Tout est permis
20 avril 2012

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

— John F. Kennedy

Le 20 avril 2012 restera gravé comme une date de rupture. Jusqu’à maintenant, nous avions un gouvernement insensible, mais nous pouvions croire qu’il démontrait un certain intérêt pour les revendications des étudiants. Aujourd’hui, Jean Charest a dépassé les bornes en faisant de l’humour noir sur leur dos. Il n’a plus la crédibilité pour gouverner. Il est indigne de sa fonction et, désormais, tout est permis pour le déloger de son piédestal et lutter contre la violence et le mépris de ses propos.

Quand le mépris remplace le dialogue, les bombes commencent à pleuvoir. Les choses ont toujours fonctionné ainsi. C’est la fin du dialogue entre les Patriotes et le gouverneur britannique qui a mené à la Révolte de 1837-38. C’est également la fin du dialogue entre le mouvement indépendantiste québécois et le gouvernement canadien qui a mené à Octobre 1970. Quand les oreilles se ferment, quand la personne en face de soi cesse d’être un interlocuteur valable, quand on n’attend même plus à voir une parcelle d’humanité dans son regard, tout est permis.

L’attitude du gouvernement Charest est celle d’un pyromane. Il se promène dans l’ombre et il fout le feu. Il envoie ses sbires, dans son parti ou chez Gesca, faire le sale travail et lui se félicite de voir l’édifice de nos idéaux brûler pour qu’il puisse enfin y envoyer ses pompiers. Montréal ressemble de plus en plus à chaque jour à une ville assiégée et il blague. Des étudiants se font matraquer ou gazer, et lui suggère de les envoyer dans le Nord pour leur « trouver un emploi ». Ce gouvernement ne représente plus la population.

Tout est permis.

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

Et puisque tous les ponts ont été coupés, puisque Jean Charest lui-même trouve le moyen de rigoler pendant qu’on assassine la démocratie étudiante, puisque celui-ci méprise jusqu’aux valeurs fondamentales des Québécois, désormais, tout est permis.

Tout est permis.

Les 6 mythes des frais de scolarité (et autre contre-propagande)
17 mars 2011

Le gouvernement Charest a décidé d’accélérer les hausses des frais de scolarité dans un budget qui, à l’instar de celui de l’an dernier, prend du pauvre pour donner au riche. Sous prétexte d’un sous-financement des universités dont il est lui-même responsable, il sacrifie la prochaine génération en se basant non pas sur des faits, mais sur des préjugés colportés par une foule d’idiots utiles davantage avides d’idéologie que de faits. Dans cette attaque contre l’universalité, soulignons la contribution exceptionnelle de La Presse, qui, dans une fausse page de débats, d’où sont tirés plusieurs des mythes ci-bas, fait la promotion active de l’idée qu’il est légitime d’endetter ou de priver d’éducation les individus parmi les plus fragiles de la société.

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Voici quelques uns des mythes propagés par divers idéologues et relayés par les médias.

Mythe 1: la hausse des frais de scolarité n’aurait pas d’impact sur la fréquentation.

Cette idée va à l’encontre de toute logique. Il devrait être évident pour tout le monde qu’un individu n’ayant pas les moyens ou la possibilité de s’endetter au-delà de ce qu’il anticipe comme capacité de rembourser risque d’être moins tenté par la poursuite d’études universitaires. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit lorsque ces frais ont été haussés de 645$ par année en 1989 à 1526$ en 1993: le nombre d’étudiants fréquentant l’université a diminué sensiblement, passant de près de 257 000 en 1992 à près de 232 000 cinq ans plus tard. (( Tableau 477-0013 Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Les étudiants à temps partiel furent particulièrement touchés: malgré la hausse de la population québécoise, ceux-ci ne s’en sont jamais remis; de près de 123 000 qu’ils étaient en 1992, ils n’étaient plus que 97 000 en 2007-08. La hausse des frais de scolarité a un impact indéniable sur la fréquentation.

Mythe 2: le gouvernement investirait davantage si les étudiants le faisaient également.

On nous présente la hausse des frais de scolarité comme étant la contribution des étudiants au meilleur financement des universités, assurant que le gouvernement ferait sa « juste » part. L’histoire nous incite à un sain scepticisme. Une étude de la FAÉCUM, publiée en 2003, fait état d’une réalité tout autre: entre 1990-91 et 1998-99 (grosso modo avant le réinvestissement des années 2000), les étudiants ont payé 1587$ de plus en frais de scolarité, tandis que la contribution gouvernementale était réduite de 2720$ par étudiant. L’effort fut donc à sens unique. Rien ne nous permet de croire que la situation serait différente aujourd’hui. La volonté d’offrir davantage de bourses est louable, mais elle s’apparente davantage au mieux à de la pensée magique, au pire à de la charité, et tout porte à croire que les promesses déçues de la première hausse du début des années 90 seront de nouveau d’actualité.

Mythe 3: les étudiants n’auraient qu’à moins boire de bière ou dépenser pour des vêtements griffés.

Ce discours est celui tenu par Pierre-Yves McSween, un arriviste populaire dans les médias de droite parce qu’il est jeune et trempe son discours vieillot dans la soupe du jour. Selon lui, les études sont un moment de sacrifice et la solution, pour les étudiants, serait simplement de réduire leurs dépenses d’objets de luxe. Ça ne vole pas très haut ici; nous ne sommes pas loin du mythe de l’étudiant richissime se promenant en voiture sport et se payant des voyages dans le sud à répétition. La réalité est tout autre: une étude de la FEUQ a démontré que près de 25% des étudiants ont un revenu inférieur à 12 000$ par année, de loin inférieur au seuil de la pauvreté. Gageons qu’ils ne trouveront pas grand réconfort dans les paroles de McSween!

Mythe 4: les frais de scolarité relativement moins élevés du Québec constitueraient une anomalie.

Ce mythe a la peau dure. Se basant sur un manque flagrant de connaissances quant à la situation dans d’autres pays, il est notamment relayé par Jean-Herman Guay, un droitiste impénitent n’ayant même pas l’honnêteté d’assumer clairement ses positions. L’idée est la suivante: puisque les frais de scolarité sont plus élevés un peu partout en Amérique du Nord, il faudrait hausser les nôtres pour rattraper notre « retard ». En fait, ce sont plutôt les frais de scolarité de l’Amérique du Nord qui constituent une anomalie. Les données de l’OCDE (2007) démontrent que le Canada, les États-Unis, le Japon et l’Australie font partie d’un club très sélect de pays imposant des frais prohibitifs à leurs étudiants. À l’inverse, les frais sont moins élevés un peu partout, notamment en Norvège, au Danemark, en Suède, en Islande, en Finlande et en République tchèque, où l’éducation supérieure est entièrement gratuite. Et comme le souligne un Québécois vivant en Suède, ce pays est pourtant très prospère!

Mythe 5: la hausse des frais de scolarité permettrait de renflouer les universités.

Il faut bien comprendre une chose dans tout ce débat: l’impact des frais de scolarité n’est pas si important que cela sur l’ensemble du financement des universités du Québec. Par exemple, si on augmente ces frais de 1625$ par étudiant à temps plein, on obtient près de 250 millions de dollars. Le financement total des universités québécoises atteignant un peu moins de 6 milliards de dollars, on pénalise les étudiants, les incite à ne pas poursuivre leurs études, et tout ça pour quoi dites-moi?

Mythe 6: le Québec n’aurait pas les moyens de se passer de ces hausses.

Comme nous venons de le souligner, cette mesure rapportera près de 250 millions de dollars chez les étudiants à temps plein. On pourrait peut-être parler d’un peu plus de 300 ou 350 millions en comptant les étudiants à temps partiel – et nous n’incluons pas ici les bourses qui devraient être, si on fait confiance au gouvernement, plus généreuses. Les idéologues n’ont de cesse de nous dire que notre « fardeau » fiscal ne permet plus d’offrir de tels services. C’est faux: il s’agit d’un choix idéologique. Le gouvernement Charest a déjà offert des réductions d’impôts de plus d’un milliard de dollars, principalement à la classe moyenne supérieure et aux mieux-nantis, et si on établit un bilan des quinze dernières années, en incluant le gouvernement du Parti Québécois, c’est de près de dix milliards de dollars que s’est privé l’État québécois parce qu’il a fait le choix de ne plus imposer adéquatement les mieux-nantis et les entreprises. Encore récemment, on apprenait que le gouvernement nous a privé de cinq milliards de dollars en refusant d’imposer des redevances adéquates pour l’exploration des gaz de schistes. Les ressources existent, mais il s’agit d’un choix idéologique que de refuser de les prendre là où elles sont et de préférer s’attaquer aux plus faibles de la société.

* * *

Cette liste de mythes n’est pas exhaustive, mais elle donne une idée de l’ampleur de la désinformation que relaient une foule de soi-disant intellectuels qui ont tous en commun d’avoir adopté l’idéologie néolibérale du moins d’État. Les universités, plutôt que d’être des lieux du savoir devant permettre l’élévation des Québécois et l’enrichissement de la collectivité, sont devenues, dans les faits, de gigantesques entreprises privées en compétition les unes avec les autres et combattant férocement pour l’accueil d’étudiants-marchandises qui, eux, s’endettent en fonction d’un travail futur lui aussi purement utilitaire.

Un médecin, un avocat, un biochimiste, qui se plaindra? Ceux-ci auront le loisir de rembourser leurs dettes. Mais qu’en est-il du philosophe, de l’historien, du musicien? Dites-moi: quelle société a davantage besoin d’avocats que de philosophes? Quelle société peut se permettre de faire abstraction de tout ce qui la rend unique et lui permettant, à terme, de s’améliorer non seulement d’une manière marchande, mais également intellectuellement ou culturellement?

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À court terme, une autre solution est possible. Une université comme McGill, pour ne nommer qu’elle, accueille chaque année près de 48% de ses étudiants d’en-dehors du Québec. Ceux-ci, lorsqu’ils viennent du Canada (27% du total), paient la moyenne canadienne des frais de scolarité, tandis qu’ils peuvent payer entre 10 000 et 20 000$ lorsqu’ils viennent d’en-dehors du Canada. Le Ministère de l’éducation, des loisirs et du sport (MELS) a estimé à un peu moins de 30 000$ le coût pour une année d’université, en moyenne, pour chaque étudiant. Considérant qu’il y avait près de 9000 étudiants canadiens et 7000 étudiants étrangers à McGill en 2009, cela signifie que le financement qui sert à éduquer ces non-Québécois peut atteindre, en l’estimant grossièrement, plus de 300 millions de dollars, soit l’entièreté des revenus estimés des hausses des frais de scolarité!

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Malgré qu’il soit possible – et souhaitable – de cesser de financer l’éducation des étrangers, cette mesure ne peut constituer qu’un baume sur la situation actuelle.

La véritable solution, la seule, est celle de la gratuité scolaire. Une étude du MELS a démontré que le taux de rendement public – le profit pour l’État – du passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un diplôme de baccalauréat atteint près de 8,5%. ce qui signifie que chaque fois où nous incitons nos jeunes à rester à l’école, nous nous enrichissons. Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage, publiée en février 2009, évaluait le coût du décrochage à 37 milliards $ par année. Financer l’éducation, c’est s’enrichir. Les étudiants universitaires sont plus en santé et plus politisés; ils apportent une plus-value considérable à la société.

Le Québec a fait le choix, depuis une cinquantaine d’années, de miser sur une éducation supérieure accessible. De porteurs d’eau et d’ignares que nous étions avant les années soixante, nous sommes devenus l’un des peuples les plus éduqués et les plus savants au monde. Il ne s’agit pas d’un hasard: ce choix que nos prédécesseurs ont fait était réfléchi, appuyé par des faits, et animé de la volonté d’opposer à une marchandisation élitiste de l’éducation ayant fait de nous des citoyens de seconde classe dans notre propre pays une réelle universalité porteuse d’avenir.

L’éducation constitue une richesse.

Vous croyez qu’elle coûte cher? Essayez l’ignorance.

Tous ces idéologues de pacotilles, de Bock-Côté à Pierre Fortin en passant par McSween et Guay veulent nous l’imposer.

À nous de résister et d’opposer, à leur aveuglement idéologique, nos faits.

Et notre humanité.

Sixième année bilingue: la SSJB doit agir!
1 mars 2011

Suite à la décision du gouvernement Charest d’angliciser la moitié de la sixième année du primaire, plusieurs, dont moi-même, attendaient impatiemment la réaction de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB). Quelle forme prendrait la dénonciation de cette mesure anglicisante? Un communiqué de presse? Un texte de Mario Beaulieu, président de l’organisme, sur le site de la SSJB? Une conférence de presse avec des linguistes, des professeurs, des spécialistes faisant état des dangers d’un bilinguisme généralisé et des risques d’assimilation dans un contexte d’extrême fragilité de la langue française? Rien de tout ça. La réaction se limita à une maigre remise en question du caractère obligatoire de la mesure, le tout accompagné d’un appui à l’enseignement de l’anglais intensif. La SSJB est-elle tombée sur la tête?

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Deux raisons expliquent la bizarrerie de cette réaction: la capitulation de l’organisme face au culte du bilinguisme et la peur de mener une lutte dont on ne peut espérer de gain à court terme.

La capitulation de la SSJB face au bilinguisme

Cette capitulation n’est pas nouvelle, mais elle n’a jamais été aussi clairement exprimée qu’en ce moment. Comme je l’écrivais l’automne dernier, Denis Trudel, le porte-parole du Mouvement Montréal français (MMF), une créature contrôlée directement du bureau du président de la SSJB, parlait du bilinguisme comme représentant le « mieux pour nos enfants », indiquait que l’anglais représentait « l’ouverture sur le monde » et que la lutte pour le français au Québec ne pourrait se faire au détriment de l’anglais. Un discours en tout point semblable à celui tenu par les détracteurs de la Loi 101 et du Québec français. Évidemment, on ne peut pas accuser Trudel d’être un adversaire du français – j’ai trop de respect pour lui pour même imaginer cela – mais en adoptant le discours de nos ennemis il donne du poids à ceux qui perçoivent l’unilinguisme français au Québec – à la base de tout notre aménagement linguistique et de tous les gains du français depuis les années soixante-dix – comme étant une tare qu’il conviendrait d’éliminer et les privilèges indus de la minorité anglophone comme un « patrimoine » à chérir.

Elle est loin l’époque où, en 1962, la SSJB déposait un mémoire à la Commission Parent réclamant l’unilinguisme français dans toutes les écoles publiques du Québec, à l’exception de celles de la minorité anglophone. La majeure partie des années soixante et soixante-dix fut d’ailleurs consacrée à la lutte contre les écoles bilingues, notamment lors de la crise des écoles de Saint-Léonard, et la SSJB a toujours participé activement à cette lutte contre un bilinguisme dont nous savions déjà qu’il ne pouvait conduire, s’il était généralisé, qu’à notre assimilation progressive, à l’image du destin des Canadiens-français.

La plate-forme de la SSJB et du MMF a beau faire une distinction entre « bilinguisme individuel » et « bilinguisme institutionnel », arguant que la Loi 101 ne s’opposait pas au premier, mais seulement au second, on se doit de poser la question quant à savoir si un trop fort bilinguisme personnel ne risque pas d’entraîner, à terme, un bilinguisme institutionnel. S’il est vrai que la Loi 101 ne s’opposait pas au bilinguisme individuel, on doit reconnaître que dans son esprit elle prônait la possibilité, pour les Québécois, de pouvoir réussir leur vie uniquement en français. Elle faisait la promotion d’une langue française suffisant à atteindre les plus hauts échelons sociaux, laissant à l’anglais le statut de langue étrangère comme d’autres, utile pour les voyages ou les échanges avec des pays anglo-saxons, mais ne devant aucunement être mise sur un pied d’égalité avec le français puisque, comme l’écrivait Joseph Hanse: « mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue ».

Or, à trop faire la promotion du bilinguisme individuel sous de faux prétextes, notamment celui de la forte présence anglophone sur ce continent – n’était-ce pas le cas en 1977? – nous sommes en train de creuser sous les fondations de l’édifice que nous avons construit. À terme, il risque d’y avoir un point de bascule où des Québécois, unanimement bilingues, deviendraient incapables d’inciter les immigrants à s’intégrer à la langue commune puisque ceux-ci, se faisant comprendre partout au Québec dans la langue de Shakespeare, ne verraient plus d’intérêt à apprendre une langue devenue non seulement locale, mais également facultative. Insidieusement, puisque le bilinguisme individuel se généraliserait et permettrait à l’unilinguisme anglophone de vivre et de prospérer sur notre territoire, on exigerait de plus en plus le bilinguisme institutionnel pour reconnaître une population anglophone en constante progression. Dit autrement: la différenciation « bilinguisme individiuel » et « bilinguisme institutionnel » tient, à terme, d’une schizophrénie.

Ceux qui ont un talent pour les langues devraient pouvoir apprendre les langues de leur choix, mais imposer l’anglais à tous, c’est déjà mettre un pied dans la tombe.

L’impossibilité d’un gain immédiat

Par ailleurs, une autre raison explique la position de la SSJB et il s’agit de l’envers de la médaille d’une grande qualité de Mario Beaulieu: son pragmatisme. Beaulieu n’est pas un des plus grands présidents de la SSJB depuis des décennies pour rien: fort d’une grande expérience au PQ de Montréal-centre, il a su rallier des militants de diverses origines dans des luttes et des actions concrètes. Il n’est pas rare qu’il rassemble autour d’une même table des dizaines de personnes représentant autant d’organismes de la société civile.

Or, ce pragmatisme, cette capacité à se maintenir dans l’action, a forcément le défaut de négliger les combats qui sont plus dans le long terme, c’est-à-dire ceux dont on ne peut attendre un gain dans un avenir prévisible. Il s’agissait d’ailleurs d’un objet de discorde entre lui et moi lorsque je travaillais sous ses ordres: devant mon insistance pour qu’il agisse contre le culte du bilinguisme, il me répétait inlassablement qu’un combat qui ne peut être gagné fait reculer la cause. Il me racontait invariablement quelque anecdote de militants allant au micro dans quelque assemblée politique pour proposer quelque mesure et, une fois la bonne foi étouffée par la majorité, de quelle façon l’idée en tant que telle reculait et perdait de son potentiel de ralliement. Beaulieu, c’est cela: un tacticien hors-pair. Aux échecs, ce serait Mikhail Tal, ou Garry Kasparov. Toujours à la recherche d’une combinaison permettant un gain rapide et sûr. Le corollaire, c’est qu’il néglige les combats à long terme. Pour poursuivre l’analogie échiquéenne, il mésestime l’importance du jeu positionnel à la Karpov, ces coups tranquilles en apparence, mais préparant une action future. Ces replis qui constituent autant de façons de préparer une contre-attaque ou de bonifier une position dont les possibilités tactiques ont été épuisées.

Pourtant, il faut parfois penser à long terme. Il faut se sortir de l’immédiateté d’une situation où le gain à court terme est impossible. Il faut redevenir semeurs et permettre à ceux qui suivent, dans dix ans, vingt ans ou cinquante ans, de jouir d’une position plus solide leur permettant alors, eux aussi, de devenir des tacticiens et de récolter les fruits d’un cheminement intellectuel assumé. Par exemple, quand Olivar Asselin, alors président de la SSJB, a lancé sa campagne du « Sou de la pensée française », suite au Règlement 17 ontarien de 1912 interdisant l’école française, alors que la SSJB a coordonné l’envoi de manuels et de livres en français aux Franco-Ontariens, il n’y avait pas de gain politique ou tactique immédiat à obtenir. D’un point de vue pragmatique, l’opération fut un échec. Mais à long terme, elle jeta les bases d’une solidarité typiquement francophone et permit, en relayant l’injustice dont étaient victimes les Franco-Ontariens, de conscientiser les Canadiens-français du Québec quant à leur statut distinct au sein du Canada, précurseur d’une conception typiquement québécoise de la nation, qui éclora lors de la Révolution tranquille.

C’est la même chose pour la lutte contre le dogme du bilinguisme. À court terme, il n’y a rien à obtenir. Les médias, les journalistes, et la population en général, chez laquelle on martèle depuis vingt ans au moins l’absolue nécessité d’être bilingue avec autant de force qu’on s’y était opposé quelques années plus tôt, sont unanimes dans leur croyance dans les vertus du tout-anglais, drapés qu’ils sont du linceul d’un néo-individualisme allant de pair avec la montée de la droite économique et de cette croyance que la réussite individuelle, maintenant déconnectée de la réussite collective, passe par l’apprentissage de l’anglais.

Si le terrain est stérile en ce moment, la SSJB n’a pourtant pas le droit de refuser de semer pour les générations futures. Elle doit dès maintenant bâtir un argumentaire faisant réellement du français la seule langue nécessaire pour réussir au Québec: elle doit s’opposer à toute mesure imposant l’anglais intensif à l’école ou le bilinguisme à tous les enfants. Ce discours, loin de faire reculer la cause, comme le croit Mario Beaulieu, permettrait plutôt de préparer un futur dont on ne connaît pas encore la finalité. Par exemple, il est possible que la fin annoncée du pétrole à bas prix ou la montée de la Chine provoquent, d’ici quelques années, le recul de l’intégration économique, le retour du local ou l’adoption du mandarin comme linga franca internationale…

Bref, il faut être prêt: il ne faut plus se contenter d’être des cueilleurs du travail d’autrui, mais redevenir des bâtisseurs pour le futur. Un futur qui ne sera peut-être plus fait de reculs linguistiques de peuples intégrés dans un grand-tout anglomane et destructeur d’identités, mais au contraire de peuples véritablement maîtres chez eux et coexistant pacifiquement dans un monde réellement pluriel où le français, en Amérique du Nord, a le droit d’exister.

Pour le bien-être des générations futures et dans l’espoir de meilleurs lendemains pour les peuples, la Société Saint-Jean-Baptiste de Mario Beaulieu doit accepter de combattre le dogme du bilinguisme. Si elle ne se décide pas à le faire, toutes les lois 101 au monde ne pourront rien faire contre un peuple ayant abdiqué de sa francité et ayant adopté l’anglais comme ultime valeur.

Il faut RÉDUIRE les frais de scolarité
23 février 2010

Lucien Bouchard est en mission. Ayant entendu le vibrant appel d’André Pratte à la recherche d’une relève des forces fédéralistes face à un Parti Québécois lui semblant mieux en selle, il a réussi, en une semaine, à semer la pagaille entre les indépendantistes sur la question identitaire et à choquer toute l’aile-gauche avec ses propositions de hausses de frais de scolarité. S’il se préparait un retour en politique active, il ne ferait pas mieux. Et qu’importe si ses idées ne fonctionnent pas et si une telle hausse des frais ne ferait que nous appauvrir collectivement.

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Ainsi, comme je l’ai déjà noté, l’éducation constitue un investissement et non une dépense. Le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%, ce qui signifie que chaque fois où nous incitons nos jeunes à rester à l’école, nous nous enrichissons. Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage, publiée en février 2009, évaluait le coût du décrochage à 37 milliards $ par année. Financer l’éducation, c’est s’enrichir. Les étudiants universitaires sont plus en santé et plus politisés; ils apportent une plus-value considérable à la société.

Or, lorsqu’on hausse ces frais, on réduit l’accessibilité. Malgré toutes les précautions et les appels à la protection des plus démunis, il s’agit d’une vérité indéniable. En 1990-1991 et 1991-1992, par exemple, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté significativement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. (( Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au Québec, également, on a constaté la première chute du nombre d’étudiants universitaires de la décennie à partir de 2005, année de la première hausse de ces frais. Concrètement, en haussant les frais de scolarité, on diminue le rendement de notre investissement. On contribue à l’augmentation du nombre de décrocheurs, ce qui coûte très cher à la collectivité.

D’une certaine manière, Lucien Bouchard nous demande, à défaut d’avoir suffisamment de bois à l’extérieur, d’utiliser le bois des murs pour chauffer notre maison. En apparence, il est possible de le faire, mais plus on détruit les murs pour se chauffer, plus il faut chauffer pour compenser pour les courants d’air. C’est la même chose qui risque de se produire si on suit ses idées: plus on demandera aux étudiants de payer eux-mêmes leurs études, plus ils décrocheront, plus ils décrocheront, plus ils coûteront cher à la société, et plus ils coûteront cher, moins l’État disposera de ressources pour payer l’éducation. Parfait cercle vicieux.

Il faudrait peut-être se poser une question fondamentale: peut-on se passer d’éducation? Si l’éducation constitue une richesse, ne devrait-on pas la rendre plus accessible à tous afin de s’enrichir collectivement? Pourquoi, à la limite, faire payer les étudiants pour celle-ci? Peut-on sérieusement gaspiller l’éducation; peut-on être trop éduqué? Je ne crois pas. Même quelqu’un qui « perd son temps » à l’école risque d’apprendre des concepts qui lui seront très utiles dans la vie, et, plutôt que de l’envoyer dans les affres d’un emploi mal payé ou du chômage, ne risque-t-il pas plutôt de finir, à force d’essais et d’erreurs, par découvrir sa vraie passion?

Malgré tout, Lucien Bouchard a raison sur un point: les universités sont sous-financées. Elles le sont parce que le gouvernement ne leur donne pas les ressources dont elles on cruellement besoin pour accomplir leurs tâches. Et notre gouvernement, plutôt que de prendre l’argent dans les poches des mieux-nantis, qui ont profité de plusieurs milliards de dollars de baisses d’impôts depuis une décennie, la demande directement aux étudiants. Prendre du pauvre, donner au riche; voilà le leitmotiv des Bouchard et Charest de ce monde.

Enfin, si on considère l’éducation comme une richesse, si on comprend que ce n’est pas à ceux qui débutent dans la vie que revient la tâche de financer ce qui enrichira ensuite l’ensemble de la société, il faut en tirer la seule conclusion logique permettant d’améliorer notre situation financière collective: il ne faut non seulement pas hausser les frais de scolarité, mais il faut les réduire, afin que de la forge à idées que représentent nos écoles puisse jaillir les outils qui nous permettront de briller dans le futur.

Un futur qu’on espère plus juste et où on ne gaspillera pas des talents sous prétexte qu’ils sont trop pauvres ou indécis pour les réaliser.

On ne saurait assez le répéter: si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez donc l’ignorance…

Corruption: où sont les manifestants?
28 novembre 2009

Que le gouvernement Charest ne veuille toujours pas d’une enquête publique sur la corruption dans le milieu de la construction, on peut comprendre. Qui sait ce qu’on trouverait sous cette lourde pierre immobile d’un parti traditionnellement plus près des milieux d’affaires que des petites gens? Cela, on le comprend. Ce qui inquiète, par contre, c’est que les éditorialistes et quelques organisations diverses soient les seuls à réellement la demander. Les gens ordinaires, les artistes et les activistes, ils ne descendent pas dans la rue pour ces choses.

corruption

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Pourtant, en février 2004, ils étaient plus de 4000 dans les rues de Montréal à manifester contre le projet du Suroît, à Beauharnois, où le gouvernement voulait construire une centrale thermique. À cette manifestation, organisée par la coalition Québec « vert » Kyoto, étaient présents la Coalition québécoise contre la pollution atmosphérique, Nicolas Reeves, le fils du scientifique Hubert Reeves, l’Union des consommateurs, le Collège des médecins en médecine familiale, le groupe de musique les Cowboys Fringants…

Et pourtant, en avril 2006, ils étaient près de 12 000 à manifester contre le projet de privatisation partielle du Mont-Orford, dont un proche du Parti Libéral devait obtenir la propriété. La manifestation avait été organisée par la Coalition SOS Parc Orford, où se sont regroupés l’Association de préservation du lac Magog, l’Association des propriétaires riverains du lac Bowker, l’Association pour la protection de l’environnement du lac Orford, l’Association pour la protection de l’environnement du lac Stukely, la Fondation Marécage Memphrémagog, la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), le Club de conservation chasse et pêche, le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE), les Amis du parc du Mont-Orford, Memphremagog Conservation Inc. et Nature Québec. Des dizaines d’artistes ont dénoncé le projet; Richard Séguin a même écrit une chanson en l’honneur du Mont-Orford sur son dernier album.

L’air pour le Suroît, l’eau, la terre, la nature pour le Mont-Orford. Voilà des thèmes qui inspirent, qui regroupent les écologistes, qui font rêver les artistes, qui mobilisent les foules. Mais quand la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) perd 40 milliards de dollars, ou quand on soupçonne que les soumissions sont systématiquement gonflées pour payer les amis du parti et que le gouvernement s’est engagé à dépenser 42 milliards de dollars, en PPP, pour rebâtir nos infrastructures, où sont les citoyens? Où sont les organisations, les coalitions, les artistes, les amis du peuple et les bons camarades du plateau Mont-Royal? Les chiffres ne sont pas vendeurs. Quarante milliards par ci, quarante-deux milliards par là; ce ne sont que des chiffres, non?

Non.

Au-delà des chiffres, il y a la richesse produite par les Québécois et la capacité de s’en servir à bon escient.

Ainsi, combien de centrales éoliennes, hydro-électriques ou solaires, pouvant produire de l’énergie propre, pourrait-on construire avec une quarantaine de milliards de dollars? Quel magnifique et gigantesque parc ne pourrait-on pas s’offrir avec la même somme? Mais ça, on ne le voit pas. Ou on l’oublie.

On part du principe que l’argent gouvernemental sert soit à baisser les impôts, soit à payer les programmes. On s’est enchaînés dans une logique défensive où on a oublié jusqu’à la possibilité que l’argent – notre argent – puisse servir à améliorer notre vie commune. On préfère s’attacher à un tronc d’arbre pour éviter qu’il ne soit coupé au lieu de se battre pour qu’on puisse en sauver dix.On préfère se battre pour que le gouvernement réduise les cibles de CO2 pour Kyoto plutôt que de se demander ce qu’il aurait pu faire comme progrès écologiques avec une quarantaine de milliards de dollars. On a évacué le domaine des chiffres pour les laisser aux comptables. Et les comptables, eux, ils calculent, sans se soucier de nos besoins.

En fait, l’absence de mobilisation de masse contre les pertes de la CDPQ ou contre la corruption possible du gouvernement ne constitue qu’un signal supplémentaire de la résignation des citoyens quant à leur capacité à opérer un réel changement dans le système. Empêcher la construction d’une centrale thermique, bloquer la privatisation d’un parc, d’accord, mais tant qu’on ne touche pas aux véritables enjeux, aux grosses sommes d’argent. Déstabilisés par un jeu politique qu’on ne comprend plus, on bouge au pièce par pièce, n’attendant qu’un morceau offrant assez de poigne pour s’y accrocher jusqu’à l’excès. Pendant ce temps, la roue continue de tourner.

Et si, pour une fois, on osait changer l’ordre des choses? Et si on descendait dans la rue et qu’on ne se contentait pas d’un petit changement pour nous attendrir, mais qu’on remettait en cause une façon de fonctionner où notre gouvernement semble s’acoquiner avec des entreprises privées pour gaspiller notre argent en faveur d’entreprises corrompues nous offrant des services de moindre qualité et trop chers?

Avant de penser à hausser nos tarifs et impôts ou de couper nos services, il faudrait peut-être s’assurer que notre gouvernement gère notre argent avec la même hardiesse que celle qu’il emploie pour défendre ses amis du privé.

Et pour qu’il le fasse, il devra être forcé de le faire. À la vie comme en politique, tout est question de rapport de force.

Mario Roy et ses amis têtes brûlées
15 septembre 2009

Par un habile tour de passe-passe, Mario Roy, le plus radical des éditorialistes de La Presse, assimile les excès d’une minorité d’exaltés américains contre la réforme de la santé d’Obama à ceux qui s’opposent au privé ici. Faisant abstraction de toute forme de nuance ou de logique, il met en parallèle le comportement de fanatiques libertariens qualifiant Obama de socialiste, de communiste, le comparant à Hitler ou Staline, aux actions de ceux qui, ici, veulent empêcher la privatisation de notre système de santé. Encore une fois, Mario Roy aurait dû réfléchir avant d’écrire, et La Presse aurait dû refuser de publier ses divagations.

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En effet, comment peut-on comparer la minorité de fanatiques américains insensibles à toute forme de raison ou d’arguments logiques à ceux des nôtres qui utilisent les faits pour défendre un système de santé public et universel? Obama n’est pas Hitler, ni Staline, ni le Joker. Vouloir offrir des services de santé à la quarantaine de millions d’Américains n’ayant aucune couverture médicale, ce n’est pas plus du socialisme qu’un défilé de mode n’est un spectacle pornographique.

Ces libertariens, ces extrémistes, tiennent un discours corrompu, largement inspiré d’une Guerre Froide où on encourageait la population à se radicaliser pour assimiler toute forme de gain social à du communisme, ce Grand Satan. Ils sont l’équivalent américain des Talibans afghans que la CIA a radicalisé en leur envoyant des centaines de milliers d’exemplaires du Coran, afin de les instrumentaliser contre les Soviétiques dans les années 80. Sauf que les Soviétiques ne sont plus en Afghanistan. Et la Guerre Froide n’existe plus. Il ne reste que les fanatiques, ces anachroniques reliques d’un passé où on s’est servi d’eux pour atteindre des buts politiques. Et aujourd’hui, ils reprennent du service et jouent sur la peur des gens pour tenter de justifier leurs idées débiles.

Or, quand on se sert des peurs irrationnelles des gens, on ne contribue pas positivement au débat. L’argumentaire de ces extrémistes ne tient pas compte des faits, ne compare pas la situation globale avec celle d’autres pays, ne parle pas de solutions afin d’améliorer le système de santé le plus coûteux et le moins inclusif des pays développés. Que des émotions, que de la peur. Communisme! Socialisme! Hitler! Staline! Ne manque que le croque-mitaine.

De l’autre côté, et malgré ce qu’en pense Mario Roy, les opposants à une américanisation de notre système de santé tiennent un discours beaucoup plus sensé et rationnel que ces radicaux. On n’hésite pas, ici, à souligner qu’une étude a démontré que 101 000 personnes pourraient être sauvées à chaque année si les États-Unis se dotaient d’un système de santé davantage public. On note que le système de santé américain coûte 6714$ per capita contre 3578$ pour le Canada, et qu’il laisse sans aucune couverture médicale près de 16% de la population. On parle de statistiques démontrant une corrélation entre le nombre de médecins et le caractère public d’un système. On compare les chiffres du nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour diverses maladies entre les États-Unis et le Canada et on remarque que le système canadien bat celui de son voisin du sud dans tous les cas. On démontre, chiffes à l’appui, que le privé coûte cher. Des faits, des chiffres, du concret.

De la même façon, l’opposition canadienne à une plus grande présence du privé en santé s’exprime aussi de manière pacifique, courtoise. À ce que je sache, il n’y a pas eu de grand rassemblement où on a montré des portraits de Charest avec la moustache de Hitler quand il a voulu instaurer les PPP en santé. On n’a pas comparé Philippe Couillard à Staline, même s’il a utilisé son rôle de ministre de la santé pour se faire une belle place au soleil au privé. Des faits, des chiffres, du concret.

En assimilant le populisme de droite basé sur la peur et les préjugés à l’opposition constructive et rationnelle des Canadiens et Québécois contre une trop grande place du privé en santé, Mario Roy espère convaincre que ces deux groupes sont tout à fait égaux dans leur extrémisme et leur refus des faits. Malheureusement pour lui, cette analyse ne tient pas la route et en dit plus long sur Mario Roy lui-même et sur le journal qui accepte de le publier que sur ce qu’il tente de démontrer.

Non, Mario Roy, « la plus petite allusion à un rôle quelconque éventuellement alloué au secteur privé [ne] provoque [pas] des hurlements dont la stridence n’est pas moindre que ce qui nous crève les tympans depuis des semaines à CNN et à Fox News ». Non. Ce qui me crève les yeux, plutôt, c’est qu’un éditorialiste faisant aussi régulièrement preuve de mauvaise foi ait encore un emploi sur la rue Saint-Jacques.

Dans un débat aussi important que celui du futur de la santé, nous n’avons pas plus besoin du radicalisme des têtes brûlées libertariennes que de celui de Mario Roy. Ces gens constituent le désagréable bruit de fond sur lequel les autres essaient de réfléchir.

La Presse aura-t-elle un jour le courage de sévir contre lui?

Décrochage scolaire: le PLQ est coupable
9 juillet 2009

La stratégie adoptée par le gouvernement Charest pour lutter contre le décrochage scolaire est un échec. Malgré près de 200 millions $ investis dans le programme Agir autrement, devant servir à lutter contre le décrochage, la proportion de jeunes n’ayant pas complété son secondaire à l’âge de 20 ans ne cesse de monter. Le PLQ espère-t-il vraiment lutter contre le décrochage sans s’attaquer à sa cause première, la pauvreté?

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En effet, il existe une relation assez directe entre le revenu des parents et le niveau de scolarité. On ne s’étonne donc pas d’apprendre que près de 6% des jeunes de Westmount décrochent, alors que dans des quartiers comme Pointe-Saint-Charles ou Parc-Extension la proportion dépasse 40%. Quand les Libéraux augmentent les frais de scolarité post-secondaires et s’attaquent ainsi aux étudiants les plus pauvres, quel message lancent-ils aux décrocheurs potentiels du secondaire? « Finissez votre secondaire si vous le voulez, de toute façon vous n’avez pas les moyens d’aller plus loin ». On ajoute simplement un obstacle supplémentaire à quiconque espérerait s’en sortir et s’élever dans l’échelle sociale. Croyez-vous sérieusement qu’un individu ayant un secondaire 5 obtiendrait un emploi à ce point supérieur à celui qui a décroché en secondaire 3 ou 4?

Dans les faits, un gouvernement de droite comme celui du PLQ ne contribue qu’à accentuer les écarts de richesse. Entre 2003, année de l’élection de Charest, et 2007, le coefficient de Gini, qui mesure l’état d’égalité ou de non-égalité de la population, a augmenté de 0,511 à 0,516. ((Statistiques Canada, Tableau 202-07051,2,7
Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel)) Augmentation des tarifs d’électricité, des frais de scolarité, des CPE: comment peut-on espérer réduire le décrochage scolaire alors qu’on nourrit son principal agent? Pendant ce temps, en Ontario, où le nouveau gouvernement plus progressiste de Dalton McGuinty a dû réparer les pots cassés de la « révolution du bon sens » de Mike Harris, le coefficient de Gini a diminué. Et oh, surprise, le taux de décrochage a baissé de 7% en cinq ans!

En clair, ce n’est pas avec un programme au slogan pompeux que le gouvernement pourra limiter le décrochage scolaire. Il faudrait plutôt mettre en place des programmes et des mesures assurant une meilleure redistribution de la richesse et une diminution de cette pauvreté engendrant le fléau du décrochage. Une étude du Conseil Canadien sur l’apprentissage a démontré que chaque décrocheur coûte annuellement 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi.

Qu’on soit bien clair: le décrochage coûte cher, extrêmement cher. Et tant que nous aurons un gouvernement de droite plus intéressé par ses réformes néolibérales et ses PPP que par l’éducation de nos jeunes, nous nous priverons d’une richesse inestimable qui aurait pu contribuer à bâtir une meilleure société. 

Et si le PLQ adoptait son propre slogan et se décidait enfin à « agir autrement » et à favoriser une meilleure redistribution de la richesse?

Charest enterre (enfin) les PPP
24 juin 2009

Quoi de mieux que la Saint-Jean-Baptiste, une polémique sur les anglophones, les vacances et les événements en Iran pour passer en douce un changement de cap? À plus forte raison si celui-ci concrétise la compréhension de l’échec de son idéologie. C’est ce que vient de faire le gouvernement Charest en enterrant les Partenariats Public-Privé (PPP). Prenant prétexte de la difficulté du financement privé, causé par la crise économique, Jean Charest fait un bon coup dont profiteront tous les Québécois.

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En effet, est-il besoin de rappeler l’échec retentissant des PPP, ici et partout dans le monde? J’ai moi-même longuement écrit sur le sujet:

8 avril 2007: L’échec des PPP

On apprend aujourd’hui que les frais d’exploitation d’un hôpital construit en partenariat public-privé (PPP), à North Bay, vont doubler d’ici la fin du contrat. […] Quand une banque prête à une entreprise privée, c’est bien souvent à des taux désavantageux comparativement à un gouvernement, qui lui est plus solide.

19 mai 2007: Partenaires dans le crime

L’Agence des partenariats public-privé (PPP) ne respecte même pas ses propres règles et accorde des contrats de près de 430 000$ à Price Waterhouse Coopers sans appel d’offre. […] De l’argent public – notre argent – a ainsi été gaspillé pour payer des chargés de projets à 325$ de l’heure, des « spécialistes processus PPP » à 225$ de l’heure et divers autres frais gonflés à une entreprise privée sans qu’il y ait eu le moindre appel d’offre.

10 juin 2007: Prolongement de la 25: gaspillage!

On apprend que le prolongement de l’autoroute 25 vers Laval sera confié à une firme australienne, au détriment de plusieurs entreprises québécoises intéressées dans le projet. […] Les bénéfices vont quitter le Québec vers l’Australie.

25 juillet 2007: Une idéologie qui a un peu trop d’assurance

Le gouvernement Charest a décide de nous en passer une petite vite, à la fin juin, en votant un décret autorisant la compagnie d’assurances Desjardins Sécurité Financière à gérer un centre d’hébergement et de soins de longues durée (CHSLD). […] Comme le souligne avec justesse la Coalition Solidarité Santé, on doit maintenant s’inquiéter quant à savoir si on privilégiera les clients de Desjardins et si on se fera de l’argent sur le dos des personnes âgées. […] Il n’y a rien de positif dans une américanisation des soins de santé.

20 novembre 2007: L’échec des infirmières du privé

Alors que les infirmières du secteur public commandent un salaire de près de 27$ par heure, il faut débourser entre 35 et 55$ par heure pour une infirmière du privé. Mais l’infirmière en question ne gagne pas tout cet argent; une partie est remise à l’agence, qui assure un juteux profit à ses dirigeants. […] Si des précurseurs du néolibéralisme et des PPP comme l’Angleterre constatent désormais l’échec définitif des « partenariats » public-privé (autant parler du partenariat entre la poule et le renard) et redonnent au public des services afin de juguler l’hémorragie, il serait peut-être temps de constater que le Québec va dans la mauvaise direction.

30 mars 2009: Le CHUM en PPP: la pire des idées

Les PPP sont coûteux, très coûteux. Comme le souligne avec justesse Sylvain Simard, porte-parole du Parti Québécois pour le Conseil du trésor, les entreprises privées peuvent plus difficilement obtenir des taux d’intérêts avantageux que l’État. […] Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. […] Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un quasi-consensus contre les PPP en santé.

En reconnaissant son erreur dans le dossier des PPP, Jean Charest fait implicitement un autre aveu: son idéologie du tout-privé ne fonctionnait pas. Il lui aura fallu six années pour s’en rendre compte, mais mieux vaut tard que jamais. Je ne croyais jamais dire cela, mais je lui lève mon chapeau! Le recentrage du PLQ fait beaucoup de bien.

En espérant qu’il continue sur cette voie…

Cette année, c’est mon cadeau de la Saint-Jean.

La crise
10 juin 2009

« Le PQ cherche la crise », affirme Jean Charest.  Réagissant aux propos de Jacques Parizeau comme quoi une crise pouvait être bénéfique en vue d’un prochain référendum, la premier ministre n’a pas hésité à accuser le Parti Québécois de chercher à créer la crise.  Il a tout faux: on ne peut pas créer ce qui existe déjà.  La crise est là, purement et simplement.  Le PQ a peut-être simplement décidé de ne plus jouer le jeu des apparences, de faire « comme si » tout allait bien.

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En effet, ne venez pas me dire que tout va bien.  Politiquement, le Québec n’a plus de poids; ses ministres sont des béni-oui-oui désarticulés que Stephen Harper fait mouvoir à sa guise.   Ils sont tout sauf le relais des revendications de la population qu’ils sont censés représenter.   Culturellement, il faut se battre pour nos artistes, pour notre télévision publique, pour nos médias.  Identitairement, Montréal s’anglicise de jour en jour, on se fait parler en anglais à Laval et sur la rive-sud, voire même en région, et les anglophones semblent démontrer de plus en plus de mépris pour la loi 101.  Ne me dites pas que tout va bien!

La crise, elle est permanente.  Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre.    Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Ainsi, prétendre que de ramener à l’avant-plan le désir des Québécois de prendre en main leur destinée est le prétexte à une crise s’avère une pure mauvaise foi.   C’est faux de dire que les gens ne veulent plus entendre parler de « chicanes constitutionnelles ».  Selon un récent sondage, la majorité des Québécois aimeraient que le Québec obtienne davantage de pouvoir.   Le calme constitutionnel ne fonctionne qu’en situation d’équilibre, quand le bateau ne tangue ni d’un côté ni de l’autre.

Cependant, actuellement, nous reculons.  Et face à ce recul, il était plus que temps de développer une stratégie remettant à l’ordre du jour une crise latente mais réelle, celle de la lente et cruelle agonie des Francophones d’Amérique du Nord.

Le PQ ne cherche pas la crise; il veut y faire face au lieu de se défiler, lâchement, comme Jean Charest et son gouvernement.

Mathématiques féministes
12 décembre 2008

Dernièrement, je m’en suis pris au sexisme de Québec Solidaire, qui impose un quota de femmes dans la sélection de ses candidats, et les choisit donc en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences. Je vais faire amende honorable ici et souligner que ce type de sexisme n’est pas l’apanage d’une certaine vieille gauche. Même le Parti Libéral du Québec (PLQ) prend cette direction.

En effet, le PLQ a « fièrement » annoncé que son prochain cabinet ministériel proposerait la parité hommes-femmes. Comme le souligne ce texte, le prochain conseil des ministres devrait compter 24 élus, ce qui discrimine les hommes et réduit la qualité des ministres qui serviront la population du Québec. Observons.

Dans mon petit calcul, je pars du principe que les sexes sont égaux et que la qualité des députés élus des deux sexes est généralement égale. Même s’il est normal qu’il y ait davantage d’hommes dans un jeu aussi extrême et argumentatif que la politique (tout comme on s’attend à voir davantage de femmes dans les Centres de la Petite Enfance (CPE) et les hôpitaux), je crois qu’une femme qui a ce qu’il faut pour faire de la politique est l’égale d’un homme; ni meilleure, ni pire.

Ainsi, il est possible d’utiliser les mêmes chiffres pour les deux sexes. Je divise les députés en quatre catégories: les meilleurs, les bons, les ordinaires, et les incompétents. J’attribue 25% des députés à chaque catégorie. Considérant qu’il y a 44 hommes et 22 femmes qui ont été élus, ça donne 11 députés masculins de chaque type et 5,5 députés féminins. Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, si Jean Charest suit sa politique d’imposer un quota de femmes dans son prochain cabinet, cela voudrait dire qu’il y aurait 12 députés de chaque sexe. Pour les femmes, cela voudrait dire qu’on prendrait les 6 (j’arrondis le 5,5) meilleures, auxquelles on ajouterait les 5 bonnes et une ordinaire. Pour les hommes, on choisirait les 11 meilleurs députés auxquels on ajouterait un bon député.

Prochaine étape?

Prochaine étape?

Vous voyez le résultat?

Avec une telle formule, on a été obligé d’aller piger dans la catégorie « ordinaire » pour les femmes alors qu’il restait de la place pour 10 bons députés masculins. Conséquemment, on s’est privé du talent de 10 bons candidats pour choisir une femme « ordinaire » afin de respecter la parité. Bref, on a choisi un candidat en fonction de son sexe plutôt que de ses compétences.

En fait, la seule façon de faire fonctionner adéquatement la formule que semble avoir choisi Jean Charest, c’est de partir du postulat qu’une femme en politique vaut deux fois davantage qu’un homme. Si les hommes sont deux fois moins bons que les femmes, alors le calcul fonctionne très bien. On se retrouve avec 12,5% de meilleurs, 12,5% de bons, 37,5% d’ordinaires et 37,5% d’incompétents. Ce qui donne 5,5 meilleurs, 5,5 bons et un seul ordinaire, tout comme pour les femmes. Le calcul fonctionne très bien.

On le constate, la seule façon logique de se retrouver avec un cabinet de ministres de compétence égale consiste à partir de l’idée que les hommes sont inférieurs aux femmes. Tout calcul partant du principe que les sexes sont égaux échoue et on se retrouve avec de moins bons ministres femmes alors que des hommes ont été laissés de côté.

Si vraiment on veut avoir un système équitable permettant une juste représentation des deux sexes, il faudrait que le conseil des ministres représente en pourcentage le rapport d’élus hommes/femmes. Tout ça, bien sûr, si on veut persister dans la voie contre-productive où on choisit les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences.

L’autre possibilité? On choisit les meilleurs, peu importe le sexe. On s’assoit devant un dossier, on regarde les acquis, on évalue les forces et faiblesses et on fait abstraction du sexe tout comme on le ferait pour la race ou l’orientation sexuelle. On choisit en fonction des compétences, contrairement à ce que Charest veut mettre en place.

Malheureusement, qui ne dit mot consent. Tant que nous, les hommes, ne réaliserons pas que nous sommes progressivement infériorisés dans de nombreuses sphères de la société, les choses ne changeront pas et nous assisterons à l’augmentation du sexisme, tel qu’imposé par des féministes ou des gens qui ont adopté les valeurs féministes revanchardes. C’est à nous, mais aussi à nos femmes, nos amis, bref tous ceux de notre génération qui constatent que de nouvelles formes de discriminations se mettent en place contre les hommes, de refuser ce nouvel état de fait et de nous opposer, démocratiquement, à tout parti qui propose de telles mesures sexistes.

En attendant, j’ai une suggestion pour les féministes-sexistes: pourquoi ne pas vous battre pour la parité hommes-femmes à l’université? Aux dernières nouvelles, il y avait entre 60 et 75% de femmes, dépendant du secteur.

(Vous voyez dans quel panier de crabe on fout la main quand on veut choisir les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences!)