter de nuire à son économie, y compris la manipulation et le mensonge.

Du coquelicot à la fleur de pavot?
12 novembre 2007

Tous les ans, on le voit réapparaître sur les manteaux et les chemises de tous les bien-pensants soucieux de leur image, vers la fin octobre ou le début novembre: le coquelicot. Cette fleur représente un hommage aux sacrifices des soldats de la Première guerre mondiale, qui fut par la suite étendu aux autres guerres d’importance.

Mais pourquoi le coquelicot? Simplement parce que les terrains crayeux de la Flandre furent surchargés de chaux pendant les combats, ce qui constitue le sol le plus fertile qui soit pour cette fleur. Ainsi, elle apparut durant la guerre, en même temps que les morts, et elle disparut par la suite, lorsque la chaux fut bien absorbée par le sol.

Le lieutenant-colonel John McCrae écrivit le poème « Au champ d’honneur » en mai 1915, et c’est à partir de celui-ci que commença dans l’imaginaire collectif ce lien entre la fleur et les guerres.

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

L’honneur, la patrie, le sacrifice. Des guerres où on se battait pour nos valeurs, pour notre liberté. Une guerre où les soldats étaient des héros, dont les actions étaient célébrées et acclamées car elles étaient justes. Une vraie guerre, de vrais soldats courageux, au front pour nous.

Rien à voir avec la guerre en Afghanistan, cette guerre de l’empire de la drogue. Une guerre où les soldats ne savent plus qui ils attaquent, ni pourquoi ils attaquent. Une guerre où on se terre dans des campements cachés pour attaquer l’ennemi de nuit, trop peureux pour accepter le corps à corps. Une guerre où les soldats canadiens sont plus occupés à fumer du pot ou à s’injecter de l’héroïne (il faut bien que les plantations de pavot qu’ils protègent servent à quelque chose) qu’à protéger nos soi-disant libertés.

Une guerre sans envergure, menée par des lâches au service d’intérêts financiers n’ayant rien à avoir avec qui que ce soit ici.

Le coquelicot est peut-être dépassé, au fond. Ne devrions-nous pas le remplacer par la fleur de pavot, qui représente de mieux en mieux cette guerre? Voilà qui serait certainement un contre-poids à la pathétique propagande de l’armée canadienne consistant à mettre de petits « support our troops » au centre de coquelicots rouges, essayant de faire un lien entre les héros des guerres mondiales et les lavettes sans conscience qui vont se droguer en Afghanistan…

Dans une guerre injuste, ceux qui la mènent sont le bras armé de l’injustice et s’ils ne sont pas assez intelligents pour prendre conscience de la gravité de leurs gestes et se rendre compte qu’ils n’ont PAS l’appui de la population, alors ils méritent de sombrer dans l’oubli, loin, très loin des héros qui ont combattu lors des guerres mondiales.

Car la guerre est une solution de dernier recours; ça ne doit pas être un outil parmi d’autres aux mains d’une minorité de nantis qui veulent refonder le monde selon leurs intérêts.

« Destituez Bush! »
16 septembre 2007

« Destituez Bush », voici le cri de ralliement de cette manifestation anti-guerre à Washington. Bien que la plus grande partie de la planète rêverait de voir ce petit dictateur pendu par les couilles, enduit de groudron, plongé dans les plumes et envoyé au fond de l’océan, est-ce que cela changerait quoi que ce soit aux fondements de la politique étrangère américaine? Rien n’est moins certain.

Quand Reagan a mené sa violente guerre contre les Sandinistes au Nicaragua dans les années 80, W. Bush n’était pas là. Son père s’occupait des questions concernant la drogue (notamment de s’assurer que la CIA pouvait utiliser le trafic de drogue pour financer les Contras, la force créée pour renverser les Sandinistes, après l’amendement de 1984 suspendant l’aide du Congrès), Rumsfeld était dans le portrait, mais c’était une autre gang. Ou plutôt: c’était la même idéologie, mais d’autres représentants de celle-ci.

En d’autres mots: vous pouvez tuer l’homme, mais ses idées survivront.

Tant et aussi longtemps qu’une élite américaine se croira au-dessus des lois de ce monde et pensera qu’elle a le devoir moral d’étendre son empire aux confins de la planète, quitte à faire du meurtre sa politique par excellence, il y aura d’autres Bush, d’autres Reagan, d’autres Cheney, d’autres Rumsfeld.

Il y en aura tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas déraciné cet arbre du mal qui transforme ce qui fut autrefois une brillante démocratie en un empire agressif et incontrôlable.

Mais n’ayons crainte, car il est désormais possible de manifester sans craindre de se faire noyer par la CIA dans ses interrogatoires! Le supplice de la baignoire ayant été éliminé, il faudra maintenant s’en remettre à d’autres techniques issues du guide Kubark d’interrogatoires (et de torture) ayant été créé en 1963 et appliqué avec « succès » depuis plus de quarante ans.

Avouez que ça donne le goût d’être un dissident politique dans ce pays!

Héroïne à bas prix; l’armée responsable?
13 septembre 2007

Voici un graphique qui superpose le nombre de soldats canadiens en Afghanistan et la croissance de la récolte du pavot.

Sources: Chiffres de la FIAS et des médias canadiens pour le nombre de soldats et de l’ONUDC pour la culture du pavot.

Comme on peut le constater, l’augmentation du nombre de soldats n’aide en rien à diminuer la production de drogue dans ce pays. Au contraire, on peut même constater que plus il y a de soldats canadiens en Afghanistan, plus le pavot semble bien se porter!

La théorie officielle, relayée par les principaux médias et de nombreux blogueurs militaristes, affirme que le pavot serait principalement cultivé par les Talibans, qui se serviraient ensuite des profits pour acheter du matériel pour lutter contre les forces d’occupation occidentale. Le gros problème avec cette théorie – outre qu’elle fasse abstraction du fait que les Talibans ont eux-même éradiqué le pavot en 2000 – est justement son incapacité à expliquer la croissance de la culture du pavot compte tenu de la présence des troupes étrangères.

Car si vraiment les Talibans tiraient leurs forces de cette culture, il suffirait donc de s’y attaquer pour leur asséner un très sérieux coup. Mais non seulement la culture du pavot ne régresse pas, mais elle explose, comme on le voit sur le graphique! Ce n’est pas comme si les champs de pavot se cachaient la nuit dans des grottes ou se mêlaient à la population civile. Ils sont là, et il suffit d’épandre des herbicides du haut des airs ou d’aller couper les plantes et on a plusieurs mois pour le faire. Mais en a-t-on la volonté?

Rien n’est moins certain. Surtout quand on connaît l’historique des États-Unis et de la CIA, qui n’a jamais hésité à faire alliance avec des trafiquants de drogue pour atteindre ses objectifs politiques. Selon James Risen, dans son livre « État de guerre », il ne serait pas impossible que la CIA ait fait un pacte avec des seigneurs de guerre, leur assurant de ne pas nuire à leur trafic de drogues en échange d’un soutien contre les Talibans ou à tout le moins d’une neutralité. Cette version des faits a au moins l’avantage d’expliquer la hausse de la production de pavot et l’incapacité (ou plutôt le manque de volonté) des soldats d’y mettre un terme.

Quoi qu’il en soit, qu’on croit à la théorie officielle ou à celle impliquant une collaboration (ou un laisser-aller) entre les troupes d’occupation et les producteurs de pavot, une conclusion s’impose: les soldats canadiens ne font rien d’utile dans ce pays en relation à la culture du pavot et s’il s’avérait que le prix de l’héroïne devait chuter, conséquence de cette hausse de production, ils seront à blâmer quand on constatera une hausse de la dépendance à cette drogue dans les rues de Montréal.

La prochaine fois que vous croiserez un Héroïnomane dans une ruelle ou sur la rue, n’oubliez pas qu’il y a 92% des chances que sa drogue vienne d’Afghanistan, un pays où nous envoyons nos taxes et nos impôts dans une guerre qui ne mène nulle part et où nos soldats donnent davantage l’impression d’une complicité avec les producteurs de drogue qu’un réel désir d’y mettre un terme.

Et si ça se trouve, l’Héroïnomane en question pourrait bien être soldat. À certains moments de la guerre du Viet Nam, près de 20% des soldats américains étaient dépendants de l’héroïne et selon un rapport remis au président Nixon ils avaient davantage de chance de le devenir que de mourir au combat. ((Whiteout: The CIA, Drugs and the Press, A. Cockburn et J. St. Clair, Verso, 1998, p. 238)) Cela démontre déjà le haut niveau de complicité et d’acceptance de l’héroïne et du pavot dans la culture de l’armée américaine des années 60, et ce dans un pays qui ne produisait pas le dixième de ce que produit l’Afghanistan aujourd’hui.

Ramener les soldats canadiens au pays le plus vite possible, d’accord. Mais n’oublions pas d’abord de faire subir une cure de désintoxication à ceux qui auraient vu le pavot d’un peu trop près et de dédommager les utilisateurs d’héroïne au pays qui auront été victimes de la baisse des prix engendrée par la complicité (ou l’incompétence, selon la version des faits qu’on choisit) des troupes canadiennes en Afghanistan.

Dans un quartier près de chez vous, dès le printremps 2009, des Héroïnomanes en uniforme?

À lire: L’empire de la drogue

11 septembre
11 septembre 2007

Oui, c’est aujourd’hui. Un sombre jour, qui nous rappelle de biens tristes événements. Tant de vies bouleversées à jamais, de morts, de haine. Je vois encore la fumée, les médias incapables de faire état de la situation avec précision, et des gens désespérés, pleurant, fuyant, se cachant, éprouvant leur fin du monde.

Chili, 11 septembre 1973

Comment le monde peut-il être si cruel? Comment des gens normalement constitués et ayant été maternés et dorlotés pendant neuf mois dans le ventre de leur mère peuvent-ils financer et orchestrer de telles opérations? Pourquoi une telle boucherie?

Encore aujourd’hui, la blessure reste vive. Le pays reste fragile, traumatisé par ces événements. Tout le monde se souvient, mais on aimerait oublier, croire que rien de tout cela ne s’est produit.

Croire que la CIA n’a jamais financé le coup d’État du 11 septembre 1973 contre Allende, le président chilien démocratiquement élu, et placé au pouvoir le sanguinaire général Pinochet, responsable de milliers de morts pendant les deux décennies où il expérimentait les théories néolibérales…

Parce qu’il ne faut jamais oublier!

À lire: L’adversaire

Désinformateurs sans frontières
6 août 2007

Reporters sans Frontières ou la désinformation sans frontières...Tous les principaux médias québécois ont rapporté, aujourd’hui, cette conférence de presse de Reporters sans frontières (RSF), qui dénonçait Pékin pour ses « violations des droits de l’homme », un an avant le début des Olympiques de 2008. Coup d’éclat médiatique en faveur de la liberté d’expression ou campagne de subversion contre la Chine? En la matière, RSF ressemble de plus en plus à outil de propagande au service des États-Unis.

Puisque le passé est souvent garant du futur, regardons deux exemples: Cuba et le Vénézuela.

Dans le premier cas, l’ex-agent secret cubain et reporter de RSF Nestor Baguer a rapporté avoir rencontré Robert Ménard, secrétaire-général de l’organisation, en septembre 1998. À cette occasion, Ménard lui a offert de l’argent et un portable pour l’inciter à devenir « collaborateur ». Mais par la suite, les relations entre les deux se sont envenimées, comme le rapportait Baguer:

« Il était en colère contre moi et ils ont nommé un autre représentant. Il disait que je n’étais pas assez agressif. Il me donnait l’exemple d’autres personnes qui envoyaient des informations, qui disaient qu’il y avait des grèves de la faim et ce n’était pas vrai. Une fois où il a été question d’une telle grève, je me suis personnellement rendu sur les lieux dans le quartier de Santo Suarez. Je suis entré à une heure où l’on ne m’attendait pas. Et j’ai trouvé ces gens-là en train de faire chauffer une soupe au poulet. Tout était faux. »

Non seulement RSF a été une fabrique à désinformation (littéralement, qui organise de l’information frauduleuse pour induire les gens en erreur), mais les méthodes de Ménard ressemblent à s’y méprendre à celles des agents de la CIA…

Au Vénézuela, c’est la même désinformation. Le 12 avril 2002, pendant le coup d’État (avorté) financé par la CIA, contre Hugo Chavez, RSF s’adressait « aux nouvelles autorités » (leur donnant ainsi une crédibilité) et affirmait que Chavez avait démissionné, ce qui était évidemment faux.

Mais dès qu’il est question de la liberté de presse dans les pays « développés », c’est le silence radio. Après tout, on ne mord pas la main qui nous nourrit. Maxime Vivas l’explique bien:

« Quant à la liste fournie par RSF sur ses interventions dans dix pays riches, c’est de la poudre aux yeux, le minimum syndical. Aucun ne figure d’ailleurs aujourd’hui en première page de son site, lequel épingle huit pays pauvres. RSF « proteste » parfois contre les puissants, mais sans aucune action spectaculairement affichée et suivie et surtout pas contre le pays qui a tué le plus de journalistes dans le monde ces dernières années : les USA. »

Et quelle est cette main qui nourrit RSF? Notamment la CIA, le NED (National Endowment for Democracy), un outil de subversion étatsunien, l’IRI (International Republican Institute), qui est reliée à l’administration Bush et est un satellite du NED…

Ainsi, c’est ce NED qui a offert 20 millions $, en janvier 2005, à l’opposition vénézuelienne, dont 40 000$ à RSF, sans doute pour l’inciter à poursuivre « le bon travail »…

Alors quand Reporters sans Frontières annonce une conférence de presse pour dénoncer quoi que ce soit, quand bien même ce serait la réincarnation d’Hitler incarné dans le corps de Staline avec la dentition de Dracula, je prends toujours ça avec un gros grain de sel!