Méga-hôpital anglophone: le sur-financement doit cesser
1 avril 2010

Aujourd’hui, premier avril 2010, est un jour triste pour Montréal et l’ensemble du Québec. Jean Charest, après avoir saigné la classe moyenne et les plus démunis avec son dernier budget, va inaugurer la construction du McGill University Health Centre (MUHC), un super-hôpital qui coûtera près de 1,5 milliards de dollars au contribuable québécois pour une minorité de 8,2% d’anglophones.

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En fait, le déséquilibre de financement entre le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) et le MUHC est à ce point critique qu’on ne pourrait qu’en rire si ce n’était de la survie de notre langue qu’il est question. Pensez-y: 1,5 milliards de dollars pour 575 555 anglophones de langue maternelle et 1,8 milliards pour un CHUM desservant les 5 877 660 francophones. (( Statistique Canada, 2006. )) L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660) contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un francophone vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone!

Certains rétorqueront qu’on ne peut pas utiliser ces chiffres car l’hôpital servirait principalement aux anglophones de la région métropolitaine. Même s’il a été démontré que pareille structure permettrait le développement de la recherche et serait au service de l’ensemble du territoire québécois, le déséquilibre est criant même si on accepte l’idée que les méga-hôpitaux profiteraient surtout à la population de la région métropolitaine. Selon des données que j’ai compilées pour un billet précédent sur l’anglicisation des banlieues, j’ai calculé qu’il y a 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le MUHC. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Qu’on se comprenne bien: personne ne s’offusque du fait que les anglophones de souche aient le droit de recevoir des soins dans leur langue. Leurs acquis sont protégés à la fois par la Charte des droits et libertés et par la loi 101. Il s’agit d’une simple demande de respect. Comment peut-on accepter, dans un Québec où le français est si gravement menacé, de financer une institution anglophone à trois ou huit fois la hauteur de ce qu’on consacre à son équivalent francophone? Comment peut-on tolérer le fait que les francophones soient des citoyens de seconde classe en leur propre pays?

Le sur-financement des institutions anglophones, que ce soit le MUHC ou les universités anglophones, qui reçoivent 27% du financement pour 8,2% de la population, est ce qui permet non seulement à la minorité anglophone de se maintenir, mais de prospérer, et de gagner du terrain sur les francophones. Ce sur-financement, en fait, permet à la minorité anglophone du Québec de s’arrimer à la vaste majorité linguistique du continent et de contribuer à faire régresser le fait français.

Soyons honnêtes un peu. Nous aimons le français, nous voulons le protéger. Mais comment rivaliser avec des institutions qui, grâce à leur sur-financement, constituent autant de pôles d’attraction pour les nouveaux arrivants? Comment convaincre un Pakistanais ou un Hindou d’apprendre la langue commune si, à l’ombre de son modeste appartement, se dresse ce gigantesque majeur de 1,5 milliards de dollars?

Le ministre Bachand a parlé d’une révolution culturelle pour justifier son budget rétrograde. Il serait peut-être temps de penser à une révolution linguistique et à financer les institutions anglophones à la hauteur de la population des anglophones de langue maternelle au Québec. Ceux-ci représentent 8,2%; qu’on finance leur MUHC à 8,2% de ce que coûtera le CHUM. Et si on obtient une binerie avec cela, c’est peut-être que le nombre d’anglophones ne justifie pas autre chose qu’une binerie, après tout. La différence, entre cette binerie et cette grosse verrue de 1,5 milliards de dollars qu’on veut implanter sur le statut francophone de notre métropole, porte un nom: assimilation.

Il serait peut-être temps d’arrêter de tergiverser dans le dossier linguistique à Montréal et au Québec. Si on ne fait rien, les reculs majeurs enregistrés depuis une décennie vont s’accentuer et il risque de devenir encore plus difficile d’agir pour renverser la vapeur.

Jacques Parizeau a déjà dit: « Toute l’histoire du Québec, avant même la bataille des plaines d’Abraham, est une quête : celle de la reconnaissance de ce que nous sommes et de l’égalité avec les autres peuples. » Il serait peut-être temps pour nos politiciens, et surtout ceux de son ancien parti, qui se prétendent de l’opposition sans jamais s’opposer autrement que pour la forme, de prendre acte de cette quête et de réclamer, pour les Québécois du présent et du futur, l’égalité du financement des institutions de la santé à Montréal et la fin d’un sur-financement non seulement coûteux au niveau financer, mais peut-être encore davantage quant à notre identité et à notre capacité à survivre en tant que collectivité ayant adopté le français comme langue commune.

Quand on a une épine dans le pied, on l’enlève. On n’y rentre pas un cure-dent de 1,5 milliards de dollars en plus.

CHUM-CUSM: l’apartheid linguistique
8 décembre 2009

Que le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) coûte 300 millions de dollars de plus ne constitue pas un énorme scandale en soi. Que cette explosion artificielle des coûts soit causée par l’aveuglement idéologique d’un gouvernement obnubilé par ses foutus PPP, voilà qui est choquant. Mais ce qui est réellement enrageant, c’est de constater qu’en 2009, il existe deux classes de malades au Québec: des Québécois sous-financés et des anglophones sur-financés.

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Ainsi, le CUSM anglophone devrait coûter 1,5 milliards de dollars, contre 1,8 milliards $ pour le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) francophone. Le premier sera construit pour une population de langue maternelle anglophone de 575 555 personnes tandis que le second servira 5 877 660 Québécois. L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660) contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un Québécois vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone. (( Toutes les données proviennent du recensement de l’année 2006 de Statistique Canada))

Certains m’objecteront que ces hôpitaux desserviront principalement la population de la région de Montréal. C’est faux. Ils constitueront de véritables laboratoires de la santé, des outils de soins de haute-technologie pour l’ensemble des Québécois. Ces centres serviront à soigner des patients de tout le Québec, ce que confirme d’ailleurs le docteur Paul Perrotte, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) dans cette brochure. Ce ne seront pas des hôpitaux ordinaires où on échoue lorsqu’on se brise le bras ou qu’une femme accouche; s’il y aura des services de première ligne concernant principalement les Montréalais, la plus grande partie des soins serviront à tous les Québécois.

Certains m’objecteront également d’avoir utilisé la langue maternelle plutôt que la langue d’usage pour ce calcul. Si j’ai choisi cette première, c’est par un soucis de respect de la position historique de la minorité anglophone. Autrement dit: il ne faut pas chercher à savoir combien de personnes parlent actuellement l’anglais – ce qui identifie une anglicisation et une assimilation à l’anglais des immigrants, ce que nous ne voulons pas – mais plutôt à quelle hauteur devrait être le financement des institutions anglophones historiques. En clair, nous ne voulons pas financer les institutions anglophones en fonction d’une assimilation vers l’anglais qu’elles ont contribué à créer, mais plutôt en fonction du poids traditionnel de ses habitants.

Malgré tout, je serai bon joueur. Imaginons – même si ce n’est pas le cas – que ces hôpitaux serviraient principalement à la région montréalaise et utilisons la langue d’usage au lieu de la langue maternelle. Dans un dernier billet, j’ai compilé des statistiques sur la défrancisation des banlieues. Dans les données brutes, on pouvait considérer le nombre total d’anglophones et de Québécois à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. Il y a donc 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones dans la région. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le CUSM. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Or, comment se fait-il que nous, Québécois, acceptons cette injustice? Pourquoi sommes-nous les premiers à plaindre la veuve ou l’éploré, à nous culpabiliser pour les Amérindiens, à nous blâmer pour notre difficulté à intégrer les immigrants, à nous condamner pour un ci ou un ça et à nous flageller d’autres mantras destructeurs pour notre fierté collective, au même moment où on ne dit mot quand le gouvernement nous traite comme des citoyens de seconde classe?

Si le Québec est une nation et que sa langue commune est le français, il serait peut-être temps d’agir comme tel. Aurait-on idée, dans n’importe quel autre pays civilisé, de voir une minorité aussi chouchoutée, dorlotée, engraissée et flattée que les anglophones montréalais obtenir de tels avantages indus? Presque partout sur la planète, on finance surtout les institutions dans la langue commune et jamais, JAMAIS, on n’accepterait que la majorité des citoyens soient traités aussi vulgairement.

Cette façon d’agir – et quoi qu’on en dise – possède un petit relent d’apartheid. Une élite rhodésienne accapare nos richesses collectives et taxe le labeur d’une majorité de subalternes n’ayant pas droit aux mêmes privilèges. Et si les petits nègres blancs d’Amérique veulent se faire bien soigner, qu’ils apprennent le SPEAK WHITE! Lorsque le peuple lui-même a intériorisé son propre sentiment d’infériorité linguistique, plus personne ne peut se choquer de ce qu’on se serve de ses bras et de sa sueur pour porter bien haut des élites qui le méprise.

Il serait peut-être temps d’en finir avec le sur-financement des institutions anglophones et d’exiger l’égalité pour les Québécois… en leur propre nation!

Et si on se dotait d’un seul méga-hôpital francophone à Montréal?

CHU en PPP: on a menti à la population!
20 novembre 2009

La démolition du mythe des avantages de la construction des Centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal en Partenariat Public-Privé (PPP) par le vérificateur général est presque passée sous le radar médiatique. Faut dire, avec les apparences de collusion, l’incompétence présumée de la ministre Boulet, sa demande de démission et toutes les singeries qui ont suivies, parler encore une fois du CHUM et de son équivalent anglophone laissait un goût fade en bouche.

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Pourtant, les conclusions de Renaud Lachance sont dévastatrices: l’agence des PPP a carrément menti à la population afin de promouvoir son projet. Cette dernière se basait sur des chiffres secrets qu’elle refusait de publier pour affirmer que les gains financiers seraient de l’ordre de 17 à 24% si on optait pour la construction en mode PPP. Absolument faux, selon le vérificateur: les calculs se basaient sur des chiffres farfelus. Des chiffres concoctés par PricewaterhouseCoopers, qui n’était absolument pas indépendante dans ce dossier puisque recevant des millions de dollars de l’agence elle-même, sans appel d’offres! « PPP Québec ne peut exercer un rôle de critique indépendant en même temps qu’elle participe de si près à la préparation des analyses de la valeur ajoutée », explique le vérificateur.

Ainsi, on est parti du principe que le public allait laisser les édifices devenir vétustes très rapidement. On a établi le taux de vétusté à près de 94% après une trentaine d’année. Concrètement, après trente ans, on lance les démolisseurs et on reconstruit le tout! Complètement irréaliste, juge Renaud Lachance, qui estime plutôt cette vétusté à près de 20%. S’il est vrai qu’après quelques décennies tous les bâtiments publics nécessitent des réparations, le pire indice de vétusté de tout le secteur de la santé atteint 37%. On a donc gonflé les chiffres artificiellement pour donner faussement l’impression que la construction en PPP serait moins dispendieuse. Bref, on a menti à la population pour favoriser des intérêts privés.

Or, ça ne vous rappelle pas quelque chose, cela? Tous les scandales des derniers mois dans le monde municipal ont été causés par la collusion d’intérêts privés et publics qui permettaient aux premiers de s’enrichir sur le dos des citoyens. C’est précisément la proximité du public et du privé qui permet la collusion. La Coalition pour un CHU sans PPP a raison d’affirmer que « le plein transfert au secteur privé de la conception, la construction, l’exploitation, l’entretien et le renouvellement des projets majeurs peut conduire à des excès ». Ces excès, ce ne sont pas que quelques dollars glissés sous la table, mais des milliards de piastres de nos impôts qui enrichissent une minorité de corrompus au lieu de servir à mieux financer nos institutions ou à rembourser notre dette.

En outre, comme je le notais dans un autre billet, l’Angleterre, qui a, la première, expérimenté avec les PPP, en a payé un lourd tribut: « Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. Sur 13 hôpitaux construits en PPP et analysés par l’étude, six étaient en déficit. Et quatre de ces six hôpitaux avaient des coûts plus élevés. L’augmentation des coûts observés pour les PPP atteint de 25% à 50% du coût d’un financement traditionnel. » On peut maintenant comparer cela au nouveau projet de l’hôpital Sainte-Justice, qui, conçu et construit en mode public, n’a dépassé ni son budget ni ses échéances…

Il serait peut-être temps pour le gouvernement de prendre acte de ces faits. Le privé, ce n’est pas le Pérou, mais plutôt l’Islande. Sous prétexte de sauver quelques dollars en payant moins bien ses travailleurs, on ouvre la porte à tous les excès et on appauvrit l’État. Au lieu de « gaspiller » notre argent en payant de généreux salaires à des ouvrier qui font ensuite rouler l’économie locale, on engraisse des compagnies anonymes aux actionnaires éparpillés de par le monde. Qui est gagnant?

Quand je vais chez au restaurant et que je demande la différence entre deux plats, j’aime qu’on me dise la vérité. Je ne veux pas qu’on me propose le premier parce qu’il y a entente entre le restaurateur et l’approvisionneur. Je ne veux pas non plus qu’on attende que j’en aie plein la bouche pour me dire que le plat, finalement, coûtera le double de ce qui avait été prévu et que l’autre, sur lequel j’avais hésité, aurait été meilleur et moins cher. Je veux qu’on soit honnête avec moi, et j’attends la même honnêteté de la part de mes élus.

Ainsi, au lieu de persister dans la voie délirante d’une construction des CHU en PPP, Charest et son gouvernement devraient peut-être prendre le temps de faire une pause et de faire preuve d’honnêteté avec la population. Prendre le temps d’expliquer les soi-disant avantages de la construction en PPP suite à la parution de ce rapport dévastateur.

Et peut-être, pourquoi pas, également remettre en question la nécessité de pomper les ressources du Québec pour construire un CHU anglophone de 1,75 milliards $ pour une population de 8,2% d’anglophones de naissance au même moment où on demande aux citoyens de se serrer la ceinture. Question de prévenir les coups avant le prochain rapport dévastateur, prévu vers 2012-2013, que constituera un recensement démontrant un énième recul du français au Québec…

En attendant, on a les politiciens qu’on mérite. On a vraiment dû manquer à notre devoir à quelque étape dans notre histoire commune.

Super-hôpitaux: à genoux devant la minorité anglophone
14 mai 2009

Yves Beauchemin signe un très bon texte dans Le Devoir de ce matin. Il dénonce l’anglicisation croissante du Collège Édouard-Montpetit, qui refuse d’offrir des cours en français à des élèves provenant du milieu anglophone. Ce qui m’intéresse le plus dans son texte, cependant, est sa réflexion sur le CHUM.

En effet, selon Beauchemin, il est illogique d’avoir deux super-hôpitaux également financés à Montréal:

Que les locuteurs français ne forment que 2 % de l’Amérique du Nord est sans importance. Notre fragilité ne doit pas nous empêcher d’être charitables. Voilà pourquoi, par exemple, dans le dossier des deux méga-hôpitaux de Montréal, le gouvernement offre 50 % des budgets aux 12 % de la population que constitue la minorité anglophone (langue maternelle) dans la région métropolitaine. […] La bonasserie est plus près de la bêtise que de la bonté.

Dans les dents!

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Je crois que c’est un enjeu qu’on passe beaucoup trop facilement sous silence. J’en avais déjà parlé il y a deux ans, mais je trouve important d’y revenir. Le but des super-hôpitaux consiste à centraliser les traitements. En ce sens, ce ne sont plus des hôpitaux de quartiers, ni même de villes, mais ils offrent des services de pointe à l’ensemble des citoyens du Québec. Oubliez l’urgence quand vous avez un problème, ici on se spécialise et on reçoit des gens des quatre coins de la province. Même s’il est loin d’être certain que le jeu en vaut la chandelle, cela constitue la logique derrière toute l’opération.

Le problème est la suivant: les anglophones au Québec (langue maternelle) ne représentent que 7,9% de la population. Comme le demande Beauchemin avec justesse, pourquoi financerait-t-on « leur » méga-hôpital à la même hauteur que celui des francophones? Ce faisant, ne lance-t-on pas le message que les anglophones ont davantage droits à la santé que les francophones? Calculons.

Même s’il est encore impossible de chiffrer les coûts exacts des projets (surtout que la décision du gouvernement Charest d’aller en PPP fera augmenter la facture), il me semble raisonnable de déclarer que chaque projet devrait coûter environ 2 milliards $. Soyons généreux à l’excès; les derniers chiffres indiquent une somme légèrement supérieure pour le CHUM. Disons 2,25 milliards $ pour le CHUM et 1,75 milliards $ pour le CUSM. Donc, on parle de 2,25G$ pour 5 761 765 francophones et de 1,75G$ pour 557 040 anglophones (données 2001). En clair, il s’agit d’un investissement total de 433,89$ pour la santé de chaque francophone, contre 3141,61$ pour chaque anglophone. Et je vous rappelle que je suis parti de l’idée (encore incertaine) selon laquelle le centre anglophone allait coûter 500 millions $ de moins que le CHUM.

Évidemment, ces chiffres ne sont pas rigoureusement exacts; la situation peut être légèrement pire ou meilleure. Ils permettent néanmoins de tracer une tendance lourde: grosso modo, au regard de la construction de centres de santé hyper-spécialisés dans l’optique du Québec de demain, les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. Prépare-t-on un Québec de demain où les francophones seront moins nombreux, voire minoritaires?

Je trouve que c’est un débat dont on a peu parlé. On a fait grand cas de l’emplacement des hôpitaux, de leur financement, de leur utilité, mais il a trop peu été question de la nécessité d’avoir deux centres hospitaliers pour une même population, surtout que celle-ci est très majoritairement francophone. Ne serait-il pas plus judicieux d’avoir un seul hôpital, francophone, comme centre de soins spécialisés pour l’ensemble du Québec?

Au-delà de la mission d’offrir des soins de santé à la population, un seul super-hôpital pourrait jouer un rôle d’intégration des immigrants et de la minorité d’anglophones qui refusent d’apprendre notre langue. La langue, ce n’est pas seulement une affaire d’affichage, mais ça se vit partout, de l’école au travail en passant par les établissements de santé.

À quand un gouvernement qui ne nous traite pas comme des citoyens de seconde classe?

Le CHUM en PPP: la pire des idées
30 mars 2009

La décision du gouvernement du Québec d’aller de l’avant avec le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) construit en partenariat public-privé (PPP) a de quoi inquiéter les citoyens. Non seulement les PPP coûtent-ils plus chers, mais il y a risque de conflit d’intérêts et l’engagement à long terme augmente les possibilités de dérapage.

D’abord, les PPP sont coûteux, très coûteux. Comme le souligne avec justesse Sylvain Simard, porte-parole du Parti Québécois pour le Conseil du trésor, les entreprises privées peuvent plus difficilement obtenir des taux d’intérêts avantageux que l’État, surtout en période de crise. Les taux pratiqués actuellement sur le marché du crédit sont 2,5% plus élevés pour le privé. Et si les taux venaient à baisser, l’État n’en profiterait pas puisque l’entente est scellée avec l’entreprise qui gère le PPP. Martine M. Bellanger, professeure d’économie à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes, en France, explique :

Dans la mesure où les PPP comportent un potentiel plus élevé d’aléas pour les entreprises que les contrats traditionnels, leurs banquiers et leurs assureurs en tiennent compte. Comme les promoteurs de PPP ne sont pas des philanthropes, ils reportent ces coûts sur les loyers et les autres formes de paiement exigés des partenaires publics.

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La ministre des finances, Mme. Jérôme-Forget, se défend en disant que le gouvernement sera un bon payeur et qu’il rencontrera ses obligations, mais ce que sous-entend cette déclaration apparaît plutôt comme l’aveu que le gouvernement sera toujours là pour subvenir aux besoins du privé et absorber les dépassements de coût.

Jean Charest martelait depuis des années que les PPP ne devaient pas alourdir la dette publique. Le gouvernement étudie pourtant des scénarios permettant de faciliter l’accès au crédit des consortiums en lice pour ceux-ci après les inquiétudes de ces dernières quant à leur incapacité à se financer adéquatement. Le but du partage de risques consiste à faciliter l’accès au crédit pour les promoteurs privés en faisant porter un fardeau plus élevé sur les épaules du gouvernement du Québec. Ainsi, une partie du risque devient une dette pour les contribuables. Le PPP devait (théoriquement) sauver de l’argent: si en plus de payer les profits des consortiums il faut partager leurs risques, à quoi bon? Qui veut-on récompenser ici : les amis du gouvernement? Pourquoi ne pas simplement bâtir le CHUM de manière traditionnelle et leur envoyer un chèque par le poste tant qu’à ça?

Outre la théorie, il y a la pratique. Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. ((La Presse, Nouvelles générales, mardi, 4 avril 2006, p. A5, FINANCEMENT DES HÔPITAUX, Les PPP sont trop coûteux, selon une étude anglaise, Noël, André)) Sur 13 hôpitaux construits en PPP et analysés par l’étude, six étaient en déficit. Et quatre de ces six hôpitaux avaient des coûts plus élevés. L’augmentation des coûts observés pour les PPP atteint de 25% à 50% du coût d’un financement traditionnel. Ce n’est d’ailleurs par pour rien que le ministère de la Santé a suspendu la réalisation de plusieurs programmes en 2006, notamment parce que les hôpitaux devaient verser aux promoteurs des montants fixes trop élevés eu égard aux budgets accordés par l’État pour leur fonctionnement régulier.

Par ailleurs, les risques de conflits d’intérêts sont bien réels. Il n’est pas question ici d’enveloppes brunes glissées sous la porte d’un politicien bien en vue (même si ces choses peuvent exister), mais plutôt de promoteurs qui conseillent le centre hospitalier de l’université McGill et soumissionnent pour le CHUM et vis versa. Le danger est clair : une firme peut obtenir des informations dans un projet dont elle profitera dans le second. Pour surveiller tout ce fouillis, un avocat a été embauché par l’agence des PPP à titre d’arbitre des conflits d’intérêts. La bureaucratie dans toute sa splendeur.

Un autre aspect à ne pas négliger est l’engagement à long terme vis-à-vis d’une entreprise privée. Ces dernières peuvent changer ou chuter; on se rappellera que la gestion de l’eau de la municipalité de Hamilton s’est retrouvée dans les mains d’une filiale d’Enron. Les besoins peuvent changer : qui sait si dans 35 ans on aura besoin d’un CHUM rempli à pleine capacité ou s’il ne faudra pas privilégier d’autres solutions? Comme le notait avec pertinence l’organisation Médecins québécois pour le régime public (MQRP) le 8 mars dernier, un PPP ne concerne pas uniquement la construction d’un projet, mais son financement, sa conception, sa transformation, sa possession et son exploitation. Il s’agit d’une structure incroyablement rigide enchaînant l’État pour plusieurs décennies. On en arrive progressivement à des situations quasi-surréalistes, comme dans certains hôpitaux britanniques où on détermine la durée optimale d’une ampoule électrique et où on refuse de la remplacer si celle-ci avait le malheur de brûler avant la date prévue. Le fait que le premier hôpital britannique construit en PPP ait déclaré faillite en 2006 devrait également nous inquiéter. ((La Presse, Nouvelles générales, mardi, 4 avril 2006, idem.))

Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un quasi-consensus contre les PPP en santé. L’Ordre de architectes du Québec, l’Association des économistes du Québec, le Parti Québécois, Québec Solidaire, le MQRP, la Coalition Solidarité Santé, la CSN, l’APTS; tous s’y opposent.

Encore une fois, pourtant, le gouvernement fait la sourde oreille aux revendications des citoyens et préfère suivre son idéologie jusqu’au bout, quand bien même celle-ci a prouvé son inefficacité. Jusqu’où faut-il aller avant de comprendre l’illogisme d’une façon de faire qui coûte cher et lie nos mains pour des décennies?

Au lieu d’être de simples locataires du CHUM, pourquoi n’en serions-nous pas propriétaires à moindre coût?

Entrevue avec Simon Turcotte
2 janvier 2006

Simon Turcotte est un médecin qui complète sa formation en résidence en chirurgie générale au CHUM. Il travaille ardemment, mais il trouve tout de même le temps de s’impliquer socialement. Il est l’un des porte-parole du tout nouveau groupe de réflexion sur l’avenir du système de santé du Québec. « C’est une question de conviction. Ce qui est en train de se préparer dans la santé est inacceptable. Il est important de se positionner, de structurer le débat autour des vrais enjeux, explique-t’il. Il y a des lobbys qui poussent pour la commercialisation de la santé, avec leurs arguments fallacieux. Il faut appeler un chat un chat : ce qu’ils proposent ne va profiter qu’à une minorité. Les études sérieuses montrent sans équivoque qu’une plus grande part de privatisation n’aide pas les systèmes de santé publics, au contraire. On peut simplement regarder l’Angleterre: après trente ans de privatisations, ils présentaient en 1996 les pires listes d’attente d’Europe. »

Des lobbys et des hommes

Au cœur de ces lobbys qui influencent le débat et tentent d’inciter les politiciens à privatiser la santé, il y a l’Institut économique de Montréal (IEDM), un think-tank néolibéral créé en 2000 à partir du très conservateur Fraser Institute de Vancouver, et qui dispose d’un imposant budget de 1,5 million $ par an. « Ils sont enregistrés comme un organisme de charité, ce qui fait que ceux qui leur donnent de l’argent ont droit à un important retour d’impôt. Ils sont très agressifs ; ils imposent leurs arguments comme s’ils défendaient le bien commun alors que dans les faits, ils ne peuvent défendre que ceux des mieux nantis ».

La problématique avec l’IEDM, qui compte maintenant parmi ses « chercheurs » le déplorablement célèbre Jacques Chaoulli, c’est que le think-tank a ses entrées partout, de La Presse à L’Actualité, en passant par le journal Les Affaires par la nouvelle revue Santé Inc., distribuée par le biais de l’Association médicale du Québec à tous les médecins et étudiants en médecine. « S’il y a une chose scandaleuse, c’est bien la revue Santé Inc., s’exclame Simon Turcotte. Le mois dernier, le directeur de recherche de l’IEDM publiai tun article fortement biaisé en faveur de l’assurance privée ; le mois précédent, un dossier entier, non signé, s’intitulait ‘Notre système public va-t-il s’écraser?’ et proclamait que les médecins québécois n’auraient pas le choix, à court terme, de pratiquer dans un système privatisé. » Non seulement l’IEDM infiltre ses idées via les principaux médias, mais elle le fait aussi directement auprès des médecins et les étudiants en médecine.

Des médecins vulnérables

De nombreux médecins sont vulnérables au discours néolibéral, car leur environnement de travail se trouve passablement dégradé. « La plupart des médecins sont mécontents de travailler dans un système rationné depuis des années, à cause du déficit zéro. Le monde est écoeuré. Les médecins veulent du changement, peu importe le changement ; ils se sentent prisonniers et impuissants. »

Les listes d’attente constituent actuellement, surtout à Montréal, un problème inquiétant. Pour améliorer la situation, il faudrait entre autres un système intégré d’analyse et de suivi. « En ce moment, personne ne connaît la longueur des listes d’attentes, car chaque chirurgien a sa propre liste, » précise M. Turcotte. Il faut donc se fier à des approximations données par chaque médecin en regard de ses propres listes, et il existe peu d’outils de vérification permettant de redistribuer la charge entre médecins, hôpitaux, ou régions.

Le pire des scénarios

Dans un contexte où chaque médecin est le seul à gérer ses listes d’attentes, le pire des scénarios serait celui d’une médecine mixte (ou hybride) où le médecin pourrait à la fois pratiquer au public et au privé. Voilà pourtant le scénario défendu par les corporations médicales et qui risque d’être imposé par le gouvernement Charest. « La pratique hybride place clairement le médecin en situation de conflit d’intérêt. En travaillant à la fois au public et au privé, il a avantage à ce que ses listes d’attentes soient longues, car cela lui assure une clientèle de gens disposés à payer et un salaire plus élevé au privé. On le voit actuellement avec les radiologistes qui travaillentdéjà à l’hôpital et dans les cliniques de radiologie privées, dont Montréal présente la plus haute concentration au Canada : ils gagnent le plus haut salaire moyen des médecins québécois jusqu’à 450 000$ par année selon les chiffres de la RAMQ, et malgré tout, c’est à Montréal que les listes d’attentes pour les tests diagnostics gratuits passés à l’hôpital sont les plus longues au Canada! »

« Plutôt que d’envisager de grandes réformes qui cherchent en vain à régler des problèmes d’accessibilité particuliers, le gouvernement devrait mandater des professionnels de la santé de différents établissements à élaborer des projets concrets suivant une analyse rigoureuse des problèmes rencontrés dans leur région, explique M. Turcotte. Il faudrait également investir de façon sélective là où il y a des problèmes au lieu de construire un nouveau CHUM à 2 milliards $. On devrait se rassembler autour de projets communs pour la population de Montréal. »

Un CHUM pas trop amical

En effet, le nouveau CHUM se révèle inadapté à la médecine du 21e siècle. Grâce aux progrès technologiques, beaucoup de chirurgies peuvent maintenant s’effectuer en une seule journée (chirurgies ambulatoires) et il devient obsolète de les réaliser dans la lourde infrastructure d’un hôpital. Le bloc opératoire principal d’un hôpital devrait servir aux cas majeurs, comme le chirurgie du cancer, pour les patients qui doivent être hospitalisés plusieurs jours. Actuellement, comme la plupart des chirurgiens ne peuvent opérer qu’une seule journée par semaine, les chirurgies ambulatoires et majeures doivent être réalisées dans le même temps opératoire restreint et mobilise les mêmes ressources hospitalières. Pendant ce temps, un réseau plus ou moins licite de cliniques de chirurgie ambulatoire (surtout orthopédique, hanche et genoux) se développe sur l’île de Montréal. « Au lieu de dépenser 2 milliards $ sur un CHUM déjà archaïque, pourquoi ne pas mettre 1 milliard $ pour construire un centre de chirurgies ambulatoires et 1 milliard $ pour un centre d’interventions diagnostiques et d’imageries médicales ? Ce que permet la technologie moderne n’a pas à être réservé qu’aux entrepreneurs privés! Le système public peut parfaitement intégrer ces progrès et ainsi s’adresser aux problèmes d’accessibilité d’une manière plus équitable! Avec l’existence de ces centres ambulatoires, il y aurait davantage de place dans les hôpitaux pour les opérations majeures et les tests diagnostic serviraient principalement aux patients hospitalisés. »

En deux mots : penser différemment. Prendre ce qu’on a, et tenter de faire mieux. Le projet du CHUM est un projet politique, soutient Simon Turcotte. « McGill voulait construire un hôpital, puis le gouvernement s’est engagé à en construire un pour les francophones. C’est une conception des années 70, qui fait des projections budgétaires en fonction du nombre de lits… Mais ce n’est pas la quantité de lits qui compte, mais la façon dont sont organisés les types de soins qui sont offerts pour le bassin de population qu’on veut desservir, et dont les besoins varient d’une région à l’autre. » Si on ne clarifie pas ces enjeux qui touchent à la mission du nouveau CHUM, il ne réglera pas les problèmes d’accessibilité, surtout si on doit fermer les hôpitaux actuels pour le constituer.

Ceci dit, tout ne va pas mal dans le système actuel. Bien sûr que la situation pourrait aller mieux, mais généralement quand les gens ont accès aux soins ils en sont satisfaits. « Il y a une insécurité alimentée par une couverture médiatique catastrophiste des problèmes des hôpitaux montréalais depuis quelques années, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec les succès et les faiblesses du système dans les autres régions. Il ne faut pas oublier de dire que les indicateurs de l’état de santé des québécois sont en général excellents lorsqu’on les compare à ceux des autres provinces ou pays. Tout ne va pas mal, et le système de santé est loin d’être mauvais. »

En fait, le problème en est un d’accessibilité et le gouvernement devrait faire confiance aux professionnels pour trouver ses solutions, soutient M. Turcotte. Au lieu d’être en lien direct avec l’IEDM et autres idéologues n’ayant comme autre but que de dépecer notre système public pour l’offrir au plus offrant, il devrait s’asseoir avec ceux et celles qui y travaillent jour après jour et qui ont véritablement la santé de la population à cœur : des médecins comme Simon Turcotte, qui considère les soins de santé comme un droit de citoyenneté plutôt qu’un service qu’on a les moyens ou pas de se payer.